TOME TROISIÈME.

DESCRIPTION DE L'EUROPE. -FRANCE.

PARIS,

AIMÉ ANDRÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR, QUAI WALAQUAIS , K° l3.

LE NORMANT PÈRE, RUE DE SEINE, N' 8.

1832..

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PRECIS DE LA GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

LIVRE QUARANTE-HUITIÈME.

DESCRIPTION DE L' EUROPE.— Introduction générale. - Considérations sur
la géographie physique de cette partie du monde. - Mers, lacs ,
rivières et montagnes.

LA nature n'a donné à l'Europe ni les dimensions imposantes de l'Asie et
de l'Amérique, ni la masse compacte de l'Afrique. Simple appendice du
vaste continent asiatique, notre péninsule tout entière n'offrirait pas
un bassin assez large au Nil, au Kiang, à l'Amazone; nos montagnes les
plus imposantes n'égalent ni en élévation ni en étendue les Cordillères
ou l'Himalaya; toutes nos landes, nos dunes réunies, n'augmenteraient
pas sensiblement les immenses mers de sable do F Afrique, et nos
archipels ne seraient remarquabl es ni par la beauté ni par la grandeur
parmi les labyrinthes maritimes de l'Océanie. Les productions des trois
règnes offrent en Europe peu d'originalité, et en général peu d'éclat,
peu de majesté. Nos mines n'abondent pas en or, et le diamant ne se mêle
point parmi nos cailloux. Sur noo à 1200 espèces de mammifères connues,
il en est tout au plus 80 qui nous appartiennent exclusivement; encore
ce sont pour la plupart de petits animaux de peu d'apparence. Notre
industrie a singulièrement perfectionné quelques races animales, telles que le cheval, le bœuf, le mouton et le
chien ; mais nos meilleures productions naturelles semblent généralement
avoir été importées des autres parties du monde. Le ver à soie nous est
arrivé de l'Inde; la laine fine, de la Mauritanie; le pêcher, de la
Perse; l'oranger, de la Chine; la patate, de l'Amérique: nous ne sommes
riches que d'emprunt et de pillage.

Mais, telle est la puissance de l'esprit humain; cette région indigente,
âpre et sauvage, que la nature n'avait ornée que de forêts, n'avait
enrichie que de fer, s'est complètement métamorphosée par une
civilisation d'environ 4ooo ans, civilisation interrompue plus d'une
fois, mais toujours renaissante sous la main de peuples non moins
industrieux que belliqueux. La science cherche en vain à y distinguer
les bienfaits de l'art, des produits indigènes ; la culture en a changé
jusqu'au climat ; la navigation y a apporté les végétaux de toutes les
zones; cette Europe, où le castor bâtissait en paix ses digues et ses
cabanes au bord des fleuves solitaires, s'est peuplée d'empires
puissans, s'est couverte de moissons et de palais ; cette médiocre
péninsule est devenue la métropole du genre humain et la législatrice de
l'univers.

L'Europe est présente dans toutes les parties du monde ; un continent
entier n'est peuplé que de nos colonies ; la barbarie , les déserts, les
feux du soleil, ne soustrairont pas longtemps l'Afrique à nos actives
entreprises; l'Océanie semble appeler nos arts et nos lois.; l'énorme
masse de l'Asie est presque traversée par nos conquêtes ; bientôt l'Inde
britannique et la Russie asiatique se toucheront, et l'immense, mais
faible empire de la Chine, ne saurait résister à notre influence, s'il
échappe à nos armes. L'Océan tout entier est le domaine exclusif des
Européens ou des colons de l'Europe : tandis que même les nations les
plus policées des autres parties du monde n'osent s'éloigner de leurs
rivages, nos hardis navigateurs suivent d'un pôle à l'autre les routes que

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leur traça du fond de son cabinet un de nos géographes.

Seuls nous soumettons à nos volontés les forces même les plus
redoutables de la nature ; la foudre de la terre est entre les mains de
nos guerriers, et celle du ciel tombe enchaînée aux pieds de nos savans.
Nous essayons même la conquête de l'atmosphère, et si nous ne foulons
pas encore sous nos pieds les nuages comme les ondes, si nous ne pouvons
dégager nos corps des liens qui l'attachent à cette planète, du moins
notre pensée libre et immortelle embrasse l'immensité de l'espace et
l'immensité des siècles. L'arbre de la science est notre patrimoine, et
seuls nous possédons et les moyens de le conserver à jamais, et le
secret d'en perfectionner les fruits.

L'Europe demande une méthode de description plus complexe que les
parties du monde moins changées par la main de l'homme; les souvenirs
historiques nous y poursuivent, les idées morales et politiques nous
assiègent : mais c'est néanmoins par un aperçu général de la géographie
naturelle, que nous devons commencer.

« L'Europe n'est point circonscrite dans des limites tracées par la
nature : à l'ouest et au sud, l'Atlantique et la Méditerranée la
séparent, il est vrai, de l'Amérique et de l'Afrique; au sud-est elle
est limitée par l'Hellespont, le Bosphore, la mer Noire et la mer
d'Azof; mais sur quelques points de ses frontières naturelles, il faut
encore tracer une ligne imaginaire : ainsi, quelques géographes ont
voulu que Malte et les petites îles de Gozzo, Comino, Lampedouze et
Linoza appartinssent à l'Afrique; et ce qui prouve combien les notions
géologiques qui se rattachent à la géographie physique sont utiles dans
la solution des différentes questions de cette nature, c'est que par
elles seules on peut décider que ces différentes îles font partie de
l'Europe : en effet, comme elles ne sont, à dire vrai, que des plateaux
de montagnes, elles doivent être considérées comme la continuation

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de celles de la Sicile, puisque le sol bas du nord de l'Afrique ne
permet point de les rattacher à cette partie du monde.

Il faut suivre aussi à travers l'Archipel grec l'espace où les îles sont
moins nombreuses; celles de Naxos, Stampalie et Scarpanto, doivent être
regardées comme européennes, tandis que Ténédos, Mitylène, Scio, Samos,
Nicaria, Cos et Rhodes, font nécessairement partie de l'Asie. La Crimée
appartient aussi à l'Europe ; mais dans la direction de l'ouest à l'est,
la ligne de démarcation entre ces deux parties du monde paraît être
arbitraire. Le désir de coordonner sur cette question les opinions des
anciens et des modernes, avait fait choisir pour limite le plus bas
niveau de l'isthme du Caucase ; niveau indiqué par le cours de deux
rivières, le Manytch et la Kouma ; et comme la première se jette dans le
Don, à 20 lieues au-dessus de l'embouchure de ce fleuve, une partie du
Don ou du Tanaïs conservait l'antique prérogative de séparer l'Europe de
l'Asie. Mais plusieurs géographes ont choisi une frontière naturelle
plus importante, plus facile à déterminer : c'est la ligne de faîte de
la chaîne du Caucase. Ainsi, d'après cette opinion qui a prévalu, le
versant septentrional de cette chaîne est entièrement européen ; en
conséquence, les trois provinces russes, le Daghistan, la Circassie et
le Caucase, qui, suivant la ligne de démarcation précédente, seraient
asiatiques, appartiennent à l'Europe, et celle-ci tient à l'Asie au sud
sur une ligne de 213 lieues (1), et à l'est sur une de 831 lieues
géographiques de longueur (2), c'est-à-dire qu'en a mer Caspienne depuis
le Caucase, on suit les limites de l'Europe jusqu'au fleuve Oural qui,
avec la chaîne dont il porte le nom, et la petite rivière de la Kara, en
Russie, forme jusqu'à l'Océan glacial le reste du contour oriental de
cette partie du monde (3). »

(1) 95 myriamètres. — (2) 333 myriamètres. — (3) Ce passage, extrait de
notre partie descriptive du Traité élémentaire, a été substitué par nous

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Lorsque l'Islande, dépendance naturelle du Groenland, fut découverte, le
nouveau continent n'était pas encore connu ; on crut alors devoir placer
ces terres parmi les îles voisines de l'Europe. Les liaisons historiques
et politiques ont long-temps conservé cette classification; mais
aujourd'hui un coup d'Å“il sur le globe ne suffit-il pas pour montrer que
l'Europe se termine au nord-oufest avec les îles Fœrôe? Séparées de nous
par l'Océan, les terres arctiques, qu'elles se composent d'îles ou de
presqu'îles, doivent être considérées comme une appendice de l'Amérique
septentrionale.

Renfermée dans les limites que nous venons de tracer, l'Europe doit
avoir au moins une superficie de 485,000 lieues carrées (de 25 au degré
équatorial ), et une population actuelle de 228,000,000 d'habitans. Dans
les incertitudes que nos descriptions spéciales feront connaître à
l'égard 1 des mesures et des dénombremens, il serait inutile de vouloir
fixer autrement qu'en chiffres ronds les sommes totales.

L'accroissement annuel de la population est, d'après les estimations les
moins favorables, d'un million.

De tous les caps de notre continent, il en est cinq qui méritent
spécialement d'être relatés ici : tels sont le cap Nord à l'extrémité
septentrionale de la Norvège, le cap Matapan qui termine la Morée au sud
: c'est le TÅ“narium promontorium des anciens, le point le plus
méridional de l'Europe; le cap Saint-Vincent qui forme la pointe
sud-ouest du Portugal; le cap Finistère, l'ancien Artabrum
promontorillln, le point de l'Espagne le plus avancé au nord-ouest dans
l'Océan atlantique ; enfin le cap de Leuca, Iapygium promontorium, à

à ce que dit Malte-Brun, qui prétend que la rivière de l'Oural et les
monts du même nom, la mer Caspienne et le cours du Manytch et de la
Kouma, forment la limite naturelle entre l'Europe et l'Asie. Nous avons
, au contraire, adopté l'opinion généralement reçue aujourd'hui, en
prenant aû lieu de ces deux rivières la crête du Caucase pour limite. J. H.

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l'extrémité sud -est de l'Italie, formant la séparation entre la mer
Ionienne et le canal d'Otrante.

Voici les dimensions de l'Europe les plus remarquables :

En longueur. Du cap Saint-Vincent aux monts Ourals près d'Ekaterinbonrg
0 0 0 0 0 1,215 [¡eu('s.

De Brest à Astrakhan 860 En largeur. Du cap Gata au cap Ortegal (pénin'*
suie hispanique). 210 Du port Vendre à Bayonne (isthme des Pyrénées,
premier resserrement de l'Europe). 95 Du cap delle Colonne en Calabre,
au cap Wrath en Écosse (en partie sur l'eau). 613 De la mer Adriatique à
la mer du Nord ( deuxième resserrement). 210 Du cap Matapan au cap Nord
(plus grande largeur de l'Europe).. 0 o. 870 De la mer Noire à la mer
Baltique (troisième resserrement) 0 0 0 0 0 0 0 268 De la mer Caspienne
à la mer Blanche (quatrième et dernier resserrement) 485

Parmi les grandes villes de l'Europe, Varsovie occupe la position la
plus centrale ; mais parmi les régions dessinées par la nature même, le
bassin de la Bohème doit être remarqué comme le point central physique,
puisqu'il termine vers le nord le grand système de pays montagneux qui
compose la haute Europe, ainsi que nous le verrons dans la suite.

Les mers et les golfes nombreux qui baignent la péninsule européenne,
sont un des traits caractéristiques de notre partie du monde; ces
grandes masses d'eau, interposées parmi les terres, manquent à l'Asie, à
l'Afrique, à la. Non-

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velle-Hollande, et même à la majeure partie de l'Amérique; elles
influent sur la température, qu'elles rendent, humide et variable; sur
le commerce, dont elles multiplient les communications ; et sur la
liberté des nations, auxquelles, conjointement avec les chaînes de
montagnes, elles offrent des remparts naturels trop souvent négligés.

1: Océan qccidental ou atlantique baigne notre partie d* monde du côté
de l'ouest, et même, dans le langage rigoureusement géographique, du
côté du nord ; car la mer au nord des îles Britanniques, entre le
Groenland et la Norvège, ne mérite pas d'être distinguée sous le nom d
Océah septentrional, dont quelques navigateurs l'ont décorée.

Quant à la dénomination de mer Glaciale, quoique reçue, elle ne convient
peut-être à aucune partie des mers européennes , puisqu'il n'y en a
aucune, pas même celle entre le cap Nord et le détroit de Vaigatch, qui
habituellement se couvre de champs de glace étendus. L'agitation
constante de ces mers ouvertes leur assure cet avantage sur celles qui
baignent la Sibérie et l'Amérique. Les eaux qui entourent le nord de
l'Europe jusqu'à, la Nouvelle-Zemble ou Nouvelle Zemlé, appartiennent
évidemment à l'Océan glacial arctique.

La mer B lanche, golfe qui reçoit les eaux douces de trois civières
considérables, a le plus de disposition à se geler, surtout dans la
partie occidentale, semée d'îlots et d'écueils.

Ses rivages, généralement peu élevés, présentent presque partout des
rochers inhospitaliers ou des marais tourbeux.

La mer Blanche est, comme la mer de la Nouvelle-Zemble, exposée à des
tempêtes épouvantables qui, venant du nordest, poussent contre les
extrémités septentrionales de l'Europe la masse entière des mers
inconnues au nord de la Sibérie.

Après avoir doublé le cap Stat, pointe occidentale de la Norvège, nous
voyons un golfe, nommé la mer du Nord ou fi Allemagne, s'étendre depuis
les îles Shetland jusqu'au

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détroit de Calais, et des côtes d'Angleterre, jusqu'à l'entrée du canal
de Jutland. Ses rivages, formés d'abord par les rochers norvégiens et
écossais, deviennent ensuite des plages très-basses, sablonneuses, et
quelquefois limoneuses, exposées à des inondations et à des
affaissemens. La côte de la basse Ecosse et de l'Yorkshire présente
encore aux flots la barrière de leurs collines; dans le petit golfe
nommé le Wash, la mer roule souvent ses eaux agitées par-dessus les
terres pendant un espace de plus d'un mille, où elle laisse des traces
de ses ravages. Le Nore, ou l'embouchure de la Tamise, a éprouvé ces
dévastations dans un moindre degré; mais toutes les côtes des Pays-Bas
en portent les traces, et ne se maintiennent dans leur conEguration
actuelle que par les digues que l'industrie a élevées partout où les
flots eux-mêmes n'ont pas entassé des dunes. Dans le treizième siècle,
une effroyable irruption changea le lac Flévo, uni à la mer par des
fleuves, en ce golfe ouvert qui s'appelle le Zuyder-zée. Le petit golfe
le Dollart, près l'embouchure de l'Ems, ne s'est pas non plus formé sans
la coopération de la mer. Les côtes du Holstein et du Sleswig ont été
déchirées par les flots plus d'une fois ; les débris de l'île de
Nordstrand, engloutie en 1634, attestent ces révolutions qui ont
également réduit la terre sainte d'Héligoland à un seul rocher. Mais
dans cette partie de la mer nommée par les marins le gofle (V Hambourg,
le limon fécond, déposé sur les rivages, accroît de nouveau la terre.
Plus au nord, un double rempart de bancs et de collines sablonneuses
défend aujourd'hui le Jutland, qui jadis peut-être avait des côtes plus
dentelées. Nous avons souvent vu des brouillards épais s'élever du sein
de cette mer, s'amonceler en formes bizarres, s'étendre sur les rivages,
et tomber, comme une rosée saline, sur les arbres, dont elle arrête la
croissance, tandis que les herbes semblent en tirer une verdure plus
éclatante.

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La portion de la mer comprise entre la Norvège et le Jutland porte chez
les navigateurs anglais et hollandais le nom the Sleeve. C'est à tort
qu'on lui applique la dénomination de Skager-rack, qui dénote seulement
le passage de Skagen : on pourrait mieux la désigner sous le nom de
canal de Norvège ou de Jutland. Très-profond près de ses rivages
septentrionaux, ce canal est resserré au midi par le grand promontoire
sablonneux du Jutland, qu'environnent des bancs de gravier et des
rochers très-dangereux, même pour les navigateurs indigènes.

Au sud de la pointe extrême du Jutland, le cap Skagen, un second canal
plus resserré, rempli d'îlots et de rochers, sépare le Jutland de la
Suède. C'est le Cattegat, qui se termine par les trois détroits, le
Sund, le Grand et le Petit Belt, dont les nombreux embranchemens
baignent l'archipel danois.

Tous ces détroits conduisent dans la petite méditerranée du nord, nommée
généralement mer Baltique, mais qui, chez les nations scandinaves et
germaniques, porte le nom de mer Orientale, et que l'on pourrait appeler
Méditerranée scandinafle. Le bassin de la mer Baltique est dans sa
partie méridionale environné de plaines sablonneuses ou de falaises de
craie peu élevées; la côte orientale de la Suède et la côte méridionale
de la Finlande présentent une ceinture de rochers et d'écueils; mais
nulle montagne tant soit peu considérable n'est baignée par ces eaux peu
pi ofondes, peu salées, et souvent couvertes de glaces. Cette mer reçoit
le superflu de tous les lacs dont la Finlande, l'Ingrie et la Livonie
sont remplies; c'est dans son sein que s'écoulent la moitié des rivières
de la Pologne et de l'Allemagne orientale; enfin, les nombreux fleuves
du nord de la Suède y portent les eaux fournies par les neiges des monts
Dofrines. Aucune mer ne reçoit, proportion gardée, un si grand nombre
d'affluens d'eau douce; aussi la Baltique participe-t-elle de la nature

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d'un lac : la fonte des neiges y détermine dans l'été un courant qui se
verse dans la mer du Nord par le Sund et les Belts, tandis qu'aux autres
époques de l'année les courans ordinaires entrent et sortent selon les
vents dominans. Le golfe de Bothnie, qui forme comme un lac à part, et
le gofle de Finlande, qui ressemble un peu à un fleuve, et qui de jour
en jour s'encombre des sables de la Neva, envoient presque toute l'année
des courans dans le grand bassin de la Baltique. Entraînées par cette
direction générale des eaux, les glaces de l'intérieur de la Baltique
viennent souvent se joindre et s'arrêter dans les détroits du Danemark
comme dans le débouché d'un lac. Les liabitans de ses bords prétendent
qu'elle baisse de niveau, mais aucun fait bien constaté ne prouve cette
opinion.

En retournant dans la mer du Nord, nous voyons le détroit de Douvres ou
Pas-de- Calais nous ouvrir le bras de mer connu sous le nom de canal
Britannique ou de la Manche.

Peu profond, étroit, mais ouvert à tous les grands mouvemens de l'Océan
atlantique, il éprouve des marées montantes très-considérables, qui
produisent à l'embouchure de la Seine ces barres si redoutables à
l'approche des équinoxes.

Le golfe de Gascogne ou de Biscaye ne se distingue guère du reste de
l'Atlantique dont il fait partie. On peut seulement remarquer le
contraste entre ce golfe et les parages de Terre-Neuve, situés
exactement sous le même parallèle : là, les glaces polaires, en
s'arrêtant par suite de la direction des courans, répandent, même dans
l'été, des brumes éternelles ; ici, la configuration des côtes exclut
même les glaçons flottans, tandis que le mouvement continuel de
l'atmosphère modère même l'humidité naturelle à un climat maritime.

Le détroit de Gibraltar, moins large de moitié que celui de Calais, mais
conservant les caractères d'une rupture qui, en séparant l'Europe de
l'Afrique, détruisit l'une des plus

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grandes Caspiennes qui aient existé sur notre globe, nous conduit dans
la Méditerranée, grande série de mers intérieures, que leur situation,
leur caractère physique et leur célébrité historique rendent également
intéressantes. Le premier bassin de la Méditerranée se termine au cap
Bon et au détroit de Messine ; il est lui-même partagé en deux parties
inégales par les îles de Corse et de Sardaigne ; mais on ne désigne
guère aujourd'hui sous des dénominations particulières que le gofle de
Gênes, et quelquefois celui du Lion (sinus Leonis), que tous les
géographes s'obstinent à appeler golfe de Lyon, comme s'il portait le
nom de la seconde ville de France. La profondeur de ce bassin va jusqu'à
1000 et même jusqu'à 15oo brasses, dans les parages où les eaux baignent
les pieds des Pyrénées, des Alpes et des Apennins. La partie orientale,
qu'on peut nommer la mer d'Italie, est semée d'îles volcaniques, telles
que celles de Lipari, l'île Ponce et autres, sans doute liées au même
foyer qui nourrit les feux du Vésuve et de l'Etna. Le deuxième bassin de
la Méditerranée, d'une étendue presque double, et généralement dépourvu
d'îles, de rochers, d'écueils, se prolonge sans interruption des côtes
de Sicile et de Tunis jusqu'à celles de Syrieet d'Egypte. Il forme au
nord deux bassins particuliers, aussi célèbres dans l'histoire que
remarquables en géographie : celui de la mer Adriatique, dont le fond,
examiné avec soin, a paru n'offrir qu'un lit de calcaire et de
coquillages , et celui de XArchipel ou de la mer Blanche des Turcs, où
des.îles nombreuses, pittoresquement groupées, couvrent un vaste foyer
volcanique. Le premier de ces bassins n'étant pas d'un tiers plus
considérable que le golfe de Bothnie, mérite-t-il bien le nom de mer? Au
midi, le golfe de la Grande Syrte pénètre en Afrique : c'est presque la
seule côte sablonneuse et plate que baigne la Méditerranée ; il paraît
même que de vastes lagunes, en changeant souvent d'étendue au milieu des
sables mobiles, confondent ici en quelque

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sorte les limites de la terre et de la mer. Mais le plus remarquable des
bassins dépendans de la Méditerranée, c'est sans contredit celui de la
mer Noire, dont le détroit des Dardanelles, la petite mer de Marmara ou
la Propontide, et l'étroit canal de Constantinople ou le Bosphore,
forment le magnifique vestibule. Cette mer, nourrie par les plus grands
fleuves de l'Europe centrale, reçoit encore, par le détroit de Caffa ou
Kefa y jadis le Bosphore Cimmérien, les eaux limoneuses de ces Palus-
Méotides, si ridiculement qualifiées de mer (i' A zo/ par les modernes.
Tel est à présent le terme de cette série de mers intérieures qui, en
séparant l'Europe de l'Asie et de l'Afrique, servent de route de
communication à une grande partie de ces trois sections de l'ancien
continent.

Peut-être un antique détroit, successivement encombré de gravier par les
torrens du Caucase, liait-il, même longtemps après les dernières grandes
catastrophes du globe, la mer d'Azof, et, par conséquent, la mer Noire à
la mer Caspienne.

Les eaux trèsusalées et très-profondes de la Méditerranée proviennent
principalement du Nil, du Danube, du Dnieper et d'autres fleuves de la
mer Noire, du Pô, du Rhône et de l'Ebre; de sorte que les neiges de
l'Abyssinie et de la Suisse, celles du Caucase et du mont Atlas y
contribuent également.

Malgré cette abondance d'eaux affluentes, on a cru généralement que la
Méditerranée recevait plus d'eau de l'Océan atlantique qu'elle n'y en
envoyait; on a donné comme preuve l'existence d'un grand courant
perpétuel qui entre par le milieu du détroit de Gibraltar, tandis qu'il
n'en sort, du moins à la surface, que deux faibles courans latéraux.

Mais cet influx apparent de l'Océan dans la Méditerranée n'est que
l'effet de la pression d'une masse fluide plus grande sur une masse plus
petite, pression qui déplace nécessairement les couches supérieures de
la petite masse, comme ayant la moindre force d'impulsion collective. Un
courant

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.férieur qui se fait sentir aux vaisseaux dès qu'ils laissent ornber une
ancre, emporte vers l'Océan le superflu des aux de la mer intérieure.

Le mouvement général de la Méditerranée se dige de l'est à l'ouest, mais
la réaction des eaux contre les côtes fait naître plusieurs remous ou
courans latéraux contraires. Les détroits donnent aussi naissance à des
courans locaux trèsvariables; le Phare de Messine ou la Cliarybdis des
anciens, et l'Euiipe entre le continent et l'île de Négrepont, méritent
d'être distingués. Les marées ne se font sentir que très-' légèrement ;
on a cru les remarquer dans la mer Adriatique et le golfe des Syrtes.

La mer Caspienne baigne l'Europe depuis l'extrémité du Caucase près de
Derbent, jusqu'à l'embouchure de l'Oural; mais, comme les trois autres
quarts de la circonférence de cette mer appartiennent à l'Asie, nous la
décrirons avec cette partie du monde. C'est du côté européen que la mer
Caspienne reçoit la plus grande quantité de ses eaux. Son niveau est
inférieur de i55 pieds à celui de l'Océan.

Les mers que nous venons de parcourir bordent le continent de l'Europe
sur une ligne de 5,635 lieues, tandis qu'il ne tient au continent d'Asie
que sur une ligne de 880 lieues. Ces mers sont d'une haute importance
pour les Européens ; au nord, elles nous séparent des terres glaciales
du pôle arctique; au midi, elles nous garantissent des chaleurs de
l'Afrique : partout elles ouvrent un accès au commerce, à la navigation;
elles nous rendent voisins de toutes les parties du monde, en même temps
qu'elles nous fournissent une variété de poissons, suffisante pour
nourrir la cinquième partie de la population européenne. La superficie
totale des mers entourées par des terres est d'environ 243,750 lieues
carrées. On a estimé de la manière suivante la masse de chacune d'elles:

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Ligues carrés de :J) au dfgré.

La jJltditerranée dans son entier. 151,980 1° Partie d'ouest jusqu'au
cap Bon et au détroit de Messine 4.2,680 2° L'Adriatique. 8,180 3°
L'Archipel avec la Propontide 10,120 4° Partie d'est ou grand bassin.
71,000 La mer Noire avec la mer d'Azof. 25,750 La mer Caspienne 18,600
La mer Blanche ou l'Archipel. 5,000 La mer Baltique dans son entier
20,300 Le golfe de Bothnie séparément. 5,100 Le golfe de Finlande, idem.
2,5oo Le Codan (le Cattegat, avec le Sund, les deux Belts, et tous les
bras de mer entre les îles danoises et entre celles-ci et le Holstein;
enfin, avec le canal entre le Danemark et la Nor vége, jusqu'au cap
Lindesnœs) 2,680 La mer Blanche ou d'Arkliangel et de Laponie. 2,340 La
mer d'Allemagne ou du Nord (en la bornant par le cap Stat, en Norvège,
les îles Shetland et le promontoire de Lindesnœs). 52,000 Le canal
d'Irlande. 0 0 La Manche ou le canal Britannique. 5,700

L'Europe renferme quelques régions remarquables par l'abondance d'eaux
douces réunies en grands et petits lacs, trait que la géographie
physique doit remarquer avec soin ; toutefois ces amas d'eau n'égalent
pas ceux de l'Amérique septentrionale.

La première de ces régions est celle qui a les sources du Volga au sud,
la mer Baltique à l'ouest, et la mer Blanche au nord-est. On y trouve
les lacs suivans:

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Lieues cirrêef.

Le lac Ladoga. 850 Onéga (Olonetz) 4 30 Vigo (id.) 70 Sig (id.) 60
Lek.cha ( id. ) 1 ) Yodla (id. ) 5o Lartcha (id.) 25 Ando, Rangozero,
Kartuschevo, Sodder et une douzaine d'autres plus petits dans le
gouvernement d'Olonetz 1 Le lac Woja (Novgorod) 30 Belo-Ozero (id.) 70
Ilmen (id.) 60 Plusieurs petits lacs entre Kargapol et la mer lanche. 80
Le lac Peïpous. 150 Pskov (Pleskov) 45 Vingt autres dans le gouvernement
de Pleskov. 60 Le lac de Wirtz (Livonie) 1 ° Koubinskoé(Vologda). 40
Saïma (Finlande) 210 Kuopio (id.) 80 Pajjœne (id.). 120 Pielisj œrvi
(id.). 85 Kolki (id.). 7° Uleatrask (id.) 60 Haukivesi (id.) 55 Puruvesi
(id.) 40 Lexa (id. ) 30 Ulea (id-) 5o Orivesi (id. ) 20 Kulluvesi (id.)
15 Tavaché (id.) 20 Une douzaine (rautres 60 Le lac Topozero (Arkhangel)
100 Imandra (id. ) 100 5,25o

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LifUfj carré» >.

Report. 5,25O Le lac Piavozero (Ai-kliangel) go Kordozero (id.) , go
Topozero (id. 40 Okladnikoro (id.) 35 Niouk { id. ) 25 Kait-ieniioé
(id.) 25 Kerct (id. ) 25 Total. 3,58o

Il y a donc dans ces lacs une masse d'eau presque égale à celle de la
Manche.

La Scandinavie est remplie de lacs, moins cependant que la région
précédente. Celui de W éner a 280 lieues carrées; celui de Wetter, 110;
celui de Mœlar, 100; et tous les lacs de la presqu'île de Scandinavie, 7
à 800 lieues carrées. Ils sont, à un ou deux près, tous placés sur les
penchans méridional et oriental de la chaîne de montagnes qui parcourt
cette contrée. Tous ceux de la Russie septentrionale sont, au contraire,
sur les penchans occidentaux de ce pays. Ces lacs s'écoulent donc, les
uns et les autres, dans la Baltique; ils peuvent être regardés comme les
sources de cette mer intérieure.

Les plaines au sud de la mer Baltique offrent deux ou trois contrées qui
sont comme semées de petits lacs. Dans le Mecklenbourg, dans l'ancienne
Marche de Brandebourg, dans l'intérieur de la Poméranie et de la Prusse
orientale, on compte au-delà de quatre cents lacs, dont une partie n'ont
point d'écoulement vers la mer. Ce sont plutôt des étangs que des lacs.
Ils occupent pour la plupart des creux formés par l'éboulement des
terres argileuses ou sablonneuses.

La chaîne des Alpes est accompagnée de moins de lacs que celle des monts
scandinaves; ceux qu'on trouve sur les penchans méridionaux sont les
suivans:

------------------------------------------------------------------------

Lieue. carre.

Le lac Majeur (lago Maggiore ). 20 Lugano. 10 O Côme (Como). i5 Garda.
20 Iséo. 4 Quelques autres petits lacs. 13 Total du versant méridional. 80

Les pentes septentrionales des Alpes offrent beaucoup plus de lacs que
les pentes opposées.

Le lac de Constance. 3o de Zurich. i3 de Wallenstadt 4 de Lucerne ou des
Quatre-Cantons. 13 de Zug. 4 de Bienne. 3 de Thun. 5 de N euchâ tel. 15
Quelques autres petits lacs de la Suisse. 3 Cinq ou six dans la haute
Souabe. 2 Le lac d' Ammer, en Bavi èrc. 4 de Chiem ( id. ). 6 Une
douzaine d'autres en Bavière 3 Le lac d'Atter, en Autriche. 4 d'Aber ou
de Saint-Wolfang (id.) 2 Le Mondsée, le Traun, le Trummer, le Waller, le
Zeller, le Hallstadt et quelques autres de l'Autriche. 9 Total du
versant septentrional. 120 Les pentes orientales offrent à leur
extrémité deux lacs considérables.

Le lac Neusiede l 18 Balaton. 26 Différens lacs des Alpes styriennes,
carniques et juliennes. 16 Total du versant oriental. 60

------------------------------------------------------------------------

Lit:lI(' 'Irl Les pentes occidentales sont les moins fournies d'eau
rassemblée en lacs.

Le lac de Genève. 02 d'Annecy. 5 du Bourget. 2 Divers autres petits lacs
5 Total du versant occidental.. - Io

La presqu'île d'Italie ne renferme que quatre ou cinq lacs un peu
considérables; ils se trouvent tous ensemble vers le milieu de la chaîne
des Apennins. Ils sont tous d'une forme circulaire, et entourés de
falaises considérables. Des géologues italiens les ont regardés comme
des monumens d'une révolution volcanique, qui aurait surtout affecté le
centre de la presqu'île.

Dans toute l'Europe occidentale, nommément dans le Portugal, l'Espagne,
la France et l'Angleterre, on trouve extrêmement peu de lacs. En passant
en Irlande on voit le contraste le plus frappant ; quatre ou cinq lacs,
dont un égale celui de Zurich, une dizaine de plus petits, peut-être
1111 centième du terrain occupé par des amas d'eau douce, sans même y
comprendre les bogs ou terrains spongieux dont nous parlerons dans la
description particulière.

Les fleuves de l'Europe, dont le cours est évalué et comparé dans un
tableau joint à ce livre, présentent quelques résultats généraux dignes
d'attention.

L'ensemble de toutes les eaux courantes de l'Europe, pris pour unité.
1,000 Celles qui s'écoulent dans la mer Noire sont

Dans la Méditerranée, y compris l'Archipel et l'Adriatique.-. 0,144 Dans
l'Océan atlantique. 0,13i Dans la mer du Nord. 0,110 Dans la Baltique.
0,129

------------------------------------------------------------------------

Dans l'Océan septentrional. 0,048 Dans la mer Caspienne o, 165

Si l'on veut comparer à part chaque système hydrographique , on trouve
les résultats suivans pour les six grands fleuves de l'Europe.

Les eaux entraînées par le Volga. 0) 1 if par le Danube o, 124 par le
Dnieper. 0,061 par le Don. o,o52 par le Rhin. 0,030 par la Dvina 0,021

Ces évaluations ne sont fondées que sur la longueur du cours de chaque
fleuve avec ses affluens; mais il serait nécessaire d'y joindre
l'estimation des lacs qui s'y déchargent.

Malgré cette imperfection, nos calculs indiquent assez bien les six
grands fleuves de l'Europe, les seuls auxquels on ferait attention dans
une autre partie du monde. Ceux qui les suivent de plus près, savoir le
Pô, le Rhône, l'Ebre, le Guadalquivir, le Tage, la Loire, XElbe et la
Vistule, n'équivalent guère tous ensemble au seul Volga. La barbare et
obscure Kama, simple affluent du Volga, surpasse de plus de 20 lieues le
Rhin, si cher à l'histoire et à la poésie. La Seine, avec toutes ses
rivières secondaires, ne forme que 0,009 de toute la masse d'eau
courante de l'Europe.

Ce sont à présent les chaînes et massifs de montagnes qui demandent
notre attention. Un vaste groupe, celui des monts Ouraliens ou Ourals,
nous est commun avec l'Asie; il sera décrit avec cette partie du monde.
Considéré du côté de 1 Europe, c'est moins une chaîne qu'un plateau
s'élevant insensiblement du milieu de la Russie, dans la direction est
et nord-est, mais qui, étant couronné d'une crête peu marquée , placée
sur une base déjà élevée, paraît égaler dans son niveau absolu les
montagnes de Silésie et de Saxe. II

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n'arrive qu'à 7000 pieds tout au plus. Aucune des suites de collines ou
de rochers qui traversent la Russie ne lie distinctement le système des
monts Ouraliens aux autres systèmes européens. Le système caucasique ou
du Caucase qui appartient également plutôt à l'Asie qu'à l'Europe,
trouvera sa véritable place dans la description de la première de ces
deux parties du monde.

Les montagnes européennes forment sept systèmes distincts dont nous
allons déterminer les limites.

Le plateau de Kaldaï, d'où descendent le Volga vers la Caspienne, la
Dvina vers la Baltique, et le Dnieper vers la mer Noire, n'est qu'une
plaine élevée, couronnée de collines de 12 à i3oo pieds d'élévation
au-dessus du niveau de la mer. Ce plateau, qui forme un système
particulier, appelé Sarmatique, s'abaisse même tellement du côté de la
Pologne, que les sources de la Bérésina, du Niémen, du Pripecz, se
trouvent dans une plaine sans pente sensible, et à peine élevée de 200
pieds au-dessus des mers où s'écoulent les eaux de ces rivières.
L'escarpement granitique, dépendant des monts Karpathes, et qui coupe le
cours du Dnieper, est également d'une élévation à peine sensible, et se
perd tout-à-fait vers les bords de la mer d'Azof.

Les Dofrines, qu'on appelle aussi les Alpes de Scandinavie, présentent
un système mieux caractérisé que l'Oural, mais aussi parfaitement isolé
du reste des montagnes européennes. Il a été désigné sous le nom de
Système scandinavique. L'ensemble s'étend depuis le cap Lindesnœs,
pointe méridionale de la Norvège, jusqu'au cap Nord dans l'île Mageroe.
C'est la partie du milieu, ou les Dofrines propres, qui seule offre le
véritable caractère d'une chaîne; la Laponie et le sud-ouest de la
Norvège sont deux plateaux couronnés de chaînons isolés. Des rochers
sourcilleux, des abîmes taillés à pic, d'immenses chutes d'eau, des
glaciers, tout rappelle ici l'aspect des grandes chaînes du globe; c'en est

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même une des plus riches en beautés pittoresques ; mais ses sommets les
plus élevés n'atteignent que 6 à 7000 pieds.

Une branche inférieure, les monts Sèves ou Sevons, après avoir servi de
limite entre la Norvège et la Suède, entre dans ce dernier royaume et se
termine en collines. Des hauteurs à peine sensibles traversent la
Laponie et se lient aux collines rocheuses de la Finlande qui se perdent
en serpentant entre les nombreux lacs de ce pays.

Les monts Grampians ou Calédoniens forment, comme ceux du pays de
Galles, un groupe isolé de plusieurs petites chaînes parallèles, dont
l'élévation ne surpasse guère 4000 pieds. Ces chaînes se lient sans
doute au-dessous de la mer aux rochers des îles Orcades, des îles
Shetland, dirigés généralement du sud-ouest au nord-est, et peut-être
aux îles Fœrôe.

Les montagnes Cambriques, dans la principauté de Galles, et celles du
nord-ouest de l'Angleterre, forment un autre groupe. Les petites chaînes
dont l'Irlande est hérissée en constituent un qui, avec les précédens,
composent le Système britannique.

Le nord et lest de l'Europe, depuis l'Irlande jusques à la mer
Caspienne, présentent donc une plaine au-dessus de laquelle la Calédonie
et la Scandinavie s'élèvent comme des groupes de montagnes isolées. Le
midi et le centre offrent un caractère tout différent. Depuis les
colonnes d'Hercule jusqu'au Bosphore, depuis l'Etna jusqu'au Blocksberg,
toutes les montagnes ne composent au fond qu'un seul et unique système
de terres élevées. Plusieurs raisons physiques, d'accord avec l'usage et
la commodité, exigent pourtant qu'on y distingue quatre massifs de
montagnes.

Le plus célèbre et le plus central de tous est le Système alpique, dont
la chaîne principale renferme le Mont-Blanc, le sommet de l'Europe. La
longueur de la chaîne, prise

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depuis le mont Ventoux, en Dauphiné, jusqu'au mont Kahlenberg, en
Autriche, est d'environ 200 lieues. L'élévation des sommets est de
10,000 à i5,ooo pieds, et celle même des passages à travers les chaînes
principales, est généralement de 5 à 6000 pieds. Mais les plaines au
nord des Alpes, en Bavière, en Suisse, sont élevées de 1000 et même 2000
pieds, tandis que celles de Lombardie et de Hongrie, qui bordent ce
système au sud et à l'est, s'élèvent peu au-dessus du niveau des mers.
Les glaces perpétuelles qui commencent entre 7 et 8000 pieds
d'élévation, forment dans la partie centrale du système des Alpes, des
mers glacées comme celles des pôles. Passé 10,800 pieds, la glace même
ne peut plus se former; les vapeurs de l'atmosphère , retombant déjà
gelées, couvrent tout de neiges éternelles. L'énorme profondeur des lacs
situés dans les hautes Alpes est encore un trait caractéristique de
cette chaîne; le lac d'Achen, entre autres, a 1800 pieds d,e profondeur.
Mais les phénomènes que présente la structure de ces célèbres montagnes,
les beautés imposantes qu'offrent leurs aspects divers, l'influence
qu'elles exercent sur la température, celle qu'elles ont eue sur les
mouvemens des nations, ne doivent pas encore occuper notre attention
spéciale; il n'est question ici que de leur situation générale.

Le système alpique peut se diviser en cinq groupes : le central ou
helvétique, dont le point culminant est le MontBlanc, comprend la chaîne
du Jura, dont la cime la plus élevée, le Reculet, ne dépasse guère 5200
pieds.

L'occidental ou franco-celtique, comprenant la chaîne des Cévennes avec
ses dépendances, les monts Dor, les Vosges, les Ardennes et l'Eifel, est
séparé des groupes précédens par l'étroite vallée du Rhône. Au sud il
offre des sommets de 54oo à 58oo pieds, et au nord plusieurs cimey de
3700 à 4400 pieds.

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Au sud, 1 Apennin, avec ses diverses dépendances que nous appellerons
les Sub-Apellllills, forme la branche méridionale du système des Alpes,
branche qui s'élève de 4 à 9000 pieds, tandis que les montagnes des îles
voisines vont au-delà de 10,000. Celles de la Sicile sont visiblement
une appendice de la chaîne des Apennins : aussi l'ensemble de toutes ces
montagnes forme-t-il un groupe auquel nous donnons la dénomination de
méridional ou italique.

Une branche orientale des Alpes passe entre les affiueus du Danube et la
mer Adriatique, en réunissant ainsi sans interruption les Alpes aux
monts Hémus. Cette branche, en Carniole et en Dalmatie, est souvent
très-étroite; mais elle a. des sommets de 7 à 10,000 pieds d'élévation.
Les autres branches ou chaînes qui s'y rattachent, et qui, dans la même
direction que le Danube, vont se terminer à la mer Noire et à celle de
Marmara, ou qui, se dirigeant vers le sud sous les noms poétiques de
l'Olympe, le Pinde, F OEta, la Parnasse, XHélicon et le Lycée?
traversent la Grèce, le Péloponèse, et se propagent dans les îles de
l'Archipel, forment avec les précédentes le groupe que nous appelons
Oriental ou Slavo-hellénique. Quelques unes des cimes des monts-
Helléniques rivalisent en hauteur avec les sommets les plus élevés des
Apennins.

Le groupe des monts Karpathes et Hercyniens n'est séparé des Alpes et
des monts Hémus que par le bassin du Danube; et, dans deux endroits,
savoir en Autriche ainsi qu'entre la Servie et la Valachie, les branches
respectives resserrent le lit du fleuve au point de former de véritables
défilés. Ces montagnes ne sont donc que l'avant-terrasse des Alpes :
c'est pourquoi nous les considérons avec leurs.

ramifications comme appartenant au système alpique dont elles forment un
groupe, que nous appelons Septentrional ou Slavo-germanique. Aucun de
ses sommets ne dépasse 93oo pieds, tandis que l'élévation générale est
de 4000 à

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5ooo pieds, c'est-à-dire égale aux passages des chaînes alpines; mais ce
groupe présente une grande largeur, il renferme de grands plateaux ou
bassins élevés et fermés, tejs que la Bohème et la Transylvanie. C'est
la chaîne européenne la plus riche en or, en argent, en cuivre et en
sel-gemme. Peu élevées, ces montagnes n'ont pas de glaciers; peu
escarpées, elles ne présentent pas ces creux profonds où se forment les
lacs des Alpes et des Dofrines. Les principales parties de ce groupe
sont les monts de Transylvanie , aujourd'hui sans nom général, mais
connus des anciens sous le nom d'Alpes bastarniques ; les monts Krapacks
ou Karpathes, entre la Hongrie et la Pologne; les monts Sudètes ou des
Géans, entre la Silésie et la Bohème; les monts Métalliques ou Y
Erz-gebirge, entre ce dernier pays et la Saxe ; enfin les diverses
petites chaînes de l'Allemagne centrale, jadis comprises dans la forêt
Hercynienne (1).

Arrivons à la péninsule hispanique, qu'on peut considérer comme formée
d'un plateau central, ayant de iooo à 1500 pieds d'élévation, et sur
lequel sont placées diverses chaînes distinctement marquées, et d'autres
qui constituent plutôt des groupes. Les Pyrénées se présentent au nord,

(') fil est possible, disait ici Malte-Brun dans les éditions
précédentes, que des observations multipliées et perfectionnées engagent
les géographes-physiciens à considérer l'ensemble des monts Karpathes et
des monts Hémus comme de simples dépendances du système général des
Alpes, tandis que la péninsule des Pyrénées resterait à part comme un
système indépendant, distingué par son plateau central élevé qui
ressemble à celui de l'Asie mineure ; mais , avant que nous n'ayons un
plus grand ensemble d'observations , un changement de classification
fatiguerait sans aucun fruit l'attention de nos lecteurs. »

Nous avons cru que le moment était venu d'adopter pour cette nouvelle
édition une classification de montagnes qui put en faciliter la
connaissance. M. Bruguière, qui nous a devancé dans cette tâche , nous a
servi de guide pour l'Europe. Nous n'avons fait que modifier sa
classification; mai s ce qu'il a fait pour notre continent, nous l'avons
essayé pour les trois autres. J. H

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et les Alpujarras ou la Sierra Nevada au sud, comme deux boulevards
extérieurs de ce plateau; les premières ayant 9000 à 10,000 pieds, les
secondes de 10 à 11,000 d'élévation dans leur partie centrale. Mais
cette élévation ne se soutient pas dans une grande ligne comme dans les
Alpes, et la largeur de ces chaînes est aussi beaucoup moins
considérable, ce qui diminue ici tous les phénomènes des glaces et des
neiges perpétuelles. Les chaînes intermédiaires, telles que la
Guadarrama, entre les deux Castilles, la Sierra Morena, au nord de
l'Andalousie, et YEstrella, dans le Portugal, n'ont guère que la moitié
de cette élévation, et c'est dans la description spéciale des contrées
respectives que nous discuterons leurs liaisons, en partie
trèsdouteuses. Nous remarquerons seulement que les Pyrénées et toutes
les montagnes de la péninsule forment un système que nous appelons
hispanique, et que les prétendues liaisons de ce système avec le mont
Atlas, ou même avec les Açores et les Canaries, ne sont que des
hypothèses étrangères à la géographie.

La faible distance qui sépare la Sardaigne de la Corse, l'analogie
qu'offrent leurs montagnes sous le point de vue géographique, leur
direction dans le même sens, portent à regarder celles-ci comme
inséparables ; l'impossibilité de les rattacher à aucun système oblige à
les considérer comme en formant un séparé, que l'on appelle Sardo-Corse.

Les principaux sommets de la Sardaigne ne dépassent guère 56oo pieds,
tandis que ceux de la Corse en atteignent 8500.

L'examen des vallées de l'Europe présente peu de généralités qui soient
particulières à cette partie du monde.

Elles sont naturellement moins étendues que celles d'Asie, d'Afrique et
d'Amérique. La vallée du bas Danube, comprenant les plaines de la
Valachie et la Bulgarie, et la vallée du Danube moyen, formant la
Hongrie, sont les plus

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considérables; la dernière est peut-être de toutes celles qu'on connaît
sur le globe la plus fortement caractérisée, comme ayant été le bassin
d'un lac saumàtre desséché. La vallée du Pô vient en troisième ligne
pour la grandeur; mais rien n'égale ses riches cultures. On peut
comparer le bassin circulaire de la Bohème à la fameuse vallée de
Cachemire. Toutefois le premier paraît avoir dû former une mer fermée de
toutes parts, une Caspienne avant la dernière retraite des mers. Entre
Baie et Mayence, la vallée du Rhin présente un bassin formé en ovale,
d'un aspect assez magnifique. Le Valais ou la vallée du haut Rhône est
la plus grande de la chaîne alpine proprement dite ; mais la Carinthie,
moins vantée, le surpasse peut-être en beautés variées. Ce serait
anticiper sur les descriptions spéciales, que de vouloir énumérer
d'autres vallées moins considérables , mais nous devons remarquer le
caractère de celles de Norvège et d'Ecosse, dont le bassin long et
étroit est d'ordinaire occupé au milieu par un lac de la même forme.

En résumant ces principaux faits de l'orographie européenne , on est
conduit à considérer notre partie du monde comme divisée naturellement
en deux moitiés, la haute et la basse Europe. Division non moins
importante pour l'histoire de l'homme que pour la géographie physique!
Depuis Paris et Londres jusqu'à Moscou et Astrakhan, une grande plaine
s'ouvre aux invasions des peuples asiatiques et aux influences
alternatives de l'atmosphère sibérienne et de l'atmosphère océanique; le
peu d'élévation de ces terres les rend moins froides et plus habitables
que le plateau de la Tatarie, situé sous la même latitude. De Lisbonne à
Constantinople, une suite de terres hautes présente au contraire une
grande variété de coupes et de pentes, les unes exposées aux vents
froids du nord, les autres aux tièdeshaleines du sud; partout des
obstacles naturels séparent les nations; ce sont des défilés à passer,
ce sont des golfes.

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à franchir; c'est là surtout que le caractère particulier de cette
partie du monde se prononce. Sans des chaussées dispendieuses, les pays
au nord et au sud de la chaîne des Alpes n'auraient, dans toutes les
saisons, que des communications difficiles. Dans les grandes plaines de
la basse Europe, rien n'arrête en hiver la lourde charrette ni le
traîneau rapide. Aussi les peuples du nord sont-ils voyageurs, et ceux
du midi sédentaires. L'une et l'autre partie sont favorisées par la
nature; mais la haute Europe réunit naturellement à peu près toutes les
productions de ce continent, parce que la pente septentrionale et les
points élevés des chaînes centrales reproduisent le climat froid des
latitudes plus hautes de la basse Europe, tandis que cette dernière
partie, renfermant plus de plaines, présente une culture plus égale,
mais plus bornée quant aux espèces.

N'anticipons pas sur ces objets réservés pour un livre suivant;
n'ajoutons qu'une seule remarque. L'Europe septentrionale serait sous
les eaux, si l'Océan s'élevait de 15 à 1600 pieds; le Pont-Euxin et la
mer Caspienne joindraient la Baltique et le. mer du Nord ; mais l'Europe
méridionale, dépassant le niveau de ce nouveau déluge, formerait une ou
deux grandes îles montagneuses. Il faut toutefois ne pas trop
généraliser ce contraste ; car les deux grandes vallées de la Hongrie et
de la Lombardie, et les deux pays élevés de la Norvège et de l'Ecosse,
interrompent l'uniformité de l'une et de l'autre de ces deux moitiés de
l Europe.

Les tableaux suivans exposent avec plus de précision les faits que nous
venons de rapprocher.

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TADLEAU des fleuves et des principales rivières de l'Europe divisés par
bassins (l).

I. BASSIN DE L'OCÉAN GLACIAL ARCTIQUE.

Partie européenne.

Longueuf * Versans. Cours d'eau. eu lieup" 1. Versant N. 0. des monts
Ourals. PETCHORA. 330 V 1 d 1 {DVINA. 150 2. Versant septentrional du p
ateau M 6 de V Id" dans la mer Bl anc h e. EZEN. 1 6 ° e a al, ans a mer
anc e. 0NEGA. 90 V N E d 1 L { Voronia. 45 5. Versant N. E. de la apome.
foronia 55 .L ana. 55 II. BASSIN DE LA MER BALTIQUE.

TORNiA. 140 MuoniQ 60 i. Versant E. de la Scandinavie, et Liusna. go 0.
de la Finlande. Bassin du golfe Dal. 110 Bothnique DKael mi 100 Dix à
douze autres de 50 à. 60 1 NEVA, le Bosphore de a. Versant S. de
Finlande, 0. de Ladoga.

l'Ingrie. Bassin du golfe de Fin- KÙnêne, écoulement lande des lacs de
la Finlande :'

3. Versant 0. du plateau central de ( DVINA ou Duna. 180 la Russie. (
NliMEN. 160 ISTULE 260 Bug ou Bog i3o 4. Versant N. des Karpathes et des
IV ~re~ ~o Sudètes. ODER. 220 TVartha 1 5o Netze. 5o 5. Côtes méridion.
delaSuède, etc. Écoulement de quelques lacs.

III. BASSIN DE LA MER DU NORD.

ï. Bassi. n d, u C d V S d { GLOl\l!\IEN 120 1. asslli du 0 an: Versant
S. de G th if JalWge.O. delaSuède,N.EJ Gn œlhaff1r'Ji «"J" 1 di u
Danemar k , etc ( 1 Lpre is e Clar et le du Danemark, etc. ac Wener. 120

(1) Les MAJUSCULES indiquent les fleuves, et les italiques leurs
affluens et les rivières qui, se jetant dans la mer, ne méritent pas le
titre de fleuve.

------------------------------------------------------------------------

LODgtluu Yereans. Cours d'eau. on h<-ucf..

ELBE 27O I' Saale. 0 2. Versant N. des Sudetes et des s, H 1 ) spr-ée
avec Havel go monts ercpllens, c csi-c-un c. -\VESER 120 d l'AlI 1 t y
ESER. 120 de l'Allemagne septentrionale.. i jyer 50 V Es. 80 Reuss 5o
Aar 6° !Rhin 55o 3. Versant 0. de l'Allemagne, N. de NMeecin kar 70 la
Suisse, E. et N. de là France et 70 de la Hollande ft/oselle. 120 Lippe.
40 MEUSE. 160 ESCAUT. 86 f AMISE 89 4. Versant E. de la Grande-Bretagn.
TTrent ou Humber. 80 ( Tay. 5o 5. Versant 0. de la l\"orvége. Des torrens.

IV. BASSIN DE L'OCÉAN ATLANTIQUE.

Partie européenne.

I. Versant 0. de la Grande-Bretagn. SAVERNE. 93 2. Versant 0. d'Irlande.
Shannon. 83 - omme 40 5. Bassin de la Manche, versant ) ( S N. 0. de la
France 170 N~. 0~ dj, e , la F r a n c e marne. 97 ORNE. 30 VILAINE. 45
LOIRE. 220 Allier. 90 Cher. 78 Vienne 75 4. Versant 0. de la France. (
Creuse. 60 CHARENTE. 85 GARONNE 130 Dordogne. 106 Lot. 60 I Tarn 75
Adour. 70 ÃŽMinho 65 5 Versant N. de l'Espagne. DUERO ou Douro 165 (
/!.'sl<l. 50

------------------------------------------------------------------------

Lungupurs Versaiis. Cours d'eau. on lieues.

TAGE 225 i.T^ ; GUADIANA 200 C). Versant U. dÃŽ e I EspR ag0 ne n 2(-)0
crsan e spagne. Guadalquivir 120 Genil.,. 5o V. PREMIER BASSIN DE LA
MEDITERRANEE.

Partie européenne.

I SEGURA. 70 Y. Versant E. de l' E JUCAR. go t. Versant E. de 1 Espagne.
j - ;;;;;;;;;;; 1 5 ° ( Segra. 60 RHÔNE 1 go ône 11 O 2.
VersantS.delaFrance. Douhs. go Isère. 68 Durance. 80 3. Versant 0 des
ApR ennins , avec ( 3. Versant 0. des A pennins, avec! TIBRE. 60 leurs
branches. \Voltumo 3o r 0 turno 30

VI. BASSIN DE LA MER ADRIATIQUE.

1. Versant E. des monts Apennins. Ofanto. 30' PÔ 170 t Tanaro. 3o *i
ATdesdsain. , avec le lac.. 40 2. Versant S. E. des Alpes. < Adda. 5o
Oglio., /-¡o ADIGE. 90 Narenta 60 5. Versant S. de la Dalmatie j ]Jir
l':/ „ , TT, ( Drin septentrional.. 70 4 Versant O. du mont Hemus. T7'
", r OLOussa Io VII. DEUXIEME BASSIN DE LA MEDITERRANEE.

Partie européenne.

1. Bassin immédiat de la Me d iterra- ( ALI"

B , 1. d 1 M 'd' { Aspropotamo. 50 , S d 1 S..1 l 1 pIlee enVIron. )0
nee ; versant S. de la Sicile, de laj < ^uroias ou Vasili-£ , urotas ou
aSI 1Calabre, de la Moree, etc., etc. p0tamo , id 5o o anlO , le )() 1)
A , ( VARDAR OU Axius. 110 2. Bassin de 1 Archipel cote euro- 1 Maritza
ou Hd>rus f)n , , ARITZA ou .Le )/'llS <)0 peenj, versant E. et S. de la
Grecc, St n Vf0 d 1 M 'd' rymon. ,o de la Macé doine, etc., etc J pênée
Qu Sakmhria. 3o ene ou ua cm {. '-'

------------------------------------------------------------------------

VIII. BASSIN DE LA MER NOIRE.

Partie européenne.

Longueurs Versans. Cours d'eau. en lieues.

DANUBE 680 Lech. 5o Isar ou Iser 70 Inn. 100 March ou Morava [de
Moravie). 60 ! MDTYBuAohg Yr E 1 60 i. Versant E. des Alpes, et S. des
DRAVE. 160 Sudètes et des Karpathes. Muhr. 80 Save 110 Morava (de
Servie). 70 Theiss. 165 Maros. i5o Aluta 90 Sereth. 100 Pruth ou Prout
200 DNIESTER 200 ! BDNog IEPER 4 50 2. Versant méridional de la Russie B
TI 44 et d la ouBoug 1 4 0 et e a Pol ogne centra le. Desna. 200 Pripet
ou Pripecz. 140 DoN. 420 K hoper. 160 3. Bassin particulier de la mer
Medviedilza 120 dAzof; versant S. de la Russie.. Manytch. 190 Donetz.
140 llovla 70 IX. BASSIN DE LA MER CASPIENNE.

Partie européenne.

I VOLGA 840 Mologa. 100 0~ 280 Kliazma. i3o JJ7etluga. 130 1. Versant S.
de la Russie ccntrale, Saura.,. 11 o et S. ou E, des monts Ouraliens.
Kama. 35o I WBTKA. 150 Samara. 100 f" OURAL ou Jaïk, fronI tière de
l'Europe V à l'est. 700

------------------------------------------------------------------------

TABLEAU de la surface de quelques bassins, en milles carrés allemands}
et en lieues géographiques.

Milles carrés. Lieues canée..

Bassin du Volga. 3o, 154 83,828 du Danube. 14,423 40,075 du Don. 6,088
16,924 de la ~a. 5,890 16,374 du Rhin. 3,598 10,002 de la Vistule. 3,578
9,946 de l'Elhe. 2,800 7,784 de la Loire. 2,378 6,64o de l'Oder. 2,072
5,760 du Douro. 1,638 4,555 de Ii Garonne. 1,443 4>011 du PÔ. 1,410
3,919 du Tage. 1,357 3,772 de la Seine 1,236 3,436

Ce tableau est tiré de Liechtenstein ( Cosmographie et Statistique
générale, I, p. 328). L'auteur indique comme termes de comparaison
quelques fleuves des autres parties du monde , par exemple :

Milles carrés. Lieues carrées.

Bassin de l'Obi. 63,776 177,297 du Saghalien., 53,559 I48,894 du
Saint-Laurent. 62,330 173,277 de l'Amazone. 88,305 245,487 delà Plata
71,665 199,228

TABLEAU de Vélévation, au-dessus du niveau de r Océan, des principaux
cours d'eau de l'Europe, dans les dijférens points de leur course (1).

Toises. Mètres.

ADLER à sa source. 402 784 à son embouchure. 103 200 ALLIER. Sa source
dans la forêt de Mercoire, sur la montagne de la Lozère. 750 1423 à
Langogne. 460 896

à Monistrol. 294 573 à Saint-Arcons 257 5oo àLangeac. 250 488 à la
Voulte 236 460 à Vezezoux., 200 390

(0 Extrait de l'Orographie de l'Eurove, par M. Bruguiere.

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ToitCt. Mtarct.

ALLTER au pied de la montagne de Boulade, près d'Issoire. 179 349
àPontduChâteau. 161 313 à 1\Iaringues. 151 225 à Vichi. 123 240 à
Vendres., 98 191 à sa perte dans la Loire. 86 168 BOBER à Landshut. 206
402 à Rudelstadt. 197 383 à Hinchbcrg. 166 323 à Lowenberg 129 252 à
Bunzlau. 123 240 à Sagan 51 yi 100 DANUBE à sa source à Donaueschingen.
341 664 à Tuttlingen 322 628 à Sieemarineen 282 549 à Ulm. 25q 467 à
Donawert 176 343 à Ingolstadt. 167 325 à Ratisbonne. 162 5i5 à Passau
i5i 255 à Lintz. 115 224 ¿\ Vienne. 80 156 à Presbourg. 52 101 a Raab.
43 84 à Pesth. 56 70 Dolbs à sa source. 4f5 863 à Pontarlier. 416 811
aMorteau. 379 739 à Saint-Ursannc. 221 431 à Saint-Hippolyte. 193 396 à
Pont-de-Roitlc. 165 322 à Baume-Ies-Damcs. 155 265 à Besancon., 121 256
;t Dôle , 101 197 à son embouchure dans la - 88 171 La.n Ù Hohenbcrg.
217 4^-5 à MÜ]llbacb. 199 588 à Eger. 197 584 au confluent de la Tepel.
176 545 à Postelberg. 80 1 56 à sa perte dans rEibc. 64 2 5 Elu*, à sa
source 692 1 5 j9 ,'¡ Küniggratz. , ., 103 200 1 Podiebrad 78 152

------------------------------------------------------------------------

To.,. MMrn ELBE à 1\Ielnik. 71 138 à Kopist. 64 124 à Tetschen. 57 111 à
Pirna. 47 92 à Pilnitz. 45 88 à Dresde. 43 84 à Mühlberg. 36 70
àMagdebourg. 21 41 àTangermunde. 14 27 à Rosenhof 11 21 à Losenrade. 8
15 à Muggendorf. 7 13 à Hitzacker 3 6 FELDA à sa source 33 x 645 à
Kalten-Nordheim. 222 433 à Langsfeld. 132 257 GLOMMEN au lac d'Oresund.
333 65o près du village de Tolgen. 298 581 au village de Tonset. 244 475
à Stor-Elvedal. 123 240 à Aamodt. 120 à Elverum. 96 187 à Strœin. 70 137
à Kongsvinger. 68 134 à N œs. 63 123 au lac d'Oyeren. 52 102 à la chute
de Sarp 11 21 LIUSNA ou LIUSNE au lac de Liusna. 457 891 au-dessus de
Vallarne. 365 711 au pont de Liusnedal. 302 589 près de Lassen. 284 554
au hameau de Langas. 23o 449 près de Hedekyrkia 224 437 près de Viken.
221 431 près de Ransjon 218 425 près de Nissvalen 198 586 près de la
maison de Kalsatt. 191 5-2 près de la partie supérieure de la cascade de
Laforssen, 127 248 près de Ferilla 89 17J In 1 5 0 près d'Ierfsoe. 77
150 près d'Arbrœ. 73 142 près de Bollnœs 43 84 près de Bervec ken. 40 7
R MOLDAU à Friedberg. 344 67°

------------------------------------------------------------------------

Toises. Mètres.

Moldau à Hohenfurt. 271 528 à Budweis 188 566 à Klingenberg. 151 294 à
Worlik. 154 261 à Kameik. 124 242 à Ziwohausst. 101 197 au confluent de
la Zassava. 91 177 à Prague. 85 166 MOSELLE à sa source sur les Vosges,
entre Bassan et Orbé. 572 725 à sa source à Saint-Maurice 279 544 au
Tillot, près de Château-Lambcrt. 261 5o8 à Remiremont 2o5 396 àEpinal.
162 317 à Metz. 76 148 à Grevemnachern. 65 127 au confluent de la Saar
64 126 à Trè,'es. 63 124 à Coblentz 23 45 NECKER à sa source, près du
village de Schwenningcn. 558 698 à Rottweil. 283 552 à Obcrndorf. 234
456 à Sulz. 219 427 à Iforb. 200 590 à Bieringcn. 181 555 à Rotteinburg
175 537 àTübingcn. 165 518 à l'embouchure de l'Ecliaz 158 5o8 à
Necker-Tcnzlingen. 148 288 à Niirtingcn. 140 275 à Plochingen 129 251
àEsslingcn. 120 234 à Kannstadt. rio 214 à Besigheim. 92 179 à Laufen 84
164 à Heilbron. 78 152 àJaxtfeld. 74 144 à Gundclsheim 72 140 à Eberbach
59 1 15 à Heidelberg. 50 97 à Mannheim. 47 92 Neisse à sa source. 455
887 à Schrcihersdorf. 246 479

------------------------------------------------------------------------

Toi9P5. jVIMrf-s.

NEISSE à Mittelwald 219 4*7 à Altweistritz. 193 376 à Habclschwcrd. 187
364 à l'embouchure de la Bide. 158 3o8 à Glatz 1 52 296 ;\Steinwitz. 141
275 Morischau. 135 263 à 'Vartha. 124 242 à Camenz 114 222 :..Neisse. 99
193 à Loe,-cn. 80 156 à Sclmrgast 7 3 142 ODER à sa source. 165 321 à
l'embouchure de l'Oppa. 109 212 près Oderberg 98 191 Ratibor. 92 179
Oppeln. 80 156 Brieg 70 136 Oldau. 65 127 Breslau. 61 119 à l'embouchure
du Weistritz 58 113 près Leuhus. 47 92 Gr. Glogau. 55 68 Francfort. 19
57 OIGNON à sa source à Château-Lambert. 556 694 à St-Barthélemy, au
pied du mont de Vanne. 179 349 àVoray. 119 232 au bas de Pêmes. 106 207
à son embouchure dans la Saône. 99 197 RHIN. Source du Rhin inférieur
sur le col d'Ober-Alpe 1029 2ao5 Le Rhin à Chiamut 894 1742 à Scdrun
(Tavetsch). 729 1421 à Dissentis. 5g 3 1156 à Surrcin. 462 914 à Trons
442 900 à Rcichenau. 3o8 600 à Ragatz. 257 5oi à Gambs. 235 4^8 à
Constance. 204 397 à Stein 200 *>90 à Diessenhofen 198 078

------------------------------------------------------------------------

Tohf*. MttMt.

RHIN à Laufen, au-dessous de la chute. *79 349 à Bâle. 127 247 à Brisach
102 199 à Sasshach. 96 187 à Kehl 70 136 à Mannheini, 47 92 à Mayence.
43 84 à l'embouchure de l'Ahr. - 27 53 à Bonn. 23 45à Cologne. 19 37
RHÔNE. source supérieure sur la montag. de Sass. 903 175-9source au pied
du glacier. 855 1 666 àrenxbouchureduGeren, prèsOherwald. 728 1408 de
l'Egginen , près ImLoch 676 1317 dl! Viesh. 576 1122 delaBinne, près
Graniols; 520 ioi3 de la Massa, près l'église des Itauntes-Roch. 390 760
de la Saltine, près Brigg. 542 666 delaViège. 3i8 619de la Lonza, près
Gampil. 310 604 de la Tlll'tman. 3o3 5go de laDala, près Louëche.. 290
565 de la Naviscence, près Ci pis. 275 555 de la Rapille, près
SaintLéonard. 268 522 de la Borne, près Brémis. 265 516 de la Mo.rge,
près Vétroz. 260 5o6 de la Prinze, près-Nenda. 258 5o2 de la Lizerne,
prèsArdon. 256 498 de l'Isérable, près Rida.. 25, 489 de la Dranse, près
Martigny. 238' 465 du Trient, près Vernayes. 256 459 de la Pisse- Vache
, près Miéville. a a 233 454 de l'A vençon, près Bex.. 220 428 de la
Vièze, près Monthey. 215 419 de la Grande-Eau, près Aigle. 203 395 du
Rhône, dans le lac Léman. 195 316 sortie du Rhône, aux chaînes de
Genève. Ig1 372

------------------------------------------------------------------------

Toises. Métrés.

RHÔNE embouchure de l'Arve, près Genève 185 36o à Peney-Dessus, pied est
du Reculet. 179 548 embouchure de la London, près Russin. 161 313 de la
Laire, près Chancy.. 158 307 au pont de Lucey, à sa perte 15o 292
embouchure de la Valserine, au-dessous de l'ancienne perte du Rhône. 135
263 à l'embouchure des Usses, près Bassi 126 245 du Fier,
prèsChâteaufort. 121 235 du canal de Savière (du lac duBourget) 116 226
du Seran, près Cressin.. 115 224 du Furan, près Folaterre. 110 214 du
Guier, près St-Genis.. 103 200 de l'Ain, près St-Maurice. go 175 de la
Saône, à Lyon 81 157 à Condrieu 65 116 à l'embouchure de l'Isère. 53 103
à Valence. 51 99 à Loriol. 46 89 à Montélimar. 31 60 à Caderouze. 20 38
àAvignon. 10 19 à Tarascon. 6 1 1 SAÔNE sa source à Vioménil. 203 396 à
Darney 126 246 à l'embouchure de l'Amance. 119 232 à Gray. 107 209 à
l'embouchure de l'Oignon. 99 197 à l'embouchure du Doubs. 87 171 à
Tournus. 80 156 à l'embouchure de la Seille. 78 152 à Mâcon. 77 1 50 à
Lyon. 72 140 SAAR ou SARRE sa source au pied dugrandDonnon. 276 538 à
Ebersweiler 155 302 à Saarbourg. 119 232 à Saaralb 112 218 à
Sarguemines. 103 201 à Saarbriick. 96 187 à Sarre-Louis. 87 170
àMertzig. 83 162 à son embouchure dans la Moselle. 64 126 SEINE sa
source près Chanceaux. 223 435 à Troyes. 52 ioi

------------------------------------------------------------------------

Toiat'S. Mitres.

Seine au canal du Loing. 29 56 à Corbeil. 23 45 à Roucll. 17 54 à Paris.
4 8 Streu à sa source 56 * 709 à Flaaungcn 166 323 à Ostheim 143 279
Si£G it -,a source 294 573 à Sicgen. 128 250 à Kirchen. 101 197 à
l'embouchure du Hellcr. 97 189 à Wissen. 84 164 à l'embouchure de la
Niester. 83 162 à Herrsclien 54 io5 à Eitorf. 52 101 à Bosdinger. 4\ 86
au château d'Allener. 58 74 à son embouchure dans le Rhin. 19 37 Waag à
ses sources, 780 à 875 mètres.

a Belanzko., 397 774 ;\Vichodna. 585 746 à Saint-Miklos. 282 55o à
Rosenberg. 225 439 à l'embranchement de l'Arva. 2o5 400 à Frcystaat. 78
140 a son embouchure. 62 120 Weura à sa source. 45° 858 à Eissfeld. 248
485 à HiMburghausen. 178 347 à Meinungen. i59 271 à Barchfcld. 130 253 à
Tiefenort 119 252 à l'embouchure de la Felde 114 222 à Vach 112 218 à
Gcrstungen. 100 195 à Kreutzbourg 91 177 à Mihla 88 1 7 1 au prieuré de
lcU. 85 166

------------------------------------------------------------------------

TABLEAU de Vélévation absolue des principales montagnes de tEurope (en
mètres).

SYSTÈME SCANDINAVE.

Chaîne Thulienne (Norvège occidentale).

Mètres. Autorités, Guter-jield. 1455 Hagelstam-, carte
phyHardanger-field, ier sommet.. 1495 sique, Schow, etc.

Hardanger-field, 2 e sommet.. 17 55 Glacier de Hallingdal 1954?

Gousta. 1885 Smith.

Folgefond Y 17 £ )e Buch.

Fille-jield. 1462 Smith.

Suletind 1794 De Buch.

Sogne-jield. 2189 Hagelstam.

Lang-field 2011 Id.

,snée-Bræen (dôme de neige).. 1949 ld.

Le plateau, base de cette chaîne. 974 ld.

Passage à'Aarhuus dans le (Wattendals6.eld).. 1296 Naumann.

Passage de Sœlhœfond. 1442 Smith.

Mugnafield.:.. 2199 - Forselle.

Koldetind. 2208 Keilhau.

Sondre Skagestoltind. 2469 ld.

Nordre SkagestÕltind. 25o6 Id.

Lomseg. 2027 Naumann..

Skastol Tind. 219 r Id.

Regnedalvand (diocèse de Bergen). 809 ld.

Blaavand (idem). 1099 Id.

Midsvand ( près Christiansand). 867 Smith.

Promontoires orientaux du plateau.

Lauderdal ou Laurdal 1010"" Id.

Jonsknuden, près Kongsberg. 880 De Buch.

Monts Dofriize, Kcclen, Norvège centrale et nord-ouest de la Suède-.

Kœlj-îeld, au N. du lacOresuhd.. 1905 Hagelstam.

Tronfield' 1789 Id.

Sylt-jield ou Sylifjallet 1976 Id..

Promontoires d'une chaine secondaire.

Areskutan (J emptie ). 1439 Id.

Sulitelma (Laponie). 1883 Wahlenberg.

Ekorndor (passage). 984 Hisinger.

Kendalsfield 1277 Hagelstam..

Ankenœs. i485 Wahlenberg, Sauto. 1725 Id.

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Mitres. AutOIitéi.

Tulpayegna (passage). 1234 Walilenberg.

Almajalos ( ia. )..,;. 1690 Id.

Monts Sevons, entre la Norvège et la Suède.

Swucku(vaVe dudaloriental). 1431 Hagelstam.

HemfyeUeJÊL mont près de Trans^BSl 922 Hisinger.

Gamla er:fyellet. 975 Id.

Entre le Dal, le Klar, les lacs Wener et MÅ“lar.

Plateau au S. de NÅ“s 297 Hagelstam.

Chaîne maritime de la Laponie.

Ost Vaagen, le g lacier 1188 Id.

Ost Faagen, ( id?) Guttesfiord. 1188 Id.

— Lœdingsaxel ( même île). 472 De Buch.

— Fùberg, idem. 974 Id.

Ile de Rogla. 974 Id.

— Senjen (sommet). 891 Hagelstam.

— Fugloe (écueil). 649 De Buch.

— Yanoe. 974 Id.

— Arenbe 974 Id.

- Magerôe (Honingsvogfield). 353 Id.

Joke-jield (péninsule). 1210 Hagelstam.

Seiland (île de) y le glacier. 1158 Id.

Cap Nord ( île Mageroe ) 157 o — Fugeloe. 647 ?

Mont Lommijaur, idem. 690 WahlenbergPlateau de la Suède méridionale.

Kinnekulle (Westro-Gothie).. 280 Thomson.

Les.

Ostergem (île Gottland). 59 Oersted.

Ritterknegten (île de Bornholm). 156 Id.

lIe d'Oeland. 42 Id.

SYSTÈME BRITANNIQUE.

Ben-Nevis (Ecosse). i555 Jameson, etc., etc.

Cairn-Gorm. u I244 Playfer.

Ben-Wyvis. 1154 Smidt.

Ben-More 1164 A. View.

Ben-Lawers. 1202 Id.

Ben-Foirlich 978 Id.

Ben-Lomond 975 Id.

Che-viot-Hill. 818 A. Boue.

Cross-FeU (Cumberland). 1031 Jameson..

HelwyUn. 1 o i o Id.

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Mètres. Autorité*.Bontomand. 986 Jameson.

Snowden (pays de Galles). 1084 Roy.

Carnedd-Llewellyn. io58 W. Smith.

Carnedd-David. 1045 Id.

Cader-Idris. 1082 Jameson.

Aran-lVowddwy. 901 W. Smith.

Holme-Moss (Angleterre). 566 C. Smith.

Lords-Seat. 534 Id.

Brown Clay-Hill. 55o W. Smith, Carran-Tual , point culminant de
Macgillycuddy (Irlande). io4o Nimmo.

Chroag-Patrick (ibid.) 809 Jameson.

Knock-Mele-down (ibid.) (Waterford). 822 Id.

Mangerton (ibid.) 778 Nimmo.

.Nephin 806 Jameson.

Ile d'Isla. 457 Boué.

— de Jura. 737 Pennant.

- (ibid.) (Ben-Oir). 752 Id.

— de Mull (Ben-More). 945 Doué.

— de Skye (Cuchullin). 913 Muc-Culloch, - de South-Uist (Hecla). 915 Boue.

— de Lewis (Suaneval). 823 Id.

Snea-Fell (île de Mann). 530 C. Smith.

Quetfell (île d'Arran dans les Hébrides). 874 Playfair Soiiimet de l'île
Hoy (Orcades ). 566 Id.

Sommet de l'île Hoy (Orcades). 566 Id.

Ile Mainland (mont Rona) dans les îles Shetland. 1095 Laing.

Mont Skaling (île Stroemoe) (dans les îles Fœroe). 662 Stain.

SYSTEME ALPIQUE.

Les Cévennes etc. etc.

Extrémité méridionale de la chaine, Le roc qui domine Sorèze 537
DAubuisson.

Sommet du Pic de Montant. io4o Id.

Pic d'Aifan 830 Id.

Pic dufaux Moulinier 622 Id.

Branches centrale et septentrionale.

Mont^/ezm(sourcedelaLoire).. 1774 Cordier et Ramond.

Mont Tartas. i345 Deribier.

Lozère '49° Delambre.

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Mètres. Autorités.

Puy de Montocelle. 1652 Delambre.

Pilat (près Lyon). 1072 Berghaus.

La Croix Touttée. 1012 Id.

Montagne de Tarare, au sud.. 1450 Vasel.

Mont Salvy (près Rhodez). 824 ?

Branche occidentale.

Le Cantal (le Plomb). 1858 Delambre.

Puy Mary. 1660 Id.

Monts-Dômes.

Puy du Dôme ^7 6 Ramond.

Petit Puy ou Dôme. 1276 Id.

Puy Chopine. 1192 Id.

GrandSarcouï. 1048 Id.

Grand Suchet. 1249 Id.

PuydePariou. 1223 Id.

Puy de Côme. 1273 Id.

Monts-Dor.

Pic deSancy, sommet duMontDor. 1897 Id.

Puy Gros. 1806 Id.

Puy de Montchar. 1199 Id.

Cacadogne. 1807 Id.

Puy Ferrand. 1864 Id.

Puy de f Angle. 1752 Id.

Puy de la Haute- Chaux 1715 Id.

Roche 17 endeix. 1181 Id.

Roche Sanadoire 1299 Id.

LES ALPES.

I. Alpes maritimes, Cottiennes et Grecques.

Caoume (près Toulon). 795 Saussure.

Saint - Pilon (sommet de la Sainte-Beaume) 1002 Stat. des Bouch.-du-Rh.

Mont de Lure. 1754 Lupon, idem.

Mont Ventoux. 1959 M. Delcros.

Mont Cristol. 821 Guérin.

Le Charence (près Gap). 1493 M. Héricart de Thury.

Le Col de Tende 1795 Ann. du Bur. des Long.

Le Parpaillou (près Barcelonette. 2722 M. Héricart de Thury., Le Col de
Longet ( au S. du mont Viso). 3153 Welden.

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Mi très. Autorités.Sainte-Victoire (près d'Aix).. 955 DeZach.

Montagne du Cheval-Blanco, à l'E. de Digne 1091 Stat. desBouch.-du-Rh.

L'Infernay , au-dessus de Briançon 2930 Janson.

Chaberton-sur-Briançon 5126 Bon de Welden.

Mont Pelvoux, au S.-O. -de Briançon. 3941 Id.

Monte Pelvo, au S. du mont Viso. 3o55 Id.

Le Col entre Maurin et Fouillouse. 2401 Guérin.

Mines de charbon de St-Ours.. 2160 D'Aubuisson.

Le Chaliot-le-Vieux 2397 Janson.

Mont Viso de Ristolas. 3836 Plana.

Mont Viso (un autre sommet). 2524 De Welden.

Pic de Serviere. 2333 De Zach.

Mont Genèvre. 3592 Berghaus.

Le Col de ce mont. 1974 De Zach.

Mont Chaherton. 3121 Ingénieurs français.

L'Aiguille-Noire 32 00 Id.

Glacier d'Ambin. 3372 Id.

Mont Cenis (roche St-Michel).. 3493 Brousseau et Nicolet.

Passage du mont Cenis. 2o65 Ingénieurs français.

La roche d'Asse sur le m. Cenis. 2896 Saussure.

Chainon dauphinois qui aboutit au Rhône.

Pic de Belladone. 3140 Héricart.

Le Chevalier (m* de Chalande). 2651 Id.

Les Richardières. 2552 Id.

Le Chamechaude 2°9I 1&Le Gardgros. 1462 Id.

Mont des TroÍs-Ellions. 3882 Id.

Mont des Grandes-Rousses 3041 Id.

II.' Chaîne du Mont-Blanc ou des grands Pics (Alpes pennines)

Mont Iseran. 4045 Corabœuf.

Mont Valaisan. 3552 Albanis-Beauinont.

Passage du Petit St-Bernard.. 2192 Saussure.

Le sommet 2920 Id.

Col de la Seigne 2462 Id.

Col de Bonhomme 2446 Id.

Le Cramant. 2734 Pictet.

Col de Géant. 34o5 Saussure.

------------------------------------------------------------------------

Mtres. Autorités.

Le Géant. 4206 Saussure.

Le Mont-Blanc. 4795 Id.

L'Aiguille du Gouté. 3717 Id.

Le Montanvert. 1869 Id.

Prieuré de Chamouny j 1020 Id.

Le Buet. 3109 Corabœuf.

Aiguille de IÁrgentière. 5707 Saussure.

Le Grand Saint-Bernard. 3371 Zumstein. Welden.

La Dent du Midi. 3i85 Ebel.

Passage du Grand St-Bernard.. 2426 Zumstein. Welden.

Le Mont Rosa. 4618 Saussure.

Le Mont Cervin ou MatterHorn., 4522 Id.

Passage du Mont Cervin. 3383 Id.

Brhorn. 3902 Id.

Route du Simplon ( près de l'hospice. 2005 Id.

Simplon ou Monte Leone. 5518 Oriani.

III. Groupe du Saint-Gothard.

PesciorUj un des sommets. 3229 Tralles.

Fieudo idem. 5075 Id.

Passage du Saint-Gothard. 2075 Saussure.

Furca (passage entre le Valais et le canton d'Uri). 2656 Tralles.

~/Za. 3254 Schow.

Piz rairhein 3313 Id.

Gallenstock. 3804 Tralles.

Gletscherherg. 3410 A. de Gy.

IY. Première chaîne helvétique (entre Berne et le Valais).

Siedelhorn, point culminant du Grimsel. 2809 Tralles.

Passage du Grimsel. 2561 Frey.

Finster-aar-hom (pic sombre d'Aar) 4294 Tralles.

Schreckhorn (pic terrible). 4o8o Id.

TVetterhorn 3g 14 Tralles, etc.

Lamerhorn 5546 Hoffmann.

Alte-els-horn. 3713 Id.

Eigher. 3986 Tralles.

Monch (le Moine). 4114 ld.

lungfrau (la Vierge). 4181 Id Doldenhorn. 5664 Id.

------------------------------------------------------------------------

Mètres. Autorités.

Blllmlis" Alpes. 3700 Hoffmann.

Breithorn 38oo Id.

Passage du Gemni 2257 Tralles.

Oldenlwrn. 3128 Hoffmann.

Diablerets. 3106 Tralles.

Dent de fllorcle. 2974 A. de Gy, Mont Cries (sommet). 3074 Muller.

Hangendhorn. 3410 Tralles.

Rizhorn. 5280 Id.

V. Deuxième chaîne helvétique (entre Berne et Uri).

Mutthorn 3323 Tralles.

Gallenstock. 38o4 Id.

Sustenhorn. 5518 Id.

Spizliberg (petite Aiguille). 3444 Id.

Titlis. 3479 Id.

Steinberg. 3o15 Id.

Bi'ZÍstock. 1920 Muller.

Jouchli 2187 Walilenberg Scheinberg 1986 Muller.

Hohgant. 2220 Tralles.

Mont Pilate, près Lucerne. 2i5o Id.

Schlossberg 3172 Muller.

TVallenstokke 2625 Walilenberg.

Wendistock. 3071 Tralles.

Blackenstock. o. 3098 Muller.

Spannœrter. 325g Hoffmann, Balmhorn. 5711 Tralles VI. Troisième chaîne
helvétique (entre les quatre cantons et les Grisons).

Trithorn 2962 Tralles.

Ober-A/pe. 3331 Id.

Dodi. 3586 Id.

IÚstenberg. 3578 Ebel.

Hausstock. 2699 Id.

Hohekasten. 1799 Ho ffinann.

Scheibe. 3096 Hoffmann.

Branche qui suit le Rhin jusque vers le lac de Constance.

Kamor. 1766 Walilenberg Hochsentis. 2491 Id.

Leiskamm. 2095 Muller.

Schnee-Alpe. 1657 Wahlenbeig.

------------------------------------------------------------------------

Branche occidentale, dans le canton de Schwitz.

Mètres. Autorités.

Scheerhorn 5315 Tralles.

Klariden-Alpe. 5575 Hoffmann.

Ross-Stock. 2501 Muller.

Ruffi ou Roszberg. 1583 Hoffmann.

Righi. 1875 Wahlenberg.

Sauren 3o96 Muller.

VU. Grande chaîne Rhétienne (Grisons et Tyrol).

Passage d'Airolo à Medel. 2181 ?

Piz Valrhein ou Vogelberg. 5515 Tralles.

Badous ou Sixmadun. 2950 Id.

Galanda. 2857 Hoffmann.

Kallerberg 2 548 Tralles.

Le lJfoschelhorn, l'une des pointes du Yogelberg. 3294 Id.

Le Ramit. 284 Id.

Apporthorn. 33o4 Partie du M. Adule.Muller.

Bernardino (passage) 2i38 - M. de Welden.

Tombo-Hom 3181 Muller.

Passage du Splugen. 2077 Ingénieurs autrichiens.

Passage du Julier. 2479 De Buch.

Ortler. 3917 M. de Welden.

Tchernowand 3783 Fallon.

Zebru ou Kœnigs-Spitz. 3740 Ingénieurs autrichiens.

Platey-Kogel. 3167 Rel. des Glac. du Tyrol.

Greiner. 55oo Mémorial topograph.

Schneeberg (près Sterzing). 2522 Fallon.

Le Brenner. 2066 De Buch.

VIII. Petites chaînes Rhétiennes du nord (Grisons, Bavière, Salzbourg).

Schweinfer-lock. 3742 Fallon.

Scesa-Plana 299° Rœch.

Hochvogel. 2582 Fallon.

Solstein; au N. d'Inspruck. 2958 Id.

Watzmann. 2942 Beck.

Breithom 2367 Miltenberg,, IX. Petites chaînes Rhétiennes du sud.

Sasso del Fero, près Lavenno. 1084 Oriani.

Pizzo di Orsera. 982 Id.

Mont Gordona. itfîi Id.

------------------------------------------------------------------------

Chaînons de la Valteline.

Mètres. Autorités.

Scala di Fraele, près Bormio. 1985 Topogr. della prov. di Sondrio.

Legnoncello 17 51 Oriani.

Mont Tresero. 3617 Ingénieurs autrichiens.

Mont Gavio 3582 Oriani.

Mont delle Disgrazie. 3676 Ingénieurs autrichiens.

Mont Corifinale. 3376 Id.

Mont Legnone 2600 Id.

Monts Euganéens.

La Finestra, cime du m. Baldo. 215o Comte de Sternberg.

Mont Maggiore 2228 Id.

Mont Altissimo di Nago 2078 Fallon.

X. Alpes Noriques (Autriche).

Le Grand Glockner. 5894 Schiegg.

Le Greiner. 35oo Mémorial topograph.

Le Hohenwartshœhœ. 5567 De Zach, Corresp.

Fuschberg 3666 Mémorial topograph.

Ferner-JjTaield. 33o8 Fallon.

Duc-Ernst 5o66 Id.

Hoheseelwrn. 2561 Ferussac.

Raucheck (à l'E. de Salzbourg). 2590 ?

Stang-Alpe (confins du Salzbourg). 2^19 Archid. Rainier.

Haute-Autriche.

Tlwrstein. 29^4 Marcel de Serres Kappenkarstein 2457 Schultes, et autres.

Kalmberg. 18o3 Id.

CeM~e~ï~e~ 2722 Archid. Rainier.

Styrie et Basse-Autriche.

Pic de ~ë/ 2254 Moll.

Hock Gailing. 3183 Id.

Schneeherg. 1834 Burg.

Eisenhut (confins de la Styrie). 2421 Archid. Rainier.

Passage du Semmering. 1014 Fallon.

XI. Chaînes Carniques" Juliennes et Dinariques.

T~~M~ 3508 Fallon.

Cima di Lagorei. 2612 id.

Monte Cermula. 2212 Almani genovese.

Keppas ou Miungs-Kogel. 2099 De Buch.

Terglov 3311 Hassel.

Monte Carno 2671 Fallon.

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Alpes Dinariennes.

Mètres. Autorités.

Snimik ou Schnéeberg 2273 Miltenberg. Ifleck., rocher 2111 Plissivitza
17 5o Demian.

Mont Badany 1355 Mont Dinara 2273 Mont Scardus. 5118 Félix Beaujour.

Mont Athos. 2066 Gaultier.

Chaîne du Rhodope.

Mont Menikion (Cernina) I949? Félix Beaujour.

Chaîne du Pinde.

Mont Mezzovo. 2728 Id.

Mont Othrys. I949? Id.

Mont Kissovo ou Ossa. 1754 Id.

Mont Pélion.. i55g? Id.

M. Chelmos ou. Cyllbne (Morée). 17 54? Id.

Mont Taygète (idem). 1559? Id.

Iles de l'Archipel.

Mont Jupiter (île de Naxos). 1006 Gaultier.

MontPsilorit (Ida, île de Candie). 2509 Sieber.

Mont Ligrestosowo (idem) 23o8 Id.

XII. Chalnes Subalpines de nord-ouest.

Jura.

Ier chaînon.

Le Reculet. 1717 Gy.

Le Dôle. 1681 Ingénieurs français.

Le Chasserale. 1610 Osterwald.

Mont d"'Or. 1462 Gy.

Hasemaie (Soleure). 1456 Buchwalder.

Rothifluh. i4o5 Id.

Moron (Delemont). 1346 Id.

lIe chaînon.

Rive droite du Doubs.

Le Larba i532 Gy.

La 1Sale (Bellelei) i343 Gros Taureau (Pontarlier). i526 Osterwald.

IIIe chaînon.

Entre le Doubs et le Rhône.

Le mont à1 Ain (près Nantua). 1048 Stat. du dép. de l'Ain.

Le Chalanze. (idem) 1404 Id.

Apremont ( idem S 1121 Id.

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IVr chaînon.

Depuis le confluent de l) Ain et de la Bienne jusqu'à celui du Doubs a
du Désoubre.

Mitres, Aulnrilo.

La côte d'Evillers. 920 Gy.

La montagne des Miroirs 97 1 ld.

Ve chaînon.

Depuis le confluent de 1'Ain et de la Falouse jusque pi cs de Salins Le
mont Charvey. 772 VIe chaînon.

Depuis Bourg en Bresse jusqu'à Baie.

Montagne de Tronchats (près Bourrignon. 990 Id.

Mont Poupet. 85o ld.

Jorat.

Mont Pèlerin. 1246 Id.

Tour de Gourze 895 Id Lo Cole. 926 Id, Vosges.

Montagned'Hircey. 700 Gy.

Idem de Sapeau 885 Id.

Ballon de Servance. 1210 ld.

Ballon de Lure. 1134 Id.

Les Chaumes. 1281 Id.

Bressoir. 1234 Ingénieurs français.

Le Champ de Feu. 1078 Oyenhauson.

Le Grand Donnon. 1010 Ingénieurs français Ballon d'Alsace. 1257 Gy.

Haut d'Honec 1341 ld.

Côte dOr.

Mont Moresol. 520 Berghaus.

Mont de Montoillé, auN.-O. de Pouilly. 532 Gy.

Mont Tasselot. 602 Id.

Mont Afrique. 571 ld.

Plateau de Langres.

Sommité de Montaigu. 497 Id.

Part. des eaux près de Langres. 452 Id.

Montagne de Montlandon. 390 Id.

Monts Faucilles.

Côte des Fourches. 491 Id.

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Mitres. Autorité*.

Montagne de Saint-Balmont.. 417 Gy.

Idem de Harot. 421 ld.

Chaînon qui unit les monts Faucilles aux Vosges.

Mont Permont (près Remiremont). : 600 Montagne entre Erival et Remi-
remont 768 Idem de Valdajot (près Plombières). 622 Alpes germaniques.

Fichtel-gebirgc.

Le Schneeberg (entre la source du Mein et celle de l'Eger).. io55
Goldfuss et Biscliof.

U Ochsenkopf (entre la source du Mein et celle de la Naab ). 1039 Id.

Le K ossein. 994 Id.

Alpes de Souabe.

Le Flohenberg. 1027 Bockmann.

Le Deilingerberg ioi5 Id.

Schafherg. 1 o 13 Id.

Plâtternberg 1008 Id.

Schwarzwald ou Forêt Noire.

Feldberg (la plus haute sommité de l'Allemagne occidentale). 1425
Eohnenberger.

Lentzkircher-Hutte (sur le Feldbe¡'g ). 1307 O yenhausen.

Le Blauenberg 1165 Wild.

Le Belchenberg. 1415 Ingénieurs français.

I(ohrkopf. 1179 Wlld.

Le Kohlgarten (entre le Belchen et le Blauen ). 1231 Id.

Le Stockberg, idem. 1084 Id.

La Sirnitz 1076 Id.

Le Katzerikopf. 1169 Bohnenberger.

Odenwald.

Le I(atzenbuckel. 610 Munke.

Le Culmberg (au N. du Mein).. 737 Reichard.

Le Sieglitzberg [idem) 71S Id.

Thuringerwald.

Le Blessberg 838 Feer.

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Mètres. Autorités.

Le Scknéekopf ou Béerberg. 868 Lindenau.

Le Gebrannte-Stein. 871 Miltenberg.

Harz-gebirge.

Le Brocken ( point culminant du Harz et de l'Allemagne sept. ). 1115
Rosenthal.

Heinrichshôhe 1039 Hoffmann.

Grand Kcenigsberg. 1008 Berghaus.

Le Bruchberg. 986 Hoffmann.

'Spesshardt.

Heilige-I(reuzberg. 922 Id.

Le Dammerifeld. 837 Moll.

Le Sturmberg. 869 Sartorius.

Vogels-gebirge.

Oberwald ou Sieben-Akorne.. 741 Schmidt.

Le Geisselstein 709 Id.

Le Hoerdlerberg ( au S. de Schnealenherg). 748 Emmerich.

L e Kahle-As tenberg , près Winterberg. 825 Id.

La Hunau. 808 Id.

Westerwald.

Le Galgenberg ou Salzburgerkopf. 846 Becher.

Le Neukirch 633 Id.

Le Galfinstein £ 19 Schmidt.

Sieben-gebirge.

Le.LÅ“venberg. 617 Nose.

Le Giinsehals. 503 Benzenberg.

Chaîne du Taunus.

Le Grand-Feldberg (au N. -O.

de Fiunefus). 846 Schmidt.

L'Altkœnig. 780 Id.

Le Petit-Feldberg. 799 Id.

MONTS HERCYNIO-KARPATHIENS.

Alpes Bastarniques ou Karpaihes orientales.

Ruska- Poyana 3oa 1 Balbi, prospetto.

Gailuripi. 2923 Id.

Buthest ( de Transylvanie). 2651 Idem (de Valachie) 2077 Lerchenfeld.

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Mtres, Autorités.

Lentschitz. 2578 Malte-Brun.

Ubwkoe. 2401 Id.

Retirzath (vallée Hatzur). 2592 Id.

K ukuratza 1520 Id.

Sural (SZURUI) 25o8 Id.

Budislaw. 2257 Id.

Karpathes proprement diLes.

Le Kriwan de Thurecz. 1721 Wahlenherg.

Lonirtit 258o Id.

Gerlsdorf 2372 Id.

Kriwan 2448 Id.

Piszoka. 2554 Id..

Le Gesenkc-gebirge (monts abaissés).

'Alt-Vater. 1462 MM. Kalupa et Mosch.

Klapperstein 1122 Charpentier.

Schnéeberg. 1458 Carte minéralogique du comté de Glatz.

Le Kamnikoppel i 5oo Charpentier, der Globus,) carte manuscrits.

Le Mittelberg 1I9I Id.

La llohe-mense io5i Carte manuscrite.

Hackscha i525 Id.

Le Petit Schnéeherg. 1259 Id.

Les bruyères de Brunel. i532 ?

Lissa Hora (près Teschen). 1385 ?

Sudètesou Riesen-gebirge, eLc.

Le Riesen-Koppe ou SchnéeKoppe 1644 Hoser.

Le Borenberg. 1530 Id.

Le Grand-Rad 1530 Id.

Le Laluwerg. 1465 Id.

Le Grand-Sturmhaube (grand Casque). 1489 Id.

Le Kleine-Koppe 1407 Charpentier Vallées du comté de Glatz. 422 ?

Tafelfichte 115i Id.

Monts Métalliques ou Ertz-gebirge.

Le Sonnenwirbel. 1257 David, Schnec-Kenstein. 933 Héron de Villefosse.

Auersberg. io55 Dechen.

Petit - Fichtelberg (près Joa-

chim-stbal). 115a Charpentier.

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Intérieur de la Bohème.

Monts Hercyniens. - Boehmer- Wald.

Mètres. Autorités.

L'Arher. 1403 David.

Le Haydelherg. 1407 Hoser.

Le Kubaniberg iS^o Kiemann.

Raehelherg. 1590 Comte de Sternberg.

Drey-Sesselherg. 1234 Id.

Kreuzberg (entre Bohème et Moravie ). 662 Bory de Saint-Vincent.

Le Steinberg (près de Buchnners). 1070 David.

Schusterberg 10 66 Kiemann.

Stœgerherg. 1099 Id.

Rocher de Hohenstein. 1306 Id.

Jauerling 926 Triesneker.

SYSTÈME ALPIQUE.

Apennins.

Partie septentrionale.

Colmo di Lecco, sommet delle Bocchette 1064 Bulletin universel des
Sciences, n° 7.

Monte diSanPelegrino. 1575 ld.

Col di Pietra-Mala. 1004 Schouw.

Le Monte Ferrato, près de Prato ( Gabbro 715 Haussmann.

Monte Capanne, sommet de Tîle d'Elbe. 800 Ingénieurs français.

Monte Tesio. Almanacco Genovese.

Monte Amiata. 1766 Schouw.

Monte Soriano, àrE. deViterbe. 1 o71 Nuova Carta, etc.

Monte Romario, au S. de Toscanella. 826 De Prony.

Monte Sorracte (aujourd'hui monte San-Oreste). 692 Schouw.

Monte Oeea. 695 Statist. de Montenotte, Monte Luserto. 680 Id.

Monte Grino. 712 Id.

Monte Cimone. 2126 Schouw.

Monte Barigazzo 1206 Almanacco Genovesc..

Monte Cavigliano. 1099 Schouw.

Partie centrale.

Monte Pennino. , 1575 De Prony.

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Mtres. Autorités.

La plus haute cime de la Sibilla. 2198 Schouw.

Monte Vetora près de Castelluccio 2479 Id.

Monte Kelino, pointe occidentale (G. et Sch. ). 2494 Id.

Idem, pointe orientale. 2428 Id.

Monte Corno, sommet de la montagne dite il Gran Sasso d Italia. 2902 Id.

Monte Fionchi, au S.-E. de Spoleto. 1351 De Pron y

Passage d'Avezzano. 1047 Schouw.

Monte Gennaro. 1275 De Zach, Alm. Genov.

Monte diPalombara. 980 De Prony.

Rocca di Mezzo 1298 Schouw.

Monte Cavo 963 De Zach.

Monte Artemisio. 920 De Prony.

Monte Cacume *069 Id.

Monte di Carpegna. 1400 Id.

Monte Catria. 1692 Id.

Partie méridionale..

Monte Cuenzzo. 1592 Schouw.

La Sila 1504 Almanacco Genovese.

Le mont Vésuve. 1052 Comte de Minto.

Monte Bolgario (principauté de Salerne) 1199 Almanacco Genovese, Monte
Amaro, sommet de la Majella.. H' 2783 Schouw.

Monte Calvo, somm. du groupe nommé Monte Gargano (C.). 1614 Doct. Nobili.

SYSTÈME HISPANIQUE.

Chaîne Pyrénaique.

Pyrénées Gallibériques.

Pic Peyrie ou pic de Prigue, au fond de la gorge d'Orla. 2780 Reboul et
Vidal.

Pic Lanoux au fond de la vallée de l'Arriège. 2856 Id.

Pic Pédrous à l'E. du port de Puymoreins, vallée de l'Arriège. 2899
D'Aubuisson.

Col rIe Puymorcins. 1920 Reboul et Vidal.

Pic de Foiziargente 2856 Id.

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Mètres. Autorités.

Pic de la Serrère, au fond de la vallée de l'Arriège

vallée de l'Arriège 2940 Reboul et Vidal.

Pic du port de Siguier. 2930 Id.

Port de Rat, au fond de la vallée de Vicdessos. 2278 Charpentier.

Mont Calm, vallée de Vicdessos. 325o Reboul et Vidal.

Pic d'Estats. 5254 Id.

Pic de Montvallier, au fond de la vallée du Sallat. 2219 id.

Pic de Montouléou ou Tue de M auberme au fond de la vallée de Castillon.
2893 Id.

Pic deifrows., auS. d'Artiés, dans la vallée d'Arran. ; 2932 Id.

Port de Viella. 25o6 Charpentier.

Port de la Picade, au fond de la vallée de Luchon 24^5 Id.

Port de Venasque. 2415 Id.

Port de la Glère 2323 Id.

Crabioules, au fond du vallon de Lys. 3214 Reboul et Vidal.

Tuque de Maoupas, même vall. 3147 Id.

Pic Fourcanade 5o5y Id.

Port d'Oo, au fond de la vallée de Larboust 5ooo Charpentier.

Port de Clarabi de, au fond de la vallée de Louron. 5oo2 Reboul et Vidal.

Port de Lapez. 2465 Charpentier.

Port de Plan, au fond du vallonde Rioumajou, vallée d'Aure. 2243 Reboul
et Vidal.

Pic de Baroudes, au fond de la vallée d'Aure. 2985 Id.

Montagne de Troumouse. 3-199 Id.

Port Viel, entre la vallée de la Cinca et celle d'Estaubé. 2561
Charpentier.

Port de Pinede. 2516 Ramond.

Pic de la Cascade 3275 Reboul et Vidal.

Tour du Marboré. 3037 Id.

Brèche de Roland (pour une me-

sure trigonométrique ) 3004 Id.

(M. de Charpentier n'a trouvé que 1460 toises. )

Le Tailloîi 5n5 Id.

PortileGavarnje. a555 Id.

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Mètres. Autorités.

Viguemale au fond de la vallée de Cauleretz 5555 Reboul et Vidal.

Pic de Badescure, au fond de la vallée de Bun 5147 Id.

Pic d' Arrieu- Grand, au fond du val d'Azun. 2984 id.

Le som de Soube.. 5i52 Junker.

Port de Canfranc. 2046 Bory de Saint-Vincent, Diction, classique.

Pic d'Anie 3 nommé Ahuga par les Basques, et Ania-Larra (par les
Espagnols, à l'origine des vallées d'Aspe et de Baretous). 2584 Reboul
et Vidal.

( M. Jouter n'a trouvé que 125o toises. )

Montagne d'Arias. 1910 Bory de Saint-Vincent.

Montagne d'Hory, au fond de la vallée de Soule. 2009 Reboul et Vidal.

Port de Roncevaux. 1759 Bory de Saint-Vincent.

Le Canigou, pic méridional.. 2786 Reboul et Vidal.

(Suivant M. Méchain, 1431 t.;et suivant Rocheblave, 1442t.) Le
Trezevent., 2515 Rocheblave.

Le Pastor de Canigou. 1814 Id.

Le pic de la Soq ue 1561 Id.

Montagne du Roc Blanc, au fond de la vallée de l'Aude.. 2556 Reboul et
VidaL Montagne de Mousset 2408 Id.

Pic de Saint-Barthélémy, à l'E.

de Tarascon 2553 Id.

Montagne de Rancie!. 1598 D'Aubuisson.

Pic d'Endron 2052 Id.

Montagne de Crabere, au fond du vallon de Mels. 2G58 Reboul et Vidal.

Pic Çuairatj entre le vallon de Lys et la vallée de Larboust. 3037
Charpentier.

Pic de Montarouye. 28o5 Id.

Pic des Herrnittans, entre la vallée de Larboust et celle de Louron.
3027 Reboul et Vidal.

Pic d'Arré, supérieu¡' 2909 id.

Pic &Arré, inférieur. 2854 ld.

Cirque de Troumouse. 2066 Charpentier.

în'èche Tuque rouye. Ramond.

-) 9 0 Ik Rai-noii d

------------------------------------------------------------------------

Mètres. Autorités.

Borne de Tuque rouye. 2578 Ramond.

Col de Pimenê ou brèche d'Allanz 2532 Bruguière.

Sommet du Pimené. 2861 Id.

Pic d'Aiguillon. 2952 Reboul et Vidal.

Pic Long. 5226 Id.

Pic de Neouvieille. 5092 Id.

Pic Cambielle, vallée de Gèdre. 3234 Id.

Pic d'Eyre, au-dessus de la vallée de Bastan 24^9 Ramond.

Port de Cambielle. 2598 Charpentier.

Pic d'Arbizon, vallée d'Aure. 2845 Reboul et Vidal.

Pic de Montaigu. 2333 Id.

Pic de Bergons, près de Luz.. 2112 Charpentier.

Col de Tourmalet 2I94 Ramond.

Penna de Léris, à l'entrée de la vallée de Campan. 1598 Id.

Péguere, montagne qui domine Cauteretz. 2264 Bruguière.

Col de Saoussède. 1494 Id.

Pic de Gabisos. 2577 Flamichon.

Col de Tartes. ! 748 Bruguière.

Montagne d'Arvase. 1948 Id.

Col d'Arvase. 1780 Id.

Col de Loubie. 1730 Parrot.

Pic du Rey, près Loubie. i353 Flamichon.

Le pic RAule, au N.-O. du pic

du Midi. 2930 Reboul et VIdal.

Pic du Midi. 2967 Id.

Montagne d'Haoussa. 1300 Junker.

- Puig Secalm Rodos 15i4 Méchàin et Delambre Puig-Rodos 1 o56 Id.

Sommet oriental de la Maladetta, appelé Pic de Nétou, du nom d'un
village espagnol situé à sa base. 3482 Reboul et VIdal.

Arête accessible à l'O. du pic de Nétou 3310 Parrot.

Pic du glacier de la Maladetta (10 septembre 181 1). 2672 Reboul et
Vidal Tuque de Cieyo, vallon d'Astos etVenasque. 2729 Id.

Pic Poselz, en face du port d'Oo. 343 7 Id.

Punta de Lardana, ou pic d'Irré, entre la vallée de l'Es-

------------------------------------------------------------------------

Mètres. Autorili's.

sera et celle de Gistain. 2604 Reboul et Vidal.

Pic de Biedous ou de Batoa. 3o52 Id.

Col de Fanlo, en face du port de Pinède. 2516 Ramond.

Mont Perdu. 54o4 Reboul et Vidal.

Cylindre du Marboré. 3368 Id.

Plateau de Millaris, sur le versant méridional du Marboré. 2339 Ramond.

Pyrénées Cantabriques.

Sierra æ Aralar. 2I44 Bory de Saint-Vincent.

Sierra de Salinas. 17^4 Id.

Sierra de Altube. 1949 Id.

Pyrénées Asturiques.

Sierra de Séjos. 1754 Id.

Point culminant de las sierras Albas 2144 Id.

Peuas de Europa 2924 Id.

Pena de Penaranda (vers le nœud de la sierra d'Elstredo ). 3362 Id.

Sierra d'Elstredo. 2202 Id.

Sierra de Penaniarella (vers le col de Pi edrafi ta ). 2885 Id.

Ceiia Trevinca à l'extrémité S. -0. de la sierra d'Elstredo ). 2924 Id.

Sierra de S. illamed 2551 Id.

Le plus haut sommet de la serra de Montezinho, auN. de Braganca. 2275
Balbi.

Mont Gaviarra, dans la serra de Suazo 24o5 Id.

Pyrénées Callaïques.

Sierra de Mondonedo 897 Bory de Saint-Vincent.

Groupe méridional.

Chaîne Pœni-Bétique.

Nostra Senora de las Nieves (serrania de Ronda). i832 Bory de
Saint-Vinrent, Sierra Tejada 9.55g Id.

Pic de Veleta. 54to D. Rojas Clementc.

Cerro de lIJulhacen 5554 IdLe Gadol' 2001 Id.

------------------------------------------------------------------------

Chaîne Marianique.

Mètres. Autorités.

La Foyapoia nt culminant de la

sierra de Monchique 1243 Franzini, cité par Balbi Cumbre de Aracena.
1676 Bory de Saint-Vincent.

Sierra Sagra 1795 Id.

Chaîne Oréto-Herminienne.

Sierra de Guadalupe 155g Id.

Onaca. 766 Humboldt.

Groupe central.

Chaîne Carpeto- V ettonique.

Sommet de l'Estrella. 2294 Franzini.

Sierra de Gredos 3216 Bory de Saint-Vincent.

PenaLara 25o6 Bauza.

Chaîne Ibérique.

La sierra de Oca. 1657 Bory de Saint-Vincent.

Sierra de lJlolina. 1368 Id.

Le point culminant du Cerro de Poyales. 1390 Antillon.

SYSTÈME SARDO-CORSE.

Hauteurs mesurées dans les montagnes de la Corse.

Monte Paglia-Orba 265o Carte de la Corse, publiée par le dépôt de la
guerre.

•— Rotondo. 2764 Id.

— d'Oro 2652 Perney de Villeneuve.

— Cardo ou Cervello 25oo Id.

•— Artica. 244° Carte de la Corse.

— Padro 2458 Id.

Hauteurs mesurées dans les montagnes de la Sardaigne.

Monte Genargentu, la cime dite Punta Schiuchiù. 1830 Alb. de la Marmora.

Le mont Gigantinu, dans les monts Limbarra. 1217 Id.

Nota. Voyez la description de l'Asie pour les montagnes qui separent
l'Europe de cette partie du monde.

TABLEAU des lacs les plus élevés de l'Europe.

Mètres. Autorité., Lac de Caldera sur le Mulhacen. 3o82 D. Rojas Clemente.

------------------------------------------------------------------------

Mètrcs. Autorités.

Etang Blanc, à la naissance du vallon de Gourbit (Pyrénées). 1795
Charpentier.

Etang de Lers (id.) 1253 Id.

Etang du Toro de Viella (id. ).. 2015 Id.

Etang du port deVenasque (id.). 2216 Id.

Lac d'Espingo (id.). 1816 Id.

Lac glacé du port d'Oo (id.) - 2684 Parrot.

Lac de Seculejo (id.). 1^99 Charpentier..

Petit lac du pic du Midi ( id. ).. 2688 Reboul et Vidal.

Lac d'Oncet ( id. ) .2313 Id.

Lac de Gaube (id.) 1788 Brugmem Lac d'Albe (id.). 2212 Reboul et Vidal.

Lac du mont Perdu (id. ) 2Ô6o Parrot.

Lac de Loubassou (id.) * 2204 Ramond.

Lac de Saint-Front (Cévenncs). 1228 Deribier.

Lac du Bouchet ( id. ). 1 197 Id.

Lac du Puy de la Goutte (Monts- io73 Ramon d

Dômes). 1073 Ramond.

Lac Pavin (Monts-Dor). 1208 Id.

Lac Chambon (id.) 882 Id.

Lac d'Aidat (id.). 850 ld.

Lac de Guery (id.) 1247 Id.

Lac sur le ballon de Sultz (Vosges ) io47 Oycnhausen.

Lac de Bienne (Jura). 439 A. de Gy.

Lac de Joux (id.) 994 Id.

Lac Dentre (id. ). 772 Id.

Lac de Castelletto (-Alpes Cottiennes). 423 De Zach.

Lac supérieur d'Avi gliana (id.). 368 De Luc.

Lac inférieur - - (id. ). (Ld.). 306 Id.

Lac de la Fraix (id. ). 952 Parrot.

LacduM. Cenis (Alpes Grecq.). 1914 Saussure.

Lac de plaine Joux (Alpes Pen- i35o Nicollet.

nines).I350 Nicollet.

Lac de Chède ou de Joux (id.) - 728 Id.

Lac de Flaine (id.). 1430 Id.

Lac de Genève (Alpes Helvét. ) 375 Ingénieur géographe.

Lac de Brienz (id. 58o Tralles.

Lac de Thun ( id. ) 579 Id.

Lac de Berne (id. ). 507 Hoffmann.

Lac de Soleure (id.) 429 Id.

Lac d'Arrau (id.) 370 Id.

Lac de Pilate (id.) 1826 Wahlenberg.

Lac de Sentis ( id. ) 1232 Id.

------------------------------------------------------------------------

Mètres. Autorités.

Lac deTrubsée(Alp. Helvét.).. 2183 Ebel.

Lac de Ober-Alpe (id.). 2021 Wahlenberg.

Lac de Farnen (id.) 754 Hoffmann.

Lac de Sever (id.):. 1701 Wahlenberg.

Lac de Lungeren (id.) 684 Id.

Lac de Hofwyl ( id. ). 542 Hoffmann.

Lac de Sempach (id. ). 515 Ebel.

Lac de Sur (id.) 513 Hoffmann.

Lac de Lanerz (id.) 448 Miltenberg.

Lac de Lucerne (id.) 437 Hoffmann.

Lac de Wallenstadt ( id. ) 435 Id.

Lac de Zug (id.). 419 Id.

Lac de Zurich (id.). 409 Wahlenberg.

Lac de Boden ou de Constance (idem) 398 Hoffmann.

Lac de Sylva-Plana (Alpes Rhétiennes). 1754 De Buch.

Lac de Brenner (id.) 1341 Miltenberg.

Lac de Lugano (id. ) 286 Orioni.

Lac de Varese (id. ) 259 Id.

Lac de Como (id.). 209 Schouw.

Lac Majeur (id.) 207 Saussure.

Lago Bianco sur le mont Ber- 220 8 De Buc h

nina (~.) 2208 De Buch.

Lac de Poschiavo (id.) (id.). 963 Id.

Lac de Garda (id.) 71 Bevilacqua, etc.

Lac de Fuschel (Alp. Noriques). 682 De Buch.

Lac de Halstadt (id.) 487 Schultes.

Lac Balaton (id.) 145 Beudant.

Lac Albano (Apennin central ). 3oo De Zach.

Lac de Nemi (id. ) • 331 Schouw.

Lac de Celano ou de Fucino (Apennin niéridional) 665 Id.

Lac Copaïs, auj ourd'hui Topo- * lias ( Chaîne du Pinde). 584 Félix
Beaujour.

Le Popradterfischersée (Karpathes orientales). 1465 Wahlenberg.

Lac Hinska (id.) 1896 Id.

Le V olkersée ( id. ). 1623 Id.

Le Langesée (id. ). 1889 Id.

Les Cinq lacs ( mont Lomnitz) (id. ) 1988 Id.

Le Trichtensée (id.) 1711 Id.

Le Grunsée ( id. ) 158o Beudant, LeRothesée (id.) 1777 Wahlenberg.

------------------------------------------------------------------------

Mf'tres. Autorités.

Le Weissesée (Karpat. orient.). 1596 Wahlenberg.

Le We i sses é e (Karpat. or i entlà. 12 5 1 David.

Lac de Teschnitz (BÅ“hner wald). 12 51 David.

Lac de Feldberg ( Schwartz wald). 1113 Oyenhausen.

Le Bœrensée ( id. ) 421 Schiibler.

Lac Avon (Ecosse). 534 Boue.

Lac Spey (id.) 366 Id.

Lac Scron ( id. Y 823 Id.

Lac d'Oresund Monts-Dofrines) 735 Hisinger.

Lac Mioes (id.) i3a Naumann.

Lac d'Ojeren (id.) 102 Hagelstam.

Lac de "Byurum ( id. ). 65 Id.

Lac Jedeckj aur e ( sur la ligne de partage des eaux entre la mer
Baltique et la mer Glaciale ). 64 Id.

Lac de Fœren (près Drontheim). 692 Hisinger.

Lac de Fœmund (près Hedemark) 698 Id.

Lac de Lessoëvœrk (près Christiania) 628 Naumann.

- - - - - - 523 Id.

Lac de Lessoe (id.\ 525 Id. ei-

Lac de Langensoë (id. ). 822 Hisinger.

Lac de Stygge (id.). 1109 Naumann.

Lac de Tyen (id.). 1088 Forsell.

Lac de Gjendin (id.). 974 Keilhau.

Lac de Skastoltind (id.). 1587 Naumann.

Lac de Tind (Christiandsand). 737 Hisinger.

Lac de Lippajerswi (Bothnie septentrionale). 392 Hagelstam.

Lac de Tornea (id.) 416 Id.

Lac de Kurravaara (id.) 297 Id.

Lac de Saggat (id.) 545 Wahlenberg.

Lac de Windele (Bothnie occidentale). 454 Hagelstam.

Lac de Sorsele (id.) 293 Id.

Lac de Grausele (id. ). 195 Id.

Lac de Lycksele (id.). 162 Id.

Lac de Strom (id. ) 238 Id.

1er lac au-dessous du Kendalsfield. (id. ). 545 Id.

2e lac. , (id. ) (id.). 475 Id.

Lac d'Alsen (id.). 324 Hisinger.

Lac de Liten l id. ). 334 Id.

Lac de Hallen (JÅ“mtland). 330 Id.

Lac de Liusna (id.) 891 Id.

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Mètres. Autorités.

Lac de Hafvern (Norrland occ. ). 302 Hagelstam.

Lac d'Idre ( Dalécarlie ) 496 Id.

Lac Sarna (id.) 459 Id.

Lac d'Ore (id.) 25o Id.

Lac d'Amungen ( id. ). 246 Hisinger.

Lac d'Orsa ( id. ) 189 Id.

Lac de Silian (id.) 192 Hagelstam.

Lac de Warpan (id. ). 232 Hisinger.

Lac de NÅ“ss (id.). 265 Id.

Sauteurs au-dessus de la mer de quelques villes des plus considérables
de l'Europe.

PORTUGAL.

Mètres.

Guarda. 974 Montalègre 910 Bragança. 8x3 Chaves 649 Lisbonne (le
château). 113

Mètres.

Amarante. 101 Pombal. 100 Coïmbre. 92 Porto (la place). 88 Santarem. 70

ESPAGNE.

Gl'azalema. 1200 Venasque. 1168 Saint-Ildefonse (palais). 115g Avila,.
1062 Molina 10 56 Ségovie (le château).. ioo4 Ronda 1000 L'Escurial
(palais). 995

Burgos. 875 Grenade. 681 Madrid. 666 Tolêde. 565 Vittoria. 542 Aranjuez
(le château). 5ig Alicante (idem) 278 Cordoue. 236

FRANCE.

Mont-Louis. 1588 Briançoii i5o6 Barèges I292 Barcelonnette. 1160
Pradelles n35 Bains du Mont-d'Or.. io55 Cauteretz. 971 Pontarlier. 828
Gap.. ; 729 Rodez. 663 Le Puy. 625 Bagnère-de-Luchon 614 — de Bigorre.
555 Lons-le-Saulnier. 53o Sisteron 479

Epinal. 448 Langres. 444 Plombières. 444 Béfort 35r Saint-Diez. 335
Salins 5io Tarbes. 502 Arbois. 287 Limoges. 282 Sorèze 273 Nancy 257
Grenoble. 244 Alby 242 Vichi 240 Besancon 236

------------------------------------------------------------------------

Mitres.

Vesoul. 234 Dijon. 217 Cahors. 214 Auxerre. 200 Colmar. 199 Metz. 1 81
Montauball. 175 Versailles. 174 Mâcon. 160 Lyon 155

Mètres.

Carcassonne. 152 Strasbourg. 147 Toulouse. 14 6 Angoulême. 123 Béziers.
116 Troyes 101 Orléans. go Paris (l'Observatoire, lerétage). 65 Idem
(sol de la Bourse). 43

ITALIE.

Aquila. 730 Aoste 5qo Rin)li. 454 Turin (l'Observatoire). 278 Novi. 195
Milan. 1 52 Bassano. 1 50

Bologne 121 Piombino (la cathéd. ). 118 Parme. 94 Plaisancc. 82 Modène
67 A]exandric. 62 Rome (le Capitole). 47

SAVOIE.

Lanslebourg 1588 St-Jean de Maurienne. 581

Annecy. 444 Chambéry. 265

SUISSE.

Ilanz, 707 Porentruy. 451 Appenzell. 690 Altorf. 444 Saint-Gall. 671
Lucernc. 4^9 Coire. 5c)t Neuchatel. 436 Berne (l'Observatoire). 583 lug.
420 Bri en tz 58o Soleure. 417 Thun. 579 Saint-Maurice 413 Sion. 567 j
Schaffouse 3g5 Martigny. 563 ; Genève (au jard. bot. ). 387 Sempach 516
| Arau 370 Lausanne. 507 Lugano 286 Schwitz 472 RUe. 278 Arberg. 466
Cliiavenna : 238 Sargans 461 Bellinzone 226

TYROL.

Brixen 617 Innsbruck.. 566

Botzen ou Bolzano. 536 Trente. 232

ALLEMAGNE.

Berchtesgaden. 676 Munich 515

Augsbourg. 475 Salzbourg. 456

------------------------------------------------------------------------

MMres.

Klagenfurt. 4^° Laybach 4 22 Freyberg (Saxe). 405 Luxembourg. 368
Carlsbad. 564 Ratisbonne. 563 Nuremberg. 351 Ulm. 310 Goslar. 304
Stuttgard. 246 Gotha (l'Obseryatoire). 254 TÅ“plitz. 210 Erfurt 200
Bautzen 192 Prague 1 79

Mètres.

Vienne (l'Observât. ).. 169 Idem (sol de la ville). 135 Rastadt 164
Cassel 158 Mannheim. 136 GÅ“ttingue (jardin botanique). i54 Breslau 15o
Leipzick. 119 Heidelberg ÏOJ Francfort-sur-Mein. 94 Dresde. go Mayence.
88 Magdcbourg. 78 Berlin 39

GALICIE.

'Vieliczka, 2551 Krakovic , 2?.

HONGRIE.

Dobschau. 770 Schemni tz 598 Kremnitz. 570 Bude (l'Observatoire). 246

Gran. I3ti Raab, 120 Tokai 1 1 8 Debrcczin. , 110

TURQUIE.

Constantinople ( Taksim de Péra). 1 o 1 RUSSIE.

Ostachkof. 26 1 Kazan. 192

Astrakhan (au-dessous de l'Océan) 5o

SUÈDE.

Falkœping. 193 Falun. 15o NORVÉGE.

Roraas 1027 Kongsberg. 172 ECOSSE.

Moffat. 168 CliâteaudeDumbarton. 1 52

Edinbourg (le châl. ).. 102 Ideiît (la nouv. ville). - 61

ANGLETERRE.

Douvres (le château).. 143 Greenwich (l'Observ. ). 65

Warwick. 64 Londres 15

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Hauteur des principales chutes et eau de lEurope.

Pieds.

Chute de Gavarnie ou du Gave (Pyrénées) 1266 Cascade de Fugloe (île de
Fugloe, Norvège). 1000 Chute de Staubbach ( Alpes de Suisse) goo Cascade
dé Doby-M yUin (pays 'de Galles. -GrandeBretagne). * goo Cascade
deGinfael(comté deMerioneth. —Angleterre), goo Cataracte "de
Riukan-Fossen ('NÕrvége): : ., 800 Cascade de Holme (Ecosse) - 800
Cascade de Nant-d'Arpenaz (vallée de l'Aive-Savoie).. 800 Cascade de
Neôniélsaska's, Saut du Lièvre ou cbute 'du Lulea (Làponie suédoise) • •
• • «. 6po Chute du Serio ( bassin du Pô). 3oô Cascade de la Tosa (mont
Griès entre le Valais et le

Piérnont) 4oo Cascade de Grey-Mairs- Tail (Ecosse). 55o Cascade de
Pisse- Vache (Alpes de Suisse) 500 Cascade de l'Amiande (Alpes du
Dauphiné) 3oo?

Cascade de la Marmora (Etats romains). 270 Cascade de Killin ou Fall qf
Acharn (Ecosse). 240 Cascade de Reichenbach (Alpes de Suisse). 200 Chute
de la Cetina ou la Velika Goubavizza (Dalmatic). 150 Cascade de Tendon
(Vosges). 120 Chute de l'Ardèclie, appelée Ray-Pic (France), 120 Cascade
de la Kerka (Dalmatie). 100 Cascade du pont du Diable, ou chute de la
Reuss (mont Saint-GotlJard). 100 Chute du Rhin ou Laufen (Suisse). 75
Grande cascade (mont Dor). 60 Chute de Tl'ollhaetta (Suède). 60 Cascade
de Tivoli ou Cascatelle (Etats romains). 5o Cascade de Maupas (Alpes du
Dauphiné). 45 Cataracte de Neide-Kur-Kio (Laponie). 40

Hauteur de quelques édifices en Europe.

Pieds au-dessus de sa base.

La croix de Saint-Pierre de Rome. 5o5 Coupole de la même église. 407
Flèche de la cathédrale d'Anvers. 445 Le Munster de Strasbourg. 457 Tour
de la cathédrale de Vienne (Autriche) 425 Clocher de Saint-Martin, à
Landshut. 422 Clocher de Saint-Michel, à Hambourg 402 Flèche de Metz. 375

------------------------------------------------------------------------

Pied, au.d..5su, dp .sa hase.

Clocher de Saint-Pierre, à Hambourg. 367 Le plus haut clocher de la
cathédrale de Chartres. 36o La croix de Saint-Paul de Londres 339
Cathédrale d'Ulm. 337 La pointe de la cathédrale ou du dôme, à Milan.
336 Le sommet du Panthéon, à Paris. 335 La coupole 243 L'extrémité de la
flèche de Saint-Pierre et Saint-Paul, cathédrale de Pétersbourg. 4 33o
Tour degli Asinelli, à Bologne. 33o Dôme des Invalides, à Paris. 325
Cathédrale de Magdebourg u 313 Sommet de l'Annonciation, cathédrale de
Moscou. 260 Flèche du clocher de la cathédrale de Bâle. 25o Lanterne de
la cathédrale d'York. 213 Balustrade de Notre-Dame de Paris. 205

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LIVRE QU ARAN TE-NEUVIÈME.

DESCRIPTION DE L'EUH OPE. Introduction générale. Climats généraux.

Distribution des végétaux et des animaux.

maum. -

LEs divers peuples de l'Europe mettent de la vanité à s'attribuer une
supériorité matérielle en fait de climats et de productions, à laquelle
ils rattachent des prétentions de supériorité intellectuelle. Assis à
l'ombre de ses oliviers, l'Espagnol déguenillé regarde comme des peuples
bien misérables ceux qui mangent du lard et du beurre. Le Français, à
son tour, parle avec une pitié railleuse des malheureux buveurs de bière
en Allemagne, et ne manque jamais, dans une discussion littéraire,
d'insister très-sérieusement sur l'effet moral des brouillards
d'Angleterre. Plus dédaigneux encore, un savant grec, en vantant l'air
pur et les douces figues de l'Attique, laisse échapper l'insinuation que
les peuples au nord des Alpes ont l'esprit tant soit peu engourdi « par
un air épais et une nourriture « grossière. « Les voyageurs, ont répandu
quelques idées plus justes parmi les classes élevées, mais. combien de
fois n'ont-ils pas échoué contre des croyances enracinées! On conçoit
difficilement les avantages d'un ordre de choses différent de celui
qu'on est accoutumé à, voir. Je n'invoquerai pas l'exemple de ce
Sicilien demi-barbare, demandant à l'Anglais qui lui vend des souliers
tout faits, comment on peut nourrir des bœufs en Angleterre,, attendu «
qu'il n'y croît pas d'herbes à cause du froid extrême. »

Mais même des hommes instruits ne comprennent pas bien que chaque climat
européen a ses avantages. L'Italien > grelottant à la seule idée d'un
froid qui congèle les fleuves

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et les bras de mer, ne veut pas croire aux peintures que le Danois lui
fait de la verdure incomparable des forêts qui bordent le Sund. D'un
autre côté, n'avons-nous pas vu deux voyageurs français, choqués de
l'aspect inculte de plusieurs cantons de l'Italie, dénigrer tout ce qui
est au sud des Alpes, sans en excepter ni le climat, ni les édifices, ni
même les femmes.

La manie des médecins, dans leurs innombrables dissertations, est
d'appliquer à tous les pays du monde quelques aphorismes locaux
d'Hippocrate, vrais seulement pour la Grèce, l'Asie mineure, et quelques
pays limitrophes; la manie des physiciens est de créer des lois
générales en comparant des faits complexes, seulement sous quelques
rapports calculables, mais en dédaignant les rapports plus nombreux qui
ne sont pas calculables, n'ayant pas été observés pendant un temps
suffisant. Ainsi une érudition surannée et une science prématurée, en
méconnaissant la vraie théorie des climats de l'Europe, viennent encore
grossir la masse des erreurs vulgaires par celle des erreurs savantes.

Le climat péninsulaire de l'Europe offre l'ensemble Je plus compliqué
des exceptions les plus frappantes qui existent sur le globe. La
distribution de la chaleur solaire est sans doute la première cause de
la différence des divers climats européens; mais si elle agissait seule,
l'Angleterre serait aussi froide que la Pologne, et la France que
l'Allemagne. A quarante-cinq degrés commencerait une rapide progression
de chaleur, et Constantinople en éprouverait les effets aussi bien que
Rome. Trois grandes causes physiques modifient tous les résultats du
climat astronomique.

A l'est, l'Europe tient dans presque toute sa largeur à l'Asie
septentrionale, qui, grâce à l'élévation de son plateau central, et à
d'autres causes que nous indiquerons à leur

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place, éprouve un climat presque aussi rigoureux que l'Amérique
septentrionale. Cette température glaciale serait com mune au nor d de
l'Europe, si nous tenions à des terres polaires comme l'Amérique, ou si
nous avions au midi des montagnes immenses, formant de larges plateaux r
comme le Tibet. Cependant, il suffit d'un vent d'est et de nord-est
prolongé pour nous apporter, à travers les vastes plaines de la Russie
et de la Pologne, l'air glacial de la Sibérie. Être à couvert de cette
invasion aérienne, voilà le privilége que la belle Italie doit aux Alpes
et à l'Apennin. Partout où existe cet abri, le climat est moins âpre; la
Bohème et la haute Hongrie lui doivent leurs vignobles. Même dans
l'extrême nord, cette seule circonstance produit des résultats
singuliers : Christiania, en Norvège, lui doit un climat plus agréable
que celui de Berlin ou de Varsovie, et infiniment plus doux que celui de
Pétersbourg. La libre domination que le vent d'est exerce sur toutes les
plaines de l'Europe orientale est la véritable cause qui rend toute
cette moitié de notre partie du monde plus froide que les régions
occidentales sous dea,latitudes correspondantes. La Grèce elle-même,
quoique protégée par le mont Hémus, éprouve quelques incursions de ces
vents de la Scythie, alternant souvent avec ceux du mont Taurus; de là
les grandes inégalités de ses hivers et de ses étés, comparés à ceux de
l'Italie.

Si l'Asie est pour nous un foyer de froid, nous avons à y opposer le
foyer africain de chaleur ; les déserts éternellement brûlans de
l'immense Sahara, avec les rochers arides de la Nubie et de l'Egypte,
nous envoient ces vents de sud et de sud-est, qui réchauffent tous les
rivages de l'Europe méridionale, et qui y seraient même souvent un fléau
redoutable, si la mer Méditerranée, par ses exhalaisons, ne tendait, au
moment de leur passage, à le& tempérer. La peste d'Athènes, selon
Hippocrate, fut pro-

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duite par un vent de sud; et le sirocco, qui ne s'arrête quelquefois
qu'au pied des Alpes, répand aussi une chaleur malfaisante. La grande
saillie que forme l'Afrique septentrionale, et où s'élèvent les
nombreuses chaînes du mont Atlas, amortit en partie l'influence des
vents du Sahara; ces vents, rafraîchis et affaiblis, deviennent des
zéphyrs pour les côtes occidentales de l'Italie. Mais, plus voisine du
continent africain, et particulièrement du désert très-considérable qui
sépare les états d'Alger de ceux de Maroc, l'Espagne en reçoit souvent
le vent brûlant et malsain nommé solano, ou de Médine. Le rideau peu
prolongé de la Sierra-Nevada n'en protège que quelques vallées. Au
total, tous les vents africains, quoique brisés et modifiés par
l'interposition des mers et des montagnes, réchauffent et dessèchent
successivement toute la masse de l'atmosphère européenne, dans la partie
méridionale de notre péninsule. Supposez plus de largeur à la
Méditerranée, ou plus d'élévation au plateau du mont Atlas , plus de
durée aux neiges qui le couvrent, les pluies et les brouillards
attristeraient plus habituellement les rivages de la Grèce, de l'Italie
et de l'Espagne; mais aussi ces pays auraient des gazons plus épais et
des pelouses plus vertes. Supposez, au contraire, les rivages de
l'Afrique plus rapprochés, et les monts Atlantiques plus abaissés, les
contrées méridionales de l'Europe ressembleraient à la Perse, où la
région gelée touche presque à la région brûlante, parce que les vents
glacés du plateau de l'Asie centrale y rencontrent le souffle enflammé
des déserts de l'Arabie.

La troisième grande cause déterminante de notre climat, c'est le
voisinage de 1 Océan atlantique et septentrional , c'est le mouvement
continuel de cette grande masse d'eau le long des côtes occidentales de
l'Europe, qui empêche les glaces de la mer polaire de s'y fixer et

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même d'en approcher. Deux faits suffiront pour apprécier cet avantage;
nous voyons, à 5o degrés de latitude, l'île de Terre- Neuve environnée
de glaces et de brumes froides, tandis que l'Irlande, le Cornouailles et
la Bretagne jouissent d'un climat humide, mais tempéré; à 10 et à 15
degrés plus haut, nous trouvons les golfes de la Norvège occidentale
presque toujours ouverts, tandis que la côte de Groënland., située
vis-à-vis, est presque toujours rendue inaccessible par une barrière de
glaces, soit mobiles, soit fixes. Passé le cap Nord, ce mouvement des
eaux marines cesse ou devient sujet à des localités encore peu connues;
aussi les mers européennes de ce côté se couvrent-elles de glaces.
L'atmosphère, répandue au-dessus d& la surface de l'Océan atlantique,
éprouve aussi des mouvemens généraux qui influent sur le climat de
l'Europe de deux manières. Lorsqu'elle conserve encore sa température
d'hiver, elle est souvent attirée sur notre continent, pour y prendre..
la place de notre atmosphère raréfiée par réchauffement, surtout dans
nos printemps prématurés, et cette espèce de marée atmosphérique,
désagréable à l'homme, désavantageuse aux végétaux, est la cause
ordinaire de ces retours de l'hiver qu'on remarque dans toute l'Europe
occidentale, principalement dans le nordouest de la France, en Hollande
et en Danemark.

Lorsque, après un semblable flux de l'atmosphère océanique humide et
froide, un vent durable d'est nous amène le froid sec de l'Asie
septentrionale et de la Russie, nous éprouvons la rude température qui,
chez nos ancêtres, les Celtes et les Germains, devait sa plus grande
fréquence à l'état plus inculte de ces contrées. Aujourd'hui que la
Russie et la Pologne , moins incultes, reflètent plus de chaleur, les
vents d'est sont probablement moins froids; mais en même temps les
forêts de l'Allemagne, de la France, de l'Angleterre, éclaircies et en
partie détruites.,

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opposant aussi, depuis quatre ou cinq siècles surtout, moins
d'obstacles, tant au vent d'est qu'au vent d'ouest.

De là, ce résultat très-remarquable que le climat des contrées situées
entre les Pyrénées et les Dofrines, est devenu moins froid, mais plus
variable. On conçoit par là que la vigne, ennemie des invasions subites
du froid, ait trouvé dans le XIIe et même dans le XVe siècle, jusqu'en
Lusace et jusqu'en Angleterre, des situations abritées et des
températures d'une douceur constante où, sous, la main patiente et
soigneuse des moines, elle a pu prospérer un peu, à la satisfaction de
ces bons pères, tandis qu'à présent sur les mêmes lieux les raisins ne
mûrissent plus.

Au contraire, la culture plus utile des céréales, ne redoutant pas
l'atmosphère océanique ni les changemens de température printanière,
s'est propagée de nos temps jusque vers l'extrémité septentrionale de
l'Europe; le seigle succulent commence à nourrir aujourd'hui des peuples
qui jadis ne récoltaient que la légère avoine.

L'influence de l'atmosphère océanique varie au surplus d'intensité et de
caractère selon les latitudes. Le même vent qui procure au Portugal un
moment de fraîcheur salutaire, peut accumuler dans quelques golfes
étroits de la Norvège un air épais et malsain. Les îles Britanniques ,
totalement immergées dans le climat de l'Océan, éprouvent dans un
moindre degré ces effets soudains du grand conflit entre les vents
maritimes et continentaux, que nous venons de décrire; leur température
toujours changeante n'admet ni les chaleurs ni les froids extrêmes.

L'atmosphère de l'Océan atlantique, après avoir perdu sa température
d'hiver, est encore poussée par-dessus les côtes occidentales de
l'Europe, par des vents de sud-ouest, qui peut-être ne sont que des
modifications d'un mouvement général- de l'air depuis le tropique,
jusque vers les

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pôles; alors, des vapeurs bienfaisantes viennent se résoudre en pluies
tièdes qui fécondent nos champs, et qui, en développant l'arôme des
plantes, remplissent l'air d'une odeur suave.

Le printemps voyage du sud au nord dans l'Europe occidentale ou
océanique, tandis qu'il ne quitte jamais tout-à-fait les rivages de la
Méditerranée, et qu'il se montre dans le nord-est de l'Europe seulement
comme une apparition instantanée. De là résultent plusieurs différences
entre ces trois grandes divisions de l'Europe; dans le midi, les forêts
et les jardins conservent toujours un reste de vie; mais, en revanche,
on n'y jouit pas du spectacle ravissant de la résurrection générale et
rapide de la nature, spectacle réservé aux régions du nord. Les pays
maritimes de l'ouest ont un peu de l'un et de l'autre de ces avantages
opposés; les pays intérieurs, rapprochés de l'Asie, présentent dans la
perfection les belles horreurs de l'hiver, l'éclat des lacs glacés, la
verdure perpétuelle des pins, et le repos majestueux de la nature endormie.

Les trois climats généraux de l'Europe peuvent être figurés par un
triangle dont les trois pointes seraient vers le cap Saint-Vincent, le
cap Nord , et le nord de la mer Caspienne. En suivant dans l'hiver le
premier côté du triangle, le froid augmente en allant du sud au nord; si
on suit le deuxième côté du triangle, le froid s'accroît avec des
variations irrégulières à mesure qu'on marche vers 1 orient ; le long du
troisième côté, le froid reste presque le même en allant du sud au nord.
La chaleur de l'été suit d'autres lois générales; dans tout le nord elle
acquiert beaucoup d'intensité par la longueur des jours, mais sur le
côté océanique du triangle, la température constante de la mer modère
cette chaleur ; sur le côté asiatique elle devient quelquefois
incommode, surtout

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par le contraste avec le froid plus grand des hivers; enfin sur le côté
du triangle tourné vers la Méditerranée, elle varie singulièrement,
selon les vents et d'autres causes locales ; mais elle diminue
généralement vers l'est.

Si l'on veut une classification plus détaillée des influences
climatologiques qui agissent de dehors sur l'Europe, on peut tracer
l'heptagone que voici : 1° côté tourné vers l'Afrique depuis Gibraltar
jusqu'à l'île de Candie; 2° côté tourné vers le mont Taurus et le
Caucase, depuis Candie jusquà la mer d'Azof; 3° côté tourné vers la mer
Caspienne et les déserts qui l'avoisinent; 4° côté tourné vers les monts
Ouraliens et la Sibérie; 5° côté tourné vers la mer Glaciale, depuis le
détroit de Vaigatch jusqu'au cap Nord; 6° côté tourné vers la partie
septentrionale de l'Océan atlantique, depuis le cap Nord jusqu'au cap
Ouessant; 70 côté tourné vers la partie moyenne de l'Océan atlantique.
Cette division septénaire sert à classer presque tous les faits locaux
relatifs aux climats continentaux, ceux des îles devant être considérés
à part. En méditant sur notre triangle et notre heptagone, un lecteur
assidu et réfléchi comprendra mieux les climats qu'au moyen d aucune
autre classification.

Tels sont les phénomènes généraux de nos climats, dépendans des
mouvemens de l'atmosphère. Mais il est encore une autre cause générale
qui doit y influer : c'est l'élévation du sol. M. Esmarck a trouvé que
dans les Dofrines, à 63 degrés de latitude , la ligne des neiges
perpétuelles descendait jusqu'au niveau de 3,000 pieds au-dessus de la
mer du côté du nord et du nord-est, où les rayons solaires frappent
obliquement, tandis qu'au sud et au sud-est, où l'action des rayons
solaires est plus forte, les neiges ne peuvent se perpétuer qu'au niveau
de 7,°00 pieds. Wahlenberg et de Buch fixent cette limite pour la
Laponie à 3,3oo pieds dans la partie maritime;

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elle descend moins bas dans l'intérieur, mais c'est certainement une
circonstance locale. Les vents glacés venus des Dofrines donnent à
l'hiver du Jutland une intensité extraordinaire ; ils influent aussi sur
le climat de la Suède.

Dans la Suisse, à 46 degrés de latitude, la ligne des neiges
perpétuelles varie entre 7 et 8,000 pieds; la masse et l'étendue de la
chaîne augmentent le froid; et, dans des ravins inaccessibles à l'action
directe des rayons solaires, on trouve des glaces éternelles à 5,000
pieds au-dessus de la mer. Les grandes masses de glaces qui couvrent ces
montagnes glissent quelquefois vers les vallées ; et, en s'y fixant,
donnent naissance à des températures locales qui contredisent en
apparence les règles générales. D'un autre côté, la force de la chaleur
solaire détruit aussi avec plus de rapidité les résultats de l'hiver.
L'accroissement et le décroissement des glaces se balancent d'année en
année.

Dans les Pyrénées, la ligne des neiges éternelles commence à 8,400 pieds
; c'est plus bas que l'on ne pouvait l'attendre de la latitude ; mais
l'Etna porte des neiges perpétuelles à 9,000 pieds ; il faut croire que
les îles et les péninsules, rétrécies à cause de leur moindre étendue,
produisent une moindre masse de chaleur réfléchie.

Le tableau suivant présente d'une manière plus précise la hauteur à
laquelle commence la région des glaces en Europe.

Latitude. Montagnes. Mlrs.

Sous le 37e deg. 10 min. Sierra Nevada (pentes sept. ). 2554 Entre le
42e et le 43e deg. Pyrénées. idem. 2826 Idem. Idem (pentes
méridionales). 2534 Entre le45e et le 47edeg. Alpes 2670 Sous le 49e
deg. 1 o min. Kal'pathes. 1591 Entre le 6 1 e- et le 62e deg. Dofrines.
974 Sous le67edeg. Kœlen. 1200 Sous le6gedeg. Près dulac Enara, en
Laponie. 1071 Sous le 70e deg. Plateaux qui bordent le golfe Warenger
1100 Sous le 75e deg. Mont. de la Nouvelle-Zemble. 732

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D'autres faits généraux, résultans du niveau respectif des terres
européennes, doivent attirer toute l'attention du géographe. Une grande
partie de l'Europe centrale, au nord et à l'ouest des Alpes, descend par
une pente continuelle vers la mer Baltique, la mer du Nord et l'Océan
atlantique. Le plus bas niveau du bord septentrional de ce plan incliné
compense sous les rapports de la chaleur les effets naturels de la plus
grande proximité du pôle. La Normandie n'est guère plus froide que la
Bourgogne, et les hivers du Danemark ne sont pas plus longs que ceux de
la Bohème. Les végétaux robustes, tels que les chênes, les ormes, les
tilleuls, les céréales communes, les plantes de fourrage, prospèrent
également sur ce plan incliné à 6 ou 7 degrés dè différence. Au
contraire, en franchissant les Cévennes et les Alpes, on descend par des
pentes extrêmement rapides vers le bassin occidental de la Méditerranée
et vers le golfe de Venise; le niveau s'abaisse ici dans l'espace d'un
seul degré de latitude , autant que dans six ou sept degrés de l'autre
côté ; le voyageur, qui le matin foulait la neige éternelle, peut se
reposer le soir parmi les oliviers et les myrtes; mais, dans cette
rapide transition du climat de la Laponie à celui de l'Italie, il ne
faut pas espérer de retrouver une zone tempérée bien constante, ni par
conséquent la végétation de cette zone dans toute sa beauté; les arbres
du nord, exilés sur les flancs méridionaux des Alpes, ne forment pas des
forêts aussi imposantes que dans les plaines boréales. Ces rémarques ne
regardent que l'Allemagne et la France, avec la Lombardie, la Hollande
et-le Danemark; les autres coupes transversales de l'Europe présentent
un tout autre profil. L'ancienne Pologne, sur l'alignement de Memel,
Pinsk et Kherson ,• n'offre presque aucune différence de niveau : le
climat des bords du PontEuxin et de ceux de la Baltique devraient donc
différer

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exactement en raison de leur latitude; mais comme le premier est plus
rapproché des terres hautes d'Asie, il ne jouit pas de tous- les
avantages de sa latitude. Une autre coupe de l'Europe, prise entre la
mer Blanche et la mer Noire, par Arkhangel, Moscou et Kherson, nous
présente une plaine immense qui s' élève insensiblement dans le milieu,
en présentant seulement quelques chaînes de collines, de sorte que le
froid, augmenté par l'élévation du niveau dans les parties centrales, se
propage librement dans toutes les directions. Si l'on conduit ce profil
depuis Pétersbourg jusqu'à Astrakhan, il présente la singularité que le
niveau de la mer Caspienne est inférieur d'environ 150 pieds à la mer
Baltique et à l'Océan, différence trop peu considérable pour influer sur
le climat physique; cependànt la température très-élevée qu'éprouve
Astrakhan en été n'existerait pas si cette ville était au niveau de
Moscou ou de Lemberg; les froids.

excessifs qui succèdent à ces chaleurs ne se feraient pas non plus
sentir dans une plaine si basse et à une latitude de 46 degrés, si une
chaîne de montagnes abritait ces régions au nord. Ce sont là les
principaux profils de l'Europe, qui contribuent à en modifier le climat
général ; les particularités remarquables que présentent les péninsules
grecque, hispanique et Scandinave, appartiennent aux descriptions
spéciales.

Les causes générales et constantes des climats européens que nous venons
d'apprécier expliquent d'une manière suffisante,- pour le but de notre
ouvrage, les principaux phénomènes que les physiciens ont observés.

M. de Humboldt a essayé de les réduire à des formules générales
géométriques, par sa méthode des 7ignes isothermes ou marquant la même
température moyenne, isothères ou marquant la même température d'été, et
isochimènes ou marquant la même température d'hivel'.

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CeLte méthode, excellente pour le but de la physique terrestre, aura
sans doute, comme tous les travaux de ce célèbre savant, des résultats
utiles pour la géographie.

Les lignes isothermes se courbent par des causes encore inconnues, et
présentent dans leur circonférence deux convexités et deux concavités.
La distribution des continens et des mers, la hauteur des uns, la
largeur des autres, sont probablement les principales causes de leur
inflexion.

En Europe, leur sommet convexe est situé sous le même méridien, à
environ 8 degrés de longitude à l'orient de Paris.

Les lignes isocJumènes s'écartent encore plus que les lignes isothermes
des parallèles terrestres. Elles déterminent la culture des lauriers,
des grenadiers, des figuiers, des myrtes, etc. Dans le système des
climats européens, suivant M. de Humboldt, les latitudes géographiques
de deux localités qui ont la même température annuelle, ne peuvent
différer que de 4 à 5 degrés; tandis que deux localités ayant la même
température moyenne d'hiver, peuvent en latitude différer de 9 à 10
degrés. Plus on avance vers l'est, plus ces différences augmentent
rapidement.

Les lignes isothères suivent une direction entièrement contraire à
celles des courbes isochimènes. Ainsi l'on éprouve la même température
d'été à Moscou que vers les bords de la Loire, malgré une différence de
11 degrés en latitude. Les lignes isothères déterminent la culture de
l'oranger, de l'olivier, du maïs et de la vigne.

Dans le nord et le milieu de l'Europe, les lignes isothermes forment une
courbe qui descend davantage vers le sud à mesure qu'on avance à l'est;
ou, ce qui est équivalent, les lieux situés sous la même latitude ont
une température moyenne plus froide à mesure qu'on avance vers l'est,
par exemple:

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( Upsal. 4,5 Pétcrsbourg. 5,o ) Copenhague. 6,1 Moscou. 5,6 ( Bruxelles
8,8 Praguc. 7,7 1 Saint-Malo. 9,8 Vienne. 8,2

Mais, dans les deux premiers exemples, la cause de la diminution de la
température vers l'est doit être cherchée dans la plus grande proximité
de la Sibérie et du plateau de la Tatarie ; dans l'autre, cette cause
est principalement le niveau plus élevé de la Bohème et de l'Autriche.

La méthode des lignes isothermes a donc pour la géographie élémentaire
l'inconvénient de réunir sous un seul et unique aspect des faits
très-différens par leur nature et leur cause; elle est entravée par des
irrégularités apparentes, dont elle ne contient pas l'explication. Par
exemple, Lisbonne a pour température moyenne 12°, et Naples, quoique
plus à l'est et au nord, 13,5. Cette anomalie disparaît dès qu'on se
rappelle que Lisbonne appartient au climat océanique, et Naples au
climat méditerranéen ; ces deux villes ne sont donc pas comparables;
dans le système que nous suivons, c'est Gibraltar, Malaga, Valence,
Palerme, Naples, Rome, Athènes, Thessalonique et Constantinople qu'il
faudrait rapprocher , et, en ayant égard aux circonstances locales, nous
croyons que lorsqu'on aura des matériaux complets pour tracer deux
lignes isothermes entre ces points, elles présenteront des courbes
très-irrégulières. La méthode de ces lignes, dans l'état actuel de nos
observations, est donc une indication ingénieuse, digne de toute
l'attention des physiciens; mais elle n'offre pas encore un principe de
classification applicable à la géographie des climats. Nous devions
cette explication au grand nom de M. de Humboldt et à la juste autorité
dont il jouit.

Nous allons donner ici le tableau des lignes isothermes de l'Europe.

------------------------------------------------------------------------

TABLEAU des lignes isolhen,'

POSITION T ," L. N 0 J\1f S 11'I.r,llul"r Lignes NOMS EN r -"--
'nIOn"IIIH' i,oth"rme,. DES LIE U '1.. Haut. 1

isot, hermes. DES LIEUX. Latitude. Lr ougit,udie. en j de l'année.

toises. î

- -' Enontekics * 68 3o 18 27 E. -jù6 — 2 8 Hospice du S. Goth. 46 3o G
3 E. io65 - 0 9 i CapN. (ileMageroe) 71 o 23 3o E. 0 -+ 0 0 Deo Uléo*.
65 3 û3 6 E. 0 + o 6 à Vméo *. 63 5o 17 56 E. 0 + o 7 5 degrés.
Pétcrshourg *. 59 56 a7 59 E. () -j- 3 K Drontheim. 63 24 8 2 E. 0 44
Moscou 55 45 35 12 E. 1^5 -j- 4 5 Abo 60 27 19 58 E. 0 _j~ 4 G * 5y 5i
i5 18 E. o 5 •> Stockholm* 59 20 15 43 E, o 5 7 Christiania 59 55 8 28
E. o (> o Copenhague *. 55 41 10 i5 E. o 76 1\.endal *. 54 17 5 6 0. o 7
9 Prague *. 5o 5 12 4 o 9 7 De 5 Gottingue 5i 32 7 33 E. 76 8 3 Zurich*
47 22 J; 12 E. 225 88 à Edinbourg* 55 5- 53o 0. 8 i Edinbourg* 55 5" 5
3o O. o 8 8 10 (iegr. Varsovie. 52 14 18 4a E. o 9 '•* Coire*. 46 5o 7
10 E. 3m 9 Oublin. 53 21 8 3q O. o 9 •' Berne. 4656 5 GE. 2,5 9 L
Genève* 4^ 12 3 4$E. 180 9 Manheim* 49 29 6 8 E. 2 1 Vienne. 4812 14 2
E. 70 10.¡ - Clermont* 45 46 ° 45 E. 210 i<> <> Bude* 47 29 16 41 E. 79
10 <> Cambridge. 42 25 73 23 O. o 10 2 Paris *. 48 5o 00 37 10 (,
Londres* 5i 3o 2 25 O. o i" Dunkerque '51 2 o 2 E. o 10 Amsterdam 52 22
2 3o E. o L(I) 15 degr. Bruxelles 5o 5o 2 2 E. o 1 1 c: Franecker* 52 36
4 2 E. o il Saint-Malo. 48 39 7 91 0 12 '!

Nantes 47 *3 3 52 O. o 12 <1 Milan 45 2S 6 5i E. f,5 i3 â– / Bordeaux. 44
5o 2 54 O. 0 d L ^Marseille 43 17 3 a E. o i :" De 15 1 Montpellier 4 3
36 1 32 E. o i.i • à v Piume* 41 53 10 T E. o i > 20 degr. « Lisbonne.
3843 11 29 O- 36 JI •» V Toulon. 43 7 3 3o E. o JI) 7 De20à25 | Alger 36
48 o 41 E. o -1

N. /?. Dans co tableau , U .signe * indique 1rs lieux :lont 1^
teiïi|)ér-ituies uni. u 1 sont "primée! en degrés du thermomètre
centigrade.

------------------------------------------------------------------------

ur l'Europe.

PARTAGE MINIMUM ET MAXIMUM.

DE LA CHALEUR EKTRE LES DIFFERENTES SAISOliS.

-- --"'- --. ,. ------ .Température Température Température Température
Temp. moy. Temp. inoy.

moyenne moyenne moyenne moyenne du mois du mois de l'hiver. du
printemps. de l'été. de l'automne. le pluscli. le plus froid.

— 17 6 - 3 9 -f- 12 7 — 26 i5 3 - 18 1 — 7 6 -31 -I-72 — 01 79 -94 — 46
-13 -- 63 4-oi 81 -55 - 112 — 27 -- 14 3 2 2 16 4 — i3 5 — 10 6 + 1 0 +
12 7 0 8 13 o — 11 4 - 8 3 + 3 4 +'67 + 3 7 18 7 - I3 0 — 46 1 S 16 3 4
5 18 3 — -€9 - u 8 6 7 + 19 5 + 3 5 21 4 — *4 4 — 62 35 + 16 6 + 48 - 3
9 4 1 15 7 60 16 9 - 53 — 3 6 3 5 1.6 6 62 178 - 5i - 18 39 17 0 5 1 19
3 - 20 - 07 5 1 17 o gi 18 7 - 27 + 27. 7 3 i3 8 79 i4 5 + '6 — o 3 87
20 5 10 1 - 0 6 8 18 2 93 19 1 - 1 3 - 1 3 go 17 8 9 4 18,7 - -2 9 + 3 7
8 0 14 6 y 2 r5 2 + 35 - 18 86 206 9-7 21 3. — 27 + 0 2 10 0 17 4 10 2
18 1 - 1 4 +4o 85 i5 3 10 0 16 2 +19 00 9 4 92 9 9 19 6 — 08 t 1 5 .8 7
18 3 10 0- 19 2 + 12 + "1 D 98 19 5 99 20 4 o8 + 0 4 10 7 20 7 10 3 21 4
- 3o + 1 4 - 10 3 18 o 10 7 19 o — 22 - 06 10 6 21 4 11 3 22 0 - 24 il
l, 87 21 5 99 22 7 - 12 -- 37 9 6 18 1 10 8 18 5 2 3 -- 4 2 9 2 3 10 1 Æ
0 3 2* 3 6 9 2 17 8 10 5 18 2 + 3 2 "27 10 g 18 8 10 9 19 4 + 1 9 + 2 6
Il 8 19 o 10 6 19 6 + 20 + 26 10 6 19 6 12 4 20 G -- o 5 + 5 7 11a 18 13
2 19 4 -- 5 4 + 4 7 12 5 20 13 1 21 4 +3g + * 4 13 4 228 13 8 23 7 23 56
i3 à 21 6 i35 22 8 5o —~———— — a — 7 5 14 2 22 5 >56 23 7 6 9 67 13 7
243 16 1 25 7 5 6 77 >4 3 24 o 17 1 25 0 57 11.7 15 7 %, 9 169 22 5 H o
91 16 o '23 9 18 0 25 o 80 '64 18 7 26 8 22 5 28 2 i5 6

uinéw arec le plu? de précision t c'<st-à-diic par plus de 8000
observations. Ls lempéralures Il

------------------------------------------------------------------------

Nous avons encore à considérer l'humidité de l'atmosphère, circonstance
non moins importante que la température. Un savant estimable, M. Schow,
croit pouvoir fixer à 25 pouces la masse ordinaire des eaux pluviales
qui tombent annuellement sur l'Europe, au nord des Alpes, tandis que la
quantité de pluies annuelles au sud des Alpes est de 35 pouces ; mais
nous pensons que la pluie cristalltsée, c'est-à-dire la neige, rétablit
parfaitement l'équilibre, et que toute l'atmosphère européenne,
considérée dans la période de trois, ou tout au plus de dix ans, offre
le même degré d'humidité. Il est plus vrai de dire que le climat
océanique de l'Europe est quelquefois, comme en 1817, exposé à une
extrême humidité à la suite de la fonte des glaces flottantes, avancées
jusqu'à 45 degrés, et que de même le climat méditerranéen, par des vents
de sud trop constans, peut éprouver des sécheresses extraordinaires ;
enfin, qu'une partie des plaines comprises dans le climat asiatique peut
également recevoir les vents secs des déserts à l'orient de la
Caspienne; mais ces différences s'atténuent dans le résultat d'une
période tant soit peu étendue. Le même savant observe avec plus de
justesse que les pluies au nord des Alpes tombent plus lentement, plus
uniformément, tandis que, dans les pays au sud des Alpes, les torrens
qui sortent tout à coup du sein des nuages rappellent les phénomènes de
la saison pluvieuse de la zone torride. On peut fixer le nombre de jours
de pluie, pour le nord (dans le sens indiqué), à i5o ou 160 , tandis
que, pour le sud, il ne va qu'à go ou 100.

Ajoutez-y le nombre de jours de neige, et vous serez frappé de la
différence énorme entre ces deux climats.

C'est par cette raison que, dans le nord, les petites graminées, amies
d'une pluie douce et fréquente , forment ces admirables pelouses que
l'Italien impartial est obligé de regretter. C'est à cette température
printanière pro-

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longée, combinée avec d'autres causes locales, que le hêtre vulgairement
appelé fayard (fagus sylvaticci) en Danemark, doit sa teinte d'émeraude
pâle, beauté pittoresque inconnue au midi.

Le sol généralement escarpé de l'Europe méridionale > fait encore que
les pluies, versées à torrens , tantôt s'y écoulent trop rapidement, et
tantôt y restent stagnantes; de là un mélange de terres très-fertiles,
de rochers dépouillés de terre végétale et de marécages incultivables au
pied des Apennins, de l'Olympe et du Parnasse. Les terres peu fecondes
même dans le nord ont l'avantage de conserver la couche d'humus végétal,
et d'être partout également arrosées.

Si l'on rapproche de cette distribution plus régulière des irrigations
célestes la chaleur accumulée des longs jours d'été, on concoit pourquoi
les hahitans du nordouest de l'Europe ont raison de n'accorder ni à
l'Italie ni à la Grèce aucun avantage qui ne soit balancé par un autre
dans leur patrie (1).

Sous le rapport de la pureté de l'atmosphère, l'Europe jouit encore d'un
sort assez heureux; elle ne renferme aucune étendue remarquable de
contrées malsaines; les fièvres de marais, aux rivages du Don, dans le
bannat de Temeswar, aux environs de Rome et dans l'île de Walcheren; les
vapeurs pestilentielles de quelques vallées de la Sardaigne, et les
brouillards dangereux dans quelques golfes de Norvège, sont des
calamités locales; certaines autres maladies épidémiques, telles que la
peste en Turquie, la fièvre jaune en Espagne, la plica de Pologne, ne
tiennent pas même à des causes naturelles, mais aux vices des
gouvernemens ou aux défauts des peuples. Nous manquons de connaissances
médicales pour classer les

(1) Schow, Parallèle dujNord et tluMidi lie l'Europe. Copenhague, .8:n (
en danois ).

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maladies dominantes en Europe, d'après les trois grandes divisions
climatologiques de l'est, de l'ouest et du sud que nous avons signalées;
ce serait un sujet digne des méditations d'un grand médecin. Ce que nous
pouvons affirmer, c'est que, dans toutes les parties de l'Europe, les
hommes vivant avec simplicité et à la campagne arrivent également à un
âge avancé ; les centenaires sont aussi nombreux dans les montagnes de
la Sicile que dans celles de la Norvège, et même la force physique chez
les peuples du nord et du midi de l'Europe ne nous paraît pas varier en
raison du climat, mais en raison de l'origine des races.

Les végétaux de l'Europe subissent l'influence de trois climats dominans
; sur les côtes occidentales, la moindre intensité du froid laisse
prospérer à de hautes latitudes les végétaux qui, ne résistant pas au
froid extrême, périssent sous la même latitude dans toute autre partie
correspondante du globe ; c'est -ainsi que plusieurs céréales, notamment
l'orge et l'avoine, s'élèvent jusqu'au 70e parallèle en Norvège, tandis
que sur les côtes américaines, vis-àvis, toute culture des céréales
cesse à 52 degrés de latitude. Les autres graminées qui couvrent les
prés de l'Europe s'étendent bien aussi loin au nord en Amérique, mais
elles y croissent moins rapprochées.

Partout ailleurs, les arbres disparaissent vers le 60e degré ; ici les
pins et les sapins élancent leur tête dans les nués, et même le tendre
feuillage du fayard, qui, dans la Pologne russe, n'anime les forêts que
vers le 5 le et le 52e parallèles, brille avec assez d'éclat en Norvège,
au-delà du 61e. Le laurier d'Italie ne craint pas l'air libre sur les
côtes occidentales de la France, et récemment on a reconnu des végétaux
qu'on croyait particuliers au Portugal sur les collines qui environnent
Plymouth. Mais il est des plantes auxquelles cette température radoucie ne

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suffit pas ; il leur faut une chaleur plus vive et plus sèche ; de ce
nombre est la vigne qui, à partir de la latitude de la Gironde, et plus
encore de la Charente, se retire dans l'intérieur du continent, où sa
région fait une saillie vers le 50e parallèle.

L'inflytence du climat asiatique sur la végétation européenne se divise
en deux phénomènes distincts : d'abord le froid plus constant exile du
nord et du centre de la Russie , plusieurs arbres et plantes qui
prospèrent sous les mêmf s latitudes dans la Germanie et dans la
Scandinavie.

Pour retrouver l'ensemble de la Flore du Danemark, du Mecklenbourg, du
Holstein, il faut descendre jusque vers Kief, vers Orel et dans
l'Oukraine (1); c'est là aussi que la culture du poirier et du froment
devient assurée, et que les.

chênes prennent tout leur développement. AiL contraire, les plantes de
la péninsule Scandinave et même celles lie Laponie paraissent s'être
propagées en Lithuanie et dans la Russie centrale à des latitudes peu
élevées; le lichen des rennes, par exemple, croît encore fréquemment à
54 degrés dans les plaines.

Telle est l'influence du climat sibérien; mais les plaines sablonneuses
et salines qui terminent l'Europe vers la mer Caspienne reçoivent une
autre influence, cellli des vents secs et quelquefois brûlans, venant
des déserts qui bprdent au nord la Boukharie et qui environnent le lac
Aral. Cette cause, jointe au changement de la nature du sol , fait, pour
ainsi dire, expirer les forêts européennes vers je Pon, le

(1) L'ornithogalum luteum et nutans , l'Å“nothera biennis , le
ranullCulus lanuginosus , le cytisus luburnum et nigricans , le dianthus
super bus , l'hyacinthus comosus, le cornus sanguinea, le thym, le
cyperus fuscus, le panicum sanguinale, lefestucafluitans ( comme objet
de récolte abondante), le pimpinella anisumr les brassicarapa
etarvensis, sont, d'après les Flores, les espèces qui établissent une
similitude remarquable entre le Danemark, la Wolhynie, la Petite-Russie
et les bords du Don; mais les migrations des Goths n'y ont-elles pas
influé?

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Bas- Volga et l'Oufa. Une nouvelle végétation de plantes salines, mêlées
de quelques arbustes, couvre ces tristes plaines. Cependant à côté du
câprier commun, du jasmin et du lilas, s'élèvent sur les bords de la mer
d'Azof des pins maritimes qui atteignent 80 pieds de hauteur.

Le troisième côté du triangle européen présente généralement aux
influences du climat africain une suite de pentes plus ou moins rapides,
terminées au nord par des chaînes de montagnes très-élevées. La
végoétation méditerranéenne, si on peut risquer cette expression, reste
donc bornée à une lisière de côtes, à quelques péninsules avancées au
midi et aux îles. C'est là que les yeux du voyageur sont d'abord charmés
au-delà de toute expression par un spectacle inconnu aux plus belles
contrées au nord des Alpes. Les vignes suspendues en festons au haut des
ormeaux, les forêts d'oliviers, d'amandiers et de figuiers, la
majestueuse symétrie des cyprès et des pins piniers, annoncent une
nature nouvelle; bientôt l'écarlate des fleurs du grenadier, l'élégance
du myrte, l'arôme du jasmin, et les suaves exhalaisons des oranges et
des citrons, dont l'or brille à travers le feuillage vert foncé,
persuadent à tous les sens que vous parcourez le jardin de l'Europe;
mais la réflexion et la science vous font encore remarquer à chaque pas
des particularités nouvelles. Dans les campagnes le beau glaïeul, le
convolvulus tricoloi-, les narcisses les plus magnifiques, le long de
chaque ruisseau une haie sans fin de lauriers-roses; sur l'aride flanc
des collines calcaires la pompe variée des cistes; autour des ruines le
pittoresque acanthe, tout vous rappelle un changement de la végétation
entière : le botaniste reconnaît des espèces étrangères au nord, la
psoralée bitumineuse (psuralea bituminosa) aux fleurs d'un beau violet ;
le gaïnier commun (cercis siliquastrum) que l'on cultive dans nos
jardins sous le nom plus connu d'arbre

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de Judée ; le biserpiilapelecinus, plante herbacée à laquelle la forme
de son fruit a fait donner le nom vulgaire de râteau ; il voit plusieurs
familles de plantes, telles que les aristoloches, les malvacées, les
aroïdes, multiplier extrêmement leurs espèces, et d'autres qui dans le
nord sont de simples herbes prendre la taille d'arbustes, comme la lue
en arbre (medicago arborea) ; même parmi les humbles graminées et les
rustiques roseaux un caractère nouveau se manifeste; les fleurs de la
canne à sucre cylindrique (saccharum cyIÙu/ricum), celles du Jygeum
spartum, du lagurus ovatus, aux feuilles velues, ont déjà l'éclat de la
zone tropicale; l'élévation de Yarundo donax nous fait souvenir des
bambous; enfin le chamœrops représente en diminutif la superbe famille
des palmiers.

Il est vrai qu'en reportant le regard vers les montagnes qui bornent
l'horizon au nord, l'observateur retrouve une partie de la végétation de
l'Europe centrale qui, à cause de l'élévation du sol, ressemble à celle
des régions septentrionales. Le souffle du nord, le tramontain dépouille
de leur feuillage quelques arbres d'Italie; mais, aux bords mêmes de la
mer, les lauriers, les myrtes, le romarin, le laurier-thym, le chêne à
liège, l'yeuse et le lentisque, composent une zone toujours verdoyante (1).

A mesure qu'on avance au midi dans les champs de la Sicile ou de
l'Andalousie, les formes de la végétation africaine se prononcent
davantage; le roide feuillage de l'agave se marie aux troncs massifs du
figuier de l lnde ; on voit çà et là, un dattier se balancer dans les
airs. Dans la Grèce, rafraîchie par les vents qui descendent à la fois
de l'Hémus et du Taurus, c'est plutôt la végétation asiatique, et
peut-être particulièrement celle du Caucase, qui modifie le caractère
européen; le platane oriental, le syco-

: 1) Sc haw, 1. c.

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more, le cèdre, assimilent les rivages européens et asiatiques de
l'Archipel, tandis que , presqu'à côté d'eux, le tilleul, le chêne, le
fayard, le sapin semblent lier les forêts germaniques et karpathiques à
celles du Caucase , séparées de la région boisée de Russie par la plaine
nue du Don et du Bas-Dnieper : le plateau intérieur de la Thrace diffère
probablement peu de la Moravie; et d'après des botanistes modernes, la
Flore grecque a trois fois plus de plantes communes avec la Scandinavie
que celle de l'Italie. Un abri local, sous les rochers de la Tauride,
fait toutefois prospérer les oliviers et les .orangers au nord de lainer
Noire, et à une latitude plus élevée que celle de la Lombardie.

Après les lois distributives générales qui caractérisent la végétation
des trois côtés de l'Europe, viennent les lois spéciales qui dépendent
de la nature du terrain et de l'élévation du sol. L'influence que la
nature chimique et géognostique du terrain peut exercer sur la
végétation est encore trop mal déterminée; trop de causes mécaniques ,
trop d'influences extérieures la modifient, pdur que la géographie
puisse en tirer aucun résultat général tant soit peu positif. Les
rapports avec l'élévation du sol sont mieux connus.

Les forêts de bouleau montent en Norvège sous le cercle polaire à i,483
pieds; mais le saule lainé touche presqu'aux neiges éternelles, et le
bouleau nain n'en reste éloigné que de 924 pieds. Dans la Norvège
méridionale, quelques pins prospèrent encore à 3,000 pieds, et plusieurs
sortes de pommes mûrissent à 1,000 pieds; l'agriculture ne cesse dans
les vallées ouvertes au soleil qu'à 1,800 pieds.

Dans les monts Sudètes l'agriculture cesse à 3,3oo pieds.

Les forêts se terminent dans les monts Karpathes à 4,200, seulement
lepinuspumilio s'élève à 5,000 pieds. Il y existe

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probablement une différence très-grande entre le versant septentrional
regardant la Russie , le versant oriental contre le Pont-Euxin, et le
versant méridional au-dessus de la plaine de Hongrie ; mais ces
différences ne sont pas suffisamment observées. Dans les Alpes, les
forêts parviennent généralement jusqu'à 5,ooo pieds; le sapin à 5,5oo,
l'aune vert à 6,120.

Saussure trouva le daphné odorant (daphue cneorum ) à 10,680 pieds.
Ramond observa cet arbuste sur les sommets les plus élevés des Pyrénées
; mais du côté d'Italie les mêmes végétaux et les mêmes arbres montent
de 6 à 700 pieds plus haut. La culture des céréales cesse à 3,3oo pieds,
et celle de la vigne à 1,700. Dans les Pyrénées, les grands arbres
parviennent jusqu'au niveau de 6,900 à 7,200 pieds; le pin d'Ecosse
arrive encore 200 pieds plus haut. Nous ne nous étendrons pas sur la
végétation de l'Espagne méridionale et de la Grèce; elle trouvera sa
place dans la description de ces contrées. L'élévation de la Sierra
Nevada et sa proximité de l'Afrique produisent des contrastes
singuliers. Quant à la Grèce péninsulaire, on sait que les sommets des
montagnes se couvrent de beaux arbres (J).

La végétation européenne doit encore être considérée sous le rapport de
l'extension des arbres, des arbustes,

(0 Les aperçus généraux qui viennent d'être donnés sur la végétation
naturelle de l'Europe un habile professeur, M. Ch. Ritter, de Berlin,
les a représentés avec plus de détails sur une carte de cette partie du
monde.

Ainsi les grands caractères de végétation sont représentés sur cette
carte par des bandes tantôt parallèles et tantôt transversales avec les
degrés de latitude. A partir de l'Europe méridionale, il règne depuis le
35e jusqu'au 40* parallèle une bande où l'on voit végéter sans culture
le jasmin commun, l'astragale tragacauthe et le ciste ladwuun; au-delà,
jusque vers le 43e , c'est le chêne liége et Je chêne à cochenille, le
lentisque et le câprier communy en s'élevant jusqu'au-delà du 46® ,
lepinpinier, le pin maritime, le chêne nain le buis, le jasmin blanc et
le cyprès s'étendent des rivages du golfe de Gascogne à ceux de la mer
Caspienne. Cette région est représentée parallèle comme les précédentes
aux degrés de latitude j mais la suivanle, coupant diagonalcment le 55e
degré de latitude par le 35e de longitude, s'élargit de l'est à l'ouest
de manière à se terminer à

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et des plantes les plus importantes pour la subsistance de 1 homme ou
pour l'exercice de son industrie; ces végétaux occupent généralement les
plaines ou les régions de moyenne élévation. Les céréales, si intimement
liées à notre civilisation, mûrissent dans toute l'Europe ; seulement
dans la Laponie, il faut à l'orge des expositions favorables. Le seigle
réussit même parfaitement à 64 degrés de latitude en Finlande; mais la
récolte est plus assurée quelques degrés plus bas. Le froment est
cultivé jusqu'au 62e parallèle, mais c'est entre 5o et 36 degrés de
latitude qu'il prospère; les épis sont dix ou douze fois plus gros dans
la Calabre qu'en Allemagne. Le maïs, qui paraît avoir été emprunté de
l'Amérique, vient jusqu'au 50e degré; et le riz, présent que nous a fait
l'Asie, prospère jusqu'au 47e parallèle. La pomme de terre, introduite
en l'an 1623, est répandue sur toute notre péninsule. Nous avons déjà
parlé de la vigne et de la cause qui paraît en avoir fait rétrograder la
culture; elle prospère jusqu'au 45e parallèle dans toutes les
expositions, mais de là jusqu'au 50e degré elle fuit le voisinage de la
mer du Nord , et cherche dans l'intérieur des climats plus stables.
Grâce à cette stabilité, elle dépasse en Bohème et en Saxe le 50e
parallële; mais son fruit, trop faiblement échauffé par

environ 51 degrés vers l'est, et à 56 vers l'ouest. C'est la région
tempérée : elle comprend le chêne, le sycomore, Ycrable commun,
lepeuplier blanc le sureau noir et le mûrier de haie. La bande plus
septentrionale qui commence à l'est vers le 51e degré, et à l'ouest vers
le 56e , se termine à l'est an 54e, et à l'ouest au 60e ; elle est
caractérisée par le sapin pesse, l'if commun, le hêtre ou fayard,
l'orme, l'aune commun, le peuplier noir, le gui et le lierre. La bande
suivante, s'élargissant vers l'ouest, coupe à son bord septentrional le
60e parallèle par le 5ie degré de longitude : le chêne rouvre, l'érable
plaiie , l'épine-vinette et l'airelle myrtille occupent cette bande.

La suivante a pour limite le cercle polaire arctique : le sapin, le
mélèzr, le pin sauvage, le peuplier-tremble, l'églantier et le petit
mzÃŽricr y trouvent leur place. Plus au nord , la zone que l'on peut
appeler arctique , comprend le genevrier, plusieurs espèces de saule, 1
airelle poncluce et la bniycrc commune. J. Il.

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les rayons solaires, donne un jus trop aigre. Au nord de la région de la
vigne, les plantations de houblon, devenues nécessaires à la confection
de la bière, occupent de grands terrains; cette plante s'étend depuis le
50e degré de latitude jusqu'au 60e (1).

La distribution des plantes alimentaires que nous venons de nommer
influe beaucoup sur le genre de nourriture des peuples de l'Europe. Une
ligne à plusieurs courbures tirée du midi de l'Angleterre par la Flandre
française, la Hesse, la Bohème, les monts Karpathes, Odessa et la
Crimée, marque à peu près la limite entre les peuples qui boivent
habituellement du vin, et ceux qui font un usage général de la bière.
L'emploi du froment pour faire du pain est plus général au sud de cette
ligne, mais il la

(1) M. Ch. Ritter, dans sa carte destinée à présenter la distribution
des plantes cultivées en Europe, divise cette partie du monde en 8
zones, dont la position est sensiblement différente de celle des plantes
qui croissent sans culture. Dans la zone méridionale qui se termine au
nord par le 40e parallèle, on voit la canne à sucre, la vigne, lefiguier
dinde et le cotonnier qui croît principalement en Grèce. Une autre zone
parallèle à la précédente, et qui, ayant pour limites à l'ouest et à
l'est le golfe de Gascogne et la mer Noire, se termine vers le 4311
degré, joint, au cotonnier, le caroubier et l'oranger. La zone suivante,
qui s'étend jusqu'au-delà du 46e degré, est caractérisée par le maïs,
lefiguier, l'olivier et le grenadier. Toutes ces zones sont parallèles ,
mais celle qui suit s'étend d'abord de l'ouest à l'est sur le5oe degré
de latitude, depuis la Manche jusqu'au 15e méridien, puis descend vers
le sud jusqu'au 47e degré, en ajoutant au maïs le melon d'eau, le noyer,
le châtaignier et V amandier. La vigne ne dépasse pas cette limite. La
zone qui suit, plus large vers l'ouest que vers l'est, se termine au 60e
parallèle, sous le 8e méridien, et au 55e parallèle sous le 62e méridien
: le pommier et le poirier la caractérisent.

La zone au nord s'élargit en sens inverse de la précédente, puisqu'elle
se termine par un arc de cercle qui coupe le 60e parallèle sous le 37e
méridien : c'est la limite du prunier, du cerisier, du froment, du
potiron et du houblon. Une autre petite zone, qui ne s'étend de l'ouest
à l'est que du IOC au 20e méridien, et se termine vers 64 degrés 3o
minutes de latitude, voit croître l'avoine, le concombre et le chanvre,
tandis que le lin, l'orge et le seigle s'étendent jusqu'au cercle
polaire. Enfin , au-delà de ce cercle, on cultive la pomme de terre,
l'angélique, le seigle et la fraise comestible. J. il.

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dépasse sur quelques points; par exemple, dans l'Angleterre méridionale,
le pain de seigle, plus général au nord de la même ligne, reparaît aussi
dans plusieurs contrées montagneuses plus méridionales.

C'est une ligne bien plus méridionale, longeant les Pyrénées, les
Cévennes, les Alpes et l'Hémus, qui sépare les pays à lait et à beurre
des pays à huile. Dans les premiers, grâce aux beaux pâturages, les
bestiaux abondent, et la viande, plus succulente, est aussi consommée en
bien plus grande quantité. L'homme qui se nourrit habituellement de
viande, de bière, de lait et de beurre, doit sans doute avoir un
tempérament opposé à celui qui vit de pain, de vin et de mets apprêtés à
l'huile; mais ce contraste ne se prononce véritablement qu'entre les
anneaux extrêmes de la chaîne, comme, par exemple, entre l'Espagnol et
l'Italien d'un côté, et le Suédois et le Russe de l'autre. Les peuples
intermédiaires présentent,.sous les rapports de la cuisine et de la
cave, des rapports singulièrement mélangés; le Normand français, par
exemple, mange autant de viande que l'Anglais, mais il a du vin à sa
porte ; le Hongrois est dans le même cas ; le Bavarois (proprement dit)
consomme plus de bière que le Souabe, son voisin. Partout l'introduction
de la pomme de terre accroît les alimens farineux, et dans l'Angleterre,
l'usage immodéré du thé a diminué celui de la bière, même chez le
peuple. Enfin, les classes bien élevées, polies et lettrées, vivent
presque partout de la même manière; elles éludent les effets du climat,
elles mêlent les dons d'un pays à ceux d'un autre; belles se déplacent
fréquemment; ce qui démontre combien sont confuses et téméraires les
distinctions qu'on a voulu établir entre les nations européennes, en se
fondant sur la différence de leurs alimens (1).

(0 Comparez Bonstetten, l'Homme du Nord et du Midi, et Schow,

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Parmi les fruits d'arbres, la cerise et la prune bravent le plus la
rigueur des climats septentrionaux : la cerise mûrit près Drontherm en
Norvège, et près Jacobstadt eu Finlande, à 63 degrés; mais en Russie
elle n'atteint qu'à peine le 60e parallèle. Par contre-coup, elle
devient rare en Italie, et ne se montre en Sicile que sur les montagnes.

La pomme mûrit et se développe dans sa perfection jusque sous le 55e
degré; plus au nord, elle durcit tout à coup et cesse de mûrir, de même
aux extrémités méridionales de l'Europe elle perd sa saveur et sa
finesse. Peut-être cette circonstance ne résulte-t-elle que de la
culture. Mais le groseiller et plusieurs autres arbrisseaux à baies ne
prospèrent guère dans le climat méridional de l'Europe. La culture a
transporté l'abricotier, et surtout le pêcher, avec un grand succès,
jusqu'au 50e parallèle; mais ce sont aussi des arbres indigènes de la
montagneuse Arménie et de la région froide de la Perse. La figue mûrit
jusqu'au-delà du 50C parallèle, mais son véritable climat est celui des
extrémités méridionales de l'Europe. L'olivier lutte avec les vents
froids des Alpes et les gelées de l'hiver, mais la fréquente destruction
des plantations au-delà du 44e degré prouve que sa patrie naturelle est
sur les bords mêmes de la Méditerranée, jusqu'à l'élévation de 1200 à
2000 pieds.

De même, le vrai climat des orangers et des citronniers ne commence qu'à
43 degrés et demi, aux îles d'Hyères et en Toscane. Sur le territoire de
Nice, les oliviers de San-Remo et d'autres points plus septentrionaux,
sont, de même que les palmiers-dattiers de Bordigliera, des exceptions
locales dues à l'abri que fournit la chaîne des Apennins. Le palmier, le
cactus, l'aloès, et quelques autres végétaux des deux Indes, ne
réussissent régulièrement qu'aux environs de Lisbonne, dans
l'Andalousie, en Sicile, au-dessous du

Parallèle du Nord et du Midi. Ce dernier ouvrage, substantiel et plein
d'idées, est très-préférable à la paraphrase de M. Bonstetten.

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40. parallèle. C'est aussi la limite la plus septentrionale où s'est
élevée la culture de la canne à sucre, jadis assez active en Grenade,
près Tortose, en Majorque et en Sicile.

Deux plantes d'une haute importance pour la vie civilisée , le lin et le
chanvre appartiennent à la presque totalité de l'Europe; mais le premier
prospère davantage dans les températures froides; sa culture s'étend
jusques en Finlande, mais non pas en Ostrobothnie, et en Russie
jusqu'au-delà de Kostroma et de laroslavl; le second réussit
parfaitement dans la Pologne, dans l'Oukraine russe, dans l'Alsace, dans
le royaume de Valence, en Calabre. Le midi de l'Europe produit du coton
et de la soie, mais les récoltes n'égalent pas en abondance celles de
l'Amérique et de l'Inde.

En décrivant les trois climats généraux de l'Europe , nous avons
considéré la distribution générale des arbres et des arbustes qui
viennent sans culture. Le sapin (pÙlUS ahies) habite toute l'Europe
jusqu'au 67e parallèle; c'est surtout dans le nord qu'il forme de
grandes forêts. Le midi, au contraire, voit, depuis le 43e parallèle,
les rivages sablonneux de la mer se couvrir du pin maritime, et le pin
pinier [pinus pinea), qui imite le port du palmier, former de belles
forêts dans les Alpes, dans les Pyrénées, au bord du Tage. Les pins
cembra et pumilio appartiennent aux sommets des Karpathes, des Alpes et
des Pyrénées. Le pin sauvage Çpinus syl^estris) et le sapin-mélèze (
abies Icirix) peuvent être considérés comme généralement répandus
jusqu'au 68e parallèle. Le pin pesse (pinus picea) ne commence
qu'au-dessous du 60e parallèle. Le chêne commun, qui ne croît plus en
Dalécarlie, se montre encore, mais faible, au 62e parallèle en Finlande
; il n'atteint pas les extrémités les plus méridionales de l'Europe. Le
chêne à glands doux ( quercus ballota) orne tout le midi de ses groupes
pitto-

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resques. Le chêne-liège ( quercus suber ) s'étend particulièrement à
travers le Portugal, l'Espagne et l'Italie. Le hêtre, qui cesse vers le
60e parallèle, et le tilleul, qui s'élève vers le 63e, sont au sud de la
Baltique et dans les îles de cette mer d'une beauté particulière. Le
frêne, l'aune, l'orme, le peuplier noir et le peuplier blanc, cessent
également vers les 60e et 6Ie parallèles.

Le peuplier-tremble et le bouleau ne s'arrêtent pas même au cercle
polaire ; leur feuillage animé semble vouloir égayer les paysages
solitaires de la Laponie. Les divers saules et le joli sorbier aiment
aussi les régions les plus septentrionales. Les semences légères du
saule et du bouleau, emportées par le vent, prennent racine presqu'aux
bords des neiges perpétuelles. Il est singulier que le grossier sureau
ne dépasse pas le 5ye parallèle, tandis que le délicat lilas étale ses
fleurs odorantes jusque sur les bords de la Néva, et jusque parmi les
sombres rochers de Fahlun, en Dalécarlie : cet arbuste, charme de nos
printemps, existe sauvage en Suisse, selon Haller, et pourrait bien être
indigène d'Europe.

Divers arbres du midi ont fait de lents progrès vers le nord, à l'aide
de la culture. Le peuplier d'Italie ne dépasse guère la latitude du
Danemark. Le platane oriental et l'érable pseudo-platane, ornement
commun des forêts de la Grèce, perdent leur éclat au nord des Alpes.

Le frêne à manne (tfraxinus ormus), si cher à la Calabre, ne réussit
guère au-delà du 44e parallèle. C'est aussi la limite naturelle générale
du laurier, du myrte, du lentisque à mastic, du térébinthier, du buis et
du cyprès ; ces arbres ne viennent dans toute leur beauté qu'autour de
la Méditerranée. C'est aux anciennes colonies grecques que la Crimée a
dû l'introduction du laurier, ainsi que celle

Je l'o l iv i er et d^^j^jgne

Les l i eux inçt$^es dïT m!~ surtout au-dessous die4oe

7

III.

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parallèle, se couvrent de cistes, de thym, de romarin, de jasmin, et
d'autres arbrisseaux odoriférans, mais ils n'ont guère d'autres
arbrisseaux à baies que celui qui donne les câpres. Les rochers et les
marais du nord, surtout audelà du 60e parallèle, se garnissent au
contraire d'arbrisseaux riches en baies salutaires et quelquefois
délicieuses , telles que les groseillers, les vitis idæa, le myrtillus
et le rubus chamæmorus.

Le règne animal de l'Europe ne nous occupera pas long-temps. Il est
encore moins varié que le règne végétal.

Les régions du nord et du nord- est, jusqu'à la Baltique et jusqu'au
centre de la Russie, offrent à peu près les mêmes particularités. L'ours
blanc et le renard bleu y apparaissent de temps à autre sur les rivages
de l'Océan glacial. Le renne descend en Scandinavie jusqu'au 61e
parallèle, et en Russie, six à sept degrés plus bas. Le 1nus lemmus ou
lemming fait ses migrations en lignes droites de l'est à l'ouest, entre
le 55e et le 65e parallèles. Le glouton parcourt toute cette région.
L'élan se tient généralement plus bas que le cercle polaire; il se
montre en Lithuanie et même jusques en Prusse. Cette région nourrit
encore le mouton de la variété ouralienne ou Scandinave, distingué par
une laine dure et par les cornes communes aux femelles.

Les plaines nues ou steppes qui bordent la mer d'Azof et la mer
Caspienne ont quelques animaux communs avec l'Asie. Le chameau de
Bactriane y a retrouvé ses pâturages remplis d'herbes salines. Le mouton
circassien ou à longue queue s'est répandu jusque vers l'Oka et le
Dnieper. Le léger cheval des Tatars y est resté avec ses maîtres; enfin,
le féroce chacal y a suivi la trace des animaux. Mais ce sont là des
invasions peu remarquables.

Les grandes plaines fertiles et verdoyantes qui s'étendent depuis
l'Oukraine et la Moldavie jusques en Danemark et

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en Flandre, sont le séjour favori des races les plus fortes de bœufs et
de chevaux; ces deux animaux y ont probablement existé long-temps à
l'état sauvage; on voit encore de temps à autre en Pologne quelques urus
ou aur-ochs, mot qui dit littéralement boeuf primitif ou ancien; c'est
la souche sauvage du bœuf. On trouve dans cette zone, de même que dans
toute l'Europe moyenne, une race de moutons identique avec celle
d'Espagne et d'Angleterre; ,mais celle-ci a été améliorée par des causes
tant naturelles qu'artificielles. La zone moyenne de l'Europe ne
comptait pas l'âne au nombre de ses animaux indigènes; il y a été
introduit, mais il y dégénère. Il est rare en Suède et en Russie.

Le cochon se rencontre un peu plus au nord que l'âne : il ne s'y est
propagé que depuis peu, ainsi que le chat.

La grande chaîne de montagnes que nous avons suivie sous les noms de
Pyrénées, de Cévennes, d'Alpes, de Karpathes et d'Hémus, est habitée par
trois espèces particulières , le bouquetin, le chamois et la marmotte :
on trouve celle-ci jusqu'au-delà du 55e parallèle.

Les régions méridionales de l'Europe ont généralement les mêmes animaux
que la zone moyenne; car le bœuf et le cheval d'Italie, pour peu qu'ils
soient bien soignés, ont des formes aussi robustes et plus vigoureuses
que ces mêmes animaux dans l'Oukraine ou dans le Holstein; mais les
invasions des Maures et des Turcs y ont amené le cheval arabe ou barbe,
dont la descendance a produit l'andalous et d'autres variétés. Nous
sommes pourtant tentés de croire, d'après des observations personnelles,
que le cheval andalous est à peu près le même que le petit cheval de
Norvége (dit norbagge), et que par conséquent l'un et l'autre descendent
d'une souche commune et probablement indigène d'Europe. Il est plus
certain que le midi de l'Europe a reçu de l'Asie le buffle qui ne se

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trouve pas plus au nord que la Hongrie. Le midi possède aussi, et
probablement d'origine indigène, le mouton mouflon dans l'île de
Sardaigne, et une autre race particulière du même animal, le
strepsiceros, dans l'île de Candie (1). L'âne de l'Europe méridionale,
s'il n'est pas indigène, vient de l'Asie mineure et de la Syrie.

Tels sont les principaux traits physiques de notre partie du monde.

(1) Le nom de strepsiceros, qui signifie cornes torses, parait avoir élé
réservé par les anciens à un mouton qui vit à l'état sauvage dans l'ile
de Crète ou de Candie. Buffon, Caïus et d'autres naturalistes, trompés
par ce que dit Pline (lib. II, cap. XXXVII), que le strepsiceros est un
animal d'Afrique dont les cornes figurent une sorte de lyre, ont
rapporté ce nom à diverses espèces d'antilopes telles que le condoma, le
saïga, le glltturosa et le kola; mais, Belon ayant fait remarquer que de
son temps on donnait encore ce nom à un mouton dont les cornes sont
cannelées en spirales, Buffon et Pallas s'en rapportèrent définitivement
au témoignage de Belon. J. H.

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I 1, 7 l' Il1 1 j r.ili'.iio.s rmsiyi i>. v u»>iit«im:s. c.u,uibi;i;s
î-iiïM^rES.

! L'est do la lin^ic d'Europe, coin- ; Elr\al ion des montagnes , G a
8,000 pieds.

prenant les nmnlnmics Ouralier.nes Niveau du Volga près Kazan, 580 pieds.

avec leurs brandies entre les 5i et 61e Vent d'est glacial. Vent du sud
brumeux sur les montagnes, sec et 1. degrés, les bassins de la Kama, de
la brillant dans les plaines.

Viafka, de l'Oul'a, de la Biélaia; la Température moyenne. A Solikamski
- 1,85.

Ilc ion Ouralieiuie partie montueuse du bassin du lfeuve Le mercure
devient souvent malléable à lékatherinbourg , à 2 lieues centrale.
Ouralsk (partie occidentale), jus- au-delà de l'Oural.

qu'au commencement des steppes Cas- A Perm, 6 mois de neige restante , a
mois sans gelée.

Latit. SI -61 piennes; enfin la rive orientale du Chaleur et sécheresse
e\.trême à Orenbourg.

tnngit. 67 - 76 Volga, depuis l'Ounscha jusque vers Près Orenbourg , les
grains et les légumes gèlent souvent.

Saratof. Rennes. Céréales dans les basses vallées. Noisetiers sur la Kama.

Voyez Régions II, VI, VII.

1 Le nord-est de la Russie d'Europe Les monts Ouraliens s'abaissent.

à l'est de lOnéga (rivière), du Glaces le long des rivages jusque vers
le icr juin, II. Scheksna et du Volga, comprenant Tonnerre très-rare.
Variations de vent et de température.

les bassins de la Dvina, de la Suchona, Température moyenne.

! liegiu/L Ouralierme de la Vitscheda, de la Mezen, de la Le mercure
devient souvent malléable à Oustioug-Veliki.

maritime. Petchora, de l'Ousa, ainsi que les La Dvina est gelée du r r
novembre au itr mai.

revers occidentaux des monts Ourals L'agriculture cesse généralement
vers le 60e degré Latit. 59-70 depuis le ()le degré de latitude. Rennes.
Arbustes fruitiers en grande quantité.

Longit. 55-o Fuyez Régions 1, 111 et VI. Les pins disparaissent à 61 et
62 degrés.

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Suite du Tableau des Régions physiques de l'Europe.

RÉGIONS PHYSIQUES. CONTKEES Y COMPRISES. CARACTERES PHYSIQUES.

La Finlande, les gouvernemens de Plaine coupée de petites chaînes de
rochers.

Pétersbourg, d'Olonetz, de Novgo- Température moyenne + 4. Pétersbourg +
3, 8. Umea -j- o , 7.

111 rod, de Pleskof, de la Livonie et de Abo-f-4, 8 (Réaumur).

l'Estonie. Maximum du froid à Pétersbotirg * 24, Région des grands
Limite au sud-est, le plateau de Jours de gelée. temps moyen constant,
112 par an, ibid.

lacsValdaï et d'autres collines; au nord- Jours exempts de neige, 60 par
an.

est, la rivière Onéga. Seigle , orge , etc. , partout, sur la côte
baltique ; ils i-nîtrissent (tiffiLatit 5G - 66 Voyez Régions 11, IV et
VI. cilement à 61 degrés dans l'intérieur, vers Olonetz.

Longit. o - 55 Froment, peut mûrir jusqu'au Goe degré en r înlande.

Les montagnes ou plateaux de la Les montagnes de la Norvège s'abaissent
à 67 degrés de latitude IV. Laponie, avec la Westrobothnie jus- Chaîne
littorale deLaponie, 3 a 4,000 piet s.

qu'an fleuve Uméa, le Nordland de Plateau du versant des eaux, 2,000 a
2,3oo pieds.

Région de lu La - Non ége, les Laponies norvégienne Beaucoup de lacs
gelés jusqu'au mois de juin.

ponic. et russe , jusqu'à la plus courte ligne Les golfes de la 111er du
Nord dégèlent vers le 1° mai.

entre le golfe Bothnique et la mer Température moyenne, au cap Nord o, o
- à Wadsoe ( au nord-est ) Lai it. 2 Blanche. — o , 77 ; à Enontakis-f-2
, 8.

Longit. 3u - 5K Voyez Régions III et VI. Température moyenne de lete ail
cap Konl, + 6, *>r « , +12, 'j.

Cailture d'orge et avoine, par-ci, par-la p lis et degrés.

ft AnnAc A !'!,!!!!!,

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La stii, titi La Péninsule Scandinave, ail sud Montagnes de S,ooo
|)ic<l^ , placées sur un plateau de J.ooo pieds, tl'tine (le Donnant-,
Penh- générale au sud ci à ] est.

V. (îfilal. nord a rméa.fi-} 1 a t. nord le Température moyenne à Sl<><
k holm , -f~ » 7J à Christiania -|- G ; a long du lleuvc l méa. I
rondbieni -j- ,

Région de la Scan- Subdivisions : Climat brumeux et pl ln ieux sur
l'Océan ; nia\imuni de froid à Berdinarie. i. Haut Pays ou Novl'c^r. ^en
; 12.

1. Suède au nord dis lacs Ve- Jdem \cn\cu\ et serein sur la Baltique;
maximum de froid à Cp2. lit !,a'> -' 'n.

Il. in i-, etc.

Longit. 2.1— 3; (iotlui' ou Suède au sud des : Céréales cultivées
partout. rbres fruit iers rares au delà de tin det; lacs. Fol" d" l'ill,
sapins, niélczes , vers (il) degrés l'uvez Régions IV et ! Chênes , vers
Ii" degrés.

't n 't)('s.\c)~t,n d t r

| I j Part ies éle\ ées <lu bassin de la D\ i j Plateau élev é à Valdaï
de 1 ,000 a 1 ,2 .in pieds

11a, du Dnieper et du Don; tout le j I\i\s i un ert a tous les ents. ,.

ha.ssin de l'Oka et (lèses ri\ ières tri- 1 'I enipéralure moy enne à 5.
En 1701 , thermomètre sous zéro Rruirll/de la /1 > Ussie biliaires; tout
le bassin oeridental du pendant 177 jours, à Moscou. , aver ecux du
Molnga, et de 1 Froids ext rénies momentanés. Moscou .>0 degre.s. A
Saratol , le c<"',a Sura , jusqu à Saratol'. j février iSo.i, le mercure
devint malléable.

Limites à l'ouest , la Bérésma et le Le Volga , pi Xi j é orod , gèle le
2.") nov -mbre, décelé le .i avril. I a il. a' >0 [)i]i, per; au sud,
l'escarpement des Idem , près Ka/an , gele le 1< r no\ einbre décelé le
'i j a\ ni Longil. ao >t depuis les chutes du Dnieper ! L'Oka , près
Orel. gcle le 25 nn\eiiil>re décèle le a.j niar».

Iiisfpi' Tzaritzin Seigle , nrge etc.

, VIII et 1\ 1 Le renne disparaît. q uanj.:rr t 'TITI et 1\ Le rcnnl'
di"par;II, l

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Suile dit Tableau des fictions phy. i<,urs de l'Europe.

BhOlOJS PHYSIQUES. COKTREES Y COMPRISES. CARACTERES PHYSIQUES.

- La plaine qui s'étend entre les Plaines sablonneuses , argileuses ,
imprégnées de sel , plus élevées pieds due montagnes d'Oural et le dans
la deuxième subdivision.

Caucase, arrosée par le bas Oural, Montagnes de la Tauride, isolées danf
cette région.

VU. le bas Volga, le Kouma, le Manytch) Le .Volga gèle.pendant deux mois.

et qui ensuite forme la partie basse , Mer d Azof gèle en entier.

Région des plaines des bassins du Don, du Donetz, du Maximum du froid à
Astrakhan— 23, 7 ( Y oyez Lpsal .).

scythiques. Dnieper jusqu'au Dniester. Idem de chaleur +3f)
Subdivisions: Maximum de froid à Odessa 31 en 1800.

Latit. 51-43 1. Plaine Caspienne. Température moyenne , probablement +
7, 5.

1 Longit. o - o 2. Plaine Politique. Débordemens du Volga sans
fertiliser le sol.

3. Tauride, appendice très-dis- Disettes d'arbres et de céréales,
augmentant ,ers 1 est.

tincte, formant une région excep- Sol limoneux, et fertile au bord des
fleuves.

tionnellc. BÅ“ufs , chevaux. Au midi, le chameau.

i__ — — La Silésie, les pays entre l'Oder et Plaine argilo-sahlonncllse,
humide et fertile.

la Dvina, toute la Pologne propre, la Niveau des bords de la Tistule;
Varsovie, 5, 8 pieds.

Prusse propre et la Lithuanie, jus- Plateau de la Prit-sc orientale,
éle, é de 600 pieds.

qu'au partage des eaux entre la Vis- Partage des eaux entre la mer Noire
et la Baltique dans une plaine Vil). Iule cl le N iemen, d'un eôlé, le
Dnie-1 très-basse. (,ii scit., c(intr.~ i'(~ ( 1 (, l~t d i rectioit ( I
ii Dni(I p el'

per et le Dniester de l'aul re côté , cl La Volhynie s cicimit en sens
contraire de la direction Dniepcr.

lii'iiioit drs plaines encore au-delà de cette lijrnc les ma- Rivières
trcs-eneaissccs en cou aiiMtis la iiki j-"111 • ,'(/Il,'IlÙ/I/CS. rais
île Polésie et les plaines de Vol-i remperature iuo\ enne à Varsoyje+),
- , a Vilna + S, l.ynie, de Podolie , «le Kimie jusqu'àMaximum du froid
à VarsoA.e— ):¡, j..

1 it (lu au iM.rd de la 111er TIallHluc, et Louait. ,t)_Sa Dnieper à ses
cataractes. jusqu'à l'escarpement de la plaine ,olhynique >0 Ks steppes
forez Rége ions VI, VII, XIII. politiques , vers h. sLeppes Des milliers
de pet ils lacs , vers la Baltique, a uo lieues de 5cS ri) iges.

,. !l - -

------------------------------------------------------------------------

iu.i.!•>><; NliMyi eevn;i.;'s v ( ( \i, u ilues vuv.-ion:S.

Le bassin «lu Uhin , depuis Cu- Plaines argileuses bordées de tourbières.

le Jtilland. Dans le Mecl, I. lande, toute l\\lieuiagne septent rio-
(imi pieds.

nale, au nord tI,., montagnes dll Toutes les céréales. Forêts jusqu'à 5
(lu io lieues de It iner (I'Alle^des plaines Harz ; les cniilriVs entre
1 Elbe et magne.

cimbro - germa- l'Oder, le Jutland a\ee les iles du- Vents de nord-ouest
dominans et nuisibles au\ grands végétaux.

(1t, la Baltique. Bruyères dans les plaines hautes. Fertilité extrême
dans les marsches ou terres d'allm ion.

I.a!.5o'' /a — 5" 1 j Température nu i\enne : à lu uxelles -j- J 0, 5; a
La Haye 9,8; à j] oi)o I) -31 Berlin 8, •». ; à Copenhague 7, G.

1 Grand s froids i o 1 ; a Franccker 14; a Berlin i -i, <i ; à
Copenhague 1 1 , <-)â– 

V Subdivisions: Montagnes de ,OOU pieds au nord-ouest.

1. Plaine d .-inglcterre. Pla ines l'a lea i res au sud. Lacs en Eeosse.
Marais mouvans en Irlande.

a. Montagnes (\tmbri</a< s. i empéi ahn e moyenne : a Londres io, 1
(Réaumur), a Dublin {(s 1 ,. (s •> ftéqiQii centrale des co llities
IJritiwniques. Drrbv à lidinboing. Mo\enne des -rands froids à Lnndrcs—
5, 6.

et (toux en Irlande, lin ers LI!. SII-CI ..IJulllctp,llCS
C<lI¿do1/z'mn«'s. U¡JII;\I \;ri;tl,k l'arilluf , trl'-Illllllide cf
duux. CIl Irbnlle, Hiyers ', -•-■"g. 1(^ ,, r,. friande. incertains. 1.

- < ) 11 doit encore y comprendre les (('n'aies, forêts, comme la région
IX au nord, et au midi comme îles /'•eut , à (h degrés lal. la région \I\

! 1 [a)( i ~n !

1 G

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Suite du Tableau des Rigiolls physiques de l'Europe.

RLC.inrsS PHYSIQUES. COl'TnÉES Y COMPRISES. CARACTÈRES PHYSIQUES.

Les monts et plateaux du Wester- Elévation des Sudètes 5,ooo pieds, les
Karpathes 8,000 pieds, les wald, vis-à-vis Coblentz, ceux de la Alpes
daciennes 9,000 pieds.

Hesse du Harz, de la Thuringe, de Plateaux de Saxe 600 pieds, de Bohème
1,200 pieds, de la haute la Franconie , la Saxe électorale , les Hongrie
et de la Transylvanie 1,900 pieds.

Sudètes, la haute Silésie, la Moravie, Forêts humides. Rivières
nombreuses. Peu de lacs.

\i les Karpatlies avec une partie de la Grands froids à Lemberg 22 à 28;
à Prague -;- 1 7, 2 (Réaumur ).

Galicie, de la haute Hongrie et de la Température à Prague, + 9 , 7.
Elle va en refroidissant à l'est.

! Région Hevcvnio- Transylvanie. Vigne végète dans les expositions
abritées jusqu'au 51" degré i Karvathienne. Subdivisions : Avoine, seule
cerealc dans les Karpatlies.

î. Région Hercynienne propre : les Pinus cembra et punnlio , derniers
arbustes.

Lal.46—-r'2- Pays inontueux de Franconie, du I Lmgit.25—ft- Harz, etc.
2. Régio/l des monts. Sudètes: la Bohème , la Moravie. 3. Régiofl des
monts A arpathes : la haute Hongrie. 4. Région des monts Daviens ou la
Transylvanie.

1 L'Autriebeinférieure, presque toute Chaînes avancées des Alpes et des
Karpatlies dans la ire subdivision.

la li"iig' rie, la Bosnie et a Serv ie en Deux détroits terrestres ou
étranglemens de vallée 10 au nord de II partie,la Bul g rie, la Yalaehie
, la # Bude; 2" près d' Orsova. I Molda\ ie , Bessarabie. Élévation de
Vienne 478 pieds; de Scmlin 290 pieds.

XII. Subdivisions : Plaines à perte de ne, salines et hilumincllscs,
dans la IlO subdi1. iMaines tlll n:lllll!'l' 111"1. v ision.

!i/' ¡'Ill des l'ttlh'i'-i 2. Plaine> <!u bas Danube. Marais immenses le
long du bas Danube.

({ilIlUlu'!'JlJu'S, Collines du pem liant méridional Température imyenne
: de Vienne io, 3; de Bude 10, 6, a des Karpatlies. Galatch ( en Moldav
ie ) 8,9.

LaI, tS [A—j,', Í Id du penchant septentrionalde Chaleurs extrêmes dans
les plaines de la Hongrie. Froide vifs en Lonu ,it - 7 I Hennis, et(
Bosnie sur la pente mu d. Vents froids de Russie en Moldavie. Le i .i.
ld. du penchant oriental des bas Danube gelc longtemps. içncs , lroment
sur les collines.

t ,- -- "- ,.r.-.f l'roiiieiit sur Ics collines,

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r.i:c,n»s IMIVSHVHTS. CO>TREE« Y COMPRISES. .n.v.,,-v.

Elévation générale des montagnes il*" ic> ;t i5,ooo pieds.

i. L.-llpine propre: les Alpes, avec Plaleau\ de Bav ilTe. de Soiiabe,
12 à i,5oo pieds, de Piémonl, les plus hautes vallées (elles que la
1,000 pieds, du Viennois , idem.

Sa\ oie, le Valais, lTri, les Grisons, Plaine de la Lombardie, 200
pieds. Lacs nombreux an nord-ouest et le Tyroi, cle. , etc. au sud-est
des Alpes.

XII1 2."La Subalpine germanique ou du Température moyenne de la région
Alpi_ne : à Berne9 , .f ; a nord: Berne Zurich , liante Souabc. Zurich 8
, S ; à Gcnève c). (>.

/Itgion de A Jlpes. Bavière, haute Autriche, Stn-ie. Idem de la
Subalpine du nord : à Balisbonne delà Subalpine '■>. La Subalpine
italienne ou du sud- de l'ouest : à Dijon -f- 1 1 , 2 à Vienne + 12, J;
a Marseille, 15; Lati!. ^3 — 49 est : toute la vallée du Pô , de l'Adige
, de la Subalpine du sud-est : à Milan -j- 1 .^>, 2 Les lagunes de
Longil. 2ii — 3} de la Pia\ e etc. Venise gèlent quelquefois 4. La
.¡l''¡/pin(' f,.an\'çÚ'c ou du Productions de tous \.os clilll;¡h
t'llropéclls, slIr la pente merntionate, sud-ouest : tous les bassins de
Saône, selon les niveaux, flore de Laponie sur les sommets: palmiers aux
Rhône, Durance, Gard, Hérault, etc. bords de la mer.

( France rhodanit/ue. ) La Subalpine german ique, moins abaissée el
exposée au nord, atteint à peine le véritable climat de la v igné.

I Les bassins de la Seine , de la Loire Le sommet de la région odYc un
plateau elevé de 1 •> a 1,Son pieds, , et de la Garonne avec toutes
leurs couronné de montagnes volcaniques de :» a G,000 pieds.

! ri v ières secondaires et intermé- Le re-te de la région est en
plaines, avec des bailleurs et dis collines \1Y jdiaircs. peu
considérables. Peu de lacs. Riv ieres peu profondes.

''* I Subdivisions : Température movenne , région séquanique : à
Paris-f- 10 , (>: a Laon /é'' i;. de la L'rauet 1. la (W •eniiit/ue. -]-
,v; , région armoricaine : a Saint-Malo 1 Nantes 11 , f>.

oeniiiit/ue. 2. La Garw/mii/ue. régdon garumniqee : Bordeaux , 1 , G ;
mais oans la région cen1 ! La Ligerieime centrale Irale a .JG degrés;
Germon I + 10 à i.^bo pieds <| élévation Lai. '+■! j - 1.) - 2.» j L'
Irmorieaine. absolue.

Long. I?» — ;" La S,:<putnù/ue. La température moyenne du mois le plus
froid est a -nbordi eaux -f1(>. La Jura-Pogésique. > o: a Nantes-f- /> ,
i) ; a (.lcrniont - 2 , 2.

La vi^r.e passe {f) degrés, mais fuit la proximité de la nier. Laurier
en pleine terre à brest. Froment jusqu'à :{,{¡UO pieds d éleva1 ion.

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Suite du Tableau des Régions physiques de l'Euvope.

LÉGION PHYSIQUES. COKTREES Y COMPRISES. CARACTERES PHYSIQUES.

Les montagnes de la Dalmatie, de Elévation des montagnes, généralement
inconnue la Macédoine, de la Romanie, avec La neige tombe quelquefois au
milieu de l'été sur l'IIémus, et même X V. toutes les presqu'iles et les
îles de la dans l'île d'Andros.

Grèce, y compris la Crète. Vent d'est frais et salubre. Vent du sud et
du sud-est malsain dans L„ é.gi. on du mollt Subdivisions : beaucoup de
localités.

J/eflllts et de l'Ar- 1 La J/émiqlte, jusqu'à l'Acius. Oliviers,
orangers, myrtes, au sud du mont Hémus. Vignes sur le chipel. i. L
Albanique, y compris la Dal- rivage de la mer.

matie. Climat variant de canton à canton.

Lafil. 35-43 3. La Pilldo-lléliconienne. Constantinople, placée entre le
Taurus et l'IIémus, a l'hiver plus Longil. 03 —46 4. Le Peloponese. rude
que Venise.

5. Les Cyclades.

6. Crète.

L état de Gênes, la Toscane, l'état Dans la Péninsule, les penchans nord
et est des Apennins sont xvi. de 5 Naples, la Sicile avec sensiblement
plus froids que les penchans ouest et sud.

/icgiou des monts ivt a î ic■ aidaigne et laCoise. Rome, température
moyenne, + I,. Mois le plus froid+ v A JCllllillS. 1. La lImsule i^P^nm"
)■ 5, 7 j a peu près comme Montpellier.

1 ins. 2. La SicIle ( Ftl/fl). (,halcllrs ('xlraurdillalft'S causees par
le sirocco.

Sai ilaigue et Corc ( /hiti-J/ien- Vapeurs malsaines en Sardaigne, aux
marais Pontins, etc., etc.

l.iiiil..(G — 44 '/» nui). A ignés comme a la régic>n XV. Canne a sucre,
en Calabre, en

Sicile.

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r.i'r. !<>>•< nivsiorrs. contre es y comprises. 1 "n.,. ""-'X---' 1— L
Espagne et le l'm lngal. ^Montagnes peu inférieures nu\ Alpes.

le l~ w,».*,., | | i. Région d'Ebro un de I Elire Neige éternelle sur
les 1\ rénées , la Sierra JN'cvada el Pcnlala, stlr VII. ( Ihii'ui ).
les monts d Europe, en (ialice.

2. Région des montagnes Acté- Humidité extrême sur les entes nord.
Aridité du plateau central.

Région de lu 1 emn- iiennes, etc. (C antuhrui). Salubrité particulière
de alcnce et Murcie, grâce ail\. expo,isulc hispanique. 3. Région du
Duero (DurialllL). liolls orientales.

r j, (J 4. Région du plateau central ( Cel- Les froids les plus vifs :
au pied des Pyrénées-ô; à Madrid — 3 ; yrén é es - 6 't Ma(t ri( l
Latit. <■, ) 1 j ti.hrna). à Cadiz+7. Les chaleurs : dans les Asturies
-j- i -\ ; à Madrid Longit. 8 - u 1 5. Région du bas Tage ( Lusi- -j- 27
; à Cadiz -j- 3i.

tania). Lisbonne, température muyenne + JO, :J.

(>. Ré^ gion du (juadalquivir ( Uœ- La fièvre jaune 11e monte pas
au-delà du niveau de 600 pieds.

tica ).

Remarque générale Nous avons cherche t déterminer les 17 régions d'après
une combinaison de tous les caractères physiques , à l'instar des
familles votanÙ/lles

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TABLEAU des températures moyennes centigrades de quelques points de
l'Europe, par mois, saisons et années (1).

BIDE. ROME. PALERME.

Jamier. - -W'J -'54 + >9» + 2 99 + ;il7 2 69 + 7*8 +'"7 Mars. 48 1 u 5
95 6 i4 5 86 4 •! '» 7' » -- -----.------M.48 267 32) 4 J'l 2 R') 094 +
065 ::; T8 1078 ni + 4 55 + 5 7 8° 1 4G 9 74 7 58 9 h3 i3 71 i + 5i
\':\\ril. + .55 + 58) 780 1046 974 758 gG3 d'II 1451 Mai. 9 55 11 63
1195 '3 (><> 1675 i5 3o 18.17 18 1 1 >7 7* Juin >4 5 1680 i5 16 iG G4
l'j uG 1635 2019 58 2048 Juillet .707 >8 3o 1666 1798 1772 1868 2182
2018 2238 Aoi.l i5 70 ,6 68 16 46 17 3r, 14 7? 1843 2201 22 88 2318
Septembre.. 10 97 14 28 i3 54 10 la 10 85 14 14 1 77 'r °1 21 57
Octobre. 6 <3 8 65 9 09 10 o3 15 01 9 60 11 01 ib 77 19 77 Novembre.. o
08 3 28 4 99 6 18 5o 3 58 -f 69 12 07 15 57 Décembre.. - 3 y5 - 1 20 2
57 277 2 22 - 1 21 o 00 8 48 12 30 , , + 2 oS - 1 i5 - 0 85 + Í 95 + n
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LIVRE CINQUANTIÈME.

SUITE de la Description de l'Europe. -Considérations générales sur la
géographie politique de l'Europe. — Nations classées par langues et par
religions. —Divisions politiques, gouvernemens, population, etc.

LEs origines des peuples européens exigeraient un ouvrage particulier,
tant ce sujet intéressant a fait naître de systèmes savans ou ingénieux,
et tant ces diverses opinions laissent encore subsister de difficultés,
dont quelques unes sont peut-être insolubles, parce que l'incurie a
laissé périr les monumens. Mais, sans entrer ici dans des discussions
sur lesquelles nous essaierons de jeter quelque jour dans nos
descriptions spéciales, réunissons dans un tableau général les faits qui
nous paraissent le moins susceptibles de controverse (i).

Rappelons d'abord quelques principes déjà indiqués dans l'Histoire de la
Géographie. Les noms généraux, donnés aux peuples européens par les.
Grecs et les Romains, sont aussi vagues et aussi insignifians que les
termes d'Indiens chez nos voyageurs, ou de Tatars chez nos orientalistes.

Il faut interpréter les témoignages des anciens par les langues, seuls
monumens authentiques. Les noms de fleuves et de montagnes sont des
témoignages authentiques lorsqu'on peut en fixer l'époque. Il faut bien
se garder de la prétention de faire remonter à un centre unique tous les
élémens de la civilisation et tous les mouvemcns des peuples. Il ne faut
croire à des migrations des peuples que sur des preuves très-positives,
et dans les limites rigoureuses

(') Voyez. > pour une classification plus rigoureuse cL plus complète,
le Tableau des nations et des tangues, ci-après.

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qui résultent de ces preuves. Les migrations des -hordes asiatiques
n'ont que peu changé la population, et moins encore les langues ; quant
aux migrations des nations européennes , ce sont plutôt des expéditions
d'armées conquérantes; elles ont formé des castes et modifié les
langues; mais le fond des populations reste le même. Il ne faut chercher
ni en Asie ni en Éthiopie des origines obscures qui font négliger les
faits certains et à notre portée. Il y a eu dans toute l'Europe,
notamment parmi les Turdetani, parmi les Celtes, parmi les Scandinaves,
parmi les Etrusques, des foyers de civilisation contemporains de la
civilisation primitive des Hellènes. La plupart des nations anciennes et
notamment les Etrusques, les Thraces, les Scythes, étaient composées de
castes, ou d'une tribu dominante ayant sous elle des tribus vassales,
souvent de race très-différente. Des langues sacerdotales, sorties des
temples, ont régularisé les idiomes sauvages de l'Europe primitive. Les
castes sacerdotales communiquaient entre elles à de grandes distances.
Avant ces faits historiques reconnaissables, il existait un chaos
indéfinissable de petites tribus, et même de simples familles, qui
s'avançaient, s'arrêtaient, se chassaient, se mélangeaient au gré de
leurs besoins et de leurs caprices. Il nous reste de cette époque
quelques faits inexplicables, tels que des rapports isolés de racines,
de formes grammaticales, de noms même. On ne doit ni systématiser ces
faits obscurs, ni les dédaigner.

Les langues européennes se divisent en deux grandes classes : il celles
qui se ressemblent entre elles, et qui toutes ont des rapports avec le
samscrit et le persan ; 2° celles qui ne présentent guère ces traits de
ressemblance. Dans la première classe, on distingue le grec et en partie
le latin, l'esclavon avec ses branches, les langues germanique et
Scandinave ; dans la seconde, se trouvent le ifnnois, le celte et le
basque. Cette différence radicale indique-t-elle deux ■#r

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invasions différentes de peuples asiatiques ? N'indique-t-elle que deux
époques de civilisation? c'est ce que nous n'entreprendrons pas de
discuter.

Dix familles distinctes de peuples existent encore en Europe ; mais ce
sont en partie les plus anciennes qui ont conservé le moins de force
numérique, comme dans une forêt les vieux chênes dépérissent, tandis que
leurs rejetons plus jeunes étalent au loin de nombreux rameaux.

On pourrait même un jour réduire ces dix familles à cinq ou six.

Les Grecs, dont les Pélasges (Pelasgi) étaient une trèsancienne branche,
après avoir peuplé de leurs colonies la plupart des rivages de la
Méditerranée, ne vivent plus que dans quelques provinces de la Turquie,
principalement dans les îles de l'Archipel et dans le Péloponèse. La
langue grecque moderne est une fille de l'ancienne, dont les traits,
quoique altérés par le malheur et l'esclavage, charment encore jusqu'à
ses barbares oppresseurs.

Les Albanais sont les restes des anciens Illjriens qui se mêlèrent
d'abord avec des Grecs-Pélasges, et plus tard, avec des Grecs modernes,
mélange qui a pourtant laissé subsister assez d'élémens de leur ancienne
langue pour y reconnaître quelque parenté avec le germanique, avec
lesclavon, et au total un caractère européen. Il ne reste aucune trace
distincte de la race particulière qui est censée avoir habité la Thrace
et les pays voisins du Danube; peutêtre n'était-ce qu'une réunion de
peuples de diverses familles, surtout phrygiennes, slavonnes, celtiques
et pélasgiques; peut-être aussi la langue thracique, proprement dite,
était-elle la souche commune du phrygien, du grec, de l'illyrien,
peut-être du dace ou dake. C'est vers la Thrace, le mont Hémus, le bas
Danube, que remontent les plus anciennes origines reconnaissables des
peuples européens ; mais les indices se confondent dès qu'on veut traverser

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l'Asie mineure, ou faire par le nord le tour du Pont-Euxin.

Les Turcs, envahisseurs modernes de la Grèce, appartiennent à la même
race que les Tatars, disséminés en Russie depuis la Crimée jusqu'à
Kazan, et dont une colonie s'est établie en Lithuanie. Étrangère à
l'Europe, ou du moins n'y ayant occupé anciennement que les régions
ouraliennes extrêmes, au nord de la mer Caspienne, cette race y est
aujourd'hui domiciliée , et probablement établie pour des siècles. Mais
les Turcs se sont incorporé un grand nombre de familles grecques, et une
partie des anciennes nations, tant d'Asie mineure que de la Thrace. Les
Turcomans, dont une branche est établie en Macédoine, ont conservé leur
sang asiatique sans mélange.

En nous portant vers le nord-est de l'Europe, nous distinguons deux
grandes familles de nations et de langues, probablement indigènes depuis
des milliers d'années, quoique les noms de Slaves et de Finnois n'aient
pas frappé les oreilles dédaigneuses des Grecs et des Romains. Ces deux
races populeuses ont occupé, dès les premières lueurs de l'histoire,
tous les pays compris sous les noms vagues et en partie chimériques de
Scythia et de Sarmatia, car tous les noms topographiques de ces pays
viennent du slave n ou du finnois, excepté quelques uns, en petit
nombre, qui sont dus à l'empire momentané des Scythes, des Sarmates, des
Ostrogoths, des Huns, successivement conquérans et dominateurs de ces
vastes plaines. Il est probable que les Scythes-royaux, tribu mède,
dominaient sur des tribus finnoises et slavonnes qui formaient les
castes d'agriculteurs et de pasteurs. Les Sarmates paraissent une horde
mongole ou tatare, mêlée avec les Scythes et leurs vassaux; les Huns
étaient une autre tribu mongole ou tatare; l'une et l'autre venant des
bords du Volga et de la mer Caspienne. A la même époque où ils se
montfent dans ces lieux, les bords du Dnieper et de la Vistule étaient déjà

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peuples de nations slavonnes et finnoises. C'est un point incontestable
auquel nos lecteurs doivent tenir.

Les nations slavonnes se divisent, d'après leurs idiomes, en trois
branches: 1° les Slavons orientaux, comprenant les Russes, mélange de
Roxelans, de Slaves, et de Scandinaves; les Rousniaques en Galicie, les
Slavons danubiens ou Serviens, Esclavons, Croates et autres; les
soi-disant Wendes d'Autriche; 2° les Slavons occidentaux, composés des
Polonais, des Bohèmes ou TeUkhes, des Slovaques de Hongrie, des Sorabes
ou Serbes dans la Lusace ; 3° les Slavons septentrionaux ou les Veiwdi
des Romains,. les Wendes des anciens Scandinaves, grande race plus
anciennement civilisée, mais aussi plus anciennement mélangée que les
deux autres : elle comprend les restes des Wendes germaniques, tels que
Polabes, Obotrites et Rugiens, fondus avec les - Allemands leurs
vainqueurs; les Poméraniens, entre autres les Kassubes, subjugués par
les Polonais, les anciens Prussiens, Prutzi ou Pruczi, exterminés ou
réduits en esclavage par les chevaliers teutons ; enfin, les Lithuaniens
ou Lettons, seule branche qui ait conservé un reste de .son ancienne
langue, quoique mêlée de scandinave et de finnois (1).

C1) Suivant M. C. Fréd. Watspn, les Leties ou Lettons étaient le
résultat d'un mélange de Slaves et de Germains : leur langue était un
composé de celles de ces deux peuples. Au XIIe siècle, les chevaliers de
l'ordre teutonique firent de vains efforts pour abolir dans la Prusse
ido- lâtre l'idiome national en y substituant la langue allemande. Avant
l'arrivée de ces conquérans, on comprenait sous le nom de Lettes 1° les
Lettes , proprement dits ; 2° les Lithuaniens qui , au XIVe siècle,
devinrent la principale nation slave; 30 les Schamaïtes, que l'on appela
aussi Samous; 4° les Kriwitsches , nommés aussi Kriwetans ; 50 les
Kuhres ou Kouhres; 6° les Jacwingiens ; 70 enfin les Prussiens ou
Prutzi, proprement dits. Ces différentes nations formaient une
population de plus de il millions d'individus. Sous les rois Jagellons,
la Lithuanie ayant été réunie à la Pologne, et différens. peuples du
nord s'étant jetés sur les contrées habitées par les Lettes, la langue
de ceux-ci éprouva de grands changemens : de là les mots et les
tournures gothiques, islandaises et fin-

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Les Valciques, dans l'ancienne Dacie et les pays voisins, sont un
mélange d'anciens Gètes, de Slavons et de Romains; aussi pourrait-on
avec quelque raison compter la langue valaque parmi les filles du latin.

Les Bulgares sont une tribu tatare venue des environs de Kazan, où
peut-être elle dominait sur des vassaux finnois; arrivée au pied du mont
Hémus, elle s'est mêlée avec des Slavons danubiens, dont elle a en
partie adopté la langue.

Les Finnois, que Tacite a désignés sous le nom de Fenni, et Strabon sous
celui de Zoumi (1), errent probablement depuis un temps immémorial dans
toute la plaine orientale de 1 Europe, et quelques unes de leurs tribus,
peut-être mélangées , ont été comprises par les Grecs parmi les Scythes
d'Europe. Leurs restes ont été repoussés par l'accroissement immense de
la famille slavonne vers le nord et l'est. Les Lapons, probablement
mêlés de Huns ; les Finnois propres en Finlande; les Esthes, les Lives
ou Livoniens anciens, les Penniens ou Biarmiens, mêlés de Scandinaves,
particulièrement de Norvégiens, qui au Xe siècle fondèrent parmi eux un
état puissant ; enfin les Hongrois ou Magyars, mélange de tribus
finnoises et turques, dominé par des Persans ou Boukhares : telles nous
paraissent les branches avérées de la race finnoise que les Russes
nomment Tchoude. Sans doute on peut avec quelque raison en détacher les
Hongrois, en les classant à part comme un peuple mixte, quoique
très-ancien.

Les Samoiêdes, les Siriaines, les Tchérémisses, les Mordoins, paraissent
être des tribus nomades venues d'Asie,

landaises que l'on y remarque aujourd'hui. Ainsi, en Prusse, la langue
lette comprend '/3 du dialecte slave, '/3 du gothique, '/6 du finlandais
, et '/6 de l'allemand ; en Lithuanie, elle se compose de l/z du russe,
%/z du polonais, et de '/3 des dialectes gothique, finlandais et
allemand ; en Courlande et en Livonie , elle s'est conservée plus pure :
elle a environ du slave, 1/6 du gothique, 1/6 du finlandais, et 1/6 de
l'allemand. J. H.

(1) Suome est leur nom dans leur propre langue.

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et qui, subjuguées tour à tour par les Bulgares, les Hongrois et les
Permiens, ont adopté des mots de plusieurs langues, de sorte que leur
origine est devenue incertaine.

A l'ouest des Slavons et des Finnois, dans le centre et le nord de
l'Europe, demeurent les nations de la famille teutonique. Les Allemands,
les Scandinaves et les Anglais, sont les trois principales divisions
politiques; mais il est nécessaire, sous le rapport de la langue, de
subdiviser les Allemands en deux branches, celle des montagnes ou du
midi, et celle des plaines ou du nord. Les durs et rauques dialectes du
haut allemand embrassent la Suisse, la Souabe avec XAlsacey la Bavière,
les États autrichiens, la Silésie et la Transylvanie; les idiomes plus
doux et plus flexibles du bas allemand, se subdivisent de nouveau et
très-distinctement en hollandais etjlamand, restes de l'ancien belge,
enfrison, répandu du Zuyderzée jusque dans le Sleswick, et en bas ou
viellX saxon, parlé depuis la Westphalie et le Holstein jusque dans la
Prusse orientale. Enfin, entre ces deux variétés de l'allemand,
presqu'aussi différentes entre elles que l'italien et le français, on
trouve les idiomes de la Saxe proprement dite, de la Franconie, et de la
classe supérieure en Livonie et Esthonie, idiomes qui tiennent au haut
allemand par la forme des mots, et au bas allemand par la douceur de la
prononciation.

Les nations scandinaves, divisées en Suédois, Goths, Norvégiens, Danois
et Jutlandais, forment une famille très-anciennement séparée et
parfaitement distincte des nations allemandes, parmi lesquelles
cependant les Hollandais, les Frisons et les bas Saxons s'en
rapprochent(l). Les

(0 M. R. Rask, professeur de littérature à Copenhague, tlonne dans sa
Grammaire de la langue frise, publiée en 1825, un tableau raisonné de
cet ancien idiome. Il prouve, contre l'assertion de Wiarda, que cette
langue diffère à la fois de Y anglo-saxon et du bas allemand (plaît
deutsch), quoiqu'elle appartienne à la même branche du tronc des lan
gues germaniques. J- H.

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restes de l'ancien Scandinave, tel qu'il était au IXe siècle, subsistent
dans le dalecarlien, dans le vieux norvégien des vallées des Dofrines,
dans l'islandais, avec le dialecte des Fœroe et l'idiome appelé norsc
des îles Shetland. Les deux langues, ou pour mieux dire dialectes
modernes, le suédois qui règne en Suède sur les côtes de Finlande, et le
danois qu'on parle aussi dans la Norvège, sont également des branches de
l'ancien Scandinave, mais appauvries, adoucies et affaiblies par la
civilisation. Un troisième dialecte, le jllt/wulais, conserve encore des
traces de l'ancien anglo-saxon, qui s'y est mêlé à l'ancien Scandinave.

Les Anglais et les bas Écossais ne sont que des colonies successives de
Belges, de Saxons , d'Anglo-Saxons, de Jutlandais et de Scandinaves,
dont les dialectes, naturellement fondus ensemble, produisirent le vieux
anglais ou l'anglodano-saxon, langue qui fut corrompue par
l'introduction violente d'une foule de locutions latines francisées,
apportées par les Normands ; s'étant depuis de nouveau reformée et
rapprochée de son origine, elle est devenue l'anglais moderne ; mais il
existe dans le Suffolk, l'Yorkshire et la basse Écosse, d'anciens
dialectes plus rapprochés des langues teutoniques.

L'occident et le midi de l'Europe sont aujourd'hui le domaine des
langues romaniques ou dérivées du latin; mais il faut d'abord y
remarquer les restes des anciennes nations et langues opprimées et
subjuguées. Il ne reste aucune trace distincte des Étrusques, des
Ausoniens, des Osques, et d'autres peuples, soit indigènes, soit
anciennement établis en Italie. Les noms des Celtes et des Ibériens ont
également disparu dans la France, l'Espagne et les îles Britanniques;
mais il y reste, sous d'autres dénominations, des monumens vivans de ces
antiques et grandes nations.

Les Basques, resserrés aux pieds des Pyrénées occiden-

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taies, conservent une langue des plus originales et des plus mémorables
de notre partie du monde; il paraît maintenant prouvé que cette langue
est un reste authentique de la langue générale de l'Ibérie, c'est-à-dire
de l'Espagne orientale et méridionale; elle régnait ainsi sur la Gaule
aquitanique (0.

Les Celtes sont une des races primitives européennes les plus répandues.
L'histoire la plus ancienne de l'Europe nous les. montre établis le long
des Alpes et à travers toute la Gaule, d'où ils ont émigré, à une époque
trèsreculée, dans les parties centrales et occidentales de l'Espagne ,
ainsi que dans les îles Britanniques. Des migrations postérieures en
firent refluer les essaims sur l'Italie, la Thrace, et même l'Asie
mineure. Il en reste une branche très-ancienne, les Hiberniens ou
Irlandais indigènes, dont, selon quelques uns, les hauts Ecossais sont
une colonie, La langue erse ou gaélique est le seul morwment authentique
de l'ancienne langue celtique; mais on sent qu'une nation aussi
répandue, aussi vagabonde, a pu s'incorporer plusieurs peuples, parlant
peut-être des idiomes aujourd'hui éteints.

Les anciens Belges étaient, à une époque quelconque de leur histoire, un
peuple mixte de Celtes et de Germains;

(1) Dans son savant travail intitulé: Pmfuiig der untersuchuiigen liber
die urbetvohnerllispaiziensvermittelst der vaskischeiisprache, M.
Guillaume de Humboldt a prouvé que la langue basque paraît avoir quelque
affinité avec les idiomes sémitiques, et, sous certains points de vue,
quelque analogie avec les langues américaines. M. Klaproth a retrouvé
aussi dans le basque un grand nombre de formes qui appartiennent aux.

parties septentrionales et occidentales de l'Asie. M. G. de Huinboldt a
reconnu que les idiomes des différens peuples anciens qui habitaient la
péninsule hispanique, les Gaules méridionales, quelques parties de
l'Italie et les trois grandes îles de la Méditerranée appartenaient à la
langue ibérienne, que l'on retrouve encore dans le basque. ( Voyez
ci-après le Tableau synoptique des peuples , et le Tableau des langues
de l'Europe dont nous donnons l'extrait d'après l'Atlas ethnographique
du Globe par M.A. Balbi.) J. H.

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on pourrait même soutenir avec avantage que dans leur origine ils
n'étaient que Germains. Ayant conquis une partie de l'Angleterre et de
l'Irlande, ils s'y mélèrent avec les Celtes purs ; les uns et les autres
furent repoussés par les Anglo-Saxons dans le pays de Galles, dans le
Cumberland et le Cornouailles, d'où une partie retourna sur le continent
et peupla la basse Bretagne. La langue galloise, encore vivante, est un
débris de la langue des Belges, débris très-différent de ce qui reste
des Celtes véritables.

Plus moderne ,vl'idiome bas-breton est encore d'une nature plus mixte.
Les Gallois appellent leur langue le kumraigh ou Áymri, d'où les auteurs
latins du moyen âge ont tiré le nom de Cambriens ; mais c'est sans
raisons suffisantes que quelques systèmes ethnographiques en font des
Cimbres.

Telles sont les trois anciennes races indigènes de l'occident de
l'Europe. Les Romains y ont porté leur langue, surtout le dialecte
populaire, la romana rustica, qui, en se mêlant avec les langues
indigènes, dut de très-bonne heure produire des idiomes provinciaux,
quoique le latin classique régnât dans les villes et dans l'église.
L'irruption des peuples du nord, tous ou presque tous de la race
teutonique, introduisit un nouveau mélange, et surtout une nouvelle
grammaire, dans les dialectes latino-gaulois et latino-ibériens. La
langue romance, préparée depuis des siècles, parut presqu au même
instant dans tout l'occident romain. De là sortirent l'italien, avec ses
dialectes lombard, 'vénitien, sicilien et autres; le provençal, la
langue d'oc ou occitanique, le limousin et le catalan, qui sont des
branches directes de l'ancien romance; le français, dont quelques
branches, telles que le wallon, le picard, ont dû exister bien des
siècles avant le nom français; l'espagnol, proprement dit, ou le
castillan et le gallicien, souche du portugais.

Cet aperçu des langues et des nations européennes ne

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nous montre au fond que trois grandes masses ethnographiques de notre
partie du monde : la romano-celtiqlle au sud et à l'ouest, la teutonique
au centre, au nord et au nord-ouest, la slavonne à l'est.

Les langues grecque, albanaise, turque et finnoise, dans l'Orient; les
langues basqlle, celte ou erse et kymrique ou galloise, ne sont que
secondaires aux yeux de l'arithmétique politique, quelque intéressantes
qu'elles soient pour l'historien. Car ces sept langues ne sont parlées
en Europe que par 25 à 3o millions d individus, tandis que les trois
grandes familles se partagent une population européenne de plus de 195
millions.

L'Europe renferme encore des restes d'Arabes, distingués dans l'île de
Candie sous le nom d'Abadiotes, confondus dans le midi de l'Espagne avec
la masse; elle compte encore au nombre de ses habitans, mais seulement
comme nomades, deux tribus des Kalmouks établis entre le Volga et le
Don. Nous pouvons encore regarder comme des restes de nations les Juifs,
tant errans que fixes, les Zigeunes ou Bohémiens, ancienne caste
indienne, et quelques autres races locales, plus ou moins traitées en
proscrites.

La religion chrétienne, dans ses diverses formes, est répandue sur la
presque totalité des Européens; l'église grecque ou orientale, qui
descend directement de l'ancienne église de l'empire d'Orient, règne sur
les Grecs, sur une partie des Albanais et des Bulgares, sur les
Serviens, les Esclavons, les Raatzes ( en Hongrie), les Croates, les
Dalmates, les Valaques, les Moldaves, et sur la puissante nation des
Russes. L'église grecque compte en Europe environ 5o millions de
membres. La religion grecqueunie, qui s'est séparée de l'église grecque
orientale, forme une faible appendice de l'église catholique. C'est dans
le midi, l'ouest et une partie du centre, que règne Xéglise

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latine qui se nomme elle-même catholique romaine ; l'Espagne , le
Portugal, l'Italie, plus des neuf-dixièmes de la France, les trois
quarts de l'Irlande, la Belgique, la moitié de l'Allemagne et de la
Suisse, les trois quarts de la Hongrie et de l'ancienne Pologne,
obéissent unanimement aux dogmes de l'église de Rome, et varient peu
dans leur soumission à l'autorité du pape ou souverain pontife ; cette
grande église compte même quelques membres en Angleterre, en Hollande,
en Turquie, et peut se glorifier de régner sur plus de 100 millions
d'Européens. L'église cvangélique ou protestante, répandue dans le nord,
est, conformément à son principe de liberté, divisée par quelques
nuances de doctrines, parmi lesquelles se distinguent le luthéranisme,
dominant dans les deux Saxes, le Wurtemberg, le Hanovre, la Hesse et
autres parties d'Allemagne ; dans toute la Scandinavie, dans les
provinces baltiques de la Russie, dans la Prusse et dans une portion de
l'empire d'Autriche; la religion réformée ou le calvinisme, répandue en
Suisse, dans l'Allemagne occidentale , en Hollande et en Ecosse ; le
système anglican, qui règne dans l'Angleterre, et qui opprime l'Irlande.
On trouve aussi des chrétiens évangéliques en France, en Hongrie, en
Transylvanie, et dans les vallées du Piémont. Outre ces trois grandes
divisions ecclésiastiques de l'Europe chrétienne, il est quelques
petites associations religieuses, séparées de la masse, telles que les
Sociniens en Transylvanie , les Quakers en Angleterre, les Anabaptistes
en Hollande, les Arméniens en Turquie, et d'autres, parmi lesquelles on
ne peut qu'improprement placer les Freres-Moraves ou Herrenhutiens,
distingués des Luthériens uniquement par leur discipline. En Ecosse,
principalement, se trouvent en grand nombre les COllBnJ., ganistes ou
Indépendans et les Presbytériens.

L'Europe non chrétienne comprend les Mahomclans,

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parmi lesquels les Turcs, les Tatars, les Bosniaques sont les principaux
peuples; les Idolâtres, qu'on ne trouve que vers les extrémités voisines
de l'Asie, et qui comprennent quelques Lapons, les Samoïèdes, les
Tchérémisses, les Vogouls, les Kalmouks, et trois à quatre autres tribus
nomades, diminuent de jour en jour ; enfin, les Juifs, répandus partout,
excepté en Norvège et en Espagne, mais nombreux uniquement en Pologne,
en Turquie, en Allemagne, en Hollande, en Alsace. Voici comment on
pourrait partager la population européenne d'après les religions ;

Catholiques rom. et grecs unis. 115,000,000 Chrétiens grecs orientaux.
53,5oo,ooo 1 Chrétiens -réfor- I més et de la con- J I fession d'Augs- I
[ bourg. 52,500,000 ï l , 45 V 5 219, .00.000 AA ng licans i3rr ,oQ
oo,ooo\ 0C 0,700,000 (>210.4/Jr Presbytériens.. 1,900,000 [ [ Chrétiens
des au- I I - très cultes pro- 1 1 testans. 2,500,000 ï I Chrétiens
arméniens 250,000 J Mahométans 5,700,0001 8,2.5 0,000 Juifs. 2,500,000
8,25o,ooo Idolâtres 250,000 ) Total 227,700,000

Les gouvernemens de l'Europe présentaient à l'époque de la révolution
française, une bien plus grande variété qu'aujourd'hui. Des républiques
florissantes, telles que la Hollande, Venise, Gênes, Raguse ; un empire
germanique, composé de plus de trois cents petites souverainetés
féodales, ecclésiastiques et municipales; un ordre souverain, militaire
et religieux, celui de Malte ou de

(0 Ce tableau, que nous avons dressé d'après des renseignemens qui
paraissent être authentiques, et d'après des calculs que nous avons
cherché à rendre exacts, ne peut cependant offrir que des résultats
approximatift. J. H.

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Saint-Jean-de-Jérusalem ; une grande monarchie élective , la Pologne :
voilà ce que le niveau des révolutions a fait disparaître. La
classification des Etats européens se réduit aujourd'hui à deux
principes dominans : le premier, c'est l'autorité d'un monarque absolu,
mais gouvernant d'après des lois fixes, avec un système d'impôts peu
variable ; le second, c'est l'autorité d'un monarque limitée par des
assemblées représentatives, principalement quant à la levée des impôts
et à la législation. Le premier principe domine dans l'est et le sud de
l'Europe ; le second dans l'ouest et le nord; là, nous voyons les
monarchies absolues (du moins en partie) de Russie, d'Autriche, de
Naples et & Espagne ; ici se présentent les monarchies
constitutionnelles de la France, de la Hollande, de la Grande-Bretagne
avec l'Irlande, de la Suède et de la Norvège. Dans la partie centrale,
les deux classes se mêlent : la Sardaigne, l'État de V Eglise, la
Toscane, la Hesse électorale et le Danemark, sont des monarchies
absolues paternelles ; la Bavière, le Wurtemberg, le Hanovre, la Saxe,
le grand-duché de Bade sont des états constitutionnels avec diverses
formes.

Il faut encore faire observer que le royaume de Hongrie, quoique faisant
partie d'une monarchie absolue, est un état constitutionnel, et que
celui de Pologne, bien qu'il ne fût pas gouverné par l'empereur Nicolas
d'après les principes qu'avait promis de suivre Alexandre, était aussi
un état constitutionnel, avant qu'il n'ait eu recours à l'insurrection
pour reconquérir ses droits. Il est juste aussi de dire que les traités
publics et la parole des souverains ont assuré des représentations
nationales ou des États à toutes les parties de la fédération germanique
; mais la Prusse qui avait fait tant de promesses à ses peuples,
lorsqu'elle les appelait en masse à marcher contre la France, est encore
à leur donner les institutions qu'ils réclamaient pour prix de leurs
sacrifices. Quoi qu'il en soit, la révolution de

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i83ô, dont Paris fut le mémorable théâtre, hâtera le moment où tous les
peuples de l'Europe goûteront les avantages de la représentation nationale.

Les exceptions à cette tendance générale de l'Europe vers la monarchie
tempérée sont en bien petit nombre.

L'empire ottoman est le seul État vraiment despotique, à moins qu'on ne
veuille, avec un voyageur récent, y joindre la principauté de JJlonaco.
La fédération de la Suisse est de l'autre côté le seul état républicain
indépendant; car les cinq villes libres de Krakovie, de Brème, de
Lubeck, de Hambourg, de Francfon, avec la municipalité de San-Marino et
la vallée libre d'Andorre, reconnaissent, d'après les traités, une
protection plus ou moins immédiate.

Le rang des puissances est une question compliquée; nous dirons qu'on
désigne aujourd'hui sous le nom de six grandes puissances, la Russie, la
France, l'A ngleterre, l'Autriche, l'Espagne et la Prusse; mais cette
dernière reste en arrière des autres, sous le rapport de la population,
des revenus et des ressources. Ces six puissances, que nous rangeons
d'après l'importance de leur population, comptent ensemble plus de 166
millions de sujets en Europe seulement.

La géographie établit toujours, et indépendamment des conventions
humaines, certains rapports physiques entre ces masses de territoire que
nous appelons États; nous indiquerons, la carte à la main, ce qu'il y a
de manifeste dans ces relations naturelles. La Russie pèse sur la
Turquie, l'Autriche, la Prusse et la Suède : toutes les quatre sont
exposées à des attaques formidables de sa part; mais la Prusse est la
plus ouverte, tandis que les monts Hémus et les Karpathes couvrent
Constantinople et Vienne. La Scandinavie, complétée par la réunion du
Danemark, trouverait dans sa position et dans le génie de ses peuples,
une force capable d'arrêter les mouvemens du

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colosse russe ; mais les contre-poids de la Russie sont l'Angleterre ou
la France ; celle-là peut, en soutenant la Turquie et les royaumes
scandinaves, enfermer le commerce et la marine russe dans des mers
intérieures ; celle-ci peut appuyer l'Autriche ou secourir la Prusse. Un
troisième contre-poids bien plus efficace existerait si la fédération
germanique , sincèrement unie avec l'Autriche et la Prusse, concentrait
enfin dans une masse indissoluble les immenses ressources des nations
allemandes (1). En considérant les Etats allemands secondaires comme de
petites masses indépendantes ( ce qu'elles sont par leurs sentimens et
leurs intérêts ), la fédération germanique forme une zone de neutralité
entre la France et l'Autriche. Cette heureuse séparation serait complète
si la Suisse et la Sardaigne étaient plus fortement organisées. Maîtres
des versans de tant de fleuves, et par conséquent des positions
militaires les plus importantes de l'Europe centrale, tous ces Etats
doivent, ou savoir jouer un grand rôle, ou se résigner à être le théâtre
des guerres étrangères. La France a peu d'avantages naturels pour
dominer ou menacer ces Etats ; l'Autriche commande au contraire du haut
du Tyrol et de la Valteline plusieurs entrées de la Bavière et de la
Suisse.

A l'égard de la Turquie , la monarchie autrichienne, ayant atteint une
limite naturelle en Transylvanie , ne peut convoiter que la Bosnie; elle
est plutôt la protectrice que l'ennemie naturelle des Ottomans.
Maîtresse de l'Adriatique et du Pô, elle domine incontestablement
l'Italie. Aussi une fédération italienne indépendante, avec les Alpes
pour boulevard , paraît-elle aux Autrichiens un rêve dangereux.

Les rapports de la France, repoussée dans ses anciennes limites, sont
presque tous d'une nature pacifique; elle ne

(') La Pologne, rendue à son antique indépendance, pourrait encore "tre
considérée comme le rempart le plus puissant élevé pour défendre
l'Europe occidentale des attaques de la Russie. J. H.

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menace, elle ne domine la frontièré d'aucun de ses voisins , si ce n'est
celle des Pays-Bas, qu'on essaie de couvrir par des places fortes ; elle
n'est pas non plus menacée sur aucun point, quoique la Prusse ait cru
devoir pousser son territoire en pointe jusque dans la Lorraine. Le
nombre borné de ses ports, les marées qui en limitent l'utilité, ■enfin
leur partage sur deux mers différentes, arrêtent l'ambition navale de la
France. Unis par de meilleures institutions, l'Espagne et le Portugal
constitueraient une de ces masses indépendantes que la nature aurait dû
multiplier, si elle avait voulu garantir à l'humanité de longs siècles
de paix, objet qui ne paraît pas encore entrer dans les vues de la
Providence.

Le plus simple coup d'œil sur la carte nous montre la Russie maîtresse
de plus de la moitié de la surface de l'Europe , et d'un quart de sa
population. Encore y a-t-il hors de cet immense empire i a millions de
Slaves et 3 millions de Grecs, que les liens si doux de l'affinité de
langue ou de culte y attirent, sans et même malgré les efforts de la
politique.

Cette masse démesurée mais naturelle frappe tous les esprits. D'autres
empires européens sont trop disséminés ou composés d'élémens trop
hétérogènes pour pouvoir être bien consolidés, et pour avoir un
véritable caractère national. Quel génie législateur pourrait jamais
réunir sous les mêmes lois le cultivateur des vignobles de la Moselle,
et le pêcheur d'ambre jaune sur les rivages de la Baltique !

Encore ces peuples parlent-ils la même langue. Mais le Hongrois qui
vient des monts Ouraliens, peut-être de plus loin encore, quel lien
national peut-il former avec l'Allemand, le Slavon, l'Italien, vieux
enfans de la vieille Europe? Nous parlons ici des peuples généreux et
éclairés; mais le barbare Turc, tenant sous ses lois la plus grande
partie de l'antique Grèce, n'est-ce pas le glacial Borée flétrissant mn
verger de roses? Même la France, les îles Britanniques,

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l'Espagne, quoique homogènes par les mœurs, doivent à la trop grande
multiplicité d'objets d'administration le désavantage de renfermer de
grandes provinces négligées.

Les grands empires envahiront-ils toute l'Europe? Finiront-ils par
s'absorber à leur tour dans une monarchie universelle , à la facon
romaine ou à la façon chinoise? Ou bien la Providence, écartant ce
danger, le plus à redouter pour la civilisation intellectuelle , nous
réserve-t-elle un siècle de guerres, de migrations et de bouleversemens,
qui, à travers des luttes sanglantes, ramènera la liberté, l'esprit
national et l'activité rationnelle , apanage des Etats bien proportionnés?

Un des élémens principaux de la force des Etats, c'est leur population;
mais la valeur politique réelle du même nombre d'hommes varie
singulièrement selon leur concentration, leur courage et leur
intelligence. Nous devons établir ici quelques unes des bases de cette
branche de la géographie politique européenne.

La population actuelle de l'Europe est au moins de 227 millions. Cette
population, qui forme à peu près le quart du genre humain, est
très-inégalement distribuée sur la surface de notre partie du monde, et
cette inégalité ne suit pas une progression constante depuis l'extrémité
nord jusqu'à l'extrémité méridionale.

Le nombre des Européens comparé à la superficie de l'Europe, que l'on
évalue à 484910 lieues, donne une moyenne de 469 individus par lieue
carrée (1). Divisons cette partie du monde en deux grandes régions,
l'occidentale et l'orientale, que nous partagerons en parties boréale,
centrale et australe, et voyons si la population y est distribuée
d'après l'influence de la température :

(0 Nous avons cru devoir ajouter ici quelques considérations que nous
avons données dans le chap. XVI du Traité élémentaire de Géographie.

J. H.

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EUROPE OCCIDENTALE.

Partie boréale.

Population par lieue géograph. carrée.

Monarchie suédo-norvégjenne. 100 danoise. 504 509 an9laise. 1,418 )
Partie centrale.

Monarchie prussienne. 892 hollandaise. 1,55o Belgique. 1,910 Monarchie
française. 1,196 Royaume de Hanovre. 802 l de Wurtemberg 1,530 1 de
Saxe. i,856 I de Bavière i,o3o 1070 on e eabon Les vingt-huit
principautés alle!Lr es vi• nfft. -huit principaut* é^ s an ile- /(
germamque. ( mandes 1,1131 Les quatre républiques de Franc- I fort,
Brême, Hambourg et 1 Lnbeck. 5,000 1 Confédération suisse. 1,018 I
Empire d'Autriche. 947 Partie australe.

.République d'Andorre. : 600 Monarchie espagnole 582 1 portugaise. 697
Royaume lombard-véni tien. 1,7901 sarde. 1 , 1 82 1 des Deux-Siciles
i,353/1 1Italie. États de l'Église 1,147 1 J Grand-duché de Toscane
1,161 1 ■ Les cinq autres principautés 1,559 République de Saint-Marin.
2,333 EUROPE ORIENTALE.

Partie boréale et partie centrale.

Russie européenne 202 ) Royaume de Pologne. : 612 > 212 République de
Krakovie 1,753 j Partie australe.

Turquie d'Europe et Grèce. 352) 55 République des îles Ioniennes. ,
1,343 j 0

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Il est facile de voir par ce tableau que dans les deux grandes régions
occidentale et orientale de l'Europe, chaque partie, prise en masse, est
d'autant plus peuplée qu'elle est plus méridiona-le. Ainsi., dans la
première de ces deux divisions, la partie boréale l'est moins que la
centrale, et celle-ci que l'australe. Dans la seconde, on remarquerait
la même différence si nous partagions la Russie en deux parties ; mais
si, pour établir des rapports semblables, nous réunissons le nord et le
centre de l'Europe occidentale, nous verrons que leur population, par
lieue carrée, est de 848 individus, que celle de la partie australe est
de 1615, tandis que dans l'Europe orientale, le nord et le centre réunis
comptent 212 habitans, et la partie australe 35o, ce qui établit une
proportion à peu près analogue.

Cependant il est des exceptions qui tiennent à des raisons physiques ou
historiques. Les Etats étendus qui renferment de grandes provinces d'une
fertilité médiocre, ont nécessairement le désavantage contre les petits
Etats fertiles. Ainsi l'Espagne doit toujours être moins peuplée que le
Portugal, toutes choses égales d'ailleurs. Un grand nombre de montagnes
resserre en Suisse e.t en Norvège l'étendue du terrain cultivable; ayant
égard aux seuls espaces habités, la population paraîtra très-forte.
Parmi les causes historiques de la dissémination des habitans, il faut
remarquer les guerres; la Hongrie, par exemple , n'a que 750 habitans
par mille carré, la Galicie ou la partie montueuse de la Pologne en a
2600; c'est que les environs de Lemberg et de Krakovie ont été moins
souvent atteints des invasions des Huns, des Turcs et des Tatars. La
peste lutte constamment dans la Turquie contre les progrès. de la
population, qui, sans ce

fléau, serait peut-être très-considérable. C'est une espèce de peste
qui, en 1340, dépeupla le nord de l'Europe, patrie de tant d'essaims
belliqueux.

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il est un phénomène plus singulier, c'est de voir des peuples malheureux
et opprimés se multiplier avec une grande rapidité; les Irlandais
s'accroissent en nombre bien plus que les Écossais; l'homme éclairé
craint l'indigence, compagne d'une nombreuse famille ; l'homme abruti
par la misère ne prévoit rien. Les cantons suisses s'opposent par des
lois à l'accroissement des naissances bâtardes.

Les côtes et les îles offrent généralement plus de moyens d'existence
que les terres continentales, parce qu'elles contribuent à faciliter les
communications et à développer l'industrie et le commerce. De là vient
que les îles Britanniques et la Hollande, que les canaux partagent en un
grand nombre d'îles, sont très-peuplées; que la France l'est plus que
l'Autriche, que le royaume de Naples l'est plus que celui de Sardaigne,
et que les îles Ioniennes le sont plus que la Turquie. Ainsi, parmi les
provinces danoises, les îles d'iErôe, de Séeland, la péninsule
d*Eyderstedt, le Dithmarschen, égalent la population de l'Angleterre et
de la Hollande, tandis que le Jutland, formant une masse plus compacte,
n'est pas beaucoup plus peuplé que la Suède méridionale; ainsi, en
France et en Espagne, les provinces centrales, le Berry et la Castille,
par exemple, sont les moins peuplées. En réunissant, d'un côté, toutes
les provinces maritimes de l'Espagne, et de l'autre, toutes celles de
l'intérieur, on trouve dans les premières 904 habitans par legua carrée,
et dans les secondes seulement 507 (1). Mais ce rapport général offre
également de nombreuses exceptions. Le Wurtemberg, pays central, qui
n'est pas très-fertile, et qui n'est bien gouverné que depuis peu, a vu
sa population s'accroître à un tel degré, que les émigrations annuelles
sont devenues indispensables. La Corse, la Sardaigne, même la Sicile,
sont, au contraire, moins peuplées que le continent de l'Italie.

(0 ATlLLOti, Geografia de Espaha, p. 145.

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La Russie se fait surtout remarquer par une opposition diamétrale à
cette règle; car la population est concentrée dans les provinces
intérieures, où elle s'élève de 400 à 900 par lieue carrée, tandis que
dans les provinces sur la mer Baltique, elle n'est que de 80 à 3oo, et
que dans celles sur la mer Blanche et sur la mer Noire, elle descend
jusqu'à 40 et même jusqu'à 2. Est-ce dans des circonstances historiques,
dans les ravages des guerres anciennes, qu'il faut chercher la cause de
ce phénomène ? ou faut-il admettre que la race slavonne est
naturellement plus prolifique que la race finnoise et tatare? La
dernière hypothèse nous paraît plausible. Les races naturellement gaies,
insouciantes, amies du plaisir, peu attachées aux jouissances
intellectuelles, doivent nécessairement se propager avec plus
d'activité. Les Slavons, surtout les Russes, les nations celtiques, tels
que les Irlandais, se ressemblent par ces traits de caractère. Quoi qu
il en soit, la population de l'Europe s'accroît en masse, au moins d'un
million par année moyenne, de sorte qu'avant l'an 1900 elle pourra être
d environ 3oo millions. Cette augmentation est plus rapide dans le nord
que dans le centre, le midi et l'ouest.

La Russie, avec 52 millions d'habitans, gagne annuellement 5 à 600,000
individus, tandis que la France, avec 32 millions, ne paraît en acquérir
qu'un peu plus de 200,000. La monarchie autrichienne, avec 32 millions
également, gagne beaucoup plus que la France, puisque son accroissement
est de plus de 320,000. L'Italie et l'Espagne sont piesque stationnaires
; la Turquie semblé même rétrograder.

Le tableau suivant offre la proportion exacte de 1 augmentation annuelle
pour chaque million d'habitans et pour le temps nécessaire au doublement
de la population dans les principaux Etats de l'Europe :

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Accroissement Doublement annuel de la , par i million d'habitans.
population.

En Prusse. 27,027 individ. 26 an.

Dans la Grande-Bretagne. 16,667 42 Dans la Hollande et la Belgique.
12,372 56 ¡{ Dans le royaume des Deux-Siciles. 11,111 63 En Russie.
10,527 66 Dans l'empire dtAutriche. 10,1 r4 69 En France. 6,556. 105

Est-il à craindre que la population générale de notre partie du monde se
trouve, avant bien des siècles, dans le cas fâcheux de manquer d'espace
et de subsistance?

Nous doutons que cet embarras puisse d'ici à quelques siècles avoir lieu
pour l'Europe en masse, puisque son sol peut nourrir un milliard
d'hommes; mais le cas d'une population surabondante peut très-bien se
réaliser par rapport à une province, à un royaume. Le Wurtemberg et la
Suisse éprouvent, depuis plusieurs années, le besoin d'émigrations. Si
la Norvège, en triplant sa population, arrivait à compter 3 millions
d'habitans, elle ne pourrait guère produire elle-même, ni être sûre
d'obtenir en échange de ses produits naturels, assez de céréales pour
les nourrir.

Mais combien de pays d'un sol fertile ne recevraient pas ses populations
surabondantes? Voici quelques calculs intéressans à ce sujet.

Si l'Italie entière était peuplée comme la Lombardie, elle nourrirait
27,745,000 habitans. Or, la Lombardie même est encore moins peuplée que
le duché de Lucques.

Si toute l'Italie était peuplée en proportion de ce duché, elle
renfermerait 41,000,000 d'individus.

Si l'Espagne était peuplée au même degré que la pro-r vince de
Guipuzcoa, c'est-à-dire à raison de i,53o individus par lieue carrée,
elle contiendrait 36,5oj,210 babitans..

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Le Portugal, moins étendu que l'Espagne, et presque partout d'une égale
fertilité, renferme deux provinces, dont l'une , l'Alentejo , n'a - que
267 habitans par lieue carrée ; tandis que l'autre , l'Entre-Douro et
Mino , en compte près de 2,354. Peuplé comme la première, le royaume
n'aurait que 1,381,287 habitans; peuplé comme la dernière, il en aurait
11,586,388. Il possède 3,5oo,ooo habitans, et pourrait sans doute
s'élever assez facilement à 6 millions.

Mais, comme une transfusion paisible des populations surabondantes d'un
royaume dans l'autre exigerait, plus d'union et plus dé sagesse qu'on ne
peut raisonnablement attendre, il est évident que l'accroissement de la
race humaine dans le nord peut amener à la longue une nouvelle migration
des peuples vers le midi, migration d'autant plus vraisemblable que les
hommes du nord possèdent plus de connaissances, ont le caractère plus
entreprenant, et abandonnent plus facilement leurs rudes climats, pour
s'emparer de ces belles contrées du Midi, si dignes d'être possédées par
des maîtres plus courageux et plus éclairés.

Une crise semblable peut paraître d'autant plus probable, que
l'accroissement de la population est précisément le plus fort et le plus
constant dans les pays qui sont moins exposés à la peste, à la fièvre
jaune et à d'autres épidémies, qui, de temps à autre, dépeuplent le midi
de l'Europe. Les famines générales sont également moins fréquentes dans
le nord et le centre de l'Europe, excepté dans la Norvège, dans la
Suisse, et dans quelques unes des hautes vallées de la Suède et de la
Hongrie. Le système de greniers d'abondance, établis par autorité
publique , doit, avant peu d'années, rendre même les famines locales
impossibles.

Il est encore une cause morale qui, malgré la suffisance des
subsistances, doit pousser et pousse réellement quel-

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ques peuples d'Europe vers une grande émigration ; c'est le désir des
jouissances, ce sont le luxe et l'ambition, c'est l'imagination exaltée
par le récit des voyageurs, et par quelques exemples de fortunes
colossales faites en peu d'années dans des climats lointains. C'est à
cette tendance naturelle aux peuples les plus civilisés de chaque
époque, que sont dues les colonies des anciens Grecs, celles des
Espagnols du XVe siècle, et celles des Anglais de nos jours. Le Portugal
et la Hollande ont aussi parcouru cette carrière de gloire et de
prospérité, qui est loin d'être fermée à des nations entreprenantes. La
forme seule de la bonne colonisation est aujourd'hui changée ; ce sont
des États indépendans qu'il convient de fonder, afin de créer des
refuges à une population surabondante, d'ouvrir des marchés à
l'industrie, et même de préparer des asiles à la liberté nationale dans
le cas d'invasions-ennemies.

Des considérations en grand nombre se présentent à quiconque voudrait
classer la population européenne d'après les rangs, les occupations, les
fortunes ; mais nous.

ne pouvons pas envahir le domaine de l'économie politique, dont la
partie descriptive est nommée statistique.

Le génie historique qui doit présider à la géographien'aperçoit que les
grands faits et les résultats généraux.

Les 227 millions d'individus qui peuplent l'Europe reconnaissent pour
maîtres 5o familles régnantes, renfermant, avec leurs nombreuses
branches, environ 1,200 personnes, énumérées dans les almanachs de cour,
et dont les apanages (sans leurs revenus privés) absorbent au-delà de
260 millions de francs : mais cette somme, appliquée en général à des
dépenses de luxe, entretient non seulement des fonctionnaires de cour,
mais encore beaucoup d'artistes; et, par l'éclat des fêtes et des
spectacles, elle attire dans les diverses capitales une foule d'étrangers.

L'égalité qui existe de droit entre les souverains, est au,-

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jourd'hui détruite dans le fait par l'immense prépondérance de quatre ou
cinq grands souverains. Les princes de Schwartzbourg ou de Hohenzollern,
quoique souverains et du sang le plus illustre, n'ont ni le poids
politique, ni l'éclat social d'un premier ministre d'Autriche ou
d'Angleterre.

Il aurait été autrefois curieux de connaître exactement le nombre des
familles nobles, et celui des individus qui les composent ; mais la
noblesse européenne a cessé d'être un corps uni par l'esprit
chevaleresque et par l'illustration de naissance, depuis qu'il existe
dans plusieurs grands États une noblesse purement politique, à laquelle
le mérite individuel peut s'élever, ou que la faveur des rois peut
prodiguer. Il s'est d'ailleurs formé une barrière entre les nobles de
naissance eux-mêmes; un grand d'Espagne se croit fort au-dessus d'un
simple hidalgo, et les odnodworzi de Russie, quoique de plus ancienne
origine que bien des kniais, sont à peine reconnus hommes libres. Ainsi,
le nombre total des nobles de race ou par titre ne saurait nous
intéresser, si même il pouvait être déterminé. C'est à la description
particulière des États qu'il faut renvoyer les détails.

L'accroissement constant et uniforme de la haute bourgeoisie,
c'est-à-dire de la classe industrielle, dont la fortune et l'éducation
égalent ou surpassent celles de la noblesse, serait également un fait
général très-intéressant; mais il est encore impossible d'en réunir les
élémens authentiques.

Cette classe influente et active forme au moins trois millions
d'individus, contre un demi-million de nobles de race, reconnus comme
tels : mais cette classe est très-inégalement répandue en Europe ; elle
est faible mais favorisée en Russie, puissante et tranquille en
Angleterre , nombreuse mais agitée et divisée en France. Au milieu de
cette élite des nations actuelles, s élève une autre tribu,

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celle des hommes à talens intellectuels ; les avocats, les médecins et
les écrivains de profession, formeraient au besoin la population d'un
petit Etat. L'Allemagne , la France et l'Angleterre possèdent entre
elles au moins 12,000 écrivains vivans, qui gouverneraient le monde
s'ils n'étaient pas divisés ; mais trois grands intérêts paralysent
cette république : parmi les Allemands, l'esprit de secte; parmi les
Anglais, l'esprit de parti ; et chez les Français, l'amour-propre. La
population manufacturière de l'Europe est un autre phénomène moderne et
un des plus remarquables : 15 à 16 millions d'Européens vivent
aujourd'hui de leur seule industrie, sans aucune propriété immeuble; si
les débouchés s'encombrent, si une prohibition ferme les routes, des
milliers d'individus peuplent les hôpitaux ou joignent les émigrations
qui font passer tous les ans 20,000 Européens dans le continent
occidental. Cette population de prolétaires industriels surabonde dans
l'Angleterre propre, dans quelques parties de la France, des Pays-Bas,
de l'Allemagne et de la Suisse.

La classe des simples cultivateurs comprend, généralement parlant, les
deux tiers de la population européenne.

Il y en a moins en Angleterre, il y en a plus en Russie.

Cet énorme ensemble de 140 millions d'individus acquiert tous les jours
plus d'idées nouvelles.

Les guerriers de l'Europe, soldés par les gouvernemens, forment une
masse de 2,5oo,ooo hommes, ou d'un centième de la masse totale. Leur
entretien absorbe les deux cinquièmes du revenu public dans la plupart
des États européens.

La valeur politique de l'individu comme contribuable et comme soldat ou
marin, varie singulièrement de contrée en contrée. Cette diversité est
de la plus haute importance pour bien apprécier la force des Etats, les
événe-

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mens contemporains, et ceux que verra éclore un avenir trop prochain.

Chaque individu contribue aux revenus publics dans les proportions
suivantes :

Angleterre propre. io8 fr. » c.

Iles Britanniques 65 20 Les quatre républiques allemandes. 33 21 France.
5o 90 Hollande et Belgique 26 3o Danemark. 25 64 Les vingt-huit
principautés allemandes.. 20 57 Saxe. 20 » Bavi ère. 19 96 Duché de
Massa. 17 24 Prusse. 17 20 Pologne. 17 » Hanovre. 16 77 Z3 15 63
Wurtemberg i5 63 -Portugal. 15 32 Monarchie sard. 15 10 Grand-duché de
Toscane 13 33 Duché de Lucques 13 20 États de l'Éghse. 11 58 Monarchie
sicihenne. 11 32 Principauté de Monaco. 11 » Empire d'Autriche. 10 70
Monarchie suédoise 10 68 Duché de Parme. 10 45 République de
Saint-Marin. 10 » Duché de Modène « 10 » Turquie. 10 5) Espagne. 7 76
République de Krakovie. 7 55 Russie. 6 20 Suisse. 5 9

On voit que, généralement parlant, moins un État a d'importance, de
richesse, d'énergie et d'esprit public,

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moins aussi les habitans paient d'impôts. Les gouvernemens
constitutionnels coûtent fort cher ; les gouvernemens despotiques sont à
bon marché; c'est que chacun d'eux coûte à peu près ce qu'il vaut. Il
existe pourtant des pays bien administrés qui ont de faibles revenus ;
tel est le cas de la Toscane : la raison en est que ces États
n'entretiennent qu'extrêmement peu de troupes ; ils s'abandonnent, à la
merci des grands empires. Bene qui latuit, bene vixit.

Il faut encore observer que plusieurs Etats, chargés d'une dette
publique énorme, sont obligés d'imposer leurs sujets au-delà de la
proportion naturelle de leurs facultés et de leurs ressources. Chacun
sait que c'est le cas où se trouve l'Angleterre ; mais il paraît que, si
le fardeau de chaque contribuable anglais était réduit au double de
celui de chaque contribuable français, tous les deux se trouveraient
dans une situation égale.

Il faut aussi observer que plusieurs puissances de l'Europe orientale,
surtout la Russie, suppléent à la modicité de leurs revenus en argent,
par des prestations in natura, prestations qui ne sauraient être
calculées ; ce qui modifie les rapports résultans de ce tableau.

Dans le service militaire, la différence de valeur entre les nations
européennes s'énonce d'une manière encore plus frappante, mais qu'il est
difficile d'exprimer en chiffres, 1° parce que l'état effectif des
forces militaires varie; 2° parce qu'il faut compter les marins, qui
d'ordinaire sont licenciés en temps de paix ; 3° enfin, parce que le
même nombre de combattans ne représente pas la force réelle sur le champ
de bataille.

Il paraît que la proportion d'un soldat pour 92 habitans est celle que
tout État européen peut adopter sans épuiser ses ressources, et même
sans soutirer à la culture aucun bras véritqplement utile : n#nmoins les
monarchies mili-

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taires, grandes et petites, vont bien au-delà. D'autres États restent
considérablement en arrière.

Nous croyons que l'on peut adopter les estimations suivantes, pour le
pied de paix actuel.

En Danemark. ! soldat sur 5 r habitant En Russie 1 57 En Suisse. 1 60 En
Prusse. 1 76 En Suède et en Norvége. 1 85 En Turquie. v 92 En Bavière 1
n5 En Saxe. 1. 116 Dans le Wurtemberg 1 117 Dans l'empire d'Autriche. 1
118 Dans les Pays-Bas. 1 119 En France 1 r50 En Portugal. 1 139 Dans les
quatre républiques allemandes..1 145 Dans les vingt-huit princip.
allemandes.. 1 148 Dans le royaume de Sardaigne 1 165 Dans les îles
Britanniques 1 229 Dans les cinq principautés italiennes 1 242 Dans le
royaume de Naples. 1 247 En Espagne. 1 278 En Toscane. 1 518 Dans les
États de l'Eglise. 1 431

On voit par ce tableau que le Nord fournit généralement beaucoup plus de
soldats que le Midi.

Il n'est guère possible de tirer aucune conclusion sûre et positive de
ces données, .car on ne peut y séparer ce qui appartient au caractère
plus ou moins belliqueux des nations, et ce qui n'appartient qu'aux
efforts exagérés des gouvernemens. Un seul fait reste évident; c'est
que, généralement parlant, les États du nord de l'Europe, à une
population égale, ont une rai leur politique, ilitaire et

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financière, double, triple, ou même quadruple. Prenons pour exemple la
Suisse ou le Danemark et les Deux-Siciles ; supposons que ces États
soient plus rapprochés, et que les puissances européennes restassent
spectatrices d'une guerre entre eux, pour qui seraient les meilleures
chances ? Probablement Naples serait la première à désirer la paix, et
pourrait bien y perdre la Sicile, dans une lutte contre le Danemark ;
peut-être le royaume de Naples serait-il assez facilement conquis par
les Suisses unis et bien dirigés ; et cependant la population de Naples
est presque quatre fois celle du Danemark ou celle de la Suisse; son
territoire a deux fois plus d'étendue que le premier, et trois fois plus
que la seconde, et vaut dix à douze fois le territoire danois ou suisse
en valeur agricole. Les peuples du midi de la France supportent moins
bien les fatigues de la guerre que ceux du nord. La valeur même des
Espagnols ne forme pas exception ; ils n'ont triomphé que dans la petite
guerre de partisans.

Nous ferons encore remarquer ici un fait curieux. En divisant l'Europe
par le Rhin et les Alpes, ou par une ligne tirée d'Amsterdam à Venise,
il se trouverait :

Dans le nord et l'est de l'Europe. 16 à i ,goo3ooos°ldatssurPiedDans le
midi et l'ouest. 6 à 700,000 Mais les revenus seraient partagés dans la
proportion inverse ; car on trouverait : Pour le nord et l'est 1,56o
n»">°i™de f«nes.

Pour le midi et l'ouest. 5,100 Voilà l'empire de l'or et celui du fer.

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TABLEAU synoptique des peuples européens, anciens et rnodemes, classés
par familles et par langues (*).

I. FAMILLE PÉLASGIQUE.

A. Branche Thracienne. (Adelung. Vater. Gatterer.) 1. Phrygiens, en
Asie; Bryges , en Europe t.

2. Lydiens, dont une colonie en Etrurie?.

* Lydias, canton de Macédoine.

* Tyrrheni, de Macédoine.

3. Troyens et leurs émigrations t.

4- Bithyniens, dont descendaient les Thyni X- (Mannert. )

5. Cariens, avec quelques colonies en Laconie, etc. t. ( R. Rochette.)
6. Thraces, proprement dits X. (Voyez Slavons, etc. )

* Maidi, en Thrace (branche de Mèdes)?. (MB.) * ,Pelagones, en Macédoine
; Pehluwan?. (MB.) B. Branche lllyrienne.

1. Mysi ou Mœsi, peuple mélangé.

2. Daces ou Gètes? X. (Voyez Valaques. )

3. Dardani? X4. Macédoniens anciens, du moins en partie X.

5. ftlyrii anciens X. (Voyez Albanais. )

al Parthini (les blancs, en albanais. )

S Taulantii.

y Molossi.

S Ardiœi ( Eordœi, en Macédoine. )

e] Dalmalœ.

6. Parvnoniens ou PÅ“ones t. ( Mannert. ) ?.

7. Venetes, colonie illyrienne en Italie X. (Freret.) 8. Sicules, idem X.

9., Japyges , idem t.

C. Branche Pélasgo-Hellénique.

r. Pélasges ou Pelarges , indigènes primitifs de la Grèce et de l'Italie
X. (de Pela, rocher; les constructeurs en rochers. ) (MB. )

2. Lelèges, colonie asiatique venue en Grèce t. (R. Rochette. )

3. Curètes, idem? t.

4. Perrhèbes, Pélasges de Thessalie t.

5. Thesprotes, idem, en Epire t.

6. Ætoli? (peut-être Illyriens. )

( ') Ce tableau n'est qu'un essai provisoire , tendant à faciliter à nos
lecteurs le coup d'oeil général sur les résultats des recherches
modernes, relatives à la parenté des nations et à l'affiliation des
langues. On a du y rapporter des hypothèses douteuses et même opposées,
lorsqu'il n'y avait rien de mieux à y substituer, et lorsque la question
est encore on discussion parmi les savans.

Les opinions douteuses, selon nous, sont marquées par le signe ?. Les
nations et les langues éteintes ou dont il ne reste aucun rejeton
vivant, distinctement reconnu, sont désignées par le signe t. Celles
dont nous croyons reconnaître des traces obscures, ou qui se sont
notoirement mêlées avec d'autres, sont indiquées par le signe X.

Enfin, on a souvent indiqué les noms des auteurs d'une opinion, lorsque
les opinions ont 'quelque chose de particulier. Les initiales MB.
indiquent celles qui nous sont propres.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

7. Hellènes, nommés antérieurement Grœci, en Épire, et Grœi, en Thrace.

al Achœi ou Achivi, c'est-à-dire les riverains des fleuves.

|3 J Iones ou Iaones, c'est-à-dire les lanceurs de flèches.

y Dores ou Dorieus, c'est-à-dire les porte-lance.

&' Aioli, Eoliens, c'est-à-dire les errans, les coureurs.

8. Arcadiens, Pélasges du Péloponèse X.

9. Oenotres, émigrés en Italie X.

10. Tyrrhènes, émigrés en Italie X. (B. Rochette. )

LANGUES ANCIENNES DE CES TROIS BRANCHES.

A. Langues Thraces t ou X ?.

1. Thracien propre , rapproché du perse, etc., par les noms propres.

2. Phrygien, id., une des souches du grec et de l'illy..ique on albanais.

3. Lydien, peut-être branche phrygienne.

j. Cavien, peut-être pélasge mêlé de phénicien.

* Lycaonien de Saint-Paul.

B. Langues Illyriques X 7.

1. Illyrique propre, une des souches de l'albanais.

2. Gète, avant la domination des peuples slavons.

* Les Sigymzce, peuplade médique ou hindoue , souche des Bohémiens ou
Zigeunes, parlant probablement un idiome asiatique.

C. Langues Helléniques, grec ancien. (Thiersch et MB.) 1. Hellénique
primitif, rapproché du pélasgique t.

a. Arcadien t.

b. Thessalien. avec le grec macédonien vieux? X.

c. Oenotrien, transporté en Italie et mêlé au latin X.

2. Hellénique des temps historiques.

a. Eolienyieux, rapproché de l'oenotrien ( langue des Dieux dans Homère
), X.

b. Dorien ancien, descendu de l'éolien (langue de Sapho, de Pindare,
etc. ).

al Laconien, idiome à part.

0 a] Dorien récent, de Syracuse (langue de Théocrite).

c. Ionien ancien, ou l'hellénique adouci par les nations commerçantes
(langue d'Homère, restée classique pour la poésie épique).

a J Ionien d'Asie, encore plus adouci ( langue d'Hérodote ).

(i J Ioizieiz d'Europe, resté plus mâle et dont Y idiome attique est la
branche principale (langue classique des orateurs et du théâtre ).

d. Grec littéral commun, ou l'idiome attique , épuré et fixé par les
grammairiens d'Alexandrie; langue commune (le toute la Grèce, de
l'Orient et du beau monde de Rome , jusqu'à l'invasion des barbares.

e. Idiomes locaux, peu connus.

a] L'alexandrin vulgaire.

P] Le syro-grec ( langue du Nouveau Testament ).

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

II. FAMILLE ÉTRUSQUE OU ITALIQUE (*).

i. Àborigines ou Opiques (fils d'Ops, la terre), noms génériques. ( MB.)
a. Euganei, avant les Veneti t.

b. Ligures , divisés en beaucoup de tribus.

c. Etrusci, la masse de la nation étrurienne. ( MB. )

* La nation étrurienne paraît avoir été composée de castes ou tribus.

a] Caste des seigneurs. Larthes , en étrusque; Tyrani ou Tyrrheni, en
grec-éolien ou pélasgique.

j Caste des prêtres. Tusci, c'est-à-dire sacrificateurs.

y Caste des guerriers. Rasenœ ?. Voyez ci-dessous.

Jj Caste populaire.

d. Piceni avec les Sabini..

e. Marsi, etc. , etc.

f. Umbri. (Denys d'Halicarnasse. )

» g. Samnites , peut-être Samones; les gens de la terre haute ( Samos ),
divisés en :

1. Hirpini ( les chasseurs de loups ).

2. Caudini ( armés de troncs d'arbres ).

3. Pentri ( de pennus , pointe).

4. Caraceni ( vêtus de caraca ).

5. Frentani ( armés de frondes). ( MB. )

h. Latini, etc. X.

i. Ausones X.

t. Siculi, selon Denys.

1. Lucani et Bruttii ou Bretti.

2. Colonies, historiquement probables.

a. Orientales savoir : al Pélasges , d'Arcadie ( 1400 avant J.-C. ) t.

PJ Grœci anciens et Pélasges de Thessalie (idem) t..

y ] Oenotri divisés en : 1. Oenotri propres ( les vignerons ).

2. Chonii ( les agriculteurs ).

Ç] IJaunien, Iapyges , etc., etc.

il Tyrrheni de la Lydie macédonienne ( 11 à 1200 avant J.-C.) tE]
Troyens, peut-être parlant L'éolien vieux (900 avant J.-Ç.).

(MB.) y) ] Colonies achéennes, doriennes, clzalcidiques en Sicile et en
grande Grèce X.

b. Septentrionales , savoir : a] Les Siculi, selon l'opinion des
modernes X ?.

|3] Les VÉnètes, soit Illyriens, soit Slavons Xy ] Les Rhasenœ ( Rhœtes
) , classe conquérante de l'Etrurie ?.

cîj Les Peligni, (Pela rocher en macédonien ) ?.

c. Occidentales , savoir : a] Colonies celtiques X- ( Freret. )

I. Umbri?. Foyez plus haut.

2. Senones.

( * ) On peut donner beaucoup de raisons pour considérer la famille
étrusque comme une .quatrième branche de la famille pélasgique ; mais il
y en aurait autant pour en faire une branche des Celtes.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

3. Ligures??. Voyez plus haut.

4. Insubres ( Isomhri).

5. Volsques ( Volcœ ) ? t.

j3 ] Colonies ibériennes ou basques. ( MB.

1. Sicani.

2. Osques X (*).

3. Corsi proprement dits X.

4. nienses, en Sardaigne. (Voyez G. Hirmboldt. )

5. Balari, etc., etc.

LANGUES ANCIENNES DE CETTE BRANCHE.

A. Langues Italiques. (Merula et MB. )

1. Langue étrusque X; probablement divisée en sacrée et vulgaire, outre
les dialectes ; par exemple : a. Rhétique.

b. Falisque.

c. Umbrique. (Merula. )

2. Langue italique centrale ou opsee X.

a. Le sabelle ou samnite.

b. Le sabin, etc.

c. Le latin.

3. L'ausonien avec le sicule, le lucanien, etc.

B. Langues étrangères à l'italique.

1. Dialectes celtiques et illyriques.

a. Le ligurien Xb. Le gaulois cisalpin X.

c. Le venète.

d. Le volsque?

e. L'idiome des Japyges ?.

2. Dialectes ibériens ou basques. (Voyez G. Huniboldt. )

a. L'osque (eusce ou basque).

b. Le sicanien, etc.

3. Dialectes helléniques X.

a. Le dorien. (Merula.) i. Le syracusain ou siciliotc.

2. Le tarentin (laconien).

b. L'achœo-ionien. (MB.) 1. Le sybarite.

2. Le crotoniate.

c. Ylèolo-dorien.

i. Le locrien.

(*) Nous distinguons avec soin les Opici ou Opscij indigènes ou
aborigènes d'Italie, parlant la langue italique ancienne , et les OsciJ
colonie des Osques , Eusqucs, Vasques de la Vescitanie espagnole,
établis dans la Vescitanic italienne ( Campus Ycscitanus). La confusion
de ces deux noms remonte aux anciens, et est la source de beaucoup de
difIicultés.

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Suite du Tahleau synoptique des peuples européens, -etc.

NATIONS ET LANGUES MODERNES QUI DESCENDENT DES BRANCHES
PELASGO-HELLENO-ÉTRUSQUES.

i. Grecs modernes ou Romei, descendans des anciens, mêlés de Romains, de
Slavons, d'Asiatiques, etc.

Langue grecque moderne ( Romeïka, Aplo-Hellenica ).

1. Eolo-dorien modernisé.

2. Tzakonite, resté du dorien.

3. Crétois ou candiote.

4. Grec épirote et albanais.

5. Grec de Valachie, de Bulgarie, etc. (F. Adelung.) a. Albanais ou
Schypetars, mélange d'anciens Illyriens, Grecs et Celtes. ( Masci et MB. )

Langue schype ou albanaise.

a. Le schype ou albanais propre.

a Idiome des Guègues.

(3 - des Mirdites.

y - des Toskes.

8 - des Chamouris.

s - des Iapys.

b. L'albanais mélangé.

al Albanais grécisé d'Épire.

J3 Italo-albanais de Calabre.

y J Albanais de Sicile.

3. Valaques ou Roumouni, mélange des paysans de Dacie et de Thrace, avec
les colonies militaires romaines, slavonnes et autres.

Langue valaque, ou slavo-latine, ou daco-romaine.

a. Romounique ou valaque propre.

b. Moldave.

c. Valaque de Hongrie et de Transylvanie.

d. Kutzo-valaque ou valaque de Thrace et de Grèce 4. Italiens. | 5.
Français. Voyez ci-après, peuples celto-romaim 6. Espagnols. j Langues
celto-latines.

a. Italien. )

b. Romanique ou provençal, f Voyez ci-après : c. Français. (

d. Espagnol.

III. FAMILLES SLAVONNES OU WINIDIQUES.

BRANCHES ANCIENNES, CONNUES DES GRECS OU DES ROMAINS.

A. Peuples maîtres des pays slavons.

i. Scythes , divisés en castes et tribus. ( MB. )

a. Scythes royaux, caste dominante, parlant le zend ou un autre idiome
de la haute Asie.

* Quatorze mots, médo -scythes, chez Hérodote.

b. Scythes agricoles, tribus vassales, peut-être slavonnes, vendues
comme esclaves.

* Idiome scythe, chez Aristophane. Mots, chez Pline. Inscriptions d'Olbie.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

c. Scythes pasteurs, tribus vassales, peut-être finnoises ou tchoudes.
(Selon Bayer, etc. )

2. Sarmates, horde conquérante à physionomie mongolo-tatare.

(MB.) a. Sarmates propres.

b. Jaxamates (peut-être identiques avec les Jazyges ).

c. Exomates.

d. Thisomates (inscription de Protagoras).

3. Ostro-Goths, vainqueurs des Sarmates, etc. Voyez ci-après.

B. Peuples slavons anciens, sans dénomination générale.

1. Peuples slavons méridionaux.

a. Hénètes en Paphlagonie? t. ( Sestrencewicz. )

b. Cappadociens? (Idem.) c. Croúizy (Chrowitzy ), en Thrace X- (MB. )

d. Bessi, idem X.

e. Triballes ( Drewaly ) ? t.

f. Dardani, de darda, lance??. (MB. )

g. Diverses tribus des montagnes de la Grèce.

h. Carra avec les lslri.

i. Veneti, selon quelques uns.

2. Peuples slavons septentrionaux.

a. Serbi avec les Vali près du Rha (Volga) +.

b. Roxolani X, plus tard connus sous le nom de Ros.

c. Budini, peuple ou gothique ou slavon t.

d. Bastaniœ avec les Peucini.

e. Daces, ou tel autre peuple qui a donné aux villes de la Dacie leurs
noms slavons en ava X.

f. Olbiopolites du 2e siècle, mêlés de Grecs t.

g. Pannonii (pan, seigneur)?.

h. Carpi dans les monts Karpathes.

i. Biessi dans les monts Biecziad.

k. Sabogues, etc., etc.

1. Lygii X > depuis Liœchi, etc., etc.

m. MougÍlones, et autres, chez Strabon.

n. Venedi ou Venedœ, depuis nommés Wendes, aux bouches de laVistule.

o. Semiiones, entre l'Oder et l'Elbe? X.

p. Vindili de Pline.

q. Osi de Tacite. ( Otschi, les pères. )

fiATIONS ET LANGUES SLAVONNES CONNUES DEPUIS ATTILA.

I. Slaves proprement dits A. Branche orientale et méridionale.
(Dobrowski. Vater.) i. RUSSES, peuple mixte des Roxolans, des Slavons,
des Goths, etc.

a. Les grands Russes de Novgorod, Moscou, Susdal, etc.

b. Les petits Russes de Kiovie et d'Oulraine.

c. Les Rusniaques ou Orasz, dans la Galicie et la haute Ilougrie.

d. Les Kosaques, mêlés de Tatars, etc.

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Suite dw Tableau synoptique des peuples européens, etc.

LANGUE RUSSE.

a Dialecte de grande Russie (langue écrite).

(3 Idiome de Susdal, le plus hétérogène de tous.

y Dialecte d'Oukraine ou de petite Russie.

S Le rousniaque, très-ancien dialecte.

s Le russe lithuanien, reste du kriwitze?. Voyez Wende.

J Le russe-kosaque.

2. SERVIEKS OU Slavons danubiens.

Langue servienne (serhska).

a. Dialecte servien propre ( langue écrite et polie ).

* Ancien slavon, langue de l'église russe presque identique avec le
servien.

b. Dialecte bosnien.

c. - ragusain et dalmate (italianisé).

d. - monténégrin.

e. - uscoque, mêlé du turc.

f. - slavonien, très-pur.

g. - bulgaro-slave, etc., etc.

3. CROATES, ou Chrobates ou Slavons noriques.

Langue croate.

a. Dialecte croate ou chrohate, c'est-à-dire des montagnes.

b. slovène, parlé dans l'ouest de la basse Hongrie (dialecte écrit).

c. - winde, parlé par les Windes méridionaux, peuple mélangé.

a ] Winde de Carniolc, avec les idiomes des Karstes, des Tzizsches, des
Poykes, etc.

(3] Winde de Styrie et de Carinthie.

d. Dialecte des Podluzakes en Moravie, et peut-être des Charwates.

B. Branche centrale et occidentale. (Dobrowski.) 1. POLONAIS OU Liaiches.

Langue polonaise écrite et littéraire.

a. Dialecte de la grande Pologne.

b. —————— la petite Pologne.

c. Les Mazures en Mazovie et Podlachie; le dialecte mazure est très-impur.

d. Les Goralis, dans les monts Karpathes.

e. Les Kassubes , en Poméranie?

f. Les Silésiens-Polonais, avec le dialecte medzihorien, vieux polonais
mêlé d'allemand.

2. BOHÈMES ou Czeches (Tchekes).

a. Czeches proprement dits.

b. Czeches de Moravie.

* Langue czeche, écrite et polie, presque sans dialectes.

3. SLOWAQUES ou Slavons de la Hongrie septentrionale.

a. Dialectes slowaques des montagnes. Restes du Mahra- b. Diafecte des
bords du Danube. wany ou slavon c. Lidiome hanaque, en Moravie. de
Grande-Mod. L IdIOme stramaque (idem). ravie e L'idiomeschetagschaque
(idem), etc., etc.

* Dialecte du czeche, employé comme langue écrite.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

II. Wendes, ou Slaves Baltiques..

A. Wendes propres. (Vindili ?. Winidae.)

a. Wagri (Holstein oriental) X.

b. Obotriti ou Afdrede ( Mecklenbourg ) X.

c. Rani t.

d. Rugiens mêlés de Scandinaves X.

e. Lutitzi. j f. wiiz i. Brandebourg X.

g. Welatah,.

h. Havelli, etc. ;

i. Milzieni. f Saxe k. Serbes ou Sorabi.

1. Wendes d'Altenbourg X.

m. Regio SZavoizum, en Franconie X.

n. Luziizki. l T o. t Lusace.

o. Zpriawani. S> usace.

p. Polabes ou Linones X-

B. Wendes-Lithuaniens. (Venedae. Æstyi.) i. Pmczi ou Wendes-Goths.
(Gudaï. )

Langue prucze t i683.

2. Litwani ou Lithuaniens.

a. Langue litewka, écrite.

1. Dialecte de Vilna.

2. Dialecte schamaïte ou de SamogiLie.

3. Dialecte prussien.

b. Idiome kriwitze, en Russie blanche X.

c. Letton ou Lotwa.

1. Le letton de Livonie.

2. Le semgale, enSemgallic.

3. Dialecte des Rhedes , des Tamneckes, etc.

IV. FAMILLES FINNOISES OU TCHOUDES.

M.TIOVS ANCIENNES QUI ONT OCCUPÉ LES CONTREES FINNOISES.

1. Scythes d'Europe. Voyez plus haut; t 200 ans après J. -C.

2. Sarmates? t 400 après J.-C.

3. Iazyges (Iatwinges de l'histoire polonaise) ; t 1268.

4. Femii de Tacite, Zoumi (Suome) de Strabon. (Mn. )

5. Mstii ou Ehstes?. Voyez plus haut.

6. Scyri, Heruli, etc.? (Lelewel. ) 7. Huns européens, Ounni et Chuni de
la géographie ancienne clav sique. Race turco-mongolc.

8. Races inconnues soumises aux Huns.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

NATIONS ET LANGUES ACTUELLES.

A. Race Finnoise pure. (Adelung. Porthan. Pallas.)

1. Finlandais ou Suome.

a. Dialecte finlandais , propre dans le midi (langue écrite)b. -
tawastien divisé en : a] tawastien.

]3J satacundien.

y] ostrobolhnien.

e. - carélien ou kyriala divisé en : al Idiome de Savolax.

P ——————' Ingrie.

y —————— Rautalamb.

3 '—————- Carelie et Olonetz, etc., etc.

e —————— Cayanien ou quæne.

2. Ehstes. peut-être un reste des Æstii.

a. Ehste propre, divisé en : al Dialecte de Reval ou de la Harrie.

/3] —————— Dorpat ou d'Ungannie.

yj —————— Oesel.

b. Liwes ou Livoniens.

al Dialecte vieur-liwe.

P] - krewinien, etc.

B. Peuplesfinnois mélangés.

1. Permiakes ou Biarmiens, race peu connue, mêlée de Finnois et de
Scandinaves ?

Langue permiaque en deux dialectes.

a. Le permiaque.

b. Le siriaine.

2. Hongrois ou Magyar, Finnois subjugués par des Turcs et par une race
inconnue des monts Ouraliens ( Gyarmathy. Sainovicz).

Langue magyare, écrite.

a. Dialecte de Raab ou occidental. (Adelung. )

b. —————— Debretzin ou oriental.

c. —————— des Szekles, tribu de Transylvanie.

3. Lapons, branche finnoise mêlée avec une tribu hunniquc ( Hunsde
Scandinavie, de Grâberg)?

V. FAMILLE GERMANIQUE (*).

A. Branche Teutonique sur le Rhin et le Danube-.

TRIBUS ET IDIOMES ANCIENS.

Bastarnae -}-?? Idiome inconnu. (Voyez Slavons.) Suevi ou nomades t.
Suévique ancien inconnu.

(*) Adelung pour les détails, MB. pour les classiifcations historiques.
Nous avons qusss, consulté Grimm et Rask.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

Marcomanni. )

Quadi. > X Idiome haut teutonique.

Taurisci. )

Boiowarii. Dialecte mêlé de celto-boien..

Istœvones, plus tard Franci. j

Hermunduri ou Hermiones. > Le francique. (Gley.) Chatti. J Alemanni.
L'qllemanique. (Hebel.)

TRIBUS MODERNES ET IDIOMES EXISTAUS-

1. Suisses (Suèves remplaçant les Celtes Helvétiens ).

a. Idiome de Beme et d'Argovie.

b. - de la vallée d'Hasli.

c. - de Fribourg.

a] Patois welche de Mistenlach.

d. Idiome d'Appenzell.

e. - des Grisons.

2. Rhénaniens.

a. Dialecte de l'Alsace.

b. —————— Souabe.

a] de la forêt Noire ou haute Souabe.

(3 de Baar.

y J de la vallée du Neckar ou Wurtemberg.

8 de la Pindelicie. (Augsbourg , Ulm, etc.)c. Dialecte du Palatinat.

al Le wasgovien allemand.

(3 J Idiome du westerwald.

3. Danubiens ou branche marcomannique.

a. Bavarois.

al Dialecte de Munich.

(3' -————— Hohen-Schwangen.

yj ——— Salzbourg.

b. Tyrolien.

al Dialecte de la vallée de Zill.

pl — la vallée d'Inn.

y —————— Lientz.

8 —————— des soi-disant Cimbres du Véronais et du Vicentin (*).

c. Autrichien.

al Dialecte de basse Autriche, avec quatre variétés.

(3 - de haute Autriche.

y] - de Styrie, avec six variétés, entre autres celle de la vallée d'Ens
et de la vallée de Murr.

51 Dialecte de Carinthie.

1 - de Carniole.

ÇJ - des Gottschewariens.

d. Bohémo-Silésien.

a] Silésien en plusieurs variétés.

<. ) Je suis Hormayr, mais en me réservant la discussion d'un argument
cnooie néglige, et qui peut c hangée la face de la question,

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

(i Bohémo-allemand.

y Moravo-allemand, quatre variétés.

8 Hungaro-allemand, idem, entre autres l'idiome de Zips.

4. Franco-Saxons on moyens Allemands.

a. Dialectes parlés.

a Dialecte de Hesse.

(3 - de Franconie. (Nuremberg, Anspach, etc.) y - des monts Rhœn, etc.

8 - de l'Eichsfeld, etc.

c - de Thuringe.

Ç - de YErzgebirge.

Y; - de Misnie ou haut saxon moderne.

0 - de Livonie et d'Esthonie ( classes supérieures ).

i] - des Saxons de Transylvanie.

b. Langue écrite générale.

Le haut allemand ou le dialecte de Misnie régularisé.

B. Branche Cimbro-Saxonne, dans les plaines sur les mers Baltique et du
Nord.

PEUPLES ANCIENS.

Cimbri X (selon d'autres lotes-Scandinaves).

Angli /(j idiome anglique ancien X.

Saxones ( Ingœvones des Romains).

Heruli ? -j-, Lungobardi ou Vinuli de Cimbrie X, idiome vinulique.

Semnones ? t ? ( plutôt Slawes-Wendes ).

Cherusci, mélés aux Francs X.

Bructeri et Chauci, idem. X.

Frisones.

Batavi, selon les Romains, colonie des Chatti.

Menapii, etc., X.

Tungri.

DIVISIONS MODERNES.

i. Saxons ou bas allemands.

a. Saxon, proprement dit, ou idiome de basse Saxe.

et Dialecte poli de Hambourg, etc., etc.

j3 ho lstenois.

y sleswickois, entre la Slie et l'Eyder.

8 —————— des Marsches ou pays bas.

s hanovrien, en plusieurs variétés.

Ç —————— des mineurs du Harz.

ft de la Marche de Priegnitz ( reste du lungobardo-cimbrique ).

b. Saxon oriental.

al Dialecte brandebourgeois. (Markisch. )

(3 - prussien moderne, depuis 1400.

y poméranien moderne.

8 rugien.

t] - mecklenhourgeois.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

c. JVestphalien ou saxon occidental.

cx J Dialecte de Brème. r (3J - de la Westphalie centrale. I y] - de
l'ancien duché d'Engern, peut-être l'angrvvarien X. (M. Weddigen. )

8] Dialecte de Cologne.

e J -- de Clèves, etc., etc., etc.

i. Frisons.

* Ancien frison.

Dialectes modernes.

a. Frison proprement dit.

a] Frisons du nord ou de Cimbrie, divisés en dialectes de Bredsted,
d'Husum, de l'Eyderstedt t, des îles.

(3 ] Frisons de Westphalie, divisés en dialectes et peuplades : 10 de
Rustringen; 2° de Wursten; 3° de Saterland.

y] Frisons de Batavie, divisés en dialectes: ) 0 frison commun; 20
frison de Molckwer ( anglo-frison ) ; et 3° frison de Hindelopen.

b. Neerlandais ou batave moderne.

m] Hollandais, la langue écrite et polie.

0 Flamand, la langue écrite et polie.

7 Dialecte de Gueldre.

8 - de Zélande et de Flandre hollandaise.

4 - de Kemperland , mêlé du teutonique ou du haut allemand.

Ç ] Dialecte de la Mairie de Bois-le-Duc.

C. Branche Scandinave ou Normanno-gothique.

PEUPLES ET IDIOMES AKCIEKS.

lotique ancien, bas Scandinave.

ment établies dans ancien haut Scandinave.

Goths. ment établies danManheirnique, dialecte moyen, Mannes. ernes.

Vanes, etc. ) (Alvismâl.) ( ^source des langues modernes.

ranae..

f Alanique, semblable au go"] I thique t.

I a. Rhos-alanique ex dans ~~-?. L le russe), Vater.

Rhos ou Roxolani? Chique ancien.

, 1 a. Ostrogothique ( X en Lithuaniens) Peuples de race 1 Oukraine et
en Italie).

Lithuan i ens. ) „ Lithuaniens.) ) scandinave mê- I b\ Vl^ëothique (X en
PoSegri lés de Slavom;, logne et en Espagne. )

ge • Segri. de Wendes elogne et en Espagne. )

Lungobardi ou Vinuh dautresnations d'Ulfilas, mêlé).

émigrés su b juguées. Hérulique, tr è s-incertain, Vandali 1 subjuguées.
Hérulique, très-incertain, Iuthwzgi. mêlé, selon quelques-uns ,
Burgundioncs. de â„¢"

Lwzgobardzque, peul-être de l'iotiquo ou du cimbre.

/?Mr~wt<~!'~ftC, peut-être normannique mélé du wende.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

DIVISIONS MODERNES.

Le normannique ou langue générale des VIII0 et IXe siècles ( langue des
Scaldes et de l'Edda), alt-nordÙch de Grimm.

i. Le norvégien ( norréna ) des Xe et XIe siècles.

a. Islandais, langue des Sagas , encore écrite.

b. Norvégien des vallées centrales.

c. Dalécarlien (ou dalska ) occidental.

d. Iemtelandais avec l'helsinguais.

e. Dialecte des iles FÅ“roe.

f. Le norse aux îles ShetlaJul.

a. Le suédois ( svensk ), depuis i4oo.

a. Suédois (langue écrite).

a j Dialecte d' Upland avec la variété de Roslag (3 - de Norrland.

7 Dalécarlien oriental (idiome plus ancien ).

S Suédois de Finlande, avec quelques variétés.

b. Gothique moderne.

a 1 JVestrogothique.

(3 Ostrogothique.

y J Dialecte de WerT/Iileland et Dal ( les Vanes ? )

8i - de Smoland.

t - de l'île de Runœ en Livonie.

3. Le danois (dansk), depuis 1400.

a. Danois.

al Dialecte des iles danoises ( langue écrite).

rn - de Scanie jusqu'en 1660.

7] - de l'ile de Bornholm ( idiome ancien de 1200 ) 8] Le norvégien
moderne (norsk), dans les villes et les basses vallées ( langue écrite ).

b. Jutlandais ou iotique moderne.

« Normanno-iotique dans le nord et l'ouest.

(3 Dano-iotique, le long du Petit-Belt.

y Anglo-iotique, dans le canton d'Anglen.

D. Branche Anglo-Britannique.

PEUPLES ET IDIOMES ANCIENS.

Cumbri 1 Voyez ci-après familles celtiques.

Gaulois- Romains. Romana rustica X.

anciens Germains ou Scandinaves. Ancien dialecte gothique ou scan.

(Tacite.) dinave , a. 100 avant J.-C. X.

t Langue anglo-saxonne, a. 449-900 X.

I a. angle, au nord de la Tamise.

Saxons. b. saxon, au sud de la Tamise.

Jutlandais. ( c. iotique, dans le Kent.

Danois. Langue dano-saxonne, 800-1040 X.

Normands. Idiome français-neustrien, depuis io66 X.

DIALECTES ACTUELS.

a. L'anglais proprement dit ( langue écrite).

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Suite du Tableau synoptique des peuples européeiirs, etc.

a Dialecte de la Cité de Londres ( le cockney).

(3 - d'Oxford et du centre.

y - de Sommerset.

J - du pays de Galles (anglais).

t - des Irlandais-Anglais (accent hibernien ).

S - des Anglais de Wexfordshire.

n Idiome jowring dans le Berkshire, 0 - rustique de Suffolk et de Norfolk.

b. lïanglais-northumbrien (dano-anglais).

al Dialecte de Yorkshire.

û 1 Lancashire.

y] Cumberland et JVestmoreland.

c. L'écossais (anglo-scandinavc).

a] L'écossais propre, Lowland Scotch (langue écrite).

PJ The border-language, idiome mélangé des provinces frontières.

yl L'idiome des Écossais d'Ulster en Irlande.

8] L'idiome des îles Orcades.

d. L'anglo-américain, qui paraît s'éloigner peu à peu de l'anglais,
etc., etc.

YI. FAMILLE CELTIQUE.

PEUPLES ET IDIOMES AN CI El* S. MB.

l. Celtes-Danubiens. Idiomes inconnus.

a. Helvetii t.

b. Boii Xc. Scordisci t.

d. Alhani d'Illyrie ?. Mots celtes dans l'albanais.

e. Cotini en Sarmatie, etc. (Tacite).

2. Celtes-Italiens X. Idiomes peu connus.

a. Ligures ou Ligyes, jusqu'au Rhône.

b. Insubri, Cenomani, etc.

c. Rhasenœ, ou Etruriens ?. Mots dans la langue étrusque X.

d. Ombri, etc., etc.

( Voyez plus haut Pélasges-Italiens. )

3. Celtes-Gaulois X. Langue celtique ou gallique des liisrtoriens romains.

a. Salyes.

b. Allobroges, etc. (les peuplades des Alpes).

c. Volcœ, peut-être Belges.

d. Arverni (ausi Latio se dicerefratres).

e. Mdui, Sequani, Helvetii.

f. Bituriges, etc., etc.

g. Pictones, Santones, etc.

h. Veneti, etc.

i. Canmtes, Cenomani, Turones, etc. ( La Celtique des Druides. )

k. Colonies directes aux lies Britanniques ?.

* Les Picti des Pictons ?.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

I. Colonies en Espagne. Langue celtibérienne.

a] Les Celtibères divisés en six tribus.

Berones. Lusones.

Pelendones. Belli.

Arevaci. Ditthi.

(3] Les Celtici sur X Anas.

4. Celtes-Hiherniens.

a. lerni (Iverni, Hiberni) dans l'Irlande. , Langue erse ancienne ?.

b. Scotiy passés en Ecosse.

c. Silures, dans le Galles méridional X.

d. Damnonii, dans le Cornouailles X.

e. Les Celtes de Galice.

a] Artabres ou Arotrebes.

(3 Nerii.

y Prœsamarcœ.

8 Tamarici f. Les Oystrimnes.

5. Celto-Germains ou Belges. Langue belgique ou cclto-germanique X.

a. Belges continentaux X.

al Belges proprement dits.

P Treveri, Leuci, etc.

y Nervii.

8 Morini.

c] Menapii, Tungri, etc. (Voyez plus haut. )

b. Belges trans-marins ou CeltoBretons ou Cumbres X. Langue
celto-bretonne, kumbrique ou cambrique.

ex] Belgœ de Wiltshire, Atrebates, etc.

fi l Cantii.

y] Brigantes, Parisii, etc.

8 Menapii, Cauci, etc. d'Irlande.

c. Les Galates ou Gaulois d'Asie. (Saint Jérôme t. )

PEUPLES ET IDIOMES ACTCELIiEMEKT EXISTAIS.

1. Celtes proprement dits.

a. Les IrlandaiS} ou Ires. f ( a. Dialecte erse ou erinach.

b. Les « Calédo- Languegallique. b. - caldoizach.

niens ou High-1 landers. )

al dans les Highlands.

{3 dans l'Illster.

y ] Idiome manck dans l'ile de Man.

81 Idiome de Waldcn dans l'Essex.

2. Kumbres ou Celtes-Belgiques.

a. Les Gallois ou Wehh. Langue welche.

a. Dialecte de Wallis.

b. - de Cornouailles t

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

b. Les Bretons ou Breyzad. Langue bassehretollne.

a. Breton bretonnant ou la tréconienne.

b. La léonarde.

c. La cornouaillière.

d. La vanne leuse.

VII. FAMILLES IBÉRIENNES (*).

1. Les Turdetani. Idiome inconnu, cultivé il y a 6,000 ans. (Strabon.)
2. Les Konii (Cynètes, Cynesii). Mots finnois et slavons ?

* Les Concani, etc.

3. Les Lusitani. Dialecte inconnu t.

4. Les Kallaïki ou Gallœci. Peut-être Celtes d'une branche inconnue X.

5. Les Astures. id. t.

6. Les Vaccœi. id.

7. Les Vetiones. id.

8. Les Carpetani. }' 9' Les Oretaizi. Dialectes inconnus de la langue
ibé10. Les Editani. DIalectes IDconnus de la langue lbc- i i. Les
Basietani. i nque X.

Il. Les Bastetanl..

12. Les Contestani. J 13. Les Ilergetes. Idiomeosque; dialecte du basquef.

(MB.) * La Vescitania avec Osca.

1 4. Les flercaones. j 1 5. Les Laletani. Dialectes ibériques inconnus.

16. Les Cerretani. )

17. Les Aquitani. Dialecte basque.

18. Les Cantabri. id.

19. Les Vascones. Langue basque ou ibérique. (De Humboldt.) a. Dialecte
lapourdan.

b. - guypuscoen.

c. viscayeiz.

VIII. LANGUES CELTO-LATINES.

A. Italiens.

* La langue romana rustica , comme souche commune, a. 1000.

1. Italien septentrional.

a. Dialectes halo-français.

ex ] Dialecte du Piémont.

/3 J du Frioul avec les variétés de Fassa, LivÙzalongo, etc.

b. Dialectes liguro-italiens.

a 1 Le génois ou zenèse (idiome écrit).

j31 Dialecte de Monaco.

y ] - de Nice.

8 -- d'Estragnolles, etc., etc.

(*) NOll ne pouvons adopter entièrement la théorie aavante de M. le
baron Guillaume de Humboldt.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

c. Dialectes lombards.

a Le milanais avec quelques idiomes.

fi Le bergamasque (idiome burlesque).

y Le brescien.

3 Le modénois.

E Le bolognois.

Ç Le padouan.

2. Italien méridional et oriental.

a. Dialectes vénitiens.

a Le vénitien propre (idiome écrit et poli).

(3 ] Le dalmate-italien.

y J Le corfiote.

S Le zantiote.

E ] L'italien de quelques iles de l'Archipel.

b. Dialectes toscans.

a Le toscan pur (langue de la littérature et du beau monde).

(3 ] Le florentin vulgaire.

y 1 Le sieimois ou scuiese (écrit et poli).

3 Le pisan." e j 1 Le lucquois.

Ç 1 Le pistoyais.

Y) ] L'arrezan avec plusieurs variétés.

* Dialectes de l'Ombrie et des Marches ? ?.

c. Dialectes ausoniens.

et] Le romain poli.

* Transtevérin, jargon vulgaire.

P j Le sabin avec les Abruzzes.

y j Le napolitain (dialecte écrit)

3 Le calabrois.

E] L'apulieiz. (Pugliese.) Ç ] Le tarentin ou gréco-apulien.

Y) ] Idiome de Bitonto.

3. Italien insulaire.

a. Sicilien.

et] Sicilien du XIIe siècle (langue écrite poétique) X.

P J Sicilien moderne (langue écrite).

* Dialectes peu connus.

b. Sardinien.

et] Sarde divisé en deux variétés.

i. Il campidanese (dialecte écrit).

2. Al capo di sopra.

(3 ] Toscan de Sassari, etc.

y J Catalan ou algarese. (D'Algheri.) c. Corse.

B. Romanique (Provençal, Occitanique) (*).

a. Romanique des Alpes.

i. Rhétien ou romanique des Grisons et du Tyrol.

(*) Les savantes recherches de MM. Raynouiud, Cliampollion-Figeac et
Sismondi, ont déterminé l'extension donnée à cette branche nouvelle que
nous avions d'abord établie sous le nom du Provençal ou Occitanique.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

a ] Dialectes du hautpays des Grisons , savoir : 1 ° de Schams ; 2° de
Heinzenberg ; 30 de Domlesch ; 4° d'Oberhalbstein ; 5° de Tusis.

(31 Le rumonique des plaines et des montagnes.

y] Le ladinum à Coire, avec 10 le haut engadin; 2° le bas engadin.

S ] L'idiome gardena , ou de la vallée de Groden.

Valaisan, ancien idiome celto-romain. (Bas-Valais.) !. Helvétique ou
romanique de Fribourg.

a ] Lo gruverin, dans le haut pays.

(3 Lo quetzo, dans le milieu.

y ] Lo broyar, dans le bas pays.

b. Provençal.

Le provençal proprement dit (langue écrite).

a 1 Dialecte d'dire.

P J - de Berry.

Le languedocien propre.

a] Dialecte toulousain ou le moundi (langue écrite).

|3 nismois.

y - des environs de Nice.

8 Le rovergat.

e Le valayen.

Le dauphinois plus mêlé de celte (langue écrite).

et] Le bressan.

P J Le dialecte du Bugey.

L gascon.

a Le gascon de Gascogne.

PJ Le tolosan populaire, distinct du mOU/ldi.

y J Le béarnais francais.

S ] Le limousin actuel avec le périgourdin.

c. Romanique ibérien.

Le limousin ancien.

Le catalan.

Le valencien (langue écrite).

Le mayorquain.

* Lingua franca, idiome mixte, dont le catalan, le limousin, le sicilien
et l'arabe, forment la majeure partie.

C. Espagnol j divisé en deux branches.

a. Le castillan (langue écrite et polie, nommée dans les provinces el
romanze).

1. Dialecte de Tolède (le plus pur).

2. -- de Léon et des Asturies.

3. L'aragonais.

4. L'andalous.

5. Le murcien.

b. Le galicien ou galego.

1. Le galego proprement dit.

2. Le portugais (langue écrite et littéraire), divisé en variétés
d'Alemtejo, de Beira et de Minho.

3. Le dialecte àiAlgarve.

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Suite du Tableau synoptique des peuples européens, etc.

D. Français.

LANGUES DU MOYEN AGE.

a. La romane du nord ou franco-romane (langue des trovères) X.

b. La celto-romane à l'ouest et au centre X.

c. La vasco-romane dans la Gascogne X.

d. La romane pure ou l'ancien provençal (langue des troubadours) x
LANGUE MODERNE.

Le français académique (langue écrite , langue sociale de l'Europe).

Les dialectes parlés.

a. Dialectes français anciens du nord.

1. Le wallon ou rouchi à Namur, à Liège. f Branches de la langue franc
o2. he flamand français. romane du nord.

3. Le picard avec Y artésien. )

b. Dialectes modernes du nord.

1. Le normand.

2. Lefrançais vulgaire (de l'Ile-de-France), avec le champenois.

3. Le lorrain avec le vosgien.

4. Le bourguignon.

5. l'orléanais et le blaisois.

6. L'angevin et le manceau.

7. Le français de Berlin, de Frédéricia, etc. (style réfugié).

8. Le français-canadien, venu des bords de la Loire.

c. Dialectes du centre et de l'ouest.

I. L'auvergnat. t2. Le poitevin ou pictave. f 3. Le vendéen. Tenant par
l'accent au celte.

4. Le bas-breton français. I 5. Le berrichon. ]

6. Le bordelais et autres dialectes gasconnans.

d. Dialectes de l'est.

1. Le franccomtois, avec les variétés, Iole bâlois 1 20 le neuchâtelois.

2.. Le vaudois ou reman (romain) 3. Le savoisien (avec le genevois,
idiome poli). ,

4. Le lyonnais.

5. Le dauphinois des villes.

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Tableau général des langues européennes, extrait de l'Atlas
ethnographique de M. A. BALBI.

I. FAMILLES DES LANGUES BASQUES ET CELTIQUES.

FAMILLE BASQUE OU IBERIENNE, Divisée en deux branches.

a. Langues éteintes depuis long-temps : Idiomes des Turdetati,
Carpetani, Lusitani, etc. , etc.

b. Langues anciennes encore vivantes : Escuara ou basque.

FAMILLE CELTIQUE , Divisée en deux branches.

a. Langues anciennes éteintes depuis long-temps : Idiomes des Bituriges
, Ædui, Senones, Galates, etc.

b. Langues anciennes encore vivantes : Galique, gaèlic ou celtique propre.

Cyraeg, kumbre ou celto-belgique.

M. FAMILLE DES LANGUES THRACO-PELASGIQUES OU GRECO-LATINES , Divisée en
quatre branches.

a. Thraco-illyrienne : Idiomes des Phrygiens, Troyens. Lydiens , Thraces
, If/acedoniens, Illyriens anciens , etc.

4lhanais. skip ou schypc.

b. Etrusque : Etrusque. ?

c. Pelargo-hellénique : Idiomes des Pélasges, Crétois. Oenotres,
Arcadiens , etc., etc.

Hellénique ou grecque ancienne.

Romeika, aplo-hellenica ou grecque-moderne.

<1. Italique : Idiomes des Aborigènes , Lucani, Piceni, etc. , etc.

Latin.

Roman.

Italien.

Français.

Espagnol.

Portugais.

Valaque, ou langue Daco-latill.

III. FAMILLE DES LANGUES GERMANIQUES , Divisée en quatre branches.

a. Teutonique : Idiomes des Quadi, Marcotnani, Hermonduri, Chatti, etc.
,etc.

Haut-allemand-ancien, ou althochdeutsch.

Allemand proprement dit , ou Deutsch, dit aussi allemand moderne.

b. Saxonne, ou cimbrique : Idiomes des Cimbri, Angli, Saxons , etc..
etc. i ajicien saxon, Bas-allemand-ancien, ou altniederdeutsch, dit
aussi ancien saxon.

Bas-allemand-modeme, ou niederdeutsch, dit aussi saxon moderne.

Frison ou Friesisch.

Neerlandais ou Batave-modemc (hollandais et flamand).

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Suite du Tableau général des langues européennes, extrait de l'Atlas
ethnographique de M. A. BALBI.

c. Scandinave ou normano-gothique : Idiomes des Iotes , Gotlts,
Ostrogoths, Vandales ? Hérules ?

Bourguignons, etc.

Mésogothique.

Normanique ou altnordisch du docteur Grimm.

Norvégien.

Suédois (svensk).

Danois.

d. Anglo-britannique : Anglo-saxon.

Anglais.

IV. FAMILLE DES LANGUES SLAVES, Divisée en trois branches.

a. Russo-Illyrienne : Slavon, slavenski , servien , serbe, illyrien ou
mtenu.

Russe, rouski ou Misse moderne.

Croate.

Winde.

b. Bohémo-Polonaise : Bohème ou Thhekhe.

Polonais.

Serbe ou sorabe.

c. Wendo-lithuanienne ou germano-slave.

IVende.

Prueze ou ancien prussien.

Lithuanien ou lithuanisch.

Lette, lettwa ou Lettisch.

V. FAMILLE DES LANGUES OURALIENNES, Nommées communément FINNOISES ou
TcHeuDLs, Divisée en cinq branches.

a. Finnoise germanisée : Finnois proprement dit ou Suomtllkieli.

Esthollien.

Lapon.

Live.

b. Volgaïque rcheremisse.

Mordouiu.

c. Pcrmienne : Permien ou Biarmicn.

II/otieque.

d. Hongroise ou hongorienne Hongrois ou madjar.

Il ogoul.

Ostiaque ou obi-ostiaque.

e. Incertaine : Hunnique ?

Avare ?

Bulgare ?

Khazare ?

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LIVRE CINQUANTE-UNIÈME.

SUITE de la Description de PEurope. - Description de la France.

— Coup d'œil historique sur cette contrée.

-------NOBLE dispensatrice des palmes de la gloire, asile du goût et des
beaux-arts, la France exerce sur l'univers intellectuel une influence
semblable à celle qu'avait jadis la Grèce sur le monde civilisé; sa
langue, répandue dans toutes les contrées, est celle des cours et de la
diplomatie; sa littérature est chez toutes les nations l'aliment des
esprits éclairés. Dans les travaux scientifiques, elle a peu de rivales;
et, couverte de lauriers toujours verts, elle a plus d'une fois dicté
des lois à l'Europe, effrayée de sa suprématie militaire. Terre de
l'indépendance et de la liberté, deux fois en quarante ans la noble
nation que tu nourris a reconquis ses droits sur le despotisme aveuglé
par des flatteurs à gages, et ton exemple eut pour imitateurs plus d'un
peuple généreux. Tu vis quitter ton heureux rivage à la première armée
qui franchit l'immensité de l'Atlantique pour voler au secours d'une
nation opprimée; c'est sur ton sol que, pour la première fois, la
dignité de l'homme fut proclamée; enfin il suffit que l'esclave étranger
franchisse ta frontière hospitalière, pour que ses chaînes tombent
brisées à ses pieds.

Celui qui d'un Å“il philosophique mesure la profondeur de certaines
questions, qui font de la géographie une science nouvelle, quelle cause
assignera-t-il à ces grands caractères pas lesquels une nation se
distingue de tant d'autres nations voisines? Donnera-t-il à l'influence du

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climat plus d'importance qu'elle n'en a? mais le climat de la France
n'offre point ces limites extrêmes de froid et de chaleur qui peuvent
agir sur la constitution physique et morale de l'habitant. Chère,
ra-t-il dans les inégalités du sol cette cause qui F,r_ît être
insaisissable? mais il n'y verra ni ces vastes plaines, ni ces hautes
chaînes de montagnes, qui déterminent l'homme à devenir agriculteur ou
pasteur, et qui influent si puissamment sur le degré de civilisation qui
lui est propre. Contraint d'abandonner les conjectures tirées du climat
et du sol, il aura recours aux connaissances physiques et
ethnographiques dans cette question qui doit jeter de l'intérêt sur la
description d'une contrée dont les lumières ont contribué à éclairer
l'Europe, à affranchir le Nouveau-Monde, et dont les commotions
politiques ont ébranlé des empires.

La population de la France appartient, sous le rapport physique, à deux
espèces et à trois races principales (1).

Ces deux espèces sont originaires d'Asie. L'ESPÈCE SÉMITIQUE comprend
trois races : la race celtique, la race pélasgienne et la race arabe ; 1
ESPECE SCYTHIQUE nous offre la race germanique (2).

La race celtique se divise en deux grandes familles. D'après le savant
historien des Gaulois (3), nous partagerons la nombreuse famille
gauloise en deux branches : la branche gallique, comprenant les anciens
Galli ou les Gais, et la branche Kimrique ou des KÙnri, divisée
elle-même en deux rameaux, les Kimri de la première invasion, mélangés
en grande partie avec les Galli, et qu'on pourrait appeler celle des
Gallo-Kimri, et les Kimri de la seconde invasion ou Belges (Belgæ). La
famille ibèrienne se partage en deux branches, les Aquitani et les
Ligures, qui

(1) Voyez tom. I, liv. XLIII".

(a) A. Desmoulins : Histoire des races humaines.

(3) M. Amédée Thierry ; Histoire des Gaulois, tom. II.

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habitent les pentes des Pyrénées, les bords de la Garonne et les rivages
de la Méditerranée.

La race pêlasgienne comprend aussi deux familles : la famille
grecque-ionienne, qui habite une partie de l'ancienne Provence, et la
famille gréco-latine qui occupe la Corse.

La race arabe se compose de toute la population juive répandue dans les
diverses parties de la France.

La race germanique comprend les habitans des anciennes provinces
d'Alsace et de Lorraine.

Les changemens de mœurs, les progrès de la civilisation peuvent altérer
le caractère d'un peuple, mais non le changer entièrement : qui ne
reconnaîtrait les Français de nos jours dans le portrait que César,
Strabon et d'autres auteurs nous ont laissé des anciens Celtes? Malgré
leur mélange avec les Francs, leurs vainqueurs, les traits qui les
distinguaient ne se sont point effacés. Les Celtæ- Galli, ou les
Gaulois, étaient gais, frivoles, spirituels et satiriques , prompts dans
leurs résolutions, intrépides dans les combats, attachés à leur patrie
et jaloux de leur liberté. Leur franchise et leur susceptibilité sont
telles, dit le géographe grec ( 1 ), que chacun ressent les injustices
qu'on fait à son voisin, et qu'ils éprouvent le besoin de manifester
hautement leur indignation. Ils aiment à parler de leur gloire, ajoute
César (2) ; mais leur inconstance fait qu'ils sont aussi présomptueux au
moment de leurs succès que faciles à décourager à la moindre défaite.
D'autres auteurs anciens nous les représentent remplis d'ostentation et
de recherche dans leur parure (5); prévenans envers les étrangers, et
portant l'exercice de l'hospitalité jusqu'à punir de mort l'assassin
d'un de ceux-ci, tandis que celui d'un citoyen n'était puni que par
l'exil. Dès la

(1) Strabon, liv. IV, cliap. iv.

(a) De Bell. Gall., lib. III.

[SJ Ammien Marcellin, liv. LXV, chap. XIII.

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plus haute antiquité, l'amour de la liberté avait fait établir chez eux
l'usage de choisir leurs magistrats, de restreindre l'autorité du
prince, et de n'accorder des subsides qu'après en avoir délibéré dans
leurs assemblées populaires. La politesse qui les distinguait de tous
les peuples que les anciens comprenaient sous le nom de barbares; la
facilité avec laquelle ils adoptèrent la civilisation et les arts des
Romains, contribuèrent à cimenter l'estime que ceux-ci leur
conservaient. Tels étaient les Celtes, tels sont encore les Français
sous pl usieurs rapports. Ainsi s'expliquent les différences que l'on
remarque entre ce peuple et les autres Européens : la race celtique
devait à sa constitution physique les qualités qui la rendaient
susceptible d'un certain degré de perfectibilité ; ces qualités se sont
perpétuées d'âge en âge ; le sol qu'elle occupait jadis et qu'elle
occupe encore s'est vivifié par ses soins; et, tant que les cœurs
français seront ouverts aux idées généreuses, la France sera la plus
florissante contrée de l'Europe.

Les peuples de la race celtique, que les anciens nommaient Galli ou
Valli, s'étaient déjà rendus célèbres en Europe par leurs conquêtes,
plus de sept siècles avant l'époque que l'on assigne à la fondation de
Rome. Nous ne remonterons point jusqu'au temps incertain de leurs
premières migrations : l'histoire n'en a conservé que des souvenirs
confus. On sait qu'ils firent plusieurs invasions en Italie, et que
Rome, au faîte de sa puissance, employa des forces considérables pour
les subjuguer. Soixante ans de guerre et de carnage suffirent à peine
pour réduire en 1 provinces romaines leur contrée, qui occupait à peu
près exactement l'espace qui forme aujourd'hui le royaume de

France. Ce fut César qui eut la gloire de terminer cette expédition;
c'est d'après les renseignemens qu'il a laissés que les Romains
apprirent à connaître les différens peu- ples de cette partie de la
Gaule qu ils appelaient Trans-

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alpine ( Gallia Transalpina). Lorsque. ce général y entra , elle était
partagée entre trois nations principales : les Celtœ

et les Aquitani, appartenant évidemment à la race celtique, quoiqu'ils
se distinguassent par un langage différent, et les Belgœ ou Kimbri qui,
bien que Celtes, parlaient un idiome germanique. Ces derniers occupaient
le nord de la contrée. Sous Auguste, la Gaule fut divisée en quatre
provinces (0;. Probus la partagea en sept (2) ; Dioclétien en douze (3)
; Valentinien. en quatorze (4) ; et sous l'empire de Gratien leur nombre
s'éleva à dix-sept (5). Nous allons passer en revue les principaux
peuples des quinze provinces qui comprenaient le territoire actuel de la
France (6).

La première Narbonnaise (Narbonensis prima), formée du Roussillon, de la
plus-grande partie du comté de Foix et du. Conserans, était habitée par
les Sardones, qui tiraient peut-être leur origine d'une colonie
illynenne; et par les Volcœ, divisés en orientaux, surnommés Areoomici,
dont les terres s'étendaient jusqu'aux rives du Rhône, et en
occidentaux, appelés Tectosages, peuples guerriers qui portèrent leurs
armes en Germanie, et fondèrent en Asie Ancyre, dans un pays qui, de
cette population gauloise ou gallique, reçut le nom de Galatie.

La deuxième NarvÕnnaise (Narbonensis secunda), qui

(1) La Belgique, la Celtique, l'Aquitanique et la Narbonnaise.

(2) La Belgique, la re et la 2e Germanie, la Lyonnaise, la Viennoise, la
Narbonnaise et l'Aquitaine.

(3) La ire et la 2e Belgique., la ira et la 2e Gcrmapie, la grande
Séquanaise, la ire et la 2e Lyonnaise, la Narbonnaise., la Viennoise et
l'Aquitaine, auxquelles on réunit les-Alpes grecques, comprenant une

partie de la Suisse ct de la, Savoie, et les Alpes maritimes,
renferman-t une partie de la Provence et du comté de Nice.

(4) Par la subdivision de l'Aquitaine en trois : la 1 Te et la 2e
Aquitaine, et la Novempopulanie.

(5) Par lé partage des deux Lyonnaises en quatre, et de la Narbonnaise
en deux.

(G) Les Alpes grecques formaient une partie de la Savoie ; nous parle"
rons de la 2° Germanie aux livres de la Belgique et de la Hollande..

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comprenait la plus grande partie de la Provence, était peuplée par les
Tricorii, dont Tite-Live fait mention en parlant de l'expédition
d'Annibal ; les Salluvii ou Salyes, redoutés par leurs voisins, et les
Oxybii, qui se signalèrent contre les Romains.

Les Alpes maritimes ( Alpes maritÙnæ) renfermaient une partie du
Dauphiné, de la Provence et du Piémont.

Dans ce qui dépend du sol de la France, on voyait les Caturiges, qui
voulurent disputer le passage de leurs montagnes à César.

La Novempopulanie ( Novempopulania ) occupait le territoire de la
Gascogne, de l'Armagnac, du Béarn et de la Basse-Navarre. Elle était
peuplée par les Boii, qu'Ausone surnomme Picci parce qu'ils
recueillaient la poix-résine dont les landes abondent; par les Ansci,
qui habitaient le pays d'Auch; par les Bigerrones, qui occupaient le
Bigorre et le Béarn, et qui l'hiver se couvraient de peaux d'animaux;
par les Tarbelli, sur le territoire de Tarbes, et les Tarusates, qui
imitèrent les précédens en résistant à César et à Crassus.

La première Aquitaine ( Aquitania prima), la plus importante province de
la Gaule, dans laquelle étaient compris le Quercy, le Rouergue,
l'Auvergne, le Bourbonnais, la Marche, le Limousin, le Velay avec le
Gévaudan et une autre partie du Languedoc. le Berry, ainsi qu'une partie
du Poitou, renfermait les Cadurci, dont Cahors était la principale cité,
les Arverni ou les Auvergnats, l'une des nations les plus belliqueuses
de la race celtique; les Lemovices, ou Limousins, qui mettaient sur pied
une armée de 10,000 hommes, et les Bituriges Cubi, qui, long-temps avant
la conquête de César, possédaient un vaste territoire.

La seconde Aquitaine (Aquitania secunda) occupait une partie dû Poitou ,
la Saintonge , l'Angoumois, le Périgord et l'Agenois, avec le reste de
la Guyenne. Elle était peuplée par les Pictones ou Pictavi, nos
Poitevins ; les

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Santones qui occupaient les territoires de Saintes, de Coignac et
d'Angoulême ; les Petrocorii, ancêtres des Périgourdins ; les Meduli,
habitans du pays de Médoc, et les Bituriges Vivisci, maîtres du Bordelais.

La Viennoise ( Viellnensis) comprenait une partie de la Provence avec le
comtat Venaissin, du Dauphiné avec la principauté d'Orange , du
Languedoc et de la Savoie avec le territoire de Genève. Ses principaux
peuples étaient les Anatilii, sur les deux rives du Rhône ; les puissans
Cavares et les Allobroges, sur la rive droite de ce fleuve ; les
Vocontii, nation policée et guerrière que Rome compta au nombre de ses
alliés, ainsi que celle des Helvii.

La Grande Séquanaise ( Max in in Sequanontm) réunissait une partie de la
Bourgogne, de la Franche-Comté et du pays de Bassigny, à la Bresse et à
une portion de l'Helvétie. Toute la partie aujourd'hui française de
cette province romaine formait le territoire des Sequani, d'où les
Romains tiraient le meilleur porc salé (1).

La première Lyollnaise (LllgdullCllSis prima), composée du Lyonnais, du
Beaujolais, du Forez et d'une partie de la Bourgogne, du Nivernais, de
la Franche-Comté et de la Champagne, comptait trois peuples importans :
les Ambarri, qui, sous le règne de Tarquin l'Ancien, envoyèrent des
colonies en ltal;e; et les Ædui, l'un des peuples celtiques les plus
puissans, allié des Romains avant que César entrât dans la Gaule, et
gouverné par un président ou par un chef électif qui ne pouvait sortir
du territoire de la république.

La seconde Lyonnaise (Lugdunensis sccllnda), comprenant la Normandie, le
Vexin français et la plus grande partie du Perche, renfermait neuf
peuples, dont les noms se rapportent encore à certains lieux. Les Ca/cfi
habitaient le pays de Caux; les Eburoviccs, le territoire dË-

t1) Sirabon, lib. IV, cap 111, 'i 2.

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vreux; les Lexovii, celui de Lisieux; les Saii, celui de Séez; les
Baïocasses, celui de Bayeux; les Venelli, celui de Valogne; les
Avrincatæ, celui d'Avranches ; les Viducasses, la cité de Vieux,
aujourd'hui petit village des environs de Caen ; et les Veliocasses, le
Vexin.

Dans la troisième Lyonnaise (Lugdunensis tertia), les Redones, sur le
territoire de Rennes ; les Veneti, peuples puissans et navigateurs, sur
celui de Vannes; les Namnetes, sur celui de Nantes; les Arvii, habitant
les bords àe l'Arve qui se jette dans la Sarthe; les Cenomani, aux
environs du Mans ; les vaillans Andecavi, sur le territoire d'Angers; et
les pacifiques Turones, ancêtres des Tourangeaux, indiquent que cette
province comprenait la Bretagne, le Maine, l'Anjou et la Touraine.

Dans la quatrième Lyonnaise (Lugdunensis qua'rta), six peuples se
partageaient la Beauce, l'Ile-de- France, la Brie , une partie de la
Champagne, de la Bourgogne et du Nivernais , le Gâtinais et l'Orléanais
: les Carnutes, dans le pays Chartrain ; les Parisii, sur le territoire
de Paris ; les Meldi, sur celui de Meaux ; les Tricasses, aux environs
de Troyes ; les Senones, qui occupaient le pays de Sens et d'Auxerre, et
qui envoyèrent des colonies armées en Italie; enfin les Aureliani, le
plateau d'Orléans.

fa première Belgique (Belgica prima) se composait du dqché de Luxembourg
et d'une partie du territoire de Trèves et de la province de Gueldre,
occupép par les Treveri et les Cœresi dont nous parlerons plus tard. Sur
le territoire français, elle renfermait les Mediomatrici qui habitaient
le pays Messin ; les Verodunellses, celui de Verdun ; et les Leuci, qui
occupaient un territoire considérable, comprenant aujourd'hui Bar, Toul
et une partie de la Lorraine.

- Dans la seconde Belgique (Belgica seczmda), on voyait les braves et
fiers Nervii, qui dans les combats ne recu-

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laient jamais, et qui habitaient une partie du territoire belge, le
Hainaut et le Cambresis; les Morini, peuple industrieux, renommé par ses
tissus de lin, et qui tenait une partie de la Picardie et notre Flandre
; les Atrebates, dont le nom présente quelque analogie avec celui
d'Artésien ; les Ambiant, renommés par leur cavalerie, sur le territoire
d'Amiens; les Bellovaci, dans le Beauvoisis ; les Sylvanectes, dans le
pays de Senlis ou le Valois; les Suessiones, nation puissante qui
habitait le Soissonnais et une partie de la Champagne; les Remi, sur le
territoire de Reims et de Laon; et les Catalauni, qui possédaient celui
de Châlons.

La première Germanie ( Gennania prima), qui s'étendait sur les deux
rives du Rhin, comprenait, hors du territoire actuel de la France, les
Treveri et les IVemetqs, les Vangiones et les Tribocci, dont nous
parlerons en décrivant les principautés allemandes; dans notre province
d'Alsace une partie des Tribocci occupaient le pays de Strasbourg et de
Saverne , et les Rauraci, alliés des Helvetii, étaient maîtres* des
environs de Neuf-Brisac.

Divers dialectes particuliers à chacune des grandes nations qu'elle
formait divisaient les nations appartenant à la race celtique. Leurs
classes lettrées paraissent avoir connu les caractères grecs ; cependant
il est probable que les Veneti et d'autres peuples appelés Armoriques
(1), c'est-àdire maritimes, parce qu'ils habitaient les bords de la mer,
avaient adopté l'écriture des Phéniciens par suite de leurs

rapports commerciaux avec ces derniers. Quant aux Celtes de l'Irlande,
on croit qu'ils se servaient de caractères particuliers. Il ne reste
plus de ces idiomes que le gal/ique, que l'on parle encore dans
plusieurs des îles Britanniques, et qui se divise en diverses branches;
le kumbre (kimri) ou le celto-belgique, dont on voit des traces dans la

W Du mot breton Armorik, composé (le la prépo-iilion, cir, biir, et du
substantif movik, diminutif de m or, mer.

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Belgique et la Flandre; enfin le breyzad ou le bas-breton, conservé chez
nos paysans de la Bretagne. Ce dernier dialecte est divisé en quatre
sous-dialectes répandus dans le Finistère, le Mgrbihan et une partie des
Côtes-du- Nord : le léonard ou léonnais, parlé sur le territoire de
Saint-Polde-Léon; le trécorien, en usage sur celui de Tréguier; le
cornouaillier, sur celui de Quimper-Corentin, et le vanneteux, sur celui
de Vannes (1). Les sous-dialectes de Léon et de Tréguier ont beaucoup de
rapports entre eux; mais ceux de Cornouailles et de Vannes ea ont si
peu, qu'un Léonnais ou un Trécorois ne se fait comprendre qu'avec peine
dans le Cornouailles, et n'est pas du tout compris dans le Morbihan. La
langue btetonne est pauvre; elle exprime difficilement des idées
métaphysiques, et n'est abondante qu'en expressions d'agriculture. Sa
seule littérature consiste en diverses chansons; la plus populaire est
celle qui commence par ces mots : an ini coz. On prétend qu'elle a
souvent fait sur le soldat breton le même effet que le ranz des vaches
sur le soldat suisse.

Le lampourdan, l'un des trois principaux dialectes qui restent de
l'antique langue basqlle, se conserve dans la Basse-Navarre et le
Labour, compris dans l'arrondissement de Mauléon, ainsi que dans le pays
de Soule que renferme l'arrondissement de Bayonne.

La Gaule celtique formait un vaste État fédératif composé de petites
républiques divisées en deux classes : les unes avaient des chefs dont
l'élection était de courte durée ; les autres avaient des magistrats à
vie auxquels on

(') Le breyzad s'écrit avec 22 lettres : on y remarque l'/t nasale , le
j , le ch, 17 mouillée des Français et le ch des Allemands. Cette langue
n'a pas de voyelles muettes à la fin des mots, comme en français, en
allemand,, etc. Elle a plusieurs lettres aspirées. On n'y prononce pas
toujours toutes les consonnes écrites, et quelques unes.même se changent
en d'autres consonnes plus douces. —Voyez l'Atlas ethnographique de M.
Ad Balhi.

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donnait le nom de rois. Les intérêts les plus graves, les questions sur
la paix ou la guerre, se traitaient dans l'assemblée générale des
députés de ces républiques. L'époque de cette réunion était fixée au
renouvellement du printemps : tout homme libre était tenu de s'y rendre:
C'était à la fois la plus importante et la plus solennelle des fêtes
civiles et religieuses. Il Dans leurs assemblées, dit Strabon (0, » les
Gaulois observent un usage qui leur est particulier : » si quelqu'un
trouble ou interrompt celui qui a la pa» role, un huissier s'avance
l'épée à la main, et lui or» donne avec menace de se taire ; s'il
persiste à troubler » l'assemblée, l'huissier répète ses menaces une
seconde, » puis une troisième fois; et enfin, s'il n'est point obéi, il
» lui coupe du manteau un assez grand morceau pour que » le reste ne
puisse plus servir. » Suivant un Grec, poète et géographe, dont le
siècle n'est point connu (2), une troupe de musiciens assistait à ces
grandes réunions, et lorsque le tumulte interrompait les délibérations,
elle jouait des symphonies propres à calmer les passions.

Les Galli, ou Gaulois proprement dits, ne furent d'abord qu'un
assemblage de peuples nomades vivant au milieu des forêts, comme
l'indique le nom de Celtœ que leur donnaient les anciens (3); plus tard
ils devinrent sédentaires ; mais l'instinct de la liberté leur fit
long-temps redouter l'enceinte des villes : leurs cités, toujours
ouvertes , étaient composées de cabanes séparées par des jardins, et
situées sur la lisière d'un bois ou sur le bord d'une rivière. Chez eux
l'agriculture était réservée aux esclaves des deux sexes : les hommes
libres se consacraient exclusivement à la profession des armes, et,
semblables aux

(') L. IV, ch. iv, § I.-Trad. de Laporte-Dutheil, Coray et Gossellill.

(*) Se Y m nu s de Chio.

(3) M. Am. Thierry fait remarquer que ceiltach, clans l'idiome gallique
actuel, signifie habitans des forêt s. Ilist. des Gaulois, tom. I.

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Helvétiens de nos jours, lorsqu'ils ne trouvaient pas à employer leurs
bras au service de leur pays, ils s'enrôlaient à la solde de l'étranger.
Ils élevaient une grande quantité de bétail, de chevaux et de brebis, et
se nourrissaient de leur lait, de leur chair et du produit de la chasse.
S'il faut en croire Pline, ce peuple, si disposé à la civilisation,
était anthropophage avant l'arrivée des Romains dans les Gaules : les
crànes de leurs ennemis tués dans les combats étaient garnis d'or ou
d'argent et servaient de coupes dans les festins ; le vin, l'hydromel ou
la bière y pétillaient tour à tour; elles passaient de main en main,
mais on ne les présentait pas aux roturiers, c'est-à-dire à ceux qui ne
s'étaient point encore distingués sur le champ de bataille : car de tout
temps, et chez tous les peuples, le privilége de la noblesse fut accordé
à celui qui avait répandu le sang humain. On a dit que l'usage des duels
fut introduit chez nous par les Francs; mais, dès la plus haute
antiquité, l'honneur que les Celtes attachaient à la profession des
armes avait établi chez eux la jurisprudence de l'épée : jamais un Celte
ne refusait un défi. Tout homme libre ne paraissait qu'armé en public :
de là, sarifc doute , l'usage, que la révolution a modifié, de porter
l'épée à la cour et dans les grandes cérémonies. Une longue chevelure
était l'ornement auquel les deux sexes tenaient le plus. Ils
s'étudiaient à rendre roux leurs cheveux blonds, au moyen d'une pommade
colorée, comme on a vu longtemps leurs descendans blanchir les leurs en
les couvrant de farine. Les hommes portaient autour du cou de longues
chaînes d'or, et se chargeaient les bras et les poignets de bracelets du
même métal. Ils se frottaient le visage avec * du beurre pour le rendre
brillant, et dans le même but lesi �' femmes se servaient de l' écume de
la bière. La polygamie n'était point en usage chez les Celtes.

Lorsqu'une fille était en âge d'être mariée, ses parens ras-

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semblaient dans un festin tous les prétendans, et le premier auquel elle
présentait le vase pour se laver était celui qu'elle choisissait. Dans
la cérémonie du mariage il était d'usage que la femme employât une
formule qui signifiait: Vous êtes mon maître et mon époux, et je suis
votre humble servante. Le mari avait droit de vie et de mort sur elle.

Une femme convaincue d'avoir fait mourir son mari, était condamnée à
être brûlée vive (1); l'adultère était sévèrement puni, et le divorce
était autorisé. Les assemblées publiques, les mariages et les
enterremens étaient autant d'occasions de repas somptueux qui se
terminaient presque toujours par des danses.

Les Celtes n'avaient point de temples; ils pensaient que la grandeur et
la puissance divine ne s'accordent point avec la petitesse des
constructions humaines : c'était dans les forêts qu'ils adressaient
leurs prières au Ciel. Ds y rassemblaient de grosses pierres brutes dont
ils formaient des espèces de sanctuaires couverts, appelés dolmen, ou de
cercles mystérieux nommés cromlech; d'autres fois ils élevaient sur le
sol une pierre isolée autour de laquelle ils se réunissaient ; ce
monument sacré portait le nom de peuXven ou de menhir (2). Malgré ce
qu'en a dit

(1) César, de Bello Gallico, lib. VI, cap. xix.

M Dolmen ou Dolmin, signifie, en breton, table de pierre; cromlech, lieu
courbe, lieu voûté; peulven, pilier de pierre; et menhir, pierre longue.

Le dolmen est composé d'une pierre plate ou de forme tabulaire élevée
sur plusieurs autres enfoncées en terre. On croit qu'il servait d'autel
sur lequel on sacrifiait les victimes. Le même nom s'applique encore à
une réunion de pierres larges „ plates et hautes, disposées à côté les
unes des autres , de manière à former une enceinte carrée, fermée de
trois côtés et couverte de pierres plates; c'était une sorte de
sanctuaire, dans lequel le pontife se plaçait pendant les cérémonies
religieuses.

Le peulven ou menhir est un obélisque ou plutôt une pierre placée
verticalement sur le sol.

Le cromlech est composé d'un nombre plus ou moins considérable de
peulven ou d'obélisques disposés en cercle quelquefois sur deux on trois
rangs et dominés par un peulven plus élevé placé au centre. D'autres fois,

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César, qui leur attribuait les mêmes dieux qu'aux Romains , ils
regardaient comme une impiété l'usage de représenter la Divinité sous
une forme corporelle ; ces pierres isolées, un chêne dont la taille
annonçait l'antiquité, étaient les seuls symboles qu'ils choisissaient.
Ils attachaient à l'arbre vénéré la tête et la main droite des ennemis
qu'ils avaient tués dans les combats; sanglans trophées qui figuraient
d'abord cloués à la porte de leurs demeures comme on fixe encore à
celles des châteaux, dans nos campagnes, les dépouilles des animaux
nuisibles. Ils y déposaient aussi une partie de leur butin ; c'était
sous son épais feuillage qu'ils allaient consulter l'oracle qui
répondait par la voix du druide habitant des forêts; enfin quand l'arbre
sacré, dépouillé de ses feuilles, se desséchait de vétusté, il ne
perdait point ses droits à la vénération publique; on en arrachait les
branches et l ecorce, on le transformait en obélisque, et sous cette
forme il semblait avoir acquis de nouveaux droits aux respects des
mortels. A la guerre, l'usage était de remplacer l'obélisque sacré ou le
chêne antique par une épée ou par une hallebarde enfoncée en terre,
autour de laquelle l'armée se rassemblait.

Ils admettaient une intelligence infinie, cause première de l'univers,
et de l'admirable harmonie qui y règne. Cette croyance formait sans
doute le fond de la philosophie que les Druides enseignaient à leurs
adeptes; mais le peuple n'aurait point compris un être tout-puissant et
cependant invisible : il lui fallait des dieux de différens ordres, dont
la réunion lui représentait la hiérarchie sacerdotale, à laquelle il
était aveuglément soumis. Les excursions des cette dernière pierre
manque : alors ce monument druidique n'est plus qu'une enceinte sacrée
dont l'entrée était interdite aux profanes, et qui recevai t le nom de
mallus.

Nous aurons occasion de signaler surtout en France et en Angleterre
l'existence de quelques uns de ces monumens remarquables par leurs
dimensions.

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Celtes chez des peuples qui se prosternaient devant des images; les
rapports qu'avaient entretenus avec les Phéniciens nos ancêtres des
bords de l'Océan; ceux que les Celtes méridionaux conservaient avec les
Grecs établis sur nos côtes de la Méditerranée, avaient probablement
disposé les druides à modifier le culte par l'admission de quelques
grossières figures de leurs divinités, ou peut-être même par
l'introduction de quelques dieux étrangers, lorsque César parut dans les
Gaules. Quoi qu'il en soit, Teut ou Teutates, leur Mercure, était adoré
cominç le créateur de l'univers et l'inventeur de tous les arts : ce
dieu est évidemment le même que le Theut des Phéniciens. Esus ou Hésus,
dieu féroce qui protégeait leurs forêts, était leur Mars (1) ; Kernunos,
divinité cornue que l'on a regardée comme leur Bacchus, parce que l'on
sait que les Phéniciens introduisirent la culture de la vigne dans
quelques parties de la Gaule, était peut-être une imitation du Jupiter
Ammon ; au lieu de cornes de bélier, sa tête était ornée de cornes de
bœuf ou d'élan ( 2 ) ; Ogmios, leur Hercule , ressemblait à celui des
Grecs ; c'était le dieu de la poésie : vieillard armé d'une massue, des
chaînes sortaient de sa bouche pour indiquer le pouvoir qu'il tirait de
l'éloquence; le Soleil, divinité sous le nom de Belen, et représenté
sous la figure d'un homme au front entouré de rayons, faisait croître
les plantes salutaires et présidait à la médecine comme l'Apollon des
Grecs; Woden, qui paraît avoir quelque analogie avec l'Odin des
Scandinaves, n'était qu'une divinité secondaire. Sous les noms de Drac,
de Gripi, de Fada, nos ancêtres désignaient des lutins, des démons, des
génies inférieurs (3). Ils rendaient encore

(1) Son nom parait venir du mot celtique goez ( forêt) qui fait es par
contraction, ou du mot euz (terreur).

(a) Son nom vient du celtique kom (corne), qui au pluriel fait kerti.

(3) Les fada ou fat a sont cesfées qui jouent un si grand rôle dans nos

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un culte religieux aux quatre élémens, aux sources, aux fleuves, aux
lacs, aux montagnes, aux forêts et aux différens phénomènes de la
nature. Ainsi les Vosges étaient déifiées dans le dieu Vosège (1) j les
Alpes dans le dieu Pennin (2) ; la forêt des Ardennes dans la déesse
Arduenne (3) ; les vents dans le terrible Kirk ou Circius (4) ; et le
tonnerre dans le dieu Tara Il Il (5).

C'était à la clarté de la lune que les prêtres rassemblaient le peuple
au milieu des antiques forêts qui leur servaient de demeure. Ces prêtres
se divisaient en plusieurs classes : les Eubages se livraient à l'étude
de la nature ( 6 ) ; les Bardes consacraient la poésie à rendre les lois
plus faciles à retenir, chantaient les exploits des héros, et
transmettaient à la postérité les grands événemens de l'histoire : leurs
chants étaient la base de l'éducation de tous les Celtes ; les Vates
étaient les sacrificateurs (7)5 et les Druides ou Saronides (8) étaient
les sages qui prédisaient l'avenir par l'examen des entrailles des
victimes humaines (9), qui dirigeaient les consciences et qui, instruits
dans toutes les sciences, passaient pour être

contes antiques et populaires, que Perrault n'a fait que remettre en
français, en leur conservant leur naïveté.

(1) Gruter, Inscript., pag. 9/+ , num. 10.

(a) Tit. Liv., liv. XXI, cliap. XXXViii.

(3) Ardoine. Gruter. Inscript, pag. 40, num. 9.

(4) Senec. Quaestion. natur., lib. V, cap. XVII.

(5) Lucan. Pharsal. 1. I, v. 446. Taranis. M. Am. Thierry fait remarquer
que torann en gaëlic, et tarann en cornouaillier, signifient lonneire.
Histoire des Gaulois, tom. II, pag. 76.

(6) Ammien Marcellin.

(7) Ce mot qui, en latin, signifie devin, paraît venir du celtique vat
(bon).

(8) Diodore, liv. V.

(9) Le nom de druide est derwidd en langue kimrique; il dérive de celui
par lequel les Gaulois désignaient le chêne; c'est-à-dire, derv en

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habiles dans l'art de guérir les maladies. Ils rendaient la justice; ils
présidaient les assemblées de la nation et les débats judiciaires
appelés jugemens de Dieu, dans lesquels les épreuves de l'eau, du feu et
du fer décidaient de la culpabilité ou de l'innocence d'un prévenu.
Enfin ils jouissaient d'un tel crédit, que nulle affaire importante
relative à la politique ou aux familles ne s'entreprenait sans qu'on les
consultât. Ils entretenaient le peuple dans l'idée que les actions
condamnables et les péchés offensent la Divinité, et que des sacrifices
expiatoires peuvent seuls délivrer lame du pécheur : de là le grand
nombre de victimes que l'on immolait ; mais comme l'homme est la plus
noble des créatures, ils pensaient que le sang humain était le plus
agréable à la Divinité. C'était ordinairement parmi les prisonniers que
l'on choisissait les victimes; cependant, lorsque les calamités
publiques affligeaient la nation, des fanatiques s'offraient
volontairement au fer du sacrificateur, et mouraient satisfaits de
laisser après eux le souvenir d'un dévouement admirable et d'une
réputation de sainteté. Le clergé celte s'étayait de l'ascendant de la
religion pour développer la morale dans les cœurs : il prétendait que le
paradis était fermé à ceux qui périssaient de mort violente : aussi les
suicidés étaient-ils regardés comme des lâches ou des impies. Celui qui
avait outragé la morale publique ou religieuse, ou qui refusait de se
soumettre aux décisions du clergé, encourait la peine d'une sorte
d'excommunication, par laquelle il était exclu des assemblées civiles et
religieuses. Personne ne voulait le voir ni lui parler; on le regardait
comme un impie, un pestiféré que chacun évitait, dans la crainte de
gagner son mal; il devenait alors un objet d'horreur pour ses conci-

kimrique, deru en armorique et duer en gaëlique. Il est à remarquer 1
aussi que Diodore de Sicile traduit druides par 2aj>wvi<î(xi, qui
signifie lwmmes des chênes.

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toyens (1). Les druides, dans un but politique, avaient établi des temps
d'abstinence ou de jexine qui tombaient ordinairement dans les plus
grandes chaleurs : ils avaient reconnu que pendant l'été la nourriture
végétale est la plus saine.

Le chêne était en vénération chez les Celtes, et le gui, si rare sur cet
arbre, était par cela même consacré à la Divinité : c'était le remède à
tous les maux, l'eau dans laquelle on le mettait infuser rendait féconds
les animaux stériles (2). Au renouvellement de l'année, qui se composait
de mois lunaires , les druides, formant un imposant cortège ,
parcouraient les forêts , coupaient la plante parasite avec une serpe
d'or, la recueillaient dans une saye ou tunique blanche , et la
distribuaient ensuite à la foule empressée. Cette cérémonie était
annoncée à haute voix par des prêtres qui parcouraient la Gaule : telle
est l'origine du cri Au gui Van neufl conservé dans quelques refrains de
nos provinces.

Les druides reconnaissaient un chef auquel ils étaient aveuglément
soumis, et qui habitait le pays Chartrain.

Ils n'étaient admis aux fonctions sacerdotales qu'après un noviciat de
vingt ans. Leurs femmes participaient à la vénération qu'ils inspiraient
au peuple, mais sans partager ni les prérogatives, ni le rang élevé du
sacerdoce.

C'étaient elles qui jugeaient sans appel les contestations entre
particuliers pour fait d'injures; elles avaient même acquis dans l'art
de prédire l'avenir une plus grande réputation que leurs maris : voilà
peut-être l'origine de la croyance aux fées, si long-temps en crédit
dans nos contrées.

« C'était, dit l'historien des Gaulois (3), sur des écueils

(') César, de Bello Gallico, lib. VI , 5 i3.

(2) Pliiie, lib. XVII, cap. XLIV.

(3) M. Am. Thierry, Histoire des Gaulois, tom. II, cliap. l , pag. 94.

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sauvages , au milieu des tempêtes de l'archipel armoricain, que les plus
renommées de ces magiciennes avaient placé leur résidence. Le navigateur
gaulois n'abordait qu'avec respect et terreur leurs îles redoutées ; on
disait que plus d'une fois des étrangers, assez hardis pour y descendre,
avaient été repoussés par les ouragans, par la foudre, et par
d'effrayantes visions. »

« L'oracle de SélllL, plus que tous les autres, attirait les navigateurs
de la Gaule. Cette île, située vis-à-vis du cap le plus occidental de
l'Armorik, renfermait un collége de neuf vierges qui, de son nom,
étaient appelées Séries (1). Pour avoir le droit de les consulter, il:
fallait être marin, et encore avoir fait le toi jet dans ce-seul but.

On croyait à ces femmes un pouvoir illimité sur la nature : elles
connaissaient l'avenir ; elles guérissaient les maux incurables; la mer
se soulevait ou s'apaisait, les vents s'éveillaient ou s'endormaient à
leur parole ; elles pouvaient revêtir toute forme, emprunter toute
figure d'animaux (2)." « UR autre collège de prêtresses, soumises à;une
autre règle, habitait un des îlots qui se trouvent à l'embouchure de la
Loire. Celles-ci appartenaient toutes à la nation des Nannètes.
Quoiqu'elles fussent mariées, nul homme nosait approcher de leur
demeure; c'étaient elles qui, à des époques prescrites, venaient visiter
leurs maris sur- le continent. Parties de l'île, à la nuit close, sur
de-légères barques qu'elles conduisaient elles-mêmes, elles passaient la
nuit dans des cabanes préparées pour les recevoir; mais, dès que l'aube
commençait à paraître, s'arrachant des bras de leurs époux, elles
couraient à leurs, nacelles, et rega-

(') Galli Senas vocant. Mel". lib. III, cap. v. —On trouve dans les
manuscrits, Gallizenas, Gallisenas, Galligenas, Barrigenas et d'autres
variantes plus ou moins corrompues.—Séna est aujourd'hui l'ile de Sain*

(1) Mel - lib - III, cap. v.

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gnaient leur solitude à force de rames (i). » Lorsque la patrie était en
danger, on voyait les prêtresses gauloises, par des exhortations,
encourager les hommes à perdre plutôt la vie que la liberté : cet
exemple était même imité par les femmes des autres classes de citoyens.

Dans l'Armorique les prêtres portaient le surnom de belliec, parce
qu'ils étaient vêtus de lin (2), et les prêtresses celui de lecines,
parce qu'elles étaient toujours habillées de laine blanche (3).

Cependant les Romains, qui sentaient l'avantage qu'ils pouvaient tirer
de la bravoure des Celtes, respectèrent long-temps leur organisation
municipale et cherchèrent seulement à les policer, ce qui fut facile en
leur faisant adopter et leurs arts et leurs lois. Ils accordèrent à
leurs chefs le titre de citoyen et les emplois de gouverneurs de
provinces : la langue celtique se latinisa, surtout dans la Gaule
centrale, qui servait de communication avec la Germanie; mais il fallait
les délivrer du joug des druides : César (4), Tibère (5), Claude (6),
employèrent tour à tour la persuasion et la violence pour mettre fin à
leur coutume barbare de verser le sang humain. Des forêts furent
détruites ; le peuple adopta l'usage des temples, et les dieux du
Capitole obtinrent des autels. On vit alors des druides mêler leur
ancien culte à celui de leurs vainqueurs; des druidesses demeurer dans
les temples qu'elles desservaient, excepté le seul jour où, suivant leur
antique usage, elles pouvaient habiter avec leurs époux ; d'autres,
vouées au célibat, remplacer dans la Gaule les vestales romaines.

(0 Strabon, 1. IV, pag. ig8.

(2) Bellt en langue gallique signifie lill. —En Bretagne on désigne
encore sous le nom de belhec un prêtre.

(3) Gloan, et par contraction léans, signifie laine en langue galli(luf..

(4) Lucain, lib. 111.

(5) Pline, liL. XXXI, cap. i.

(6) Suétone, cap. xx.n.

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Le druidisme était encore loin d'être anéanti, lorsque le christianisme
pénétra chez les vainqueurs et chez les vaincus. Il est même probable
que les premiers chrétiens qui convertirent les Celtes les laissèrent
conserver quelques pratiques dont la religion chrétienne pouvait tirer
un parti salutaire dans la bienfaisante influence qu'elle devait avoir
sur un peuple superstitieux, puisque nous les trouvons établies chez ce
peuple dès la plus haute antiquité, et que ces pratiques approuvées par
Rome devinrent universelles. On représenta sans peine les druides comme
des magiciens ou des hommes dévoués au démon : leurs cérémonies
nocturnes, pratiquées au fond des forêts, accréditèrent ces idées; et
persécutés, ainsi que leurs partisans, ils ne purent résister au zèle
des nouveaux convertis.

Un demi-siècle s'était à peine écoulé depuis que l'Empire romain
avait$té divisé en Empires d'Orient et d'Occident , lorsqu'après de
vains efforts pour contenir des peuples que les maîtres du monde avaient
trowong-temps opprimés, on vit ces nations barbares démembrer les
provinces. Les Burgundiones ou Bourguignons, chassés des bords de l'Oder
et de la Vistule par les Gépides sortis de la Scandinavie, et les
Visigoths, originaires de la Suède méridionale, fondèrent, vers le
commencement du Ve siècle, dans la Gaule, deux royaumes limitrophes. Les
premiers occupèrent une partie de la Suisse et de la Satoie, la
Franche-Comté, la Bresse, le Dauphiné, le Lyonnais, la majeure partie du
Nivernais, et la contrée voisine qui, de ces peuples, a conservé le nom
de Bourgogne. Les seconds, prenant pour limite septentrionale les rives
de la Loire, occupèrent le centre et le midi de la France, en y
comprenant la Provence et le comté de Nice, et même une partie de 1
Espagne (1). Des peuples sortis de la Germq

(') Le royaume des Visigoths fut fondé par Alaulphe en 41 ', et celui
des Bourguignons par Gundicar en 4i3.

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nie , les Mannngi établis sur les bords de la Saale en Franconie,
forment, avec d'autres nations, une ligue sous le nom de Prancs,
s'établissent dans la Gaule Belgique, et, commandés par Pharamond,
fondent un petit royaume dont la limite méridionale est représentée par
une ligne, qui, partant de l'embouchure de la Somme, passerait par
Amiens et Rethel, et, comprenant Trèves avec une partie de son
territoire, se terminerait sur la rive gauche du Rhin un peu au-dessous
de Mayence (1). Soixante ans plus tard, ces Francs, sous la conduite de
le'ur roi Chludwig, Clodovech ou Clovis, détruisent les restes de la
puissance romaine dans les Gaules, en s'emparant de tout l'espace
compris entre la limite que nous venons de tracer, et celle des royaumes
visigoth et bourguignon.

Pendant vingt ans la Gaule fut ainsi divisée : le tiers de sa superficie
actuelle était occupé paroles Francs, plutôt protecteurs qu'oppresseurs
des Gaulois, qu'ils confondaient avec les Romains , parce que les Kimri
et les Galli avaient adopté les lois romaines (2). On distinguait les
vainqueurs à leur langage, à leur vêtement et à leurs caractères
physiques. Les Francs, chaussés d'une petite bottine, la jambe et les
bras nus, le corps couvert d'une tunique étroite et courte retenue par
un ceinturon, laissaient flotter sur leurs. épaules de longs cheveux
blonds, et se teignaienteles moustaches (3). Leurs armes étaient une
longue épée, une francisque ou hache à. deux tranchans, des javelots
dont le fer divisé en, troi s branches représentait ce que l'on a appelé
plus tard la fleur de lis , et un bouclier dont ils se servaient avec.
une dextérité extraordinaire. Les nationaux avaient été forcés de
partager leurs biens avec

(') On s'accorde a faire remonter l'érection dn royaume des Francs à ]
an 43o.

("1) Voyez ton. T, liv. XV, pag. 40:1.

W Sidonius Apollinaris , Iih. IV, epist. 20,

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leurs nouveaux hôtes; les chefs des Francs dédommagèrent les Gaulois en
abolissant une partie des impôts, en respectant leurs coutumes, en
conservant leurs magistrats, et en reconnaissant la noblesse gauloise;
ils se réservèrent seulement le droit de donner des ducs aux provinces,
des comtes aux villes, et des vice-comtes ou vicomtes aux bourgs et aux
villages; dans les conseils du prince les Gaulois avaient le crédit et
l'ascendant que donnent les lumières et l'instruction U).

Les Bourguignons et les Goths, de mœurs plus ruaes que les Francs,
étaient vêtus de peaux d'animaux. Les premiers se faisaient reconnaître
à leur tête ronde, à leurs yeux petits et enfoncés, à leurs larges
épaules et à leurs poitrines bombées. On distinguait les seconds à leur
teint brun, à leur nez aquilin, à leur œil vif, à leur barbe noire et
touffue, et à leurs longs cheveux tressés (2). La rudesse de leurs mœurs
était un des motifs qui faisaient supporter impatiemment aux Gaulois
leur domination; et ce fut sans doute une des causes qui contribuèrent à
la destruction de leurs monarchies. • 1 * L'ambition de Clovis força
bientôt les Visigoths même à se réfugier en Espagne. A la mort de ce
prince, ses fils divisèrent la France en quatre royaumes, dont Paris,
Orléans, Soissons et Metz furent les capitales. Les partages par
successions, par conquêtes, par usurpations, ou par suite d'assassinats
et d'autres forfaits, avaient réuni, au VIIe siècle, les différentes
parties de la France et le royaume de Bourgogne sur une seule tête,
lorsqu'un siècle plus tard la - France, gouvernée pendant quelques
années par Charlemagne et Carloman son frère, demeura seule ail*
premier, qui la rendit puissante par ses conquêtes.

Sous ce prince, la France, plus étendue qu'elle ne - le

(1) Grégoire de Tuurs, liv. III, VI, VII, VIII et IX.

W Sidonius Apolliiiai-is, Panég. d'Avilus et d'Antcuniiis.

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fut jamais, était divisée en occidentale et en orientale. La première
comprenait la Provence, la Gothie ou Septimanie, aujourd'hui le
Languedoc, la Vcisconie ou Gascogne, X Aquitaine, la Burgundia ou
Bourgogne, la Neustrie comprenant la Bretagne, la Normandie et la
Flandre, enfin X A ustrasie, formée de tout le territoire qui s'étend
depuis les bouches du llhin jusqu'au Jura. La France orientale
comprenait les pays au sud et au nord des Alpes, et l'espace compris sur
la rive droite du Rhin, depuis ce fleuve , Vjusqu'aux montagnes de la
Bohème et aux rives de l'Elbe; c'est-à-dire que Charlemagne régnait sur
la plus grande partie de l'Italie, sur la Suisse, la Bavière, la Hesse,
la Saxe et la Frise. Depuis les bords de la Drave et du Danube , jusqu'à
ceux de l'Elbe, il comptait encore plusieurs peuples tributaires.

Le poids de cet empire colossal devint trop lourd pour son successeur.
Louis-le-Débonnaire, père faible et prince inhabile, tour à tour perdant
et recouvrant l'autorité sur ses fils révoltés , meurt après avoir fait
entre eux le partage d'une couronne qu'il était incapable de porter.

Gouvernée pendant un siècle encore par les princes de cette race, la
France voit le trône ébranlé par l'abus du système féodal ; et lorsque
Hugues-Capet s'empare du trône en 98 7, il- n'est que le premier
seigneur de son royaume, et ne règne réellement que sur la Picardie,
l'Ile-de-France et X Orléanais. La politiqye de ce prince et de ses
successeurs a, pour but unique, l'honneur et l'éclat de la couronne ,
l'abaissement et la soumission des grands. En 1100, le Berrj est acheté
par Philippe Ier au vicomte Eudes Arpin.

Le roi Jean érige en duché cette province, qui devient l'apanage d'un
des fils de France. Louis-le-Gros ne fait aucune acquisition ou conquête
; mais il porte les premiers coups au régime féodal, en affranchissant
les communes.

En 120:2, Philippe-Auguste confisque la Tohraine sur Jean-

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ans-Terre, auquel elle était échue comme descendant de s. comtes; et
l'anné e suivante, il se rend maître de la Normandie, qui, depuis
Charles-le-Simple , avait été donée en toute propriété à Rollon et à ses
Norvégiens.

jnaury de Montfort cède le Languedoc à Louis VIII, et

ette cession est confirmée par un traité fait en 1228 , par lint Louis.
Jeanne de Navarre, par son mariage, en 1284, vee Philippe-le-Bel, réunit
à la France le comté de Chamagne qu'elle avait-eu pour dot; en i3oy, les
habitans du ffonnais, s'éftlnt affranchis de la servitude, contraignent
3ur archevêque à reconnaître la souveraineté de ce prince.

Le Dauphinéj qui avait pris ce nom de Guy VIII, le plus rave de ses
princes, surnommé le Dauphin parce qu'il ortait sur son casque la figure
de ce poisson, est cédé à 'hilippe de Valois en 1349, sous la condition
que les fils înés de nos rois porteront le titre de dauphins, mais que e
pays formera une souveraineté particulière et ne sera oint incorporé au
royaume. Charles V -enlève aux Anglais e Poitou, l'Aunis, la Saintonge-
et le Limousin. Les vicaires de Charles VII, sur les armées anglaises,
valent, en 153, à la France, la plus grande partie de la Guyenne et le
la Gascogne. Louis XI, en abaissant le pouvoir des Tands) a le bonheur
d'acquérir, paivhéritage, le Maine et Anjou, que Philippe-Auguste avait
conquis, mais qui vaient été plusieurs fois détachés de la couronne en
faveur .e plusieurs princes du sang. Il s'empare du duché de Bourgogney
qu'il prétend être réversible sur sa tête, quoiqu'il existât un duc de
Bourgogne, 4e Nevers et de Rethel; 10ur s'attirer l'attachement des
habitans, il déclare par Êttres-patentes que la réunion de ce pays à la
France tant faite par la libre volonté des états, nul n'y pourra fre
distrait de ses juges naturels; qu'il ne sera levé aucun ubside que du
consentement des trois ordres; et que les axeS perçues jusqu'alors sur.
les vins et les autres produits.

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de cette province, seront abolies ; enfin il prend possession de la
Provence, en prouvant par plusieurs témoins que Charles d'Anjou l'avait
institué son héritier; il accorde à cette province les mêmes privilèges
qu'à la Bourgogne.

Depuis ce temps, les rois de France prirent souvent dans leurs lettres
adressées à ce pays, la qualité de comtes de Provence.

François Ier profite des droits que lui donne la révolte du connétable
de Bourbon, pour s'emparer, en 1527, de fAwlergne, du Bourbonnais et de
la lJfarche, qui appartenaient à ce prince, et réunit à la France,
quelques années plus tard, la Bretagne, échue par héritage à François
son fils. Par suite de cette réunion, la Bretagne demeure, sous ses
successeurs, exempte de la taille et des autres droits; elle est
seulement soumise à un impôt volontaire voté par ses états. Sous le
règne de ce prince galant, poète, chevalier, ami des beaux-arts, mais
que la flatterie a décoré du titre de protecteur des lettres, quoiqu'il
ait organisé la censure ; qui ne passa point pour cruel, et qui,
cependant, donna par sa présence de l'éclat aux supplices de
l'Inquisition ; les assemblées des notables furent substituées aux
états-généraux, sans avantage pour la France, qui vit dans tous les
rangs germer ces idées de liberté religieuse et civile qui ne
s'introduisent pas au sein d'un Etat sans amener tôt ou tard des
commotions politiques.

La corruption de la cour et des grands, sous Henri II, François II et
Charles IX, encourage les progrès du protestantisme en France; les
principes de la réforme, favorables aux lumières qui percent de toutes
parts, font changer une question religieuse en question politique : la
cour ne voit dans les réformateurs et dans leurs partisans que des
ennemis du pouvoir absolu. Le massacre de la Saint-Bartliélemi n'est,
pour Catherine de Médicis et son fils, qu un coup détat favorable à 1
autorité royale. Mais,

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ms Henri III, les événemens changent tellement de face, ne les chefs de
la ligue ne semblent plus agir que dans le essein de faire passer le
sceptre de la France aux mains 'un prince espagnol. Cependant Henri IV,
objet de la aine des chefs catholiques, monte sur le trône et augtente
le territoire français de tout ce qui lui reste du paimoine de ses pères
: c'est-à-dire du Bèarn, du comté de 1oix et d'une partie de la
Gascogne. Louis XIII voit deux )is la France déchirée par des guerres
intestines; mais la olitique cruelle de Richelieu pacifie le royaume, et
son paître se couronne de lauriers, par la conquête de XArtois n 1640,
et celle du Roussillon en 1642.

Le règne long-temps glorieux de Louis XlV est un des lus favorables à
l'agrandissement de la France : ce prince.

c quiert le Nivernais, par l'extinction totale du régime ïodal ; en
1667, il fait la conquête de la Flandre; quelues années plus tard, il
s'empare de la Franche- Comté ; lfin le traité de 1697, avec l'empereur
d'Allemagne, conrme l'entière soumission de l'Alsace. Sous Louis XV, la
lorraine, portion du royaume de Lothaire (1), dont elle orte le nom,
conquise par les Français, est cédée au roi e Pologne Stanislas, sous la
condition qu'à la mort de ce rince elle sera réunie à la couronne, ce
qui a lieu en 1766* n 1768, la république de Gênes cède la Corse à la
France, Loyennant une somme d'argent.

Telles étaient, en résultat, l'étendue et l'importance du srritoire
français, pendant les dernières années du long et.

acifique règne de Louis XV, lorsque ce prince mourut, ms emporter les
regrets de la nation, laissant à son sucsseur la tâche difficile de
réaliser l'heureux. espoir qu'elle >ndait sur ses vertus. On semblait
être arrivé à une épo-

(0 Petit-fils de Louis-le-Débonnaire. Cette contrée fut d'abord appelée
gnum Lotharii, puis Lotharingia, dont on a fait Loherrene > Lorgne 1 et
enfin Lorraine.

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que où la masse éclairée saurait apprécier les institutions qu'elle
désirait, et que le monarque consentait à lui accorder. Mais les
réformes qu'il fallait faire pour rétablir les finances; la
susceptibilité de la classe mitoyenne fatiguée des priviléges de la
noblesse, et qui réclamait des changemens dans l'organisation sociale,
excitèrent les passions et firent naître deux partis, qui, dès la
convocation des états-généraux, divisèrent l'assemblée. Les députés du
tiers-état, pleins de confiance dans l'opinion publique, jurent de ne se
séparer qu'après avoir rédigé une constitution. Louis XVI l'accepte; le
pape cède à la France Avignon et le comtat Venaissin; le royaume est
divisé en 83 départemens, et l'assemblée se dissout.

Elle est remplacée par l'assemblée législative; mais, composée d'hommes
qui ne comprennent point encore les avantages d'un gouvernement
représentatif, celle-ci se laisse dominer par un parti. Le monarque
flotte indécis entre la crainte de compromettre les imprudens amis dont
les conseils l'avaient perdu, et celle de donner trop d'in.

fluence au parti populaire en se plaçant franchement à sa tête; ses
intentions sont méconnues, calomniées; on rêve l'établissement d'une
république. Bientôt commence une nouvelle ère caractérisée par un
fanatisme politique dont l'histoire n'offre point d'exemple, et par des
crimes dont le récit glace encore d'épouvante et d'horreur. Louis XV]
succombe avec le calme et la résignation d'un homme dt bien, et la
France est gouvernée par une poignée d'hommes qui, au nom de l'égalité,
partagent les habitans er catégories; au nom de la liberté, établissent
le despotismt le plus sanguinaire;. au nom de la fraternité, clierchen
des soutiens dans la lie du peuple; et au nom de la,raison remplacent la
religion par les cérémonies du culte mytho logique.

Au milieu des excès de l'anarchie, la France repoussi

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les attaques de l'étranger; les membres du parti le plus.

exagéré de cette assemblée si tristement célèbre sous le nom de
Convention nationale, se divisent, se proscrivent, s'égorgent, et ce
gouvernement est renversé, et remplacé par deux conseils et cinq
directeurs qui doivent la considération dont ils jouissent, au dedans et
au dehors, aux victoires de nos armées, et qui stipulent, en 1796, la
réunion de la principauté de Montbelliard à la France, et en 1798, celle
du territoire libre de Mulllausen. Mais, après cinq années d'existence,
cette nouvelle organisation cède en un jour aux efforts de quelques
hommes à la tête desquels se place ce jeune général, déjà célèbre par
les combats livrés en Italie et dans les plaines de l'Egypte. Bonaparte
est nommé premier consul; il réprime les factions, il se couvre une
seconde fois de gloire en Italie, et dicte les conditions de la paix à
l'empereur d'Allemagne.

Le traité signé à Lunéville le 9 février 1801 assure à la France la
possession de ses nouvelles conquêtes. Depuis Weissembourg, le cours du
Rhin lui sert de limites jusqu'à l'endroit où il prend le nom de Vhaal;
et depuis ce point, la frontière du nord comprend la: Belgique, Anvers
et Flessingue. Ce riche territoire forme les douze départemens: du Mont-
Tonnerre, de la Sarre, des Forêts, de.

Rhin-et-jWoselle, de Sambre-et-Meuse, de l'Ourthe, de la Roer, cLb la
Meuse-Inférieure, de Jemmapes, de la Dfle, des Deux- Nèth es et de
l'Escaut. A l'est de nos anciennes frontières, Porentruy est réuni au
département du HautRhin. Genève et Chambéry forment ceux du Léman et du
Mont-Blanc ; et le comté de Nice prend le titre de département des Alpes
maritimes. Le 27 mars de l'année suivante, le traité d'Amiens pacifie
l'Europe, et restitue à la France les colonies dont l'Angleterre s'était
emparée pendant les guerres précédentes.

Transformant, en 1804, les lauriers de Montenotte,

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d'Arcole, de Rivoli et de Marengo, en un diadème impérial , Napoléon
reçoit, au sein de Paris, et de la main du souverain pontife, l'onction
qui consacre les rois ; et comme pour rehausser l'éclat d'un titre qui
n'ajoute rien à sa gloire et à sa puissance, l'anniversaire de son
couronnement devient, l'année suivante, le signal d'une de ses plus
mémorables batailles: il défait, dans les plaines d'Austerlitz, les
armées autrichiennes et russes. Le résultat de cette campagne est le
traité de Presbourg, par lequel la Prusse cède à Napoléon ce qui lui
reste du duché de Clèves, le pays de Neufchâtel et de Valengin, et celui
d'Anspach, qu'il échange contre le duché de Berg avec la Bavière, à
laquelle il accorde le titre de royaume. L'empereur d'Autriche lui
abandonne les Etats Vénitiens et la Dalmatie, renonce en sa faveur au
titre de roi d'Italie; et le territoire français s'augmente de tout le
Piémont et de la Ligurie, qui forment les départemens de la Doria, de la
Sezia, de Marengo, du Pô, de la Stura, de Montenotte-, de Gênes et des
Apennins.

L'Empire français acquiert d'autant plus d'importance, que son chef
prend le titre de protecteur des confédérations germanique et suisse.
Une nouvelle rupture, suivie de nouvelles victoires, change encore la
face de l'Europe : les batailles d'Iéna et de Friedland amènent le
traité de Tilsit (1), qui, par ses conséquences, double l'importance de
la confédération du Rhin, et cède à la France la possession des îles
Ioniennes. Pendant les années suivantes, l'Empire prend encore un
accroissement considérable : Kell, Cassel et Wesel, sur la rive droite
du Rhin, sont réunis à nos départemens de la rive gauche ; la Toscane,
et les duchés de Panne et de Plaisance, les territoires de Spolette et
de Rome, le Valais, la Hollande, la Frise, le Hanovre, l'évêché de
Munster, le comté d'Oldenbourg, et

(1) Signé le 7 juillet 8°7'

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les possessions des villes libres de Brème, Hambourg et Luheck, sont
transformés en départemens français.

Cependant Napoléon, qui n'avait cessé de dominer ! Europe, qui, en moins
de dix ans, avait, sous le consulat, érigé des royaumes en républiques,
et sous l'empire, transformé des républiques en royaumes; qui avait
fondé des monarchies en Allemagne ; qui deux fois avait épargné la
couronne de Prusse, et qui prodiguait le sang des hommes et les trésors
de l'Empire, pour faire passer celle d'Espagne sur la tête d'un de ses
frères, perd la plus belle armée du monde dans les plaines glacées de la
Russie ; se voit, sur les champs de bataille, abandonné, trahi par ses
alliés; résiste d'une manière glorieuse sur le sol de la France aux
efforts de toute l'Europe armée; et voit, le 3i mars 1814, la capitale
occupée par des peuples qu'il avait tant de fois vaincus. Contraint
d'abdiquer, il se retire à l'île d'Elbe, et laisse à l'antique famille
des Bourbons un royaume que les traités rétablissent dans ses anciennes
limites, en conservant de ses conquêtes républicaines les territoires de
Montbéliard, de Mulhouse, de Porentruy, et la plus grande partie de la
Savoie, formant le département du Mont-Blanc.

Les institutions fondées par la sagesse de Louis XVIII font oublier aux
Français humiliés la honte de l'occupation étrangère : on perdait les
avantages pénibles attachés à la gloire; mais on avait en perspective
tous ceux que font naître la paix et la liberté. Cependant la
restauration ne paraît pas décidée à tenir ses promesses; l'ancien
régime relève la tête, la crainte plutôt que la malveillance accrédite
des bruits contraires au repos public; l'inquiétude se répand sur tous
les points, et Napoléon, profitant de la disposition des esprits,
débarque à Fréjus le 1 er mars 1815, rentre dans Paris avec le cortége
de toutes les troupes envoyées pour arrêter sa marche rapide, organise
une armée pour s'opposer aux préparatifs des princes étrangers, rem-

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porte la victoire à Ligny, succombe le lendemain à Waterloo, abdique en
faveur de son fils; et, se confiant à la générosité du gouvernement
anglais, cet homme, si grand qu'il semblait que le monde fût trop petit
pour lui, est relégué sur un rocher volcanique, au milieu de l'Océan.

Malgré les égards dus aux cheveux blancs de son roi légitime, la France
se voit enlever Porentruy, le département du Mont- Blanc, et un
territoire de vingt lieues carrées qu'avait fortifié Louis XIV; elle
paie aux étrangers, qu'elle nourrit pendant cinq ans, une indemnité de
700,000,000 de francs; et cependant elle parvient à cicatriser ses
plaies, et, à l'aide de quelques unes des institutions, si long-temps 1
objet de ses vœux, elle se prépare à reprendre le rang qu'elle est
appelée à occuper dans la balance européenne.

Mais les menées sourdes d'une faction qui s'unissait aux projets de
quelques ambitieux appartenant à une congrégation religieuse célèbre par
ses intrigues politiques, ouvrent les yeux à la partie éclairée de la
nation; toutefois, cette nation, tant calomniée, excusait dans un prince
accablé d'âge et d'infirmités les fautes qui signalaient la fin de son
règne ; elle portait toutes ses espérances sur son successeur. Louis
XVIII descend dans la tombe; son frère, en montant sur le trône, paraît
vouloir suivre la ligne que lui traçait la constitution ; mais les
ennemis des libertés publiques, aveuglés par l'attitude calme d'une
nation qui respecte ses rois, engagent le prince dans une route
périlleuse. En vain les vrais amis de la dynastie essaient-ils de faire
entendre leurs voix : les conseils deviennent un titre à la disgrâce
pour ceux qui approchent le trône, et un motif de poursuites judiciaires
pour ceux qui ont recours à la publicité.

Enfin, la faction qui dirigeait la cour se montre à découvert et brave
l'opinion publique, en appelant au timon des affaires quelques hommes
signalés depuis long-temps comme les plus chauds partisans du pouvoir
absolu ; vaine-

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ment la partie de la nation, considérée par la loi comme la plus
éclairée, répond-elle aux trames ourdies contre ses libertés, en
choisissant, pour la représenter, des députés qui exposent au prince les
besoins et les vœux de la France : la représentation nationale est
dissoute ; vainement ces dé1putés, fidèles à leur mandat, sont-ils élus
une seconde fois : la force de l'opinion publique est méconnue. Le
prince, oubliant ses sermens, substitue à la loi sa seule volonté; une
ordonnance casse des élections légalement consommées ; une ordonnance
suspend la liberté de la presse fondée par une loi; une ordonnance enfin
substitue à la loi électorale un mode d'élection arbitrairement
déterminé. Ces ordonnances excitent l'indignation générale ; au sein de
la capitale, les citoyens inquiets se forment en groupes, se
communiquent leurs craintes, ou se consultent sur les moyens de
résistance : ces groupes sont dissipés par la force, et le sang de ceux
qui, sans armes, se plaignent de la violation des lois, est indignement
versé. C'était le premier jour d'une révolution dont l'histoire n'offre
aucun exemple. Le lendemain, comme pour annoncer l'aurore de la liberté,
le soleil, depuis long-temps obscurci par les nuages et la pluie, se
lève resplendissant : le peuple se rallie aux cris de "Vive la charte;
les insignes de la royauté sont détruits en quelques instans; afin
d'opposer une résistance efficace aux troupes soudoyées pour
ensanglanter Paris, la foule se porte dans les magasins d'armes et de
munitions, tandis que des individus sans armes se précipitent sur les
bouches à feu, en affrontant la mort qu'elles répandent dans leurs Tangs
serrés et confus. Enfin toute la population agissant comme un seul
homme,-parce qu'une seule idée la dominait: vivre libre ou mourir;
transformant chaque rue en un bastion, à l'aide de barricades, et -
chaque maison en une forteresse d'où s'élancent les balles et les pavés,
a bientôt reconnu sa force : et le lendemain de ce grand jour, les
édifices défendus par

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les soldats sont enlevés d'assaut, et les soldats partout repoussés hors
de la capitale.

Dans cette révolution consommée par le peuple, le prolétaire a prouvé ce
que l'on devra attendre de lui, lorsque, dans toute la France, les
bienfaits de l'instruction seront répandus. Au milieu de cette lutte
sanglante, les propriétés particulières étaient partout respectées; les
défenseurs d'un indigne pouvoir retrouvaient des frères dès qu'ils
déposaient leurs armes. On a vu des hommes armés, couverts des haillons
de la misère, demander humblement un morceau de pain à ceux dont ils
auraient tout obtenu par un geste menaçant. La nation a partout suivi le
même exemple d'ordre et de raison ; loin de céder au mouvement de la
vengeance, loin d'abuser des droits de la victoire, elle a ouvert avec
calme ses rangs pour laisser partir celui qui avait provoqué sa colère;
loin de céder à ce moment d'ivresse si naturel après la conquête de la
liberté, elle s'est confiée aux lumières de ceux qui, repoussant avec
dédain les prétendus droits de la légitimité, déposèrent les rênes de
l'Etat aux mains d'un prince éprouvé par d'honorables malheurs, respecté
pour ses vertus, considéré pour ses lumières, et qui, dès sa jeunesse,
s'associant à la gloire nationale , prouva son patriotisme en combattant
les ennemis de la France.

Resserrée dans les limites fixées par l'étranger à la seconde
restauration, la France est bornée au nord par une portion de la Manche
et le Pas-de-Calais, la Belgique, le grand-duché de Luxembourg, les
provinces prussiennes du Bas-Rhin et le cercle bavarois du Rhin ; à
l'est par le grand-duché de Bade, la Suisse et les Etats Sardes ; au sud
par la Méditerranée et le royaume d'Espagne ; à l'ouest, par l'Océan
atlantique et une seconde partie de la Manche (1). Les plus grandes
dimensions qu'offrent ses fron-

(0 Elle s'étend entre le 7e degré 9 minutes à l'ouest du méridien de

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tières peuvent être déterminées par deux lignes, dont l'une, tracée du
nord-ouest au sud-est, depuis le point le plus occidental de la côte de
Brest jusqu'à Antibes, forme une étendue de 239 lieues (1); et dont
l'autre, tirée du nordest au sud-ouest depuis le Rhin près de
Lauterbourg jusqu'à l'embouchure de la Bidassoa, est longue de 222
lieues (2). Une autre ligne tirée presque sous le méridien de Paris,
depuis le village de Zuydcoote sur la frontière du département du Nord,
jusqu'à la limite des Pyrénées, donne à sa plus grande longueur une
étendue de 215 lieues. Sa plus grande largeur est de 206 lieues (3),
mesurée depuis la pointe de Kersaint, dans le département du Finistère,
jusqu'à la jonction de la Lauter et du Rhin, dans celui du Bas-Rhin. Le
développement de ses côtes est de 490 lieues (4); sa superficie totale,
en y comprenant celle de la Corse, est de 26,739 lieues (5). Sa
population était, au commencement de 1827, de 31,820,000 habitans, ce
qui donne plus de 1191 individus par lieue carrée. Malgré
l'accroissement que cette population a éprouvé depuis la révolution,
puisqu'en 1790 la même superficie ne comprenait qu'environ 25,000,000
d'habitans, et, en 1814, époque de la restauration , 28,500,000, la
France pourrait être beaucoup plus

Paris, et le Se degré 56 minutes à l'est du même méridien, et occupe
l'espace compris entre le 4e degré 20 minutes et le 5ic degré 5 minutes
de latitude.

(1) De 25 au degré, ou en kilomètres, io65, 77.

(a) En kilomètres, 987,90.

0) En kilomètres, g56,75.

(0 Voici le détail de leur étendue, soit en ligne droite, soit en y
comprenant les sinuosités :

Droite litnr. Développement Côtes de la Méditerranée 85 lieues. « 20
lieues.

- de l'Atlantique. 145 195 — de la Manche i3.r> 170

6 49°

v- En kilomètres carrés, 5i9,6()G

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peuplée. Ainsi, en prenant pour base deux départemens qui forment à peu
près les deux extrêmes : celui du Nord, qui renferme 3,4o3 habitans par
lieue carrée, et, celui des Basses-Alpes, qui n'en compte que 415, on
aurait une moyenne de 1714 individus pour la même superficie, ce qui
porterait la population de tout le royaume à 45,000,000 d'âmes.
Cependant, s'il était peuplé en proportion du département du Nord, il
renfermerait plus de 85,000,000 d'habitans. L'agriculture et les
diverses branches d'industrie ont encore bien des progrès à faire, bien
des développemens à subir, avant de pouvoir nourrir, sur un sol dont
tout annonce la fécondité, une masse aussi considérable d'individus.

Jetons un coup d'Å“il historique sur une partie d'autant plus importante
de la monarchie française, qu'elle renferme des élémens de richesses qui
pourront lui procurer un jour les avantages, sans aucun des inconvéniens
d'une importante colonie. La Corse est l'une des cinq plus grandes îles
de la Méditerranée (1); sa superficie est de 495 lieues géographiques
carrées (2).

L'histoire de cette île, depuis les temps les plus reculés jusqu'à
l'époque où elle fut définitivement réunie à la France, n'est qu'un
tableau fatigant de guerres, de ré voltes et de carnages. Hérodote
prétend qu'elle fut primitivement habitée par des Phéniciens qui la
nommèrent Collista; elle s'appelait précédemment Thérapnc. Elle reçut
ensuite une colonie de Lacédémoniens ou de Phocéens d'Asie qui la
nommèrent Théra, du nom de leur chef Théras (3). Les fréquens rapports
que l'île eut avec la nation grecque lui firent donner par celle-ci les
noms de Cyrnos, de Cerneatis et de Corsis (4). Mais les Romains,

(1) Elle est située entre 10 17 et 430 de latitude septentrionale, et
entre 6° 12' et 70 12 de longitude orientale.

(a) Ou en kilomètres carrés, 9,801.

(3) IIérodote, lib. IV, cap. CXLVII

(1) C'est ainsi que l'appelle Strahon, lib. V, cap. iv, § 5.

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après l'avoir enlevée aux Carthaginois, la désignèrent par celui de
Corsica, dont l'origine est incertaine. Ces Phéniciens, ces
Lacédémoniens, ces Phocéens nous semblent appartenir à l'antique race
des Pélasges, c'est ce qui nous a déterminés à placer la population
corse parmi les débris de cette race célèbre.

Les anciens ne sont pas d'accord sur le portrait qu'ils nous ont laissé
des Corses. Strabon les peint vivant de brigandages, et plus sauvages
que les bêtes mêmes. « Toutes les fois, ajoute-t-il, qu'un général
romain, après s'être avancé dans l'intérieur des terres, et y avoir
surpris quelques forts, en ramène à Rome une certaine quantité
d'esclaves, c'est un spectacle singulier que de voir leur férocité et
leur stupidité. Ou ils dédaignent de vivre; ou , restant dans une
apathie et une insensibilité absolues, ils fatiguent leurs maîtres, et
font bientôt regretter la somme, quelque petite qu'elle soit, qu'ils ont
coûté. » Cependant , comme le fait remarquer l'annotateur de Strabon ( 1
), Diodore de Sicile témoigne tout le contraire : « Les esclaves corses,
dit-il, paraissent l'emporter sur tous les autres, pour le service, dans
toutes les choses utiles à la vie ; leur physique les y rend
singulièrement propres (2). 11 L'aversion qu'ils ont toujours eue pour
leurs vainqueurs leur a fait conserver le type primitif de leurs
ancêtres : ils sont encore sobres, courageux, hospitaliers et passionnés
pour la liberté; ils ont le regard vif, la taille moyenne et le teint
légèrement basané.

La Corse passa sous la domination des Goths après la chute de l'empire
romain; elle ne se plia ni à la barbarie de ses maîtres, ni au régime
féodal qu'ils y établirent; et cette conquête fut un sujet continuel
d'assassinats et de combats sanglans dont l'histoire n'a conservé qu'un
sou-

(') Gosscllin, Traduction de la commission du gouvern., t. II, p. 16X

(1) Lib. V, 5 t3.

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venir confus. Au VIIIe siècle, les Arabes et les Sarrasins succédèrent
aux Goths, mais leur occupation fut de courte durée : il était réservé à
la république naissante des Génois de faire peser pendant neuf siècles,
sur cette île, son joug cruel et tyrannique. Dans cet intervalle les
Corses éprouvèrent toutes les vicissitudes d'un peuple vingt fois
arraché et rendu à ses oppresseurs. Rome même en brigua la conquête. Au
XIe siècle, elle fut annexée au domaine du Saint-Siège, puis cédée aux
Pisans; pendant les XIIIe et XIVe siècles, le pape la donna deux fois
aux rois d'Arragon. En 1365, Gênes, qui en était devenue la maîtresse,
la céda, et bientôt la reprit au duc de Milan; en 1553, Henri II envoya
des secours aux Corses et les délivra des Génois; mais six ans après,
cette conquête leur fut rendue par le traité de Cateau-Cambresis. Enfin
la Corse, désespérant de voir l'Europe s'intéresser à son sort, eut, en
1564, recours à la révolte. Elle trouva dans son sein des hommes
capables d'organiser et de diriger des insurrections, mais non de ces
génies faits pour affranchir leur patrie. La tranquillité ne renaissait
que chaque fois que Gênes promettait d'alléger le poids de sa domination
; et dès que le gouvernement génois reprenait son autorité, c était pour
se jouer de ses promesses.

Pendant que les partis unis contre les Génois étaient divisés sur le
choix d'un chef, un baron westphalien nommé Théodore de Neuhof, débarqué
dans l'île pour prendre du service parmi les insurgés, y acquit un tel
crédit, qu'il fut proclamé roi. Guerrier sans talent, monarque sans
énergie, cet aventurier ne sut, ni disperser les Génois, ni réunir les
factions qui déchiraient son royaume éphémère. Deux fois il alla
chercher en pays étranger des secours et des munitions qu'il ne pouvait
obtenir des siens, lorsque pendant son absence une armée auxiliaire ,
fournie à Gênes par lit France, réprima l'insurrection; mais l'île ne
fut pas plus tô,

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conquise par les Français, en 1741 » que l'on vit renaître la révolte et
reparaître le roi Théodore. En 1749, la France remit encore l'île sous
le joug des Génois; cette fois ceux-ci trouvèrent dans Pascal Paoli un
ennemi redoutable : il ne se contenta pas de vaincre; il fut le
libérateur et le législateur de son pays ; et déjà il envoyait des
députés dans les principales cours de l'Europe pour annoncer que les
Corses régénérés et rendus à la civilisation, fatigués de la mauvaise
Toi de Gênes, se croyaient autorisés à proclamer leur indépendance,
lorsque la république génoise, en 1768, céda son droit de souveraineté
sur la Corse à la France.

Les habitans ne confondirent point dans leur haine les Génois et les
Français : quelques uns se soumirent volontairement; une campagne suffit
pour détruire le reste du parti indépendant ; et Paoli, après avoir
épuisé les ressources de son génie, se réfugia en Angleterre. Cependant
une circonstance imprévue ranima ses vertus républicaines : la
révolution française venait d'éclater, Paoli reparut sur la scène
politique. Aidé par les Anglais, il avait repoussé les troupes
françaises et croyait avoir fondé la république de Corse, lorsque le roi
d'Angleterre se fit proclamer souverain de cette île. Mais les habitans
avaient appris à juger le caractère anglais, et ce fut pour la France
une conquête facile que celle qui les délivra de la suprématie de la
Grande-Bretagne.

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LIVRE CINQUANTE-DEUXIÈME.

SUITE tic la Description de l'Europe. - Description physique du royaume
de France.

LES différentes connaissances qui ont pour but l'étude de la nature,
vont animer le tableau géographique que nous allons donner du sol de la
France. Science nouvelle dont nous comprenons les difficultés et dont
nous apprécions l'attrayante mission, la géographie physique va guider
notre marche. Elle nous montrera la liaison des différentes chaînes de
montagnes, l'importance des cours d'eau auxquels elles donnent
naissance, la richesse ou la pauvreté de la végétation, les différens
contours de nos côtes, les poissons qui habitent nos eaux marines ou
fluviatiles, et les animaux propres à nos montagnes ou à nos plaines.
Pénétrant jusque dans les entrailles de la terre, nous ferons voir la
nature des couches qui en forment l'enveloppe, les richesses minérales
qu'elles recèlent, et dont l'importance est encore inconnue. Enfin,
convaincus de ce principe, trop souvent oublié dans les traités de
géographie spéciale, qu'il faut faire connaître sous tous les points de
vue intéressans le pays qu'on habite, nous emprunterons à la géologie
quelques unes de ses considérations non contestées; nous essaierons de
soulever le voile de la nature, et nous retracerons en peu de mots le
mode de formation des divers dépôts compris dans les limites de la
France, et les convulsions volcaniques dont elle a été le théâtre.

Le versant septentrional d'une partie des Pyrénées et le versant
occidental des Alpes forment une portion des limites méridionales et
orientales de la France. On remarque au

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premier coup d'œil que les autres montagnes font, avec les précédentes,
partie de la ligne de faîte qui divise l'Europe en deux grands versans :
les Pyrénées se réunissent aux Cévennes, les Cévennes aux Vosges, qui
elles-mêmes se rattachent au Jura vers le sud, et vont former les
Ardennes vers le nord. Cependant, au point où en sont venues les
sciences, la géographie ne doit point chercher dans les reliefs et les
inflexions du terrain seuls, les points de réunion et de séparation des
montagnes; la nature et la composition des roches qui les constituent,
et dont la connaissance est maintenant indispensable à celui qui ne
voudra point se traîner dans l'ornière tracée par les anciens
géographes, doivent servir aussi à déterminer leur circonscription, ou
leur filiation.

D'après ce principe, nous désignerons les montagnes de l'intérieur de la
France sous le nom de groupe franco-celtique. Il appartient au vaste
système Alpique, et se compose de deux chaînes principales : la chaîne
Cèvèno-Vosgienne et la chaîne Armorique. La première est séparée des
Pyrénées par une dépression qu'occupe aujourd'hui le canal du Languedoc;
elle comprend, au midi, les montagnes Noires, les monts de l' Espinous,
les monts Garrigues et les Cévennes proprement dites. Du mont Lozère,
qui appartient à celles-ci, se dirige vers le sud-ouest un rameau qui
prend le nom de monts Levezon, et vers le nord-ouest, un autre appelé
monts d'Aubrac. Dans la même direction, les montagnes de la Margeride
unissent les Cévennes au Cantal et au Mont-Dor (i), où le Puy-de-Sancy
est le sommet le

(1) Le nom de cette montagne que Sidoine Apollinaire appelle
MonsDuranius, s'écrit ordinairement Mont-d' Or, comme si son nom latin
eût été Mons-Aureus ; Ramond a proposé de l'écrire Mont-Dore, du nom de
la rivière qui y prend sa source; mais comme cette rivière., par sa
réunion à la Dognç, porte le nom de Dordogne, il nous semble plus
naturel de l'appeler la Dor que la Dore, et d'écrire Mont-Dor, qui,
d'après, cette orthographe, sera la traduction de Mons-Dul'anius.

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plus élevé de la France centrale. De ces deux chaînons se prolonge
jusqu'à la Loire une chaîne longue, mais peu élevée, dont les points
culminans sont le mont Odouze, le mont Jargean et les hauteurs de
Gatine. Entre le mont Lozère et le Mezen ou Mezin, une petite chaîne se
dirige au nord jusqu'aux rives de la Loire : elle est formée par les
monts Forez et ceux de la Made. Le Mezen, le Pilat (0, ainsi appelé
parce qu'il est souvent coiffé d'une calotte de nuages; les montagnes du
Charollais et la Côte-d'Or, unissent, par les monts Moresol et Tasselot,
par le plateau de Langres et les monts Faucilles, le prolongement des
Cévennes aux Vosges. Près des rives de l'Ouche s'étendent vers le nord
-ouest les montagnes du Morvan, qui vont se terminer en petits plateaux
aux sources de la petite rivière du Vernisson. Les Vosges, qui, au
sud-est, ne sont séparées de la chaîne du Jura que par une dépression
que traverse le canal de jJ;lonsieur, se prolongent au nord jusque sur
les bords du Rhin. Depuis les sources de la Moselle, elles dirigent vers
le nord-ouest des rameaux composés de différens plateaux que couvre de
ses ombrages épais la forêt des Ardennes. Près des sources de l'Oise,
ces plateaux se divisent en deux branches, dont l'une va se terminer au
Pas-de-Calais, et dont l'autre va finir sur les côtes de la Manche.

Ce qui nous porte à considérer comme une seule chaîne l'ensemble
qu'offrent les Cévennes et les Vosges, c'est leur constitution
géognostique : elles offrent de l'analogie dans quelques parties. En
traitant la géologie de la France, nous justifierons leur réunion.

La chaîne Armorique est composée de quatre branches qui se dirigent en
sens inverse; elle commence sur les côtes occidentales de l'ancienne
Bretagne, où, divisée en deux rameaux, elle prend, au nord de la rivière
de 1 Aulney

i1) En latin Pilcalus.

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nom-de monts d'Arree, et au sud, celui de montagnes ,ires. Dans la
direction orientale, elle n'en forme plus une sous le nom de monts
Menez, et près des sources la Vilaine, elle dirige au sud une chaîne de
collines et plateaux, qui, sans le cours de la Loire, se réunirait à le
des branches de la chaîne précédente. Au nord, un ces rameaux va former
dans la Manche le cap de la gue. A l'est, une autre branche va s'unir au
plateau de Bearace, qui n'est séparé des montagnes' du Morvan que : la
petite vallée qu'occupe le Vernisson. C'est ainsi que deux chaînes que
nous venons de décrire ne forment HT ainsi dire qu'un seul groupe.

Les montagnes de la France s'inclinent en trois grands sans. Le
principal, ou l' Océa;lique, arrosé par la Gaine, la Loire et la Seine,
déverse ses eaux dans l'Océan; iecond arrosé par les affluens du Rhin,
par la Meuse et l'Escaut, peut être appelé Versant Rhénan; le troisième
le Méditerranéen, qui offre une pente rapide à la Saône, Rhône et aux
autres tributaires de ce fleuve, va porter ses LX à la Méditerranée. Le
territoire de la France peut se diîr en i5 bassins, dont 9 appartiennent
au versant océa11e, 3 au versant rhénan, et 3 au versant méditerranéen.

Lie bassin de la Garonne est formé par les Pyrénées au sud, Cévennes à
l'est, le Cantal et les monts Odouze, Jargean Levezon au nord. Ce
fleuve, dont le nom est la tra:tion du latin Garumna ou Varumna, prend
sa source fond de la vallée d'Aran, dans les Pyrénées ; le Gers et ;ave,
qui descendent des mêmes montagnes, sont les 1s affluens qui, sur sa
rive gauche, méritent d'être mensnés; sur sa droite, elle reçoit
l'Ariège, X Aurigera des iens, le Pactole de la Gaule, qui ne charrie
plus assez r aujourd'hui pour être exploité avec quelque avantage ; Tarn
grossi de l' Aveyron; le Lot, alimenté par la ryère et la Sellç ou le
Sellé; et la Dordogne, qui prend Ill. *

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naisssance dans le Mont-Dor, et que grossissent les eaui de la Cère, de
la Vezère et de Ylsle, C'est après sa réunion avec la Dordogne que la
Garonne prend le nom de Girondâ La marée s'y fait sentir jusqu'à trente
lieues de son e bouchure; c'est ce qui explique la violence avec
laquelle à certaines époques, l'eau de l'Océan poussée avec impéj
tuosité, remonte et renverse tout sur son passage. Cet barre conserve
encore une force épouvantable à plus dj quinze lieues de la mer, à
l'embouchure de la Dordogne où elle a reçu le nom de mascaret. Dans
cette rivière, il Y1 des mascarets dont le bruit se fait entendre à la
distance d trois lieues, et qui, lorsque les eaux sont basses, font
chassa les ancres des navires, rompent les câbles et fracassent Ig
bateaux, si l'on n'a pas la précaution de placer ceux-ci a milieu de son
cours où la profondeur diminue la force d courant. La longueur de la
Garonne est d'environ 13o lieue elle commence à être flottable à deux
lieues au-dessus de j petite ville de Saint-Béat, et devient navigable à
Cazère dans le département de la Haute-Garonne. Sa partie flottab est
longue de 80,000 mètres. A partir du bec d'Ambès, ces à-dire de sa
réunion avec la Dordogne, une suite d'îles 1 de bancs de sable rendent
sa navigation dangereuse. Un pi avant son embouchure, ses rives,
couvertes de rochers et bruyères, s'élargissent jusqu'à la distance de
14,000 mètr< puis elles se rapprochent, et, par une ouverture de 4,0
mètres , ses eaux débouchent dans l'Océan.

Le bassin parcouru par la Loire est le plus considérai en longueur : il
est circonscrit à l'est par les montagnes Charollais et une partie des
Cévennes, au sud par les mo tagnes de la Margeride, le Cantal et le
Mont- Dor; au su ouest par les hauteurs de Gatine, et au nord par les ci
lines qui forment le plateau de la Beauce, et qui vont rattacher à la
chaîne Armorique. Ce fleuve, le Liger ¿ anciens, prend sa source au mont
Gerbier-des-Joncs, à quj

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les lieues du Mézin. Elle coule d'abord au nord, séparée 3 l'Allier par
les monts Forez et ceux de la Made; se dige au nord-ouest jusqu'auprès
d'Orléans, puis elle suit la irection générale de l'ouest, et se jette
dans l'Océan après n cours de 220 lieues. La hauteur moyenne de ses eaux
it de 2 à 3 mètres, et sa pente d'environ 1 centimètre sur ao mètres ou
22 pieds par lieue. Elle commence à être attable au village de
Retournac, dans le département de Haute-Loire : le flottage s'y fait sur
une étendue de 1,000 mètres; elle ne devient navigable qu'un peu auessus
de Roanne , dans le département de la Loire. A exception de la Mayenne,
qui se grossit des eaux de la irthe et du Loir, ce fleuve ne reçoit sur
sa rive droite Licune rivière importante, parce qu'elle n'est dominée de
2 côté que par des montagnes peu élevées; mais sur sa auche, une chaîne
qui comprend les plus hautes cimes e la France centrale donne naissance
à quelques grandes ivières qui alimentent son cours, telles que Y
Allier, le Vier et la Vienne. Les alluvions qu'elle charrie obstruent
:)n embouchure, et forment des bancs de sable qui s'acroisSent de jour
en jour, et dans des passages où l'on omptait autrefois 20 pieds d'eau à
la marée basse, il n'y n a plus aujourd hui que 7 à 8.

Le cours sinueux de la Seine, que nos ancêtres appellent Sequana, occupe
un bassin formé par le prolongement de la chaîne Armorique qui, au sud,
sépare ce fleuve le la Loire, et qui va se rattacher aux montagnes du
riorvan; à l'est, il est fermé par les monts Moresol et [asselot, par le
plateau de Langres, et par celui qui sépare a Meuse de l'Aisne, et au
nord, par les monts Faucilles :t les Ardennes qui se rattachent aux
collines crayeuses lui suivent le cours du fleuve jusqu'à son
embouchure. La ;eine prend sa source entre Chanceaux et Saint-Seine, au
jas d'un coteau qui fait partie du plateau de Langres; elle

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commence à être flottable au village d'Oigny, dans le département de la
Côte-d'Or , et ce n'est qu'après avoir reçu l'Aube, qu'elle devient
navigable au village de Marcilly.

Sur la rive droite, elle reçoit la Marne, à Charenton près de Paris, et
l'Oise, près de Conflans-Sainte-Honorine, audessus de Poissy. Sur sa
gauche, elle est alimentée par Y Yonne, à Montereau, et par l'Eure, près
de Pont-del'Arche. Sa pente est peu rapide : elle est de 223 toises sur
une longueur de 170 lieues, depuis sa source jusqu'à son embouchure.
Dans la hauteur moyenne de ses eaux, elle a, par 100 mètres de Paris à
Mantes, 2 millimètres de pente; de Mantes à Rouen, l millimètre '/a ; et
de Rouen au Havre, 2/3 de millimètre. La largeur de son embouchure lui
donne un aspect majestueux pendant la haute marée; mais à la marée
basse, elle n'offre que quelques canaux tracés au milieu d'un sable
fangeux ; c'est alors qu'on a de la peine à se représenter le changement
qui s'opère dans son lit deux fois par jour au moment de la marée. La
barre qui se forme acquiert, pendant les équinoxes, et aux époques de la
nouvelle et de la pleine lune, une telle rapidité, surtout si elle est
poussée par un fort vent d'ouest, que les flots de la marée qui monte
arrivent à la hauteur de Quillebœuf, s'élèvent, s'amoncèlent subitement
à une élévation quelquefois considérable, et se précipitent avec fureur
dans le lit du fleuve dont ils refoulenl les eaux. Un bruit sourd se
fait entendre à la distance d< deux lieues ; les animaux quittent leur
pâture et la fraî.

cheur du rivage : l'effroi se répand sur les deux rives, el le cri de la
barre! la barre.' devient un cri d'alarme pou: l'habitant riverain qui
voit quelquefois le flot menacer soi habitation et ses champs. Cette
barre remonte en diminuan de vitesse jusqu'à Rouen, où elle a
quelquefois encore asse: de force pour que les navires, trop voisins les
uns de autres, s'entre-choquent, brisent leurs amarres et s'ava.

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rient. Dans sa course, le phénomène dévastateur dégrade le rivage,
enlève tout ce qu'il rencontre , et porte au loin, sur les terres
basses, un limon infertile. Il a successivement détruit les digues les
iliieux cimentées qu'on avait essayé de lui opposer.

Le bassin du Rhône, borné au nord par le Jura, à l'ouest par la chaîne
formée des monts Pilât, Mézin, et des Cévennes, à l'est par plusieurs
montagnes qui ne sont que les contre-forts des Alpes, se prolonge au
nord jusqu'aux Vosges, et se décharge au midi dans la Méditerranée. Le
Rhône, appelé Rhodanus par les Romains, a sa source au bas des glaciers
du mont Furca, dans les Alpes. Il pénètre sur le territoire français à
quelques lieues à l'est de SaintDizier; c'est un des plus rapides
fleuves de l'Europe. On évalue sa pente à 23 centimètres par 100 mètres,
ou à 3o pieds par lieue. Ses principaux affluens sont, sur sa rive
droite, Y Ain, la Saône, X Ardeche et le Gard; sur sa gauche, Y Isère,
la Drôme, l'Aigues, et la Durance qui prend naissance au pied du mont
Genèvre. Le cours du fleuve est flottable pendant 10,000 mètres; ij est
navigable à partir de Seyssel, sur les. limites de la Savoie et du
département de l'Ain. Des Igo lieues qu'il parcourt, 120 comprennent
l'espace entre la frontière de France et la Méditerranée.

Depuis Beaucaire, il perd graduellement sa rapidité; il entre même avec
lenteur dans la mer, en se divisant en quatre bras principaux, dont
plusieurs bancs rendent le passage difficile.

Le bassin le plus oriental du versant rhénan comprend tous les cours
d'eau qui descendent du plateau des Ardennes et des pentes occidentales
des Vosges. Ce bassin secondaire est sillonné par la Moselle, que Florus
nomme Mosala, et le poète Ausone Mosella, rivière de 120 l ieues de
longueur , qui arrose le territoire français sur un espace de 66 lieues.
Flottable pendant 3.5 lieues, elle ne commence à

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être navigable qu'à sa jonction avec la Meurthe, à quelques lieues
au-dessous de Toul et de Nancy. Sa largeur moyenne est de 160 mètres, sa
profondeur moyenne, de 2 mètres, et sa vitesse moyenne de 3o mètres par
minute. Sa pente est d'environ 3 toises par lieue. Elle est flottable
sur une longueur de 149,000 mètres, et navigable pendant 115,28 1 mètres
jusqu'à la frontière de la France. Ses eaux sont de la plus parfaite
limpidité; ses débordemens fréquens causent de grands ravages ; les
rochers qui entravent son cours, et les montagnes qui la resserrent cà
et là tandis que dans la plus grande partie de sa course elle étend son
lit aux dépens de sa profondeur, sont autant de causes qui rendent sa
navigation dangereuse.

L'Ill qui prend sa source au bourg de Winckel, dans les Vosges, sur les
pentes orientales du versant rhénan , se jette dans le Rhin, après un
cours de 36 lieues, à 2 lieues au-dessus de Strasbourg.

A l'ouest du bassin de la Moselle se succèdent deux autres bassins. Le
premier est arrosé par la Meuse, fleuve assez important qui ne traverse
qu'une petite partie de la France, après avoir pris naissance un peu
au-dessus du village de Meuse , dans, les montagnes qui forment le
plateau de Langres. Ce bassin, long et étroit, est borné, au sud par les
monts Faucilles, à l'est par les monts de la Moselle et ceux des
Ardennes, dont les ramifications se prolongent sur le territoire de la.
Belgique, et à l'ouest par les monts d'Argonne et les Ardennes
occidentales. La Meuse, appelée Mosa par César, ne commence à être
navigable qu'à Verdun, sur une étendue de 209,600 mètres, jusqu'à la
frontière de France.

Le second bassin le plus occidental, est celui de l'Escaut,. le Scaldis
des anciens: il est formé par deux chaînes de collines dont l'une domine
vers le nord-est le cours, de la Meuse, et dont l'autre se dirige vers
Calais. L'Escaut doit être mis, selon nous, au rang des fleuves, pui.-

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qu'il reçoit plusieurs rivières navigables et qu'il se perd dans la mer
du Nord (1). Il prend sa source dans le département de l'Aisne, près du
Castelet; il ne commence à être navigable qu'au-dessous de Condé, un peu
avant de quitter la France, et n'acquiert de l'importance que sur le
territoire belge. Trente-cinq écluses, dont trente en France dans le
département du Nord et cinq en Belgique, facilitent la navigation de ce
fleuve.

Des huit bassins côtiers, cinq versent leurs eaux, soit dans la Manche,
soit dans l'Océan ; celui de la Somme est formé par la chaîne de
collines qui circonscrit le bassin de la Meuse, et par celle qui se
dirige vers le cap de la Hève.

Son principal cours d'eau, qui prend sa source à FontSomme, dans le
département de l'Aisne, peut être considéré comme un fleuve dont les
petites rivières de Miramont , de l'Apre et du Cellé sont tributaires.
La seconde de ces rivières est ouverte à la navigation. La Somme,
appelée Samara par les anciens, est divisée en deux parties, la haute et
la basse Somme, qui offrent chacune un aspect différent.

La première, qui porte ce nom jusqu'à Amiens, est barrée
transversalement par 3i digues, dont 24 retiennent les eaux pour le
service d'autant de moulins; un grand nombre d'autres digues plus
petites, qui n'atteignent pas la surface de l'eau, sont surmontées de
pieux réunis par des claies d'osier pour arrêter le poisson. Ainsi la
haute Somme, entravée par ces obstacles, n'est point utilisée pour le
flottage. La basse Somme a environ 5o pieds de pente depuis Amiens
jusqu'à Abbeville, c'est-à-dire sur une longueur d'environ 12 lieues.
Son lit, de 15 toises de largeur, est encaissé par des berges de 2, 3,
et souvent même

(1) Voyez, pour la nouvelle définition des différens cours d'eau,
l'article Rivières, dans le Ve volume de la Géographie physique de
l'Encyclopédie méthodique par M. Huot. —Voyez aussi tom. II, Théorie
générale de la Géographie.

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de 4 pieds de hauteur au-dessus de la surface de l'eau. Sa profondeur
est de 10 à 12 pieds dans certains endroits, et de 3 seulement dans
quelques autres. Aussi n'est-elle navigable jusqu'à la Manche que pour
des bateaux d'une forme particulière qui portent 3o à 36 tonneaux.

Si nous plaçons la Somme parmi les fleuves, parce que l'un de ses
affluens est navigable, Y Orne, Y Olina de Ptolémée, YOlona du moyen
âge, que, d'après la définition de la plupart des géographes, on devrait
ranger dans la classe des petits fleuves, puisqu'elle se rend à la mer,
n'est, selon nous, qu'une rivière. Elle reçoit le Noireau, YAize, l'
Odon et d'autres cours d'eau. Elle a sa source près de Séez, dans la
chaîne granitique qui s'élève au nord d'Alençon, et dont une branche
septentrionale et une autre qui se dirige vers le cap de la Hague ,
forment le bassin. Son cours, d'un peu plus de 3o lieues, se termine
dans la Manche.

Grâce aux marées, elle est navigable jusqu'à 4 lieues audessus de son
embouchure.

Le bassin contigu à celui de l'Orne peut, malgré son irrégularité,
prendre le nom de la Rance, sa principale rivière, qui n'a cependant que
18 lieues de cours; il est formé par la chaîne qui sert de limite au
bassin précédent, et qui va se terminer au nord de Brest, sous le nom de
montagnes de Ménez et d'Arrée.

Les monts Ménez, ainsi qu'une chaîne de collines venant du nord, et se
terminant près de la Loire, circonscrivent le bassin de la Yi/aine,
l'ancien Herius, petit fleuve qui prend naissance auprès de Juvigné ,
devient navigable par le moyen d'écluses au village de Cessan , et,
grossi par le Meu, la Seiche, le Don, porte ses eaux à l'Océan après un
trajet de 45 lieues. La longueur totale de sa navigation est de 140,000
mètres.

La Charente, le Carantonus de nos ancêtres, fleuve sinueux, de 85 lieues
de cours, qui prend naissance près

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du village de Chéronnac, sur les limites du département de la
Haute-Vienne, et dont la Né, la Seugne et la Boutonne sont les
principaux affluens, commence à être navigable à Montignac, quelques
lieues au-dessus d'Angoulême, et se jette dans l'Océan, vis-à-vis l'île
d'Oléron. Son bassin est formé par une chaîne qui descend des hauteurs
de Gatine, et par une branche de collines qui sépare son domaine de
celui de la Gironde.

Le bassin de-l'Adour est borné au sud par les Pyrénées et par une chaîne
de collines qui, descendant de ces montagnes, va se perdre au nord dans
les landes sablonneuses de la Gironde. Sorti des pentes du Pic-du-Midi,
se précipitant un peu au-dessus de Bagnères en une cascade de 100 pieds
d'élévation, l'Adour, l'Aturus des Romains, quitte les vallées des
Pyrénées pour recevoir, dans son cours de 70 lieues, la Midouze, le Luy,
le Gave de Pau, le Gave d'Oléron, la Bidouze et quelques autres rivières.

Fleuve de peu d'importance, mais rapide, ses débordemens, causés par la
fonte des neiges, portent souvent la désolation dans les champs, qu'il
couvre au loin de débris de roches entraînés dans sa course vagabonde.
Il ne commence à être navigable qu'à Saint-Sever, et se jette à Bayonne
dans le golfe de Gascogne : il peut porter des navires de 3o à 40 canons
jusqu'au-dessus de cette ville.

Jadis il suivait une autre route, qu'il est facile de reconnaître à une
longue suite de petits lacs que l'on découvre sur toute sa longueur. Il
débouchait à environ 8 lieues au nord de son embouchure actuelle.

L'étang de 1 Aude, situé dans les Pyrénées-Orientales, à une lieue de
Mont-Louis, donne naissance à un cours d'eau qui porte son nom, et qui
n'est qu'une rivière , parce que. l' Orbieux, le principal de ses
affluens, n'est point navigable. VAude, l'ancien Atax, parcourt une
étendue d'environ 5o lieues, et ne porte bateau que pen-

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dant l'espace de 58o mètres, où il se réunit au canal de Narbonne; la
branche qui va se jeter dans la Méditerranée est seulement propre au
flottage. Son bassin est formé par les monts de lEspinous, les montagnes
Noires et les dernières branches des Pyrénées.

Le dernier bassin côtier, formé par les monts des Maures, les monts
Esterel et leurs ramifications, est arrosé par pl usieurs rivières, dont
la plus importante est XA rgens, formée des ruisseaux qui se réunissent
à Château-Vert.

Cette rivière , que les anciens nommaient Argenteus, compte parmi ses
affluens celle de XArtuby. A son embouchure dans la Méditerranée, elle
n'a parcouru que 24 lieues ; elle n'est point navigable, et, quoiqu'elle
coule entre des rives élevées et rocailleuses, elle sort souvent de son
lit et forme au loin des marécages pestilentiels.

L'Hérault sillonne aussi la partie orientale de ce bassin pendant 28
lieues, depuis les Cévennes jusqu'à la mer.

Au total, la France est arrosée par 11 fleuves, 108 rivières navigables,
et par plus de 5,000 petites rivières et ruisseaux.

Pour compléter l'hydrographie de la France, il nous reste à parler des
masses d'eau auxquelles on donne les noms de lacs et d'étangs. Le seul
lac qu'elle renferme est celui de Grand-Lieu, dans l'arrondissement de
Nantes. Il est formé par les eaux de la Boulogne, de l'Ognon, du tenu et
d'autres petites rivières, et se décharge dans la Loire par celle de
l'Achenau, navigable dans tout son cours; il a deux lieues et demie de
longueur et environ deux de largeur. Ce lac est très-poissonneux, mais
le produit de ses pêcheries n'est point à comparer à celui que donnerait
sa vaste superficie, en le desséchant et en livrant à l'agriculture ses
terres, dont on peut facilement prédire la fertilité.

Les départemens maritimes du sud-ouest et du sud-csî

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sont les seuls qui renferment des étangs considérables.

Dans la Gironde, celui de Carcans a deux lieues de long' sur une et
demie de large; il communique avec celui de Canau, qui est un peu moins
grand. Dans les Landes, celui de Biscarosse a les mêmes dimensions que
le premier.

Ainsi que d'autres moins étendus, qu'il serait trop fastidieux de
nommer, ils sont séparés de l'Océan par des dunes de sable. Sur les
bords de la Méditerranée, la limite des départemens des
Pyrénées-Orientales et de l'Aude, divise en deux parties égales l'étang
de Leucate, long d'environ trois lieues. Ce dernier département renferme
aussi l'étang de Sigean, de quatre lieues de longueur.

Celui de Thau, dans l'Hérault, est un peu plus considérable : une langue
de terre fort étroite le sépare de la Méditerranée. Il présente un
double phénomène assez remarquable : il est salé, quoique alimenté par
des sources d'eau douce ; et, vers son extrémité septentrionale, une
espèce de trombe souterraine élève, au-dessus de sa superficie, une
colonne d'eau douce qui retombe sur elle-même en nappe circulaire. Cette
source ascendante a probablement son origine à une assez grande
profondeur au-dessous du sol qui forme le fond de l'étang. Les anciens
donnaient à cet étang le nom de Voloes, Il communique au nord-est, au
moyen d'un canal naturel, avec les étangs de Maguelonne, de Pérols et de
Mauguio, que l'on pourrait considérer comme les différentes parties
d'une même masse d eau., et qui forment ainsi une étendue de plus de
28,000 toises. Dans les Bouches-du-Rhône, l'étang de Berre, que l'on
devrait peut-être ranger parmi les golfes, communique avec la mer par
les canaux de Martigues et de la Tour-de-Bouc. Son circuit est d'environ
quinze lieues.; il est de tous les étangs que nous venons de nommer,
celui dont les eaux tranquilles déposent le plus de sel.

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Dans l'intérieur de la France il existe quelques étangs artificiels, qui
atteignent en étendue plusieurs lacs naturels : tels sont celui de
Villers, dans le département du Cher, et celui de l'Indre, dans le
département de la Meurthe : le premier a six lieues (1) de
circonférence, et le second quatre (2). C'est de celui-ci que sort la
Seille, affluent de la Moselle.

Un coup d'œil rapide sur les côtes de la France suffira pour faire
remarquer les saillies les plus importantes et les enfoncemens les plus
considérables. Les contours de son littoral forment trois caps
principaux : celui de la Hague ou de la Hogue s'avance dans la Manche, à
l'extrémité du département de ce nom; celui de Frehel se prolonge à
l'est de la baie de Saint-Brieuc, dans le département des Côtesdu-Nord;
celui du Raz forme la pointe la plus occidentale du département du
Finistère. Au pied de celui-ci, les vagues viennent se briser avec
fureur, et de son plateau la vue s'étend sur l'immensité de l'Océan.

Nos côtes sont entaillées par de larges golfes et des baies profondes ;
celui de Saint-Malo, dansda Manche, comprend sur sa gauche la baie de
Saint-Brieuc, et à son extrémité, celle de Cancale, renommée par la
quantité d'huîtres qu'on y pèche. Sur la côte occidentale du Finistère,
la rade de Brest est une baie de 10 à 15 brasses de profondeur à la
marée basse, et de 8 lieues de circonférence, qui communique avec
l'Océan par le détroit du Goulet; au sud de la précédente, la baie de
Douarnenez, plus considérable encore, a son entrée formée par le cap de
la Chèvre et par celui du Raz ; celle du lJlorbiltan, qui donne son nom
à un département, a 8 lieues de circonférence. La baie de Bourgnelif
plus vaste, s'étend près de l'embouchure de la Loire : elle a environ 5
lieues de longueur sur 3 de lar-

(') 26,70 KILOMÈTRES.

(2) 17^80 kilomètre.

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geur; les bancs de sable qui l'encombrent, les vents du nord-ouest qui
soufflent avec violence en rendent l'entrée fort dangereuse. Enfin le
golfe de Gascogne, le plus considérable de ceux que baignent les eaux de
l'Océan, est formé par les côtes de France et d'Espagne ; à son
extrémité aboutit la petite rivière de la Nivelle ; sa vaste étendue a
décidé un savant géographe à lui donner le nom de mer occidentale des
Gaules (1). Il a 1996 myriamètres carrés, ou 10,077 lieues géographiques.

Dans la Méditerranée, le golfe le plus important est celui du Lion,
improprement appelé de Lyon, ce qui a fait croire à quelques géographes
qu'il devait son nom à cette ville, qui en est cependant éloignée de
plus de 55 lieues en ligne directe. On le nommait dans le moyen âge, mer
ou golfe du Lion, parce que, fréquemment battu par les orages, il était
redouté des navigateurs: saint Louis, en quittant Aigues-Mortes, en
1269, y é prouva une tempête qui dura trois jours (2). Ce golfe est
circonscrit par les côtes des cinq départemens des PyrénéesOrientales,
de l'Aude, de l'Hérault, du Gard et des Bouches-du-Rhône ; il a 420
myriamètres carrés ou 2120 lieues géographiques. Les côtes du
département du Var forment quatre autres enfoncemens qui ne sont, à
proprement parler, que des baies; ce sont les golfes de Cavaleire, de
Grimaud, de Napoule et de Juan.

Nous n'entreprendrons point de citer toutes les îles qui bordent les
côtes de la France : dans la Manche, celles de Jersey et de Guernesey
sont les plus importantes; mais, comme elles appartiennent aux Anglais,
nous les décrirons

(0 M. Denaix. Voyez son Atlas de l'Europe.

(2) Nous devons rapporter à ce sujet le témoignage de Guillaume de
Nangis moine du XIIIe siècle, auteur d'une Vie de saint Loùis; il dit.,
en parlant de ce golfe : « Mare Leonis nuncupatur quodsemper est asperum
fluctuosum et crudele. » Voyez aussi les Mémoires de l'Académie des
inscriptions et belles-lettres) tom. XII, pag. 210.

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en parlant de l'Angleterre. Près des côtes du Finistère, l'île
d'Ouessant, que les anciens nommaient Uxantis, entourée d'autres petites
îles du même nom, bordée de rochers qui en rendent l'abord dangereux,
s'unit au continent par une suite d'îlots et de bancs de sable : sa
superficie est de deux lieues carrées, et son sol est fertile.

Groaix, plus productive encore, est peuplée de pêcheurs.

Belle-Ile, autrefois Guedel, et chez les anciens Vindilis, longue de 4
lieues et large de 2, est couverte de gras pâturages. Noirmoutiers,
l'ancienne Herio, dont la superficie est d'environ 4 lieues, renferme
une population industrieuse.

L'île d' Yeu ou Dieu n'est qu'un rocher granitique d'environ 6 lieues
carrées que couvre à peine une légère couche de terre végétale. L'île de
Ré, longue de 5 lieues, et de 15 de circonférence, est bordée de rochers
au nord et à l'occident. Son territoire, pauvre en bois et peu fertile
en blé, tire sa principale richesse du produit de ses vignes. Oléron,
XUliarus de Pline, la plus importante de toutes, a 6 lieues de long sur
a de large ; elle est fertile en blé et en vins, et ses marais salans
sont d'un grand produit.

Dans la Méditerranée, l'île de la Camargue, formée par les alluvions du
Rhône, a 5o,ooo hectares de superficie; dans ses contours presque
triangulaires, elle renferme un vaste marais; mais les autres parties de
son sol offrent des prés excellens. Les îles d'Hyères, dont les
principales sont : Porquerolles, Port- Cros, Bagneaux, et l'île du Titan
ou du Levant, occupent une étendue de 7 lieues de l'est à l'ouest : leur
sol, autrefois riche en orangers, en fraisiers, en plantes aromatiques,
valut à deux d'entre elles la dénomination d'Iles d'Or; mais aujourd'hui
elles renferment peu de terres cultivées. Les îles de Lenns, qui
comprennent Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, sont entourées
d'écueils, et à peu près incultes. Au sud-est d(

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ces îles s'étend la Corse, qui, par son importance, mérite que nous
entrions dans quelques détails.

Cette île (1) a plus de 41 lieues (2) dans sa plus grande longueur, et
plus de 19 lieues (5) dans sa plus grande largeur, depuis le cap Corse,
au nord, jusqu'à la pointe de la Cala FiUlnara, au sud. Sa superficie
est de 874,741 hectares , ou de 2,072,441 arpens (4). Elle n'est qu'une
masse de montagnes composant un groupe qui appartient au système qu'un
de nos géographes (5) désigne sous le nom de Sardo- Corse, parce qu'il
n'est que la continuation de celui de la Sardaigne. Ce groupe est formé
de la chaîne du mont Caona au sud, des montagnes de la Cagnone au
centre, de celles de Frontogna au nord-ouest, et de la chaîne du Titime
au nord. Plusieurs de leurs sommets conservent de la neige pendant toute
l'année. Divers contre-forts ou rameaux partent latéralement de ces
chaînes, et donnent naissance à de nombreuses vallées qui forment autant
de petits bassins. Les sept plus considérables sont ceux du Tavignano et
du Golo, qui descendent vers l'orient , et ceux du Yalinco, du TarafJo,
de la Gravona, du Liamone et du Fango, qui se dirigent vers les pentes
occidentales de l'île; des vallons étroits, tortueux et d'une pente
rapide, aboutissent à ces bassins ; aucune de ces rivières n'est
navigable. JSur la côte orientale qui offre une plage dont les contours
sont à peine ondulés, on trouve plusieurs étangs ou lacs salés,
très-poissonneux, dont le plus important est celui de Biguglia, long de
i3,ooo mètres. La chaîne du Titime forme le cap Corse, le plus

(1) Située entre 410 17" et 430 de latitude nord, et entre 6° 12 de
longitude est.

(2) 18,5 myriamètres.

0) 8,6 myriamètres.

(4) D'après le terrier général fait par ordre du gouvernement. Voyez
l'Annuaire du département de la Corse. — 1829.

(5) M. Biuguière, dans son Tableau des montagnes^

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important de toute l'île. Le grand nombre de montagnes qui descendent
vers la côte occidentale rendent ses contours irréguliers et découpés
par des baies sans nombre, et par des golfes dont les plus vastes sont
ceux de Valinco, d'Ajaccio, de Porto et de Saint-Florent. C'est cette
partie du littoral qui paraît avoir été séparée du continent, lorsque,
par une irruption des eaux de la Méditerranée, et par suite de quelque
commotion souterraine, l'île de Corse fut formée ; de même que la pointe
de la Cala Fiumara, séparée de l'île de Sardaigne par un canal de deux
lieues, appelé les Bouches de Bonfiacio, paraît être le point qui, par
une cause analogue, forma d'une même terre la Corse et la Sardaigne.
Quelques îles s'élèvent près des côtes de la Corse , mais toutes sont
sans importance.

L'aperçu que nous devons donner de la richesse minérale de la France
doit être précédé d'un exposé de sa constitution géognostique.

Les roches granitiques ou antérieures à l'apparition des êtres organisés
se montrent sur les sommets et sur les pentes des Pyrénées et des Alpes
; mais le granite des premières est plus ancien que celui des secondes.
Dans les Cévennes proprement dites, et surtout dans la chaîne du Cantal
et du Mont- Dor, les masses granitiques supportent - des sommets
volcaniques : les granites du groupe CevenoVosgien disparaissent dans
les environs d'Avalon , et se montrent de nouveau aux deux extrémités
des Vosges, c'est-à-dire aux sources de la Moselle jusqu'aux portes
d'EpinaI et près des Ardennes. Dans la chaîne Armorique, les roches
granitiques dominent, formant les crêtes des petits bassins des affluens
de la basse Loire, celui de la Vilaine, et couvrant presque toute la
superficie des départemens de la Loire-Inférieure, du Morbihan, du
Finistère, des Côtesdu-Nord, d'Ille-et-Vilaine et de la Manche, ainsi
qu'une petite partie de celui du Calvados.

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Les débris des roches les plus anciennes, triturés et éunis par l'action
des eaux, par celle du calorique et des utres agens de la nature et
formant ces roches siliceuses, nagnésiennes, argileuses et schisteuses,
que l'on voit paaître vers les limites des premières et leur succéder ;
les lorphyres et d'autres roches sorties brûlantes des entrailles le la
terre ; les divers grès de la même époque, tous remIlis d'empreintes ou
de restes de végétaux; enfin, toute la érie de couches des terrains
houillers superposés aux granités se montrent cà et là sur le sol de la
France.

rest à cette même époque qu'appartiennent les célèbres chistes
tégulaires d'Angers. On voit des dépôts considéables de ces roches à la
base des Cévennes, près dés bords lu Tarn, aux environs de
Saint-Etienne, auprès de Brives, ur le territoire de
Bourbon-l'Archambault, près des bords lu Cher et de l'Auron et non loin
de la rive gauche de Orne. Les mêmes roches bordent les Vosges à
l'occident t au midi, formant leurs sommets depuis les sources de a
Sarre jusqu'à la base du mont Tonnerre , et reparaissent ncore sur les
bords de la Moselle auprès de Sierck.

Les couches de calcaire marin et de marnes irisées qui uccèdent aux
grès, et dont la réunion constitue les terains salifères, se montrent
dans quelques parties de la rrance méridionale et dans le département de
la Meurthe.

Une longue et importante série de marnes et de cal:aires, à laquelle on
a donné le nom de jurassique, occupe n France d'immenses espaces. La
chaîne du Jura tout ntière est la partie la plus élevée de ces dépôts,
qui, s'alossant, vers le sud, au pied des Basses-Alpes, aux Cérennes et
aux Pyrénées, vers l'est à la base de nos Haues-Alpes, formèrent, sur la
droite de la Saône, les monagnes du Charollais, de ladôte-d Or et le
plateau de Lances. Ces dépôts , qui s'abaissent vers la Méditerranée ,
diigent aussi leur pente du côté de la Manche, occupant

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depuis les bords du Tarn une zone que l'on peut suivre jusqu'à Valogne,
aux environs de Cherbourg, et qui, constituant les plateaux des
Ardennes, cessent aux sources de la Serre pour reparaître aux environs
de Boulogne-surMer.

Cependant une seconde série de sédimens se dépose sur ces terrains, et
laisse au sud d'Angoulême et de Périgueux, et à quelques lieues au nord
de la Garonne, des sables et des calcaires appartenant à la formation
crayeuse : on dirait qu'ils ont été accumulés au fond de vastes
Caspiennes, dont il ne reste sur les bords de la Dordogne, de l'Ille et
de la Charente, qu'un long débris qui va se perdre dans l'Océan , où il
forme l'île d'Oléron; mais un autre dépôt beaucoup plus considérable
occupe un grand bassin qui, dans ses contours irréguliers, se
prolongeait jusqu'en Angleterre, se terminant à l'ouest vers la branche
de collines que la chaîne Armorique dirige jusqu'à la Loire, et
s'étendant au sud vers les hauteurs de Gatine, le plateau d'Issoudun,
les collines des environs de Bourges; à l'est vers celles d'Auxerre, les
pentes du plateau de Langres et celles des Ardennes, et au nord
jusqu'au-delà de la Baltique.

Les animaux qui vivaient dans les eaux de ces Caspiennes différaient
totalement de ceux qui peuplent aujourd'hui l'Océan. C'étaient, parmi
ceux qui étonnent le plus le naturaliste , de grands reptiles marins,
offrant le singulier assemblage d'une tête à museau de dauphin, à dents
de crocodile, placée à l'extrémité d'un long cou composé de 80 vertèbres
, et tenant au corps d'un lézard : ces animaux ; appelés ichtyosaures,
ont laissé leurs débris dans les marnes bleuâtres des environs de
Honfleur; c'était ce grand lézard de 9 pieds de longueur, appelé
plésiosaure, dont on a recueilli les restes auprès de Boulogne et d
Auxonne: c'était cet animal, que l'on avait d abord pris pour un g a-

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ialj et qu'un de nos savans (1) considère comme une sorte iebauche de
mammifère et de crocodile ; on le trouve dans es carrières des environs
de Caen; M. Geoffroy de Saintlilaire, d'après les nouvelles recherches
auxquelles il s'est ivre, établit que l'existence de cet animal a
précédé celle les crocodiles, qu'il vivait dans la mer, tandis que
ceux-ci tabitent les fleuves; qu'il n'était point amphibie, et que on
organisation le place entre l'ichtyosaure, qui l'a derancé de fort peu,
et le crocodile qui est venu long-temps i près.

Postérieurement à l'époque. de la formation des bassins rayeux qui
couvrent une grande partie de la Champagne et le la Normandie, la
Touraine, la Picardie et l'Artois, de Jus petites Caspiennes ont laissé
leurs traces sur différens )oints de la France; on les reconnaît partout
où l'on rouve des bancs de calcaire grossier, analogue à la pierre bâtir
des environs de Paris, ou des dépôts sablonneux emblables aux couches
inférieures de ce calcaire. La plus petite de ces Caspiennes occupait
une partie du cours inérieur du Rhône ; on en suit les contours dans les
déparemens de l'Hérault, du Gard, de Vaucluse et des Bouhes-du-Rhône.
Une autre un peu plus grande, située au lord de la précédente, est
circonscrite entre les pentes du ura et celles de la Côte-d'Or et des
montagnes du Chaollais ; son bassin commence au nord de Dijon et se
ternine au sud de Valence. Une, plus considérable encore, occupait
presque toute la superficie des départemens du ?arn, de la
Haute-Garonne, du Gers, des Landes, de la rironde et de Lot-et-Garonne;
mais la plus importante

(0 M. Geoffroy de Saint-Hilaire, qui lui donne le nom de teleosauilS
Cadomensis. Consultez son nouveau Mémoire intitulé : Excursion éologique
à Caen; nombre et importance des ossemens fossiles qui y nt été
observés, - la zoologie et la géologie également intéressées dans n
études dont ces ossemens ont été l'objet. Ce Mémoire a été lu à Institut
le 9 mai 1831.

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couvrait la superficie de ceux du Loiret, de Seine-et-Oise et de l'Oise,
et une partie de ceux de l'Aisne, de Seine-etMarne, d'Eure-et-Loir, de
Loir-et-Cher, d'Indre-et-Loire et de l'Indre. Les bassins de ces
Caspiennes n'ont point été mis à sec à une seule et même époques tandis
que celui du nord, le dernier que nous venons de décrire, est formé de
couches calcaires marines dont les débris organiques ne se rapportent
point aux espèces qui vivent dans nos mers; celui que traverse la
Garonne offre un grand nombre de coquilles voisines de celles qui vivent
encore. Au milieu des couches calcaires des deux bassins de Paris et
d'Avignon se sont déposés de ces gypses appelés vulgairement pierres à
plâtre, qui paraissent s'être formés au fond des eaux douces que les
rivières apportaient dans ces mers intérieures.

Les bords de ces bassins étaient habités par des quadrupèdes herbivores
qui appartiennent à une création toute différente de celle qui couvre
aujourd'hui la surface de la terre. Leurs ossemens rassemblés, étudiés,
et comparés pai un savant (1) qui compte encore d'autres travaux parmi
ses titres de gloire, ont, à l'aide d'une science qu'il a portée au plus
haut point de perfection, été restitués dans leur formes, et pour ainsi
dire observés dans leurs mœurs. Ces dans les couches de Montmartre, de
Belleville et de Mont morency; c'est dans les carrières d'Aix; c'est
dans le: marnes calcaires des environs d'Orléans; c'est dans celle îles
limites Rhénanes de la France que l'on a retrouvé le ossemens de ces
antiques animaux. Leur conformation par ticulière, les caractères
tranchés qui les séparent de ton les êtres vivans, leur ont fait donner
des noms qui indiqucn et leur antiquité, et la forme de leurs mâchoires,
et (c!l de leurs dents. Ainsi le palœotlzerium (animal ancien) s divise
en sept espèces, dont la plus grande atteint presqu

(') M. Cuvier. Voyez ses Recherches sur les ossemens fossi les., 5 in-4°
( 18a3 ).

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la taille du cheval, et dont la plus petite ne dépasse pas celle du
lièvre. Les seuls animaux auxquels il ressemble, à la taille près, sont
les tapirs, qui vivent aujourd'hui sur le nouveau continent.
L'anoplotherium (animal sans défenses), divisé en six espèces, dont la
plus grande avait 3 pieds de haut sur 5 de longueur, et dont la plus
petite n'était pas plus grande qu'un rat, était un animal qui vivait
alternativement sur la terre et dans l'eau. Enfin le lopliiodon (animal
à dents garnies de collines), dont les débris se trouvent principalement
dans les marnes calcaires, se rapproche des tapirs par la forme, mais en
diffère par sa taille quelquefois plus, et d'autres fois moins élevée.

A l'époque où les dépôts d'eau douce se formaient sur les masses
calcaires marines du bassin occupé par les départemens qui environnent
Paris, il existait, au milieu des plateaux granitiques qui occupent
l'étendue des départemens de la Loire, de la Creuse, de la Corrèze, de
l'A veyron, de la Lozère, de l'Ardèche, de la Haute-Loire, du
Puy-de-Dôme et du Cantal, des lacs d'eau douce d'une grande étendue qui
déposèrent leur sédiment sur le granité même. Ces bassins paraissent
avoir pris leur écoulement en se dirigeant vers le nord, et avoir
contribué par leur rupture à augmenter les dépôts analogues qui se
formaient dans le grand bassin septentrional des environs de Paris (1).
Leurs sédimens renferment un grand nombre de débris d'animaux parmi
lesquels on en trouve quelques uns des mêmes genres que ceux de
Montmartre, et de plus, des restes d'hippopotames et d'un animal qui
offre quelques rapports avec ce dernier, l'anthracotherium, des
reptiles, des oiseaux, animaux tous différens de ceux qui existent, et,
ce qui est un fait nouveau dans la science, des œufs de gallinacées
parfaitement conservés.

(1) Voyez le discours préliminaire de l'ouvrage intitulé : Recherches
sur les ossemens fossiles du département du Puy-de-Dôme; par MM. l'abbé
Croizet et Jobert atné. In-4° ( 1828 ) -

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C'est au-dessus de ces antiques bassins d'eau douce que reposent ces
roches porphyriques, appelées trachytes, formées par l'action des feux
souterrains, ces laves et ces basaltes vomis par des volcans antérieurs
à l'époque historique. Lorsqu'ils étendaient au loin leurs ravages, il
existait sur les plateaux de cette partie de la France des animaux dont
plusieurs ne se retrouvent plus que dans les climats les plus chauds du
globe. C'étaient des éléphans, des rhinocéros, des hyènes, des lions et
des cerfs d'une taille gigantesque ; c'étaient des mastodontes, grands
quadrupèdes dont les débris fossiles sont communs dans l'Amérique
septentrionale, mais qui ont disparu de la surface de la terre. La
plupart de ces animaux avaient succédé à ceux que nous avons décrits et
que l'on retrouve dans les marnes et dans les gypses ; mais en Auvergne
leurs débris sont rassemblés dans des terrains d'alluvion, que
recouvrent des coulées de laves et de. basaltes, et qui attestent, dans
cette partie de la France, plusieurs époques de volcanisation. Cependant
il ne faut pas croire que ce n'est que sur les bords de l'Allier que
vivaient ces grands herbivores et ces carnassiers, qui habitent
aujourd'hui l'Afrique et l'Asie. On a trouvé dans les terrains
d'alluvion qui occupent le sol des cavernes de Montpellier, des tigres,
des lions, des hyènes, des panthères et des hippopotames. Les mêmes
terrains de transport qui garnissent le fond des vallées dans toutes les
parties de la France, recèlent aussi des restes de ces mêmes
quadrupèdes. Le sol de Paris et de ses environs en offre à lui seul de
nombreux exemples ; il est donc hors de doute que le climat de ce pays,
et en général celui de toutes les régions tempérées, était, à l'époque
où ces animaux vivaient, beaucoup plus chaud qu'aujourd'hui.

La région volcanique dont nous venons d'indiquer en partie
l'emplacement, s'étend depuis Riom, dans le dépar-

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tement du Puy-de-Dôme, jusque sur les bords de la Méditerranée, et
depuis la rive droite du Rhône, qu'elle ne franchit pas, jusqu'au bord
de la Selle, près de Figeac.

EUe se termine au sud par une chaîne qui s'étend d'abord sur la rive
droite du Tarn, et qui partage ensuite en deux portions égales, du nord-
au sud, le département de l'Hérault, où elle se termine au cap d'Agde,
près l'étang de Thau. Au nord de Toulon, la petite chaîne des Monts des
Maures comprend aussi quelques volcans éteints. Enfin la côte d'Essey, à
6 lieues de Lunéville, atteste que les feux souterrains se sont fait
jour aussi dans le nord de la France. Les terrains volcaniques du midi
appartiennent à trois ou quatre époques de volcanisation : la
plus-ancienne est celle qui a formé des montagnes dont les sommets
couverts de basaltes n'offrent aucune trace de cratères; la plus récente
est celle qui nous présente des cratères qui rivalisent en régularité
avec ceux des volcans brûlans.

D'après les judicieuses observations d'un savant géologue (1) , les
aspérités plus ou moins considérables qui couvrent le sol de la France
sont dues à des soulèvemens qui se sont faits à différentes époques :
ainsi, dans le département du Calvados, les collines du Bocage
appartenant à la chaîne qui sépare le bassin de l'Orne de celui de la
Rance, collines formées de roches d'une époque qui a suivi celle des
granités, sont dues à l'un des plus anciens soulèvemens. Le plateau des
Ardennes, composé en grande partie de roches de la même époque , prouve
par l'horizontalité des couches de grès des Vosges qui couvrent son
extrémité orientale, qu'il a été soulevé avant

(l) M. Elie de Beaumont. Voyez son Mémoire intitulé: Recherches sur
quelques unes des révolutions de la surface du globe. Annules des
Sciences naturelles, tom. XVIII. Voyez aussi les Livres relatifs à la
structure de la terre, tom. II de cc Précis.

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la formation des dépôts de ce grès. La falaise orientale des Vosges ne
s'est elle-même élevée qu'après la formation du grès vosgien et avant
celle du grès bigarré, roche utilisée dans les constructions. Entre la
période qui a déposé ce grès et celle qui a vu se former les dépôts
calcaires, les marnes irisées et toute la série de couches comprenant
les terrains salifères, se sont redressées les roches qui forment les
côtes du sud-ouest de la Bretagne et de la Vendée, ainsi que les
montagnes du Morvan, entre la Loire et la Seine. Dans la période
suivante, c'est-à-dire celle qui a précédé les dépôts de sables verts
inférieurs à la craie, se sont soulevées les côtes septentrionales de la
Bretagne, les environs de Coutances et la presqu'île qui se termine au
cap de la Hague, toute la chaîne de la Côte-d'Or, ainsi que le mont
Pilat qui appartient aux Cévennes ; enfin les rameaux qui forment les
vallées longitudinales du Jura.

La partie des Pyrénées qui borde la France, et la plupart des aspérités
qui s'étendent depuis l'étang de Berre jusqu'au Var, et depuis les bords
de la Méditerranée jusque dans les départemens de la Drôme et des
Hautes-Alpes, se sont élevées entre la période de la craie et celle des
calcaires qui lui succèdent. Entre le commencement et la fin de ces
derniers terrains, qu'on appelle tertiaires, se soulevèrent les
montagnes de la Corse et de la Sardaigne ; leur dépôt était complètement
formé, jusqu'aux couches mêmes les plus récentes, lorsque le soulèvement
qui donna naissance aux plus hautes cimes des Alpes, éleva celles du
département de l'Isère. Enfin, c'est après les dépôts de transport qui
succédèrent aux derniers terrains de sédiment, que parurent les chaînes
qui comprennent les monts Leberon et Ventoux, dans le département de
Vaucluse, et de la Sainte-Baume, dans le Var.

La plupart des terrains de la Corse appartiennent à la formation
granitique. Les calcaires analogues à ceux des

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Alpes et du Jura se font remarquer dans deux parties opposées de l'île :
d'abord sur la côte orientale, un peu au nord de Porto-Vecchio, et sur
la côte septentrionale , au fond du golfe de Saint-Florent. Des
calcaires plus récens, et des grès calcarifères, qui appartiennent à la
dernière époque du séjour de la mer sur nos continens, occupent
seulement la partie méridionale de l'île, aux environs de Bonifacio.

En décrivant les différens terrains de la France par ordre de
formations, nous avons préparé le lecteur à juger plus facilement de sa
richesse minérale. Déjà la variété de ces terrains fait préjuger celle
des substances que l'on doit y recueillir; commençons par les roches
employées dans les arts, et recherchées pour l'ornement de nos
habitations et de nos monumens. Des granites gris, roses et verdâtres;
des syènites variées en couleurs et confondues long-temps avec les
granités, mais plus utiles dans les arts par le beau poli qu'elles
reçoivent; des porphyres bruns ou d'un beau vert ; des variolites
tachées de blanc, de brun ou de noirâtre, sur un fond vert ou violet;
des serpentines grises, vertes, brunes, jaspées de diverses nuances, se
trouvent en assez grande abondance dans le département des Hautes-Alpes.

On a reconnu tout récemment que les environs de Fréjus fournissaient aux
Romains un beau porphyre bleu, dont plusieurs colonnes, que l'on croyait
apportées d'Egypte, ornent la basilique de Saint-Pierre de Rome. Dans la
Corse on connaît aussi les mêmes roches, mais avec des variétés plus
nombreuses. C'est dans cette île que l'on trouve cette belle diorite,
appelée granite orbiculaire, dont on fait de& vases précieux. Les Vosges
renferment beaucoup de porphyres; d'autres départemens, tels que ceux de
la Loire-Inférieure, de la Manche et de la Sarthe, fournissent des
granites dont quelques uns sont employés à garnir les trottoirs de Paris
; mais depuis quelques années les.

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laves de l'Auvergne sont utilisées pour le même usage.

Nous avons long-temps envié à l'Italie la richesse de ses carrières de
marbre, tandis que notre sol en possède qui peuvent rivaliser avec les
plus renommées. Aujourd'hui Ion compte une quarantaine de départemens
qui en exploitent : les plus connus sont ceux des Hautes, des
Basses-Pyrénées, de la Haute-Garonne et des PyrénéesOrientales , surtout
ces marbres schisteux de Campan, tantôt rouges, tantôt verts, ou d'un
rose tendre, et dont Louis XIV fit la réputation en les employant à
décorer les chàteaux de Versailles et de Trianon ; celui de Sarancolin,
qui a l'apparence d'une brèche ; des marbres statuaires, et vingt autres
espèces qu'il serait trop long de citer.

Quelques autres ne sont pas moins connus : ce sont les marbres rouge et
blanc de l'Aude, dont on peut prendre une idée par les huit colonnes de
l'arc de triomphe de la place du Carrousel, à Paris; le bleu turquin et
la brèche violette de l'Ariège; les deux brèches des Bouches-duRhône,
dont l'une est improprement appelée brèche dAlep, et l'autre de Memphis;
les marbres blancs et griottes de l'Hérault, qui ornent plusieurs
édifices de la capitale ; les marbres statuaires, cipolins et autres de
la Corse ; ceux non moins nombreux de l'Isère et de l'Ardèche; ceux du
Jura et du Lot, utilisés dans ces deux départemens; le portor et le
jaune isabelle du Var; les marbres blancs, roses et verts des
Hautes-Alpes ; la lumachelle gris-perle du Puy-de-Dôme ; le marbre
coquillier de la CharenteInférieure; le blanc à grain fin de la Vienne;
le noir veiné et coquillier de Saône-et-Loire; les brèches et les
marbres variés de la Côte-d'Or et de l'Aube; les gris ou jaunâtres de la
Haute-Marne; les marbres veinés de Maine-et-Loire et de la Sarthe; les
noirs et les jaspés de la Mayenne; ceux du Finistère, et les marbres
variés du Pas-de-Calais, dont lun, exploité près de Boulogne, appelé
d'abord marbre-

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Napoléon, et depuis dédié à la duchesse d'Angoulême sous le nom de
Marie-Thérèse , est reconnaissable à sa couleur café-au-lait veiné de
blanc.

D'autres roches, d'un usage plus modeste, mais aussi plus utile, forment
un des produits les plus considérables du territoire français. De vastes
ardoisières sont exploitées au pied des Pyrénées et dans les départemens
de Maineet-Loire, de la Meuse et des Ardennes. Ceux de la Dordogne et de
l'Hérault; ceux de la Loire, de la Côte-d'Or, de l'Yonne, de la Meuse,
de la Moselle, de l'Oise et de la Seine; ceux de Seine-et-Marne, de
Seine-et-Oise, du Calvados et de la Manche, renferment les meilleurs
calcaires à bâtir; le calcaire d'eau douce de Château-Landon prend un
poli qui lui donne l'aspect du marbre : c'est de cette pierre que sont
construits les quatre piédestaux du pont d'Iéna, et les bords du bassin
du château d'eau sur le boulevard Saint-Martin, à Paris. Les environs de
Mulhausen, de Belley, de Dijon et de Châteauroux, fournissent aux
dessinateurs d'excellentes pierres lithographiques. Les anciennes
provinces de la Bourgogne, de la Champagne, de la Flandre et de
l'Ile-de-France, possèdent la meilleure terre argileuse pour la
fabrication des briques et des tuiles; près de Limoges et de Saint-
Yrieix, la décomposition du feldspath contenu dans les roches
granitiques fournit cette substance appelée kaolin, si utile à la
fabrication de la porcelaine; dans le département de la Seine-Inférieure
on exploite, près de Forges-les-Eaux, la meilleure argile employée à
faire les pipes, et près d'Elbeuf, celle qui passe pour être la plus
propre au terrage du sucre; celle des environs de Beauvais et de
Montereau est employée dans les fabriques de faïence fine; les
départemens de l'Yonne, du Cher et de la Charente-Inférieure, abondans
en silex, exportaient jadis à l'étranger leurs pierres à fusil; la
petite ville de la Ferté-sous-Jouarre envoie dans l'intérieur, et

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jusque dans le Nouveau-Monde, ses meules formées de silex meulières; les
grès des environs de Versailles et de Fontainebleau sont d'une grande
utilité pour le pavage de Paris et des routes qui avoisinent cette
capitale; la craie tendre des départemens de la Marne, de la Seine et de
Seine-et-Oise, est façonnée en pains, qui s'emploient sous le nom de
blanc d Espagne; enfin le gypse des environs de Paris fournit
l'excellent plâtre dont cette capitale consomme une si grande quantité;
et les carrières d'où on le tire en expédient à des distances
considérables.

Les produits qui constituent la richesse minérale de la France ont
éprouvé depuis plusieurs années un accroissement sensible, et laissent
entrevoir dans l'avenir de nouvelles causes d'augmentation. Voici la
récapitulation de la quantité de métaux qu'elle a retirée de ses mines
pendant l'année 1826 (1).

Plomb réduit à l'état métallique 6,453 quintaux métriq.

Sulfure de ce mëta!. 1,642 Cuivre à l'état métallique. *,3g4 Arsenic
natif. , , 50 Antimoine réduit à l'état métallique 4ia Oxide de
manganèse. 7,550 Fer en fonte de première fusion, en barres et acier
1,587,3.10 Argent en lingots 1,162 kilogrammes.

Le territoire français est l'un des plus riches en minerais de plomb. Ce
sont les mines de plomb argentifère que l'on exploite dans les
départemens du Finistère, de la Lozère et des Vosges, qui produisent la
quantité d'argent mentionnée ci -dessus. Il en existe de semblables,
mais qui ne sont point encore exploitées dans l'Ariège, le Puy-deDôme,
la Haute-Vienne, les Deux-Sèvres, la Manche et le

(0 Voyez le rapport fait au jury central de l'exposition des produits de
l'industrie française de l'année 1827, par M. A. Héron de Fillefosse,
inspecteur des mines et membre de l'Académie des scienccs, Annales des
fflines, tom. II, 1827. 1

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Bas-Rhin. Des montagnards de l'Isère qui vendent souvent aux orfèvres de
Grenoble des morceaux de minerai d'argent, donnent lieu de présumer que
la mine de Chalanche, et probablement d'autres des environs, seraient
d'un produit important. Le manganèse est tellement abondant en France,
qu'elle pourrait en approvisionner toute l'Europe.

Les alluvions de plusieurs cours d'eau renferment des parcelles d'or :
le Salat, qui sort des Pyrénées, la Cèze et le Gardon, qui prennent leur
source dans les Cévennes, l'Ariège et la Garonne, auprès de Toulouse, le
Rhône à la limite du département de l'Ain, et le Rhin au-dessous de
Strasbourg, voyaient jadis sur leurs rives un grand nombre d'individus
qui faisaient métier de recueillir ce métal; mais aujourd'hui le
bénéfice d'un orpailleur surpasse à peine ce qu'il gagnerait à un
travail plus utile; et sur les bords du Rhin, où l'on en compte le plus,
la récolte du précieux métal, depuis Bâle jusqu'aux environs de Mayence,
ne produit pas, année commune, plus de i5,ooo fr. Les mines d'or de la
Gardette dans le département de l'Isère, exploitées avec intelligence,
paraissent devoir donner d'importans résultats, quoique les travaux en
aient été abandonnés (1).

Les autres substances minérales exploitées en France forment une partie
considérable de sa richesse territoriale : 32 départemens possèdent des
houillères; quelques uns renferment un autre combustible appelé lignite
(2), du sulfate de fer, de l'alun, de la poix minérale et du pétrole.

Un seul, celui de la Meurthe, possède des sources salées et

(1) Louis XVI avait concédé cçs mines au comte de Provence, son frère
(Louis XVIII), qui les abandonna; peu de temps avant la chute du trône
impérial, Napoléon avait le projet de les faire exploiter pour le compte
de l'Etat. Une ordonnance royale, du 25 février i83i, en a accordé la
concession à une compagnie. On dit que le filon principal est d'une
pureté extraordinaire, et qu'il se présente, tant à la surface de la
terre que dans l'intérieur, sur une longueur constante de 45o mètres.

(2) Végétal fossile qui a conservé son tissu ligneux et qui est d'une
for" mation moins ancienne que IR houille. *

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une mine de sel gemme, découverte en 1819, dont l'étendue, que l'on
évalue à 3o lieues carrées, sur une épaisseur d'environ 160 mètres,
pourrait être exploitée pendant 96,000 ans, à raison d'un million de
quintaux par année.

L'extraction en est réglée aujourd'hui à i5o,ooo quintaux.

Le total de chacun de ces produits présentait au commencement de 1827
les résultats suivans :

Houille 12,758,906 quintaux métriq.

Lignites., 9^4I4 Sulfate de fer. :15,941 Alun ou sulfate d'alumine.
21,118 Magmas ou mélange de sulfate de fer et d'alun. 3,747 Asphalte (1)
260 Bitume 4,000 Pétrole * 851 Sel gemmé 110,000

La valeur des substances minérales métalliques et non métalliques,
estimées à leur prix moyen, s'élève à plus de 96,700,000 fr.

On compte sur le territoire français environ 240 sources minérales, dont
151 sont disposées de manière à recevoir des malades, 79 sont visitées
par des buveurs éloignés, et 10 sont fréquentées par les habitans des
lieux environnans (2). D'après des calculs approximatifs, on ne peut pas
évaluer le numéraire transporté des différens points du royaume à ces
établissemens, à une somme moindre de 7,400,000 fr. (3). On doit donc
placer la richesse minérale de la France au premier rang parmi ses
produits.

Il est temps de quitter le domaine de la géologie et de la minéralogie,
afin d'examiner les principaux phéno-

(') Substance minérale bitumineuse qui ne diffère du bitume et du
pétrole que par quelques nuances.

(a) Voyez le tableau des sources minérales, à la fin de ce Livre.

(3) Consultez l'article Sources mvierales, dans le dernier volume de la
Géographie physique de l'Encyclopédie méthodique.

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mènes atmosphériques. Cette partie de la physique nous conduira
naturellement aux intéressantes questions relatives à la végétation. La
latitude de la France, et surtout le peu d'élévation de son sol, la
placent dans la zone tempérée : cependant elle présente des nuances de
température assez tranchées pour influer sur la végétation. Les vapeurs
humides qui s'élèvent de la surface des mers qui la baignent au
couchant; les chaînes de montagnes qui la bordent au levant et au midi,
produisent les modifications, quelquefois subites, qu'éprouve son
atmosphère. Les vents, selon la direction qu'ils suivent, transportent
dans les différens bassins la pluie, la grêle ou l'aridité. Dans la
vallée de la Durance, celui du nord, qui ne traverse que des montagnes
d'une médiocre hauteur, tempérant la chaleur du climat, est favorable à
la végétation; dans les bassins de la Seine et de la Loire, le même vent
est redouté. La vallée de la Durance est désolée par le souffle du vent
d'est, qui traverse les sommets glacés des Alpes, tandis que dans le
bassin de la Seine, il est le signe et l'avant-coureur des beaux jours.

Sur toutes nos côtes de la Méditerranée, les vents du sud, sortis des
déserts brûlans de l'Afrique, répandent la désolation; refroidis en
passant sur les cimes neigeuses des Pyrénées, ils se montrent toujours
accompagnés par la grêle dans le bassin de la Garonne. Les départemens
du Var et des Bouches-du-Rhône sont quelquefois ravagés par le souffle
de l'impétueux mistral, qui suit la direction du nordouest; sous le nom
de galerne, vers l'embouchure de la Loire, le même vent est redouté du
laboureur; dans la Bretagne, au contraire, il se joint à ceux de l'ouest
et du sudouest pour entretenir la pluie. Enfin, c'est celui du nordest,
qui, dans les Vosges et les Ardennes, répand le froid et l'humidité.

La France, divisée en deux grandes régions par le 46e parallèle, offre,
au nord et au sud de cette ligne qui coupe

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le versant septentrional du groupe du Mont-Dor, des différences
sensibles, sous le rapport du nombre moyen de jours pluvieux : au midi,
il est de 134, et à la latitude de Paris, il est de io5. Les
observations faites dans le but de connaître la quantité moyenne d'eau
qui tombe annuellement dans quelques parties de la France, donnent les
résultats suivans :

Département de l'Hérault.-Montpellier. 28 p. 61ig. » cent.

Id. de l'Isère. 32 » » Id. du Rhône. - Lyon. 29 2 20 Id. de la
Haute-Vinne. 25 » » Id. d'IIle-et-Vilaine 1 21 » » Id. de l'Orne. 20 4 *
Id. de l'Eure 20 4 * Id. de la Seine. — Paris. ig 6 94 Id. du
Nord.—Lille 27 » » Id. delaMoselle.Metz. 24 8 70 Id. du Haut-Rhin ( dans
les plaines ). 28 1 » Id. Id. (dans les montag.). 3o » »

Les matériaux que fournit la météorologie sont trop incomplets pour
qu'il soit possible d'expliquer les phénomènes atmosphériques et ceux
relatifs au climat ; nous nous contenterons de relater la température
moyenne que l'on a constatée sur différens points de la France, quoique
plusieurs de ces résultats soient encore douteux.

Clermont. pend. l'été, + 18,0 deg., pend. l'hiver, + 1,4 deg- (1).

Dunkerque. + 17,8 "h 3,7 Paris. + 18,1 +3,7 Saint-Malo. + 18,9 +5,6
Nantes. + 20,3 + 4>7 Bordeaux + 21,6 +5,6 Marseille. + 22,5 + 7,5
Montpellier. + 24,3 + 6,7 Toulon + a3,9 + 9..1 Nîmes + 23,o + 9,0 Agen.
+28,7 +2,5 Colmar. +21,0 -8,7 1

(1) Ces degrés sont ceux de la division centésimale du thermomètre à.

mercure.

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Ces divers exemples s'accordent avec ce qui a été dit dans l'un des
livres précédens pour prouver que plusieurs circonstances locales, comme
l'élévation et l'exposition du sol, le voisinage des mers et des chaînes
de montagnes, influent puissamment sur la température et l'humidité de
l'atmosphère.

Certains végétaux offrent des bases plus sûres pour caractériser le
climat de la France : l'olivier, le maïs et la vigne peuvent servir à
déterminer les limites de quatre régions naturelles qui divisent cette
contrée. On a figuré sur différentes cartes ces limites par des lignes
droites et parallèles; tandis que toujours sinueuses, elles suivent les
pentes et les contours que produisent les aspérités du sol, et coupent
obliquement les degrés de latitude. La région des oliviers occupe,
depuis les bords de la Méditerranée, les pentes orientales de la chaîne
Pyrénaïque, les pentes méridionales des Cévennes et les pentes
occidentales des Basses-Alpes. Elle est limitée au nord par une ligne
qui, partant de Bagnères-de-Luchon, se prolonge directement jusqu'à Die,
dans le département de la Drôme, et redescend à Embrun dans celui des
Hautes-Alpes. La région du maïs ne s'étend guère au-delà d'une seconde
ligne qui commence à l'embouchure de la Gironde, passe au nord de Nevers
et remonte jusqu'à l'extrémité septentrionale de l'Alsace. La vigne qui
occupe ces deux régions s'étend audelà de celle du mais, mais ne dépasse
pas la ligne que l'on tracerait à quelques lieues au nord de
l'embouchure de la Loire, prolongée vers le nord-est, en passant au sud
des sources de l'Eure, en suivant les contours des plateaux qui bordent
la rive droite de l'Oise, en s'étendant au nord de l'Aisne et de Verdun,
et vers le nord-est jusqu'au Rhin. Au-delà de cette ligne , la vigne est
remplacée par le pommier. Cependant ces limites ne sont pas
rigoureusement exactes : ainsi, le maïs pourrait être cultivé dans le

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bassin de Metz, puisqu'il y réussit dans les jardins; on en récolte une
assez grande quantité en Bretagne, sur le versant méridional des
montagnes d'Arrée et dans quelques parties de la Flandre française.

On sait que le voisinage de la mer influe sur la végétation en
adoucissant la température : le figuier et le myrte, qui semblent
rechercher un climat chaud, réussissent en France à des latitudes
très-différentes : le premier, aux environs du Havre et de Cherbourg,
.donne d'excellens fruits sans avoir besoin d'être abrité; tandis
qu'autour de Paris, où il demande une exposition favorable, ses fruits
sont plus tardifs et moins bons. Le myrte vient en pleine terre dans les
environs de Coutances, à Brest , à BelleIle-en-Mer; tandis qu'à 100
lieues plus au sud, mais loin de l'Océan, il faut les plus grandes
précautions pour le faire réussir. Les melons n'exigent presque point de
culture sur les côtes de la Basse-Normandie jusqu'à Honfleur, et l'on
sait au contraire quels soins ils demandent dans les environs de Paris,
où l'on obtient, à la vérité, des espèces qui surpassent en qualité les
meilleurs melons de l'Italie.

Enfin, on voit le châtaignier, profitant de l'abaissement du sol qui
compense souvent la différence de latitude, prospérer depuis les
montagnes du Forez et de l'Auvergne, jusqu'aux extrémités méridionales
de la France , occuper 4o,ooo hectares dans la Haute-Vienne , et se
multiplier naturellement dans plusieurs bois des environs de Paris (1).

Les seuls arbres fruitiers importans qui soient réellement indigènes de
la France , sont le figuier, le pommier , le poirier, le prunier et le
néflier. Parmi les plantes i acotylédones ou dépourvues d'embryons
visibles, nous ne ; devons pas oublier la truffe, qui rend les environs
d'Arigoulême et de Périgueux chers aux véritables gourmands.

(0 Consultez la Flore française, par M. de Candole, tom. II.

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La culture a naturalisé sur notre sol un grand nombre d'arbres utiles ou
de plantes potagères et d'agrément. Le cerisier, apporté d'Asie en
Europe par Lucullus, fut acclimaté en France par les Romains ;
l'empereur Probus paraît y avoir introduit une espèce de vigne
différente de celle que les Phéniciens y avaient naturalisée ; notre sol
en nourrit plus de 1400 yariétés, dont les plus connues sont le morillon
hâtif, petit raisin noir de peu de goût mais trèsprécoce; le chasselas
de Fontainebleau, dont les variétés se distinguent par leurs couleurs ;
le chasselas doré, ou raisin de Champagne, dont une variété est rouge;
le verda l, le plus sucré des raisins de dessert, cultivé dans le midi
de la France, mais mûrissant rarement aux environs de Paris ; le muscat
blanc ou de Frontignan, et le corinthc blanc dont les grains très-petits
ne renferment pas de pépins. Les -anciennes colonies grecques établies
sur nos côtes méditerranéennes y transportèrent l'olivier, originaire du
mont Taurus, et le framboisier du mont Ida. La décbuverte du
Nouveau-Monde nous a valu la capucine du Pérou, la tomate du Mexique, le
topinambour du Brésil, la pomme de terre de la Virginie, et le maïs,
improprement appelé blé de Turquie. L'humble persil nous est venu de la
Sardaigne, et le cardon, de la Barbarie. Le grenadier fut aussi
transporté de l'Afrique dans nos régions méridionales.

II/Asie surtout a contribué à enrichir nos potagers, nos vergers et nos
champs : le nord de cette contrée est la patrie de l'épinard. Nous
devons le radis, l'oranger, le citronnier et le mûrier blanc à la Chine;
le mûrier noir à l'Asie mineure ; l'abricotier à l'Arménie; le pêcher et
la fève de marais à la Perse. L'Asie encore a vu naître l'amandier et le
noyer, la laitue et les melons les plus succulens.

Enfin le haricot, la chicorée blanche, et le potiron qui, lians nos
jardins, étale ses larges feuilles et fait briller l'or ide son énorme
fruit, ont passé du climat brûlant des Indes.

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à la douce température de la France et de l'Europe occidentale.

Que de conquêtes lointaines n'a point faites l'horticulture? Elle
conserve le tournesol du Pérou, le dahlia du Mexique, la balsamine de
l'Inde, le réséda d'Egypte, l'angélique de la Laponie , l'arum
gobe-mouche de Minorque, l'asclépiade incarnat et la lobélie-cardinale
de la Virginie, l'astère de la Chine, l'astragale bigarré de Sibérie, la
canarine campanulée qui nous vient des Canaries, la tubéreuse de Ceylan,
le martagon du Canada, la tulipe de Turquie, le lis de la Palestine, et
la renoncule inodore, seul souvenir de la pieuse expédition de saint
Louis en Syrie.

Dans nos parcs, le saule pleureur, apporté des environs de Babylone,
aime le bord des pièces d'eau, et laisse tomber jusqu'à sa base ses
rameaux souples et légers; l'aristoloche, originaire de l'Amérique,
s'enlace aux arbres qui l'entourent; l'aylante, connu sous le nom de
vernis du Japon, élève ses beaux rameaux à la hauteur de 60 pieds; le
bignone catalpa, qui nous vient de la Caroline, étale ses larges
feuilles et ses belles fleurs blanches tachées de pourpre, en élevant
ses tiges à la hauteur de 3o pieds.

Le chêne , le bouleau , l'orme, le charme, le frêne et le ; hêtre de nos
forêts; l'aune, qui croît dans les lieux humi- des, voient maintenant
s'élever autour de nos habitations < le faux acacia ou le robinier, que
Robin apporta de la J Virginie ; différens chênes de l'Amérique, et le
marronnier d'Inde, originaire de la Turquie d'Asie. Au sapin, qui
cou-vre, les régions élevées de nos montagnes, la culture jointî ceux de
la Norvège et du Canada; enfin le peuplier noir.,1 le tremble et le
peuplier blanc, indigènes de la France: s'unissent à ceux de l'Italie et
de l'Amérique pour orner no.

parcs et border nos prairies. Malgré toutes ces richesses ; nos forêts
et nos bois n'occupent qu'une superficie qui forme à peine y,000,000
d'hectares, dont 500,000 seule-f

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ment sont en haute futaie, quantités trop peu considérables pour qu'il
ne soit pas à désirer qu'on employe tous les moyens propres à en assurer
la conservation. Les six départemens les plus boisés sont, en les
classant d'après leur importance, sous ce rapport, la Côte-d'Or, la
Corse, la Haute-Marne, les Vosges, la Nièvre et la Meuse. La partie
orientale de la France continentale est donc la plus garnie de forêts.
La partie opposée, et particulièrement les cinq départemens de
l'ancienne Bretagne, sont les pays de France les moins boisés : le sol
forestier y forme à peine le trentième de la superficie, tandis que dans
tout le royaume les forêts occupent environ la huitième partie de
l'étendue territoriale.

Aussi, est-ce pour améliorer le sort des départemens de la Bretagne
qu'une société s'est proposé d'y convertir en forêts 100,000 hectares de
terres incultes.

Le climat, l'exposition et, l'industrie locale ajoutent dans plusieurs
de nos départemens à l'importance de certains végétaux. Des forêts
d'arbres résineux bordent du côté de la mer le département des Landes,
sur une longueur de 30 à 40 lieues ; le chêne-liége ( quercus suber) y
est cultivé, ainsi que dans celui de Lot-et-Garonne ; les sapins des
Vosges et du Jura fournissent à la menuiserie des planches qui
remplacent souvent celles qui nous viennent des contrées septentrionales
; l'érable jaspé, cultivé dans le midi, est recherché pour
l'ébénisterie; le pin donne au paysan de la Bretagne un moyen de se
passer d'huile et de graisse pour l'éclairage ; le fruit du merisier,
qui abonde dans les Vosges, produit, par la distillation, un
kirschenwasser qui rivalise avec celui de la forêt Noire : tandis que
son bois rougeâtre est utilisé par les fabricans de meubles. Le
châtaignier donne une grande quantité de merrain et fournit un bois de
charpente incorruptible. Les départemens de l'ancienne Provence voient
croître spontanément le caroubier, dont les gousses pulpeuses et
douceâtres servent d'a-

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liment aux bestiaux, et quelquefois même aux pauvres, dans les temps de
disette, et dont le bois, connu sous le nom de carouge, est employé avec
avantage dans les arts parce qu'il: est d'une grande dureté. On y
cultive aussi le câprier ( capparis spinosa ) , arbrisseau sarmenteux
dont on cueille les fleurs en boutons pour les faire confire dans le
vinaigre. Le mûrier est cultivé en grand dans les départemens
méridionaux : on connaît aussi l'avantage que ceuxci tirent de la
culture de l'oranger, du citronnier, du pistachier et de l'olivier, dont
on distingue 24 variétés. Le fruit du prunier forme une branche de
commerce importante dans les départemens du Var, de Lot-et-Garonne et
d'Indre-et-Loire ; le poirier et le pommier , dont les fruits servent à
faire une boisson très-répandue, constituent une source de richesses
dans les départemens de l'Eure, de l'Orne, d'Ille-et-Vilaine, de la
Manche, du Calvados, de la Seine-Inférieure et de la Somme, où la
culture de la vigne est peu répandue.

Dans les environs de Paris, la pêche de Montreuil et la cerise de
Montmorency justifient leur réputation. Diverses plantes potagères ont
acquis sur certains sols une qualité supérieure : ainsi, les haricots
des environs de Soissons, les carottes d'Amiens, les artichauts de Laon,
les navets de Freneuse, aux environs de Mantes, sont recherchés sur nos
tables.

Nous ne diviserons point, comme l'a fait le célèbre agriculteur anglais
Arthur Young, le sol de la France en sept classes différentes : çe
serait renouveler des erreurs qu'on s'est trop empressé de répéter (1).
Il n'y a pas un département dont la superficie n'offre des terres plus
ou moins grasses, légères, pierreuses ou sablonneuses : comment

(0 Cette division est encore rappelée dans la dernière édit. de l'Abrégé
, de la nouvelle Géographie universelle, d'après Gutlwie, par Hyacinthe
Langlois, 1828.

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donc peut-on ranger arbitrairement 21 départemens dans les terres riches
et grasses, 19 dans les terres de bruyère, 8 dans les terres à craie, 2
dans celles à gravier, 15 dans les terres pierreuses, i5 dans celles de
montagnes, et 6 dans les terres sablonneuses? L'étude de la géologie
sert à rectifier ces idées, lorsqu'on sait, par exemple, que ce qu'on
appelle terre végétale n'est que la couche alluviale formée par le
dernier séjour des eaux douces sur la surface des divers terrains ; que
cette terre est plus ou moins fertile, selon qu'une plus ou moins grande
quantité de végétaux y ont laissé le résultat de leur décomposition; que
si cette couche est mince, elle se mêle avec la roche qui la supporte;
que si elle manque, le sable, l'argile ou le calcaire laissés à nu
formeront un sol où l'art devra suppléer la nature ; que les alluvions
sableuses remplacent souvent les alluvions terreuses; et qu'enfin les
inégalités du sol ont la plus grande influence sur la nature de la terre
livrée à la culture, puisqu'il est tout simple que les vallées profondes
renferment une plus grande quantité de terres d'alluvions que les
plaines peu élevées, et que celles-ci en contiennent plus que les plateaux.

On peut cependant déterminer de grands espaces où le sol, naturellement
stérile, attend des effets de l'industrie et d'une administration
éclairée le moment où il pourra être utilisé. Une partie de nos Pyrénées
et des Vosges, et presque toutes les Alpes dauphinoises, offrent encore
l'image de l'aridité, quoique l'exemple des Cévennes, qui renferment des
roches de la même nature, prouve ce que peuvent le travail et la
patience de l'homme pour faire naître une fécondité factice. On voit
dans quelques parties de l'Auvergne, des murs élevés de distance en
distance sur le flanc des montagnes, retenir les dépôts d'alluvions que
les eaux entraîneraient au fond des vallées.

La partie méridionale du département de la Gironde et

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celui des Landes presque en entier sont couverts de sables qui
sembleraient devoir être tout-à-fait improductifs, si l'habitant n'avait
pas le soin d'y cultiver en grand l'un des végétaux qui conviennent le
mieux à ce terrain, le pin maritime, qui fournit au commerce une grande
quantité de résine : encore, pour peu que ces sables s'unissent à
quelque substance calcaire, comme les coquilles fossiles des environs de
Bordeaux, ils forment un sol favorable à la culture de la vigne ; on
peut même rendre productifs des sables semblables, à force d'engrais,
comme la plaine de Boulogne près de Paris. Ceux de la Sologne, comprise
dans le département du Cher, et ceux de la Bretagne pourraient également
être utilisés. Les plaines crayeuses de la Champagne sont fécondes
partout où leur superficie est couverte d'un dépôt d'alluvions
argileuses, mais dans les parties les plus arides de la Champagne
Pouilleuse, le sol pourrait être occupé par des plantations d'arbres
verts. Si, comme nous le pensons, on peut évaluer la superficie des
terrains regardés en France comme improductifs, à près de 4,000,000
d'hectares, c'est-à-dire à la 13e partie de tout le royaume, on voit de
quelle importance il serait d'en encourager la culture. Une étendue
aussi considérable, utilisée, produirait nécessairement une augmentation
sensible dans la population, puisqu'elle accroîtrait de plus d'un 6e la
totalité des terres arables, que l'on évalue à 23,000,000 d'hectares.
Cette superficie produit 6o,5oo,ooo hectolitres de froment, 3y5ooo,ooo
de seigle (1), 3o,3oo,ooo de méteil,

(0 Il est à remarquer qu'en 1788, lorsque sa population n'était que de
25,ooo,ooo d'habitans, la France récoltait, terme moyen, 14 milliards de
livres de grains. Depuis cette époque, sa population s'est accrue de
7,000,000 d'individus; elle devrait donc présenter une augmentation
proportionnée dans la production de ses céréales. Cependant, d'après les
tableaux officiels de l'administration, la récolte moyenne actuelle
n'est que de 14>532,ooo,ooo de livres de grains. Il faut conclure de la
comparai-

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6,3oo,ooo de maïs, 8,400,000 de sarrasin, 32,000,000 d'avoine et
20,000,000 de pommes de terre (1).

11 résulte de la nature et de la disposition des diverses parties du sol
de la France, que 11 départemens, la Lozère, la Creuse, le Finistère,
les Côtes-du-Nord, la Manche, le Calvados, l'Orne, la Seine-Inférieure,
la Somme, le Pas-de-Calais et le Nord sont totalement dépourvus de
vignobles; que 40 environ produisent du lin, que 57 cultivent en grand
le chanvre, et que 75 possèdent des vignobles.

Les vignes de France sont cultivées sur une superficie d'environ
2,000,000 d'hectares qui donnent un produit moyen de 35,000,000
hectolitres de vin, dont un 6e est converti en eau-de-vie. Leur produit
annuel est évalué à 720 millions de francs, sur lesquels 65 millions
proviennent des exportations. Les anciennes provinces de la Champagne,
de la Bourgogne, du Lyonnais, du Dauphiné et du Bordelais renferment les
crus les plus estimés; tandis que ceux du RoussiHon, de la Provence et
du Languedoc,

son de ces deux époques, que depuis 1788 la France s'est livrée à la
culture de la vigne, des prairies artificielles, des plantes
légumineuses, et surtout des pommes deterre aux. dépens du froment et
des autres céréales.

Il est cependant utile de faire observer que le froment que l'on récolte
aujourd'hui pèse moins que celui qu'on récoltait en 1788. L'anci en
seticr de Paris, qui équivaut à 156 litres, pesait à cette époque 120
kilogrammes; aujourd'hui il ne pèse plus que 117. Il serait peut-être
utile de rechercher la cause de cette diminution dans les parties
nutritives du blé. Il semblerait que la richesse agricole de la France
dût être telle qu'elle pût exporter des grains. Les états des douanes
prouvent que ses exportations en cette denrée sont presque nulles. Sous
la domination romaine.. Marseille exportait des blés jusqu'à Rome., et
les marchés de Châlons-sur-Saône en fournissaient aussi à la capitale de
l'Empire. Pline ( Rist. Nat. , lib. XVIII, c. xii ) nous apprend encore
que Rome tirait une grande quantité de blés de la Gaule. Ce commerce
devint même trèsimportant pour ce dernier pays, lorsque l'Egypte
approvisionna.Constantinople aux dépens de Rome, et lorsque l'Afrique,
devenue le théâtre dG révoltes fréquentes, n'offrit plus que des
ressources incertaines.

(1) Voici, d'après un Mémoire adressé par M. L. M., à la Société

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trop souvent dépourvus de bouquet, ne sont remarquables que par leur
force (1).

Nous n'essaierons pas d'énumérer les plantes qui composent la Flore
française : il nous suffira de dire qu'elles se divisent en plus de 83o
genres et de 6,000 espèces, nombre qui surpasse celui de l'Allemagne,
dont la superficie est cependant plus considérable que celle du royaume.

Les animaux qui peuplent nos montagnes, nos bois et nos guérets forment
une nomenclature moins détaillée : leur nombre est moins considérable
qu'en Allemagne , parce que nos forêts sont moins étendues et nos
montagnes moins importantes. L'ours au pelage noir (ursus pyrenaïcus),
et l'ours brun (ursus artos), que nos bateleurs apprivoisent et
promènent de ville en ville, vivent dans la partie française des
Pyrénées; le lynx, dont la vue perçante a passé en proverbe, habite nos
hautes Alpes, où , d'ailleurs, il devient fort rare; le chamois et le
bouquetin ne quittent point les sommités qui forment les limites
orientales et méridionales de la France; les forêts des de Statistique
de France, le produit moyen de l'hectare de terre pour tout le royaume,
avec le poids de 1 hectolitre de chaque semence :

Froment hectol. 12,3i du poids de 75 kil.

Méteil. I304 Í 2 Seigle. 10,72 70 Orge. 23,65 64 Avoine À 14,66 47
Sarrasin I2j'9 65 Maïsmillet.,.. 11,18 67 Légumes secs 9, 35 78 Menus
grains. 16,00 76 Terme moyen des céréales. 12,45 68 Pommes de terre
300,00 75 Châtaignes. 8,00 80

(') Voyez à la fin de ce Livre le tableau de la quantité de terrains
employés dans chaque espèce de culture, et celui des vignobles de France

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Vosges et les bois de la Moselle renferment l'écureuil au poil roux
(sciurus vulgaris). Celui d'un brun foncé , piqueté de blanc jaunâtre
(sciurus alpinus), ainsi que le polatouche de Sibérie (pteromys), espèce
d'écureuil volant qui ne sort de sa retraite que la nuit, et qui, à
l'aide de ses flancs dilatés, s'élance de branche en branche avec
agilité, habitent aussi nos hautes Alpes. Ces montagnes servent
également d'asile à la marte au poil jaunâtre ( mustela alpina). La
marmotte (arctomys marmotta), dont le long sommeil est connu sous le nom
d'hivernement, habite en société ses vastes terriers, vers les sommités
de nos Alpes et de nos Pyrénées.

Dans les départemens voisins des Vosges, on voit souvent l'ennemi du
mulot et de la souris, cette même hermine ( mustela herminea) dont nous
tirons la fourrure des champs glacés de la Sibérie, et l'on rencontre le
hamster (mus crissetus ), qui, célèbre par ses longs voyages, se trouve
également dans le nord et le midi de la Russie, en Pologne, en Oukraine,
en Hongrie, en Allemagne et dans l'Alsace, où on l'appelle marmotte de
Strasbourg. Dévastateur des moissons, chaque hamster entasse dans son
terrier depuis 12 jusqu'à 100 livres de grain ; et, féroce autant
qu'intrépide, jamais on ne le voit reculer devant son ennemi, ni devant
l'homme même qui a tant d'intérêt à le détruire. Le rat appelé surmulot,
qui, originaire de l'Inde, ne fut apporté en Europe qu'eu 1730 par des
vaisseaux anglais, est un des rongeurs les plus incommodes que nourrit
notre sol ; il s'y est tellement multiplié qu'on le retrouve sur tous
les points de la France; il y a détruit et remplacé le rat noir, espèce
plus petite qui y vivait précédemment. Il se multiplie dans les maisons
comme dans les lieux les plus infects , tels que les égouts, les voiries
et les latrines publiques; dans nos habitations, il devient quelquefois
assez robuste pour tenir

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tête au chat et pour le mettre en fuite ; dans nos campagnes il attaque
les levrauts, les lapereaux, les jeunes pigeons et les perdrix.

Toutes nos forêts un peu considérables servent de repaire au loup, que
l'on peut appeler le plus nuisible de nos animaux carnassiers, et au
sanglier qui sort quelquefois de sa retraite pour ravager nos champs
cultivés.

Assez nombreux dans quelques parties de la France, le putois, la fouine,
la belette et le renard répandent trop souvent la terreur dans nos
basses-cours ; le blaireau , solitaire et défiant, creuse son terrier
dans les bois les plus écartés ; la taupe établit sa demeure dans tous
les terrains fertiles ; le hérisson se blottit en boule dans les
buissons ; le rat, le mulot, le loir, la souris et le lérot, habitent
les champs et les jardins.Le campagnol amphibie, appelé vulgairement
rat-d'eau ( arvicola amphibius), se tient au bord des marais et des
cours d'eau peu fréquentés; la loutre, objet des recherches de nos
chasseurs, se réfugie dans les lieux les plus cachés, dans les trous qui
bordent les étangs et les rivières, et cherche au fond des eaux le
poisson dont elle se nourrit.

Le castor vit, dit-on, sur les bords du Rhône où il cherche à se mettre
à l'abri des poursuites de l'homme; enfin le desman, quadrupède
aquatique peu connu, qui détruit les vers et les insectes, se montre
quelquefois aux environs de Tarbes.

Ce résumé de la Faune française nous dispense de parler du cerf et du
chevreuil qui recherchent les bois taillis, du L lapin qui habite les
pays boisés et du lièvre plus ou moins nombreux dans nos guérets.

La France possède presque toutes les espèces d oiseaux i de l'Europe :
les rivages de la Méditerranée sont fréquentés par le flamant, né sur
les plages africaines; nos départemens méridionaux voient souvent le
rollier commun

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{galgulus garru lus), dont le plumage se nuance de bleu, de vert et de
violet; le guêpier commun (merops apiaster) , qui paraît venir de l'île
de Candie; le bec-figue, recherché par nos gastronomes pour sa chair
grasse et savoureuse, et le pichion ou le grimpereau, qui choisit sa
retraite dans les trous des rochers à pic, ou dans les murailles des
vieux châteaux. De nombreuses espèces visitent tous les ans nos climats
à l'approche du printemps, et, suivies de leur lignée, vont, à la fin de
l'automne, se réfugier dans des contrées plus chaudes : ce sont la
grive, l'alouette, le rouge-gorge, la caille et l'ortolan, qui trouvent
place sur nos tables les mieux servies; la huppe, le loriot, la mésange
et le martinpêcheur, oiseaux dont le plumage brille des plus vives
couleurs ; la tourterelle, qui semble ne vivre que pour se livrer aux
affections amoureuses, et que l'on doit regarder plutôt comme le symbole
de l'inconstance que de la fidélité; l'hirondelle, qui recherche nos
habitations; et le rossignol, dont les chants prêtent tant de charmes à
nos bosquets, lorsqu'ils brillent du vif éclat de la verdure
printanière. Le linot, le bouvreuil et le chardonneret sont les ornemens
de nos volières ; le geai, le sansonnet et l'étourneau, par leur
facilité à apprendre à parler, pourraient être appelés nos perroquets
indigènes.

Quelques gallinacées sauvages affectionnent certaines -parties de la
France : au centre et à l'ouest, on trouve fréquemment la perdrix rouge;
dans les départemens méridionaux la perdrix grise est plus commune que
dans tous les autres; les gélinottes habitent les montagnes; les
bécasses et les bécassines fréquentent les bois humides : les premières
sont en grand nombre dans la Picardie, et les secondes en Auvergne ;
enfin les côtes de la Manche et de l'Océan sont peuplées d'oiseaux
estimés sur nos tables. Qui ne connaît le pluvier, le vanneau, la
macreuse) 1 alouette de mer et le canard sauvage, dont les habi-

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tans de la Charente-Inférieure font un commerce important?

Deux espèces-de vipères, la commune et l'aspic, se trouvent fréquemment
dans les cantons montueux, pierreux et boisés, des environs de Lyon, de
Grenoble et de Poitiers; mais on a remarqué que l'on rencontre ces
reptiles venimeux, principalement vers les neuf à dix heures du matint à
l'exposition du levant. Ils vivent d'insectes, de souris et d'autres
petits animaux. La France centrale nourrit la couleuvre vipérine, ainsi
que la verte et jaune, que l'on apprivoise facilement. Une espèce
particulière., appelée la bordelaise, et la couleuvre masquée, se
trouvent aux environs de Bordeaux; celle à quatre raies, qui atteint six
pieds de longueur, vit dans nos contrées méridionales; la provençale,
longue à peine de six à sept pouces, indique par son nom le pays qu'elle
habite ; la couleuvre lisse se trouve aux environs de Paris; la
tétragone est la plus rare. Ces couleuvres ne sont point dangereuses, et
plusieurs même, sous le nom d'anguilles de haie, sont, dans quelques
cantons, regardées comme un aliment savoureux.

Parmi des sauriens assez nombreux, il faut citer le gecko de Mauritanie,
qui vit sur les côtes de la Méditerranée. On conserve à Lyon un
crocodile que l'on retira du Rhône il y a plus de deux siècles.
Serait-ce le dernier descendant de ces reptiles que l'on retrouve
fossiles dans les couches calcaires de notre sol? ou bien fut-il
transporté de l'Afrique à l'embouchure du Rhône par des courans?

Dans le groupe ou l'ordre des batraciens, plusieurs cra-

pauds méritent d'être mentionnés : le crapaud sonnant (rana bombina) se
trouve en grand nombre au centre de la France, où le coassement
continuel et désagréable qu'il' fait le soir, après la pluie, lui a valu
le surnom de pluvial; ; le crapaud accoucheur (buJo obstetricans), qui
se cache: sous les pierres, et qui débarrasse sa femelle de ses cetifs

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pour les porter dans quelque mare convenable, habite nos diverses
régions; le crapaud vert, qui répand, lorsqu'on le frappe, une odeur
ambrée; et le crapaud éplnellx, animal hideux, d'une taille quelquefois
monstrueuse, vivent dans nos pays de montagnes.

On pêche quelquefois sur nos côtes de Ja Méditerranée et de l'Océan
cette tortue dont les anciens se servaient pour faire leurs lyres. La
tortue bourbeuse de nos marais méridionaux se conserve dans les jardins,
parce qu'elle détruit les insectes et les animaux nuisibles ; enlin les
salamandres ten-estres et aquatiques habitent, les premières le midi, et
les secondes tous nos départemens.

La vaste étendue de côtes de la France lui procure les moyens d'occuper
à la pêche un grand nombre de bras, et d'en distribuer les produits
jusqu'aux extrémités de son territoire. La Manche et l'Océan fournissent
le turbot, la raie, la sole, le cabillaud, le saumon, le merlan, le
maquereau, le mulet, le hareng et la sardine. Cette dernière est
tellement abondante, que la pêche qu'on en fait sur les côtes de la
Bretagne produit un bénéfice annuel de plus de 2 millions. Un seul coup
de filet donne souvent de quoi remplir 4o tonneaux. Le nombre de
chaloupes employées à cette pêche est d'environ 1400, montées chacune
par 5 hommes d'équipage : ainsi elle occupe 7,000 pêcheurs.

Elle commence en mai, et finit ordinairement en octobre ou novembre. A
Douarnenez, elle se prolonge jusqu'en décembre. Plus de 250 ateliers de
salaison sont employés à la préparation de ces sardines; ils occupent
chacun un tonnelier : le nombre de barils confectionnés pour en expédier
le poisson sur différens points est de plus de io,ooo. Ces ateliers
emploient environ i5oo femmes que Lon appelle arrÙnellses. La dépense de
chaque atelier de aalaison est évaluée à 4,000 fr., ce qui présente un
total f environ l million. Enfin le nombre de sardines ainsi pré-

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parées s'élève, dans certaines années, à plus de 3 20,000,000 (r).

Les harengs que l'on prend sur les côtes de la Normandie sont une
branche de commerce importante pour les petits ports de Dieppe, de
Fécamp et de Saint-Valery-en-Caux. Le premier en retire annuellement un
produit de 600,000 à 800,000 fr. ; mais lorsque les pêcheurs se dirigent
vers les côtes de l'Angleterre, cette somme est augmentée de plus de
moitié. A Boulogne, la pêche du hareng donne un produit de près d'un
million 7 - celle du maquereau dépasse souvent 400.000 fr.

Dans la Méditerranée, nos pêcheurs prennent d'autres espèces, au nombre
desquelles on distingue le thon et l'anchois, qui donnent lieu à un
produit annuel de 2 à 3 millions.

Plusieurs cétacées se montrent quelquefois sur nos côtes: en 17415 un
cachalot trumpo se fit prendre aux environs de Bayonne; en 1784, à la
suite d'une tempête, 31 individus de l'espèce appelée grand cachalot
(phjseter macrocephalus) échouèrent avec un fracas épouvantable, sur la
côte occidentale d'Audierne, en Basse-Bretagne. Le géant des. mers
boréales, la baleine, fréquentait, au temps de Pline et de Strabon, le
golfe de Gascogne et celui d4 Lion (2). Vers le XIIe siècle, les Basques
tiraient un grand J avantage de la pêche de ce mammifère; depuis cette
époque les poursuites de l'homme l'ont relégué dans les régionsti
glaciales, et l'on cite comme des événemens ses apparition^ sur nos
côtes. En 1620, une baleine de plus de 100 pieds de longueur échoua dans
l'île de Corse; en 1726, une autrui de 72 pieds fut prise dans la baie
de la Somme; en 1826,.

l'île d'Oléron en vit échouer une de 52 pieds; enfin, danaa le mois de
novembre 1828, les habitans de la commune dej

(0 Recherches statistiques insérées dans le Breton : années 1826 à 1828'i

W Voyez Pline, Hist. nat., lib. IX, cap. vi. Strabon, Iib. III.

cap. 11, § 2.

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;aint-Cyprien - , près de Perpignan, retirèrent de la Méditerranée un de
ces animaux, long de 63 pieds, échoué depuis plusieurs jours sur le rivage.

Lçs poissons de nos rivières et de nos étangs sont trop connus pour que
nous les mentionnions ; les mollusques ;errestres pourraient être
également passés sous silence, si le genre hélice, appelé vulgairement
escargot, ne comprenait quelques espèces recherchées comme mets ou comme
remède dans les affections pectorales. Les hélices, variable, rhodostome
et vcrmiculée, communes dans les champs de la France méridionale; Y
hélice vigneronne, plus. commune encore, puisqu'elle se trouve dans les
vignobles de toutes nos régions; l'hélice chagrinée, qui vit dans les
jardins et lans les vignes, et l'hélice némorale, qui habite les
prairies ;t les champs, sont celles que l'on mange, ou dont on fait les
bouillons et des- cosmétiques. L'Alsace et la Saintonge in font une
grande consommation : cette dernière province ule en exporte quelquefois
pour plus de 20,000 fr. dans ine année : elle en expédie même jusqu'aux
Antilles.

La pêche des mollusques marins constitue une branche l'industrie
beaucoup plus importante : Y huître pied de chenal (osti-ea hippopus),
commune dans les parages de Bouogne-sur-Mer, ne jouit pas d'une grande
réputation, mais :sc utile comme comestible; l'huître commune (ostrea
edulis) est tellement recherchée, que Paris seul en consomme nnuellement
pour près d'un million de francs. Les déparemens de la
Charente-Inférieure , de la Manche et du Calados sont ceux qui
fournissent les meilleures espèces. La noule commune (mytilus edulis)
est un aliment assez esimé et d'une grande ressource pour la classe
indigente de uelques unes de nos côtes. Les crustacées qui habitent os
rivages sont aussi fort utiles sous le rapport alimenaire : l'étrille
(portumus velutinus) et le tourteau (cancer mourus) forment une partie
de la nourriture des habitans

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de nos ports et de nos rivages. L'écrevisse homard (attacus marinlls) et
la langouste commune (palinuros 'vulgaris ), ( remarquable par sa grande
taille et par ses couleurs brune : et jaunâtre, se servent sur les
meilleures tables.

La France nourrit plusieurs insectes nuisibles; quelquess uns sont
indigènes, comme le charancon ou la calandres ( curculio granatills),
qui dévore les blés dans nos maga- sins ; le scorpion roussâtre, et
celui d'Europe, qui habitenu les départemens des bords de la
Méditerranée; la lycosm nzélanogastre, espèce d'araignée tarentule que
l'on trouv.

dans la même région, et qui est très-voisine de celle don.

on débite tant de fables en Italie. D'autres nous ont él4 apportés de
l'Inde, par suite de nos relations commerciales tels sont le puceron,
qui fait mourir le pommier; le termèis, lucfiuge et le teimès jlavico
le, qui vivent dans la Provence: et aux environs de Bordeaux, où ils
dévorent les bois (8 charpente des habitations et ceux que l'on tient en
réserva dans nos arsenaux maritimes. Quoiqu'en petit nombre, les
insectes -utiles rendent à la France des services inappréciae bles :
l'éducation des abeilles, faite en grand dans nos dM partemens
méridionaux, permet de livrer à la consommas tion une grande quantité de
miel, dont le plus célèbre ea: celui de Narbonne; le ver à soie,
acclimaté sur notre se depuis que Louis XI y planta le mûrier, forme,
par se produits, une partie de la richesse du Dauphiné. La soin qu'il
livre annuellement à nos fabriques est évaluée 5,200,000 kilogrammes.
L'insecte ailé qui forme la noix -1 galle donne une grande valeur aux
chênes de nos régioit méridionales. La cantharide fournit, par sa
dépouille, uu des plus puissans agens employés dans les officines. On
pe>i se figurer de quelle importance doit être en pharmacie consommation
des sangsues, depuis que la médecine à mode les a mises en crédit,
lorsqu'on sait qu'il est p.l d'hôpitaux importans où l'on n'en consomme
par an pa

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e i5o,ooo, et qu'elles forment une branche d'exportation Dnsidérable
pour nos colonies, où chacune d'elles ne se end pas moins de 5 francs.

Nous terminerons la revue que nous faisons du règne nimal en France, par
quelques mots sur les animaux domestiques. Les races de chevaux, encore
peu perfectionlées, sont susceptibles de rivaliser un jour avec les plus
stimées de l'Europe; mais, par suite de l'état arriéré dans s quel se
trouve son agriculture, la France ne nourrissant Pas un nombre suffisant
de ces animaux, puisqu'on ne peut :n évaluer le nombre qu'à 2,500,000,
est pour cette branche mportante d'industrie agricole , tributaire de
l'étranger.

on sol, dont tout atteste la richesse, devrait, non seulement fournir la
quantité de chevaux dont elle à besoin our le service des champs , des
routes et de l'armée, nais elle devrait même pouvoir en fournir à
quelques États voisins. Cependant elle n'a exporté, durant les cinq
nnées de 1823 à 1827, que i5,ooo chevaux, et elle en a mporté 81,000.
Elle en a donc payé à l'étranger 66,000, qui, u terme moyen de 5oo fr.,
lui ont coûté 33 millions. Il faut nême faire remarquer que ces
importations ont cependant :u lieu à une époque où la France n'avait
pour ainsi dire loint d'armée. De quelle importance n'ont-elles point dû
être III 1830 et 1831 pour donner à notre cavalerie une force ion point
formidable, mais seulement suffisante !

Le royaume possède 27 dépôts d'étalons, et tout fait ppérer que les
encouragemens donnés à l'amélioration t au croisement des races
amèneront tôt ou tard les réultats qu'on a droit d'en attendre. Les
départemens de la omme, du Pas-de-Calais, des Ardennes, du Haut et du
Jas-Rhin, fournissent d'excellens chevaux pour l'agricullire) la guerre
et le service des postes ; d'autres, tels que (eux de Seine-et-Oise, de
l'Aisne et de Seine-et-Marne, en [roduisent d'assez estimés pour
l'artillerie et les charrois;

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ceux de l'Orne et du Calvados sont connus par leurs chë- vaux de selle
et de carrosse : ils appartiennent à cette race e que l'on dit avoir été
introduite par les peuples danois, q ai 7 sous le nom de Normands,
s'établirent sur notre territoire; ceux de Maine-et-Loire, de la Sarthe,
d'Eure-et-Loir, de t la Drôme, de l'Isère, des Hautes-Alpes , de la
Haute-Saône H du Doubs et du Jura, élèvent une race propre à la
cavaleriec légère; le Morbihan et la Corse en fournissent une qui n'ai
point d'élégance, mais qui passe pour être infatigable; lésa chevaux des
départemens de l'Ain, de la Côte-d'Or, deg Saône-et-Loire, de l'Allier
et de la Nièvre jouissent desg mêmes qualités ; mais les plus estimés
pour leur vigueur eu leur légèreté sont ceux de quelques parties de la
Francea méridionale : la race limousine se tire des départemens des la
Corrèze, de la Haute-Vienne, du Cantal, du Puy-de-Dômej et de la
Dordogne ; les chevaux qu'on appelle navarrins s'élèvent dans l'Aveyron,
le Lot, le Gers, l'Ariège, et princi -

palement les Pyrénées-Orientales et les Basses-Pyrénéesé L'âne de nos
contrées est une espèce dégénérée, si on h..

compare à celle de l'Espagne et de l'Italie : celui du dépar. tement de
la Vienne fait cependant exception par ses longy poils et par sa taille,
qui atteint presque celle du mulet.

On distingue en France 12 à 15 races de bœufs : ceux de la Haute-Vienne,
de. la Charente et de la Charente < Inférieure peuvent être considérés
comme appartenant la même : leur couleur est d'un blond roux ; leurs
corne-s sont longues, grosses et pointues : leur poids est d'environ 600
à 85o livres; ceux de la Creuse, de l'Indre et du Chéri ordinairement
d'un blond pâle, pèsent de 500 à 700 livres a ceux de la Gironde, d'un
blanc sale, surpassent en poids lei deux races précédentes ; dans le
Cantal et le puy-de-DÕmr ils sont rouges, ont les cornes courtes et
blanches , et pë; sent de 55o à 85o livres; dans le département de
Saône-elt; Loire ils égalent en poids ceux de la Haute-Vienne ; ceuu

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le la Loire-Inférieure et de Maine-et-Loire sont gris, noirs , )runs,
marrons, et pèsent jusqu'à 900 livres ; dans le Morbihan ils sont
petits, variés dans leurs couleurs, et pèsent •arement au-delà de 35o à
5oo livres ; laSarthe nourrit une race peu élevée, mais qui donne une
grande quantité de suif. Les autres races ou espèces diffèrent si peu de
celles jue nous venons de désigner, qu'il faut une grande habitude pour
les distinguer. Tous ces animaux ne sont point slevés dans le pays où
ils naissent : ainsi la Basse-Normandie en voit naître très-peu, mais
ses riches pâturages en engraissent un grand nombre. On évalue à
7,000,000 seulement le nombre de bêtes à cornes nourries sur le
territoire français.

La France nourrit plusieurs races de bêtes à laine, dont quelques unes
ont éprouvé des améliorations tellement sensibles, que nos laines
superfines égalent celle des moutons de la Saxe. Cependant, le nombre de
nos moutons est loin d'être en rapport avec notre population. On ne peut
pas l'évaluer au-dessus de 35,000,000 ; ce qui ne fait que 1,093 pour
1,000 habitans. En Angleterre, par exemple, on compte 1,923 moutons pour
1,000 habitans. La comparaison de ces deux résultats prouve que le
paysan français est loin d'être aussi bien nourri que celui de la
GrandeBretagne. Les bêtes à laine sont bien plus nombreuses dans
l'ancienne province du Berry que dans toute autre partie du royaume ;
celles des environs de Beauvais et de quelques cantons de la Normandie
sont les plus chargées en suif; on estime pour leur chair celles de la
Bourgogne et des Ardennes ; mais les meilleures sont celles des côtes
sablonneuses de nos provinces maritimes. Les moutons du Roussillon se
rapprochent des mérinos plus que les autres, par la finesse de leur
laine. Le croisement des espèces espagnoles et françaises a déjà
suffisamment prouvé les avantages que l'on doit en obtenir, et cependant
cette branche

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d'économie rurale est encore entravée dans sa marche par l'ignorance et
les préjugés.

Les porcs qui vivent sur notre sol présentent trois races distinctes :
la race pure, qui existait dans nos contrées du temps des Celtes, et qui
se conserve encore en Normandie, notamment dans la vallée d'Auge, a les
oreilles étroites, la tête petite, le poil blanc, et acquiert le poids
de 3oo à 4oo livres ; celle du Poitou ne devient jamais aussi forte :
elle a le poil rude et blanc, la tête grosse, l'oreille large et
pendante ; celle du Périgord a le poil noir et rude et le corps ramassé.
Ces races produisent par leur croisement plusieurs variétés, qui
participent plus ou moins de l'une ou de l'autre , mais qui diffèrent
principalement par la couleur : la variété noire est très-répandue dans
le midi, la blanchevers le nord, et la noire et blanche dans laFrance
centrale. Dans les départemens des Basses-Pyrénées, du Haut-Rhin , de la
Moselle, de la Meuse , de l'Aube et de la Marne, la charcuterie est une
branche d'industrie importante.

Quelques oiseaux de basse-cour, de l'ordre des gallinacées et de celui
des nageurs, sont d'un grand produit pour plusieurs de nos départemens ;
le coq et la poule de Caux forment une race particulière, qui fournit
ces excellentes volailles engraissées dans les environs de Barbezieux ,
de La Flèche, et surtout du Mans ; l'oie cendrée (anser cinereus), le
type de notre oie domestique, atteint une taille considérable dans le
Bas-Languedoc : on en élève beaucoup dans les départemens du Bas-Rhin ,
de la HauteGaronne et dans plusieurs de la France occidentale ; le
canard est l'objet de soins particuliers dans la Basse-Normandie, ainsi
que dans le Languedoc. La manière dont on engraisse ces deux oiseaux
dans quelques cantons donne à leur foie une ampleur monstrueuse et une
délicatesse qui les fait rechercher sur nos tables : il n'est personne
qui ne

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connaisse les pàtés de foie d'oie de Strasbourg, et ceux de foie de
canard de Toulouse.

On peut estimer que la France fournit à la consommation de ses habitans
410,000 bœufs , 53o,ooo vaches, 2,280,000 veaux, 6,i3o,ooo moutons, et
3,870,000 porcs (1), ainsi que 3o à 36,000,000 de volailles de toute
espèce.

Cependant, ce qui prouve combien l'économie rurale a besoin de
perfectionnemens et d'améliorations en France, c'est que le nombre de
ses animaux domestiques ne suffit pas à ses besoins, et qu'elle importe,
année commune, environ 23,000 chevaux, 900 ânes, 800 mulets, 40,000
bêtes à cornes , 167,500 moutons espagnols métis ou communs, 4,700
chèvres, 148,800 porcs, 5,800,000 peaux brutes de cheval, de bœuf et de
vache, 5,900,000 kilogrammes de laines communes et fines, ainsi qu'une
grande quantité de plumes d'oie. Ces importations, dont la valeur

(0 Je prends pour base de cette estimation, celle de M. Chaptal, en
182a. Il portait à cette époque le nombre des animaux. livrés à la
boucherie pour toute la France, à 375^000 boeufs, 482,000 vaches,
a,08a,000 veaux, 5,575,000 moutons , et 3,5a5,ooo porcs.

Pour évaluer le poids des bestiaux livrés chaque année à la
consommation, on peut prendre le terme moyen du poids de ceux que l'on
abat à Paris, mais en le réduisant d'un 10", parce que généralement on
conduit aux abattoirs de la capitale , des bestiaux dont la grosseur
excède la grosseur moyenne de ceux de toute la France.

Nombre d'animau. Poids par tête. Poids total.

410,000 bœufs 297 kilog. 121,770,000 530,000 vaches. 234 124,020,000
2,280,000 veaux. 60 136,800,000 6,130,000 moutons 19 116,470,000
3,870,000 porcs. 68 263,160,000

Total. 762,220,000

La répartition de ce total sur le nombre d'habitans de la France, donne
24 kilogrammes de consommation annuelle par tête.

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s'élève au moins à 45 millions de francs (1), font honte à notre
industrie agricole, qui, loin de s'alimenter au dehors, devrait
augmenter la masse de nos exportations.

TABLEAU de la division du sol de la France, d'après l'emploi auquel
chaque partie est affectée.

Iirctares.

Terres de labour 1 22,818,000 Vignes 1,977,000 Potagers. 328,000 Jardins
et vergers. 687,000 Cultures particulières. 780,000 Olivettes. 43,ooo
Houblonnières. 60,000 Châtaigneraies. 406,000 Parcs, bosquets,
pépinières 3g,000 Bois 6,521,000 Oscraies aunaies. 53,000 Pâturages.
3,525,000 Prés. 3, 488,000 Terres incultes. 3,841,000 Tourbières. 7,000
Mines et carrières. 28,000 Propriétés bâties. 215 ,ooo Canaux
d'irrigation et de navigation. 10,000 Etangs at3,ooo Marais. 186,000
Routes, rivières, montagnes, rochers. 8,555,000 Total. 53,870,000

(1) Voyez le Mémoire de M. Senac, intitulé: Projet de société
d'amélioration des animaux domestiques , inséré dans le Bulletin
universel des sciences et de l'industrie : section des Sciences
agricoles, année 1826.

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TABLEAU des vignobles de France par département.

AISNE,

Vins ordinaires, rouges et hlancs : Cussy. Craonne, L3011, ChâteauThierry.

EURE.

Les meilleurs crus sont : Cliâteau-d'Illiers, Nonancourt, Bueil,
Menilles, Portmort. — Ils figurent parmi les plus communs du royaume.

OISE.

Vins rouges : coteaux des environs de Clermont, du territoire de
Beauvais, de Senlis et de Compiègne. — Ces vins sont tous au-dessous du
médiocre.

Vins blancs : ceux de Mouchy-Saint-Eloi. - On les range dans la 3e
qualité de la 56 classe.SEINE-ET-OISE.

Vins rouges : la côte des Célestins, près Mantes; Athis, Mons, Audresy,
Deuil, Montmorency, Argenteuil.

Vins blancs : Migneaux, Andresy.

SEINE-ET-MARNE.

Vins rouges-: vignobles de la Grande-Paroisse , des Sablons, de Moret,
des Chartrettes, de Boissise, d'Héricy, de Féricy, des Vallées, de
Saint-Girex, d'Orly, de Grand-.Bréant, de Lagny, Vins blancs : vignoble
des Vallées. — Dans ces deux départemens, les meilleurs vins rouges sont
ceux des environs de Mantes, du clos d'Athis, de la côte des Vallées et
d'Andresy , parmi les vins ordinaires de 2e qualité ; les autres sont de
3e qualité ou communs. Les meilleurs vins blancs sont ceux de Migneaux
et de la côte des Vallées.

ARDENNES.

Parmi les vins de l'arrondissement de Vouziers, on cite celui de Balay.

MARNE.

Vins rouges.

Première classe: Verzy , Verzenay, Mailly, Saint-Basle, Bouzy, clos de
Saint-Thierry.

Deuxième classe : Hautvillers, Mareuil, Disy, Pierry, Epernay, Taissy,
Ludes, Chigny, Rilly, Villers-Allerandj Cumières.

Troisième classe: Villedemange, Ecueil, Chamery, Irigny, Chenay,
Douillon, Villefranqueux, Hernouville, Avcnay, Champillon, Damery.

Quatrième classe: Vertus, Mardeuil, Montclon, Moussy, Vinay, Chaveau,
Mancy, Chamery ; Pargny, Vanteuil, Reuil, Fleury-laRivière.

Vins communs : Chatillon, Romcry, Vincelles, Cormoyeux, Villers,
OEuilly, Vandières, Verneuil, Troissy.

Vins blancs.

Première classe : Sillery, Ay, Mareuil, Hautvillers, Pierry, Disy.

Deuxième classe : Cramant, Avise, Oger , Menil.

Troisième et quatrième classes : Tous les coteaux bien exposés.

Cinquième classe: Chouilly, Monthelon, Grauves, Mancy, M'olins,
Maugrimaud, Beaumont, Ville rs- atix - Ncetids.

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Suite du Tableau des vignobles de France par départemens.

HAUTE-MARNE.

Vins rouges.

Première classe : Aubigny, Montsaugeon.

Deuxième classe : Vaux, Rivière-les-Fosses, Prautoy, Joinville, Château-
Vilain, Creancey, Essey-les-Ponts.

AUBE.

Vins rouges.

Première classe : Les Riceys, Balnot-sur-Laigne, Avirey, Bagneuxla-Fosse.

Deuxième classe : Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine, Bouilly, Laine-auxBois,
Javernan.

rins communs : Gyé, Neuville, Landreville, Villenoxe.

Vins blancs.

Vins ordinaires et communs : Les Riceys,. Bar-sur-Aube, Rigny-leFéron.

MOSELLE.

Vins rouges : Scy, Jussy, Sainte-Rufine, Dôle. —Ces vins sont légers et
froids; ils se conservent dix ans et plus. Les vins blancs sont
agréables, mais de peu de durée.

MEUSE.

Vins rouges.

Première classe : Bar-le-Duc, Bussy-Ia-Côte, Longeville, Savonière
Ligny, Naives, Rosières, Behonne, Chardogne, Varney, Rambercourt,
Loisey, Ancerville, Creuë.

Deuxième classe: Apremont, Loupmont, Warneville, Liouville,
Saint-Julien, Champougny, Vaucouleurs, Vignot, Sampigny, SaintMihiel,
Dampcevrins, Buxières, Buxerules, Mont-Sec, Vigneules, Hatton-Châtel,
Rochelles et les Allouveaux.

Vins blancs : Creuë fournit les meilleurs.

MEURTHE.

Vins rouges : Thiaucourt, Pagny-sous-Preny, Arnaville, Bayonville,
Charrey, Essey, Villers-sous-Preny, Wandelainville, Toul, Bruley,
Dom-Germain , Ecrouves, Lucey, Boudonville, Côte-Rôtie, Pixerécourt,
Roville, Neuviller, Vie, Achain.

Vins blancs : Bruley.

VOSGES.

Vins rouges: Charmes, Xaronval, Ubexy. - Les vins de ces trois derniers
départemens appartiennent à la quatrième classe des vins de France,
comme vins ordinaires de première qualité, à la cinquième, comme vins
ordinaires de deuxième qualité, et aux vins tout-à-fait communs.

BAS-RHIN.

Vins rouges: on en récolte fort peu. 1 Vins blancs.

Première classe. Molsheim, Wolxheim. Deuxième classe : Mutzig,
Neuyiller, Ernolsheim, Imbsheim, Kintfclieim, Thieffenthal.

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Suite du Tableau des vignobles dé France par départeméns.

HAUT-RHIN.

Vins rouges.

Vins ordinaires : Riquewir, Ribauvillé, Ammcrschwir , Kientzheim,.

Kaisersberg.

Vins blancs.

Première classe : Guebwiller, Turckeim, Riquewir, Ribauvillé, Thann,
Rufach, Bergholtzell, Pfaffenheim, EDguisheim, Inguersheim, Mittelweyer,
Hunneveyr, Katzenthal, Ammerschwir, Kaisersberg, Kientzheim, Sigolzheim,
Babelheim.

Deuxième classe : Rixheim, Habsheim.

Vins de liqueur: Kientzheim, Kaisersberg, Ammerschwir et quelques autres
vignobles fournissent un vin de paille et un vin muscat assez agréa..

bles, que l'on range dans la première classe.

MORBIHAN.

La petite quantité de vin qu'on y récolte est d'une qualité très-médiocre.

LOIRE-INFÉRIEURE.

Vins blancs : Varades, Valet, La Cbapelle-Hulin, La Haye , le Loroux, le
Palet, Maisdon, Saint-Fiacre, Saint-Géréon, Saint-Herblon, Riaillé.

MAYENNE.

Vins communs: Saint-Denis est le seul vignoble de quelque impor, tance.

SARTHE.

Vins rouges.

Vins ordinaires : communes de L'Homme, Bazouges, Gazoutière.

Vins blancs.

Vins ordinaires : La Flotte, La Châtre, Sainte-Cécile , Marçon, Châr
teau-du-Loir, Mareil, Saint-Benoît, Saint-George, Champagne.

Les autres vins sont d'une qualité très-médiocre.

MAINE-ET-LOIRE.

Vins rouges.

Vins ordinaires : Champigné-le-Sec, Dampierre, Varrains, Chassé,
Saint-Cyr-en-Bourg, Brézé, Bellay, Neuillé.

Vins blancs.

Première classe : Rôtissant, La Perrière, le Grand et le Petit Morin,
les Poilleux, Parnay, Dampierre, Souzé, Turquan, Martigné-Briant,
Thouarcé, Foy, Rablay, Beaulieu, Saint-Luigne, Savenières.

Deuxième classe : Chaintré, Varrains, Chassé, Saint-Cyr-en-Bourg, Brézé,
Courchamp, Mihervé, Saumonsset.

Troisième classe : Trelazé, Saint-Barthélemi, Brain-sur-l'Authion,
Distré, Antoigné, Bas-N ueil, Brion.

INDRE-ET-LOIRE.

Vins rouges.

Première classe : Joué , Saint-Nicolas de Bourgucil.

Deuxième classe : Chisseaux, Civray, La Croix-dc-Bleré, Ahée,

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Suite du Tableau des vignobles de France par départemens.

Bléré, Azay-sur-Cher, Chenonceau, Dierre, Epeigné, Francueil et Veretz,
Saint-Cyr-sur-Loire, Saint-Avertin, Balan, Chinon, Luynes, Fondettes,
Langeais, Saint-Marc, Amboise, Pocé, Saint-Ouen, SaintDenis, Chargey,
Limeray, Mones, Souvigny, Chargé.

Vins de basse qualité : Loches.

Vins blancs.

Première classe : Vouvray.

Deuxième classe : Roche-Corbon, Vernou, Mont-Louis, SaintGeorge,
Nazelles, Noizay, Lussault, Saint-Martin-le-Beau, Rougny , Chançay,
Langeais.

EURE-ET-LOIR.

Vins de médiocre qualité : Sèche-Côte, le Monceau, Cliavanne, Roussière,
Saint-Piat, Croisselles, Malsausseux, Luat-Clairet, Dreux, Varenne,
Machelon, Champdé.

LOIRET.

Vins rouges.

Première classe : Guignes, Saint-Jean-de-Bray , La Chapelle, SaintGy,
Saint-Ay, Fourneaux, Saint-J ean-Ie-BIanc, Beaugency , Beaule,
Beaulette, Meun , Sandillon, Saint-Denis-en- V al, Combleùx.

Deuxième classe : Saint-Denis-de-Jargeau, Jargeau , Bou, Mardié ,
Olivet, Saint-Mesmin, Saint-André, Cléry, Saint-Privé, Saint-Paterne,
Sarang, Gedy, Ingré, Saint-Marc, Fleury, Senoy, Saint-Marceau,
Saint-Loup. Montbarois, Auxy, Egry, Bois-Commun.

Vins blancs.

Vins ordinaires : Marigny, Rebrechien, Saint-Mesmin, Loury.

LOIR-ET-CHER.

Vins noirs.

Vins de mauvaise qualité : Jarday, Villesecron, Francillon, Villebaroux.

Vins rouges.

Première classe : Thésée, Monthon-sur-Cher, Bouré, Montrichard, Chissay,
Mareuil, Pouillé, Angé, Faverolle, Saint-George, Lusillé, Chambon.

Deuxième classe : Qnzain , Mer-la-Ville, Chaumont, Pezon, Selles,
Ville-aux-Clercs.

Vins blancsVins ordinaires: Murblin, Cour-Chiverny, Vimeuil,
Saint-Claude, Moret, Montelivaut, Mer-la-Ville, Troo , Artuis, Montoire.
1 YONNE.

Vins rouges.

Première classe: Danemoine, Tonnerre, Auxerre.

Deuxième classe : Cuvée, Clairion, Boivin, Migrenne, Judas, Pied- J
de-Rat, Rosoir, Quétard, Epineuil, Irancy, Coulanges-la-Vineuse.

Troisième classe : Vincelotte, Avalon, Vézelay, Givry, Jussy, Joi- gny,
Tronchois, Pontigny.

Quatrième classe : Cheney, Vohchère, Molosme, Cravant, Vermanton ,
Saint-Bris , Arcy-sur-Cure, Pourly, Vezinncs, Junay, Saint-Mar-

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Suite du Tableau des vignobles de France par départemens.

tin , Commissey, Paron , Veron, Villeneuve-sur- Yonne ,
Saint-Juliendu-Sault.

Vins blancs.

Première classe : Tonnerre , Chablis.

Deuxième classe : dans le canton de Chablis, vignobles de Milly,
Maligny, Poinchy, Chiché, Fiey, Fontenay, etc.

Troisième classe : Vivier, Beru, Fley , Roffey, Serigny, Tissey,
Vezannes, Dié, Bernouil, Tanlay, Villy, Ligny-Ie-Châlel, Poily,
Chemilly, Courgy.

CÔTE-D'OR.

Vins rouges.

Première classe : La Romanée-Conti, Chambertin, Richebourg, ClosVougeot,
La Romanée-Saint-Vivant, La Tâche, Saint-George, Corton.

Deuxième classe: Vosne, Nuits, Prémeau, Chambolle, Volnay, Pomard,
Beaune, Morey, Savigny , Meursault ( crus des Santenots et des Pétures ).

Troisième classe : Gevrey, Chassagne, Aloxe, Savigny, Blagny, Santenay,
Chenove.

Quatrième classe: Mercurey, Givry, Monthelie (cru des Passe-tousGrains)
, FixÍn, Fixey , Brochon , Saint-Martin , Rully, Monbogre.

Cinquième classe ; Montagny, Chenove, Buxy, Saint- V allerin, Saules,
Jambles , Saint-Jean-de-Vaux, Saint-Marc.

Vins blancs.

Première classe : Puligny ( cru de Mont-Rachet).

Deuxième classe Meursault (cru de La Perrière).

Troisième classe Meursault (cru du Rougeot), Puligny (cru de Blagny.

Quatrième classe : Meursault (cru de La Barre ).

Cinquième classe: Mont aDy, Ghenove, Buxy, Saint-Vallerin, Saules,
Bouzeron, Givry (cru du Champ-Doureau).

SAÔNE-ET-LOIRE.

Vins rouges.

Première classe : Les Torins ( cru de Moulin-à-vent, des Carquclins, de
Laborie), Clienas.

Deuxième classe : Fleury, La Chapelle-Guinchey, La Romanèche.

Troisième classe : Lancié, Château-Gaillard, Brouilly, Odenas,
Jullienas, Cheroublcs, Morgon, Saint-Etienne-Ia-Varenne, Juilly,
Emeringe, Davayé.

Quatrième classe: Chassagne, Montmelas-Saint-Forlin, Charentay ,
Charnay, Vaurenard, Saint-Amour, Chevagny , Saint- V erand, Loclié,
Saint-Julien, Bussières, Tournus.

Vins blancs.

Première classe : Pouilly, Fuissey.

Deuxième classe : Cheintré, Solutrée, Davayé.

Troisième classe: Vergisson, Vinzelles, Loché, Charnay, les Certaux,
Saint-Verand , Pierrcclod, Bussières, Saint-Martin.

HAUTE-SAÔNE.

Vins ordinaires : Ray , Charicy, Gy , Champlitte-le-Chàteau. g

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Suite du Tableau des vignobles de France par départemens.

DOUBS.

Vins rouges : Byans, Mouthier, Lombard, Leisle, Lavans , Jaller ange,
Pouilly-les-Vignes, Chatillon-le-Duc, Chouzelot, Pointyillers.

Vins blancs : Mileray.

JURA.

Vins rouges.

Première classe : Salins, Poligny (crus de Arsures, de Marnoz,
d'Aiglepierre et d'Arbois).

Deuxième classe : Voiteur, Menetru, Blandans, Saint-Lothain, Géra ge,
Saint-Laurent.

Vins blancs.

Première classe : Cbâteau-Chàlons, Arbois, Pupillin.

Deuxième classe : L'Etoile, Quintignil, Montigny.

AIN.

Vins rouges : Seyssel, Champagne, Machurat, Groslée, Saint-Benoît, Coligny.

Vins communs : Montmerle, Thoissey, Montagneux.

Vins blancs.. Seyssel, Pont-de-Veyle.

VENDÉE.

Vins ordinaires rouges et blancs - Luçon, Fay-Moreau, Loge-Fouge-

reuse, Sigournay , Talmont.

DEUX-SÈVRES.

Vins rouges : Airvault, Mont-en-Saint-Martin-de-Sauzaire, BouilléLoretz,
Rochenard , Lafoye-Montgeault.

VIENNE.

Vins rouges : Champigny , Couture, Jaulnais, Dissais, Chauyigny,
Villemort, Vaux, Saint-Romain.

Vins blancs : Loudun, Trois-Moutiers.

INDRE.

Vins rouges : Vic-la-Moustiere, Veuil, La Tour-du-Breuil, Concrémiers,
Saint-Hilaire.

Vins blancs : Chabris, Reuilly.

CHER.

Vins rouges : Chavignole, Sancerre.

Vins blancs : Chavignole, Saint-SatuF.

NIÈVRE.

Vins rouges : Pouilly-sur-Loire.

Vins blancs : Pouilly-sur-Loire.

ALLIER.

Vins rouges: Saint-Pourçain, Montluçon, La Palisse. 1 Vins blancs :
Saint-Pourçain, La Chaise.

CHARENTE-INFÉRIEURE.

Vins rouges : Saint-Romain, Saison, Le Gua, Saintes, Saint-Jean-

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Suite du Tableau des vignobles de France par départemens.

d'Angély, Marennes, Saint-Juste, La Rochelle, l'île d'Oléron, l'île de
Ré, l'île d'Aix.

Vins blancs: Surgères, La Rochelle, l'île d'Oléron.

CHARENTE.

Vins rouges : Saint-Saturnin, Asnières, Saint-Genis, Linars, Moulidard,
Chassors, Julienne, etc.

Vins blancs : Champagne, les Grandes-Borderies.

HAUTE-VIENNE.

Vins rouges ordinaires : Ile, Aix, Verneuil, Bellac, Saint-Bonnet, La
Croix, Peyrat, Darnac, le Dorât, Dompierre, Rochechouart, Chaillac, etc.

CORREZE.

Vins rouges ordinaires : ADassac, le Saillant, Syneix, Meyssac,
SaintBaille, etc.

PUY-DE-DÔME.

Vins rouges.

Première classe : Chanturgue.

Deuxième classe Chateldon, Ris.

Troisième classe : Mariol, La Chaux, les Martres, Montperroux,
Vic-le-Comte, Neschers, Issoire, Pont-du-Château, etc.

Vins communs : Beaumont, Aubières.

Vins blancs.

Première classe : Corent.

Deuxième classe : Chauriat.

LOIRE.

Vins rouges.

Première classe : Luppé, Chuynes, Chavenay; Saint-Michel,
SaintPierre-de-BÅ“uf, Boen.

Deuxième classe : Renaison, Sàint-André-d'Apchon, Saint-Haonle-Châtel,
Charlieu.

Pins blancs.

Première classe : Château-Grillet.

Deuxième classe : Saint-Michel-sous-Condrieux.

CANTAL.

On n'y récolte que des vins de la plus mauvaise qualité.

HAUTE-LOIRE.

Les vins les moins mauvais sont ceux de Bas, Monistrol, Brioude Auzon,
La Voûte et Vaurey.

RHÔNE.

Pins rouges.

Première classe : Côte Rôtie.

Deuxième classe : Verinay.

Troisième classe : Sainte-Foy, Yrigny, Millery , La Galée, Charly ,
Baroles, Couzon.

Vins blancs : Condrieux.

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Sutts du Tableau des vignobles de France par départemens.

IsÈRE.

Vins rouges.

Première classe La Porte du Lyon.

Deuxième classe Revantin , Seyssuel.

Troisième classe : Les Roches, Vienne, Lambin, Crolles, La Terrasse,
Grignon, Saint-Maximin, Murinais, Bessins, Pont-en-Royans, SaintAndré.

Vins blancs : la côte de Saint-André.

DRÔME.

Vins rouges.

Première classe : Tain (cru de l'Hermitage), Méal, Gréfleux, Beaume,
Raucoule, Muret, Guiognères, les Bessas, les Burges , les Lauds). —Ils
sont nommés dans l'ordre de leur mérite Deuxième classe : Crozes,
Merceurol, Gervant.

Troisième classe : Saillans, Vercheny, Die, Donzère, Roussas,
Châteauneuf-du-Rhône, Alan, La Garde-Adhémar, Montségur, Bois-del'Eau r
Géry, Redondon, les Champs.

Quatrième classe : Saint-Maurice, Etoile , Livron, Saint-Paul, Vins blancs.

Première classe : L'Hermitage, Raucoule.

Deuxième classe : Merceurol, Die, Chanos-Curson.

Vins de liqueur: ceux des coteaux de Die.

HAUTES-ALPES.

Vins rouges ordinaires : Roche-de-Jarjaie, Letret, Châteauneuf-deChabre,
NéGes.

Fins blancs : Saulce.

GIEOHDE.

Vins rouges.

Première classe : clos Lafitte, La Tour, Château-Margaux, HautBrion.

Deuxième classe : clos Rozan, Gorce, Léovillc, La Rose, Brane-Mouton ,
Calon , Pichon-Longueville.

Troisième classe ; Pauillac, Margaux, Pessac , Saint-Julien-de-Régnac,
Saint-Estèphe, Castelnau-de-Médoc, Cantenac.. Talance, Mérignac , Côte
de Canon.

Quatrième classe: Labardc, Cussac, Blanquefort, Macau,
SaintSurin-de-Cadourne, Saint-Emilion, les Palus (crus de Queyriès,
Montferrant et Bassens ).

Cinquième classe : Les Palus (crus de Lassouys, Bouliac, Quinsac, etc.),
Bourg, le Tourne, Langoiran, Saint-Macaire, Saint-George, Libourne,
Arveyres, Blaye, Fronsac.

Vins blancs.

Première classe : Villenave-en-Rious (dans la contrée des Graves),
Sauternes, Barsac, Preignac, Beaumes.

Deuxième classe: Langon, Cerons, Bergerac, Clairac.

Troisième classe: Pujols, Ilats, Landiras, Virelade,
Sainte-Croixdu-Mont, Loupiac.

Quafrième classe : Langoiran, Riorns, Cadillac, Cambes, Quinsac ,
Cambiales.

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Suite du Tableau des vignobles de France par départemens.

Cinquième classe : Cubsac, Fronsac, Blaye, Bourg, Castillon , Sainte-
Foy-la-Grande.

DORDOGNE.

Vins rouges.

Première classe : La Terrasse, Pécharmont, les Farcies, Compréal,
Sainte-Foy-des-Vignes.

Deuxième classe : Domme, Saint-Cyprien, Thonac, Saint-Leay , Chancelade,
Douzilhac, Celles, Brantôme, Bourdeilles, Saint-Pantaly, Saint-Orse,
Varreins, Villetoureix, Saint-Victor, Brassac, Goûts, Vertillac, Mareuil.

Vins blancs: Montbasillac, Saint-Nessans, Sance.

LANDES.

Vins rouges.

Première classe : Cap-Breton, Soustons, Messange, Vieux-Boucau.

Deuxième classe : La Chalosse, Gamardes, Montfort, Castelnau, Roquefort,
Gabaret, Villeneuve.

Fins blancs : Ils ne jouissent d'aucune réputation.

LOT-ET-GAIRO"E.

Vins rouges: Thesac, Péricard, Buzet, Castel-Moron, Sommenzac, La
Chapelle, Notre-Dame-de-Rech, Marsac.

Vins blancs : Clairac.

GERS.

Vins rouges : Verlus, Mazères, Viella, Goûts, Lussan, Ville-Comtal,
Mielan, Beau-Marchez , Plaisance, Vic-Fezensac, Valence, Miradoux.

Vins blancs : ils ne jouissent d'aucune réputation.

LOT.

Vins noirs : Savanac, Mel-la-Garde, Saint-Henri, Parnach, SaintVincent,
La Pistoule, Camy, Luzech, Lebas, Praissac, Premiac.

Pins rosés et vins blancs : Ils se consomment dans le pays.

AVEYRON.

Vins rouges ordinaires : Lancedat, Agnac, Marcillac, Gradels, Cruon.

ARDÈCHE.

Vins rouges.

Première classe : Cornas, Saint-Joseph.

Deuxième classe ; Mauve, Limony, Sara, Vion, Aubenas, L'Argentière.

Vins bleuies : Saint-Peray, Saint-Jean, Guilherand.

LOZÈRE.

Vins rouges de basse qualité : Marvejols, Florac, Villefort.

GARD.

Vins rouges.

Première classe : Chuzclan, Tavel, Lirac, Saint-Geniez, Ledénon,
Saint-Laurent-des-A rbres, Canteperdrix.

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Suite du Tableau des vignobles de France par départemens.

Deuxième classe : Roquemaure, Saint-Gilles, les Boucheries, Bagnols.

Troisième classe : Lacostières, Jonquières., Pugeault, Laudun, Langlade,
Vauvert., Milhaut, Calvisson, Aigues-Vives., Vigan.

Vins blancs : Laudun, Calvisson.

TARN-ET-G ABONNE.

Vins rouges : Fau, Aussac, Auvillar, Saint-Loup, Campsas, La VilleDieu.

TARN.

Vins rouges.

Première classe: Cunac, Caisaguet, Saint-Juëry, Saint-Amarans, Gaillac.

Deuxième classe: Meilhart, La Roque, Florentin, La Grave, Tecon,
Rabasteins.

Vins blancs: Gaillac.

HÉRAULT.

Vins rouges.

Première classe : Saint-George-d'Orques, Vorargues, Saint-Christol,
Saint-Drezery, Castries, Saint-Geniez.

Deuxième classe : Garrigues, Pérols, Villeveyrac , Bouzigues,
Frontignan, Poussan.

Troisième classe : Loupian, Mèze , Pezenas, Agde, Beziers.

Vins blancs et vins muscats.

Première classe : Frontignan., Lunel.

Deuxième classe : Marseillan, Pommerols, dits vins de Picardan.

Troisième classe: Maraussan, Cazouls-les-Beziers, Bassan, Montbasin.

HAUTE-GARONNE.

Vins rouges: Villaudric , Fronton, Montesquieu-de-Volvestre, Buzet,
Cugnaux.

AUDE.

Vins rouges : Narbonne , La Grasse, Aleth.

Vins blancs : Limoux, Magrie.

BASSES-ALPES.

Vins ordinaires Mées.

VAR.

Vins rouges.

Première classe La Gaude, Saint-Laurent, Cagnes, Saint-Paul, Villeneuve,
La Malgue.

Deuxième classe : Bandol, La Cadière, Saint-Nazaire, le Castelet,
Saint-Cyr, le Beausset, Ollioules, Cuers, Hyères, La Craux, Soliès,
Pierrefeu, Lorgues, Camoulles, Pignans, Besse, Tourves., Saint-Maxi-
min, Caries, Signes.

Vins blancs et muscats : Bandol, le Beausset, Ollioules.

VAUCLUSE.

Vins rouges.

Première classe : Coteau Brûlé, Châteauneuf, Sorgues. <

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Suite du Tableau des vignobles de France par dèpartemens.

Deuxième classe : Châteauneuf-de-Gadagne.

Vins muscats : Beaumes.

BOUCHES-DU-RHÔNE.

y in s rouges.

Première classe : Marseille ( crus de Séon-Saint-Henri, Séon-SaintLadré,
Saint-Louis, Châtean-Gombert, Sainte-Marthe, etc.), Arles,
Ihâteau-Renard, Eguilles, Orgon, Tarascon.

Deuxième classe : Aubagne, Roquevaire, Allauch, La Ciotat, Marignane,
Gardanne.

Fins blancs : Cassis, Marignane.

Vins de liqueur : Roquevaire, Cassis , la Ciotat, Barbantane, SaintLaurent.

Vins cuits : Aubagne, Roquevaire, Cassis.

BASSES-PYRENEES.

Vins rouges.

Première classe : Jurançon , Gan.

Deuxième classe : Monein , Aubertin.

Troisième classe : Lasseuble, La Hourcade , Lagor, Navarrins,
Saureterre, etc.

Vins blancs : Jurançon, Gan, Anglet.

HAUTES-PYRÉNÉES.

Vins rouges.

Première classe : Madiran, Castelnau-de-Rivière-Basse, Saint-Laune,
ïouhlecauze, Lascazères.

Deuxième classe: Bagnères, Argelles.

Vins blancs : Bouilh , Pereuilh.. Castel- Vieilh, Periguières, Vic-Biorre.

ARIEGE.

Vins ordinaires : Bordes, Campagne, Teilhet, Engravies.

PYRENEES-ORIENTALES.

Vins rouges.

Première classe : Bagnols, Cosperon, Collioure, Toremila, Terrats.

Deuxième classe : Rivesaltes, Baixas, Corneilla-de-la-Ribera ,
Saintean-de-la-Ceilla, Bagnouls-des-Apres , Argèles, Sorède, Salces,
Espira le la Gly , Pisilla, Saint-Estève , Villeneuve-de-la-Rivière.

Vins blancs et vins de liqueur : Rivesaltes , Bagnols Cosperon,
CQItoure. Grenache, Rodez, Salces, Saint-André, Prépouille-de-Salces.

CORSE.

Vins rouges et vins blancs : Ajaccio, Sari, Péri, Vico, Bastia,
Pictratfegra } Cap-Corse , Bassanèse , Maccaticcia, Calvi, Algajola ,
Callenoane, Monte-Maggiore , Tallano , Bonifacio , Porto-Vecchio.

NOTA. Ce tableau est dressé d'après l'ouvrage de M. Jullien, intitulé :
Topographie de tous les vignobles connus.

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TABLEAU des principales eaux minérales de France, indiquant leur nature,
propriétés" leur température et leur gisement.

Eaux ferrugineuses.

Lieux. DépartemeDS. Températ. Propriétés. Gisemenj Bussang. Vosges.
Froides. Excitantes. Terrain pri Castéra- Vivent. Gers. Id. Toniques.
Sédiment s Cambo. B.-Pyrénées. Id. Excitantes. Terr. granil
Contrexeville. Vosges. Id. Diurétiques, ton. Terr. inten Cranzac.
Aveyron. - Id. Id. Terr. houil Ferrières. Loiret. Id. Toniques, stomac.
Sédiment si Forges. Seine-Infér. Id. Toniques, apérit. Argile plas
Godefroi ( La Chapelle). Aube. Id. Toniques. Id.

Fontanes. Cantal. Id. Apéritives. Granité.

Sainte-Marie. H.-Pyrénées. Id. Id. Id.

Saint-Myon. P.-de-Dôme. Id. Toniques. Sédiment sur.

Passy. Seine. Id. Astringentes, ton. Argile plastj Provins. S.-et-Marne.
Id. Diurétiques, purg. Id.

Reims. Marne. Id. Toniques. Id.

Roye. Somme. Id. Id. Id.

Segray. Loiret. Id. Fondantes. Sédiment si^ Ferrugineuses thermales..

Bagnères de Bigorre. H.-Pyrénées. Chaudes. Toniques. Schiste argii
Campagne. Aude. 27° e s. Id. Id.

, 2 7 0 Honoré (Saint-). Nièvre. 33° Fondantes, sudor. Terr. interi
Rennes-les-Bains. Id. 44° Stomach. apérit. Id.

Sulfureuses.

Enghien-1 es-Bains. Seine-et-Oise. Froides. Toniques. Gypse.

Eng h ien-les-Bains. Seine-et- O ise. Fro i des. -ïd Sédimentmi La
Bassère. H.-Pyrénées. Id. Id. Sédiment in Roche-Posay (La). Vienne. Id.
Fébrifuges. Sédiment m 1 Uriage. Isère. Id. Sudorifiques. Terrain priii
Sulfureuses thermales.

Ax. Ariège. 20 à 750 Diurétiques. Terrain priii Bagnères de Luchon.
H.-Garonne. 3o à 620 Id. Id.

Bagnols. Lozère. 450 Sudorifiques. Id.

Bagnoles. Orne. 26° Toniques. Granité.

Baréges. H.-Pyrénées. 35 à 50° Sudorifiques. Schiste inte Bonnes.
B.-Pyrénées. 26 à 3,0 Id. Id.

Cambo. B.-Pyrénées. 300 Id. Calcaire du

Castéra-Vivent. Gers. 25° Toniques. Sédiment su Cauterets. H.-Pyrénées.
41° Toniques, sudor. Granité.

Gréoulx. B.-Pyrénées. 36° Anti-rhumatism. Calcaire du Saint-Amand. Nord.
18 à27° Toniques, vulnér. Craie..

Gazeuses.

Bar. P.-de-Dôme. Froides. Fébrifuges. Granité.

Bagnoles. Orne. 26° Toniques. Id.

Chateldon. P.-de-Dôme. Froides. Apéritives. Terrain seç:
Sainte-Madeleine-de- 1 Flourens. H.-Garonne. Id. Toniques. Sédiment s..

Sainte-Marie. Cantal. Id. Id. Granité.

Gabian. Hérault. Id. Apéritives. Sédiment sr; Galmier (Saint-). Loire.
Id. Id. Terr. granii Langeac. Haute-Loire. Id. Id. Terr. granu Pougues.
Nièvre. Id. Id. Craie inferii Sulzmalt. Haut-Rhin. Id. Fébrifuges. Sable
et arg Vie-le-Comte. P.-de-Dôme. Id. Apéritives, toniq. Granite.

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: du TABLEAU des principales eaux minérales de France, indiquant leur
nature, leurs propriétés , leur température et leur gisement.

Gazeuses thermales.

Lieux. Dépaitemens. Tempérât. Propriétés. Gisemcns.

ignac. Ariège. 2,0 àa30 Apéritives, laxat. Calcairejurassiq.

'bon-l'Archamb. Allier. 58 à 60° Vulnéraires, ton. Terr. interméd.

el-Guyon. P.-de-Dôme. 3o° Fébrifuges, toniq. Granité.

Landes. 600 Sudorifiq. vulnér. Roches ignées.

te. Basses-Alpes. 20° Toniques. Terr. secondaire.

m. Hérault. 35° Diurétiques. Granité.

t-Dor. P.-de-Dôme. 450 Sudorifiques. Terr. volcanique.

t-Alban. Loire. 190 Diurétiques. Sédiment supér.

t-Mart. P.-de-Dôme. a5° Stomachiques. Granité.

t-Nectaire. Id. 38° Diurétiques. Id.

t. Ariège. 33 à 37° Id. Terr. interméd.

,y. Allier. 37° Fondantes, apérit. Terr. houiller.

Salines.

très. Aveyron. Froides. Toniques. Sédimentmoyen.

tusse. H.-Garonne. Diurétiques. Terr. interméd.

lerbrun. Bas-Rhin. Froides. Laxatives, toniq. Id.

Félix de Bagnères. Lot. Id. Id Sédiment moyen.

en Carladez. Cantal. Id. Diurétiques. Granite.

1. Ardèche. Id. Id. Id.

Salines thermales.

B. -du-Rhône. 330 Vulnérairesapér. Calcaire jurassiq.

ne. Hérault. 280 Vulnéraires. Sédiment supér.

s. Vosges. 320 Stimulantes. Terr. houiller.

'boule. P.-de-Dôme. 520 Vulnéraires. Granité.

lères de Bigorre. H.-Pyrénées. 20 à 500 Vulnéraires apér. Terr. interméd.

rue. Hérault. 480 Toniques. Sédiment supér.

bon-Lancy. S.-et-Loire. 5o° Fébrifuges. - Terr. houiller.

'bonne-les-Bains. if.-Marne. 480 Vulnéraires. Calcaire second.

rern. H.-Pyrénées. 24° Toniques. Terr. interméd.

es-Aigues. Cantal. 80° Vulnéraires. Terrain primitif.

l-Bonnes. B.-Pyrénées. 33° Fondantes. Terr. interméd.

L-Chaudes. Id. 35° Vulnéraires. Id.

leuuneuf. P.-de-Dôme. -38° Id. Granite.

ix. Creuse. 58° Toniques. Id.

juil. Haute-Saône. 420 Id. Terrain second.

étrier. H.-Alpes. 37° Stimulantes. Granite.

i. Allier. 420 Toniques. Terr. houiller.

ibières. Vosges. 38° Stimulantes. Id.

..aurent-Ies-Bains. Ardèche. 4^à5o0 Fondantes. Terr. volcaniq.

mès. Ayeyron. 400 Toniques. Sédiment moyen.

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TABLEAU de la richesse minérale de la France, par département.

MINES EXPLOITÉES :

ARGENT.

Finistère. -Lozère. — Vosges.

CUIVRE.

Rhône. - Haut-Rhin.

PLOMB.

Finistère. - Lozère. — Vosges. - Haut-Rhin. — Isère. — Loire.
Haute-Loire. —Rhône. — Corrèze. - Hautes-Alpes.

FER.

Ardennes. —Allier. — Aisne. -Auhe. -Atide. -Ariège. -BassesAlpes.
-Corrèze. -Cher. —Côtes-du-Nord. -Côte-d'Or. — Corse.— Charente. —
Dordogne. — Doubs. — Drôme. — Eure-et-Loir. — Eure.

— Gironde. — Haute-Garonne. — Indre. — Indre-et-Loire. - Ille-etVilaine.
- Isère. — Jura - Landes. - Lot. - Lot-et-Garonne. — LoireInférieure. —
Loir-et-Cher. — Loire. — Maine-et-Loire. —Mayenne. —

Haute-Marne. —Meuse. — Morbihan. - Meurthe. — Moselle. — Nord.

Nièvre. — Orne. — Pyrénées-Orientales. — Basses-Pyrénées. — BasRhin. —
Haut-Rhin. — Sarthe. — Haute-Saône. — Saône-et-Loire. —

Deux-Sèvres. -Tarn. -Tarn-et-Garonne. —Vienne. — Haute-Vienne.

- Vosges. — Vaucluse. - Yonne.

ANTIMOINE.

Allier. — Ardennes. — Cantal. — Charente. — Creuse. — Gard. —

Lozère. — Haute-Loire. —Puy-de-Dôme.

MANGANÈSE.

Cévennes. - Dordogne. — Moselle. — Saône-et-Loire. — Vosges.

ARSENIC.

Haut-Rhin.

SULFATE DE FER.

( Vitriol vert. )

Aisne. — Ardèche. — Gard. — Moselle. — Oise. — Bas-Rhin.

SULFATE DALUMINE.

( Alun. )

Aisne. — Aveyron. — Moselle. — Oise. — Bas-Rhin.

ASPHALTE.

( Bitume. )

Ain. —Bas-Rhin.

LIGNITE-

Gard. — Isère. — Bas-Rhin.

HOUILLE.

Ardèche. - Hautes-Alpes. — Basses-Alpes. — Aude. - Aveyron. —

Allier. — Bouches-du-Rhône. - Calvados. — Cantal. — Corrèze. Creuse. —
Dordogne. — Gard. — Hérault. — Isère. — Loire. — Haute Loire. -
Loire-Inférieure. — Maine-et-Loire. - Mayenne. — Nièvre. —

Nord. — Pas-de-Calais. — Puy-de-Dôme. — Rhône. — Haut-Rhin. Bas-Rhin. —
Sarthe. — Haute-Saône. — Saône-et-Loire. — Tarn. Vaucluse.

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LIVRE CINQUANTE-TROISIÈME.

SUITE de la Description de PEurope. - Description du royaume de France.
-Première section. - Région méridionale.

Nous avons suivi les oscillations politiques d'un peuple que l'on doit
regarder comme la principale souche de la nation française; nous avons
vu ses chefs affermir leur puissance par des conquêtes, et s'ériger en
arbitres des destinées de l'Europe ; un coup d'œil général sur la France
nous a fait voir les ressources qu'elle tire de son climat et de son
sol, et les richesses naturelles qu'elle renferme : en un mot la
géographie historique et physique nous l'a montrée dans son ensemble, et
nous a préparés à la parcourir avec plus d'intérêt. Les difficultés vont
se succéder dans notre marche : nous espérons pouvoir les surmonter.
Nous aurons à conserver dans nos descriptions l'exactitude et la
précision qui doivent servir de base à la topographie, tandis qu'il nous
faudra rendre moins fastidieuse. la répétition de ces départemens, de
ces arrondissemens, de ces chefs-lieux, qui n'ont point, comme les
gouvernemens et les anciennes provinces , l'avantage de se rattacher aux
souvenirs de l'histoire nationale, mais dont l'organisation a contribué
à rendre la population plus homogène.

La division artificielle qui partage la France en cinq grandes régions :
celles du sud, de l'est, du centre, de l'ouest et du nord, nous semble
la meilleure à adopter, et la plus commode à suivre pour régler nos
excursions chorographiques. Elle est d'ailleurs consacrée par l'usage,
familière à un grand nombre de personnes, et se prête

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assez exactement à la concordance des nouvelles circonscriptions
politiques avec les anciennes. Déjà la route que nous avons suivie dans
la description physique du royaume nous a portés naturellement du midi
vers l'orient et le nord; l'ordre dans lequel nous avons indiqué ces
régions sera donc à peu près celui que nous adopterons dans notre marche
topographique.

Le plus considérable de nos départemens par son étendue , l'un des moins
importans par sa population, celui de la Corse, va nous servir de point
de départ. Placée entre l'Italie , l'Espagne et la France, la
civilisation et l'industrie doivent faire un jour de cette île l'une de
nos plus favorables stations commerciales et maritimes ; et, lorsque les
gouvernemens européens seront las d'entretenir des colonies reconnues
depuis long-temps pour être plus onéreuses que profitables, la France
trouvera dans le sol fertile de la Corse, dans son climat propre à la
production des denrées coloniales, une source de richesses qui n'attend
que des soins et des encouragemens pour s'y acclimater.

Dès que le bateau à vapeur qui transporte le voyageur du port de Toulon
à celui de Bastia, se trouve à une distance convenable , l'île présente
l'aspect d'une énorme pyramide , formée par les mofitagnes qui, à la
faveur de l'éloignement, se groupent comme si elles étaient adossées les
unes contre les autres, Bastia, située sur la côte en regard de
l'Italie, chef-lieu de sous- préfecture, résidence du gouverneur de la
17e division militaire, était autrefois la capitale de la Corse.

Elle est sur le penchant d'une montagne au haut de laquelle est
construite une citadelle qui forme une seconde

ville mieux bâtie que la première. Le coup d'œil qu'elle 1 offre est
imposant; mais sôn port, abrité par un môle, et

défendu par plusieurs petits forts, ne peut recevoir que des,navires peu
importans. Cependant, ce qui la place au

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premier rang des cités corses, c'est son commerce, et surtout une
industrie active et variée qui consiste en fabriques de savon, de pâtes,
de cire et de liqueurs. Elle possède une salle de spectacle, un collège,
une société d'instruction et une bibliothèque publique, établissemens
qu'on est presque étonné de trouver dans une ville de 12,000 âmes.

Ses environs sont pittoresques : le rocher qui porte la citadelle forme
une large voûte d'où l'on voit le port et le môle ; près du bourg de
Luri on aperçoit au haut d'un roc pyramidal une vieille construction
connue sous le nom vulgaire de Tour de Sénèque. A 4 lieues, au sud, le
bourg de Mariana, près de l'embouchure du Golo, est bâti sur
l'emplacement d'une ancienne ville du même nom, dont on attribue la
fondation à Marius.

Le cfcef-lieu de préfecture renferme 3,000 âmes de moins que Bastia,
mais il passe pour être plus ancien; dès le VIe siècle, cette ville
était le siège de l'évêché qu'elle possède encore. Il est vrai que les
miasmes qui s'exhalaient d'un marais voisin de l'ancienne Ajaccio,
déterminèrent les habitans, en i435, à reconstruire leurs habitations
sur l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui, à un tiers de lieue au sud
de la première. Ses rues sont droites et larges ; ses maisons ont de
l'apparence ; le nouvel hôtel de là préfecture est sur un plan élégant
et simple, et dans de justes proportions; la cathédrale est belle; la
caserne est vaste; le port est spacieux et. çommode : une citadelle en
défend les approches. Les établissemens d'instruction, d'autant plus
utilçs en Corse que les habitans ont conservé leurs préjugés et leurs
mœurs antiques, consistent dans cette ville en un collège, une
bibliothèque de 13,ooo volumes, une société d'agriculture, un jardin
botanique de naturalisation dans lequel on trouve la cochenille, et en
un dépôt d'étalons de la plus belle race. On a construit à Ajaccio un
vaste édifice destiné à recevoir urij

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hospice civil, un dépôt central d'enfans trouvés et une école pour les
jeunes filles. Son commerce ne se compose que de la vente de l'huile et
des vins de son territoire, et du corail que l'on pêche sur les côtes
méridionales de l'île. Son enceinte est à jamais célèbre , pour avoir vu
naître, en 1769, Napoléon Bonaparte; son port peut recevoir des bâtimens
de toute espèce. Dans le golfe de Sagone, où les gros vaisseaux peuvent
trouver un abri, on voit, à quelques lieues au nord d'Ajaccio, un petit
mouillage appelé Urcino qui indique la place d'une ville que les Romains
appelaient Urcinium, célèbre par la fabrication des vases de terre dans
lesquels ils conservaient le vin de Falerne.

Le reste de l'île rie contient que des villes d'une faible population :
Calpi, sur la côte occidentale, défendu par une forteresse, et dont la
rade peut recevoir une flotte importante; Saint-Florent, petit port et
jolie ville, à 4 lieues à l'ouest de Bastia; Porto-Vecchio, sur la côte
orientale, connu par ses bons vins et ses carrières de granité ; à
l'extrémité méridionale de l'île, Bonifacio, qui fait le commerce de
vins et d'huiles, et la pêche du corail, sont autant de ports commodes
et sûrs. Sartène, située au pied des montagnes qui dominent la rive
gauche du Valinco, a le titre de sous-préfecture ; Corte, presque au
centre de l'île, près du confluent de l'Orta et du Tavignano, est pauvre
et mal bâtie : son isolement au milieu des montagnes, son éloignement
des côtes, s'opposent à l'extension de son commerce, qui ne consiste
qu'en produits agricoles. Dans cet arrondissement, oïl remarque le plus
beau pont de l'île, celui de Vecchio, terminé depuis.

peu d'années. Il est construit en granite et consiste en une seule arche
à plein cintre de 3o mètres d'ouverture, appuyée sur deux énormes masses
de rochers : sa largeur est de 5 mètres et sa longueur de 5o. Le
voyageur qui le tra-

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verse se trouve à 120 pieds au-dessus d'un torrent qui coule avec fracas.

Il manque des routes à la Corse pour y hâter les progrès de la
civilisation : elle n'en compte encore que trois : celle de Bastia à
Ajaccio, par Corte, qui traverse l'île sur une longueur de 34 lieues;
celle de Bastia à Saint-Florent, dont la longueur n'est que de 4 lieues
; et celle de Sagone à la forêt d'Aitone, ouverte pour l'exploitation
des bois de la marine. Un embranchement passe à Vico, bourg qui commerce
en vins et en huile d'olive, et de Vico à Guagno, village à 7 lieues
d'Ajaccio, possédant des bains d'eaux minérales de 40 degrés de chaleur
trèfréquentés, et auxquels on a joint un hôpital.

Napoléon avait conçu le projet d'établir dans sa ville natale un arsenal
maritime de première classe, qui aurait rivalisé avec celui qu'il
voulait fonder à Sartène, et qui .aurait fait de la Corse le Gibraltar
de la France. Un jour, sans doute, un tel projet pourra s'effectuer.
Tout est encore à créer pour donner à cette île l'importance dont elle
est susceptible. L'un des moyens les plus efficaces serait d'en
augmenter la population en y encourageant l'agriculture ; les deux tiers
de son sol sont encore en friche; la vigne v le châtaignier, mais
surtout l'olivier, l'oranger et le cotonnier, qui y réussissent sans
culture , pourraient devenir une source de richesses pour une population
agricole ; et cependant le plus précieux de ces végétaux, l'olivier,
languit dans la plus grande partie de l'île à l'état de sauvageon,
tandis que l'opération si simple de la greffe suffirait, en quelques
années , pour dédommager de ses soins un industrieux cultivateur. Les
plantes inutiles qui dévorent le sol sont tellement riches en potasse,
que l'on pourrait en extraire 3o,ooo quintaux de ce sel : les terrains
incultes deviendraient ainsi une importante branche de produits, et
cependant l'habitant la néglige. Le mûrier pourrait nourrir, à l'aide

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d'un climat favorable, une innombrable quantité de vers à soie, et
cependant l'insouciance des Corses a laissé disparaître la plupart des
mûriers que M. de Marbeuf y avait propagés. Enfin, les 22,5oo hectares
de forêts que renferme la Corse pourraient offrir à l'habitant des
campagnes une chance de gain assurée s'il en transportait les bois près
des bords de la mer; mais, par suite d'une inconcevable insouciance , il
voit chaque année une foule de Parmesans et de Lucquois aborder dans son
île pour s'y livrer à ce genre de travail qu'il lui serait si facile de
leur enlever en s'y livrant lui-même. Son apathie est telle que la
culture est en quelque sorte livrée aux soins de ces étrangers : ce sont
eux qui viennent tous les ans soigner la vigne et fertiliser des champs
négligés par l'habitant.

Qui peut douter qu'en introduisant dans cette île les améliorations
matérielles qu'elle réclame, on ne produise un grand changement sur
l'état moral de ses habitans? Le Corse est frugal comme tous les peuples
arriérés en civilisation ; l'abondance des chàtaigniers offre au paysan
un moyen assuré de subsistance auquel il joint le lait de ses troupeaux
: aussi le moindre carré de terre lui suffit-il pour nourrir sa famille.
En lui inspirant l'amour du travail, en faisant naître chez lui de
nouveaux besoins, en modifiant son naturel par quelques germes
d'instruction, on détruirait, sans doute, l'esprit de jalousie et de
haine qui partage en tribus ennemies les habitans de la plupart des
villages de l'intérieur. Il est vrai que si l'assassinat, le vol, les
attentats à la pudeur, et surtout la funeste immoralité des faux
témoignages sont trop fréquens chez la classe la plus pauvre, la classe
aisée qui n'a pas pour elle l'excuse de l'ignorance et le défaut
d'éducation, se livre avec une déplorable ardeur à la passion de la
vengeance.

Cependant chez les riches, ce sentiment qui s'exprime par le mot
vendettc, repose sur un faux point d'honneur,

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qui, à dire vrai, n'est que le résultat d'une éducation arriérée de
plusieurs siècles, et qui consiste à savoir le latin et à étudier les
écrits d'Aristote, en négligeant totalement ce que le XVIIIe et le XIXe
siècles ont accumulé dans les différentes branches des connaissances
humaine Si les femmes se livrent avec moins d'ardeur que les hommes à la
passion de la vengeance, on doit l'attribuer à l'espèce de nullité dans
laquelle elles languissent en Corse ; cependant elles n'y restent point
indifférentes. « Si, dit un observais teur (1), un amour violent les
force à transiger avec la » vertu conjugale, ce sacrifice leur paraît si
grand, que » la mort seule peut châtier le parjure qui, trompant une »
femme mariée, par son inconstance, l'abandonne ensuite » en proie à
l'humiliation et au mépris. Quelquefois même, » après un premier
sacrifice, le remords de son infidélité » est si grand que la femme
corse, pour se venger du » trompeur qu'elle adore, se résout à le
poignarder, creuse x une double tombe, et du même fer perce son sein et
» partage sa sépulture. »

La traversée des côtes de la Corse à celles de la France continentale se
faisait, depuis long-temps, au moyen de barques dont la célérité
laissait beaucoup à désirer; mais ce service a été confié, depuis i83o,
à des bâtimens à vapeur, dont la marche régulière et fréquente diminuera
l'espèce d'isolement où se trouve la plus intéressante de nos
possessions maritimes.

En approchant du port d'Antibes, on aperçoit l'embouchure du Far, dont
le cours inférieur sert de limite entre le royaume de France et le comté
de Nice, dépendance de la couronne de Sardaigne. Nous sommes sous le
ciel de cette belle Provence, la plus ancienne partie des Gaules que
soumirent les Romains, et qu'ils désignèrent sous le nom de Propincia,
dénomination dont la traduction s'est

(') M.. Lauvergne : Vr)vage en Corse.

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perpétuée dans notre langue. Antibes remonte à une haute antiquité;
c'est cette ville d'Antipolis, fondée 34o ans avant notre ère, par la
même colonie grecque qui bâtit Marseille. Au temps d'Auguste, qui lui
donna le titre de municipale, elle était considérable; elle possédait un
théâtre et d'autres édifices publics dont il reste encore quelques
ruines; le commerce animait son port, et la pêche du thon occupait un
grand nombre de barques. Aujourd'hui de petits bâtiniens seuls peuvent y
trouver un abri; mais ce qui lui donne de l'importance, c'est sa
position militaire. Comme place forte, elle n'est que de troisième
classe, mais elle suffit pour opposer une barrière aux invasions qui,
sur la frontière sarde, menaceraient notre territoire.

De la côte d'Antibes on aperçoit, à la faveur d'un ciel sans nuages, les
montagnes de la Corse. Entre le golfe de Juan et celui de Napoule
s'offre l'île Sainte-Marguerite, avec son château-fort, ancienne prison
dEtat, où fut enfermé le mystérieux prisonnier au masque de fer. Au sud
de cette île se trouve celle de Saint-Honorat, qui porte le nom d'un
pieux abbé qui y fonda un monastère vers l'an 410, et qui fut le
treizième évêque d'Arles. Ces deux îles sont les plus importantes de
celles qui portent le nom de Lerins de celui de Lerina que les anciens
donnaient à la plus grande, et qui toutes nourrissent un grand nombre de
lapins et de perdrix. Défendues par un fort et des batteries, elles le
sont encore par des rochers et des écueils.

Si nous suivons le littoral du département du Var, nous verrons, au
milieu de jardins et de bosquets d'orangers, la petite ville de Cannes,
où Napoléon débarqua en 1815 ; plus loin Fréjus, près de laquelle, seize
ans auparavant, il mit pied à terre en revenant d'Egypte. Cette dernière
est le Forum Julii, embelli par César et par Auguste, mais probablement
fondé, comme Antibes, par une colonie grecque ou de
Phocéens-Marseillais. On ignore le nom qu'elle portait

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ivant qu'elle devînt la résidence de la 8e légion romaine ; quelques
restes de constructions attestent son antique iplendeur : on sait
qu'elle renfermait 100,000 habitans.

ton port, alors deux fois plus grand que celui de Marleille aujourd'hui,
était le plus considérable de la Gaule : m en distingue encore
l'enceinte ; on marche encore sur tes restes antiques du quai dont il
était entouré; mais ine ruine informe est tout ce qui reste du phare qui
s'éevait à l'entrée. Les atterrissemens de la rivière de l'Argens >nt
comblé en partie ce port où se rassemblait la flotte ronaine. Parmi
d'autres restes antiques on remarque la porte te César et la porte
dorée. Agricola, beau-père de Tacite, e poète Cornelius Gallus, l'flmi
de Virgile, le sénateur fulius Grœcinus, qui résista à Caligula, et le
républicain Sieyes qui, paré du manteau sénatorial, n'eut point a même
vertu à l'égard de Napoléon, naquirent à FrélUS, qui, bien différente de
ce qu'elle était jadis, n'est plus qu'une cité peu considérable, dont la
population bitte contre les effets d'un air méphitique et d'un terrain
marécageux.

A cinq lieues de là, Saint- Tropez , dans le golfe de Grimaua, jouit au
contraire de l'air le plus pur et d'une position charmante. Son port est
défendu par une citadelle, et ses chantiers fournissent aux habitans de
la côte de frêles.

embarcations de pêcheurs; ses côtes, hérissées de rochers à fleur d'eau,
abondent en coraux qui passent pour les plusbeaux de la Méditerranée. On
avait cru y reconnaître l'emplacement d'Heraclea- Caccabaria, célèbre
par son temple d'Hercule; mais des recherches récentes portent à croire
qu'il n'est question, pour la première fois, deSaint-Tropezt que dans
une charte de 980 ; que sa fondation véritable ne date que de 1470, et
que l'Heraclea-Caccabaria de l'itinéraire d'Antonin n'est autre que le
lieu nommé aujourd'hui Cavalaire près duquel on a découvert une médaille

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punique (1). Hyères, l'ancienne A rcæ, est connue par ses sites, par la
douceur de son climat et par ses belles oranges.

Ses habitations sont élégantes, mais ses rues sont escarpées, étroites
et tortueuses. Elle est la patrie de Massillon. Le sol des îles
d'Hyères, jadis fertile, aujourd'hui tout-à-fait stérile, pourrait
acquérir de la valeur si l'on tentait de les reboiser.

Toulon, dont on attribue la fondation au général romain Telo-Martius,
vers le milieu du IVe siècle, était, sous le règne d'Arcadius, renommée
par ses fabriques, de teinture, et surtout par sa pourpre (2). Sa rade,
à l'abri des vents et des tempêtes, et l'une des plus sûres de la
Méditerranée, est défendue par des ouvrages considérables et par
plusieurs forts. qui rendent la ville imprenable du côtéde la mer. Son
port, l'un des plus vastes de l'Europe, est divisé en deux parties.: le
vieux port, terminé sous Henri IV, et le neuf, construit par Louis XIV,
qui communiquent par un chenal. Le bassin de carénage, de 3oo pieds de
long, sur 100 de large; la corderie, bâtiment voûté de 1672 pieds de
longueur; l'arsenal, les chantiers, la fonderie-, la voilerie et l'école
des gardes marine, sont dignes d'être cités.

Le bagne, triste réceptacle du rebut de la société, a subi, depuis 1829
(3), d'importantes améliorations : une salle d'épreuve est réservée aux
forçats qui montrent le plus de

disposition à abandonner les habitudes du vice ; ceux qui j se montrent
tout-à-fait indociles, sont tenus séparés des.

autres. Le nombre total des forçats est de 4 à 5,000.,

1 (1) C'est à M. Toulouzan, de Marseille., que l'on doit cette
importante ; observation.

(2) M. Pons, correspondant de la Société royale des Antiquaires de!

France, pense que le nom de Toulon vient d'une divinité appelée Telo-;-
nius ou Telonus, qui recevait un culte particulier auprès d'une sourcee
appelée le Teulon. Il cite à l'appui de son opinion une fontaine nommées
Toulon, qui existe près de Martigues , dans le département des Bouches-^
-(lu-Rhône.

M Ordonnance royale du 20 août 1829.

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a ville est bâtie au pied d'une montagne, qui la domine u nord ; ses
rues sont étroites, ses places irrégulières ; ependant, celle qu'on
appelle le Champ-de-Bataille est liste, belle et entourée d'un double
rang d'arbres. Sur : quai Marchand, l'hôtel-de-ville est l'un des
édifices les lus remarquables : deux figures colossales, dans le goût
rotes que, et sculptées par le célèbre Pujet, supportent le alcon de la
façade. On prétend que le statuaire y repréenta deux consuls dont il
avait à se plaindre. Il serait à ésirer que l'on prît toutes les
précautions nécessaires pour I conservation de ces deux chefs-d'œuvre
qui se dégraent. Toulon fut en partie détruite par les Arabes vers la n
du Xe siècle. Rétablie par les comtes de Marseille, elle ut ruinée deux
fois au XIIe par les Mahométans. Au comflencement du XVIIIe, le duc de
Savoie, aidé par la Holande et l'Angleterre, en fit vainement le siège.
En 1 , es Anglais et les Espagnols, profitant de nos dissensions iviles,
s'en emparèrent à l'aide de l'intrigue et de la coruption; mais au bout
de quelques mois un officier, celui [ont la valeur fit plus tard
trembler l'Europe, parvint à les II chasser. Toulon est la patrie du
chevalier Paul, qui, de fcmpïç mousse, dans le courant du siècle
dernier, parvint au Tade de vice-amiral de France. « Siège d'un tribunal
civil t de commerce, d'une sous-préfecture, et de la préfecture [u
sixième arrondissement maritime, cette ville est la plus ;onsidérable du
département du Var, dont elle a été le hef-lieu avant de s'être livrée
aux Anglais. Les voyageurs trouvent toutes les ressources des grandes
villes, une allé de spectacle ouverte toute l'année, de beaux cafés,
l'assez bonnes auberges et trois maisons de bains. Les amateurs y
trouvent un jardin botanique : on y en montre un ntièrement planté
d'orangers (1). »

Aux bocages rians, plantés de citronniers, d'oliviers et

(1) Vaysse de Villiers : Description routière et géograph. de la France.

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de dattiers, et parsemés de maisons de plaisance, succè- dent aux
environs de Toulon, sur la route de Marseille, 1 les gorges (TOllioules,
vallon sauvage, formé par des montagnes arides, dont les escarpemens et
les profils bizarres s'élèvent en pyramides prêtes à s'écrouler, ou
prennent la forme de vieux remparts en ruine. Près de la limite du
département, les amateurs de ce que l'on est convenu d'appeler
curiosités naturelles, vont visiter la grotte de la SainteBaume que le
peuple croit avoir été habitée par sainte Madeleine. Cette cavité,
creusée par la nature, à 469 toises ; au-dessus du niveau de la mer, fut
pendant long-temps i convertie en église. Elle est ornée d'élégantes
stalactites ; : mais ce qui surtout dédommage de la fatigue qu'on
éprouve ; en gravissant cette montagne, c'est le coup d'œil dont J on
jouit à mesure que l'on s'élève : à l'est et au nord H ses flancs,
taillés à pic, offrent un précipice affreux; aui midi et au couchant, la
Méditerranée, l'étang de Berre,.

l'embouchure du Rhône, en un mot, la plus belle parties de la Provence,
se déroulent sous vos yeux..

Après avoir traversé les monts des Maures, dont le nomn sert à perpétuer
le souvenir des ravages que faisaient encore, sous le règne de Louis
XII, les pirates africains sq les côtes de ce département, on arrive à
Brignolles, petite ville située au milieu d'un pays délicieux. La pureté
de l'ain qu'on y respire, sa position sur le penchant d'une colline ; la
riche vallée du Calami, l'abondance des céréales et de!.; vins de son
territoire, la placent au rang des résidences le;:; plus agréables de
cette contrée. Elle compte plusieurs fa- J briques, mais elle est
principalement connue par ses excel I lentes prunes dont elle fait un
grand commerce. On croix qu'elle existait avant l'ère chrétienne. C'est
la patrie de] saint Louis, évêque de Toulon (1) , petit-neveu du roi
sairr Louis. Entre cette ville et Draguignan s'étend une richf

(0 U naquit en 1274..

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illée qui produit ces excellens marrons que l'on nomme Paris marrons de
Lyon. Nous venons de nommer le chefÎU du département ; la petite rivière
du Pis le traverse ; usieurs fontaines l'arrosent. Un beau jardin
botanique, ne jolie bibliothèque, un petit musée sont ses principales
iriosités.

A huit lieues de Draguignan, Grasse, beaucoup plus portante par sa
population et par son industrie, est .acée sur le revers d'une colline
d'où elle domine des rdins et des champs, où l'oranger, le jasmin, la
tubéiuse, la rose et l'héliotrope confondent leurs parfums licienx. Les
essaims d'abeilles, qui forment une des mrces de richesses de son
territoire, trouvent dans ces surs une nourriture abondante, et
l'habitant, les sucs qui ;rvent à la fabrication des liqueurs et des
essences qu'il cpédie dans toutes les parties du monde. A l'époque de
récolte, les rues de Grasse, étroites, escarpées et )rtueuses, mais
propres, se parfument des odeurs les lus suaves que répandent les
fabriques de liquides spitueux, de savons odorans, et de mille espèces
de arfumeries. Chef-lieu d'arrondissement, cette ville pos; de un
collège, une société d'agriculture et une bibliolèque publique.

Sur la route de Grasse à Digne , la première ville que on traverse en
entrant dans le département des Bassesîlpesj est celle de Castellane,
connue aujourd'hui par ses 'uits secs et ses pruneaux. Ses sources
salées, dont une est ssez considérable pour faire tourner un moulin, lui
avaient ait donner par les Romains le nom de Salinæ. Digne, ncienne cité
que les anciens appelaient Dinia, située n milieu de montagnes
intéressantes pour le minéraloiste et le botaniste, est un assemblage de
rues escarpées t tortueuses, entouré de vieilles murailles flanquées de
ours carrées. L'hôtel de la préfecture, l'évêché, la cathé-

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drale, ses seuls édifices, n'ont rien de remarquable; mais les eaux
thermales de ses environs, en réputation chez les anciens (0 , attirent,
depuis le 1er mai jusqu'au ier septembre, un grand nombre de baigneurs
de la France et de l'Italie (2). Près de la ville, le village de
Champtercier. a vu naître le célèbre Gassendi, astronome-philosophe, et
rémule de Descartes. La petite ville de Colmars, qui fabrique des peaux
blanches dont elle fait un important trafic, a dans ses environs une
fontaine intermittente dont l'eau coule et tarit de 7 en 7 minutes. La
-vallée de Barcelonette, riche par ses pâturages, nourrit une
prodigieuse quantité de bestiaux et de moutons, et porte le nom d'une
petite ville bâtie en i23o sur L'emplacement d'une ancienne cité
romaine, par le comte Raimond Bérenger, qui l'appela Barcelonette en
mémoire de ses ancêtres, originaires de Barcelone.

Sur la frontière occidentale du département, Sisteron, dont le nom latin
Segustero, d'origine celtique, annonce l'antiquité, s'élève au confluent
du Buech et de la Durance, Cette rivière est resserrée dans la ville
entre les deux roj chers du fort de la Baume, qui servent de culées à
une haute arcade sous laquelle elle coule avec rapidité. Le maître-autel
de la cathédrale est orné d'un beau tableau de Vanloo; une jolie
promenade conduit à la porte d'Aix Sisteron est la patrie d'Albertet,
poète provençal dii XIIIe siècle, qui, plus malheureux que Pétrarque,
mourul d'amour pour la belle marquise Laure de Malespine. Entw cette
ville et Digne, les pauvres gens de la campagn< conservent un singulier
usage :.l'hiver ils enveloppent le morts avec un linceul, les mettent
sur les toits et le couvrent de neige. Claude-Tihère- Néron, envoyé pal

(1) Ptolémée et Pline en font mention.

(2) Voyez, pour la propriété de ces eaux, les Tableaux des eaux mine
raies delà France, pag. 273.

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César dans la Narbonnaise, y fonda une petite ville appelée Forum
Neronis : c'est aujourd'hui Forcalquier, chef-lieu de sous-préfecture,
sale et mal bâti, sur un rocher que dominent les ruines d'un vieux château.

Ce département est riche en monumens antiques : près de Sisteron, on lit
sur un rocher une inscription portant que Dardanus et Neva Gallia, sa
femme, ont établi à Theopolis, aujourd'hui le village de Theoux, l'usage
des voûtes. Au village de Cereste, à 5 lieues de Forcalquier, on voit un
pont et une tour attribués à César : on croit qu'il occupe l'emplacement
de la cité de Catuiaca. Près de la petite ville de liiez, on remarque
plusieurs restes de temples antiques.

Dans le département des Bouches-du-Rhône, nous marchons encore entourés
d'objets qui rappellent d'anciens souvenirs. Aux environs de Saint-Remy,
patrie de Nostradamus, on voit un arc de triomphe élevé à Néron Claudius
Drusus, et un mausolée de 5o pieds de hauteur érigé à Sextus Lucius
Marcus, et de la plus belle conservation. Cette petite ville dont les
anciens remparts ont été convertis en boulevards r, dont la place
publique arrosée par une fontaine est décorée par un bel hôtel-deville,
et qui renferme une église moderne bâtie avec élégance et une maison
pour les aliénés, s'élève non loin de remplacement de l'ancienne Glanum,
ainsi que l'attestent les deux monumens que nous venons de citer.
D'ailleurs on sait que Clovis, allant assiéger dans Avignon Gondebaud
roi de Bourgogne, donna à saint Remy qui l'accompagnait le territoire et
la ville de Glanum qui depuis cette époque prit le nom qu'elle porte
encore.

Aix, autrefois capitale de la Provence, fut fondée 120 ans avant notre
ère, par le consul Caïus Sextius Ca!llinlfs, près des sources minérales
qu'il avait observées : ce qui fit donner à la ville le nom d'Aquœ Sextiœ.

Elle acquit de l'importance dans la suite. L'empereur

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Tibère y fit élever un temple à la mémoire d'Auguste, elle avait un
corps de décurions et un sénat. On y a découvert plusieurs objets
d'antiquité, dont la plupart sont rassemblés dans les galeries de
l'hôtel - de - ville. Elle renferme quelques édifices intéressans sous
le rapport de la sculpture et de l'architecture, parce qu'ils rappellent
l'époque de la renaissance de l'art : telle est la cathédrale, dont le
baptistaire, construit avec les débris d'un temple romain, est un des
plus beaux ornemens. Près de la fontaine du marché, la tour de
l'horloge, monument de la fin du moyea âge, est curieuse par sa
mécanique : des rcssorts mettent en mouvement différentes figures,
chaque fois que le marteau fait retentir le timbre. Les rues sont bien
pavées; quelques unes sont tirées au cordeau et garnies de jolies
maisons. La promenade appelée Orbitelle est formée de quatre rangées
d'arbres et ornée de belles fontaines. Cette ancienne résidence de la
cour des comtes de Provence, où régnaient la galanterie et la politesse,
où la poésie était cultivée et le troubadour honoré, et qui des l'an
1100 avait une académie générale des sciences, est.

encore le séjour des plaisirs et l'une de nos villes universi taires où
la jeunesse trouve le plus de moyens de s'instruire.

Elle possède des écoles de droit et de théologie; plusieurs collections
scientifiques et d'objets d'arts, et une bibliothèque de 80,000 volumes;
en un mot elle est, ainsi qu'on l'a dit, l'Athènes de la France
méridionale. En 1819 on y posa la première pierre d'un monument en
l'honneur du roi René, dont la mémoire sera toujours chère aux
Provençaux; mais si cette ville en élevait à chacun des hommes célèbres
qu'elle a vus naître; quel intérêt ne présenteraient point sur ses
promenades ou sur ses places publiques, les statues de Tournefort, du
peintre Vanloo, du savant Adanson, du sage Vauvenargues et du navigateur
d'EII' trecasteaux? La gloire d'avoir donné le jour à ces hommes

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qui honorent la France doit la consoler de la triste célébrité que s'est
acquise, dans les annales du fanatisme, le président d'Oppède, qui
naquit aussi dans ses murs. La procession de la Fête-Dieu, qui attire à
Aix une foule de curieux, est un assemblage bizarre de sacré et de
profane, de saints du paradis, de diables aux longues cornes, enfin une
mascarade ridicule, dans laquelle, suivant un antique usage, figurent
les autorités et le clergé. Cette cérémonie avait été abolie pendant la
révolution : n'aurait-on pas dtI, en la rétablissant, en retrancher tout
ce qui blesse les idées du siècle et le respect dû à la religion?

Les abords de Marseille sont ceux d'une ville riche, peuplée et
commerçante. Ses environs sont partout cultivés, plantés, divisés en
jardins, en vignobles, en bastides ou maisons de campagne, dont le
nombre ne s élève pas à moins de 6,000, mais qui fatiguent l'œil par
leur nudité.

Entourée de manufactures, assise sur le penchant d'une colline, et dans
une plaine qui s'étend jusqu'à la mer, elle offre un coup d'œil dont
aucune ville de France ne peut donner l'idée. Mais il ne faut point la
juger par la vieille ville, que l'on traverse en venant de Toulon ; la
partie la plus belle est la plus près de la mer : un quai magnifique, où
se pressent des matelots de toutes les nations ; des rues larges,
alignées et garnies de trottoirs, surtout celle de la Cannebière, bordée
de belles maisons et de riches magasins; le cours, la promenade autour
du port, l'un des plus beaux du royaume, assez vaste pour contenir 1200
navires, en font le centre tumultueux de notre commerce avec l'Orient.
Un nouveau port nommé Dieudonné a été creusé depuis peu dans la rade
entre les deux îles fortifiées de Ratonneau et de Pomègue : il sert à la
quarantaine des navires; des vaisseaux de ligne peuvent y mouiller en
sûreté. La vue du château d'If, ancienne prison d'Etat, est le principal
objet qui frappe les regards,

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si l'observateur est placé sur la plate-forme de NotreDame-de-Ia-Garde.
On reconnaît l'héritière de cette célèbre Massilia que Cicéron nommait
l'Athènes des Gaules, et Pline, la maîtresse des sciences, en voyant les
établissemens et les édifices dont elle s'enorgueillit; la belle
promenade de la Tourette appelée aussi l'Esplanade; celle que l'on
connaît sous le nom des allées Meilhan; ses quais, rendez-vous des
promeneurs pendant l'hiver ; la place d'Aix ornée d'un arc de triomphe;
la longue rue qui, sous les noms de Grand-Cours et de Chemin-de-Rome,
conduit de cette place à celle de Castellane, et qui est décorée à son
extrémité d'une fontaine surmontée d'un superbe obélisque; ses écoles
d'hydrographie, de médecine, de dessin et de musique; ses amphithéâtres,
où l'on enseigne gratuitement la chimie, la géométrie et la mécanique
appliquées aux arts; son collège, son institution des sourds-muets, ses
cinq hôpitaux (1), ses associations philantropiques, son observatoire,
ses sociétés savantes, parmi lesquelles celle de statistique est la
première qui ait été formée en France; la nouvelle halle soutenue par 32
colonnes d'ordre toscan ; l'hôtel des monnaies, le lazaret, le plus
vaste et le mieux administré qui existe; 1 hôtelde-ville, construit par
Pujet, et dont le rez-de-chaussée est occupé par la Bourse; la colonne
érigée en 1822 en mémoire des secours obtenus du pape pendant la peste
de 1721; la bibliothèque publique renfermant 60,000 vo-

(1) Voici le nombre moyen des individus entretenus et soignés dans ces
établissemens :

Hôtel-Dieu, pour les malades et les blessés. 35o Charité, pour les
vieillards, les en fans, les incurables. 700 Saint-Lazare, pour les
insensés.,. 100 Maternité, pour les nourrices, les femmes enceintes et
les enfans au maillot * 900 Hôpital Saint-Joseph, pour les Íllle
publiques. 50 Total de la population moyenne des hôpitaux. 2,100

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lûmes; le musée de peinture, le cabinet d'histoire naturelle et le
jardin botanique. Marseille est la patrie du navigateur Pythéas, du
poète satirique Pétrone, du célèbre sculpteur Pujet, d'Honoré d'Urfé,
qui acquit de la célébrité par son roman de l'Astrée, du prédicateur
Mascaron, du poète Pellegrin, du grammairien Dumarsais, de Lantier,
auteur du Voyage d'Antenor, du conventionnel Barbaroux et du général
Gardanne.

Marseille, dont la fondation remonte à 600 ans avant notre ère, dut à la
navigation et au commerce son antique prospérité comme elle leur doit sa
moderne importance. Il entre annuellement dans son port 5 à 6,000
navires dont les marchandises paient un droit d'environ 20 millions de fr.

Elle importe des cotons bruts, du sucre, des bois de teinture et
diverses marchandises du Levant ; elle exporte les huiles et les savons
qu'elle fabrique; ses bonnets façon de Tunis, ses damas mieux fabriqués
que ceux de Syrie, les produits de ses tanneries et ceux de ses
vignobles. Ce chef-lieu des Bouches-du-Rhône dont la population dépasse
116,000 âmes, serait sous le plus beau climat du monde, si des essaims
de moucherons ou de cousins n'y étaient un véritable fléau, et si le
souffle de l'impétueux mistral n'y troublait point la douceur de la
température. On attribue à son influence la dureté, qui, chez les
Marseillais, cache souvent toutes les qualités d'un cœur franc et
sensible, et la férocité même que le peuple de la ville et de la
campagne montra dans plus d'une circonstance, que provoquèrent les
égaremens de la politique.

En se dirigeant vers Arles, il faut voir l'île de la Camargue, formée
par la mer et deux des bras du Rhône.

Elle renferme sur une superficie de 72 lieues carrées. (1),

(1) C'est-à-dire 142,451 hectares, dont '/s en terres de bonnes
qualités, '/6 en marais et étangs, et en pâturages salés, terres
stériles et places, Voyez la Statistique des Bouchcs-du-Rhône, par M. de
Villeneuve.

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neuf villages, un grand nombre de maisons de campagne, et près de 35o
fermes ou mas, dont les propriétaires élèvent annuellement 40,000
agneaux, 3,ooo bœufs et autant de chevaux. C'est dans cette île que se
trouve la bergerie royale de l'Armillière.

Arles, qui, sous le nom d' Arelas, était une des métropoles de la Gaule,
est l'un des chefs-lieux d'arrondissement des Bouches-du-Rhône. Peu
peuplée, mal bâtie, médiocrement commerçante, les souvenirs et les
restes de son antique magnificence la mettent seuls au rang des villes
les plus curieuses du royaume. On croit qu'elle fut bâtie par les
Celtes, i5oo ans avant l'ère chrétienne (i), et que son nom dérive des
deux mots celtes ar lait, qui signifient près des eaux. Après la prise
de Marseille par Jules-César, Arles devint l'entrepôt central de toute
la Gaule. On y voit encore quelques arcades et deux colonnes de son
théâtre, des restes bien conservés d'un amphithéâtre, une tour du palais
de Constantin, un obélisque en granité, le seul qui existe en France,
des tombeaux, des autels, des statues et d'autres restes que l'on
découvre encore tous les jours. Au milieu de ces débris antiques, le
seul monument moderne que l'on puisse citer, est le bel hôtel-de-ville
construit par Mansard.

Le commerce d'Arles consiste dans la vente des vins, des blés, des
fruits et de l'huile de son territoire. Les saucissons, principaux
produits de son industrie, justifient leur réputation. En suivant les
bords du Rhône on arrive à Tarascon, petite ville agréablement située
sur la rive gauche du fleuve, qui la sépare de Beaucaire. Elle est
dominée par un vieux château-fort, assez bien conservé, maison de
plaisance des comtes de Provence, transformé depuis long-temps en maison
d'arrêt.

Le cours de la Durance, depuis sa réunion avec le Y ci

(O Voyez Mémoire sur l'ancienne république d'Arlc, par Anlbcri

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don jusqu'à son embouchure dans le Rhône, sépare le département que nous
venons de parcourir de celui de Yauclllse. Large et majestueuse, rapide
comme un torrent, elle est par ses débordemens le fléau des campagnes ;
mais le limon fertile qu'elle dépose dans ses excursions , et les canaux
d'irrigation qu'elle alimente, sont les moyens réparateurs dont elle se
sert pour faire oublier ses ravages. A peu de distance de ses rives, et
sur le bord du Rhône, Avignon s'étend au milieu d'une plaine délicieuse,
embellie par des plantations de mûriers , des vergers et des prairies.
Une longue ceinture de vieilles murailles crénelées en dessine
l'enceinte environnée d'un boulevard extérieur planté d'arbres
magnifiques. Presque au centre de ses murs l'ancien palais des papes,
aujourd'hui transformé en caserne, s'élève sur la cime d'un rocher
escarpé du côté du Rhône, et présente un coup d'œil majestueux. La vue
s'étend au loin sur tout le cours du fleuve et sur la plaine du Comtat,
toute resplendissante de la verdure des peupliers, des saules et des
vergers innombrables qui la couvrent. Le mont Ventoux)avec ses cimes
rougeâtres couronnées de nuages, paraît à l'horizon comme une immense
barrière derrière laquelle on entrevoit les Alpes. Le faubourg de
Villeneuve, surmonté dé ses vieilles tours, occupe la rive droite du
Rhône où commence le département du Gard (1). Les rues de la ville sont
étroites et tortueuses, mais garnies de maisons bien bâties, qui, depuis
peu d'années, commencent à remplacer les hôtels à vieilles armoiries.
Celui de Crillon est un bel édifice gothique, ainsi que l'ancien palais
apostolique, construit sur le roc de Dons. La cathédrale est remarquable
par son portail, que l'on croit être les restes d'un temple d'Hercule.
Les établisse-

(1) Voyage dans le midi de la France, par M. Ad. Blanqui.

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mens d'utilité publique, de bienfaisance et d'instruction que renferme
ce chef-lieu de préfecture , sont plus nombreux que sa population ne
semblerait l'indiquer. On y voit un bel hôpital, une succursale des
Invalides, une fonderie de canons, un musée de peinture, un cabinet
d'histoire naturelle, un jardin des plantes, des écoles, une
bibliothèque de 27,000 volumes, et une société littéraire, connue sous
le nom d'académie de Vaucluse.

Nous ne parlerons point de la gaieté de ses habitans, de la grâce et de
la beauté des femmes : plusieurs villes du midi pourraient sous ce
rapport entrer en rivalité; mais nous dirons que l'industrie y fait des
progrès et occupe utilement cette population ignorante et farouche, qui,
en 1815, se souilla de crimes aussi horribles que ceux qu'enfanta notre
révolution, Elle a vu naître le brave Grillon, la célèbre amante de
Pétrarque, le grand Vernet, l'abbé Poulie, et plusieurs hommes qui par
leurs talens ont honoré la société des jésuites. Avignon est l'entrepôt
des grains de plusieurs de nos départemens méridionaux; elle fabrique
des taffetas, des indiennes, renferme des filatures de soie et de coton,
des tanneries et des papeteries. Son ancien nom d'Aeltio est d'origine
celtique. Pomponius Mêla dit que de son temps elle se distinguait par
ses richesses.

Apt, non moins ancienne, et qui, embellie par César, porta le nom d'Apta
Julia, est arrosée par le Calavon sur lequel on voit un pont remarquable
par sa hardiesse. Ses murs passent pour être de construction romaine.
Les chapelles souterraines de son ancienne cathédrale renferment
plusieurs restes d'antiquité. Caipentras, également antique, le
Carpentoracte des Memini, peuple qui appartenait à la nation des
Cavai-es, est entourée de vieilles murailles, et serait une jolie ville
si ses rues étaient alignées. Siège d'un évêché qui dura depuis le IIIe
siècle jusqu'au XIXe,

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sa principale église, l'ancienne cathédrale, est belle et ornée de
colonnes tirées du temple de Diane, que possédait le bourg de Venasque.
On voit dans les constructions du palais épiscopal les restes d'un arc
de triomphe érigé en mémoire de la victoire remportée sur les Allobroges
et les Arverni par Domitius Ahenobarbus. La bibliothèque publique qui
renferme, dit-on, 25,000 volumes et 800 manuscrits , un riche médailler,
un cabinet d'estampes et quelques objets d'antiquité; l'hôpital, dont on
admire la voûte de l'escalier; la porte d'Orange, surmontée d'une tour
élevée; l'aquéduc moderne, composé de 48 arches de 36 pieds d'ouverture
et de 45 de hauteur, les halles et le lavoir public, sont ce qu'elle
renferme de plus remarquable. C'est une vrlle d'entrepôt et de commerce
pour les vins et les autres productions du département : on y compte
aussi quelques fabriques.

La célèbre fontaine de Vaucluse est située à une égale distance
d'Avignon et de Carpentras; c'est une des plus belles sources que l'on
connaisse en Europe. Elle sort d'une vaste et profonde caverne ouverte
en arcade au pied d'une montagne à pic, qui termine au sud le vallon
étroit et tortueux dont le nom signifie vallée close ( vallis dosa).

Au-dessous et vers le milieu de la voûte de la caverne, un figuier, dont
l'âge est inconnu, s'élève comme pour servir à mesurer la hauteur des
eaux de la fontaine. Lorsqu'elles sont à leur plus grande élévation, ce
qui a lieu à l'équinoxe du printemps, époque de la fonte des neiges,
elles baignent les racines de l'arbre; la voûte disparaît, et la surface
tranquille de l'eau occupe un large entonnoir dont les bords, presque
circulaires, ont environ 60 pieds de diamètre. Au mois d'octobre, au
contraire, les eaux, arrivées à leur plus grand abaissement, sont
dominées à 40 pieds de hauteur par les bords du bassin. La voûte de
l'antre se montre dans toute sa majesté et laisse voir un

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lac dont l'étendue se perd dans 1 obscurité la plus profonde. La pente
de l'entonnoir permet alors de descendre, avec de grandes précautions,
jusqu'à la surface de cette masse d'eau limpide, qui remplit un abîme
dont on n'a point encore pu mesurer le fond. De vastes canaux
souterrains, placés au-dessus, indiquent les issues par lesquelles
aboutissent les eaux que produit la fonte des neiges. Au-dessous du
bassin, une vingtaine de torrens se précipitent avec fracas en double
cascade, dont les flots écumeux bouillonnent au milieu des rochers en
produisant continuellement le bruit du tonnerre, et forment la rivière
de la Sorgues, qui, tout à coup susceptible de porter bateau, fait
mouvoir plusieurs papeteries. Sur le bord du bassin de la fontaine,
l'académie de Vaucluse a fait ériger, en 1809, une colonne majestueuse,
avec cette simple inscription en lettres d'or : A Pétrarque. Les rochers
nus qui entourent la cascade; les masses pyramidales qui s'élèvent à
droite et à gauche; les vertes pelouses qui garnissent les pentes
voisines; le vieux château crénelé, regardé comme la demeure de
Pétrarque, et bâti au haut d'un roc sur la rive gauche de la rivière ;
la belle verdure des arbres qui croissent sur les bords de la Sorgues;
le joli village de Vaucluse; les échos, prompts à répéter les noms de
Pétrarque et de Laure à la voix des amans qui se plaisent, en les
réunissant, à consoler l'ombre du poète des rigueurs de son amante;
tout-, dans cette vallée, invite à parcourir ses romantiques détours.

« La fontaine de Vaucluse, elle-même, dit M. Adolphe Blanqui, a subi
l'influence du temps. Une charmante papeterie a remplacé sur ses rives
le château ruiné des seigneur& du lieu; et quoique le village illustré
par Pétrarque soit encore une bourgade misérable, du moins on y arrive
par une route praticable aux voitures, et on y trouve une bonne
hôtellerie. La Sorgues, jadis si poétique, est devenue industrielle ,
sans rien perdre du charme de ses eaux, qui n arri-

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rent au fleuve qu'après avoir animé un grand nombre d'uines et fertilisé
cinq à six lieues de pays. »

Vers l'extrémité septentrionale du département, le mont 7entoux reste
couvert de neige pendant huit mois de l'anlée. A quelques lieues à
l'ouest, la petite ville de Vaison st bâtie sur les ruines de Vasio, la
principale cité des Vocontii; vers le sud-ouest, à 7 lieues de celle-ci,
Orange, lui renferme des fabriques de toiles peintes, des filatures de
ioie, des moulins à garance; Orange, qui fait le commerce le vin,
d'huile, de miel et de safran, est célèbre par les mo[lumens antiques
dont elle conserve les restes. Avant d'être conquise par Louis XIV, elle
était la capitale d'une principauté appartenant à la maison de Nassau;
avant l'expéiition de César, elle était l'une des quatre grandes cités
des Cavarl; Ptoléinée l'appelle Aurosio Cavarum. A quatre cents pas de
ses murs , sur la route de Marseille, on voit un bel arc de triomphe,
qui ne le cède à aucun de ceux que Rome possède encore ; il fut
construit en mémoire de la victoire remportée par Marius sur les
Cimbres, et restauré en 1828. Cette ville a vu naître Joseph Saurin,
célèbre mathématicien et ministre protestant.

Le cours du Rhône forme la limite occidentale du département de la Drôme
dans toute sa longueur; la route qui borde le fleuve traverse d'abord la
petite ville ou le bourg de Pierre-Latte, dont le nom, qui signifie
pierre large, rappelle le culte druidique, ou peut-être est dû au large
rocher au pied duquel elle est bâtie. A cinq lieues au nord de celle-ci,
la jolie ville de Montélimart, entourée de murailles bordées de
boulevards intérieurs et extérieurs ; traversée par plusieurs canaux qui
devraient alimenter de nombreuses manufactures; dominée par une ancienne
citadelle ; environnée de belles prairies, de plaines fertiles.

arrosées avec art, et de coteaux connus par d'excellens vuis, est percée
de quatre portes qui répondent aux quatre

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points cardinaux. C'est la patrie de Faujas de Saint-Fond savant
professeur, qui avança l'étude de la géologie.

Il faut traverser la rapide rivière de la Drôme avant d'arriver à
Valence, sur la rive gauche du Rhône. Ce chef-lieu de préfecture, bâti
avec irrégularité, dépourvu de belles places et d'édifices dignes d'être
cités, présente cependant plusieurs objets intéressans : on voit dans la
cathédrale le beau mausolée élevé par le célèbre Canova à la 1 mémoire
du pape Pie VI, qui termina ses jours dans cette ] ville en 1798 ; le
bâtiment appelé le Gouvernement n'est pas sans élégance ; la citadelle
mériterait d'être visitée, quand ce ne serait que pour y jouir de la
délicieuse perspective.

que l'œil découvre en suivant le cours du Rhône ou en se dirigeant à
l'ouest, vers les montagnes du Vivarais. Cette cité est l'antique
Valentia des Segalauni, dont parle Ptolémée. Elle a vu naître
Championnet, l'un des généraux qui dans les premiers temps de notre
révolution s'illustrèrent - par plus d'une victoire. Vis-à-vis de
Tournon, dont elle est séparée par le Rhône, la petite ville de Tain.,
peuplée de 2,000 âmes, est agréablement située au pied du célèbre co-,
teau qui produit les vins de Y Ermitage et qui porte les vignes de
Côte-rôtie brune et de Côte,rôtie blonde.

Sur la rive droite de la Drôme, au milieu d'une agréable vallée formée
par deux chaînes de montagnes auxquelles appartiennent, au nord le mont
Embel, au sud le mont

Volvent, et dominée par un rempart de montagnes arides , Die est
l'ancienne Dea Wocontiorum l1), renommée aujourd'hui pour son vin muscat
et sa clairette. Dans la partie méridionale du département > Nyons, à la
droite de l'Aigues, que l'on traverse sur un pont construit par les
Romains, a des fabriques de savon, d'étoffes de laine et des filatures
de soie. Elle est située à l'entrée d'une vallée délicieuse et

(1) Selon la Table de Peutinger et rluinéraire d',Intoiiiii,

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tie partie en plaine et partie sur le mont Devès. Aux ivirons, on voit
les ruines d'un vieux château-fort démoli ir Louis XIII. Cette ancienne
et petite cité est divisée en ois quartiers qui ont chacun une vieille
enceinte. C'est la atrie du littérateur Jacques Bernard et de l'illustre
héroïne hilis de la Tour du Pin de la Charce, qui, en 1692, sous :s
ordres de Catinat, se mit à la tête des habitans du pays t força à la
retraite les troupes du duc de Savoie.

Une route conduit de Nyons, à travers les montagnes, ir les bords du
Buech, qui traverse la jolie petite ville de rres, la première que l'on
voit en entrant dans le déparunent des Hautes-Alpes. A une lieue de ses
murs, en se irigeant sur Gap, le lieu appelé la Batie-Montsaléon est le
Iont Seleucus, où Constance défit complètement Maxence, an 353 de notre
ère. A une lieue de Gap, on fait remaruer aux étrangers, au milieu du
lac de Pelhotiers, le Pré lui tremble, petite île flottante, composée,
comme toutes elles de la même espèce, d'une réunion de végétaux, dont a
superficie changée en humus se couvre d'herbes que l'on auche. Gap
occupe l'emplacement de Vappicum ou Valincum. Son nom atteste son
origine antique ; mais ruinée )ar les Lombards, par les Arabes et par
plusieurs tremblenens de terre, c'est sur les décombres de ses anciennes
constructions qu'elle s'élève aujourd'hui; ce n'est qu'en ireusant à une
grande profondeur que l'on retrouve des lébris qui* annoncent combien
elle est déchue. La peste lui la ravagea en i63o, la révocation de
l'édit de Nantes jui ruina son industrie, l'incendie presque général
qu'elle î prouva en 1692 lorsqu'elle fût prise par le duc de Savoie, )nt
réduit sa population de plus de moitié de ce qu'elle était tu XVIe
siècle, époque à laquelle elle comptait plus de [6,000 habitans. Elle
est mal bâtie, mal pavée, sans édifices remarquables, et n'a pour elle
qu'une position agréable au bord des ruisseaux de la Bonne et de la Lujet

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dans une petite plaine entourée de montagnes disposées e amphithéâtre.
Embrun, sur la rive droite de la Durance était le siège d'un archevêché,
dont le palais qui la domin est le plus bel édifice après la cathédrale,
que l'on attribue : Charlemagne. Elle est appelée Eborudono dans
l'ltinérair d'Antonin. C'était la principale cité des Caturiges; Néror
lui conféra le droit de latinité, Galba celui d'alliance, e Valens en
fit une place militaire importante. i Traversons Mont-Dauphin,. petite
place forte de 5oa habitans construite par Vauban, sur une montagne es
carpée qui domine quatre vallées; suivons la route qui borde la Durance,
et laissant le mont Genèvre sur notre droite, arrivons à Briançon.
Appelée Brigantio sous la domination romaine , elle prenait rang parmi
les cités du second ordre; aujourd'hui elle est si peu peuplée et si mal
bâtie, qu'elle ne mérite une mention que par sa position inexpugnable.
Elle est défendue par sept forts, qui comi mandent aux vallées par
lesquelles on peut l'approcher. Là Durance, torrent fougueux, coule au
fond d'un précipice de 170 pieds de profondeur, qui la sépare des
principaux travaux faits en partie dans le roc : un pont d'une seule
arche de 120 pieds d'ouverture, jeté sur cet abîme, sert A communiquer
de la forteresse à la ville. L'industrie de celle* ci consiste en
fabriques de bonneteries, de cotonnades el d'objets de quincaillerie. 1
Chaque année, 4 à 5000 habitans des Hautes-Alpea émigrent dans le reste
de la France pendant cinq mois, é partir de la fin de l'automne : ce
sont des colporteurs, de!

bergers, des cultivateurs, ds rémouleurs, des marchand ; de fromages,
des mégissiers, des cordonniers, des mar.

chands de parapluies et des instituteurs qui vont enseigne r dans les
départemens voisins.

Le département de VIsère, couvert de montagnes dam presque toute son
étendue, présente plusieurs particula

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ités remarquables; on y distingue quatre climats difféns : celui des
plaines arides, celui des plaines marécaeuses, celui des vallées et
celui des montagnes. Dans les remières, on éprouve pendant l'été une
grande chaleur t des vents impétueux ; les secondesr sont exposées à une
mpérature humide et moins élevée ; dans les vallées pro)ndes, les
variations de l'atmosphère sont très-rapides ; ependant la pluie ou la
sécheresse y sont souvent d'une mgue durée. Aux chaleurs accablantes de
l'été succède le oid de l'hiver le plus rigoureux. Les hautes montagnes
'offrent que deux saisons : celle de l'été et celle de l'hiver, ui est
la plus longue. On retrouve chez leurs habitans la lême activité, la
même industrie que nous remarquerons ans les autres contrées de l'Europe
parmi les peuples lontagnards. Dans les régions élevées et dépourvues de
ois , la population s'établit pendant l'hiver dans les écuies; mais
l'abondance des fourrages compense le manque e forêts, et permet aux
paysans de nourrir des troueaux considérables. Les vieilles futaies de
la partie rientale du département fournissent des bois de chauf1ge et de
construction, ainsi que des sapins pour la Tande et la petite mâture.

La route qui conduit de Briançon à Grenoble est traée au milieu des
montagnes, et côtoie la petite rivière de i Romanche, depuis La Grave,
dernier village des HautesLlpes, jusqu'au bourg de Vizille, intéressant
par ses fatriques de toiles peintes, ses filatures et ses papeteries.

)ans ce trajet on aperçoit des forges et des usines, qui ndiquent la
richesse métallique de ces montagnes. Bientôt m laisse sur la gauche les
bords âpres et sauvages du )rac, et l'on voit l'Isère, poursuivant son
cours sinueux t rapide au pied d'une chaîne occupée par des vignes et
les mûriers à sa base, et par des forêts et des pâturages, usqu'à sa
cime, arroser la vallée du Grésivaudan , et tra-

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verser Grenoble, dont les remparts élevés en terrasses do* minent une
plaine couverte de vergers et de prairies.

L'abord de cette ville ressemble à celui d'une place de guerre , bien
qu'elle ne soit qu'un faible boulevard pour la France. Des remparts à la
Vauban l'entourent, et l'on y entre par de vieux pont-levis. On y
distingue deux quartiers : l'un , appelé Saint-Laurent, est resserré
entre le mont Rachet et la rive droite de l'Isère, et communique par un
pont de bois et un pont de pierre avec l'autre nommé le quartier de
Bonne. Le premier est entouré d'une faible muraille, le second a une
enceinte bastionnée. Les restes d'une ancienne forteresse, appelée la
Bastille, et située sur une montagne qui porte le même nom, commandent
toute la ville : de ce point on jouit d'un très-beau coup d'œil qui
embrasse la vallée du Drac et celle de l'Isère. Le quartier
Saint-Laurent, que l'on appelle aussi La Perrière, parce qu'il est situé
au pied du rocher, ne consiste guère qu'en deux grandes rues. Dans
l'autre quartier qui borde la rive gauche de l'Isère, l'ancien hôtel de
l'intendance est occupé par la préfecture ; le palais de justice orne
par son architecture délicate et gothique la place de Saint-André ; le
collège renferme une bibliothèque de 60,000 volumes, qui.

parmi des manuscrits précieux, possède les poésies du duc d'Orléans,
père de Louis XII. On voit dans le même établissement un musée
d'histoire naturelle, d'objets d'arts e d'antiquités. Au milieu de ce
sanctuaire, où la jeunesse v: puiser l'instruction, on a placé les
statues de Bayard, d, Vaucanson , de Condillac et de Mably, nés dans les
mur de Grenoble. On compte encore parmi les personnages cé lèbres
qu'elle a vus naître Mme de Tencin, Gentil-Bernard Barnave et Mounier.
Des écoles de droit, de médecine e de chirurgie, un musée , un cabinet
de physique, un jardi: pour l'étude de la botanique, une école
d'artillerie son d'autant mieux placés dans cette ville, qu'elle a produ:

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plusieurs autres hommes qui, par leurs talens, mériteront un jour une
place à côté de ceux que nous venons de nommer. On y voit un bel
hôpital, une salle de spectacle, un beau jardin public et plusieurs
autres jolies promenades.

Son industrie et son commerce sont importans, et ses belles fabriques de
gants comptent peu de rivales en Europe. Son antiquité est attestée par
l'histoire : c'était une des cités des Allobroges, qui l'appelaient
Culam. Ruinée par les guerres des Romains, l'empereur Gratien la fit
rebâtir et lui donna le nom de Gratianopolis, originaire de celui
qu'elle porte.

Au bas de la montagne qui s'élève à l'ouest de Grenoble, le bourg de
Sassenagc est renommé par les excellens fromages qui se fabriquent dans
ses environs. Les curieux vont y visiter deux grottes que la crédulité
populaire rendait autrefois célèbres parce qu'elles renferment deux
petites excavations cylindriques appelées les cuves de Sassenage, qui se
remplissaient spontanément d'eau, dont la hauteur faisait présager
l'abondance ou la pénurie des récoltes. Depuis que dans ces grottes,
d'ailleurs fort curieuses , l'imposture ne trafique plus sur l'ignorance
et la crédulité, elles sont moins visitées, mais n'en sont pas moins
dignes de l'être. On y parvient par un sentier difficile : après en
avoir franchi l'entrée, large et haute de 25 pieds, on se trouve dans
une espèce de vestibule, dont la profondeur et la hauteur ont plus de 40
pieds, et la largeur, 70. Il aboutit à plusieurs cavernes; le torrent de
Germe sort de la plus considérable en formant une belle cascade , dont
le bruit retentit dans ces cavités souterraines.

Du sommet de la montagne à laquelle s'adosse Grenoble, on aperçoit, à
plus de 25 lieues en ligne directe, les cimes glacées du Mont-Blanc.
C'est dans la même direction, en remontant l'Isère, que l'on arrive à la
Grande- Chartreuse,

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monastère fameux, regardé autrefois comme la capitale de l'ordre si
riche et si sévère que saint Bruno fonda en 1084, et qui, au lieu de
prendre le nom de son fondateur, prit celui du village de Chartrouse,
situé près de la vallée qu'occupent le désert où ce pieux solitaire
établit sa retraite, et le couvent que ses disciples y construisirent.
Fermée aux deux extrémités par une gorge tracée au milieu de déchirures
presque verticales couvertes de ronces et de sapins, il faut, si Ion
veut la visiter au printemps, braver la chute imminente de rochers
énormes à peine soutenus sur d'autres rochers qui se perdent dans les
nues; passer au milieu d'escarpemens entrecoupés de torrens dont le
fracas étouffe la voix des guides et le cri des animaux, et, après avoir
franchi un pont jeté d'une montagne à l'autre, se hasarder sur le talus
glissant d'un roc placé sous la cascade du Guiers-Vf i ou dans un
passage étroit placé entre cette masse d'eau et l'abîme au fond duquel
elle se précipite. Ces difficultés, qui naissent de la fonte des neiges,
cessent pendant la saison de l'été. A la fatigue d'un chemin tortueux,
encombré de cailloux et de roches, succède l'obscurité d'une forêt de
sapins qu'on traverse en s'élevant constamment, avant d'apercevoir le
monastère; mais bientôt on commence à descendre, la vallée s'élargit, la
forêt devient moins épaisse, les sapins cessent de garnir la montagne,
et l'on se trouve au milieu de la région des hêtres, qui, moins
rapprochés, permettent d'apercevoir la Grande-Chartreuse. L'aspect de
cet édifice d'une architecture simple, noble et solide, entouré par des
prairies et la forêt, inspire un profond recueillement. Ses murs furent
respectés à l'époque où l'on détruisit les maisons religieuses ; la
salle du chapitre resta, jusqu'à ce jour, tapissée des portraits de tous
les généraux de l'ordre : cette salle et le cloître qui renferme
quatrevingts cellules, sont ce qu'il y a de plus remarquable dans ce
monastère ; cependant on y montre aussi les appartemens

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des étrangers, les caves qui ne devraient peut-être pas être si vastes
chez les pieux successeurs de saint Bruno, et la belle fromagerie où
l'on fabrique une espèce de gruyère.

« En remontant le torrent par un chemin ombragé, large et assez commode,
on arrive en un quart-d'heure à la cellule de saint Bruno, qui est
aujourd'hui convertie en chapelle. Dans une grotte située au bas, coule
la fontaine où il se désaltérait. »

Nous ne décrirons point tout ce qu'on entend par les curiosités
naturelles des environs de Grenoble; c'est seulement par quelques traits
que nous donnerons une idée du pays. Dans les siècles d'ignorance on
portait à sept le nombre de merveilles que renfermait l'ancienne
province du Dauphiné. Louis XI se glorifiait de posséder un pays dont
les merveilles surpassaient en beauté celles du monde qu'elles égalaient
par leur nombre. Cependant, comme tout ce qui étonnait le vulgaire
recevait alors le nom de merveille, on en compta jusqu'à quinze dans
cette province. C'était la Tour-sans-venin, sur un rocher qui domine le
Drac, à une lieue de Grenoble : elle passait pour avoir été bâtie par
Roland, et jouissait du privilége d'éloigner toutes les bêtes venimeuses
: une poignée de terre ramassée au pied de ses murs suffisait pour
détruire tous les insectes. C'était, à 2 lieues de Die, la montagne
inaccessible, plus large vers son sommet qu'à sa base ; c'était la
fontaine ardente, située entre les deux précédentes merveilles, produite
par des exhalaisons de gaz hydrogène; c'étaient les cuves de Sassenage
dont nous avons parlé ; la grotte de Notre - Dame - de-la- Balme dont
nous parlerons bientôt ; la fontaine vineuse, eau minérale dont le goût
rappelle celui du vin; le pré qui tremble, que nous avons vu au milieu
du lac de Pelhotiers; le vent pontias qui, dans la vallée de Nyons, sort
du mont Devez et suit le cours de la rivière d'Eygues)

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le rocher mobile, dans les environs d'Embrun , et qui, en équilibre sur
un autre rocher, se met en oscillation au moindre effort ; enfin, il
n'est pas jusqu'aux eaux minérales tant soit peu salutaires qui n'aient
été placées parmi les merveilles dont la plupart ne méritent pas
l'honneur d'être décrites.

Dans la vallée de Godmard, le hameau des Andrieux est tellement enfoncé
au milieu des rochers, que pendant plus de trois mois de l'hiver il est
privé de la vue du soleil.

Lorsque cet astre se montre pour la première fois, tous les habitans,
suivant un usage antique, ayant à leur tête le vénérable ou le plus
ancien d'entre eux, se rassemblent sur un pont construit dans le
voisinage : chacun y porte une omelette, des danses célèbrent le retour
du soleil : dès que l'astre paraît, toutes les omelettes lui sont
présentées en offrande ; le cortège reprend le chemin du hameau ; on
mange en commun ces prémices sorties de la poêle, et la fête se termine
par des réjouissances (1).

Au nord de la Grande-Chartreuse, le bourg des Échelles, peuplé de i5oo
habitans, est sur la limite de la France et de la Savoie, près de la
magnifique route taillée dans le roc par Charles-Emmanuel, et de celle
que Napoléon fit creuser, en ouvrant dans la même chaîne une longue
galerie souterraine : plus loin, le Pont-de-Beauvoisin, sur les rives du
Guiers, qui le sépare du bourg sarde du même nom, est le dernier bourg
de France : il possède des eaux minérales efficaces contre les fièvres
tierces ; sa population est de 2000 âmes. La même route traverse la
petite ville de La Tour-du - Pin, dans un vallon fertile.

Prenons une autre direction : suivons, au sud de Gre-

(1) Voyez les Merveilles et les Beautés de la nature en France , par M.
Depping, qui rapporte ce trait, d'après M. Ladoucetie, ancien préfet de
l'Isère.

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noble, le chemin de Vizille au Bourg-d' Oisans. A la sortie du premier
de ces bourgs on pénètre dans la sombre vallée de la Romanche, qui,
resserrée entre de hautes montagnes boisées, offre les aspects les plus
sauvages et les plus pittoresques. Cette gorge étroite règne sur une
longueur de 6 à 7 lieues, offrant quelques hameaux renfermant des
usines, dont le plus important comme le plus central est celui de Gavet.
On reconnaît encore, au bout de ce trajet, la digue de l'ancien lac de
Saint-Laurent qui couvrait jadis toute la vallée du Bourg-d'Oisans. « Ce
lac dut son existence de deux siècles à l'un des plus terribles
événemens auxquels sont exposées les vallées des Alpes. Deux torrens se
précipitent, en face l'un de l'autre, du haut des montagnes, dans la
Romanche, à l'endroit même où cette rivière sort du large bassin du
Bourg-d'Oisans pour entrer dans la gorge. Ils grossirent subitement l'un
et l'autre, dans le XIe siècle, au point d'entraîner au fond de la
vallée une immense quantité de rochers, de terres et de graviers, qui,
se joignant des deux côtés, finirent par la barrer; et les eaux de la
Romanche, retenues par cette chaussée, s'élevèrent jusqu'à son niveau,
en couvrant toute la plaine à une hauteur de 60 à 80 pieds. Un reste de
pont qu'on trouve sur la route qui conduit au Bourg-d'Oisans, indique
encore aux voyageurs la hauteur du lac, et par conséquent celle de la
digue. Formée et cimentée par la nature, ce fut la nature qui la
détruisit; les eaux du lac qui la minaient dès long-temps la rompirent
enfin, dans le XIIIe siècle, en septembre 1229, et se précipitèrent avec
impétuosité dans la vallée inférieure, et de là dans celle du Drac,
enfin dans celle de l'Isère. Elles entraînèrent avec elles tous les
villages, toutes les habitations qui se trouvaient sur leur passage, et
submergèrent la ville de Grenoble. Il n'y eut de sauvées que les
personnes qui eurent le temps, avant la crue des eaux, de se réfugier,

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ou sur les montagnes, ou dans les hautes tours et les clochers de la
ville : tous les ponts furent renversés. Le premier accident avait
enseveli la plaine de 1 Oisans, le second l'exhuma de son tombeau. Mais
la catastrophe qui l'a submergée peut se reproduire encore : la cause
subsiste toujours, et peut, d'un moment à l'autre, produire le même
effet. La violence des deux torrens et les débris des monts qu'ils
entraînent avec eux peuvent encore boucher la vallée, en opposant une
nouvelle digue à la Romanche, et former un nouveau lac, qui ne
trouverait de même son dégorgement qu'en s'élevant à la hauteur de cette
digue (1). »

Près du village de Notre-Dame-de-la-Balme, sur la rive gauche du Rhône,
on voit la célèbre caverne qui fut comptée au nombre des merveilles du
Dauphiné. Son entrée est transformée en une chapelle de la Vierge, et
son intérieur se compose de plusieurs salles ornées de stalactites du
plus bizarre effet, de cascades, de canaux et d'un petit lac sur lequel
on se promène en bateau à la clarté des flambeaux, comme si cette grotte
était l'entrée des enfers.

Arrosée par la Gère et resserrée entre la rive gauche du Rhône et des
collines qui se présentent en amphithéâtre, Vienne, autrefois formée de
rues sales et tortueuses, s embellit chaque jour par de nouvelles
constructions. La façade moderne de l'hôtel-de-ville décore sa
principale place; le portail et la nef de l'ancienne cathédrale ne sont
point sans mérite. La ville possède une bibliothèque de 12,000 volumes,
un théâtre, un collége, un cabinet de physique, un musée riche en objets
d'antiquité découverts dans ses murs; elle est aussi le siége d'une
société d'agriculture. Les anciens ont parlé de Vienne, et l'appellent
Vlenna et Vmdo-

(') M. raysse de Villiers, Itinéraire descriptif de la France, loin. Il

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bona; elle était déjà célèbre du temps de César (1); Strabon la désigne
comme la capitale des Allobroges (2), et Ptolémée, comme leur seule cité
(3). Pline lui donne le titre de colonie (4) ; suivant Pomponius Mêla ,
c'était une des villes les plus opulentes de la Gaule. On y cultivait
les lettres, et le poète Martial se félicite du succès que ses vers y
obtenaient (5). Sous Claude, elle était la résidence du préfet des
Gaules et du commandant de la flotte que les Romains entretenaient sur
le Rhône; les empereurs y avaient un palais. Valentinien y fut étranglé
en 392. En 43a elle devint la capitale du royaume des Bourguignons. En
534 les Francs s'en rendirent maîtres. En 871- Charles-le-Chauve s'en
empara, après un siège de plusieurs mois. C'est dans ses murs que le
pape Clément V , en présence de Philippele-Bel, assembla le concile à
jamais célèbre dans les fastes du fanatisme, par l'injuste condàmnation
des Templiers.

Du temps d'Eusèbe, Lyon et Vienne étaient les deux plus importantes
métropoles de nos contrées. L'archevêque de cette dernière conserva
long-temps le titre de premier primat des Gaules. Le zèle aveugle des
premiers chrétiens et le fléau de la guerre ont détruit les édifices qui
la rendaient célèbre; cependant on y voit encore les restes d'un théâtre
et ceux d'un amphithéâtre. On y reconnaît un temple dédié à Auguste, on
y voit les ruines d'un temple de Castor et Pollux, et l'on y remarque un
bel arc de triomphe.

L'église de Notre-Dame de la Vie est un édifice antique que Fon croit
être le prétoire. Le pont qui établit la communication de la ville avec
le faubourg, passe pour être

(1) De Bell. Gall., lib. VII, 59.

(J) Lib. IV, cap. 1 , 5 9.

(3) Lib. II. cap. x.

(4) Lib. III, cap. iv.

(5) Ferlur habere meos , si vera est fama , libelles Inler ilelicias
pulchra Vienna suas !

Lib. Prt, Epiçr. 88.

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de construction romaine, ainsi que le fort Pipet, dont quelques parties
sont dans le style gothique. En 1820, la découverte des sources
qu'avaient utilisées les Romains conduisit à celle des aqueducs qu'ils
avaient construits : on les rendit à leur destination, et depuis ce
temps Vienne qui n'avait point d'eau s'en trouva abondamment pourvue.
Les hommes les plus célèbres que cette ville ait vus naître, sont le
poète Claudien et le pape Guy, surnommé Clément IV. Ce chef-lieu de sous
- préfecture occupe un rang parmi les villes manufacturières. Elle a des
fabriques de draps importantes, des tanneries renommées et des usines
pour la préparation des métaux tirés du département. Le quartier de
cavalerie, situé hors de ses murs, est un des plus beaux qu'il y ait en
France. A ses portes et sur la droite de la route de Marseille, on voit
un tombeau antique de forme carrée et surmonté d'un obélisque, mais on
ignore en l'honneur de quel personnage il fut élevé. Le Rhône contribue
moins à la prospérité de Vienne que la petite rivière de Gère qui roule
avec rapidité ses eaux impétueuses et limpides en faisant mouvoir les
lourds marteaux d'une usine de fer et les réguliers laminoirs d'une
usine de cuivre, tandis qu'ailleurs elles visitent des lavoirs de laine
et animent des métiers à filer, à tisser et à tondre les draps. -- Le
contraste de ces objets divers, usines, rochers, ruines romaines,
longues pièces de draps étendues sur de vieux restes d'aqueducs,
tanneries, moulins à farine et à foulon, filatures de soie, donne à la
vallée de la Gère une grande ressemblance avec celle de la Clyde en
Ecosse; entre Lanark et Glasgow. C'est un site digne à la fois de
l'industriel, du philosophe et du peintre (i). »

Près des bords de la Frette, la côte de Saint-André, bourg que sa
population place au rang des petites villes, tire un

(0 Voyage dans le midi de la France pendant 1rs mois d'août de septembre
1828; par M. Ad. Blanqui.

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grand produit de ses liqueurs estimées et de ses vins blancs légers et
pétillans. Au sud, la petite ville de Saint-Marcellin, agréablement
située, bien bâtie et ceinte de murailles, fait le commerce de soie
écrue, d'huile de noix et de marrons, et s'enrichit aussi des vins de
ses fertiles coteaux.

HArdeche donne son nom à un département qu'elle traverse dans sa
largeur, et qu'elle limite, au sud, près de son embouchure dans le
Rhône; à l'est, ce département est bordé dans toute sa longueur par ce
fleuve, tandis qu'à l'ouest la chaîne du Mézin (1), les monts de Sone et
de Tanargue lui servent en partie de frontières. Dans ses limites se
trouve renfermée presqu'en entier l'ancienne province du Vivarais, qui,
long-temps avant les Romains, portait le nom d'Helvia. Suivant une
étymologie que l'on peut admettre, parce qu'elle s'accorde avec la
nature physique du pays, la dénomination de cette petite contrée
signifierait route dans les montagnes (2). Mais on a sans doute été trop
loin, en faisant venir le nom HArdeche de la même racine que le mot
latin ardere (briller). Supposer que les montagnes de l'Auvergne et
celles du Vivarais, qui presque toutes portent l'empreinte d'une origine
ignée, ont vomi des flammes alors que l'homme habitait ces régions ou
d'autres régions voisines, c'est se livrer à des conjectures totalement
en opposition avec certains faits, dont.

l'un des plus importans est la découverte du gisement d'ossemens
d'animaux fossiles sous les coulées basaltiques des environs d'Issoire
en Auvergne (3); ossemens parmi lesquels on n'a trouvé aucun reste qui
annonçât l'existence de l'homme à l'époque où d'énormes courans de laves
cou-

(0 Mezen ou. Mezing, en ancien patois, signifie milieu.

C3) Dans les langues celtiques hçl et bel se traduisent par élévation;
via comme weg, veut dire chemin.

(3) Voyez plus haut, pag. 226.

1

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vrirent le lieu où ces ossemens ont été entraînés. Si les dénominations
antiques données à certaines montagnes s'accordent avec l'idée de leur
embrasement, c'est que long-temps après qu'elles ne jetaient plus de
flammes, elles ont conservé de la chaleur, de la fumée et d'autres
indices de leur incandescence; c'est que la couleur noirâtre des
produits volcaniques porte les hommes les plus ignorans à les comparer
aux objets qui ont subi l'action du feu.

Ainsi, le nom oriental de basalte signifie, à cause de sa teinte noire,
pierre brûlée, quoique les anciens aient donné ce nom à une roche qu'ils
ne regardaient point comme une lave, et qui, en effet, diffère du
basalte des géologistes.

Le département de TArdèche, l'un des moins connus sous le rapport
physique, doit sa physionomie particulière aux conflagrations
volcaniques dont il fut le théâtre, et à la décomposition qu'éprouvent
quelques unes des roches qui constituent ses montagnes granitiques et
calcaires. Le cratère de Saint-Léger, près des bords de l'Ardèche,
exhale, comme la grotte du Chien aux environs de Pouzzole, une grande
quantité d'acide carbonique. Le pont de la Baume est une coulée
volcanique, présentant une masse de basalte disposée en prismes inclinés
dans diverses directions, et posés sur une rangée de prismes plus gros,
placés perpendiculairement les uns. à côté des autres. Ce que cette
colline offre de plus curieux, c'est une belle grotte naturelle,
composée et surmontée de prismes disposés régulièrement en arc, comme
par la main de l'homme. La montagne de Chenevari, dont la base calcaire
supporte un dépôt de cailloux roulés, est couronnée par une masse
volcanique qui, du côté du sud, n'offre qu'un mur de laves grises et
rougeâtres, mais qui, du côté opposé, présente le singulier aspect d'une
colonnade basaltique d'environ 600 pieds de dév Joppement. Plus loin , un

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rocher, surmonté de prismes entassés horizontalement ou groupés en
s'inclinant vers le sol, qui supporte les restes du vieux château de
Rochemaure, doit son nom à sa couleur noire.

Près du bourg de raIs, connu par ses eaux minérales, la célèbre chaussée
des Géans est une réunion de prismes basaltiques qui bordent les deux
rives du Volant. Non loin du pont de Bridon, une cascade tombe en
bouillonnant du haut d'une montagne formée de basaltes semblables.

Le majestueux amas de prismes, près du pont de Rfgodel ; la magnifique
chaussée formée de colonnes gigantesques, près du village de Colombier ;
la belle cascade de la Gueule denfer, qui tombe du haut d'un rocher
granitique de plus de 5oo pieds de hauteur, recouvert de laves
prismatiques : tels sont les principaux objets qu'on ne peut voir sans
étonnement.

Ces monumens volcaniques ont été plusieurs fois décrits avec plus ou
moins d'exactitude et de détails (0. Nous aurions trop à faire si nous
citions tous ceux que plusieurs écrivains, animés d'un enthousiasme peu
éclairé, ont compris, dans leurs descriptions ambitieuses, sous le nom
de curiosités naturelles, ou de merveilles de la nature. L'un de ceux
qui hors du domaine de la volcanisation ont fait faire le plus de
suppositions sur leur origine, est le pont naturel d'Arc sous lequel
coule l'Ardèche. Il est formé d'une arche à plein cintre de 60 mètres de
largeur et de 25 à 3o de hauteur, percée dans un rocher calcaire qui
coupe transversalement une délicieuse et romantique vallée. Dans les
descriptions géographiques qui en font mention, on le représente comme
le résultat d'une rupture faite dans la roche par les eaux de !
l'Ardèche et terminée par la main de l'homme, parce que L

1. (1) Voyez Histoire naturelle des provinces méridionales de France ,
par l'abbé Girault-Soulavie; Recherches sur les volcans éteints du
Vivarais, par Faujaj de Saint-Fond; Institutions géologiques, par Breislak.

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depuis l'époque de la domination romaine il sert de passage pour aller
des Cévennes dans le Vivarais (1); mais un rocher beaucoup moins
considérable que celui d'Arc, loin de pouvoir être percé par la rivière,
l'aurait forcée à détourner son cours ; et nul individu n'a cherché à
perfectionner cet ouvrage de la nature, puisqu'on ne peut le traverser
qu'en ayant soin de se tenir constamment attaché avec les mains aux
aspérités qui le couronnent. Nul doute au contraire que l'Ardèehe n'a
pas même contribué à l'agrandir, puisque l'arche n'offre point de traces
du frottement des eaux, et que le pont ne soit une véritable caverne
comme celles qui, par une dégradation naturelle, se sont formées dans le
même calcaire qui borde la rivière, dégradation qui est un des
caractères de ce calcaire, que l'on appelle pour cette raison caverneux
(2). Les grottes des environs du bourg de Vallon, dues à la même cause,
sont connues par la bizarrerie et la variété des formes que présentent
leurs stalactites; les rochers de Ruoms, au contraire, étonnent par
leurs formes cubiques ou pyramidales.

Ce département, si digne d'intéresser et le dessinateur et le
naturaliste, renferme plusieurs parties inconnues, quoiqu'elles ne
méritent pas l'oubli dans lequel elles sont restées : tel est le domaine
des Ubas qui occupe une circonférence de sept lieues. Il est situé à son
extrémité occidentale dans le canton de Saint- Etienne - de- LugDarès, à
8 lieues nord-ouest de L'Argentière; et environné, au nord, à l'est et
au midi, de collines qui, séle-

(') Voyez l'Itinéraire complet du royaume de France, 5 - édition , 1828
; le Dictionnaire de géographie physique de la France , par Girault de
Sai/ltFargeau 1827; les Merveilles et les Beautés de la nature en
France, par Depping , 1822; l'Itin. descriptif de la France, par Vaysse
de Villiers.

(2) Consultez, sur la disposition du pont d'Arc, le Mémoire de M.
liozet, inséré dans les Mémoires de la Société d'Histoire naturelle de
Paris.

tom. II, sous le titre de Notice géognostique sur la langue de terre
colil prise entre le Rhône, l'Ardèchp, etc.

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ant graduellement, forment la montagne volcanique de >rasoncoupe, dont
le nom signifie coupe ou cratère des Tes, parce qu'elle domine de belles
prairies, et dont la lauteur est d'environ 1000 mètres au-dessus de la
Médigrranée. Ce volcan est, par l'abondance de ses laves, un es plus
importans du Vivarais. S'ils l'avaient visité, les aturalistes qui ont
parcouru ses environs n'auraient pas ,lacé au premier rang celui de
Loubaresse. De ses flancs ortent des eaux thermales, sources de
richesses pour le illage de Saint-Laurent-les-Bains, qui, sans la
réputation lont elles jouissent, languirait isolé et presque désert au
ond de sa vallée profonde, étroite, hérissée de roches à lemi
décomposées, dont les débris épars offrent l'image du haos. Du sommet du
Prasoncoupe la scène change ; à l'aidité de cette vallée succède, autour
du volcan, l'heureuse ertilité d'une terre couverte de bois, de
prairies, d'eaux bondantes et de champs cultivés. Le digne rejeton de
ancienne famille à laquelle appartient le domaine des Jbas(l), vient de
donner aux propriétaires du départenent de l'Ardèche l'exemple des
perfectionnemens que éclame l'agriculture , en y introduisant les
méthodes emiloyées dans quelques cantons de la Suisse et de l'Alsace, :t
en croisant la race bovine avec de beaux troupeaux irés du canton de
Berne. Puissent ces améliorations être mitées dans un pays qui, depuis
le XIIIe siècle, semble l'avoir fait aucun progrès dans les
connaissances agrononiques, bien que vers le sud les cultivateurs s'y
montrent Jus intelligens et plus zélés que vers le nord! Ce domaine,
omme toute la partie occidentale et septentrionale du lépartement, est
couvert de roches granitiques et de grès : m y connaît de riches
gisemens de fer, de houille, d'argiles ïropres à la poterie, et de
kaolin de la plus grande finesse )our la fabrication de la porcelaine.

rI) La famille d'Agrain des Ubas le possède depuis le XIe siècle.

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Du haut du volcan de Loubaresse on domine la vallée de Valgorge, la plus
pittoresque du Vivarais par ses milliers de pics et d'aiguilles, et sa
belle végétation, dont la disposition offre à chaque pas Ja succession
inattendue de sites rians ou sauvages. C'est au château -de Valgorge,
bourg situé dans la partie la plus fertile de la vallée, que le marquis
de La Fare composa les vers qui l'ont rendu célèbre. La petite ville de
L'Argentière, dont les anciennes mines de plomb argentifère sont
épuisées, trouve dans ses

fabriques et ses filatures de soies plus de ressources que n'auraient pu
lui en procurer les produits métalliques qui lui ont donné son nom. Elle
est peuplée de 2000 âmes.

Au sud-est de ce chef-lieu de sous-préfecture, BourgSaint-Andéol, sur le
bord du Rhône, renferme deux fois plus d'habitans; on prétend qu'il doit
son nom à saint Andéol, qui y souffrit le martyre au commencement du
Ille siècle. Près de cette ville on voit, sur le rocher d'où s'échappe
la fontaine d'eau minérale froide de Tourne, un' monument remarquable du
culte de nos ancêtres : ce sont' les ruines d'un temple gaulois, qui
paraît avoir été consacré au dieu Mithra. Parmi quelques bas-reliefs
presque effacés, le plus important est celui qui confirme la destination
du monument. On y distingue un taureau qu'un chien mord au cou, et qu'un
homme paraît vouloir dompter : au-dessus de ce groupe, une figure
rayonnée représente le soleil. Le village d' Aps est l'ancienne capitale
de l'Helvie, que les Romains appelaient Alba Helviorum, et qui fut
ruinée par les Goths; près de là, Villeneuvede-Berg,. où l'on s'occupe
beaucoup de l'éducation des vers à soie, est la patrie d'Olivier de
Serres, qui natu-' ralisa le mûrier en France, et de Court de Gébelin,
l'un des savans du siècle dernier qui ont fait le plus de re-i cherches
sur les langues et les monumens de l'antiquité, Sur le bord du Rhône,
Viviers, évêché, peuplée

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le 2000 âmes, était autrefois la capitale du Vivarais.

Les granites et les gneiss qui bornent le département au lord-ouest, les
psammites et les schistes qui s'appuient sur es roches, les calcaires
qui viennent parallèlement s'y dosser, et la bande volcanique qui se
termine brusquenent au bord du Rhône par les basaltes de Rochemaure,
:omme si le fleuve avait servi de barrière aux torrens de aves, se
réunissent aux environs d'Aubenas, où la couche L'alluvion, résultat de
l'érosion des vallées qui ont sillonné :es terrains, forme un sol si
fertile, qu'à l'aspect des loyers, des châtaigniers, des mûriers et des
vignobles qui e couvrent, on peut dire qu'il est en France peu de pays
)lus riches; aussi cette ville de 3,5oo habitans est-elle le entre du
commerce de marrons et de vins de l'Ardèche, ,t le point de réunion de
deux foires importantes pour la rente des soies. Privas, le chef-lieu du
département, est, L l'exception de sa maison de détention, sans
établissenens remarquables, mais non sans commerce et sans inlustrie.
Non loin des bords du Rhône, le village de Cornas ;t le bourg de
Saint-Péray sont entourés de coteaux feriles en excellens vins blancs;
en suivant le fleuve, on roit Tournon qui communique avec Tain, sur la
rive oppoiée, par un pont suspendu, moins léger que ceux qui xaversent
le fleuve, en le remontant jusqu'à Vienne. Du laut d'un vieux château
qui domine la ville, et qui fut construit au temps de Charles-Martel, on
jouit d'une vue lélicieuse, qui s'étend au loin sur les deux rives du
fleuve; 11est particulièrement à Tournon qu'on fait le commerce les vins
de XErmitage et de Côte-rôtie que l'on récolte iur l'autre rive. Près de
la ville, on voit sur le Doubs les ruines d'un vieux pont attribué à
César. C'est à la petite fille (ï Andance qu'appartient l'honneur
d'avoir fait établir fe premier pont en fil de fer qui ait été construit
en France.

rinnonajj célèbre par ses belles papeteries, est la ville la

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plus industrieuse de l'Ardèche ; elle doit cet avantage à sa position
près du confluent de la Cance et de la Deume.

Située autour d'un rocher escarpé, environnée de champs couverts de
mûriers et de villages entourés de jardins, elle offre le coup d'œil le
plus agréable. Elle possède aussi des fabriques de draps, des filatures
de soie et de coton, des blanchisseries de cire et des tanneries : sa
population est de 8000 habitans. Elle a donné naissance à Mongolfier,
l'inventeur des aérostats et du bélier hydraulique, et au vertueux
Boissy d'Anglas. Deux monumens élevés à la mémoire de ces hommes
célèbres attestent la reconnaissance de leurs concitoyens, mais ne font
point honneur aux artistes qui ont été chargés de leur exécution. j En
quittant ce département, qui a produit plusieurs!

hommes dont les noms sont chers à la France, on remarque avec peine que
la masse du peuple des villes et des campagnes est d'un caractère âpre
comme ses montagnes, et d'une superstition que l'on ne peut comparer
qu'à celle de la nation helvienne dont elle descend. La nature y a
réparti plusieurs climats distincts : une chaleur fécondante se fait
sentir sur les bords du Rhône; les vallons des environs de Saint-Julien
et d'Annonay sont sous l'influence d'un climat tempéré. Mais dans la
chaîne des Cévennes qui s'élève à l'ouest, l'hiver dure près de huit
mois, et la terre est souvent couverte d'une épaisseur de neige
considérable..

Limitrophe du département de l'Ardèche, et traversé par les mêmes
chaînes de montagnes, celui de la Haute Loire offre les mêmes phénomènes
volcaniques, des sitej aussi sauvages, et des beautés analogues. Le mont
Mézin; colosse d'origine ignée qui s'élève à 800 mètres au-dessui de sa
base granitique , présente de magnifiques colonnade: basaltiques. Le
volcan appelé Tartas ou le Tartare; Ici Infernehj ou les enfers et le
Mouns Caou ou Mont-Chaud

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sont les principaux de ceux- qui s'étendent sur la même ligne que le
Mézin (1). Les coulées basaltiques paraissent avoir obstrué le cours de
la Loire à Goudet, à Solignacsur-Loire, et celui de l'Allier à
Monistrol, à Prades, à Chasez, etc. Les roches volcaniques prennent,
depuis Pradelles, la direction du nord-ouest : on les reconnaît près de
Lonjac, Poulaquet, La Voûte, Brioude et Blesle; elles n'offrent, en
général, que des courans démantelés et coupés par des rivières.

Des amas de scories s'élèvent quelquefois en cônes sur les masses
basaltiques : l'un des plus remarquables est celui du bois de Bard, près
d'Allègre : il a i i 5o mètres de hauteur, et sa cime tronquée offre
encore les traces d'un lac, aujourd'hui desséché. On regarde aussi comme
un cratère l'emplacement qu'occupe le lac du Bouchet, entouré de quatre
montagnes de scories ; il a 30 mètres de profondeur et 900 de diamètre.
Mais ce que les feux souterrains ont produit de plus remarquable dans le
département, c'est le rocher bizarre de Corneille, qui s'élève comme un
énorme cube aux environs du Puy; celui de Polignac, couvert des ruines
d'un ancien château; celui de Saint-Michel, qui a l'apparence d'une tour
arrondie, et la Roche-Rouge, à une lieue et demie de Brives, pyramide
volcanique de plus de 100 pieds de hauteur, entourée d'une ceinture de
granite rougeâtre de 7 pieds d'élévation, et retenant dans sa masse ies
blocs granitiques qui hérissent sa surface dèpuis sa

(l) Il est à remarquer, ainsi que plusieurs esprits judicieux l'ont
fait, que les noms des volcans du Vivarais et du Velay n'ont point été
imposés aar les Romains : César trouva la plus grande analogie entre
l'idiome de :es contrées et la langue latine, comme si cette dernière en
dérivait. C'est :e qui explique la similitude des noms que nous avons eu
occasion de piter, avec des mots de la plus pure latinité. De même que
Tartas ou Tartarou, et Infernels ou Infeniès, rappellent les mots
Tartanis" et tferizus, Coueron offre une grande ressemblance avec
coquere (cuire) , runargue avec Tonitru ager ( champ du tonnerre).

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base jusqu'à sa cime : exemple curieux du soulèvement de certains
produits des antiques feux souterrains. Cependant , s'il est certain que
les mains de l'homme n'ont pas contribué à sa régularité, le temple
naturel mérite une mention particulière : près du village de .Golldet.,
sur le bord de la Loire, un courant de lave a figuré des constructions
bizarres, une tour ronde, terminée par un toit de forme conique, et le
péristyle d'un édifice orné de colonnes, sur 3o pieds de large et 180 de
hauteur.

Les terrains primordiaux et secondaires contribuent à enrichir le
département de substances minérales assez variées : outre les granités,
les serpentines et les marbres que l'on utilise, on extrait de
très-bonnes meules des couches de grès situées à Mcirsanges, à Navogne
et à lietourncic. Les meilleures houilles s'exploitent à Frugeres ; mais
le département possède assez de houillères pour alimenter pendant plus
de 600 ans une exploitation annuelle d'environ trois milliers
d'hectolitres. L'antimoine sulfuré se trouve en bancs et en filons dans
l'arrondissement de Brioude, et plusieurs localités paraissent être
riches en plomb sulfuré (1).

Le département de la Haute-Loire offre d'autant plus de variété dans sa
température qu'il en présente une trèsgrande dans l'élévation de son
sol. Il y a près de i4oo mètres de différence entre le point le plus bas
et le point le plus haut. Le petit bassin au milieu duquel s'élève la
ville du Puy offre à la vigne un abri suffisant pour favoriser sa
culture ; mais au-delà des limites de ce bassin privilégié, on éprouve
un climat assez rigoureux (2).

(1) Voyez la Description statistique du département de la Haute-Loire
par M. Deribier de Cheissac, et la Description géognostique des environs
du Puy-en-Vday par M. Bertrand Roux.

W M. Deribier deCheissac, dont la Description statistique a été cou

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Un mot sur ses principales villes fera juger de l'industrie et du
commerce de ce département, d'où sortent chaque année plus de 3ooo
individus qui vont dans toute la France utiliser leurs bras à différens
métiers.

Au milieu d'un bassin arrosé par la Loire et les deux petites rivières
de la Borne et de la Dolaison, s'élève, à la base du mont Anis, terminé
par le rocher volcanique de Corneille, et dans une situation tout-à-fait
pittoresque, le Puy, ancienne capitale du Velay. Le rocher qui la domine
est couronné par les ruines d'un château dont il porte le nom. Jamais le
Puy ne retentit du bruit des voitures, tant les rues en sont escarpées;
la lave dont on les pave et dont on construit les maisons lui donne un
aspect sombre et triste, auquel ajoutent encore l'ancienne architecture
et le mauvais goût de la plupart des habitations. Il n'est point de
ville où les cérémonies du culte procurent plus de fatigue à ceux qui
les suivent avec assiduité : dans sa partie basse, le rocher de
Saint-Michel est dominé par une église à laquelle on monte par un
escalier de 260 marches taillées dans le roc ; dans la partie la plus
élevée se trouve la cathédrale, au portique de laquelle on arrive par un
immense perron de 118 degrés. Cette église, construite au Xe siècle,
est, par sa situation, son architecture et la hauteur de son clocher
pyramidal, un des plus majestueux monumens gothiques de l'Europe; sa
façade est ornée d'une espèce de mosaïque, et son intérieur est une
grande chapelle dont la voûte est une réunion de plusieurs coupoles. Ce
qu'elle offre de plus curieux est l'image miraculeuse de la Vierge,
petite statue en bois de cèdre, que l'on croit

ronnée par l'Académie des sciences en 1823 , estime que le département
de la Haute-Loire renferme 5200 hectares de vignes, 48,000 de prés,
52,ooo de pâturages, 217,000 de terres labourables, 47,000 de bois, et
jo8,000 de terres vagues.

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avoir été sculptée par les chrétiens du mont Liban, et qui fut rapportée
de l'Orient an VIIIe siècle ; peut-être même est-ce une figure d'Isis
que nos pieux croisés prirent pour la mère du Christ : ce qui pourrait
le faire croire, ce sont les bandelettes dont elle est entourée à la
manière des statues égyptiennes. Au surplus, la vénération dont elle est
l'objet en a fait depuis long-temps un monument chrétien : plusieurs
papes et huit à dix rois de France se sont prosternés à ses pieds. Le
tombeau de Duguesclin qui orne l'église de Saint-Laurent, la salle de
spectacle, la chapelle de Saint-Clair, qui passe pour avoir été un
temple de Diane, la promenade du Breuil et le musée, où l'on a rassemblé
quelques antiquités du pays, des tableaux de choix, des plâtres modernes
et une collection d'objets d'histoire naturelle du département, méritent
d'être vus. Le cardinal de Polignac, auteur du poème de l'Anti-Lucrèce,
le peintre Boyer et le sculpteur Julien sont nés au Puy. L'industrie de
ce chef-lieu de préfecture consiste en différens genrès de fabrication,
parmi lesquels les dentelles et les blondes tenaient autrefois le
premier rang. Depuis plus d'un siècle elle approvisionne de sonnettes et
de grelots les rouliers et les muletiers du centre et du midi de la
France. Dans ses environs, le village d'Expailly est connu des
minéralogistes par son ruisseau qui charrie des saphirs, des grenats et
des hyacinthes. Les amateurs d'antiquités ne manquent point d'aller voir
à Polignac, au milieu des ruines de son château, construit sur celles
d'un temple d'Apollon, la tête de ce dieu, sculptée sur un disque de
marbre blanc qui recouvre l'ouverture du puits d'où paraissait sortir la
voix prophétique du dieu gaulois.

La petite ville de Crapone, dans le même arrondissement, fait aussi le
commerce de dentelles et de draperie. Yssengeaux, qui possède une
société d'agriculture, n'offre rien de particulier ; sur son territoire
il existe une riche mine de

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plomb. Brioude, à peu de distance de l'Allier, dans un canton fertile,
renferme une belle église. Au village de Vezezouls, sur l'Allier, on
construit tous les ans environ 1600 bateaux pour le commerce de cette
rivière.

Une chaîne de montagnes qui se dirige de l'est à l'ouest, et dont la
plus élevée est celle de la Lozère, donne son nom au département que
nous allons parcourir. Les montagnes de la Margeride le traversent du
sud-est au nord-ouest, et les monts d'Aubrac s'y divisent en deux
branches principales. Trois rivières, l'Allier, le Lot et le Tarn, y
prennent naissance, et la Cèze y roule des paillettes d'or; de
nombreuses cascades les embellissent, et des sites sauvages y attestent
aussi les ravages des feux souterrains. Ici, sur le Tarn, le
Pas-de-Souci est formé de deux montagnes, rapprochées à leurs sommets,
qui semblent attendre que le génie de l'homme les réunisse pour en
former un pont de 1800 pieds de hauteur; là les eaux s'engouffrent entre
deux énormes rochers, l'Aiguille et le Roc-Sourde, et, repoussées par
ces digues, elles reprennent leur cours, en faisant retentir les airs
d'un long mugissement. L'abondance des eaux rend ce département humide ;
les montagnes y contribuent à la rigueur de l'hiver; l'automne et le
printemps sont pluvieux, les chaleurs de l'été y sont rarement fortes ;
mais cette saison est souvent orageuse. Les forêts, bien qu'elles
n'occupent pas une grande superficie, nourrissent une grande quantité de
loups : le nombre de ceux que l'on détruit, s'élève, année commune, à
5i. Le sol n'y produit point assez de céréales et de vin pour la
consommation des habitans. Sa richesse consiste en mines d'où l'on tire
principalement de l'argent, de l'antimoine et du plomb ; les bestiaux et
les étoffes de laine forment les deux principales branches de son commerce.

Mende, placée au centre de ce département, en est le chef-lieu ; le
vallon qu'elle occupe est rafraîchi par le Lot

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et par un grand nombre de ruisseaux dont les eaux, heureusement
distribuées, arrosent les maisons de plaisance et les jardins
d'alentour. La ville est entourée d'un petit boulevard ; ses rues sont
mal percées, mais arrosées par plusieurs fontaines parmi lesquelles on
remarque celle du Griffon ; sa cathédrale est remarquable par la
hardiesse et la légèreté de ses clochers ; l'hôtel de la préfecture est
orné de tableaux peints par Antoine Bénard. Les serges de Mende
s'expédient dans le nord et dans le midi de l'Europe. On croit que cette
ville se nommait Auderitum, sous la domination romaine, quoique Grégoire
de Tours lui donne le nom de Mimatum. Ses environs ont vu naître le pape
Urbain V. A peu de distance de ses murs, on voit y sur une montagne,
l'ermitage , taillé dans le roc, où saint Privat, évêque, fut massacré
par ordre de Crocus.

Dans les montagnes au nord-est de Mende , le bourg de
Châteaunezif-de-Randon, qui renferme à peine 2500 habitans , était
autrefois une ville forte, devenue célèbre par le siège que les Anglais
y soutinrent en i38o contre Bertrand Duguesclin. Le héros mourut sous
ses murs, et le chef des assiégés, qui avait promis de se rendre s'il ne
recevait point de secours, déposa sur son cercueil les clefs de la place
et son épée. Près de Châteauneuf-de-Randon on a érigé, il y a quelques
années, en marbre bleu turquin, un monument à la mémoire de l'illustre
connétable. La même année où l'ombre de ce grand capitaine reçut les
hommages de son ennemi, il se passa, à peu de distance du village de
Luc, 1 sur la frontière orientale du département, un trait de bra- voure
qui fait honneur aux ancêtres de quelques familles qui existent encore.
Les Anglais parcouraient avec desi forces considérables le Gévaudan et
le Vivarais ; l'incendie j le meurtre et le pillage indiquaient la trace
de leurs pas, lorsqu'ils se virent tout à coup arrêtés par le fort de
Luc, qui leur fermait la route de la haute Auvergne. Au nombre)

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de 2000, ils en entreprirent le siège ; mais trois braves chevaliers
(1), auxquels ce fief appartenait en commun, s'y défendirent si
vaillamment, qu'ils parvinrent à repousser l'ennemi. Cependant les
Anglais, honteux de leur déroute, font volte-face, et les trois
chevaliers allaient succomber sous le nombre, lorsque, secourus tout à
coup par dix des plus intrépides gentilshommes des environs (2), ils
remportent une victoire complète. Le- château de Luc est encore
remarquable par son antiquité : les vieilles chroniques et les
traditions du pays font remonter sa fondation bien avant la conquête des
Romains.

Langogne, petite ville de 2800 âmes, possède des manufactures de draps
et des usines pour le cuivre. Le village de Bagnols-les-Bains a des eaux
sulfureuses très-fréquentées.

Marvejols, qui, malgré sa capitulation, fut détruite en i586 par
l'amiral duc de Joyeuse, et rebâtie ensuite par Henri IV, est une jolie
petite ville aux rues larges et bien percées, qui possède une société
d'agriculture. Florac, dans une vallée étroite, sur la gauche du Tarnon,
fait peu de commerce , mais est entouré de prés et de champs fertiles.

Dans l'arrondissement de Marvejols, plusieurs objets attirent notre
attention : d'abord près du village de La Baume, la voie romaine de Lyon
à Toulouse, ouverte par Agrippa, et dont un embranchement conduisait à
Gabalum, l'ancienne capitale des Gabali, résidence des premiers évêques
du Gévaudan, aujourd'hui le petit village de Jav ois fies monumens
druidiques ou dolmens des environs de Banassac et de Chanac; le château
du bourg de Saint-Alban, où l'on a établi un.

hospice pour les fèmmes aliénées; le hameau. du Roc d'où le
grand-maréchal du palais de Napoléon tirait son nom; le village de
Grèzes dont le château, appelé par Grégoire-

0) MM. de Polignac, Bourbal de Choisiuct et d'A grain des Ubas.

(2) Malet de Borne, d'Apcier, Moiangiès, Malmont de Soulage, Modène,
Durour, Balazuc, Vcrnon de Joyeuse, Longueville et Regletfoii.

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de Tours, Castellum Gredonense, fut inutilement attaqué par les Vandales
au commencement du Ve siècle; le village de Marcltastel, où l'on voit
les ruines d'un vieux château, la belle cascade formée par le ruisseau
de la Garde, et de beaux vestiges de la voie romaine dont nous venons de
parler; celui de Monastier qui conserve encore les restes d'un ancien
couvent de bénédictins, dans lequel Guillaume de Grimoard, qui devint
pape sous le nom d Urbain V, fit son noviciat, et dont on remarque les
armes à la porte du chœur de son église en ruines, et celui de Salmon
dont l'église a été bâtie par ce pontife.

Sur le versant oriental des Cévennes naissent trois ruisseaux appelés
Gardon: le Gardon d'Anduze, celui de Mialet et celui d'Alais, qui
portent les noms des principaux lieux qu'ils traversent. De leur réunion
se forme le Gard, que l'on appelle aussi le Gardon, rivière qui se perd
quelquefois sous les graviers, mais dont les terribles débordemens font
payer bien cher au laboureur les parcelles d'or qu'elle charrie.

Le département du Gard possède peu de richesses minérales. On y exploite
de l'antimoine, du sulfate de plomb et du sulfate de fer, qui produisent
une valeur brute d'environ 60,000 francs, du lignite, et surtout de la
houille dont les seize mines réparties dans les arrondissemens d'Alais,
d'Uzès et du Vigan emploient 200 ouvriers et produisent 200,000 quintaux
métriques; près d'AiguesMortes, onze salines qui occupent un grand
nombre de bras. Ses récoltes en céréales ne suffisent point à sa
consommation, mais ses vignobles sont trois fois plus considérables que
ses besoins ne l'exigent; l'excédant de ses vins, exporté en nature ou
distillé , forme avec le produit de ses vers à soie, avec l'huile que
fournissent ses oliviers , avec la laine qu'il retire de ses troupeaux,
et avec les divers tissus qu'il fabrique, les principales branches de
son coin-

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merce d'exportation. L'industrie de ce département le place au premier
rang dans la France méridionale. La fabrication des tissus de soie et
des bonneteries occupe environ 16 à 18,000 métiers, qui produisent
annuellement pour 22 millions de marchandises que l'on exporte dans les
diverses parties du monde.

Alais, arrosée par un des bras que nous venons de nommer, remonte à une
grande antiquité. Cette ville, qui a beaucoup souffert des dragonnades
de Louis XIV, est assez bien bâtie, renferme plusieurs fabriques, fait
un commerce considérable de soies grèges et de rubans, et possède
plusieurs sources minérales froides. Près du bourg de Remoulin, les
flots impétueux du Gard retentissent au milieu d'une gorge étroite et
solitaire que traverse le vieux pont du Gard, magnifique aqueduc romain,
qui servait à conduire les eaux de la fontaine d'Aure à la naumachie de
l'ancienne Nemausus. Composé de trois rangs d'arcades, il occupe une
étendue de 600 pieds, et s'élève à la hauteur de 160. C'est un des
monumens antiques les mieux conservés, et qui donne une idée du génie
des Romains qui, plus habiles que les modernes, employaient en temps de
paix les bras des soldats à des travaux utiles. Uzès, au milieu des
montagnes, a porté le nom (XUcetia; c'était le siège d'un évêché, ce qui
n'empêcha point ses habitans d'embrasser, au XVIe siècle, la communion
réformée. Elle possède des fabriques de bonneterie en filoselle, de
cartons estimés et des filatures de soie. C'est la patrie du savant
Abauzit.

Bagnols, dans une contrée délicieuse, au bord de la Cèze, est mal bâtie
, mais renferme une belle place entourée d'arcades et décorée d'une
jolie fontaine. Cette ville a vu naître Rivarol. Pont-Saint-Esprit, où
l'on voit encore la citadelle bâtie par Louis XIII pour contenir les
protestans, est remarquable par son beau pont de 2520 pieds de longueur,
et de 16 de largeur, commencé sous saint Louis b.

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en 1255, et terminé en 1309 sous Philippe-le-Bel. La construction en est
d'autant plus étonnante, qu'il s'élève à l'endroit même où le cours du
Rhône est tellement rapide, que sur le bateau de poste, à peine si l'on
a le temps de voir le pont, qui fuit dans le lointain : aussi les
bateliers ont-ils besoin d'une grande adresse pour effectuer ce passage.
Elle consiste à diriger l'embarcation, non pas vers le milieu d'une des
arches, mais sur une des piles, et à donner à propos le coup de
gouvernail qui fait dévier la proue vers l'arche. La ville, qui se
nommait anciennement le Port, tire son nom de l'église bâtie à la tête
du pont et qui remplace une ancienne chapelle dédiée au Saint-Esprit.

Cette église ainsi qu'un hôpital et des casernes sont renfermés dans la
citadelle. Roquemaure, sur la rive droite du fleuve, petite ville
commerçante et industrieuse, a des filatures de soie, des distilleries
d'eau-de-vie, des scieries hydrauliques, et confectionne annuellement
plus de 20,000 tonneaux pour les vignobles de ses environs, dont l'un
des plus estimés est celui de Tavel.

Nîmes, dans une plaine délicieuse, entourée de collines, est importante
comme chef-lieu de préfecture, siège d'un évêché, résidence d'une cour
royale, et par ses 4o,ooo habitans. Elle renferme des sociétés savantes,
une bibliothèque de 10,000 volumes, et des établissemens d'instruction
dans tous les genres. Entourée de boulevards magnifiques qui remplacent
ses anciens remparts, elle est irrégulière et mal bâtie : ses faubourgs
seuls offrent quelques rues droites. Resserrée dans un étroit espace, on
1 n'y respire un air pur qu'à l'ombre des arbres qui ombragent son
enceinte et l'esplanade : c'est là que s'élèvent les , plus belles
habitations; le palais de justice, dont rélégance- intérieure s'accorde
parfaitement avec la beauté de la

façade, est l'ornement de cette belle promenade; sur un autre boulevard
, embelli par plusieurs constructions mO--J

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dernes, on distingue le bâtiment de l'hôpital et la salle de spectacle ;
la cathédrale, que l'on croit avoir été un temple consacré à Auguste,
renferme les tombeaux du cardinal de Bernis et de l'illustre Fléchier;
les lavoirs et les abreuvoirs sont construits avec un luxe digne de
fixer l'attention. Mais ces édifices et ces mausolées, qui suffiraient
pour l'ornement d'une autre ville, pâlissent à côté des monumens de la
grandeur romaine : la Maison carrée est située près du théâtre. Bâtiment
rectangulaire aussi haut que large, sa façade a 36 pieds, et sa longueur
70 ; c'est un ancien temple orné de colonnes corinthiennes, bâti par
Adrien et réparé sous Louis XIV et Louis XVIII (1).

On y a établi un musée d'antiquités. L'amphithéâtre, débarrassé depuis
peu des masures qui en obstruaient les degrés, forme une enceinte
elliptique de 1080 pieds ; 120 arcades l'entourent, disposées en deux
rangs superposés l'un à l'autre; 17,000 personnes peuvent y prendre
place, et quelquefois on y donne des combats de taureaux.

Un arc de triomphe, appelé la porte de César, est l'un des monumens
antiques les plus récemment découverts (2). La porte du nord est
également romaine. Un grand nombre de sculptures, de bas-reliefs et de
tombeaux se font encore remarquer dans cette ville. Hors de son
enceinte, la Tour Magne s'élève en forme de pyramide, à sept faces en
bas et à huit en haut, dont la base a 245 pieds de circonférence. La
fontaine de Diane et ses bains romains n'ont pour ainsi dire plus que
leur nom pour constater leur antiquité. Le temple consacré à la même
divinité ne consiste qu'en une grande quantité de chapiteaux, de
corniches et d'inscriptions. La fondation de cette ville est attribuée
aux Phocéens d'Ionie. Depuis le temps où elle

(1) En 1689 et en 1820.

(3) Ce n'est tju'en 1791 qu'il fut rendu à la lumière.

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portait le nom de Nemausus jusqu'à l'époque actuelle, Nîmes a produit
une foule d'hommes célèbres : l'empereur Antonin, Domitius Afer maître
de Quintilien, Jean Nicot, qui apporta le tabac en France ; le
naturaliste Bourguet, le magistrat Samuel Petit, l'érudit Séguier,
Saurin, Yillars, le protestant Jean Fabre, qui remplaça son père
condamné aux galères pour cause de religion ; enfin le savant et
malheureux Rabaud -Saint-Etienne. Nîmes renferme un grand nombre de
fabriques : elle possède plus de 7000 métiers pour les tissus et la
bonneterie; elle fait un commerce considérable des produits du
département du Gard. Les seules plantes médicinales et tinctoriales que
récoltent les paysans, forment une branche importante d'exportation, et
fournissent les marchés d'Amsterdam, de Hambourg et de Lubeck.

A six lieues au sud-ouest de Nîmes, Sommières, qui n'a que 4ooo
habitans, livre annuellement au commerce plus de 16,000 couvertures de
laine ou de molleton. On y remarque un ancien château, seul reste des
fortifications dont les protestans l'avaient entourée vers la fin du XVe
siècle. A l'entrée des Cévennes, Saint-Hippolyte, peuplée de 6000 âmes,
n'était au XIe siècle qu'un village; Louis XIV la fit entourer de
murailles. Aujourd'hui bien bâtie, arrosée par le Vidourle, et traversée
par un canal qui fournit de l'eau à plusieurs fontaines, elle occupe
environ 600 métiers à tisser. Anduze, un peu moins peuplée et située
agréablement au pied des mêmes montagnes entre des rochers et des
coteaux plantés de vignes et d'oliviers, est mal bâtie, mais remplie de
fabriques. Vers l'extrémité occidentale du département, le Vigan,
entouré par les Cévennes, est le chef-lieu d'une sous-préfecture. Cette
petite ville, arrosée par l'A ,.re-, rivalise d'industrie avec les
précédentes qu'elle surpasse en population. Elle est la patrie du
chevalier d'Assas qui mourut en héros; sa principale place est dé-

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rorée de la statue en bronze de ce guerrier qui fut exposée en 1828, à
Paris, dans la cour du Louvre.

Beaucaire, que l'on croit être XUgernum des anciens, est située à cinq
lieues à l'est de Nîmes, sur les bords du Rhône, qui la sépare de
Tarascon; ce serait une des jolies villes d France, si ses rues étaient
moins étroites. On ne peut du moins s'empêcher d'admirer la beauté de
son site qui lui a valu le nom qu'elle porte (1). Ce qui lui donne une
grande importance commerciale, c'est la foire qui s'y tient depuis le 22
juillet jusqu'au 28 à minuit : pendant ces six jours, elle offre presque
le même mouvement et la même activité que Leipsick, à l'époque où
celle-ci devient le rendez-vous de tous les commerçans du monde. Aux
approches de cette grande réunion, le Rhône se couvre de bateaux chargés
des marchandises fabriquées à Lyon, en Suisse et en Allemagne; nos ports
de Toulon et de Marseille reçoivent celles de l'Italie, du Levant et de
l'Espagne. Cent mille négocians, arrivés de tous les points de l'Europe
et de l'Orient, se pressent dans cette ville de 10,000 âmes, et la vaste
prairie qui s'étend sur le bord du Rhône, devient une seconde ville et
se couvre de tentes, à défaut de logemens pour cette population étrangère.

Aigucs-Mortes, ville de 3ooo âmes, dont les environs sont couverts de
marais, cité aussi bien percée que bien bâtie, entourée de remparts
construits par saint Louis, sur le plan, dit-on, de ceux de Damiette,
n'est plus ce port où ce prince s'embarqua d'abord en 1248, puis en
1269, pour sa malheureuse expédition de la Palestine.

Ce qui donne encore quelque importance à cette petite cité, c'est
l'exploitation des immenses salines du Pec: terrain aride et sablonneux,
dominé par un fort, dont

') nd-raire signifir bel endroit, beau canton.

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le produit qui s'élève annuellement à i,5oo,ooo francs, pourrait être
plus considérable si les besoins du commerce l'exigeaient. Depuis le
mois de mai jusqu'au mois d'août, ces salines occupent i5o ouvriers;
mais au mois daoût, plus de 2000 sont occupés à l'enlèvement du sel. Le
fort de Peccais est irrégulier, bastionné et entouré d'un fossé plein
'd'eau. Il a été construit jadis pour protéger l'exploitation du sel :
une distance de deux lieues le sépare d'Aigues-Mortes.

L'abondance et l'étendue de ces salines, le préjugé trop répandu que la
mer avec lenteur mais avec constance abandonne nos rivages, ont
accrédité l'opinion que du temps de saint Louis la Méditerranée baignait
les remparts d'AiguesMortes. Cette erreur a été adoptée par des auteurs
du plus grand mérite qui en ont nécessairement conclu que cette ville
est une nouvelle preuve de l'abaissement des mers.

Quelques esprits judicieux ont, il est vrai, démontré la fausseté du
fait, mais il a été tellement répété dans les traités et dans les
dictionnaires de géographie, que nous croyons devoir rapporter les faits
sur lesquels se fonde l'opinion contraire.

L'origine d'Aigues-Mortes date du VIII6 siècle ; sur son emplacement
s'élevait la tour Matafère; les eaux stagnantes qui environnaient
celle-ci lui valurent son nom : elle n'était donc point au bord de la
mer. Le sol actuel de la ville n'est qu'à 5o ou 70 centimètres ( 18 ou
26 pouces) audessus de la Méditerranée : si la mer était plus haute,
elle couvrirait la ville. D'ailleurs, entre cette ville et le rivage, il
existe des ruines qui attestent que le rivage n'a point!

reculé. Enfin ne voit-on pas sur la plage où campaient et j
s'embarquaient les croisés, les tombes qui indiquent les, restes de
l'hôpital des pèlerins, bâti par saint Louis?

Tous ces témoins d'une époque déjà loin de nous, n'attes- !

tent-ils pas que le sol d'Aigues-Mortes est encore à l

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nême distance de la mer que dans le IXe siècle ? Mais, lira-t-on, qu'est
devenu le port où s'embarqua le pieux nonarque? Le port n'était que
l'étang actuel dit de la Ville.

les vaisseaux arrivaient par le chenal appelé Grau-de-SaintLouis,
suivaient le canal Vieil et la Pleille-Roubine, et par ine ouverture
dont les traces existent, entraient dans le jort et venaient s'amarrer
aux anneaux en fer que l'on roit à la base des remparts que mouillent
les eaux de l'é;ang qui est encore au niveau de la mer actuelle. Disons
ivec un savant observateur (1), que, si du temps de saint Louis les
galères arrivaient dans le port de la ville ; si sous François Ier les
frégates royales pouvaient y mouiller, c'est jue ces princes faisaient
enlever par le dragage, les sables 3t la vase qui, en s'accumulant,
l'ont encombré depuis ette époque. Il ne faudrait pas une grande dépense
pour rendre ce port à la navigation et au commerce maritime; iéjà depuis
long-temps le gouvernement a conçu ce projet ; espérons qu'il
s'exécutera : il aurait la plus heureuse influence sur le commerce du
Gard, surtout si, par un canal ou une route en fer, on établissait une
communication Facile entre Aigues-Mortes et Alais.

Le département de l'Hérault est encore moins riche que le précédent en
substances minérales utiles : on n'y exploite que de la houille, des
marbres recherchés comme ornemens, le sel de ses impoitans marais
salans, et des lignites qui s'emploient, sous le nom de cendres
fossiles, à l'amélioration des terres. Il produit plus de céréales qu'il

(1) M. Delcros. Voyez la note qu'il a publiée le 20 janvier 1831, dans
le Bulletin de la Société de géographie, sur le prétendu abaissement de
la mer à Aigues-Mortes. Déjà il avait été devancé dans ses recherches
par di Pietro; mais nous devons dire que M. Vaysse de Villiers, en 1816,
nvait, dans son Itinéraire descriptif de la France, prouvé que le sol
d'Aigues-Mortes n'est pas changé depuis saint Louis. En 1784, Soulavic
avait aussi démontré l'erreur de ceux qui prétendaient que la mer avait
¡bandonné le port de cette ville.

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n'en consomme, et l'immense excédant de ses vins, ses fruits secs, ses
liqueurs, ses parfums et son huile, sont des objets d'un grand rapport.
L'industrie manufacturière y est très-active : on y compte 55o filatures
de laine, 780 métiers pour le tissage des draps, 35o pour le tissage du
coton, et 900 pour la bonneterie en soie, qui occupent plus dé 17,000
ouvriers. La rivière qui lui donne son nom prend sa source dans les
Cévennes, au pied des hautes montagnes de l'Aigoual et de l'Esperon ;
elle n'est navigable que pendant un espace de trois lieues, depuis le
bourg de Bessan jusqu'à son embouchure. Son cours va nous guider depuis
son origine jusqu'à sa réunion avec la petite rivière de YErgue.

Sur la rive gauche de l'Hérault, à peu de distance de la chute qu'il
forme, nous voyons Ganges, ville de 4000 habitans, industrieuse,
entourée d'habitations agréables, et dominée par un vieux château. Dans
ses environs se trouve la Grotte des Fées (la Baouma de las
Doumaiselas), dont les sombres détours sont tapissés de stalactites
magnifiques. A 7 lieues plus bas, et sur la même rive, Aniane, moins
importante que Ganges, conserve encore les ruines du premier monastère
bâti par saint Benoît. En remontant l'Ergue, Clermont de Lodève ou
Clermont-l'Hérault, peuplée de 6000 âmes, qui fournit des 1 draps au
commerce du Levant, qui possède des tanneries importantes et desi
fabriques de vert-de-gris, se laisse sur la gauche, et l'oni arrive à
Lodève, l'antique Lutepa, chef-lieu de sous-préfecture , cité mal bâtie,
entourée de murailles et placée dans une vallée délicieuse. Elle a donné
le jour au cardinal Fleury. La fal^cation des draps communs compose sa
principale industrie.

Une router^des plus tristes et des plus sauvages conduij de Lodève à
Montpellier. Cette ville est entourée d'un vieille muraille en ruine et
dominée par une citadelle:

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ouvrage de Louis XIII : sa situation sur une colline élevée, d'où l'on
jouit d'une vue magnifique qui s'étend, d'un côté, jusqu'au mont
Ventoux, de l'autre, jusqu'à la Méditerranée et jusqu'aux Pyrénées, des
places ornées de fontaines, parmi lesquelles on remarque celle que fit
construire Jacques Cœur, pendant le XVe siècle ; point de rues larges,
mais des maisons belles et bien bâties ; une esplanade spacieuse ; l'arc
de triomphe appelé la porte duPeyrou, par laquelle on arrive à la belle
promenade du même nom, à laquelle aboutit un aqueduc formé de trois
rangs d'arcades superposées; l'église de Saint-Pierre; l'hôtel de la
préfecture et igant édifice de la bourse la placent au rang de nos plus
belles villes du midi. Son université, une bibliothèque de 3 5,000
volumes , riche en manuscrits précieux, un superbe jardin botanique, un
observatoire, plusieurs sociétés scientifiques, des écoles de musique et
de dessin, un bel amphithéâtre anatomique, et surtout sa célèbre école
de médecine, fondée au XIIe siècle par des médecins arabes que l'Espagne
chass,a de son sein et que les comtes de Montpellier accueillirent, lui
assignent une place honorable parmi les villes de l'Europe où les
sciences sont enseignées avec zèle et cultivées avec succès. Elle doit à
M. Fabre, digne élève de David, un des musées de peinture les plus
remarquables par le nombre et le choix des tableaux. Elle a produit
plusieurs hommes célèbres à différens titres : tels sont Barthèz,
Broussonnet, Fizes, Fouquet et Baumes dont s'honore l'art de la médecine
; La Peyronie, fondateur de l'académie de chirurgie de Paris ; le
naturaliste Rondelet, Magnol, que l'on peut regarder comme le fondateur
de nos méthodes naturelles ; Cambon, qui marqua dans nos temps de
troubles et qui régénéra les finances ; Cambacérès, dont on n'a jamais
contesté les talens qui le portèrent aux premières charges de l'empire ;
Roucher, auteur du poème des Mois; le célèbre peintre

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Bourdon ; Vien, le maître de David et le régénérateur de la peinture en
France; et Daru, le savant auteur de l'Histoire de Venise.

Nous ne décrirons point en détail les curiosités de Montpellier,
quelques mots suffiront pour les faire apprécier. Le siège en marbre sur
lequel se place le professeur dans l'amphithéâtre de l'école de
médecine, est un monument antique, trouvé dans l'amphithéâtre de Nîmes.

Malgré la similitude de nom de l'enceinte antique avec l'enceinte
moderne, il eîlt été mieux placé dans la Maison carrée. Il n'en est
point de même du buste antique d'Hippocrate, en bronze, qui orne la
salle des actes de cette célèbre école, où l'on conserve la thèse
manuscrite et la robe de Rabelais qui s'y fit recevoir docteur.
L'esplanade, entre la ville et le rempart, les boulevards près desquels
on remarque la Tour-des- Pins, sont des promenades assez fréquentées,
mais montons à celle du Peyrou que l'on regarde, avec raison, comme une
des plus belles du monde. C'est une plate-forme très-haute, entourée de
balustrades élevées de 10 à 12 pieds au-dessus d'une autre promenade. On
y arrive par un perron ; une grille est à l'entrée. Le beau pavillon
hexagone que l'on voit à son extrémité renferme un bassin d'où l'eau
qu'amène l'aqueduc dont nous avons parlé , tombe en cascade sur des
rochers artificiels qu'elle recouvre de ses nappes ondoyantes en se
précipitant au fond d'un bassin inférieur.

Au milieu de la place du Peyrou s'élève, depuis 1829, une statue
équestre en bronze de Louis XIV. Depuis cette épo-, que, une statue de
Louis XVI a été accordée à Montpellier.

Le botaniste ne peut voir sans un vif intérêt ce - beau jardin des
plantes, le premier qui ait été formé en France; dans le but de
naturaliser toutes celles qui sont remar-I quables par leur rareté, leur
élégance ou leur utilité :; le nombre des végétaux s'y élève à plus de
8,ooo. Le goût

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avec lequel ce jardin est distribué en fait une promenade agréable, et
ceux qui se sont attristés à la lecture des Nuits d'Young aiment à
visiter sous un ombrage épais la voûte obscure qui renferme, dit-on, la
tombe de sa fille Narcissa.

L'industrie et le commerce ne sont pas cultivés avec moins de succès que
les sciences à Montpellier; elle possède cinq imprimeries, mais elle
renferme aussi un grand nombre de manufactures de mousselines et de
cotonnades de couleur, de couvertures et de draps, de verdet et de
produits chimiques, qui augmentent son importance commerciale. Ses
hôpitaux, parmi lesquels on remarque celui des aliénés, la maison
centrale de détention, et tous ses établissemens de bienfaisance sont
remarquables par leur belle tenue; mais ce qui lui mérite surtout des
éloges, c'est son mont-de-piété, institution qui, malgré son nom, est
partout usuraire et funeste à la classe populeuse qui a besoin de ses
secours, et qu'on y a ramenée à sa véritable et philanthropique
destination en y prêtant sur gages sans intérêts.

Montpellier ne compte pas, dans ses 36,ooo habitans, les étudians qui
viennent y chercher l'instruction, ni les étrangers que la douceur de
son climat y attire. Sa fondation n'est pas fort ancienne. La colline
sur laquelle elle est bâtie était encore , au vue siècle, un pâtis
entouré de palissades avec une porte fermée par un verrou (pessulus),
qui lui fit donner le nom de Mons Pessulanus. Deux petits villages s'y
élevèrent, et, par leur réunion, formèrent Montpellier. D'autres
prétendent que la possession du terrain qu'elle occupe passa à deux
filles de la maison des comtes de Substantion, et font dériver de cette
circonstance le nom de Mons Puellarum qu'elle porte aussi dans quelques
anciens titres.

Vers les limites orientales du département, Lunel, ville de 55oo
habitans, est située sur un territoire renommé

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pour ses vins muscats ; c'est dans ses environs que se trouve une
caverne que des observations géologiques ont rendue intéressante (i). On
y a reconnu dans une terre d'alluvions les ossemens de divers
herbivores, tels que des sangliers, des cerfs, des chevaux, des bœufs,
et d'autres qui n'appartiennent plus à nos climats, tels que des
hippopotames et des chameaux, mêlés à des ossemens de lions, de tigres,
d'ours et d'hyènes; animaux qui ont dévoré les herbivores, ainsi que le
prouve la trace de leurs dents sur les ossemens de ces derniers. A six
lieues à l'ouest de Montpellier, Frontignan, dont on remarque
l'hôtel-de-ville, rivalise -armrLunel par ses vins muscats. Cette, qu'il
faudrait écrire Sette, parce qu'elle est bâtie sur le mont Setius dont
parle Pomponius Mela (2), défend par ses travaux de fortifications
l'entrée du canal du Midi. Bâtie en amphithéâtre entre la mer et l'étang
de Thau, dont les riches exploitations de sel occupent un grand nombre
de bras ; précédée par un beau port accessible aux vaisseaux de haut
bord, cette ville de 10,000 âmes fait un grand commerce; elle est
visitée tous les ans pour ses bains de mer et de sable. La montagne à
laquelle elle est adossée renferme dans ses fentes verticales, un dépôt
de transport agglutiné avec des ossemens fossiles d'oiseaux, de petits
animaux rongeurs, de ruminans et de reptiles. Le port de Cette, qui fut
fondé en 1666, est situé au pied d'une colline calcaire isolée, dont la
base se rattache du côté du sudouest à la montagne volcanique d'Agde,
par une plage étroite qui sépare l'étang de Thau de la Méditerranée, et
du côté opposé, par de semblables plages, au territoire bas et
marécageux d'Aigues-Mortes. Il a plusieurs fois offert un abri sur à des
vaisseaux de guerre. Il serait exposé à des : 1 ensablemens qui lui
réserveraient le sort d'Aigues-Mortes,

(1) Voyez les Mémoires de M. Marcel de Serres.

W Lib. II, cap. v.

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i l'on n'avait pris le parti de construire un môle isolé en Lvant de
l'entrée du port et en prolongeant l'une des jetées : 'exécution de ce
travail garantit à Cette et au département me longue prospérité.

A deux cents pas de l'étang de Thau le bourg de Balaruc ist renommé par
ses eaux thermales, employées contre les )aralysies.

Il serait difficile de peindre la situation délicieuse de rjéziers: de
la colline qu'elle domine, elle jouit de la vue l'un riche vallon, où le
triste feuillage de l'olivier se marie mx belles masses de verdure que
forment les mûriers ; où les jardins, des vergers et des vignes,
entremêlés de maiions de campagne , s'étendent sur les deux rives de l'Orb.

D'un autre côté, le canal du Midi montre ses neuf écluses îtagées les
unes au-dessus des autres, d'où les eaux s'échappent en formant de
magnifiques cascades. Patrie du savant astronome Mairan, et de Pierre
Riquet qui consacra sa fortune à la construction du canal du Languedoc
ou du Midi, dont il concut le projet et provoqua l'exécution , elle
remonte aux temps les plus reculés; les Romains la nommaient BætelTæ.
Plusieurs fois ruinée par les Visigoths, les Sarrasins et Charlemagne,
elle était parvenue au plus haut point de splendeur, lorsqu'elle fut
saccagée au XIIIe siècle, pendant la croisade contre les Albigeois, par
Arnaud , abbé de Cîteaux, dont on connaît la réponse à ses fanatiques
compagnons qui lui demandaient, en prenant d'assaut cette malheureuse
ville, à quels signes ils reconnaîtraient les catholiques : Tuez tout,
Dieu saura bien reconnaître les siens.

Non loin des bords de la mer, au pied d'une montagne d'origine
volcanique, Agde, jadis Agatha, fondée par une colonie grecque, jouit
d'un port avantageusement placé pour le commerce de cabotage; elle
possède 120 navires et une population de 8000 habitans. Au nord-est de
Béziers,

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sur le bord de la Peyne, près de la rive droite de l'Hérault., Pc zenas,
qui renferme plus de 8000 âmes, est la ville que Pline nomme Piscenæ;
les vins de son territoire sont excellens, et ses fabriques de tissus de
laine sont estimées.

Sur le revers occidental des montagnes Noires et d'Espinouse, le Tarn
arrose un département moins riche et moins éclairé que celui que nous
venons de décrire. Autrefois il tirait un grand avantage de la culture
du pastel, mais cette plante n'y produit plus que des bénéfices bornés,
depuis que l'indigo lui est préféré; il cultive encore avec succès
l'anis et le safran ; il possède des forêts qui fournissent des bois de
charpente ; les pâturages y sont abondans, et les récoltes en céréales
et en vins, dépassant les besoins de l'habitant, fournissent un aliment
à son commerce. La houille est la seule substance minérale dont le
produit soit de quelque importance; l'industrie manu facturière livre à
la circulation une grande quantité de tissus de laine et de coton, ainsi
que plusieurs ouvrages en métaux. Partout le peuple est laborieux.

Alby, au bord du Tarn, la plus laide ville archiépiscopale de France,
est la patrie du mathématicien Rossignol, qui vécut sous les règnes de
Louis XIII et Louis XIV; elle a vu naître aussi l'infortuné La Pérouse
et le général de cavalerie d'Hautpoult; son intérieur n'offre que des
rues sans largeur et sans régularité; sa cathédrale, ornée
intérieurement de vieilles peintures qui couvrent ses murailles, est un
eliefd'œuvre de hardiesse; elle a io5 mètres de longueur, 2.7 de largeur
et 3o de hauteur, et son clocher 94 ; son org ue passe pour un des plus
beaux qu'il y ait en France. L ancien palais archiépiscopal ressemble à
une forteresse. La promenade, appelée la Lice, est une belle terrasse d
ou la vue plonge sur une plaine ¡r.qgnifique. Son nom latin d' Albiga
prouve que cette ville était la principale ci Le des Albigi, comme elle
fut depuis la capitale de 1 Albigeois,

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)rovince qui, dès le XIIe siècle, fut ravagée par le fanaique Simon de
Montfort, et qui souffrit encore tant de )ersécutions sous le règne de
Louis XIV.

A une lieue d'Alby, vers le nord-est, on voit le fameux ïaut du Sabot ou
Saut du Tarn. « C'est une cataracte , ou Ilutôt une suite de cataractes
dans lesquelles cette rivière ouïe et se précipite à travers une surface
escarpée de oehe calcaire, qu'elle sillonne et pénètre de tous les
lôtés. Elle s'y divise et subdivise en une infinité de petits îourans ou
plutôt de torrens, dont on entend et voit les ;aux bouillonner et bondir
au fond des canaux profondénent escarpés qu'elles se sont creusés dans
les entrailles nêmes du roc, tellement qu'on ne voit plus la rivière en
et endroit, on ne voit que le massif calcaire qui la remplace ; on peut
même la traverser à pied sec, du moins en té, en franchissant par autant
d'enjambées chaque courant, ;t choisissant les endroits où ces enjambées
ne présentent îas un saut périlleux (Ir. »

Castres, fondée en 647 sur l'emplacement d'un camp romain, est la plus
importante ville du département par sa population, et la plus
intéressante par ses fabriques. Elle :ompte 16,000 habitans, renferme
des métiers à tisser des.

Iraps, de la toile et du coton, et possède des papeteries, les
tanneries., ainsi que des forges et des fonderies de suivre. L'hôtel de
la sous-préfecture est l'ancien palais piscopal, magnifique édifice
construit d'après les dessins le Mansard. La rivière de l'Agout divise
la ville en deux.

parties , réunies par deux ponts en pierre. Au nombre des Sommes
marquans auxquels elle a donné le jour, nous citerons Rapin Thoyras,
l'académicien André Dacier et le littérateur Sabatier. Dans ses
environs, un lieu nommé la.

Roquette, parce qu'il est couvert de débris de roches >

(1) Faysse de Villiers : Itinéraire descriptif de la France. — Région du
sud ; 1830.

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attire les curieux empressés de visiter le Rocher tremblant et la grotte
de saint Dominique. Le Rocher tremblant est une masse de 36o pieds cubes
dont le poids est estimé à 600 quintaux, et dont la forme irrégulière
approche de celle d'un œuf aplati posé sur le petit bout ; il repose sur
le bord d'un gros rocher placé sur le penchant d'une colline; la force
d'un homme suffit pour le mettre en vibration , et lorsqu'il est en
mouvement, ses balancemens se répètent sept à huit fois d'une manière
bien sensible. La grotte qui porte le nom du fondateur de l'ordre des
frères prêcheurs, auquel elle servit de retraite, est située au pied de
la montagne qui supporte le Rocher tremblant ; elle est composée de
galeries souterraines d'environ 800 toises de longueur sur 10 a 12 de
largeur, que précède une salle assez vaste. Les parois de ses
excavations sont tapissées de rochers arrondis, entassés les uns sur les
autres, et quelquefois avec tant de régularité, qu'on croirait qu'ils
sont plutôt l'ouvrage de l'art que de la nature (1).

Après Alby et Castres, le département renferme peu de villes qui
méritent l'honneur d'être citées. Gaillac, sur la rive droite du Tarn, à
l'endroit où il commence à être navigable, construit des bateaux,
fabrique des futailles, des ouvrages au tour, et fait un grand commerce
de vins et d'eaux-de-vie que produisent les coteaux qui bordent sa
plaine. Cette ville, de 7 à 8000 âmes, qui n'a aucun édifice
remarquable, est la patrie du savant jésuite Gaubil. Le village de
Saint-Pierre de Lombers tient une place dans l'histoire, pour avoir été,
en 1176, le lieu où s assembla le concile dont la décision fut le signal
de la croisade contre les Albigeois, et des massacres qui
ensanglantèrent le Languedoc. La petite ville de Lavaur, qui fut

(') Voyez l'Encyclopédie méthodique, tom. III.

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iussi le siège d'un concile en 1212, renferme des tanneries, les
filatures de coton et des fabriques de soieries. Elle est l'entrepôt des
soies des départemens environnans. La Bnt[fuière, chef-lieu de canton,
peuplé de 4000 âmes, est près de la rivière de Thoré qui se perd dans
des cavités souterraines et laisse son lit à sec sur une longueur de 800
mètres; enfin Sorèze) peuplée de 2500 âmes, est célèbre par son ancien
collège.

Traversé par le canal du Midi, arrosé par le Tarn , l'Ariège, la
Garonne, et par quatorze autres cours d'eau ; borné au sud par les
hautes cimes des Pyrénées ; couvert d'un sol riche et fertile, composé
de terres plus ou moins fortes ou légères, le département de la Haute-
Garonne doit à ses vastes pâturages la qualité de son bétail et le
nombre de ses troupeaux ; à ses antiques forêts, des bois propres aux
constructions navales; à la douceur de son climat, à l'exposition de ses
coteaux, une grande superficie en vignes, médiocres il est vrai, mais si
productives que les deux tiers de leur récolte sont livrés au commerce.
Ses productions minérales sont variées, mais peu utilisées, à
l'exception de deux sources salées, et des eaux minérales et thermales
d'Encausse, de Barthe et de Bagne res-de-Luchon. Il possède des forges à
la catalane, des fabriques d'acier cémenté et des manufactures d'étoffes
et de tissus de diverses espèces.

Les bords du Tarn, qui traverse la partie septentrionale de ce
département, nous conduisent à Villemur, chef-lieu de canton, petite
ville mal bâtie, peuplée de 6000 âmes, près du confluent de la Save et
de la Garonne. Grenade, propre et jolie, mais construite en briques, est
la patrie de Cazalès.

En remontant la Garonne, sur un espace de cinq lieues, on arrive à
Toulouse, l'ancienne cité des Tolosates, qui occupaient le premier rang
parmi cette nation des Tecto-

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sages, que l'on voit figurer avec gloire dans les expéditions lointaines
dirigées par Bellovèse, Sigovèse et Brennus. Elle fut pendant plusieurs
siècles la capitale du royaume des Visigoths, puis celle des comtes de
Toulouse, jusqu'au moment où le Languedoc fut réuni à la France.

Il n'existe plus, des nombreux monumens qu'elle possédait à l'époque où
elle se faisait remarquer parmi les plus importantes colonies romaines,
que des débris de temples, des fragmens de bas-reliefs et de statues que
roule la Garonne près du moulin du Basade, et quelques autres débris
conservés dans le musée de la ville. Malgré quelques beaux hôtels et
plusieurs maisons modernes construites avec goût, malgré les
embellissemens qu'elle a éprouvés depuis.

plusieurs années, cette grande et célèbre ville laisse encore beaucoup à
désirer : les constructions en briques y sont trop multipliées; ses
rues, généralement étroites et tortueuses, deviennent d'autant plus
irrégulières qu'en prenant le soin de les aligner, on remplace les
maisons qui tombent en ruine par des habitations placées dans un nouvel
alignement, en sorte qu'à quelques exceptions près, les rues n'offrent
plus que des maisons qui avancent et d'autres qui reculent. Ses places
publiques sont encore inachevées, mais annoncent ce qu'elles pourront
être lorsqu'elles seront terminées. Les trois plus belles sont la place
Royale, décorée par la façade du Capitole, la jolie place de SaintGeorge
et celle d'Angoulême, que l'on peut déjà compter au nombre des plus
régulières de l'Europe. Toulouse s'étend sur la rive droite de la
Garonne, et n'a sur la rive opposée que le faubourg Saint-Cyprien. De ce
côté, un arc de triomphe, construit sur les dessins de Mansard, forme -
l'entrée du Pont-Neuf, le plus beau de ses sept ponts. Ses larges quais
présentent un aspect imposant ; mais, si la belle allée d'Angoulême, qui
va de la place de ce nom au canal du Midi, celles de l'Esplanade, le
bord intérieur du.

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:anal, depuis le pont de Guilleméry jusqu'au pont de Matabiau, et les
avenues d'Arnaud-Bernard et de Matabiau se garnissaient d'habitations,
il se formerait, hors de l'ancienne enceinte, un quartier qui pourrait
être comparé aux plus beaux quartiers des plus belles villes de l'Europe.

Toulouse est, par son étendue, une des cités les plus considérables de
France, et l'une des plus importantes par sa population que l'on peut
évaluer à 60,000 habitans, en y comprenant 2000 élèves de ses diverses
écoles, et une garnison de 3ooo hommes; ses murailles, construites en
i345, et que l'on voyait naguère encore flanquées de deux grosses tours
rondes et percées de neuf portes, tombent de jour en jour sous le
marteau démolisseur.

La plupart des édifices et des monumens de cette ville méritent
l'attention des étrangers. Le Capitole, ou l'Hôtelde-Ville, qui occupe
un des grands côtés de la place Royale, est presque entièrement
reconstruit à neuf sur l'emplacement de l'ancien édifice. Sa façade,
longue de 36o pieds sur 120 de hauteur, présente l'aspect le plus
imposant. Si nous entrons dans la première cour, on nous montrera la
place où le duc de Montmorency fut décapité, et dans la salle dite des.
Armoires defer, l'arme qui fit tomber la tête de ce héros, qui, malgré
son repentir, ne put trouver grâce près de son roi, ou plutôt, près du
plus implacable des ministres. La galerie des Illustres renferme les
bustes des personnages dont la ville a voulu honorer la mémoire. Depuis
Marcus Primus Antonius, sénateur romain, qui naquit à Toulouse l'an 19
de l'ère chrétienne, jusqu'au savant naturaliste Picot de La Peyrouse,
qui mourut en i83o, plus de 160 noms plus ou moins célèbres dans les
arts, les sciences, les lettres, la magistrature, l'état militaire et
l'oitlre ecclésiastique, tels que Raymond de SaintGilles, comte de
Toulouse, l'un des héros de la première croisade, Clémence Isaure, qui
fonda en 1323 le collège

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de Gay-Savoir-, érigé en académie des Jeux floraux , en 1694, le
jurisconsulte Cujas, le courageux magistrat Duranti, que les ligueurs
massacrèrent en 1689, le mathématicien Fermât, le tragique Campistron,
le chancelier de France Guillaume de Nogaret, l'abbé Sicard, instituteur
des sourds-muets, figurent dans cette galerie. Dans la salle des séances
de l'académie des Jeux floraux, contiguë à la galerie des Illustres, on
remarque la statue de Clémence Isaure.

Au centre de la place Royale s'élève une magnifique fontaine érigée par
les soins de M. de Montbel, alors maire de Toulouse, et qui, devenu
ministre, fut l'un des signataires des fatales ordonnances de Charles X.
Ce beau monument en marbre blanc des Pyrénées est orné de basreliefs
relatifs à la campagne d'Espagne en 1823 : que ne retracent-ils les
principales scènes de la bataille livrée sous les murs de Toulouse en
1814, et dans laquelle le maréchal Soult se couvrit de gloire en battant
l'armée anglo-espagnole trois fois plus nombreuse que la sienne et
commandée par le duc de Wellington; le sculpteur aurait vu le travail de
son ciseau à l'abri de l'instabilité attachée aux événemens que l'esprit
de parti peut considérer sous plusieurs faces. La fontaine qui décore la
pface de Saint-George est une colonne cannelée en fer fondu de 52 pieds
de hauteur, surmontée d'un globe de bronze doré, et dont le piédestal en
marbre blanc est orné de quatre griffons en fonte qui jettent de l'eau
dans un grand bassin en pierre. Une autre fontaine monumentale s'élève
sur la place de la Irinite; elle consiste en une coupe de marbre blanc
des Pyrénées supportée par trois figures de femmes en bronze, dont le
corps se termine par des rinceaux d'une grande richesse.

L'eau s'élance en gerbe du milieu de la coupe, à 24 pieds au-dessus du
sol, et retombe en nappes abondantes. Outre ces fontaines élégantes
auxquelles nous pourrions en ajouter sept autres moins remarquables,
cent fontaines-borne-

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L'une forme gracieuse sont distribuées dans les divers [uartiers de la
ville. Alimentées par une belle machine Lydraulique, et coulant nuit et
jour, elles lavent sans ;esse et rafraîchissent les rues. Aussi
Toulouse, la ville Le France naguère une des plus pauvres en fontaines,
estille aujourd'hui l'une des mieux arrosées. Elle doit à
l'adninistration de M. de Montbel ce genre d'agrément et l'utilité.

La cathédrale serait une des plus belles de France, si îlle était
terminée : la nef et le portail appartiennent à une ancienne église
lourdement gothique ; mais le chœur, bâti lu XVIe siècle pour une
nouvelle église qui n'a pas été continuée, ne se trouve pas dans
l'alignement de la nef.

On admire l'élégance de ce chœur et le beau morceau de sculpture de
Germain Drovet représentant le martyre de saint Etienne. L'ancien palais
archiépiscopal, attenant à cet édifice et consacré à la préfecture, est
le plus bel édifice moderne après le Capitole. La salle de spectacle
nouvellement construite n'offre rien de remarquable.

L'église des Grands-Augustins, beau monument du XIVe siècle, a été
convertie en un musée que l'on peut considérer comme l'un des plus
remarquables du royaume.

On y voit quelques tableaux originaux de Philippe de Champagne, de
Vincent, des deux Rivais originaires de Toulouse, ainsi qu'une esquisse
de Rubens. On y a réuni des statues, des inscriptions et tous les objets
d'antiquité que différentes fouilles ont fait découvrir dans le
département. La ville possède deux bibliothèques publiques contenant
ensemble 60,000 volumes. Dans celle du collége on conserve les Heures de
Gharlemagne, in-quarto, en lettres d'or sur vélin, données par ce prince
à l'abbaye de Saint Sernin, lors de son passage à Toulouse en 778. Les
autres établissemens les plus remarquables sont : l'académie
universitaire, celle des beaux-arts, l'école secondaire de méde-

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cine et de chirurgie, le collége royal, le jardin botanique, l'arsenal,
l'école d'artillerie, celle d'équitation, la fonde- rie royale de canons
et l'hôtel des monnaies. Toulouse renferme aussi deux grands hôpitaux,
un hospice des orphelins et six maisons de secours. Enfin cette ville
entretient onze imprimeries, vingt-trois magasins de librairie, et
publie deux journaux politiques et neuf journaux de sciences et de
littérature.

Avant de quitter Toulouse et les sites charmans qui l'entourent, donnons
une idée de ses habitans. « Beaucoup d'esprit et de gaieté, beaucoup de
penchant à l'obligeance et aux sentimens affectueux, beaucoup de douceur
et d'amabilité dans le commerce de la vie, tels sont, avec un grand
fonds de vivacité, source trop ordinaire d'une excessive promptitude
dans le jugement comme dans la' détermination, les traits éminemment
caractéristiques du Toulousain. L'étude des lois et leur application,
les travaux scientifiques et littéraires, la culture des arts,
particulièrement de la danse et de la musique, les plaisirs et les
fêtes, tels sont les principaux et les divers élémens des occupations
auxquelles il se livre avec le plus d'ardeur. Le Toulousain dans toute
sa charge est un Gascon renforcé : comme tel, il est satisfait de lui
-même, et pense que tout le monde doit l'être. Vient-il dans la capitale
de la France, il y porte le même ton et la même assurance qu'il avait
dans celle de son département. Il l'y conserve sans altération, et ne
voit pas de raison pour changer en rien ses habitudes, ni pour apporter
aucune modification à ses manières qu'on peut appeler
ultra-provinciales. Ne doutant de rien, il affirme tout ce qu'il dit, il
dit tout ce qui lui passe par la tête, toujours avec cette gaieté
languedocienne qu'accompagne trop souvent la légèreté, et toujours avec
son accent toulousain. Si quelquefois il fait rire à ses dépens,
quelquefois aussi il amuse la société par les saillies gaies et piquantes

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mt il assaisonne ses discours. Dans tous les cas, il est le emier à rire
de ce qu'il dit, et ne demande pas mieux que faire rire, sans
s'embarrasser si c'est de sa personne ou ses bouffonneries; il est même
fort bon joueur à cet ard.

» Voilà pour les manières plus encore que pour le caracre, et pour la
classe lettrée bien plus que pour celle du :uple, dont nous allons nous
occuper. Ici la teinte se mbrunit : cette légèreté nationale qui,
accompagnée d'une ande mobilité d'esprit, calcule peu et ne prévoit
rien, ayant pas été modifiée par l'éducation , rend et a rendu peuple
toulousain extrême en tous points, comme en us temps. Lors de nos
dissensions religieuses, on le voit livrer à tout le délire du
fanatisme, d'accord avec son trlement, ainsi que ses capitouls qui
refusent d'enregistrer s édits de tolérance échappés parfois, et comme
par hard, à la sanguinaire cour de Charles IX. Il repousse avec le sorte
de rage toute mesure de douceur , accueillant au Intraire avec transport
la nouvelle et l'ordre du massacre i laSaint-Barthélemi, ordre qu'il
exécute avec une atroce nulation, de manière à ne pas le céder en
férocité aux rorgeurs de Paris. Peu de temps après, il épouse les excès
c la Ligue avec la même fureur, et massacre le vertueux ésident Duranti
pour s'être montré dévoué à la cause tyale. Au temps de la révolution il
en épouse d'abord les 'incipes avec ardeur, ensuite les excès avec
violence, puis s excès opposés avec une violence égale, et les uns et
les îtres y ont eu leurs égorgeurs et leurs victimes. Plus tard,
onaparte est accueilli avec enthousiasme; plus tard encore, n accueille
avec le même enthousiasme lord Wellington et m armée. Peu de temps
après, le général amel, envoyé à Toulouse par le roi, à titre de
commanant du département, y est massacré pour avoir refusé de Midoyer
les compagnies secrètes, qui, s'instituant volon-

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taires royaux, voulaient commander eux-mêmes dans le Midi (1). »

La route de Carcassonne traverse une plaine magnifique et la petite
ville de Ville-Franche de Lauragais, située sur le bord de YHers, et
près du canal du Midi. Muret, dans une vallée, au confluent de la Louge
et de la Garonne, fabrique de la faïence fine et des draps communs. Elle
est célèbre dans notre histoire par le siège que Simon de Monfort y
soutint en 1213 contre le roi d'Aragon, et par la sanglante bataille
dans laquelle celui -ci perdit la vie. A Saint-Martory, situé à
l'embranchement de quatre grandes routes, on traverse sur un beau pont
terminé par deux arcs de triomphe, la Garonne , qui arrose une jolie
vallée. Cette ville a vu naître, au IVe siècle , le prêtre Vigilance ,
qui tenta vainement de réformer les abus introduits dans l'Eglise.
Saint- Gaudens, sur la rive gauche du fleuve, est l'entrepôt d'un grand
commerce avec l'Espagne. En continuant à s'élever vers les Pyrénées,
Saint-Bertrand-de- Comminges, autrefois considérable, renferme à peine
800 habitans; on y voit des ateliers de marbrerie d'où sort une grand e
quantité de vases, de statues et de bas-reliefs. Le mausolée du sain
évêque dont elle porte le nom se fait admirer dans son église. Le hameau
de Valcrabère, en latin vallis Capraria, qui lui sert de faubourg, est
bâti sur les ruines de Lugdunum Convena ou Civitas Convenarum, cité qui
s'élevait jusqu'à Saint-Bertrand-de-Comminges. Un reste de voûte romaine!

qui paraît avoir appartenu à un théâtre, est une des pluj importantes
ruines que l'on y remarque, mais des fouilla faites dans la ville et
dans le faubourg ont fait découvri un grand nombre d'inscriptions de
tombeaux et de bronze r A une lieue de Saint-Béat, triste ville de 1200
âmes donj les maisons en marbre semblent menacées de destruction

(1) M. Vaysse de VilUen : Itinéraire descriptif de la France.

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aar les deux montagnes qui y forment un étroit défilé, qu'une forte
digue préserve des inondations de la Garonne, m quitte la vallée
qu'arrose ce fleuve, pour entrer dans elle dont l'extrémité est occupée
par Bagnères, à l'ouverture de celle de Luchon.

Bagnères - rie - Luchon mérite à peine le titre de ville, mais les
accroissemens qu'elle prend chaque année ne tarderont point à le lui
acquérir. Sa forme est celle d'un triangle iont chacune des pointes est
prolongée par une avenue : l'une bordée de platanes, qui aboutità la
vallée de Luchon, l'autre de sycomores, qui s'étend dans la vallée de
Larboust, ît la troisième de deux rangs de tilleuls, qui remonte la
rallée æ la Pique.. Cette dernière, la plus septentrionale, îst celle
qui conduit aux bains, et conséquennnent la plus iréquentée. Elle est
bordée de maisons bien hâiies : l'établissement thermal, l'un des plus
beaux de ce genre, a l'apparence d'un château moderne. Les Romains
possédaient mssi des bains non loin de cet édifice (i). A différentes f
poques on y a trouvé des autels et des inscriptions votives.

a vallée 4e Luchon près de Bagnères est large , partagée :n belles
prairies et en terres labourées qui rapportent SQU'ent deux récoltes
dans la même année. dans ses environs >n nourrit beaucoup de gros bétail
et des chèvres. Des forges où l'on respire le parfum des fleurs; la vue
du pic le la Maladetta, couvert de neiges éternelles et situé sur la
Tête des Pyrénées espagnoles ; les toi rens qui tombent en cascades,
sépandent un intérêt et un charme inexprimables nr les.excursions que
l'on tant autpur de Bagnères. Mais, LU ipilieu de petite nature si belle
et "si riche, on est soureni attristé par la reiaunpritre de ces êtres
dégradés appelés

-<.J) Ils les appelèrent tLSahorcL Aquœ Corwe/iarum, -et par la suite,
Aquæ talneariœ Luxouienses,. En crRipant le nouveau bâtiment thernjial,
on lécouvrit plusieurs pierres romaines, dont une, en forme d'autel
anique, porte cette inscription : 1VYMPHIS Aue. SACRTTM. On l'a placée
dans < cour, à gauche <!c la porte d'entrée.

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crétins ou cagots, aussi hideux par la maladie du goitre dont ils sont
affectés, que par leur dégradation morale; véritables parias de nos
Pyrénées, hommes, femmes, enfans , tous sont vus avec horreur par les
autres habitans qui les réservent aux travaux les plus vils. L'aisance
et la propreté, compagnes du travail, contribuent heureusement par leurs
progrès, chaque année plus sensibles, à diminuer le nombre de ces
infortunés.

« On ne peut faire quelque séjour dans cette ville , sans visiter la
chaîne de montagnes dont elle est dominée ait midi ; il faut, pour cela
, remonter le cours de la Pique à travers les forêts, dans lesquelles on
s'enfonce après avoir dépassé les ruines de la manufacture de saffre et
d'azur, et un peu plus haut celles du fort de Castel-Viel. Un sentier
qui suit les sinuosités d'une vallée étroite et déserte, conduit à un
hospice français où les muletiers qui passent en Espagne trouvent un
abri et quelques alimens. De cet asile sauvage on croit découvrir les
bornes de l'univers; c'est la crête des montagnes qui séparent les deux
empires : on y parvient par un sentier en zig-zag, pratiqué à travers
des éboulemens, et on la franchit par une fente de rocher, connue sous
le nom de Port de Venasqlle. L'espace qui se trouve entre l'hospice et
ce passage offre un amphithéâtre de ruines; sa triste monotonie est
interrompue par quatre lacs dont les compartimens bizarres annoncent les
grandes secousses auxquelles ils doivent leur existence.

» Quittons cette terre désolée et revenons sur nos pas.

A moitié chemin du port de V énasque à Bagnères, on voit sur la rive
droite un courant d'eau qui vient se jeter dans la Pique : c'est le
torrent du Lys, qui, dans son cours tortueux. et presque rétrograde ,
semble regretter la vallée à laquelle il a donné son nom. Remontons vers
sa source traversons avec lui ces épaisses forêts, nous serons bientôt
dédommagés des difficultés de ce trajet montueux.

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» Rien n'est plus riant, rien n'est plus pittoresque que cette vallée du
Lys, dans laquelle nous entrons; la nature, pour l'embellir, semble
déroger à ses lois ordinaires. Dans toute la chaîne des Pyrénées la
végétation s'affaiblit à la hauteur où nous nous trouvons; tandis que de
riches prairies tapissent ici les bords du torrent, et répandent leur
éclatante verdure jusque sur les flancs. des montagnes : 240 granges,
d'une construction élégante, abritent d'innombrables troupeaux, et
renferment leur provision de foin pour l'hiver. Il a suffi d'éloigner
ces troupeaux, des pâturages pendant quelques semaines, pour donner
àl'herbe naissante le temps de croître et-de mûrir, et aux propriétaires
celui de la recueillir. Cependant le fond de cette vallée avoisine les
rochers calcaires qui soutiennent la'cr^te des Pyrénées. Une cascade
fort élevée étend la nappe de ses eaux sur leur flanc; elle se précipite
avec tant d impétuosité dans un gouffre connu sous le nom de Trou d
arifer, qu'une épaisse vapeur empêche d'en approcher de plqpieurs toises.

» De Bagnères-de-Luchon on remonte la rivière de Go pour entrer dans la
vallée de Larboust, remarquable par la beauté de ses pâturages, que
couvrent de nombreug.

troupeaux, et par la position pittoresque de ses villes.

Le village d'Oo se trouve à fextrémité orientale de çe^te riante vallée,
et semble être aussi le terme du nwnd e hbitê.

Les montagnes qui le dominent annoncent l'entrée d'une des vallées les
plus sauvages et les plusr désertes des Pyrénées , c'est le val de
l'Asto. Le torrent qui mugit da,ns; le fond de cette gorge étroite
s'échappe du lac Culégo ou Séculéjo, auquel M. Ramond donne une surface
de 200,000 toises carrées. Ce lac, de figure ovale, a son plus, grand
diamètre du midi au nord; il est retenu à ce dernier aspect par une
digue naturelle, dont une crevasse donne naissance au torrent : il
reçoit les eaux du lac d'Espingo qui le domine

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de 800 toises. Une cataracte se précipite de la surface de l'un dans les
profondeurs de l'autre avec un fracas épouvantable. Le cristal de ces
eaux est d'autant plus brillant qu'il contraste avec les rochers
rembrunis rassemblés en ligne circulaire autour du lac inférieur (1). »

Malgré l'aridité des montagnes qui depuis la cime des Pyrénées
s'étendent jusqu'au canal du Midi; malgré les montagnes Noires qui
s'élèvent au nord et qui dépendent de la chaîne des Cévennes, le
département de VAude tire de son agriculture des produits qui dépassent
ses besoins.

La principale rivière qui l'arrose, le canal qui le traverse d'occident
en orient é), et la Méditerranée qui le baigne, l'ont rendu commerçant,
ou du moins ont contribué à l'activité de son industrie. Il a compensé
le peu d'importance de ses exploitations minérales par des usines et des
forges, et sous ce dernier rapport il est en troisième ligne. L'habitant
actif, économe et frugal, possède une aisance qui excède la moyenne
reconnue dans les autres départemens; cependant la population est loin
d'y atteindre l'importance que produisent le travail et la prospérité.

Sostômagus, l'une des plus anciennes villes de la Gaule méridionale, fut
ruinée à l'époque où les Goths s'établirent dans nos contrées; plus tard
ils la rebâtirent et la fortifièrent ; et comme ils étaient Ariens, elle
prit le nom de Castriim Novum Arianorum, aujourd'hui Ccistelnaudary. Le
canal du Midi, qui la traverse, y forme un beau bassin qui sert de port,
et dont l'enceinte, garnie de quais ombragés par des arbres, est sa plus
belle promenade; les établissemens de bienfaisance et d'industrie ne
manquent pas dans ses murs; les souvenirs historiques s y pressent : on
sait que le comte de Toulouse fut oblige de

(1) Description des Pyrénées, par Dralet.

(a) Sur une étendue de 185,63o mètres, le canal du Midi en pammrt
121,172 sur le territoire du département de l'Aude.

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démolir ses fortifications en faisant sa pa avec saint Louis,.

l'an 1229; que les Anglais la brûlèrent en 1355 ; qu'elle fut rebâtie e1
augmentée environ dix ans plus tard, et que ce fut sous ses remparts que
le maréchal de Schomberg, à la tête des troupes de Louis XIII, défit
celles 4e Gaston d Orléans, commandées par le duc; de Montmorency, qui
fut décapité à Toulouse. Parnji les hommes distingués fIouquels elle a
donné le jour, nous citerons le brave et savapt général Andréossy. Ses
filatures de laine, mues par des machines hydrauliques, sont
remarquables par leur importance. A une lieue et demie à l'est de cette
ville, la petite cité de Saint-Papoul, qui renferme à peine i5oo
habitans, fut depuis 1317 jusqu'en 1790 le siège d'un évêcfyé.

De astelnaudary à Carcassonne il n'y a que les bords du canal du Midi
qui soient ombragés de quelques arbres ; le reste de la campagne offre
la plus triste nudité. La répugnance des gens de ce pays pour les arbres
passe toute croyance. Aussi c'est ce qui fait dire à un voyageur
français, que certainement les habitans de l'Aude ne descendent pas des
adorateurs des forêts. « Et ce n'est pas, ajoutet-il, le paysan seul qui
détruit toute plante portant ombrage ; des hommes, qui hors de là ont
tous les symptômes de la civilisation, s'en vont hachant, coupant,
rasant et ne plantanjais. Si on leur demande, en contenant le mieux
possible son indignation, comment, sous un climat quelquefois brûlant,
sujet à des vents insupportables et presque continuels, ils ne cherchent
pas à se procurer quelque abri par des plantations, comme on fait
ailleurs, ils ont la COI)., fiance de vous répondre que chez eux le
terrain est trop précieux pour cela : comme si en Normandie et en
Flandre la terre se donnait pour rien (0 ! » L'Aude divise Car cas-

C1) Promenade de Paris à Bagnères-de-Luchon, par M. le Cte P. de V.

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sonne en deux parties : la ville haute, misérable et presque déserte,
entourée de vieilles murailles, est mal bâtie, sur un rocher ; la ville
basse, formée de rues larges et bien percées, arrosées par des ruisseaux
d'eau vive, est animée par le mouvement de son beau port sur le canal,
ornée de belles promenades, d'une cathédrale dont on admire les vitraux
, d'un hôtel-de-ville dont on remarque la porte d'entrée, d'un hôtel de
préfecture avec un jardin magnifique, de belles casernes et de plusieurs
autres édifices. Dès le XIIe siècle cette ville était renommée pour ses
fabriques de draps : on en compte environ quarante, dont la plupart
travaillent pour le Levant. Carcassonne est Carcaso dont parle César
(1). Elle est la patrie de Fabre d'Eglantine. Dans ses environs, sur les
bords du Fresquel, qui passe sous le canal, on voit un arc de triomphe
élevé à Numérien.

Limoux, sur l'Aude, renferme une dizaine de fabriques de draps et de
ratine, et n'offre rien de remarquable qu'une porte appelée porte de la
Trinité. On prétend que cette cité existait du temps de Jules-César sur
la montagne de Lacanal, à 3oo mètres de la ville actuelle, qu'elle fut
détruite pendant les guerres du comte de Toulouse, et rebâtie dans la
plaine en 1262. L'Aude arrose aussi la petite ville d'A let, peuplée de
1100 âmes, et connue pour ses eaux thermales. Narbonne, célèbre sous le
nom de Narbo 3oo ans avant notre ère, et surnommée Martius par le consul
romain qui, 15o ans plus tard , y fonda une colonie, est située sur le
canal de la Robine, qui, par l'étang de Sigean, communique avec la
Méditerranée : on admire sa cathédrale gothique, et l'on voit avec
intérêt, sur ses murs d'enceinte, dans ses églises, et dans la cour de
l'ancien archevêché, plusieurs débris antiques bien conservés. C'est

(1) De Bell. Gall., lib. Ill,

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la patrie de Varron, poète et guerrier, de l'empereur MarcAurèle, de
l'orateur Fronton et du savant antiquaire Montfaucon. Au moyen âge,
quatre fois plus peuplée, elle faisait des traités de commerce avec
Alexandrie et Constantinople, et l'air qu'on y respirait était renommé
pour sa pureté; aujourd'hui ville de 10,000 âmes, ayant pour port celui
de La Nouvelle sur le canal, le miel de son arrondissement forme une des
branches de son commerce, mais les émanations des marais d'alentour ont
un effet pernicieux sur la santé de ses habitans.

L'extrémité orientale des Pyrénées donne son nom au département que nous
allons parcourir. Il est divisé en trois petits bassins qu'arrosent le
Gly, la Tet et le Tech, qui coulent dans la direction générale de
l'orient. Son climat est chaud, et l'hiver on y éprouve une température
printanière. Son exposition y développe la végétation des contrées
orientales dont la vigueur se fait principale-, ment remarquer dans les
vallées du Carrol, de la Tet et du.

Tech : les grenadiers y forment une partie des haies ; les champs sont
couverts de mûriers, d'oliviers et d'orangers ; le serpolet, le
genièvre, ta lavande et le romarin couvrent les terrains incultes et les
flancs des montagnes, et les vents portent au loin leurs parfums
agréablement mélangés ; la vigne, excitée par les chaleurs de l'été,
produit une grande quantité de vins, dont les deux cinquièmes sont
livrés aucommerce : les coteaux de Collioure, de Salces et de Rivesaltes
sont les plus estimés. Cependant, pour faire ombre au tableau que
présentent tant d'avantages physiques, nous devons dire que pendant la
brûlante saison, l'aridité règne souvent sur ce pays jusqu'au bord des
rivières que l'inclinaison de leurs lits met alors à sec, et que dans la
saison des pluies ou pendant la fonte des neiges, elles se transforment
en torrens dévastateurs. Nous devons encore dire que les terrains qui
bordent la mer, formés par des atter-

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nssemens, ne sont, jusqu'à l'embouchure du Tech, que des plages
marécageuses dont les émanations nuisent à la prospérité de plusieurs
cantons, et produiraient l'effet le plus nuisible sur la population, si
l'air n'était de temps en temps purifié par un vent du nord-ouest appelé
Tramontane, parce qu'il traverse les montagnes de Corbières, que nous
avons vues s'étendre dans le département de l'Aude.

Perpignan, siège de préfecture et d'un évêché suffragant de l'archevêché
d'Alby, est située sur la rive droite de la Tet, et sur la petite
rivière de la Basse. Elle est à deux lieues de la mer, au pied d'une
colline, et probablement non loin de l'emplacement de l'ancienne cité
municipale de Flavium Ebusum. Ses vieilles fortifications et les travaux
élevés d'après les principes de Vauban ont été presque entièrement
renouvelés en 1820. Du haut de ses remparts, la vue s'étend sur une
plaine magnifique bordée par des montagnes que domine vers le couchant
le pic du Canigou, toujours couvert de neige. Sur le côté opposé,
plusieurs percées naturelles faites au milieu des plus rians coteaux,
laissent voir la mer qui se déploie dans le lointain.

La citadelle, dont le sol élevé est traversé par un puits intarissable,
domine toute la ville, que l'on distingue en neuve et vieille; les
casernes, bâties par Louis XIV pour contenir 5ooo hommes, occupent l'un
des deux grands côtés de la vaste place d'armes. Il ne manque à l'église
de Saint-Jean qu'un portail pour être un bel édifice : elle l'emporte
cependant sur l'hôtel-de-ville, le palais de justice et l'hôtel des
monnaies. Nous ne dirons rien de la salle de spectacle. Le collège, la
bibliothèque, contenant i3,ooo volumes; le cabinet de physique, la
collection d'histoire naturelle , le jardin botanique et la pépinière
départementale, sont certainement fort utiles, mais n'ont rien de
comparable à la bergerie royale, hors des murs de la ville,
établissement dont on admire la belle tenue. Perpignan.

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est le centre d'un .grand commerce de vins, d'eau-de-vie, de laine et de
soie. Dans ses murs mourut, en 1285, le roi Philippe-le-Hardi, et
naquirent Jean Blanc qui la défendit, en 128 5, avec opiniâtreté, le
peintre Rigaud et le général Dugommier.

PradeSj dans une vallée profonde, est une petite ville mal bâtie, mais
propre, dont l'église renferme l'une des plus xiches chapelles qui
existent en France. On sent ici le voisinage de l'Espagne. Près du col
de la Perche, la. place forte de Mont-Louis, défendue par une belle
citadelle quadrangulaire, est la ville de France la plus élevée audessus
du niveau de la mer. Fïllefranche, protégée par un château, est presque
entièrement bâtie en marbre. Sur la rive gauche du Tech, Elne, peuplée
de 1200 habitans, est l'ancienne Helena, plus anciennement encore
Uliberis , célèbre par le campement d'Annibal sous ses murs. Céret, peu
peuplée, entourée de hautes murailles, renferme le pont le plus hardi
qui existe en France; il est d'une hauteur prodigieuse, et formé d'une
seule arche, dont les culées, bâties sur deux rochers, lui donnent une
ouverture de 140 pieds. Collioure, autre petite place de guerre,
entourée d'une vieille muraille, mais défendue par trois.

forts et un château, possède une école de navigation.

Port-Vendre, près de la frontière, n'était, sur la fin du XVIIIe siècle,
qu'un petit port qui pouvait à peine rivaliser avec celui de Collioure,
dont elle est peu éloignée ; elle doit sa prospérité au maréchal de
Mailly, qui, à cette époque, était gouverneur du Roussillon. Il devina
le parti qu'on pouvait tirer de sa position : son port, qui avait été
comblé, fut reconstruit; un* bassin qui peut contenir 500 vaisseaux fut
creusé ; et maintenant Port-Vendre, enrichi par le commerce, est une
petite ville bien bâtie, dont la.

place publique est ornée de fontaines et d'un obélisque erk marbre, de
100 pieds de hauteur.

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Des sources de la Tet il suffit de traverser quelques gorges pour se
trouver dans les deux principales vallées qui donnent naissance à X
Ariege. Le département que cette rivière arrose est couvert de
montagnes, de forêts et de pâturages ; deux climats distincts partagent
son territoire : la partie méridionale est par son élévation exposée aux
froids les plus vifs et à de grandes chaleurs, tandis que les vallées de
la partie septentrionale éprouvent la douceur des climats tempérés. Ces
vallées, couvertes de prairies abondantes , ont encouragé la
multiplication des troupeaux et l'éducation des abeilles. La nature du
sol y compense l'insuffisance des vignes par l'abondance des céréales
qui produisent au-delà de ses besoins ; l'industrieuse activité de ses
habitans a mis à profit ses richesses minérales : on y épure le fer, on
y fabrique de l'acier, et le nombre de ses forges à la catalane place ce
département au premier rang pour ce genre d industrie.

En approchant de la petite ville de Foix dans la vallée de l'Ariège, la
vue de son château composé de trois tours gothiques, le nombre des
usines établies sur la rivière, le souvenir de la place brillante
qu'occupent dans notre histoire les comtes qui portaient le nom de cette
ville et qui habitaient son vieux castel, excitent l'intérêt; mais il
cesse en entrant dans la ville : rien n'y annonce une cité d'origine
phocéenne qui aurait porté chez les anciens le nom de Phocée. Les rues
en sont étroites ; le château n'est plus qu'une maison de réclusion qui,
comme la plupart de celles de France, réclame les améliorations les plus
impérieuses. Malgré son rang de chef-lieu de département, malgré
l'industrie des habitans, le commerce et l'activité y sont proportionnés
au peu d'importance de la population. Tarascon est dans une position
charmante, au confluent de l'Ariège et du torrent qui descend de la
vallée de Vic-d'Esso,'i. Ax est célèbre par ses cinquante-trois

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sources minérales et thermales. Si nous descendons vers le nord,
Pamiers, environnée de canaux alimentés par L'Ariège, et servant de
moteurs à de nombreux établissemens industriels, est composée de rues
larges et bien bâties.

Pour dédommager cette ville d'avoir cédé le pas à Foix, qu'elle surpasse
sous tous les rapports, on en a fait un siège épiscopal. Autrefois elle
était la capitale de l'ancien comté de Foix. Sa cathédrale est bâtie sur
les dessins de Mansard. Près de Mirepoix, petite ville assez jolie, il
existe une montagne appelée le Puy du Till, qui offre une singulière
particularité : des cavités profondes dont elle est percée, s'échappe en
tout temps un vent très-frais, et quelquefois très-violent, connu sous
le nom de vent de Pas On taille à Mirepoix le jayet, que l'on exploite
sur son territoire.

La seule ville à voir encore dans ce département, est Saint- Girons,
arrosée par le Salat, petite rivière dont le cours torrentueux met en
mouvement des usines, de belles papeteries et des fabriques d'étoffes. A
peu de distance de cette jolie sous-préfecture, Saint-Lizier, jadis le
siège d'un évêché, revendique vainement le titre de ville ; sa
population est à peine de noo habitans; et comme pour donner une idée
des vicissitudes de ce bas-monde, le palais épiscopal a été converti en
un dépôt de mendicité. Elle doit son nom à l'un de ses premiers évêques:
chez les anciens elle porta d'abord celui d'Austria, puis celui de
Consoranni. De là son territoire fut appelé CouseraTlS".

L'ancien comté de Bigorre compose à peu près tout le département qui
doit son nom à la partie la plus haute des Pyrénées. Ce n'est que vers
le nord que l'on trouve des plaines ; le reste n'offre que des montagnes
d'un accès difficile, des pics décharnés, des sommets couverts de
glaciers, des lacs alimentés par la fonte des neiges, et des

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vallées tapissées de verdure et dominées par des forêts.

Des torrens ou gaves qui tombent en cascades du haut des montagnes vont
former l'Adour, la Garonne, et d'au- tres rivières qui arrosent ce
département et ceux qui l'en- j vironnent. Depuis les limites qui le
séparent de celui du Gers, jusque vers le Mont-Perdu, le Mont-Blanc des
Pyrénées , on éprouve presque toutes les températures de l'Europe , et
la végétation passe par degrés de celle des climats tempérés à celle des
régions hyperboréennes. Les terres les plus fertiles fournissent à
l'agriculture peu de céréales, mais elle s'en dédommage par l'abondance
des vignes. Une population active habite les montagnes : riche en
bestiaux, sa manière de vivre rappelle celle des anciens peuples
pasteurs. Les bergers ont leurs habitations d'hiver et leurs habitations
d'été; ils choisissent pour les premières les vallées basses , et pour
les secondes les vallées supérieures. C'est dans celles-ci que,
dirigeant les eaux avec intelligence, ils cultivent les prairies qui
doivent dans l'arrière-saison fournir à la nourriture de leurs troupeaux.

Le même filet d'eau, dit un auteur célèbre (1), abreuve les possessions
contiguës placées les unes au-dessous des autres. Une ardoise posée de
champ est la simple écluse qui coupe son cours où l'on veut, et le
renvoie dans les canaux voisins, où les mêmes moyens le dirigent de
prairie en prairie, jusqu'au plus bas de la pente qu'il doit fertiliser.
Pendant que toute la famille s'occupe de la cul- ture, un seul homme
conduit tous les troupeaux dans les montagnes les plus élevées, où des
pâturages naturel s lesl attendent, s'il ne trouve aucune anfractuosité
pour lui servir d'asile, il se fait une hutte de quelques pierres
entassées. L'automne ramène le bétail dans la maison d'été; que la
famille a quittée pour descendre au village ; le ber-

Q) B,amond, Voyage et observations faites dans les Pyrénées.

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er passe l'hiver dans cette solitude avec ses troupeaux lui consomment
la provision qu'il leur a préparée; il y >rave les rigueurs de la
saison, les neiges, les vents inipéueux et les lavanges qui le menacent
sans cesse. Il n'a )our nourriture que le lait de ses vaches chétives,
car les >estiaux de ces montagnes sont loin d'avoir la vigueur de eux
des Alpes.

Nous commencerons notre excursion dans les différentes rilles de ce
département, par le nord : nous verrons d'abord sur la rive droite du
Lechez, Kic-en-Bigorre, petite ville de 35oo âmes, qui possède des
distilleries d'eau-dep vie et des tanneries. Rabastens, près des bords
du canal lue fit creuser AlaricII, roi des Visigoths, est cette petite
ville dont les habitans, après avoir capitulé, furent tous massacrés
sans distinction d'âge ni de sexe, parce qu'ils étaient tous protestans,
par Montluc qui commandait les troupes de Charles IX, après la bataille
de Montcontour.

Plus loin, en remontant l'Adour, la jolie ville de Tarbes, aux rues
larges et bien percées, où le marbre se mêle à la brique, où les
ruisseaux, alimentés par des eaux courantes, se joignent à la clarté
d'un ciel toujours pur, pour entretenir dans ses murs la fraîcheur et la
salubrité, est le cheflieu de préfecture, l'entrepôt de tout le commerce
du département, et le rendez-vous des Espagnols qui viennent y faire des
achats considérables en bestiaux. La préfecture occupe l'ancien palais
de l'évêché; la cathédrale est bâtie sur les ruines de la forteresse de
Bigerra. Le château des comtes de Bigorre sert aujourd'hui de prison. Ce
chef-lieu renferme une jolie salle de spectacle, un beau collége et un
vaste hôpital; on y voit une place, celle de Maubourguet, entourée de
cafés et d'hôtels, et plantée d'arbres, mais formant une moins belle
promenade que celle du Prado, située hors des murs. Près de cette
promenade se trouve un haras royal comprenant deux i mmenscs écuries
séparées

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par un beau manège. Tarbes paraît occuper l'emplacement de l'ancienne
cité des Tarbelli.

Plus on s'éloigne de Tarbes en remontant l'Adour, plusla plaine se
rétrécit. On a traversé le village de Pouzac, intéressant par les
courses de chevaux qui s'y font tous les ans et par les vestiges d'un
eamp romain ; en s'élevant encore, on se trouve dans une vallée garnie
de pâturages, de vergers et de treilles, et l'on arrive à Bagnèresde-
Bigorre, chef-lieu qui acquiert de l'importance par le nombre
d'étrangers que ses eaux minérales y attirent : on porte ce nombre à 16
ou 18,000, dont 6000 peuvent à la fois trouver à se loger d,ans cette
cité de 7000 âmes. Ce n'est point exagérer que de porter à i,5oo,ooo fr.
l'argent qu'ils y répandent chaque année. Bagnères-de-Bigorre, dit un
voyageur français, est une petite ville si propre, qu'il semblerait
qu'un de nos rois l'aurait fait acheter en Hollande pour servir de
modèle à ses sujets des provinces méridionales. Ses vingt-deux rues, la
plupart assez larges et toutes abondamment arrosées, sont pavées en
cailloux arrondis par les eaux de l'Adour, et rangés avec régularité
comme les pierres d'une mosaïque , mais qui sont aussi fatigans pour la
marche qu'ils sont agréables à la vue. Des promenades charmantes dans la
belle vallée de Campan et sur les bords de l'Adour ajoutent à l'agrément
qu'offrent sa position pittoresque, au pied d'une colline couverte de
bois et de verdure, et les lieux, de délassement et de plaisir qu'elle
renferme. Du temps desi Romains, elle n'était qu'un bourg appelé Vicus
aquensis" dont les eaux étaient regardées comme très-salutaires, ainsi!

que le prouvent plusieurs inscriptions trouvées dans se environs. - j Ce
qui augmente l'intérêt du joli bourg de Campan, dont) la population est
de 4500 âmes, ce sont ses fabriques d'é toffes de laine, son importante
papeterie, ses belles mar-

breries, et les stalactites d'une grotte de 400 pieds de pro l

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ndeur. Argelès, autre chef-lieu, n'a rien de remarquable le sa position
charmante dans un vallon qu'arrose le Gave Azun qui se réunit au Gave de
Pau. A cinq lieues plus is, près de ce dernier cours d'eau, à l'issue de
la vallée du lvedan, Lourdes est bâtie sur un rocher, que domine une
rteresse qui fut cédée aux Anglais par le traité de Brény, et
transformée depuis en une prison d'Etat. Cette lie de 4000 âmes, où l'on
trouve des fabriques de toiles ; lin et de crépon, est d'une origine
fort ancienne, autant l'on en peut juger par quelques restes de
murailles et de urs de construction romaine. A quelques lieues de là,
Úllt-Pé, dans un site sauvage, entouré de bois et de mongnes, se
dédommage de l'infertilité de son territoire, par 's fabriques de
toiles, de peignes, de clous et d'instruens de labourage.

En s'élevant vers la cime des Pyrénées, le joli bourg de luterets, dont
les environs offrent des cascades et des urces jaillissantes, est
célèbre par le séjour qu'y fit arguerite de Valois, et par ses eaux
minérales. « On sent tmbien la teinte azurée des toitures d'ardoises,
rivalisant, )ur ainsi dire , avec l'azur des eaux transparentes qui
bailent ce lieu, combien la blancheur éclatante des maisons valisant de
même avec la blancheur étincelante des casdes qui se précipitent de tous
les côtés et des neiges éterî lles qui couvrent quelques cimes
lointaines, doivent prolire un admirable effet, au milieu de la verdure
des prés , ÎS bosquets et des forêts qui formentlefond dutableau(i). »

; village de Saint-Sauveur est fréquenté pour ses eaux sulreuses. C'est
dans ses environs que se trouve la célèbre lseade de Gavarnie, qui,
tombant de 1266 pieds de hauLi il, est la plus remarquable de toutes
celles de l'Europe.

église de Luz, ouvrage des Templiers, paraît avoir été

11 Vayssc de l'illier : Itinéraire descriptif <!<• la France

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une citadelle, à en juger par une tour couronnée de créneaux. Cette
petite ville de 25oo habitans renferme une importante fabrique d étoffés
de soie et laine appelées barréges.

Redescendons ; nous traverserons Barréges, où plus de 600 baigneurs se
rendent chaque année, attirés par ses trois sources chaude, tempérée, et
froide. Ce village, composé d'une seule rue garnie de 80 maisons, d'une
chapelle, de casernes bâties par Louis XV pour les militaires blessés,
et d'un bel établissement thermal, n'est habitable que pendant la belle
saison. L hiver, il est enseveli sous les neiges, et les habitans vont
se réfugier à Luz jusqu'au retour du printemps.

Le département des Basses - Pyrénées comprend 1 ancienne principauté du
Béarn et la Basse-Navarre, seuls restes du royaume que Rome enleva au
grand - père d'Henri IV pour le donner à Ferdinand, roi d Aragon C'est
depuis l'avènement du prince béarnais au trône dt France, que nos rois
ajoutèrent à leur titre celui de roif de Navarre. Le pays de Soule et la
terre de LaholJ l' ( , appartiennent à la même circonscription
départementale La partie des Pyrénées qui couvre à peine la moitié di
département, ne présente plus ces sommets orgueilleu: que recouvrent des
glaciers éternels, mais elle offre de montagnes couronnées de forêts,
des vallées riches e peuplées, et les sites les plus agréables. A leur
base, de collines couvertes de vignes; sur les rives du Gave de Pau des
plaines riches en céréales, et vers le nord des ter rains sablonneux,
quelquefois incultes, mais susceptible d'être utilisés, contribuent à la
variété des productions d ce territoire. Vers l'occident, le cours de la
Bidassoa 1 borde en déterminant la ligne qui sépare les possessior de la
France et de l'Espagne; cette rivière embrasse

>') Dans l'idiome giscoti, laboiiiel signifie rivage.

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)etite île des Faisans, appelée Vile de la Conférence, lepuis l'entrevue
de Mazarin et de Louis de Haro , qui ;ut pour résultat le traité par
lequel l'Artois et le Roussillon Tirent cédés à la France. Malgré leur
peu d'étendue les î ô tes que baignent les eaux du golfe de Gascogne
offrent lans quelques ports de grandes ressources au commerce le ce
département, qui n'est point seulement agricole, nais qui joint à divers
genres d'industrie, l'exploitation de îlusieurs mines, des
hauts-fourneaux et des forges à la catalane.

A l'époque où les Arabes, maîtres de la plus grande partie de l'Espagne,
étendaient leurs ravages au-delà des Pyrénées, un prince du Béarn marqua
de trois pieux l'emplacement où devait s'élever un château destiné à les
contenir. Cet édifice, construit au IXe siècle, fut à la fois une maison
de plaisance et une forteresse : les Béarnais lui donaèrent le nom de
Paou, qui signifie pieu, et vers le milieu lu Xe siècle, des
habitations, groupées autour de ses murs protecteurs, formèrent une
ville qui, sous les yeux de plusieurs souverains éclairés et chéris,
s'étendit et prospéra. Telle est l'origine de Pau, chef-lieu de
préfecture, cité bâtie avec une sorte d'élégance, à l'extrémité d'un
plateau qui domine la délicieuse vallée qu'arrose le Gave, auquel
l'ancienne capitale du Béarn donneson nom. Le pont, qui s'élève avec la
majesté d'un aqueduc au-dessus de ce cours d'eau, est remara.

quable par son élévation; il contribue , avec le château , le palais de
justice et la promenade ornée d'une belle fontaine, à donner à la ville
l'ensemble pittoresque qui la distingue. Quand elle n'aurait pas vu
naître Gaston de Foix., célèbre sous le titre de duc de Nemours; Jeanne
d'Albret, nui, xeine d'un petit Etat, occupe une si grande place dans
notre histoire ; le vicomte d'Orthès , qui, dans Baronne, Epargna le
sang des victimes que Charles IX vouàit a.u massacre de la
Saint-Barthélemy; Pierre Marca, l'un des

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plus savans prélats de l'église gallicane ; Pardiès, connu par ses
travaux astronomiques; enfin ce général qui renonça aux affections de la
patrie pour occuper un trône où les vœux des Suédois l'ont fait monter,
il lui suffirait d'avoir donné le jour à Henri IV. Dans son château,
d'une construction irrégulière et bizarre, qui fut transformé en caserne
pendant la révolution, et depuis la restauration érigé en maison royale,
on conserve, avec un religieux respect, l'écaillé de tortue qui servit
de berceau à ce prince ; et l'on ne peut visiter sans un sentiment
d'intérêt les jardins qu'il parcourut tant de fois dans son enfance.

Après de si nobles et de si touchans souvenirs, dironsnous que Pau tient
une place honorable parmi les villes

industrieuses par ses fabriques de toiles et de tapis ; que l'on récolte
dans ses environs les vins estimés de Jurançon et de Gan, et qu'il n'est
point de gastronome qui n'apprécie la délicatesse de ses cuisses d'oie
et le mérite de ses jambons, auxquels Bayonne donne injustement son nom.

Nous devons toutefois ajouter que l'on remarque dans cette ville la
place Royale, ornée d'une statue pédestre de Henri-IV en bronze, qui
remplace celle de Louis XIV, que l'on détruisit pendant la révolution;
qu'une place beaucoup plus belle est celle de la Comédie; que le château
de Gélos, sur la rive gauche du Gave, renferme un haras royal ; et
qu'enfin>elle possède une académie universitaire, un collége royal, un
musée et une bibliothèque de i5,ooo vo- 1 lumes.

Nax, située plus haut-, sur la rive gauche du Gave j de Pau, fabrique
des tissus de laine, fait un commerce considérable de toiles et de
mouchoirs, et se glorifie d'être, la patrie du célèbre théologien
protestant Abbadie. On Í voit d:fns ses environs le château de Gouraze
où fut iélevé Henri IV. Oloron ou Oléron, au confluent du Gave d'Ossau
et de

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celui d'Aspe, fait avec l'Espagne un commerce considérable de jambons,
et de peignes de buis, fabriques à la mécanique. Elle expédie dans
l'intérieur les laines qu'elle reçoit de la Navarre espagnole, celles
qu'elle tire du département , et des bois de construction pour notre
marine royale. La ville haute ne consiste qu'en une halle, quelques
ruelles et une vieille église; la ville basse est divisée en deux par le
Gave d'Ossau. Mauléon, dans une vallée agréable , était la capitale du
pays de Soûle ; elle est aujourd'hui le plus petit chef-lieu de
sous-préfecture du département : sa population ne s élève pas à 1200
habitans. Orthez, ou Orthès, autre chef-lieu, six ou sept fois plus
peuplée, bien bâtie, dominée par les ruines du vieux château de Moncade,
dut à la sollicitude éclairée de Jeanne d'Albret une université ; elle y
fit même, pour l'éducation des enfans, l'essai d'un mode d'cllseignement
que l'on a renouvelé de nos jours sous le nom (1 enseignement mutuel,
quoique l'Angleterre en revendique l'invention moderne i1). C'est aux
portes de cette ville qu'eut lieu, en 181 4, la sanglante bataille dans
laquelle le maréchal Soult, à la tête de 20,000 Français, soutint le
choc de 70,000 Anglais, Espagnols et Portugais, commandés par le duc de
Wellington, qui acheta la victoire par une perte de 10,000 hommes.

En remontant le Gave d'Oléron , nous arriverons à Navcirreins, entourée
par une plaine fertile. Elle fut fondée en 1J29 par Henri d'Albret,
grand-père maternel de Henri IV; aussi est-elle bâtie avec assez de
régularité. Elle passait autrefois pour une place importante;
aujourd'hui sa muraille, flanquée de bastions, ne la range que dans la
quatrième classe de nos villes de guerre.

Salies , ville de 8000 âmes, sur la rivière du même nom, a, dans ses
environs, deux sources qui fournissent en

(1) Voyez Hisloirt de Jeanne d'Ail» PI par 1\111. Fauvilliers.

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abondance un sel très-blanc, auquel on attribue la réputation des
jambons de Pau ou de Bayonne ; mais arrivons dans cette ville, où l'on
inventa dans le siècle dernier la bayonnette, arme terrible, qui plus
d'une fois décida la victoire en faveur des armées françaises. < art
Bayonne est en France la seule place de commerce qui jouisse de
l'avantage d'avoir deux rivières où remonte la mer; la Nive et YAdourla
partagent en trois quartiers à peu près égaux, appelés le Grand-Bayonne,
le Petit-Bayonne et le faubourg du Sain t-Esprit. Ses rues sont larges
et bien percées ; ses places publiques décorées de beaux édifices, au
nombre desquels il faut placer la cathédrale et l'hôtel des monnaies.
Simple chef-lieu d'arrondissement, elle est le siège d'un évêché
suffragant d'Auch, et mise au rang de nos places fortes de première
classe. Le Grand-Bayonne est dominé par un vieux château , le
Petit-Bayonne par le château moderne, et le faubourg du Saint-Esprit par
une citadelle, ouvrage de Vauban, que des travaux récens ont rendue
importante. Son port, d'un accès difficile pour les gros navires, est
sûr et très-fréquenté. On y fait le grand et le petit cabotage, et des
armemens pour la pêche de la morue. L'industrie de Bayonne rivalise avec
Andaye pour la fabrication de la liqueur qui porte le nom de ce village.

Son chocolat est renommé; les vins de son territoire sont exquis; l'air
y est pur, et les femmes y joignent l'amabilité française à la grâce
espagnole. • - • ■ A environ 4 lieues de Bayonne, le village de Cambo)
renfermant 1200 individus, attira en 1808 l'attention de Napoléon, qui
projeta d'y former un établissement thermal militaire destiné à servir
de succursale à celui de Bar-* règes. Il y fit relever le pont qui
traverse la Nive, petite rivière très-poissonneuse; i5o,ooo fr. furent
affectés à la construction de ces bains; mais la guerre en empêcha
l'exécution. Deux sources, l'une sulfureuse et l'autre feril

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ruineuse, sont situées dans un joli vallon à une petite distance du
village ; le bâtiment des bains, récemment construit, est simple et
élégant.

Déjà nous n'apercevons plus que dans le lointain le sommet des Pyrénées;
l'Adour et le Lay, qui descendent de ces montagnes, arrosent encore des
terres couvertes de maïs et de froment, et laissent sur leur gauche de
rians coteaux chargés de vignes; mais,, après avoir franchi l'Adour, de
vastes plaines de sable fatiguent la vue par leur uniformité
qu'interrompent des étangs , des marais, des bruyères, et de loin à loin
quelques pâturages et des champs en culture. Près des bords de l'Océan
règne une suite de dunes arides; au pied de ces collines plusieurs
étangs ou lacs se succèdent, dont les plus considérables sont, du nord
au sud, ceux de Biscarosse, d'Aureillan, de Saint Julien, de Soustons et
de Tosse. Derrière les dunes se déploie, en une longue bande verdâtre,
une immense forêt de pins maritimes et quelques gras pâturages, où se
trouve disséminée une faible population. Ces landes, d'un aspect si
monotone et si triste, donnent leur nom au département dans lequel nous
entrons; les paysans y vivent dans des cabanes isolées : le chef de la
famille s'occupe de la culture et de tous les travaux rustiques, tandis
que. les jeunes ggns vont à dix lieues à la ronde faire du charbon dans
les forêts, ou mener paître les troupeaux. Il semble que toute la
population soit nomade; on dirait qu'elle est prête à quitter un sol
ingrat : la sobriété, si naturelle à ces habitans, la vitesse avec
laquelle, à 1 aide de longues échasses, ils parcourent leurs déserts,
leur en offrent la facilité; mais l'amour du pays est là pour les
retenir. Ces landes ne sont. cependant pas sans industrie : le paysan
cultive le chanvre et fabrique des toiles à voile; il retire un produit
important du goudron de ses ;¡pins. Le sol est riche en minerais de fer:
17 fourneaux

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y affinent ce métal. Mais, pour favoriser dans ce département l'activité
industrielle, qui en doublerait les ressources si elle prenait tout son
développement, il faudrait exécuter le projet déjà connu de tracer un
canal parallèle à l'Adour, dont la pente rapide ne permet pas la
navigation.

En remontant l'Adour au-dessus de sa réunion avec le Lay, la première
ville importante, non par sa population, mais parce qu'elle est le
chef-lieu d'une sous-préfecture, est Dax. Elle est assez bien bâtie et
entourée de vieilles murailles flanquées de tours. On y voit un pont
remarquable par sa hardiesse, par lequel on communique de la ville avec
un beau faubourg; un hospice civil fort bien tenu, ainsi qu'un cabinet d
histoire naturelle, renfermant une belle collection de coquilles
fossiles, trouvées dans ses environs et qui attestent, par quelques
espèces qui vivent encore dans nos mers, que le sable des landes a été
abandonné par l'Océan à une époque moins ancienne que les dépôts marins
des environs de Paris. Ses eaux thermales sont en réputation ; elles se
réunissent dans un bassin pentagone de 20 à 25 pieds de profondeur,
entouré de portiques et de grilles de fer. Leur évaporation est telle
que, dans les matinées fraîches, les vapeurs qui s'en exhalent s'élèvent
en un brouillard épais qui couvre quelquefois toute la ville.

La source de ces eaux était connue des Romains. Ils appelaient cette
importante cité des Tarbelli, Aquœ Augusta', Tai,-I)ellicm. Ce nom latin
explique pourquoi on la nomme indifféremment Aqs et Dax. De la
domination romaine elle passa sous celle des Goths; les Francs
succédèrent à ceux-ci, et furent chassés à leur tour par les Vascoucs ou
Gascons. En 910 elle fut prise par les Arabes, ail XIIe siècle par les
Anglais, et vers le milieu du XV'' elle en fut délivrée par Charles VII.
Elle est la rivale de Pau pour les jambons; elle distille des liqueurs
fines, et lait iu>

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commerce considérable des produits du département. Elle 1 donné le jour
au chevalier de Borda, l'inventeur du cercle de réflexion, et le petit
village de Poy, situé à peu de listance de ses murs, a vu naître le
vertueux Vincent le Paul, que l'Eglise honore comme un saint, et que
l'humalité vénère comme un bienfaiteur.

Saint-Sever, à dix lieues au-dessus de Dax, et situé lomme cette
dernière sur la rive gauche de l'Adour, doit ion origine à Guillaume
Sanche, duc de Gascogne, qui, m 982, y fonda une célèbre abbaye de
bénédictins. Aire, m pied d'une montagne, siège épiscopal, est l'ancien
Vicus Tulii qui, avant le règne d'Auguste, s'appelait Attires, du 10m
d'Atur, par lequel les Tarusates désignaient l'Adour, qui oule au bas de
cette ville. Tartas, sur la Midouze, affluent le l'Adour, s'élève en
amphithéâtre sur la pente d'une colline; ses environs abondent en
tortues, en perdrix ougs et en divers gibier. Enfin nous arrivons au
confluent le la Douze et du Midou, dont les eaux réunies baignent
Mont-de-Marsan, l'une des villes les moins peuplées des Landes, mais
qui, depuis la division départementale, s'est iccrue et embellie en
devenant chef-lieu de préfecture.

Elle porte le nom de son fondateur, Pierre, vicomte de Marsan, qui la
bâtit en 1140. Ses rues sont larges, droites st ornées de fontaines, et
ses maisons bien bâties. On y remarque l'hôtel de la préfecture, le
palais de justice et es casernes ; on y voit même une salle de
spectacle, sorte le luxe à faire remarquer pour une population de 3ooo
imes. On en pourrait dire autant de la bibliothèque, qui ;e compose de
11,000 volumes : elle ne possède point de manufactures, si ce n'est
quelques fabriques de toiles à froile ; mais sa position à l'entrée
d'une vaste étendue de p laines, en fait le principal entrepôt du
commerce du dé" parlement.

Au-delà du Leyre, petite rivière qui prend sa source au

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nord de Mont-de-Marsan, et qui se jette dans la baie d'ArcacllOll, on se
trouve sur le territoire du département de la Gironde. Les landes que
nous avons traversées s'étendent jusqu'aux rives de la Garonne, dont
elles sont séparées par les riches vignobles de Médoc, de Haut-Brion, de
Saint-Émilioll et de Grave. A l'ouest elles se terminent au bord de la
mer par des dunes sablonneuses qui, à l'aide des vents, envahissaient
autrefois chaque année un espace de 12 toises de largeur sur 5o lieues
de longueur. Le long du canal de Furnes, on a vu long-temps une église
dont le clocher seul dominait les sables qui l'avaient ensevelie.

Sur la côte de Médoc, plusieurs maisons ont été détruites de la même
manière, et sur les bords de la baie d'Arcachon, une antique foret
recouverte par ces sables, ne présente plus qu'à la hauteur de 8 à 10
pieds, la cime de ses plus grands arbres, aujourd'hui dépouillés. Depuis
que l'ingénieur Brémontier eut l'idée de fixer ces dunes par des semis
de végétaux propres à ce genre de terrain, elles sont devenues fertiles;
aussi sur ce sol utilisé, ne peut-on voir sans intérêt le monument en
marbre qui perpétuera dans ces contrées le souvenir du bienfait dont
elles lui sont redevables ; mais leur culture deviendrait une source de
richesses pour ce département, et un bienfait pour la classe la plus
nombreuse et la plus pauvre, si on y établissait des colonies d'indigens
: le nombre de ces derniers a été évalué à environ 5o,ooo. Cette idée,
qui a été proposée par M. d'Haussez, serait également applicable aux
départemens des Landes et de Lot-et-Garonne. Elle aurait pour résultat
l'assainissement de ces plaines humides et sablonneuses dont la
population pauvre, ignorante et sujette à des maladies dangereuses,
n'est que de 149 individus par lieue carrée, et dont la vie moyenne
n'est que de 20 ans, quand elle est de près de 32 pour le reste de la
France. Entre la Garonne et la Dordogne, la beauté des

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ites les plus variés succède à l'uniformité des landes; enfin, mtre
cette dernière et la Dronne, dont le cours forme la imite septentrionale
du département, le sol se compose le coteaux calcaires, couverts de
taillis et de vignobles, et iéparés par de riantes vallées (1). Enrichi
par un commerce mmense et son agriculture, le territoire de la Gironde
possède aussi plusieurs établissemens industriels, dont îous aurons
occasion de citer les plus importans. Le fer r est épuré avec succès; on
y compte 4 hauts-fourneaux 2t 7 feux d'affineries ; plusieurs riches
propriétaires y întretiennent des troupeaux de mérinos et s'occupent à
propager la race des moutons anglais à longue laine.

Les villes situées dans les landes sont pauvres et de peu l'importance;
cependant Bazas, chef-lieu d'arrondissement, est une jolie cité.
Quoiqu'on n'y ait trouvé d'autres antiquités que des médailles et
quelques mosaïques, on sait qu'elle était considérable au temps des
Romains, qui 'appelaient Cossium Vasatum parce qu'elle se trouvait sur e
territoire des Vasates. L'évêché dont elle était autrefois :e siège,
était fort ancien, puisqu'un de ses évêques assista lu concile d'Agde,
en 5o6. Sa cathédrale est un des beaux monumens du XIVe siècle. A peu de
distance de ses murailles en ruines, on voit l'église gothique d' O
zeste, fondée par le pape Clément V. Langon, mieux bâtie, est située (')
Sur 1,082,552 hectares qui forment la superficie de ce département,
5,000 sont en prairies, et i3o,ooo affectés à la culture de la vigne,
dont on évalue la récolte en vin de la manière suivante :

)ans l'arrondissement de Bordeaux. 85,000 ton. ou 775,200 licct.de
Libourne. 60,000 547,200 de Blaye. 40,000 364,800 de La Réole. 35,000
319,200 de Lesparre 20,000 182,400 de Bazas 10,000 91,200 Totaux 25O,OOO
2,280,000.

l 1 11. - -..,.

La culture de la vigne occupe 226,000 individus.

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au centre des vignobles de Grave , sur la rive gauche de la Garonne, où
la marée se fait sentir et favorise le commerce de cette ville et le
transport de ses vins. Ses communications avec Bordeaux se font par des
bateaux à vapeur établis en service régulier.

Le cours du fleuve est parsemé d'un grand nombre d'îles, et ses rives
sont bordées de riches coteaux. Sur sa droite on voit d'abord s'élever
les tours et les vieilles murailles crénelées de Cadillac, ainsi que le
beau château d'Epernon, qui donnent à cette petite ville un aspect
singulier ; plus loin, sur la même rive, Rions, moins commerçant,
renferme, comme la précédente, une population de i5oo habitans.

Sur la gauche et près de l'embouchure du Gué-Mort, on aperçoit Castres,
petite ville moins importante encore, mais mieux bâtie et dans une
position agréable, sur la route de Toulouse à Bordeaux. Mais bientôt
cette dernière s'offre majestueusement sur le bord de la Garonne, dont
la large courbure donne à son port la plus imposante étendue. Il décrit
un arc dont les deux extrémités sont éloignées d'une lieue ; il peut
contenir 1000 vaisseaux. Son importance et le mouvement qui y règne le
mettent au premier rang dans le royaume. Il est difficile de retenir son
admiration à la vue de cette belle ligne d'édifices qui le bordent dans
toute sa longueur ; de cette foule de navires de toutes grandeurs et de
toutes nations; de ce fleuve qui coule avec rapidité, -1 et qui s'étend
sur une largeur de trois quarts de lieue; de

ce pont magnifique composé de 17 arches, et qui, jeté • sur la partie la
plus étroite de la Garonne, forme cependant une étendue de 486 mètres de
longueur ; monument d'autant plus hardi, que les difficultés qu'offrait
sa cons-

truction paraissaient presque insurmontables. Il a fallu vaincre les
obstacles que présentaient le fond sablonneux et mouvant du fleuve, sa
profondeur de 7 à 10 mètres, le flux qui, deux fois par jour, élève ses
eaux de 4 à 6

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nètres, et les courans qu'il occasione, et dont la vitesse st souvent de
plus de 3 mètres par seconde. Placé sur le lont, on voit à droite le
vieux Bordeaux, qui n'offre que les rues étroites et toUueuses et des
places irrégulières ; L l'extrémité opposée, le beau quartier des
Chartrons est e plus commerçant de la ville. Le plus magnifique est
;elui du Chapeau-Rouge. Louis XIV avait fait détruire les 'estes d'un
temple antique dédié aux dieux tutélaires, Dour accroître l'esplanade du
Château - Trompette ; mais se château lui-même a été détruit depuis la
révolution, 2t sur son emplacement s'élèvent des constructions dignes Je
cette riche cité. Il ne reste plus de ces vieux travaux de défense,
inutiles aujourd'hui, que les ruines du fort Sainte-Croix, à l'extrémité
opposée du quartier des Chartrons; c'est au pied de cette masure que
s'étendent les chantiers de construction. Bordeaux est complètement
entouré d'eau : au levant c'est la Garonne, au couchant et au midi, les
petites rivières de la Devèze, du Peugue et de Bègles; au nord celles de
la Bourde et de la Jalle, sans parler de ce qui reste encore des vastes
marais qui l'environnaient.

Le château du Ha, dont il reste encore le donjon, est transformé en une
maison de détention. Sur le port, et vis-à-vis du pont, se présente la
porte de Bourgogne, bel arc de triomphe, qui fut construit à l'époque de
la naissance du petit-fils de Louis XIV. Près des anciens fossés de
Salinières, une autre porte se fait remarquer par l'architecture
gothique de l'édifice sous lequel elle est pratiquée : c'est l'ancien
hôtel-de-ville. Quelques places méritent aussi de fixer l'attention : la
place Royale, plus digne de son nom par les bâtimens qui la décorent que
par son étendue; la place Dauphine, belle et régulière, située à I
extrémite de la jolie promenade appelée les allées de Tournr; la place
Louis-Philippe Ier sur le terrain du Châ-

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teau-Trompette ; enfin la place d'Armes, et cellesde SaintGermain et des
Grands hommes. Parmi ses plus beaux édifices, nous ne citerons que la
cathédrale, monument gothique dont l'intérieur est vaste et imposant, et
que décore un magnifique autel ; le grand théâtre, qui, par son
architecture élégante, sa forme circulaire et la distribution commode
des loges, est l'un des plus beaux de l'Europe; la Bourse , dont le
vaste dôme, admiré pour ft grâce et sa légèreté, est le rendez-vous des
négocians de toutes les parties du monde; l'ancien palais
archiépiscopal, < d'une construction régulière, d'une grandeur
imposante, érigé en maison royale à la restauration. L'entrepôt, bâti
sur la place Lainé, est remarquable par sa grandeur et par la beauté de
sa construction. Bordeaux a, comme Paris, un pompeux cimetière où les
riches accumulent avec orgueil le marbre et les inscriptions; il est
situé à l'une des extrémités de la ville, dans L'enclos de la nouvelle
Chartreuse , où l'on voit une jolie église moderne, ornée de peintures.

à fresque. Cette riche cité possède de beaux hôpitaux, une institution
de sourds-muets, plusieurs sociétés académiques, une bibliothèque
publique, composée de 110,000 volumes, et renfermant un exemplaire des
Essais de Montaigne, avec des corrections marginales de la main de
l'auteur; un jardin botanique, l'un des quatre que le gouvernement
entretient pour la naturalisation des plantes exotiques ; un cabinet
d'histoire naturelle très-bien tenu, une académie universitaire, une
faculté de théologie, des écoles de médecine, de dessin et de peinture;
une galerie de tableaux et un musée de&.antiques, dans lequel on a
rassemblé les tombeaux et les bas-reliefs qui ont été retrouvés dans la
ville ou dans les environs. Nous avons parlé j d'un temple antique dont
il ne reste plus de traces ; quelques arcades d'un ancien amphithéâtre
appelé le palais de Gallien, sont les seuls restes qui rappellent la
domination

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tmaime. On croit que Bordeaux existait avant la conquête fc César, et
que son nom vient de deux mots d'origine îltique, Bur et Wal, qui
signiifent forteresse gauloise^ iom-les Romains auront fait Burdigala :
elle a été chantée tus ce nom par Ausone. Au temps d'Adrien elle devint
la létropole de la seconde Aquitaine. Vers la fin du IVe siècle, le fut
ravagée par les Visigoths; quatre cents ans plus tard, Le le fut par les
Sarrasins et par les Normands. En 11X2, le passa avec toute l'Aquitaine
sous la domination anglaise ; le s'agrandit sous Henri II et sous
Edouard Ill; mais elle e commença à s'embellir que lorsque Charles VII
l'eut :franchie du joug étranger. S'il est incertain qu'elle ait vu
nître Ausone et Sidoine Apollinaire, elle a du moins le lérite d'avoir
donné le jour à l'auteur de l'Esprit des lois, Berquin, homme de
lettres, qui sut mettre ses écrits à la Drtée des enfans ; aux
conventionnels Ducos et Gensonné, t au célèbre défenseur de Louis XVI,
dont le noble déracinent fut récompensé par les plus hautes dignités.

Bordeaux possède des fabriques de vinaigre et cUatdde itrique, des
distilleries, des raffineries de sucre, des paperies, des filatures de
coton, des fabriques de chapeaux, b bas, de toile métallique, de
faïences, de bouteilles, et es manufactures de tapis de pied et de
taffetas ciré. Elle rme annuellement près de 200 navires, dont plusieurs
mt destinés à la pêche de la morue et de la baleine.

Au-delà de Bordeaux, s'étend, sur la rive gauche de la ironde jusqu'à la
mer, l'ancien petit pays de Médoc presu'entièrement couvert de bois et
d'étangs, mais fertile le mg du fleuve où s'étendent ses vignobles
estimés. Nous y oyons le fort Médoc construit pour-défendre le passage
(u fleuve, conjointement avec le fort Paté qui s'élève au lilieu de son
cours, et celui de Blaye sur la rive opposée.

n pavillon pour les officiers, deux casernes contenant enon 3oo hommes,
deux corps-de-garde, une poudrière et

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une citerne composent tous les bàtimens de ce petit fort.

A cinq lieues au-delà nous traverserons Lesparre, ville de iooo
habitans, siège d'une sous-préfecture; et arrivés à la pointe de terre
où s'élève un fort à l'embouchure de la Gironde, nous apercevrons au
milieu de la mer la tour de Cordouan, bâtie sur une île de rochers à
fleur d'eau. Cette tour, que l'on commença à construire en 1585, est
aujourd'hui l'un des plus beaux phares du monde ; ses feux tour- nans à
réflecteurs s'aperçoivent à plus de 10 lieues par un j temps calme.

En remontant la Gironde, sur la rive droite, nous arri- verons vis-à-vis
le fort Médoc à la petite ville de Blaye, que l'on croit être BlmJia.
Elle se divise en deux parties,' dont l'une occupe la croupe d'un rocher
escarpé, et 1 autre la cime, où s'élèvent quatre grands bastions. Cette
citadelle renferme un vieux château où mourut Caribert, en 574.

La langue de terre qui sépare les eaux de la Garonne de celles de la
Dordogne à l'endroit où celle-ci se jette dans le fleuve, porte le nom
de Bèc-d'Ambès. On suit le cours sinueux de la Dordogne, jusqu'au
confluent de cette rivière et de la Dronne, où s étend Libourne, jolie
sous-préfecture, entourée de murailles et de belles promenades, et
fondée par Édouard 1er, roi d'Angleterre, sur les ruines de Condate.

Au nord de Libourne, la petite ville de Coutras, sur l'Isle et la
Dronne, est célèbre par la bataille livrée le 28 octobre 1587, entre
Henri de Navarre qui fut depuis Henri IV et le duc de Joyeuse qui y
perdit la vie.

Nous quitterons le département en traversant La Réole, située vers son
extrémité orientale , sur une colline qui domine la rive droite de la
Garonne; elle tire son nom du mot celtique BeÛ/a, qui signifie péage. La
tour qui domin( la ville est tout ce qui reste d'un château dont on
attribut la fondation aux Sarrasins. L'édifice appelé la Grande-E cali
est, dit-on, un ancien temple païen. Cette ville a donné 1<

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mr à deux intéressantes victimes des réactions politiques, ïs généraux
Faucher. Frères jumeaux, unis par l'attachement le plus tendre, l'amour
de la patrie les appela tous eux sur le champ de bataille ; ils y
passèrent par les lêmes grades, se distinguèrent dans les mêmes actions,
; furent nommés en même temps généraux de brigade.

nthousiastes de la liberté, ils répugnèrent à servir l'amition d'un
homme; et dès que Bonaparte eut, sous le titre e consul, annoncé ses
projets de tdomination, ils crurent voir assez fait pour leur pays, et
donnèrent ensemble leur émission. Ils goûtaient, à l'ombre des mêmes
lauriers, un rpos acheté par vingt campagnes, lorsqu'après la bataille e
Waterloo, la présence des troupes étrangères sur le sol ançais, la
continuation même des hostilités, malgré le déart de Napoléon et le
retour du roi, annonçant que la itrie était encore en danger, ils
acceptèrent du général lausel l'honorable mission de défendre leur ville
natale.

s s'en acquittèrent avec tant de zèle qu'ils barricadèrent lême leur
propre maison, jusqu'à ce qu'instruits de la tarche des événemens, ils
mirent bas les armes. Mais leur ïtriotisme leur fut imputé à crime;
appelés devant une Dmmission spéciale, aucun avocat n'osa se présenter
pour s défendre; leur condamnation fut prononcée, et, après voir été
inséparables, ils moururent en s'embrassant. Si l'on jugeait le sol du
département de Lot-et-Garonne après celui des larges et fertiles vallées
qu'arrosent ces eux grands cours d'eau, on pourrait le ranger parmi les
us fertiles; mais les landes dont nous avons décrit le iste aspect,
s'étendent sur sa partie occidentale, et courent un huitième de sa
superficie. A rorieht, les coteaux tués entre la Garonne et le Lot,
principalement sur les ords de ce dernier, -n'offrent qu'un terrain
rebelle à la Iltnre. Vers le nord, le laboureur cherche à tirer quelque
arti d'une argile ferrugineuse qui couvre plusieurs can-

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tons, et ce n'est point être au-dessous de la vérité que do ranger la
moitié de son sol parmi les terres ingrates. Mais dans celles dont on ne
peut s'empêcher d'admirer la richesse , des céréales croissent en
abondance et suffisent à la consommation des habitans; des arbres de
diverses espèces portent des fruits délicieux ; les pruniers y dominent,
principalement ceux qui donnent ces excellentes prunes Rentes, dont on
fait de grandes exportations maritimes; la vigne, que l'on cultive
souvent à la charrue, et qu'on laisse croître sans échalas, produit
400,000 hectolitres de vin, c'est-à-dire deux fois plus que la
population n'en con somme. Ils sont fous en couleur, épais, capiteux, se
con-, servent long-temps, et supportent bien les voyages par mer. Le
chanvre y atteint une hauteur extraordinaire, et passe pour être d'une
qualité supérieure à celui du nord ; le tabac, que l'on y cultive en
grand, est le meilleur de tous les tabacs indigènes; le fer est le
principal métal dei ses mines : ses produits alimentent trois
hauts-fourneaux , trois forges à la catalane, et cinq feux d'affinerics.
Le climat de ce département est tempéré, le ciel y est pur, el l'air y
est sain, excepté dans le voisinage des marais qui couvrent une partie
des landes; cependant de longues alternatives de pluies et de sécheresse
dérangent souvent le cours des saisons; quelquefois même un phénomène
atmosphérique, appelé dans le pays le brouillard, change er jours de
deuil les beaux jours du printemps. Si les rayon brûlans du soleil
succèdent rapidement à la brume légèri que produit ce météore,
l'espérance des plus belles l'cil coites est tout à coup détruite. jj
Avant d'arriver au chef-lieu, nous visiterons quelque unes des plus
intéressantes villes du département, en comj mençant par
l'arrondissement de Maimande, ville assa bien bâtie quoique ancienne. On
y a trouvé des médaille en or à l'effigie de César. Au VIlle siècle elle
fut presque dé

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truite par les Arabes. Située sur la rive droite de la Garonne, lans une
vaste plaine plus intéressante par sa richesse en î éréales que par ses
agrémens champêtres, elle fait un rand commerce avec Bordeaux. On y
remarque une fonainé publique et les beaux bâtimens du collège. Sur la
nême rive, Tonneins, qui ne consiste presque qu'en une ongue et large
rue, bordée de belles maisons, s'enrichit les produits de son territoire
et de son industrie; c'est à )eu de distance de ses murs qu'est située
la manufacture le tabac qui jouissait jadis d'une grande réputation. Les
naisons de cette ville sont élégamment bâties; l'hôtel-deille orne la
jolie place du Château. Charmante par sa ituation et par elle-même, dit
un voyageur français (0 , Tonneins l'est encore par les mœurs
hospitalières et l'affa>ilité de ses habitans, dont on porte le nombre à
6000, ant protestans que catholiques. Les premiers, qui forment Irès de
la moitié de la population, y ont un temple, et les leux sectes y vivent
dans une parfaite harmonie. CJairac, ur le Lot, rivalisait autrefois
avec la précédente; son tabac tassait même pour le plus estimé de
France. Cette ville, [ui ne renferme guère plus de 5ooo ha bitans, est
la prenière du midi qui ait embrassé la religion réformée.

Villeneuve-d'Agen, qui, dès le XIIIe siècle, fut bâtie sur :n plan
régulier, est traversée par le Lot, sur lequel on oit un pont construit
à la même époque, et conservant ; nom de Pont-Neuf, dont l'arche
principale a 108 pieds .'ouverture et 55 de hauteur. Elle est entourée
de belles romenades plantées sur l'emplacement de ses anciennes
Drtifications dont il existe encore des restes près du chàcau de son
fondateur, le duc Alphonse, frère de saint (ouis. Aucune ville
importante ne mérite de nous arrêter ans cet arrondissement. Celui
d'Agen n'offre même que

') M. f/ayssc de Fil/icrs: Itinéraire descriptif tic la France.

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la ville de ce nom qui mérite d'être visitée; malgré sa faible
population, c'est la plus importante du département. Son antiquité est
attestée par le nom d'Aginnum que lui donne Ptolémée, qui en fait la
capitale des Nitiobriges. Sous Théodose , son importance lui avait fait
donner le titre de cité. Elle est le siège d'une cour royale et d'un
évêché.

Ses rues sont étroites et mal percées, ses maisons incommodes et sans
élégance ; mais son pont sur la Garonne est assez beau. Ses promenades
sont magnifiques, et ses environs délicieux. Elle cite parmi les hommes
célèbres qu'elle a vus naître, Sulpice-Sévère, surnommé le Salluste
chrétien , Joseph Scaliger et Lacépède. On y fabrique des chaudrons, des
toiles à voiles et des toiles peintes.

Dans une situation charmante, sur la Bayse, qui y devient navigable, la
jolie petite ville de Nérac renferme un beau château gothique qui fut la
résidence des rois de Navarre ; elle a des fabriques de biscuits de mer,
et ses pâtés en terrines sont estimés des gastronomes. Les halles y sont
extrêmement vastes; un beau pont en pierre réunit le grand et le petit
Nérac. Cette cité a vu naître le lieutenantgénéral Colineau de Frandat
qui, sous Louis XIV, fit donner des habits uniformes aux troupes
françaises.

Borné au nord par le département que nous venons de quitter, celui du
Gers, essentiellement agriculteur, est montueux vers le sud, et présente
de grandes plaines vers le nord ; l'air y est pur, et le climat en est
tempéré : en hiver, le thermomètre y descend quelquefois au-dessous de 8
degrés, mais la neige y est rare et le froid n'y dure pas plus de vingt
jours. La septième partie de son territoire est couverte de vignobles,
et le reste est occupé par des prairies, par des champs cultivés en
céréales et par de forêts de chênes et de sapins. Son sol, en grande
partie médiocre, donne des récoltes peu abondantes, très-peu di bons
vins, mais une grande quantité de vins de mauvais.

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qualité, que l'on convertit cependant en eaux-de-vie regardées comme les
meilleures de France, après celles de Cognac; elles portent encore le
nom de la province d'Armagnac, dont la plus grande partie constitue le
territoire de la préfecture du Gers.

Condom, la première ville en remontant la Bayse qui la traverse et fait
mouvoir un grand nombre de moulins à farine, était autrefois le siège
d'un évêché; on y voit plusieurs tanneries et des fabriques où l'on
prépare les plumes à écrire. Aux six grandes routes qui y passent elle a
l'espoir de voir exécuter un nouveau moyen de communication, par
l'exécution du projet, conçu en 1814, de rendre la Bayse navigable
jusqu'à Nérac. Elle a donné le jour à l'historiographe Scipion Dupleix
et au maréchal de Montluc qui acquit, au XVIe siècle, une triste célébrité.

Les petites villes de Cazaubon et d'Eauze entretiennent plusieurs
distilleries ; le nom de cette dernière paraît être dérivé de celui
d'Elusa, cité des Elusates et métropole de la Novempopulanie, quoiqu'on
n'ait retrouvé ses vestiges que sur l'emplacement de Ciutat, petit
hameau peu éloigné. Le village de Castera- Vivent renferme un magnifique
établissement de bains d'eaux minérales sulfureuses.

Auch, l'ancienne ClÙnherris, capitale des Ausci, que soumit Crassus, est
aujourd'hui chef-lieu de préfecture et le siège d'un archevêché dont le
titulaire prenait autrefois le titre de primat d'Aquitaine. Bâtie en
amphithéâtre sur le penchant d'un coteau , divisée par le Gers en haute
et basse ville, elle est composée de rues étroites et mal percées, mais
ses places publiques sont régulières. La fondation de sa cathédrale est
attribuée à Clovis ; c'est un monument remarquable par l'élévation de
ses voûtes, la beauté de ses vitraux que Marie de Médicis projeta de
faire transporter à Paris, et l'élégance de son portail moderne, où
l'ordre corinthien se mêle au composite. On y voit aussi un hôpital

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et une jolie salle de spectacle. La haute ville renferme une belle
place, terminée par une agréable promenade d'où l'on découvre les
Pyrénées, et qu'elle doit, ainsi que plusieurs embellissemens, aux soins
de Détigny, l'un de ses intendans, auquel la reconnaissance publique a
fait ériger une statue. Auch est la patrie du facétieux Roquelaure, de
l'amiral Villaret-Joyeuse et du général Dessoles.

On monte par une pente douce jusqu'à Mirande, située dans une contrée
stérile. Petit chef-lieu d'un arrondissement pauvre, elle est assez bien
bâtie et entourée d'anciennes murailles en bon état. Sa population est
d'environ 23oo habitans. Lombes, moins importante encore, est souvent
ravagée par les débordemens de la Save qui l'arrose; son territoire est
l'un des plus fertiles du département. Fleurance, peuplée de 3ooo âmes,
renferme une place publique jolie et régulière, sur laquelle se tiennent
annuellement huit foires importantes pour les plumes d'oies et les
céréales.

On traverse une campagne fertile et la forêt de Ramier ?

en suivant les contours du Gers, avant d'arriver sur la hauteur que
couronne Lectoure, patrie du maréchal Lannes.

Elle est peu éloignée de l'emplacement que l'on assigne à Lactora, cité
des Lactorates. Rien ne mérite d'y fixer l'attention, si ce n'est le
coup d'œil magnifique dont on jouit de l'une de ses promenades nommée le
Bastion. Les murailles qui l'entourent ont succédé à cette triple
enceinte qui la défendait du temps des comtes d'Armagnac, et qui ne put
garantir de la vengeance de Louis XI le dernier rejeton de cette
illustre famille. Jean V est un de ces personnages dramatiques qu'un
pouvoir irrésistible entraîne vers le crime et que la fougue des
passions rend aussi coupables qu'infortunés. Fils d'un prince qui par
ses révoltes contre la cour de France avait mérité de perdre ses
domaines, et qui ne dut leur restitution qu'à la clémence de Charles VU

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la proscription qui l'atteignit encore enfant, et les malheurs de sa
famille, furent pour lui des leçons infructueuses : une passion que
réprouve la nature fut l'origine de ses malheurs. Eperdument amoureux de
sa sœur Isabelle, célèbre par sa beauté, la publicité de leurs liaisons
attira sur lui les foudres du Vatican : son repentir supposé désarma la
colère de Rome. A peine absous de l'excommunication, il ose solliciter
des dispenses pour épouser sa sœur ; le pape les refuse, mais le comte
en fait fabriquer par deux faussaires , et ce monstrueux mariage se
célèbre avec éclat. Le chef de la chrétienté lance sur ce couple
incestueux une excommunication terrible; Charles emploie les
représentations et les conseils pour ramener le prince à la raison ;
mais celui-ci répond à tant de bonté, en se déclarant l'allié des
ennemis de son roi. Bientôt une armée formidable vient l'assiéger dans
Lectoure ; Isabelle fuit, Jean V ne peut s'en séparer : i: cherche avec
elle un refuge chez le roi d'Aragon son parent. Mais tandis que l'amour
plus que le danger le fait fuir, on le voit, par une singulière
inconséquence, comparaître devant le parlement qui l'ajourne. Jeté dans
les fers, il s'échappe. Proscrit, dépouillé de ses biens, il n'ose
retourner auprès de cette Isabelle que le remords assiège et rend la
plus malheureuse des mères ; il se dirige vers Llome en mendiant son
pain, et va solliciter pour lui, iont la puissance s'est évanouie comme
un songe, et pour elle qui gémit dans un cloître, une absolution que le
Saint-Siège accorde aux conditions les plus dures. Replacé l)ar Louis XI
au rang dont il n'aurait point dit descendre, 1 épouse la fille du comte
de Foix; mais, ingrat envers Louis XI comme il l'avait été envers
Charles VII, il n'a las plus tôt ressaisi son pouvoir qu'il en abuse en
trempant lans les complots tramés contre l'État. Puni une seconde 'ois,
chassé de ses domaines, les intrigues qu'il emploie nés du duc de
Guyenne lui procurent le moyen d'y ren-

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trer. Chassé de nouveau, après la fin misérable de ce prince, de
nouvelles intrigues le rendent maître de sa capitale: il pousse même la
perfidie jusqu'à faire jeter en prison Pierre de Bourbon, qui y
commandait au nom du roi. Louis XI, qui avait en partie exécuté le
projet de détruire le pouvoir des grands vassaux de la couronne, ne
pouvait laisser la conduite de Jean V impunie : il résolut sa perte.
Tristan l'ermite, le cardinal d'Alby et leurs cohortes sanguinaires,
dévoués aux projets de ce prince, marchent contre Lectoure; le comte s'y
défend avec intrépidité; mais le fils qu'il avait eu d'Isabelle périt
dans une sortie.

Son malheureux père, désespérant de résister à des forces trop
considérables, offre de se rendre sous condition. La capitulation
acceptée est jurée entre lui et le cardinal sur la sainte communion
qu'ils partagent ensemble; cependant à peine l'armée deJLouis XI
est-elle dans la ville, que tous les habitans sont passés au fil de
l'épée, que le comte est poignardé, que la comtesse sa femme reçoit un
breuvage qui éteint dans son sein l'espoir d'un rejeton de cette
famille, et que Charles , frère du comte, et Jacques d'Armagnac son
cousin, expient sur l'échafaud les révoltes de leur coupable parent.

Le département de Tarn-et- Garonne est celui dont la formation est la
plus récente : il fut créé en vertu d'un décret du a novembre 1808, et
composé de divers arrondissemens enlevés aux départemens voisins. Il est
arrosé par l'Aveyron, qui se jette dans le Tarn au-dessous Me Montauban,
et par le Tarn qui se réunit à la Garonne au-dessous de Moissac. La
Gimonne, le Rats et d'autres rivières beaucoup moins importantes
sillonnent son sol dans différentes directions; le fleuve auquel elles
portent, par des détours plus ou moins nombreux, le tribut de leurs
eaux, y produit souvent de grandes inondations. De champs fertiles et
bien cultivés, des propriétés entourée:

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de haies vives et de bouquets de cognassiers, y reposent partout l'Å“il
du voyageur. On aime à y voir l'agriculteur satisfait, retirer de ses
champs, couverts d'excellent froment , des produits qui dépassent ses
besoins ; convertir la moitié de ses vins en eau-de-vie qu'il livre au
commerce; cultiver avec soin le mûrier blanc qui offre une nourriture
abondante aux vers à soie qu'il élève en grand nombre; engraisser des
oies et diverses espèces de volailles et nourrir des mulets recherchés
par les Espagnols. Dans ce département, l'influence de l'industrie
manufacturière sur l'industrie agricole ne se fait pas moins sentir que
dans d'autres contrées : ainsi l'activité des distilleries, des
fabriques de bas de soie, et celle des apprêteurs de plumes à écrire,,
encouragent l'agriculture.

Mois sac-, fondée vers la fin du IVe siècle, est sur la rivedroite du
Tarn, dont la navigation favorise ses relations avec Bordeaux. Un moulin
de vingt meules y travaille sans relâche à fournir de farine plusieurs
de nos colbnies. Un pont nouvellement construit, une fontaine publique,
monument du moyen âge, et le portail gothique d'une vieille église sont
les principales constructions qu'elle renferme.

Sa population est de- plus de 10,000 âmes. Lauzerte, moitié moins
peuplée, est dans une situation pittoresque , sur un rocher, au
confluent de deux ruisseaux, le Landou et la Barguelonne; à
Castel-Sarrasin, des promenades agréables remplacent les murs et les
anciens fossés qui l'entouraient.

Le point le plus central du département est celui qu'occupe Montaulian.
La fondation de cette ville qui avec ses faubourgs comprend 25,000
habitans, ne remonte qu'au XIIe siècle ; on croit qu'elle reçut le nom
latin de MonsAlbanus, de la quantité de saules qui croissaient dans ses
environs , et que les gens du pays appellent aïba.

C'est une grande et belle ville bâtie avec autant d'élégance que le
permet l'emploi de la brique; elle est divisée eu

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trois quartiers, par le Tarn qui lui ouvre des communications faciles
avec Bordeaux, et contribue à l'activité de plusieurs fabriques
importantes. Les étrangers y trouvent toutes les ressources des
capitales : une petite salle de spectacle, fréquemment occupée par la
troupe qui exploite en même temps les théâtres de Cahors et des autres
villes environnantes; une petite bibliothèque publique, plusieurs
établissemens de bains et de fort bonnes auberges. Les gastronomes
savent que ses pâtés de foie gras rivalisent avec ceux de Toulouse. Ses
portes, l'hôtel-de-ville, et la plupart de ses édifices publics, sont
d'une architecture élégante; la cathédrale est beaucoup plus ancienne
que la ville : on sait en effet qu'il y existait avant la fondation de
cette dernière, sur la partie la plus élevée de son sol, un couvent que
les vieilles chartes désignent sous le nom de Mons-Aureolus. Malgré un
commerce fort actif en lainage de ses fabriques et en produits de son
territoire, Montauban n'est pas indifférente aux jouissances
intellectuelles, dont le goût est alimenté par une société d'agriculture
, des sciences et des belles-lettres. Elle est la patrie de Lefranc de
Pompignan et de Mme de Gouges, auteur dramatique qui périt sur
l'échafaud, victime des excès d'une révolution dont elle avait embrassé
avec enthousiasme le but et les principes.

Bruniquel, sur la rive gauche de la Verre, où la reine Bruneliault
avait, dit-on, un château, possède des affineries et des
hauts-fourneaux. JSègrepelisse, ville florissante à l'époque où les
troupes de Louis XIII la brûlèrent, Caussade, Saint-Antonin et Cajlus,
sont des petites villes de 4 à 5ooo âmes, qui possèdent des tanneries,
des fabriques de toiles et de serges, et qui font un grand commerce en
vins et en farines.

Les monts Espinouse, Garrigues, d'Aubrac, et quelques rameaux du Cantal,
s'étendent sur presque toute la

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surface du département de l'Aveyron; de vastes forêts couvrent leurs
pentes, et la neige se conserve sur leurs sommets pendant la moitié de
l'année : aussi, malgré sa situation méridionale, l'air y est-il froid,
surtout dans la région septentrionale; et dans celles qui sont exposées
à une température moins rigoureuse, le froment cède généralement la
place aux autres céréales. Cependant, quoiqu'un tiers des terrains soit
inculte, la récolte en grains suffit à la nourriture des habitans. Les
vignobles, tous situés dans la région orientale, leur procurent la
quantité de vin nécessaire à leurs besoins : à l'exception de ceux des
environs d'Agnac, de Lancedat et de Marcillac, tous sont d'une qualité
médiocre. Mais ce qui distingue ce département, c'est la quantité de
prairies et de pâturages qu'il renferme, et qui lui procurent le moyen
de nourrir des mulets, des chevaux, du gros bétail, beaucoup de chèvres
et de porcs, et près de 600,000 bêtes à laine. « Les pâturages sont di<
visés par montagnes, ou buttes isolées. Pour en faire connaître
l'étendue on dit : c'est une montagne de trente, de quarante vaches.
Trois arpens et demi suffisent à chacun de ces animaux. Le nombre des
hommes destinés à leur garde est de trois pour cinquante vaches. Un
d'eux est chargé de la fromagerie, l'autre des vaches, et le troisième
des veaux. Ils n'ont besoin ni de chiens, ni de houlettes armées de fer.
Dès que les loups approchent, les vaches, par un instinct guerrier, se
rangent autour du parc et leur présentent les cornes. Quelquefois elles
leur donnent la chasse et les poursuivent avec des meuglemens dont les
vallons retentissent (i). » C'est avec le lait des brebis, mêlé avec un
peu de lait de chèvres, que l'on prépare le fromage de Roquefort, dont
la réputation s'étend dans toute 1 Europe.

(') M. Monteils : Descriplion de l'A vey rOll.

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Les montagnes de l' Aveyron recèlent différens métaux, dont
l'exploitation est encore négligée; mais elles renferment de riches
mines de houille, et des schistes alunifères, dont le produit en sulfate
d'alumine, livré au commerce, pourrait être facilement décuplé. C'est
dans la chaîne qui sépare le Lot et l'Aveyron que l'on trouve ces
richesses minérales, à peine soupçonnées il y a trente ans. Ses
montagnes houillères n'étaient connues que par leur inflammation
spontanée , dont on ne soupçonnait point l'origine, et que l'on doit
probablement attribuer à la décomposition du fer sulfuré, quoique de
pareils embrasemens soient dus souvent à des causes accidentelles. L'un
des exemples les plus remarquables de ces embrasemens est celui que
présente la montagne de Fontagne : on voit sur ses flancs, et à 400
pieds au-dessus de l' Aveyron, une crevasse de forme elliptique,
entourée de végétaux dont la pâle verdure annonce l'état de souffrance.
Pendant le jour, l'embrasement n'est pas visible : mais à la faveur de
l'obscurité de la nuit, le gouffre paraît être enflammé; et, si l'on
brave la fumée et la chaleur que l'on éprouve en approchant de cette
cavité qui ressemble alors à un petit cratère, on la voit remplie d'une
braise ardente. Cet embrasement dure depuis plusieurs siècles, mais on
commence a s'apercevoir qu'il diminue d'intensité. La disposition des
montagnes de l'Aveyron forme six grandes vallées qu'arrosent la Truyere,
le Lot, X Aveyron, le Viaur, le Tarn et la Sorgues, presque toutes
dirigées de l'est à l'ouest. Ces vallées sont remplies de dépôts
d'alluvions favorables à la culture, et leurs cours d'eau,
principalement le Lot et le Tarn, qui font mouvoir des hauts-fourneaux,
des forges de cuivre, contribuent à la prospérité de plusieurs
tanneries, de manufactures de soie filée, de divers tissus et de
quelques papeteries, en facilitant les relations commerciales avec les
départemens voisins.

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Le peu d'intérêt qu'offrent les villes de ce département nous engage à
les traverser rapidement. Ville- Franche, chef-lieu de l'arrondissement
le plus occidental, est dans une situation agréable, au confluent de l'A
lzon et de l'Aver ron, sur un territoire entrecoupé de prairies. C'est
la patrie du maréchal de Belle-lsle.

Rhodez, que l'on écrit aussi Rodez, est de toutes nos villes de
préfecture la plus petite et la plus laide; sa position au bas et sur le
penchant d'une colline au pied de laquelle l'Aveyron roule
impétueusement ses flots, contribue à donner aux promenades qui
l'entourent et qui s'élèvent en terrasses, l'agrément d'une vue
magnifique; mais aussi le plan incliné dont elle suit la pente rend
montueuses et fatigantes ses rues sales, obscures, étroites et tortueuses.

Un grand nombre de maisons en bois, d'autres en pierres, mais mal
bâties, et dont le premier étage est en saillie sur la rue, un pavé
inégal, hérissé de cailloux pointus, la font paraître arriérée de
plusieurs siècles. Il est vrai que la plupart de ses maisons sont aussi
vieilles que ses remparts.

Son principal édifice est la cathédrale; la construction en est due à la
munificence de François d'Estaing, l'un de ses évêques. L'étendue de sa
nef, la hardiesse de ses voûtes, la beauté de ses vitraux, son clocher,
auquel on donne 2J0 pieds d'élévation, et que l'on aperçoit de 15
lieues; la tour principale, qui s'élève d'abord carrée, puis octogone,
et enfin ronde, terminée par une coupole qui porte une statue colossale
de la Vierge, tandis que les tourelles qui s'élèvent aux quatre coins de
cette tour sont surmontées par les statues des quatre évangélistes, la
placent au rang des plus beaux monumens gothiques de la France
méridionale. Dans le pays elle est regardée depuis long-temps comme une
merveille. Une inscription latine, placée sur l'un de ses murs, compare
ridiculement sa hauteur à celle des pyramides d'Egypte. C'est une
jactance qui sent un peu

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le voisinage de la Garonne (1). On assure que pendant nos troubles
révolutionnaires ce beau monument fut menacé de destruction , et qu'il
ne dut sa conservation qu'à la présence d'esprit d'un citoyen qui fit la
motion de le dédier à Marat (2). Cette église date de la première moitié
du XVIe siècle. Parmi ses constructions modernes, Rhodez peut citer son
collège, bâti par les jésuites, son séminaire, assez beau bâtiment, et
sa préfecture, qui sépare ses deux quartiers. Rhodez a donné le jour à
quelques hommes distingués, tels que Hugues Brunet, troubadour du XIIe
siècle, et Jean de Serres, théologien protestant. Cette ville portait,
avant la domination romaine, le nom celtique de SegodUnllTll que les
Romains remplacèrent par celui de Rlltena, parce qu'elle était la
capitale des Ruteni. S'il fallait admettre les analogies qu'offrent
certains rapports fondés sur la ressemblance des mots qui paraissent
avoir passé du celtique au latin, le nom du peuple qui dans l'origine
occupait la province du Rouergue, devait s'écrire Rutheni, du mot Ruth,
en allemand Roth, qui signifie rouge, et cette origine serait justifiée
par la teinte rougeâtre du sol et des grès des environs de Rhodez.

Saint- Affrique, entourée de jolies promenades, est arrosée par la
Sorgues qui coule au milieu d'un vallon entrecoupé de vergers, de
prairies et de vignes; ses rues tortueuses sont bordées de maisons
gothiques. On y remarque seulement l'hôpital et le temple du culte
réformé. C'est à deux lieues de cette ville que se trouve le village de
Roquefort, connu depuis plus de huit siècles par ses fromages.

Un mot sur ce village et sur son importante industrie.

(') Voici le texte de cette inscription placée sur la plus haute des
deux, tours non terminées du frontispice : Facessant jEgypiiovum insanœ
pytamiilum moles, valeant oi-bis miracula.

(2) Voyez Promenade de Pari il Bagiières-de-Luclion , par l< coinle l'
de Lr.

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loquefort ne renferme que 3oo habitans, et 400 au plus lans la saison
des fromages. On croit que ceux-ci doivent eur qualité supérieure à la
température des caves dans esquelles on les met fermenter. Aussi
achète-t-on les meileures de ces caves jusqu'à 2i5,ooo francs: elles
sont cependant petites, étroites et non creusées, mais seulement dossées
à la colline de Roquefort. Il en sort annuellement à 900 mille
kilogrammes de fromages fabriqués avec le lit de plus de 100 mille
brebis qui paissent les excellens âturages du plateau de Larjac, et dont
les grandes malelles sont remplies de lait. Ces brebis ont la forme et
la lille des mérinos, et semblent appartenir à la même race.

e plateau sur lequel sont leurs pâturages avoisine et en)ure Roquefort;
il a 7 à 8 lieues de diamètre, et est evé de 750 mètres au-dessus du
niveau de la mer. Il forme ne des contrées de l'Aveyron les plus
favorables à la nourture des bêtes à laine par la sécheresse de son sol
callire et par la qualité de ses pâturages. Nulle part aussi îducation
des moutons n'est mieux entendue que sur le ateau de Larjac. Le lait de
ces brebis donne environ ) pour 100 de fromage. La fabrication des
fromages exige aucoup de temps et de soins : lorsqu'ils ont passé trois
maines dans la ferme du cultivateur, on les empile dans ) caves après
les avoir couverts de sel; au bout de huit urs on les frotte et on les
retourne, en les salant encore; lelques jours après on les racle de
nouveau; la raclure l'on en obtient se vend sous le nom de rhubarbe, 15
à francs les 5o kilogrammes. On les place ensuite sur des inches étagées
où ils se couvrent d'une moisissure de us d'un pouce de longueur, que
l'on racle tous les linze jours, et qui devient de plus en plus courte,
jus'à n'offrir qu'un léger velouté. Au bout de cinq ou six )is ils
deviennent bleus et persillés : c'est alors qu'après oir perdu un quart
de leur poids, on les livre au <om-

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merce au prix de 60 à 70 francs les 5o kilogrammes (1).

Milhau, que les Romains appelaient Æmilianum, et dont le pont passe pour
avoir été construit par César, est, pour son commerce et ses fabriques,
avantageusement située sur le Tarn. Cette ville, de 9000 âmes, possède
aussi des caves où l'on prépare des fromages, qui se vendent sous le nom
de Roquefort. Près des sources de l'Aveyron, Severac-le- CIlâteau, ville
de 2000 âmes, est bâtie sur une colline en forme de cône, dominée par
une vieille forteresse gothique dont les remparts épais sont fermés par
un pont-levis. Saint- Geniez-de-rive-d' Olt, sur le Lot, prouve que
cette rivière, appelée Oltis par les anciens, aurait dû se traduire par
101t. Jolie petite ville de 4000 âmes, elle est la patrie de Raynal.
Espalion, moins considérable et cependant chef-lieu d'arrondissement,
est traversée dans; toute sa longueur par une rue large et bien bâtie
d'où l'on franchit le Lot sur un pont de pierre. Un monticule basaltique
sur le sommet et sur le penchant duquel est bâtie La Guiolle, a servi de
point d'observation à MM. Delambre et Mécliain, qui en ont évalué la
hauteur à 55o toises au-dessus du niveau de la mer. Cette petite ville
de 2000 âmes est l'entrepôt des fromages de tous ses environs; ili sont
de la même nature et de la même forme que ceux di Cantal, auxquels même
ils sont préférables. Le sang est auss beau à La Guiolle que l'air y est
pur; les femmes surtou y sont d'une extrême fraîcheur, et l'un comme
l'autre seXj d'une forte constitution (2). « Les habitans sont francs
bons, et même pacifiques quand le vin est cher; mai lorsque la récolte
est abondante dans les vallons du dépar tement, les querelles y sont
fréquentes, et d'autant plu

(') Ces détails sont extraits d'un Mémoire de M. de Busaringues, lu

28 juin i83o à l'Académie des Sciences de l'Institut.

(3) M. Vaysse de Villicrs : Itinéraire descriptif de la France.

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angereuses que presque tous les habitans y portent un etit poignard
appelé dans le pays capuchadou (1). »

Le département qui porte le nom du Lot est arrosé de est à l'ouest par
cette rivière qui s'y replie en de nomireux détours; la Dordogne et
laCère arrosent son extrélité septentrionale, et le Sellé, moins
important que les utres, y serpente du nord-est au sud-ouest pour aller
se îter dans le Lot. On y élève de nombreux troupeaux de têtes à laine,
dont on fait un grand commerce. Les monagnes de ce département sont
d'une médiocre hauteur, [lais elles occupent une grande superficie;
elles renferment ivers métaux, «et le fer y est assez abondant pour
alimener deux forges à la catalane, deux hauts-fourneaux et un cu
d'affinerie. Le sol fertile des vallées se couvre de cééales-, de
chanvre, de tabac et d'arbres fruitiers; les coteaux.

e tapissent de vignobles estimés. L'excédant de la récolte les grains
sur la consommation est considérable, et celui Les vins est des trois
cinquièmes.

Figeac, sur la rive droite du Sellé, possède deux belles glises
d'architecture gothique, renferme des fabriques de otonnade, et fait un
grand commerce de vins et de beslauxi il doit son origine à une abbaye
de bénédictins ondée par Pepin l'an 755. Lorsque l'abbé faisait sa
pre[lière entrée dans la ville, un baron, seigneur de Montr irun, était
obligé d'aller une jambe nue et habillé en arleuin, le recevoir; de lui
conduire un cheval sur lequel le ion moine se plaçait, et que le baron
conduisait par la ride jusqu'à la porte de l'église, où il l'attendait
pour lui enir l'étrier et le mener à la maison abbatiale. Cette céémonie
se pratiquait encore en 1766 (2).

A quatre lieues de Figeac on remarque dans la petite ommune dossier les
imposantes ruines d'un château que

(l) M. Monteils : Description de l'Aveyron.

C1) Voyez le Journal encyclopédique de mars, 1766.

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Galiot de Genouillac, grand - écuyer et grand -maître de j l'artillerie
de France, fit bâtir sous Francois Ier , ainsi qu'une belle église qui
étonne par sa légèreté : on y admire] les voûtes de la chapelle où, sous
un mausolée de marbre' orné de bas-reliefs représentant les sièges et
les batailles; auxquels il assista, reposent les cendres du fondateur.

On a découvert en 1826, dans l'arrondissement de Figeac, une grotte
composée, sur 200 mètres de longueur, d'une suite de plusieurs cavités,
dont quelques unes se trouvent au-dessus des autres, et dont l'intérieur
est orné de belles stalactites imitant de majestueuses colonnes de 25 à
3o pieds de hauteur, ou d'autres objets de forme plus ou moins bizarre.
Ces cavités traversent une partie de la montagne de Presque.

L'origine de Cahors est, dit-on, antérieure à l'expédition de César dans
les Gaules ; mais on prétend à tort qu'elle excita l'admiration de ce
général lorsqu'il la vit pour la première fois : le général romain n'en
parle pas. Auguste se plut à l'embellir; il l'appela Divona Cadurcortim.
Le premier de ces noms indique, suivant Ausone, une fontaine sacrée, le
second celui du peuple de la contrée. On y trouv< encore quelques
vestiges de cette époque : les restes d'ur théâtre et d'un aqueduc, et,
près de l'hôtel de la préfec.

ture, le monument que les Cadurciérigèrent sous Auguste en mémoire de la
courageuse résistance que leurs compa triotes firent à César dans
Uxellodunum, aujourd'hui Cap <lenac. Genulphe ou Genou en 257 fut son
premier éveque Le pape Jean XXII y fonda une université en 133 r, qu
subsista jusqu'au règne de Louis XV. La cathédrale passl pour être les
restes d'un temple antique; le portail est d, construction moderne. Le
séminaire est aussi un assez vasti et bel édifice. Lorsqu'on a jeté un
coup d'œil sur ces monu mens et sur celui qui fut élevé en 1820 à
Fénelon, au mi lieu de la promenade appelée le Fossé; lorsqu'on a par

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ouru l'autre promenade bordant le Lot, que 1 oli yoit enourer presque
entièrement la ville et le rocher sur lequeL lie s'appuie, il reste peu
de choses à visiter. Les rues sont îscarpées et tortueuses; le collége
royal, le séminaire, la dbliothèque, le cabinet de physique, la salle de
spectacle t le palais épiscopal n'offrent rien d'intéressant. Cependant
et étêché n'était pas sans importance avant la révolution; l donnait au
prélat qui l'occupait le titre de comte de Calors et le privilége
d'avoir l'épée et les gantelets placés à :ôté de l'autel lorsqu'il
officiait. Son installation était accom)agnée d'une cérémonie qui
offrait quelque analogie avec :elle qui se pratiquait à Figeac : le
vicomte de Cessaç, vassal de l'évêque, allait l'attendre à la porte. de
la ville, a tête découverte, sans manteau, la jambe droite nue.etle )ied
droit dans une pantoufle. Dans cet équipage, il prenait a bride de la
mule montée par l'évêque, et conduisait :elui-ci au palais épiscopal, où
il le servait pendant son liner. Le seigneur recevait pour sa peine.la
mule et le buffet [ui avait servi au repas, et dont la valeur était
fixée à ',000 livres. Cahors est la patrie du pape Jean XXII, qui, ii
1321, y fonda une université, du poète Clément Marot, lu romancier La
Calprenède et du général Ramel, victime les assassins qui
ensanglantèrent Toulouse en 1815. Son ndustrie consiste en fabriques de
draps, ên tanneries et n papeteries.

Gourdon, chef-lieu de sous-préfecture, sur la petite riière du Bleu,
fabrique des toiles à voiles et des étoffes.

le laine. Suivons l'étroite et pittoresque vallée de l'Alzon, et a
isons, selon l'usage du pays, un pèlerinage à Rocamadour.

j 'église qui reste de la célèbre abbaye de cette petite ville st
toujours en vénération chez le peuple des campagnes, jùrce qu'elle
renferme, dit-on, les reliques de saint Amatour. On y monte par des
rampes assez rapideq; mais les nécieuses reliques y attirent moins nos
regards qu'une

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lourde épée, suspendue par une chaîne à la muraille, et que l'on prétend
être la fameuse Durandal du paladin Roland. Une autre église, taillée
dans le roc, mérite aussi quelque attention. A 5 lieues de cette ville
de 6000 âmes, le bourg de La Bastide-Fortunière ne dut son titre de
cheflieu de canton qu'à l'avantage qu'il eut de voir naître Joachim
Murât. Souillac, à sept lieues de cette dernière, renferme une
manufacture royale d'armes à feu ; on y traverse la Dordogne sur un beau
pont de sept arches.

L'église de l'ancienne abbaye sert maintenant de paroisse.

Il existe près de cette petite ville deux fontaines intermittentes,
appelées le Gourg et le Bouley ; la première vient du vallon de Blagour,
et l'autre sort de la montagne de Puy-Martin; elles ne coulent jamais en
même temps; l'une cesse à peine de vomir ses eaux, que l'autre soulève
les siennes et transforme en un instant le vallon qui lui sert de lit en
une vaste nappe d'eau ; enfin l'irruption du Bouley produit presque
toujours un tremblement et un bruit épouvantables.

Du département du Lot on est conduit dans celui de la Dordogne, en
descendant le cours de cette rivière qui le traverse de l'est à l'ouest
dans sa partie méridionale. Il est arrosé encore par l'Isle , la Dronne
et la Vezère, et par plus de 1400 petites rivières et ruisseaux. Il est
coupé dans tous les sens par des chaînes de collines qui, à l'exception
des deux vallées de l'Isle et de la Dordogne, ne forment que des gorges
resserrées, presque toutes ravagées par des torrens nés de fréquens
orages. Le sol est peu productif: la roche calcaire s'y montre souvent à
nu ou couverte de bruyères, de genêts et de châtaigniers, dont la
végétation chétive occupe des espaces immenses. Quelquefois l'uniformité
de ces terrains arides n'est interrompue que par des marécages. Les
terres grasses et fertiles sont en quelque sorte des accidens au milieu
de cette contrée. Les

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récoltes en céréales ne suffisent à la nourriture des habitans qu'avec
le secours des châtaignes, mais plus de la moitié des vins sont livrés
en nature au commerce, ou sont convertis en eaux-de-vie pour
l'exportation. Sa richesse minérale est importante; elle consiste en
houille, en manganèse, en diverses autres substances, et surtout en fer:
il renferme 37 hauts-fourneaux, 86 feux d'affineries, deux forges à la
catalane et plusieurs fabriques d'acier. Mais ce qui mérite à ce
département l'estime des gastronomes, c'est le vin blanc de Bergerac;
c'est la délicatesse de la chair de ses porcs, l'abondance des perdrix
rouges, les beaux brochets qui peuplent les étangs, les liqueurs, les
dragées fines de Périgueux, et surtout les truffes de son territoire.

Sarlat, chef-lieu d'un arrondissement riche en minerais de fer et de
cuivre, en pierres meulières et en charbon de terre, renferme un grand
nombre de papeteries. Belvès et le Bugne ont plusieurs fabriques d'huile
de noix. On voit dans cet arrondissement la source de la Doux, qui prend
naissance dans une étroite vallée, et remplit un bassin de 88 toises de
circonférence, dont on ne connaît point la profondeur. A trois lieues de
Sarlat, entre le bourg de Mi remont et le village de Privaset, il existe
une caverne connue sous le nom de Cluseau, dont les ramifications
forment une longueur totale de plus de 2 lieues. C'est une des plus
vastes de celles que Ion connaît en France.

Bergerac, jolie petite ville sur la rive droite de la Dordogne,
entretient, à l'aide de cette rivière, des relations continuelles avec
Libourne et Bordeaux. Elle occupe un grand nombre d'ouvriers dans les
fonderies, les forges et les papeteries de ses environs. A huit lieues à
l'ouest de cette ville, on voit encore au village de Michel de Montaigne
le château où naquit et vécut le célèbre philosophe de ce nom ; dans
l'une des quatre tours dont ce donjon est

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JIanqué, on montre le cabinet où il composa la plupart de ses écrits.

Après avoir traversé un plateau aride, on descend dans une belle vallée
arrosée par l'Isle, et faiblement animée par le mouvement de Périgueux,
chef-lieu de préfecture et siège d'un évêché. Cette ville est l'antique
Vesunna; ses rues sont noires, étroites et tortueuses. Son vieux
quartier désert appelé la Cité; une enceinte formée d'anciennes
murailles, des débris d'aqueducs et de bains publics ; quelques restes
d'un amphithéâtre ; un édifice circulaire de 160 pieds de hauteur, et de
195 de circonférence, sans portes ni fenêtres, et cependant regardé par
les antiquaires comme les restes d'un temple consacré à Vénus, dans
lequel on entre par des souterrains, et que le peuple appelle encore la
tour de Fesunne; des inscriptions, un musée d'antiquités, plusieurs
édifices du moyen âge; la cathédrale ou l'église de Saint-Front, dont le
style gothique rappelle l'architecture du Bas-Empire, et qui est
surmontée d'une tour carrée terminée en pyramide, lui donnent un aspect
de vétusté qui prouve son importance au temps des Romains, et celle dont
elle jouissait encore lorsque Pépin, en 768, défit sous ses murs Gaifre,
duc d'Aquitaine. Aujourd'hui ses dindes et ses pâtés truffés, ses
liqueurs, ses papiers renommés, ses étoffes de laine, et quelques autres
branches d'industrie , rendent son commerce important. Elle a vu naître
le savant cardinal Hélie de Talleyrand et le littérateur La Grange-Chancel.

Dans une jolie position, sur un coteau près de la rive gauche de la
Dronne, Brantôme, petite ville de 2700 âmes, possède encore les bâtimens
du couvent de bénédictins dont Pierre de Bourdeilles, connu sous le nom
de Brantôme par des mémoires assez licencieux, était abbé quoique
laïque. Sur la rive droite du Bandiat, Nontron fabrique des couteaux
communs, renferme des tanneries, et fait le

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commerce des fers que fournissent les mines considérables et les forges
de son territoire. L'arrondissement dont il est le chef-lieu est contigu
à celui de Riberac, petite ville située dans une plaine fertile arrosée
par la Dronne, et dont le territoire nourrit un grand nombre de porcs.

Elle semble destinée à devenir l'entrepôt des grains, des chanvres et
des fers que le pays expédie à Bordeaux. On y voit les restes d'un vieux
château-fort, qui appartenait aux vicomtes de Turenne. A sept lieues de
cette ville, la caverne de Mussidan est remarquable par la fontaine de
Sourzac, qui jaillit de son sein et forme une cascade.

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LIVRE CINQUANTE-QUATRIÈME.

SUITE de la Description de l'Europe. — Description du royaume de France.
- Deuxième section. - Région occidentale.

DANS les vingt-huit départemens qui composent la région méridionale de
la France, un ciel pur, de beaux sites et de nombreux restes de la
puissance romaine ont frappé nos regards; nous avons vu une population
favorisée presque partout, si ce n'est dans les montagnes, par la
douceur du climat, par des productions qui lui sont particulières, et
par un sol plus ou moins fertile. Mais si nous avions comparé le nombre
des habitans au total de la superficie, nous aurions remarqué combien le
résultat de ce rapprochement s'accorde peu avec la ri ch esse que tant
d'avantages devraient procurer à cette vaste région qui forme plus du
tiers du royaume ; nous aurions vu que présentant une superficie de 9000
lieues, et peuplée de 8,404,000 individus, elle n'en comprend que 925
par lieue carrée, et qu'elle est au-dessous de la moyenne des autres
régions ; ce qui suffit pour faire apprécier à leur juste valeur
l'industrie et les ressources de ses habitans.

La région de l'ouest, qui comprend treize départemens, est bien
supérieure à la précédente par sa population relative, et conséquemment
par sa richesse : sa superficie est de 4200 lieues, sa population de
5,438,000 âmes, et le nombre de ses habitans de 1284 par lieue carrée.
Cependant cette région est l'une de celles où les bienfaits de
l'éducation sont le moins répandus ; sous ce point de vue elle est à peu
près sur la même ligne que la précédente.

Que l'on calcule combien elle serait riche et peuplée si

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l'ignorance n'était point un obstacle au développement de son industrie.

En poursuivant notre route du sud au nord, le premier département que
nous parcourrons est celui de la Charente. Il est limitrophe de celui de
la Dordogne et beaucoup moins étendu. Son sol est inégal, entrecoupé au
nord de collines élevées, et au sud de hauteurs et de plateaux peu
considérables. Outre le fleuve qui lui donne son nom, neuf rivières
principales l'arrosent en différens sens : le lit de la Tardouère
renferme un si grand nombre de gouffres, qu'elle y perd la moitié de ses
eaux, et qu'elle ne peut se réunir à la Bandiat que pendant la saison
des pluies. Le cours de cette dernière offre le même phénomène : elle
est bordée de collines minées par d'immenses cavités tapissées de
stalactites du plus bel effet.

Le Taponnat, après un cours de quelques lieues, se perd dans des
gouffres et ne reparaît plus. La Touvre, presqu'aussi considérable que
la Sorgues à Vaucluse, et, dès sa naissance, capable de porter bateaux,
sort des cavités d'un rocher escarpé; elle semble n'attendre que
l'industrie de l'homme pour devenir navigable, malgré le grand nombre
d'îles qui entravent son cours. De belles cavernes bordent aussi les
rives de la Tardouère. Ces cours d'eau, ainsi que la Péruse, le lVé, le
Tude, la Nizonne et la Vienne, arrosent des vallons riches en pâturages.
Les plateaux calcaires et les plaines sablonneuses qui couvrent son
territoire, expliquent l'aridité que l'on remarque dans la plus grande
partie de ce département ; le tiers de sa superficie est employé en
terres labourables dont les récoltes en céréales suffisent à sa
population. Une quantité égale est occupée par des vignobles qui
produisent des vins médiocres , mais dont une grande partie, convertie
en eauxde-vie, fournit annuellement plus de 35,ooo barriques pour
l'intérieur de la France et les pays étrangers. Le reste

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des terrains est couvert de bois de châtaigniers, de plaines incultes et
de prairies naturelles et artificielles qui nourrissent plus de 3o,ooo
bêtes à cornes que l'habitant importe chaque année et réexporte après
les avoir engraissées. La quantité de fer que l'on y exploite est
convertie en fonte dans six hauts-fourneaux et en barres dans quinze
établissemens d'affineries.

Sur un coteau que l'on aperçoit à une grande distance, s'élève
Angoulême, où la pureté de l'air contribue peutêtre à entretenir la
santé des habitans et la fraîcheur dont brille le teint des femmes. Le
Quartier-Neuf a de la régularité, mais le reste de la ville est composé
de rues mal percées et d'un accès difficile. Le faubourg de l'Houmeau,
bâti en pente, au bord de la Charente. renferme de riches papeteries
qui, avec les distilleries, les raffineries de sucre, les faïenceries et
les fabriques de tissus de laine, alimentent son commerce et
entretiennent la grande activité qui règne dans son port. Ce chef-lieu
du département est aussi le siége d'un évêché. Jadis il était fortifié;
mais ses remparts ont été remplacés par une promenade qui s elève en
terrasses , d'où l'œil mesure un vaste horizon bordé de rochers, et se
repose avec plaisir sur les sinuosités de la petite ri vière
d'Anguienne, bordée de prairies et de riches coteaux, sur le beau pont
de la Charente, et sur l'obélisque élevé , au mi lieu du chemin neuf, en
l'honneur de la duchesse d Angoulême. Cette ville, où l'on avait établi
une belle école royale de marine, parce que le duc d'Angoulême avait le
titre de grand-amiral de France, possède un collège, une jolie
bibliothèque, un cabinet de physique et d'histoire naturelle : elle a vu
naître Marguerite de Valois, sœur de François Ier; Ravaillac, l'assassin
de Henri IV; Poltrot de Méré, celui du duc de Guise; le littérateur
Balzac et linge1nieur Montalembert. Son origine est assez ancienne;
Ausone en fait mention sous le nom d'fculisna, mais ellr

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l'acquit de l'importance que vers le moyen âge. Au IX e siècle lle fut
ruinée par les Normands; plus tard elle devint la capitale d'un comté
qui fut réuni à la couronne en i3o3; :n 1515, François Ier l'érigea en
duché en faveur de sa nère ; Louis XIV en fit l'apanage du duc de Berry
qui nourut en 1714, et depuis ce temps les princes de la )ranche aînée
de Bourbon conservèrent le titre de ducs l'Angoulême.

La Rochefoucauld, sur la Tardouère, est peuplée de Jooo âmes, et n'est
formée que d'une seule rue. Elle est lominée par un château gothique,
bâti sous le règne de François Ier, où naquit celui de ses ducs qui se
rendit célèbre par son livre des Maximes et par ses Mémoires sur a
Fronde. On y remarque un hospice fondé en 1685 par iourville, qui, de
simple valet de chambre d'un duc de a Rochefoucauld, devint son ami et
celui du grand Condé.

ies principaux établissemens industriels sont des fabriques le fil et
des tanneries.

Une contrée stérile entoure Confolens, petit chef-lieu le
sous-préfecture, qui doit son nom au confluent du ioire et de la Vienne
; sa situation est cependant agréable, ;t les bords de ces deux rivières
sont couverts de beaux )âturages. La tour carrée que l'on y remarque est
le seul 'este de son ancien château-fort. Après avoir traversé leux fois
le cours de la Charente, on arrive à la jolie letite ville de Rlfffec,
bâtie sur la rive droite de cette lernière, au bord d'un petit ruisseau.
Elle eut autrefois es titres de baronnie, de vicomté et de marquisat :
on y roit encore dans une île au milieu du Lien qui l'arrose, on ancien
château, dont les tours et les fortifications ont ité détruites. Au-delà
d'une petite chaîne de collines qui e termine au sud, à peu de distance
de la Charente dont e cours sinueux traverse de vastes prairies, on
aperçoit Tarnac qui s'élève sur ses deux rives, réunies par un pont t

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en fil de fer, et dont le petit port n'est pas sans importance. Un
monument moderne élevé dans la plaine indique le célèbre champ de
bataille où le duc d'Anjou, frère de Charles IX, défit en 1569 l'armée
du prince de Condé.

Mais puisqu'on rappelait cette funeste victoire, où des Français
s'égorgèrent, n aurait-on point dû marquer, près des murs de la ville,
la place où le malheureux prince fut assassiné par le marquis de
Montesquiou, lorsque le com- !

bat avait cessé ? Cette ville appartient à l'arrondissement, de Cognac,
que l'on voit s'élever sur une éminence au pied de laquelle coule la
Charente. Le vieux château qui défendait jadis cette petite cité
commerçante, cet entrepôt des excellentes eaux-de-vie que l'on distille
dans les communes environnantes, fut le berceau de François Ier.

Au milieu de la contrée fertile qu'arrose le Né, la ville de Barbezieux,
moins riche et mieux bâtie que Cognac, fait de grandes expéditions de
chapons truffés; elle est située sur le penchant d'une colline, et
traversée par la grande route de Paris à Bordeaux : son ancienne
forteresse est maintenant une prison. Aubeterre, à l'extrémité
méridionale du département, est dans une situation tout-à-fait
pittoresque, au bas d'une colline baignée par la Dronne et dominée par
un ancien château. Ce qu'elle offre de particulier , c'est son église
taillée dans la montagne même qui su pporte une partie de la ville.

Le cours inférieur de la Charente arrose un sol fertile en pâturages, en
céréales, en vignes abondantes mais pet estimées, dont les produits sont
convertis en eaux-de-vie L'embouchure de la Gironde et l'Océan qui
baignent une grande étendue de côtes, enrichissent par le commerce um
population laborieuse. Le territoire du département de h Charente-
Inférieure, dans lequel nous entrons, offre pe, d'inégalités: partout on
ne voit que des plateaux d'une petit.

élévation, que de grandes plaines où l'on respire un ai

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lubre ; mais sur les bords de la mer, les marais salans li fournissent
un sel renommé, dont l'Angleterre s'approvi)nne, répandent des
exhalaisons pestilentielles qui causent ins leurs environs les maladies
et la mort. Une grande rnntité de rades et de ports favorisent la
navigation, engagent le cabotage , déterminent des armemens pour la :che
de la morue, et des expéditions pour nos colonies; [fin, les îles de Ré,
d'Oléron et d'Aix, ajoutent à son iportance maritime.

Dans la partie qui confine au département précédent, >us citerons Jonzac
comme le chef-lieu de sous-préfecture moins important; sa population est
inférieure à celle du )urg de Mirambeau, qui renferme 3200 habitans.
Saintes, pitale de la Saintonge, est sale comme presque toutes s villes
anciennes. Ammien Marcellin la comptait parmi 5 plus florissantes de
l'Aquitaine. Elle portait le nom de Tediolanum Santonum, parce que son
territoire était celui :s Santones. On y voit les restes d'un arc de
triomphe a énormes pierres sans mortier ni ciment engagé par sa ise dans
une des piles du pont; les ruines d'un amîithéâtre presqu'aussi grand
que celui de Nîmes, celles un cirque, d'un aqueduc, et plusieurs autres
débris anlues. Elle fut le siège d'un évêché où s'assemblèrent plu;urs
conciles; le dernier, celui de l'an 1096, prescrivit lX fidèles le jeûne
des veilles des apôtres. L'église qui rvit de cathédrale et qui fut,
dit-on, bâtie par Charleagne, est surmontée d'une belle tour dans le
style goique. La sous - préfecture établie dans l'ancien palais
)iscopal, l'hôpital qui remplace le séminaire, la caserne î cavalerie
qui occupe les bâtimens d'une abbaye de mmes fondée en io43, et dans
laquelle se retira Eléonore 3 Guyenne après la rupture de son mariage
avec Louis-Jeune, la salle de spectacle et le collége n'offrent rien
intéressant dans leurs constructions; mais on voit dans

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ce dernier établissement une bibliothèque publique de 24,000 volumes.
C'est la patrie de Bernard de Palissy, dont on conserve les faïences, et
qui de simple potier s'éleva par son génie au rang des plus célèbres
physiciens di*.

XVIe siècle.

La petite rivière de la Boutonne commence à être navigable à Saint- lean
- dangely, et favorise le commerce d'eau- de-vie et le transport de bois
de constructio qui animent cette petite ville à laquelle les guerres d
religion ont été funestes, depuis le mémorable siège qui lai fit tomber
au pouvoir de Henri III, jusqu'à celui qu'elle supporta sous Louis XIII,
qui rasa ses fortifications^ Henri II de Bourbon-Condé, et Regnaud,
célèbre hommé d'Etat sous l'empire, y reçurent le jour. Elle possède und
importante fabrique de poudre à tirer, un dépôt royal d'étalons et un de
remonte. Marennes, à une demi-lieue de la mer, éprouve la funeste
influence des exhalaisons de ses marais salans; on pêche sur sa plage
d'excellentes huîtres vertes. Bien bâtie, ville riche et commerçante,
elle aurait depuis long-temps acquis une grande importance, san;
l'insalubrité de l'air qu'on y respire. A une lieue de Ma.

rennes on voit Brouage qui, en 1600, était le centre don commerce actif
et florissant, mais que les miasmes pesti lentiels de ses marais salans
ont fait abandonner. La me qui baignait ses murailles en est éloignée
aujourd'hui d'un lieue. On pourrait remédier à l'insalubrité de cette
plage pa des plantations : les végétaux absorberaient les gaz délétères
répandraient dans l'air l'oxygène et arrêteraient 1 actio desséchante du
soleil. TOllnay- Charente offre un port su et commode aux navires de 100
tonneaux.

On remonte la Charente pendant l'espace d'une lieue et l'on entre dans
le beau port de Rochefort, l'un des troi plus vastes de France : il a
2200 mètres de longueur , < contient assez d'eau pour que les vaisseaux
de haut- J lOf

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restent à flot pendant la marée basse. Des navires de o tonneaux peuvent
avec leur cargaison entrer et cirler dans le port marchand. L'entrée du
port est fermée r un bateau-porte où s'arrête le limon laissé par la
marée scendante et qu'une drague emporte ensuite au milieu 1 courant. De
vastes chantiers de construction, des masins d'armemens de 400 mètres de
longueur, des bassins carénage, une belle corderie longue de 38o mètres,
mtent encore à tant d'avantages, et à celui qu'offre sa Isition à quatre
lieues de l'Océan. Comme toutes les villes luvelles, Rochefort est bâtie
avec régularité. Ses rues, bien vées et tirées au cordeau, aboutissent à
une belle place intée d'arbres, quelques unes même sont garnies de
upliers et d'acacias, et toutes éclairées par des réverres
très-rapprochés et bien alignés. L'hôpital, le bagne, ii peut contenir
2400 forçats; la fonderie de canons, rsenal, qui renferme une belle
salle d'armes, sont des ifices dignes d'être remarqués. Un vaste
réservoir sert, l'aide d'une pompe à feu, aux arrosemens journaliers,
écaution d'autant plus utile que, depuis le mois d'août squ'au mois
d'octobre, l'air de Rochefort n'est rien moins le salubre. La défense de
cette place consiste dans les istions dont elle est entourée, et dans
les forts construits l'embouchure de la Charente. Les remparts, plantés
de aux arbres, forment une promenade agréable. Au nombre : ses
établissemens les plus utiles nous citerons l'hôpital de marine, édifice
qui ne le cède en magnificence qu'à celui ! Plymouth; il comprend 18
salles occupées par 1240 lits 1 fer, sans compter les appartemens des
officiers. Les maisins des vivres contiennent plus de 3 millions de
rations ; pain; 5 à 6000 barriques de vin et d'autres approvisionmens en
proportion. Telle est aujourd'hui l'importance aritime de Rochefort qui
n'était iCii XIe siècle qu'un châau et dont le port, creusé en 1666, put
recevoir au mois t

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de novembre de la même année une flotte royale. Le célè-l bre marin La
Galissonnière y naquit en 1693. Au moyen d'une belle route, Rochefort
communique par terre ave La Rochelle, chef-lieu du département. La
fondation de cette dernière ville remonte au Xe sièclej Philippe-Auguste
lui accorda plusieurs privilèges; le trait de Brétigny la céda aux
Anglais: Charles V parvint à s'en rendre maître; les divisions
politiques auxquelles la réfor mation religieuse donna tant d
importance, en avaient fait le centre de l'opposition protestante,
lorsque, assiégée pa Louis XIII, elle ne se rendit qu'après avoir
résisté pendant treize mois à des efforts qui coûtèrent au roi plus de
40 mil lions. Situé au fond d'un golfe, son port est sûr et commodef les
vaisseaux sont mis en carénage dans un bassin où ils reJ çoivent leur
chargement, quelle que soit l'élévation des eaui de l'Océan. Ses
fortifications ont été construites par Vauban; Des rues bien alignées,
une grande quantité de maisons or.

nées de portiques en arcades, la magnifique place du châ.

teau, la bourse et 1 hôtel-de-ville, édifices remarquables, donnent à la
ville un aspect imposant. Son arsenal est céi lèbre par l'ordre et
l'ingénieuse symétrie qui règnent danî sa salle d'armes. Patrie de
Réaumur, du pharmacien Seignette, qui inventa le sel purgatif qui
conserve son nom du bibliographe Colomiez, du médecin Nicolas Venette et
de plusieurs autres hommes célèbres, parmi lesquels nou compterons le
conventionnel Billaud- Yarennes : on nés point étonné d'y trouver des
sociétés savantes, une belli bibliothèque, un cabinet d'histoire
naturelle, un jardii botanique, un collège bien tenu, et une école de
naviga tion. En 1827 on a établi à La Rochelle des bains de me
remarquables par leur élégance. De la promenade du Mai on jouit de la
vue de l'Océan, d'où s élèvent, sur la droite l'île de Ré, entourée t'o
récifs et peuplée de pêcheurs; e face, l'île d'Aix, où les vaisseaux
attendent les vents favo

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bles pour appareiller; et sur la gauche, l'importante léron, riche en
vins et en salines.

La première de ces îles, entourée de fortifications, défend le rt de La
Rochelle. Elle présente une suite d'anses, de rades de ports très-sûrs
dont les meilleurs sont ceux de Saintartin-de-Ré, de La Flotte et d'Ars.
Saint-Martin est dé1due par une bonne citadelle, et possède un bel
arsenal un hôpital militaire. L'île d'Aix ne renferme qu'un village 2 à
3oo habitans ; mais on peut la regarder comme une ice de guerre : un
phare placé sur sa pointe nord-ouest fait reconnaître aux navigateurs.
Oléron, par son phare la tour de Chassiron, indique la nuit l'entrée du
canal pelé le Pertuis d'Antioche. Les 16,000 habitans de cette sont
répartis dans les deux cantons d'Oléron, petite le de 3ooo habitans,
défendue par un château-fort, et Saint-Pien-e-d' Oléron, qui n'a que le
titre de bourg, oiqu il renferme plus de 4000 individus.

A l'extrémité septentrionale du département, la jolie tite ville de
Marans, qui exploite aussi des marais ans, renferme 4ooo habitans, et
possède, à deux petites ues de la mer, un bon port sur la
Sèvre-Niortaise, où la irée transporte des navires de 100 tonneaux.

Le plus considérable des affluens de la Sèvre-Niortaise, Vendéç,
navigable pendant le court espace de six lieues, t, à l'époque de
l'organisation départementale, choisie préférence au Lay, rivière un peu
plus importante,, ur donner son nom à l'un de nos plus fertiles
départe2ns maritimes, qui, par son aveugle dévouement à la use royale,
devint, au commencement de la révolution, foyer d'une guerre civile dont
les ravages s'étendirent, irant sept ans, sur presque toute la région
occidentale de France. Son sol se divise en trois parties : le Marais, i
comprend tout le littoral, est couvert de sables, que s canaux et la
sueur du paysan rendent productifs, et

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de marais qui, par leur étendue et par la quantité de sel qu'on y
recueille, semblent indiquer que ces côtes ont été abandonnées depuis
peu de siècles par l'Océan; le Bocage, qui renferme aussi des landes
stériles, est cependant couvert de bois, et sillonné par une multitude
de ruisseaux qui favorisent sa fertilité ; la Plaine, formée de toutes
les terres comprises entre le Bocage et la limite méridionale du
département, est la plus riche des trois, et se prête à tous les genres
de culture. Le Marais, exhalant des vapeurs méphitiques funestes à la
santé de ses habitans , coupé de nombreux canaux de dessèchement,
dépourvu de sources et n'offrant pour étancher la soif qu'une eau
saumâtre e insipide, est cependant un des pays les mieux cultivés de j
France; il produit d'excellens chanvres, des céréales en abondance, des
légumes d'une grosseur remarquable, ef des pâturages qui nourrissent des
chevaux, des bœufs et des moutons de la plus forte taille ; dans le
Bocage, entrecoupé de haies et de vergers, on récolte des vins d'assez
bonne qualité ; la Plaine est fertile en grains de toutes espèces, et
comprend des vignobles qui ne produisent que de médiocres vins blancs.
La pêche du poisson de mer, l'exploitation des marais salans,
l'extraction de la soudt du varech, la fabrication de toiles de ménage,
d'étoffes dE laine grossières, de cordes et de poterie corumlVle, sonl
les principales branches d'industrie de ce département, j Fontellay-le-
Comte, que le gouvernement républicain!

plus habile à détruire qu'à édifier, et si ridiculement ombrageux pour
tous les noms qui retraçaient quelque souveni l appela
Fontenay-le-Peuple, s'offre à nous dans un valloi agréable, sur la rive
gauche de la Vendée. Les restes noi râtres d'un vieux château-fort, une
église dont la fléchi s'élève à 3oo pieds de hauteur, des faubourgs plus
gran<i que la ville, lui donnent l'apparence d'une important cité :
c'était autrefois la résidence des comtes de Poitiers I

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:'est aujourd'hui le chef-lieu d'un arrondissement, dont la econde ville
e Liicoii, peuplée de 36oo habitans au plus, !t siège d'un "êché. Cette
dernière , assez bien bâtie et nal pavée, es tuée à l'extrémité d'un
canal qui se jette, deux lieues de là, dans la mer à l'Anse d'Aiguillon.
Son )ort peut recevoir des navires de 80 à 100 tonneaux.

Une route, fatigante par sa monotonie, conduit aux )ables-d' Olonne ,
ville partagée par quatre longues rues Iroites et parallèles, bâtie sur
une pointe sablonneuse qui 'avance dans la mer, et que défendent
quelques bateries. Le port, qui ne reçoit que des bâtimens de 150
onneaux, la sépare du faubourg de la Chaume établi sur in rocher.

En suivant la côte on aperçoit, vis-à-vis le port de Saint'Jilles-sur-
ric, petit bourg où l'on construit des bateaux., 'Ne-d' Yeu ou Dieu, qui
n'est peuplée que de pêcheurs; plus oin, celle de Noirnioiitier,
beaucoup plus considérable, omprenant deux villages, une ville qui porte
son nom , et ne population de 7000 habitans. Des dunes d'un côté, es
rochers de l'autre, un vieux château bâti en 83o, et ne vingtaine de
batteries forment la défense de cette île , ui doit son nom au monastère
de bénédictins que saint 'hilibert y fonda au VIIe siècle. Vis-à-vis de
Noirmoutier, t près de la côte, est l'île de Bouin, qui n'était
autrefois u'un rocher calcaire, et qui, maintenant, offrant une
cironférence de sept lieues, est jointe au continent par une haussée
construite sur le canal même qui l'en séparait.

111e donne son nom à un village de 25oo habitans.

Nous terminerons notre course dans ce département ar Bourbon- Vendée, la
seule ville importante qui nous este à voir, et cependant l'une des
moins peuplées. C'éïit autrefois le bourg de La Roche-sur- Yon,
principauté ui appartenait à la maison de Bourbon-Conti. En 1807, Ile
renfermait à peine 800 habitans; Napoléon lui donna

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son nom, et affecta une somme de 3,000,000 pour y faire construire les
édifices nécessaires à un chef-lieu de préfecture; mais en 1814, elle
quitta son nouveaif nom pour celui qu'elle porte aujourd'hui. Tracée sur
leflan d'une ville populeuse, la plupart de ses constructions sont
restées interrompues faute de fonds. Ses rues sont larges, bien
alignées, mais désertes ; sa position sur la petite rivière d'Y on, loin
des rivières navigables et de toute ville importante, exigerait que l'on
exécutât le canal projeté de la Bret, seul moyen d'y faire naître le
commerce et l'industrie.

Le département des Deux-Sèvres confine à l'ouest avec celui de la
Vendée; il est traversé diagonalement par les hauteurs de Gatine ,
chaîne de collines assez élevée, ombragée par de belles forêts d'où l'on
tire des bois de charpente et de construction. Arrosé par un grand
nombre de petits cours d'eau, il tire son nom des deux rivières de
Sèvres: l'une coulant du sud au nord, l'autre de l'est à l'ouest; l'une
appelée Sèvre-Nantaise, et l'autre SèvreNiortaise, parce qu'elles
passent à Nantes et à Niort. Divisé par de belles vallées, couvert de
plaines fertiles, riche en vignobles et en pâturages, il comprend dans
sa superficie un grand nombre de marais et d'étangs poissonneux, et
quelques landes incultes. Ses récoltes en céréales et en vins surpassent
ses besoins; ses prairies nourrissent des animaux domestiques de toute
espèce. Il fournit à l'Espagne ces mules si recherchées qui servent de
monture de luxe; ces mulets qui, chargés de lourds fardeaux, parcourent
d'un pas sur lès Alpes et les Pyrénées, et ceux qui traînent lentement
ces énormes voitures que le midi de la France expédie sur toutes nos
routes. La vente de ces animaux à l'étranger produit plusieurs millions
de francs.

Les bœufs forment aussi une branche de commerce importante; les plus
gras sont expédiés pour l'approvisionnement de Paris; le plus grand
nombre se dirige sur la

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Normandie pour y être engraissés. Le sol fournit du minerai de fer, mais
un haut-fourneau et deux feux d'affinerie suffisent pour le fondre et
l'épurer. Ce département possède aussi plusieurs fabriques de grosses
étoffes de laine et de tissus de coton.

Le chef-lieu est Niort, vieille ville qui prend un aspect agréable
depuis que des constructions modernes remplacent les masures qui la
plaçaient autrefois au nombre des plus sales villes du Poitou. On y
remarque une église gothique , bâtie par les Anglais ; l'hôtel-de-ville,
ancien palais d'Éléonore d'Aquitaine, dont l'horloge est du XIVe siècle,
et la belle fontaine du Viviers qui doit ses eaux à un puits artésien.
L'ancien château sert aujourd'hui de prison. L'esplanade, près la
caserne de cavalerie, est une charmante promenade. Nous ne devons pas
oublier de dire que la salle de spectacle est assez jolie. Parmi les
établissemens à citer se trouvent deux hôpitaux, un dépôt de mendicité,
une société maternelle, une bibliothèque publique de 15,ooo volumes, une
école gratuite de dessin, une pépinière départementale et un collége
communal, avec une collection d'instrumens de physique et un cabinet
d'histoire naturelle. Un athénée royal des sciences et des arts iniique
que les arts et les sciences y sont cultivés avec zèle.

Quant à son commerce, il consiste principalement en farine ; nais sa
confiture d'angélique est renommée, et l'on y trouve les fabriques de
ganterie, des filatures de laine et de coton, ît de belles tanneries.
C'est dans une des prisons de cette rille que naquit Mme de Maintenon.
Nous ne devons point )ublier parmi les hommes célèbres nés à Niort,
Isaac de Seausobre et Louis de Fontanes. Ses environs offrent, sur es
bords de la Sèvre, des points de vue charmans qui contribuent à
l'agrément du jardin public et des promenades d'alentour.

La petite ville de Mauzé est le chef-lieu d'un canton où

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l'on trouve plusieurs liaras de baudets, d'où sortent annuellement 15 à
20,000 sujets. Saint-Maixent, peuplé de 5ooo âmes, mérite d'être
mentionné, non comme ville bien bâtie, mais pour la richesse de son
territoire et la beauté de ses sites. Ce chef-lieu de canton doit son
origine à un saint Maixent qui y fonda un ermitage du temps de Clovis;
en 5oj, il s'y établit une abbaye de bénédictins. Melle, sur une colline
au pied de laquelle coule la Beronne, petite rivière qui tarit l'été,
est le chef-lieu d'un arrondissement où l'on élève la plus belle race de
mulets que l'on connaisse en Europe.

Après avoir traversé les hauteurs de Gatine, on descend dans une plaine
arrosée par le Thouet ; sur ses bords s'élève Parthenay, bâtie sur une
colline où l'on voit encore les restes de ses murailles et d'un vieux
château. Elle est la patrie d'Anne de Parthenay. Non loin des sources de
la Sèvre-Nantaise , le village de La Forêt, qu'elle arrose, renferme le
tombeau du célèbre Duplessis-Mornay, auquel les catholiques donnaient de
son temps le titre de pape des huguenots. La rivière met en mouvement
une usine destinée à l'apprêt des lins et des chanvres du pays. Sur une
colline qui borde le cours de l'Argenton , Bressuire éprouva de si
grands ravages pendant les guerres de la Vendée, qu'elle fut réduite à
une seule maison et à son église en granité. Aujourd'hui, érigée en
chef-lieu de souspréfecture, elle fabrique des étoffes de laine et des
toiles de lin. A cinq lieues au nord-est, le Thouet coule autour d'une
colline, du haut de laquelle Thouars jouit d'une vue magnifique; son
origine paraît remonter au-delà du VIe siècle ; son nom signifie la
citadelle du Thouet, en latin Thoaci arx. En 758, Pépin s'en rendit
maître; dans le moyen âge, les Anglais en firent une des principales
places fortes du Poitou. On est étonné de voir encore dans cette ville,
qui fut ravagée par la guerre civile, le beau château bâti avec

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la plus grande magnificence, sous Louis XIII, par la duchesse de La
Trémouille.

La rienne donne son nom à un département qu'elle traverse du sud au
nord, et qui au sud offre quelques collines élevées, tandis que vers le
nord elles sont sans importance. Le centre du pays est occupé par un
grand plateau qu'entourent la Vienne et le Clain, son affluent; à l'est
de ce plateau, l'on ne voit que des plaines basses et de petites
vallées. Le sol peu fertile, couvert en quelques , endroits de landes et
de bruyères, produit cependant des céréales en suffisance, et des vins
en assez grande quantité pour que le département les employe comme un
moyen l'échange, soit en nature, soit en eaux-de-vie. Il possède Jes
sources minérales , quelques mines de fer, deux hautsFourneaux, cinq
feux d'affinerie, et des fabriques de coutellerie fine et d'armes
blanches. Nous ne parlerons point de ;es tissus de laine grossière, ni
de ses dentelles communes, ni de son commerce, qui trouve dans le défaut
de communications ses principales entraves.

L'arrondissement le plus méridional est celui qui a pour ?hef-lieu la
petite ville de Civray, dont l'église paraît être un édifice antérieur à
l'établissement du christianisme dans es Gaules. Sur la rivière de la
Gartempe , Montmorillony mtre chef-lieu, fournit des biscuits et des
macarons estinés. Dans l'enclos d'un ancien couvent des Augustins, on
voit un monument antique fort curieux, attribué aux druides.

Au confluent de la Boivre et du Clain, on aperçoit de oin, sur une
colline, l'ancienne capitale du Poitou, la vieille cité de Limonum chez
les Pictavi, place importante du temps de Ptolémée. Aujourd'hui
chef-lieu de préfecture, elle est encore entourée de murailles flanquées
de tours, vénérables témoins de l'invasion des Visigoths, de leur
défaite par Clovis et de la célèbre bataille dans laquelle

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le roi Jean, après avoir refusé les conditions avantageuses que lui
offrait Edouard, qu'il venait de surprendre, se laissa battre, à la tête
de 80,000 hommes, par une armée anglaise, dix fois moins considérable ,
qui l'envoya prisonnier en Angleterre. Ce fut à Poitiers que Charles VII
transféra le parlement de Paris pendant les guerres qu'il soutint contre
les Anglais. Cette ville, dont les rues sont étroites et mal percées,
conserve quelques traces de son antique importance, dans les restes
méconnaissables d'un palais de Gallien et d'un amphithéâtre. Elle
s'étendait jusqu'au confluent du Clain et de la Vienne, où l'on voit les
magnifiques débris d'un temple et les restes nouvellement découverts de
fortifications bordant un bras du Clain où quelques habitans assurent
avoir trouvé sous les eaux les vestiges d'un pont antique. L'église de
Saint-Jean passe pour avoir été un mausolée qui date des premiers
siècles de notre ère. A la place d'un château gothique, dont il ne reste
que d'imposantes ruines, on voit la promenade du pont Guillon, que la
vue des environs contribue à rendre magninque. La cathédrale , qui date
du XIe siècle, et, par son étendue, l'une des plus belles de France, est
un de nos plus anciens sièges épiscopaux; depuis le milieu du IVt.
jusqu'au commencement du XVe, il s'y est tenu a3 conciles (1).

Les cendres de Mme de Montespan reposent dans l'église des Cordeliers.
Dans celle de Sainte-Croix furent déposées celles de Pepin, roi
d'Aquitaine; et dans la cathédrale, les entrailles de Richard
Cœur..de-Lioll. L'église de SaintHilaire avait des portes si belles, que
Dagobert les fit enlever pour les placer à Saint-Denis; mais l'une
d'elles tomba dans la Seine d'où l'on ne put la retirer. Poitiers est la
patrie de deux évêques du IVe siècle : saint Hilaire et

(') Savoir: en 355., 38g, 592, 1000, IOIOJ 1023, IOJD, \0:)2.

1036,1073,1°78, xogf, iioo, iio5, IIOI, 1280, 1284, t3üL d(j-.

1387, i3g6 et i4oo.

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saint Maximin, d'Exupérance, préfet des Gaules et frère de Quintilien
l'anachorète, du cardinal de La Balue, du général André Montalembert, de
La Quintinie, de Mme et de Mil" Des Roches, poètes, et de Mlle de
Mortemart qui devint marquise de Montespan. Son musée est assez
intéressant, et sa bibliothèque qui renferme 22,000 volumes, est riche
en manuscrits.

A dix lieues de Poitiers, la ville de Saint - Savin est bâtie sur la
Gartempe que l'on y passe sur un très-beau pont. Son église est
remarquable par son clocher pyramidal de 225 pieds de hauteur. A sept
lieues au nord-est, la Vienne commence à être navigable : Châtellerault,
peuplé de couteliers, occupe la rive droite de cette rivière , que l'on
traverse sur un beau pont, bâti par Sully, et dont l'extrémité aboutit à
un vieux château flanqué de quatre grosses tours, qui sert de porte à la
ville. Loudun, à neuf lieues au nord-ouest de celle-ci, est située sur
un coteau, entourée de vignobles estimés. Son ancien château a fait
place à de jolies promenades, mais dont l'abord est désagréable.

Depuis la révocation de l'édit de Nantes, elle est devenue une ville de
peu d'importance. Elle a donné le jour à plusieurs hommes célèbres, au
nombre desquels nous citerons le poète latin Jean Maigret, plus connu
sous le nom de Macrin, parce qu'il transforma en Macrinus son nom
latinisé; les deux historiens Scévole et Louis de Sainte-Marthe, hères
jumeaux, et le médecin Renaudot, qui, en 1631 , imagina la publication
de ces feuilles de nouvelles auxquelles on donne le nom de journaux.
Cette ville fut célèbre sous le règne de Louis XIII par le procès du
curé Urbain Grandier, qui, pour avoir osé faire une chanson contre le
cardinal de Richelieu, fut accusé d'avoir ensorcelé le couvent des
Ursulines. On a de la peine à concevoir rlue dans un siècle si près de
nous, qu'à une époque où plusieurs hommes honoraient la France par leurs
lumières,

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il se soit trouvé des religieuses assez fanatiques pour feindre à la
face des autels une prétendue possession de démons, et des prêtres
empressés de joindre le ridicule à la barbarie , en paraissant
convaincus de la culpabilité de Grandier, en le faisant même torturer
avant de le livrer aux flammes.

Tant de honteuses intrigues n'avaient pour but que d'assouvir lâchement
la vengeance d'un ministre qui souilla de grands talens par de grands
forfaits.

La Loire, qui coule de l'est à L'ouest; la Mayenne, qui s'y jette, et
qui prend le nom de Maine après sa réunion avec la Sarthe, expliquent le
nom de lJJaine-et-Loire, que porte le département dans lequel nous
allons entrer. La culture des céréales et des vignes, l'industrie
manufacturière et l'exploitation des carrières de granité, des
ardoisières, des marbres et des mines, contribuent à établir la richesse
du pays. Les vignobles donnent près de 500,000 hectolitres de vins; la
récolte des céréales dépasse les besoins de ses habitans ; les mines de
fer en exploitation occupent plusieurs usines et hauts-fourneaux. Les
vignes du seul territoire de Saumur produisent annuellement environ
65,000 pièces de vin blanc, dont la valeur moyenne est estimée à
2,400,000 fr. Les exportations en céréales sont quelquefois de plus de
500,000 hectolitres; la valeur des fèves et des haricots expédiés à
Nantes et à Bordeaux pour l'approvisionnement de la marine, est
d'environ 5oo,ooo fr. ;

celle du chanvre dirigé sur ces mêmes ports, dépasse 3,ooo,ooo. Le
produit de ses houillères s'élève annuellement à plus de 110,000
quintaux métriques.

On côtoie pendant deux lieues les bords de la Loire avant d'arriver à
Saumur. Un faubourg se présente d'abord sur la rive droite du fleuve,
que l'on traverse sur un beau pont de 12 arches de 60 pieds d'ouverture,
d'où Ion voit l'école royale d'équitation, ses magnifiques casernes et
la salle de spectacle, bâtie sur une promenade qui borde le

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juai. Une belle rue large se présente en perspective, et L'on aperçoit
vers la gauche un quartier construit sur la jente d'une colline dont la
cime escarpée est couronnée Dar un château-fort qui défendait jadis la
ville, et qui sert mjourd'hui de dépôt d'armes et de munitions : on
croit ru'il fut commencé sous Pepin et terminé sous saint Louis.

j 'église de Saint-Pierre, dont le portail est moderne, est l'une
construction, fort ancienne; l'hôtel-de-ville est un édifice gothique. A
l'extrémité du quai prolongé au-delà lu port et de la promenade, on voit
un bel hospice adossé l la colline crayeuse qui domine la ville, et dans
laquelle m a pratiqué des excavations servant de logemens aux iliénés.
Saumur est baigné à l'occident par la petite rivière lelaThoue, que l'on
traverse sur un pont nouvellement îonstruit, à la tête duquel s'arrêta
le général Berton au noment où l'on croyait qu'il allait pénétrer dans
la villeLvec les partisans qu'il avait rassemblés. A peu de distance le
ce pont, on aperçoit trois monumens druidiques, dont un est un obélisque
naturel placé verticalement sur le ol, et dont les deux autres, composés
de plusieurs ùerres posées à plat sur d'autres pierres, sont deux
cromlechs d'une assez, belle conservation. Le moins conidérable de ces
derniers est sur la pente d'un coteau; autre, remarquable par sa grande
dimension, s'élève au aiIieu de la plaine. Outre un commerce important,
Saunsir possède un genre d'industrie qui occupe environ >00 ouvriers des
deux sexes et de tout âge : c'est la fabriation de chapelets et d'émaux
dont elle fait des exporations annuelles pour plus de 400,000 francs. A
quatre ieues à l'est, Doué, ville de 2000 âmes, est digne d'êtreisitée,
si l'on veut voir des ruines que les uns regardent lomme celles d'un
amphithéâtre romain creusé dans une, oche calcaire, et les autres comme
ayant fait partie d'un mlais des anciens rois d'Aquitaine ; les débris
d'un vieux

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palais du roi Dagobert; l'une des plus belles fontaines qui existent en
France; et dans ses environs, des grottes d'une grande étendue.

La route de Saumur à Baugé n'offre rien de remarquable, et ce chef-lieu
d'arrondissement mériterait à peine d'être mentionné si nous n'avions à
dire que l'on y traverse le Couesnon sur un beau pont en pierres de
taille, et que c'est dans ses environs que le maréchal de La Fayette
défit, en 1421, l'armée anglaise commandée par le duc de Clarence. Cet
arrondissement renferme un grand nombre de papeteries : à Durtal, ville
de 3ooo habitans, on en. compte plusieurs, ainsi que des tuileries, des
fabriques de poterie et de toiles. La situation de Durtal, sur le bord
du j Loir, à la base d'une colline dominée par deux tours colossales,
restes d'un vieux château du XIe siècle, présente un aspect agréable.
Segré, arrosé par l'Oudon, est beaucoup moins important que le bourg de
Château-Neuf sur Sarthe,

que Pouancé, qui possède des forges et des usines, que le Lion-d'Angers,
agréable par sa position et ses alentours, et que plusieurs autres
bourgs et villes de l'arrondissement dont il est le chef-lieu.

En suivant la pente de la Mayenne , Angers se présente sur le penchant
d'une colline, un peu au-dessous du confluent de cette rivière et de la
Sarthe. Ses toits couverts en ardoises, ses boulevards, les promenades
du Champ-deMars et de la Turcie, la cathédrale gothique dont les deux
clochers en forme de flèches s'élancent dans les airs, l'antique château
dont les dix-huit grosses tours forment une < masse imposante, lui
donnent une apparence de beauté i que son intérieur ne justifie point.
Ses rues sont étroites, !

et des maisons en bois à côté d'autres construites avec des blocs du
schiste ardoisier employé pour les couvrir, lui donnent un aspect
désagréable et triste. Cependant quelques nouveaux quartiers qui bordent
les boulevards sont bâtis-

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ivec goût; et les boulevards qui remplacent les anciens fossés presque
tous comblés, forment de belles et larges promenades. La ville possède
une académie universitaire, une bibliothèque de 26,000 volumes, un musée
renfermant 3oo beaux tableaux de l'école française, un cabinet d'hisv
:oire naturelle, un jardin botanique, deux salles de spectacle, une
école royale des arts et métiers, un des plus beaux haras de France et
cinq hôpitaux. Les restes d'un imphithéâtre antique ont été détruits
depuis peu. Elle était importante sous le nom de Juliomagus, avant la
conquête des Romains, qui lui donnèrent ensuite celui d'A ndecavllm.

On croit que le château est l'ouvrage de saint Louis ; Ses tours, à
l'exception d'une seule, ont été abaissées au niveau des murailles qui
entourent la ville; il sert aujourd'hui de dépôt de poudre et de prison.
Il ne reste de l'église qui appartenait à l'abbaye de. Saint-Aubin
qu'une tour qui sert d'observatoire. Le séminaire est établi dans
l'abbaye de Saint-Serge, dont la belle façade attire les regards. Angers
est depuis long-temps une ville importante (1). Elle renfermait
cinquante églises dont seize paroisses, réduites aujourd'hui à trois;
mais sa population est depuis long-temps stationnaire: en 1788 elle
était comme aujourd'hui d'environ 34,000 âmes. Elle a vu naître Ménage,
poète belesprit que. Molière a représenté sous le nom de Vadius, dans
ses Femmes savantes, et le célèbre voyageur Bernier.

Ce que ses environs offrent de plus curieux, ce sont ses ardoisières qui
occupent environ 3ooo ouvriers, et d'où L'on tire annuellement près de
80 millions d'ardoises.

Sur la rive droite de la Loire, à une lieue d'Angers, s'étend la ville
des Ponts-de-Cé, peuplée de 3ooo âmes, et formée de deux communes
réunies ; on y voit, sur une longueur de i5oo toises, une suite de ponts
et de chaus(1) Les mémorables conciles de 453, io55, 127g, 1366, 1448-et
1583 furent tenus à Angers.

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sées qui franchissent les bras et les îles du fleuve, et près de
l'embouchure de la Mayenne les restes d'un camp romain, qui occupent une
vaste superficie. Ingrande, près de la route de Nantes, possède une
verrerie à bouteilles qui occupe 5oo ouvriers. Clwlolllle, où l'on
compte plus de 5ooo âmes, est située sur un sol riche en vignobles et
près du confluent du Layon et de la Loire, vis-à-vis des îles de la
Lombardière, dont les bosquets de verdure forment l'un des plus beaux
paysages des bords de la Loire.

On exploite une houillère dans ses environs.

Entre le fleuve et les limites méridionales du département, Beaupreau,
chef-lieu de sous-préfecture, joint à la richesse de son sol une
industrieuse activité : on y compte plusieurs fabriques de toiles, de
tissus de laine, des teintureries et des tanneries. Près du village de
MOllt-Jean, on exploite des houillères considérables ; dans celui de
Tessouale, on remarque une belle blanchisserie de toiles.

Cltemillé, ville de 4ooo âmes, s'enrichit par les différens genres de
fabrication qui ont placé Clzolpt au nombre des cités les plus
intéressantes pour le commerce français. Dans les guerres de la Vendée,
cette dernière fut ruinée, et perdit un très-beau château. Mais elle
s'est relevée, s'est accrue, a doublé sa population , qui dépasse
aujourd'hui 7000 âmes, en donnant à ses manufactures de toiles de lin,
de mouchoirs de coton, de siamoise et de flanelle, le degré de
perfection qui fait rechercher leur produit.

Le cours inférieur de la Loire ne dément pas la réputation que s'est
acquise ce fleuve, par la beauté des sites qui le bordent sur une vaste
étendue; la route de Nantes offre des points de vue délicieux, de jolis
villages, des vallons pittoresques, des collines couvertes de vignes, de
belles prairies, depuis le village de Montrelais, enrichi prises
houillères et par ses excellens vins blancs, jusqu audelà du bourg d'
Oudon, où deux chaînes de collines se.

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èvent de chaque côté des rives du fleuve. Mais bientôt aspect du pays
change : à des champs de la plus belle ertilité succède un terrain qui,
par ses fougères, son blé loir et ses bruyères, rappelle le sol de la
Bretagne. Enfin, vant de traverser une plaine bien cultivée et longue de
eux lieues, on aperçoit la cathédrale de Nantes.

Le département de la Loire - Inf érieure, arrosé par un rand nombre de
rivières, baigné par l'Océan, sur une tendue qui offre un développement
de près de vingt-cinq ieues de côtes, et que les atterrissemens
agrandissent sans esse ; bordé de marais salans d'un rapport
considérable ; ouvert de gras pâturages et de belles forêts; abondant en
ouillères et en mines de fer, dont les produits, avant être livrés au
commerce, mettent en activité quatre hauts)urneaux et douze
établissemens d'affinerie; riche en céeales, et plus riche encore en
vignobles ; intéressant par îs fabriques de faïence, de porcelaine et de
divers tissus ; nportant par son commerce avec les principaux États du
lobe, et par la pêche du hareng, de la sardine et de la îorue, est digne
d'avoir pour capitale une des villes les lus considérables de France.

Nantes est, après Bordeaux, la plus commerçante place îaritime qui
communique avec l'Océan. Bâtie sur la rive roite de la Loire, au
confluent de l'Erdre et de la Sèvre rec ce fleuve, l'emplacement qu'elle
occupe est celui de ancienne cité des Namnetes, dont le nom, d'origine
el tique, Condivinéum, signifie ville au confluent de plu(eurs rivières.
On admire la régularité de ses places puliques, l'élégance de ses
édifices et la beauté de ses quais.

ne douzaine de ponts, la plupart très-beaux, lient entr'eux ÎS différens
quartiers ; la destruction de ses anciens remarts la met en
communication avec ses quatre princiaux faubourgs. Le quartier Graslin,
l'île Feydeau et le lubourg de la Fossé peuvent être mis en parallèle avec

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les plus beaux quartiers de Paris; mais ce qu'aucune autre ville ne peut
lui comparer, c'est le coup d'œil magnifique des îles qui s'élèvent au
milieu du fleuve, des tapis de verdure qui le bordent, et d'une belle
campagne qui s'étend en amphithéâtre; c'est, dans le quartier de la
Fosse, le port ombragé par de beaux ormes, et garni de superbes maisons
sur une longueur de près d'une demi-lieue. Ce port, éloigné de douze
lieues de l'Océan, et l'un des plus fréquentés, du royaume , a
l'inconvénient de n'être ouvert qu'aux bâtimens de 200 tonneaux, parce
que la marée n'y monte pas au-dessus de 5 pieds : cependant il y entre
annuellement 2 à 3ooo navires. La Bourse, monument qui semble être élevé
en l'honneur du commerceet à la gloire de la marine française, est dans
sa principale façade ornée d'un beau péristyle d'ordre ionique, et
présente à la façade opposée un portique couronné des statues de
Duguay-Trouin, de Duquesne , de Jean-Bart et de Cas- 1 sart. L'hôtel de
la préfecture est l'ancien palais de la cour: - des comptes; la salle de
spectacle développe une façade composée de huit colonnes d'ordre
corinthien. La nouvelle école de navigation, de géométrie et de
mécanique, qui comprend un observatoire de 82 pieds de hauteur, est une
des plus importantes constructions de Nantes. Au bout du cours de
Saint-Pierre, promenade agréable et spacieuse, s'élève sur le bord de la
Loire le vieux château des ducs d Bretagne, bâti par l'un d'eux en C)3o,
et célèbre par'l'écjilj qu'Henri IV y rendit, et que son petit-fils
révoqua pou le malheur de la France. La colonne départementale, haut de
^o pieds; l'hôtel-de-ville, où l'on voit une. belle collection de
tableaux, la riche bibliothèque publique, renfermant 3o,ooo volumes, le
beau cabinet d'histoire naturelle la plus complète de.nos collections
départementales, j jardin des plantes, important par sa position et son
éten due, le collège royal, l'école secondaire de m é dec i ne, celli
due, le collége royal, l'école secondaire de .médecine, .cel

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hydrographie , plusieurs établissemens de bienfaisance et instruction
pour les enfans pauvres, font honneur à l'adinistration de cette ville.
Cependant nous aurions beau>up à dire sur l'exiguité des prisons dans
lesquelles on itasse des prévenus et des condamnés de différens âges et
> différentes classes. Nantes est le siège d'un évêché qui istait au
IIIe siècle ; elle était fortifiée du temps de sar; en 445, elle soutint
un siège terrible contre les uns; en 843, les Normands la ravagèrent et
massacrèrent us ses habitans, en 1343, les Anglais l'assiégèrent sans
ccès; en 17^3, l'armée vendéenne, forte de 80,000 )mmes, essaya de s'en
emparer, mais fut repoussée par ; citoyens; plus tard elle devint le
théâtre des horribles écutions ordonnées par Carrier. La reine Anne de
Bregne, le savant bénédictin Mathurin Veyssière de La 'oze,
René-le-Pays, poète du XVIIe siècle, l'architecte >ffrand, le célèbre
marin Cassart, le diplomate Cacault T mathématicien Bouguer et le
ministre de la police mché, duc d'Otrante, sont nés dans cette ville.
Elle Issède une fonderie de canons; des chantiers de consction d'où
sortent des navires marchands qui portent squ'à 100 tonneaux, des
corvettes et d'autres vaisseaux eur l'Etat ; de belles fabriques de
cordages, de câbles en ? pour la marine; un grand nombre de raffineries
de cre, de filatures de coton, de manufactures de drap, de nneries, et
plusieurs autres établissemens d'industrie une moindre importance.

Depuis l'extrémité du département jusqu'à Nantes, la vre coule au milieu
de sites non moins pittoresques que ux que l'on va chercher en Suisse,
moins imposans, il t vrai, mais plus intéressans peut-être par les
souvenirs : village de Palet est la patrie d'Abeilard ; les rochers et
bois de ses environs <w vu se confondre les larmes [léloïse et celles de
son amant, malheureuse victime de

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la vengeance du chanoine Fulbert. Au confluent de la Moine et de la
Sèvre-Nantaise, la petite ville de Clisson, peuplée de 1200 âmes ,
rappelle une famille illustre dan notre histoire : son château est l'un
des plus remarquables par sa construction et par la majesté de ses
ruines. En passant près du lac de Grand-Lieu, il se présentera quelque
antiquaire du pays qui nous fera remarquer, près des bords voisins du
bourg de Saint-Philibert, une petite île sur laquelle s'élèvent deux
monumens druidiques, et qui nous dira que ce lac occupe l'emplacement
d'une ville appelée llerbadilla, qui, peut-être aussi coupable que Sodome.

reçut, en 580, un châtiment semblable. Nous quitterons les bords
marécageux de ce lac pour nous diriger sui Bourgneuf, ville de 2000
âmes, qui donne son nom 2 une baie que la vase et le sable menacent de
combler ur jour, et dans laquelle déjà les grands navires ne peuvent
mouiller en sûreté pendant la mauvaise saison. Le port d< Bourgneuf n'a
même de l'eau qu'à la marée haute. Sur 1.

rive gauche de la Loire, à dix lieues au-dessous de Nantes Paimbeuf] qui
n'était, au commencement du XVIIIe siècle qu'un hameau peuplé de
quelques pêcheurs, est devem par le commerce une ville riche, bien
bâtie, et le chef lieu d'une sous-préfecture. Son port est, en quelque
sorte considéré comme celui de Nantes : les plus gros navire viennent y
déposer leurs marchandises que l'on expédil ensuite pour cette dernière
ville.

Nous venons de visiter les lieux les plus intéressans ai midi de la
Loire. Au nord, et sur la droite du lIeuve, oi voit Ancenis, jolie ville
que domine l'antique château de ducs de Béthune. Au-delà de la petite
rivière du Don Châteaubriant est renommé pour ses conserves d'angélique
Cette petite ville est à 12 lieues de Nantes, d'Angers, d Rennes et de
Laval ; les ruin du manoir de ses ancien seigneurs la dominent. A quatre
lieues au sud le villag

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le Meilleraye s'offre à nous avec son couvent de trappistes.

)ans la direction du sud-est nous traverserons Savenay, :hef-lieu d un
arrondissement qui fait un bon commerce de )cstiaux et de sel; Guérande,
ville plus industrieuse, plus iche et plus peuplée, et le petit port du
Croisic, peu éloigne de vastes marais salans qui fournissent chaque
année, n sel gris et blanc, plus de 17 millions de kilogrammes.

Le golfe du Morbihan, dont le nom bas-breton, ou, si on veut, celtique,
signifie petite mer, est le plus considéable de ceux qui régnent sur les
côtes du département lans lequel on se trouve en franchissant les rives
de la Tilaine au bourg de Rieux où s embarquent pour la France t
l'étranger les cidres et les grains des cantons situés au lord. Il
baigne un grand nombre de petites îles, dont cs deux plus considérables
sont l'lie aux Moines et celle .'Arz, habitées et cultivées. Vannes est
située à une lieue le la baie la plus septentrionale de ce golfe.
Avantageusement placée pour le commerce, elle exporte des grains, t ses
chasse-marées lui apportent des vins, des eauxe-vie, des huiles, des
savons et des denrées coloniales.

m nord, des landes arides, et au midi de vastes marais ntourent son
étroite enceinte. Il faut croire que la mer Alignait ses murs à l'époque
où, principale cité des Veneti, Me était la plus puissante, la plus
riche et la plus peuplée es villes de l'Armorique (J). Un vieux mur,
flanqué de ours, la sépare d'un faubourg qui la surpasse en étendue; u
milieu de constructions noirâtres et de rues obscures élève sa lourde
cathédrale; son port, peu spacieux, est ordé par des quais revêtus de
larges pierres de taille ; IIujus est civitatis longè amplissima
auctoritas omnis orae maritimae l;illnum carum, quod et naves habent
feneti plurimas, quibus in Brimniain navigare consuerunt; et scientia et
usu nauticarum rerum reli110s antecedunt > et in magno impetu maris
alque aperto, paucis portibus îterjectis quos tenent ipsi, omnes ferè
qui eorum mari uti consuerunt, abent vectigales. CÉSAR, lib. III, cap. VII.

1 H. -, 8

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mais ce port, ou ce canal, offre une entrée difficile, et 1 aurait
besoin d'être amélioré par de grands travaux. Près J d'un petit marais
s'avance un môle garni de quelques belles maisons; un collège, un
hôpital, une salle de spectacle et trois promenades : telle est en
détail cette ville maritime, dont quelques fabriques de draperie
grossière et la pêche de la sardine constituent l'industrie; tel est ce
j chef-lieu d'un département pauvre en vignes, mais fertile en céréales
et en pâturages, en lin, en chanvre, en pommiers et en forêts ; qui,
malgré des marais et des landes, possède une richesse considérable en
chevaux, en bêtes à laine et en abeilles, dont le miel est recherché ;
qui renferme des mines de fer , des usines assez importantes et des
marais salans considérables ; qui fabrique des toiles de chanvre et de
lin estimées, des cuirs et des tissus de laine ; qui construit enfin,
pour le petit cabotage, des navires remarquables par leur solidité
autant que par l'élégance de leurs formes.

Au centre de la presqu'île de Ruis, Sarzeau est une petite ville de 6000
habitans, presque tous pêcheurs; près du rivage, le château de Suscinion
fut élevé par la duchesse Anne ; sur une autre partie de la côte de la
même presqu'île, on voit le village de Saint- Gildas-de- Ruis, où se
trouvait le monastère dont Abeilard fut abbé.

Depuis Vannes jusqu'à Lorient on aperçoit de la côte les îles que Pline
appelle insulœ Veneticæ, qui toutes dépendent du département.
Belle-Ile-en-Mer est la plus riche et la plus grande : elle nourrit des
bestiaux , exporte annuellement près de 800 chevaux de trait de la plus
belle race, renferme 8000 habitans, trois petits ports et le bourg de
Saint-Palais, défendu par un château. L'île d'Hoedic est susceptible de
défense par son petit fort entouré d'un fossé ; Houat est peuplée de
pêcheurs comme la précédente ; Groix ou Groaix, la plus septentrionale,
ren-

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ferme 2000 habitans , tout à la fois cultivateurs et pêcheurs , répartis
dans plusieurs villages. Quiberon, ou, comme d'anciens titres
l'écrivent, Keberoen, presqu'île de deux lieues de long sur un quart de
large, mais qui devient une île à la marée haute, est célèbre dans nos
annales par la descente qu'y effectuèrent, en 1795, sous la protection
de la flotte anglaise, 10,000 émigrés français, que le général Hoche
défit complètement. C'était l'élite de notre marine ; leurs alliés les
abandonnèrent au moment du danger. Un monument que l'esprit de parti a
fait élever, en 1829, consacre la mémoire de cet événement, qui sera
toujours une tache honteuse pour le gouvernement anglais.

Au nord de Quiberon , sur une hauteur qui domine l'Océan, le bourg de
Carnac jouit dans le pays et chez tous les antiquaires d'une réputation
que justifie l'importance de son monument druidique dont on admire la
disposition et la grandeur, mais dont on ignore la véritable
destination. Il est formé de plus de 5ooo pierres granitiques,
grossièrement taillées en forme d'obélisques reposant sur leur pointe et
disposées en onze rangées perpendiculaires à la côte. On a prouvé qu'il
n'avait point été élevé par les Romains pour perpétuer le souvenir de la
défaite des Veneti par César (1). Il est donc probable qu'il avait la
même destination religieuse que les autres monumens celtiques. Nous
sommes dans l'arrondissement de Lorient : visitons ce port bâti en 1719
par la compagnie des Indes, au confluent du Scorff et du Blavet, à peu
de distance de l'embouchure de ce dernier, dans la baie de Port-Louis.
La ville est grande et bien bâtie, mais ce n'est plus cette place de
commerce dont la prospérité excita tellement la jalousie de
l'Angleterre, qu'elle tenta de s'en emparer et de la dé-

(') Voyez la Dissertation de M. Ohier de Grandpré : Mémoires de la
Société royale des antiquités de France, toni. II, pag. 325.

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tiltitile Cil 117467 lorsqu'un gentilhomme breton (1), arrivant avec
quelques renforts, déploya devant le parlementaire

anglais une si grande énergie que la troupe des assiégeans crut qu'il
était suivi d'un corps nombreux, et se retira en abandonnant plusieurs
canons ddnt le roi fit présent aux Lorientais. Aujourd'hui son port
paraît d'autant moins animé que son étendue avait été proportionnée à
l'importance de ses expéditions et des affaires qui s'y traitaient à
l'époque où florissait notre compagnie des Indes. Cette ville a un
collége communal, une école d'enseignement mutuel, et une de géométrie
appliquée aux arts. A une lieue au sud deLorient, la petite cité de
Port-Louis, bâtie par Louis XIII, et qui reçut, pendant la révolution,
le nom de Port-Liberté, est avantageusement placée pour le commerce à
l'embouchure du Blavet, sur un terrain baigné presque de tous côtés par
la mer, et qui ne tient au continent que par une langue de terre large
de 2 à 3oo mètres.

Des bastions et une citadelle défendent l'approche de la ville et
l'entrée de son port. Le produit de ses presses à sardines et la culture
de ses beaux jardins sont les seules ressources industrielles qu'elle
joigne à son commerce.

Sur la rive droite du Scorff on aperçoit le vieux château de Trcfiaven
que l'imagination des paysans peuple toujours d'esprits follets. Près de
la petite ville d'Auray, une chapelle isolée, dédiée à sainte Anne,
attire beaucoup de dévots à certains jours de fêtes, appelées pardons.
La messe s'y célèbre alors en plein air, au milieu d'une affluence
immense et sur un autel élevé de 3o marches. Ces fêtes religieuses ne
rappellent-elles pas celles qui étaient en usage chez les Celtes?

Au-delà d'une chaîne de montagnes assez élevées qui traverse le
département du nord-ouest au sud-est, PloermeL

(') Le comfe de Tintcniac.

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près du confluent de l'Oust et du Malestroit, paraît avoir été, vers le
xe siècle, une ville importante. Pendant le siège qu'en fit Henri IV
elle perdit ses principaux monumens; cependant on y voit encore une
église gothique ornée de beaux vitraux et les tombeaux des ducs de
Bretagne Jean II et Jean III. A peu de distance de ce chef-lieu les eaux
qui tombent d'un étang de près de trois lieues de tour forment une jolie
cascade. Entre cette ville de 3ooo âmes et celle de Josselia qui n'en
renferme pas davantage, s'étend la lande de Mi-Voye qui fut, en i35o, le
théâtre d'un des plus mémorables faits d'armes de l'ancienne chevalerie.
«Jean de Montfort, aidé des Anglais, disputait la Bretagne à Charles de
Blois; une trêve avait suspendu les hostilités, et cependant les Anglais
dévastaient le pays. Le maréchal de Beaumanoir, qui commandait une
garnison bretonne dans Josselin, se plaignit à Bembro qui en commandait
une d'Anglais dans Ploërmcl, et lui reprocha les désordres que
commettaient ses gens. Bembro reçut mal ses plaintes ; une querelle
s'alluma entre eux, et amena in défi. L'un d'eux proposa un combat de 3o
contre 3o; .1 fut accepté; on convint du jour et du lieu, et les Anglais
et les Bretons se trouvèrent au rendez-vous le 27 mars i35o. Les
premiers eurent d'abord l'avantage; mais leur chef, Bembro, ayant été
tué, la fortune changea.

Vlontauban, écuyer breton, termina le combat en montant L cheval et
rompant les rangs des Anglais, dont la plupart urent tués et le reste
fait prisonnier. » Il est à remarjuer que les historiens anglais ne
parlent pas de ce ait : serait-ce excès de patriotisme de leur part, ou
cette inecdote serait-elle apocryphe ? Ce qu'il y a de certain, i'est
qu'un obélisque en granite indique encore le lieu du combat.

Sur le versant oriental des montagnes que nous avons ;l'aversées, le
Blavet est navigable à Pontivy, situé sur sa

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rive gauche au milieu d'un territoire fertile. Cette petite ville,
aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement, porta, sous le régime impérial,
le nom de Napoléonville. Elle doit son origine au monastère dans lequel
mourut, en 660, saint Josse, frère de Judicael, roi de Bretagne. Pontivy
se compose de deux parties : l'ancienne, qui n'a qu'un seul monument,
l'ancien château des ducs de Rohan; et la nouvelle, qui n'a encore que
quelques rues. On y voit une des plus belles casernes de France pour la
cavalerie, un hôtel pour la sous-préfecture, une prison et de jolies
promenades. Ce chef-lieu deviendrait un centre de commerce, si, par le
moyen de quelques écluses, on rendait le Blavet navigable sur une plus
grande étendue.

L'assemblée nationale, en décrétant la nouvelle division territoriale de
la France, donna le nom de département du Finistère à la partie de la
Bretagne qui s'avance dans l'Océan comme ce promontoire du nord-ouest de
l'Espagne auquel les anciens ont donné la même dénomination (1), parce
que les premiers navigateurs l'avaient long-temps regardé comme les
limites du monde. Ce département est borné à l'est par ceux du Morbihan
et des Côtes-du-N ord, au sud et à l'ouest par l'Océan, et au nord par
la Manche. Vingt îles bordent ses côtes dont les dentelures forment plus
de quinze caps. Partout elles sont hérissées de masses granitiques
contre lesquelles les flots irrités viennent se briser avec fracas, et
causer de fréquens naufrages. Le sol, médiocrement fertile, produit
cependant beaucoup de grains, de chanvre et de lin. Près de quelques
landes incultes les montagnes se couvrent d'épaisses forêts où dominent
les sapins, et les vallées se parent de riantes prairies. C'est le plus
riche de nos départemens en mines d'argent et de plomb; mais c'est celui
que les pluies et les brouillards rendent le plus humide.

v') Promonlorium/(/u's icrrcv.

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Arrêtons-nous un moment sur les bords de l'Isok ou de 'Isolle, qui roule
ses eaux avec la rapidité d'un torrent, et ie joint à l'Ellé, petite
rivière au cours paisible, pour aller, ious le nom du Laita, mêler leurs
ondes aux flots de Océan. Quimperlé, situé à l'endroit où cette jonction
l'opère, doit à cette position l'activité de son petit port, lui n'est
cependant fréquenté que par des bâtimens de )0 tonneaux. Cette ville est
jolie : on y remarque deux celles rues, une magnifique église, et
l'ancien couvent de Denédictins, transformé en sous-préfecture. C'est la
patrie le Morellet, qui, par quelques écrits estimés, son érudition ;t
son esprit, se montra durant une longue carrière le ligne neveu du
célèbre abbé de ce nom. Dans l'origine îlle se nommait Avantot, puis on
la nomma Quimper, tuquel on ajouta celui de sa principale rivière, ce
qui fit Quimper-EUé, et par contraction Quimperlé.

Quimper, surnommé Corentin, du nom de son premier fvèque, s'appela jadis
Cornouailles; elle fut la capitale d'une montrée ainsi nommée, qui
comprenait tout son diocèse.

)oUS la domination romaine elle reçut le nom de Coriso7itum; mais,
antérieurement, elle portait celui de Kimper, lui, en langue celtique,
signifie petite ville murée. On voit lu'il est difficile de contester
son antiquité. Elle est bâtie mr la pente d'une colline, au confluent de
l'Odet et du 3enaudet. Le quartier le plus ancien, entouré de murailles
ît de tourelles, s'élève en amphithéâtre. Le nouveau est lominé par des
rochers de 5oo à 600 pieds de hauteur, couverts de bois et de bruyères,
qui forment le coup d'Å“il le ?lus pittoresque. Ce beau quartier comprend
des rues noins étroites que le précédent, où toutes les maisons se
composent d'étages qui avancent sur le rez-de-chaussée de manière à
favoriser des communications fort intimes entre les liabitans des deux
côtés opposés. Les quais, assez beaux 7 et la promenade, qui bordent le
canal de l'Odet,

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fréquenté à la marée haute par des navires de 3oo tonneaux, contribuent
au mouvement commercial de Quimper et à l'agrément des promeneurs. Sa
cathédrale, reconstruite au commencement du XV siècle, est une des plus
belles églises de France. Nous ne devons point passer sous silence les
hommes distingués dont cette ville fut le berceau. Ce sont d'abord les
deux jésuites Bougeant et Hardouin; le premier composa l'excellente
Histoire du traité de Westphalie et les Amusemens philosophiques sur le
langage des bêtes, ouvrage qui le fit exiler par ses confrères à La
Flèche; le second, plus extravagant que méchant, attribuait l'Énéide à
un moine du XIIIe siècle, qui avait voulu peindre d'une manière
allégorique le voyage de saint Pierre à Rome ; il regardait comme faux
les actes des conciles antérieurs à celui de Trente; il rangeait parmi
les athées, Malebranche, Nicole et Pascal; et cependant il publia ces.
absurdités et les répéta sans inconvéniens pour lui-même. Fréron,
ex-jésuite, était aussi de cette ville, ainsi que le peintre Valentin,
qui, pendant nos troubles civils, mania tour à tour le pinceau, la plume
et l'épée. Quimper a trois fabriques de poteries communes qui occupent
200 ouvriers.

Concarneau, dans une petite île, ceint de murailles et défendu par un
château construit par la reine Anne, communique, au moyen d'un bac, avec
le continent. Cette ville fut prise par Duguesclin en 1373. Elle occupe
environ 49o bàtimens. à la pêche des sardines, dont le produit moyen
annuel est d'un million de kilogrammes. Audierne 11 a qu'une seule rue
et 800 habitans; son port, vaste et sur, est situé à l'entrée de la
rivière de Pont- Croix, qui donne son nom a une petite ville mal bâtie
et malpropre. A trois quarts de lieue d'Audierne, le village de Plohinec
est placé sur une hauteur, d'où l'œil embrasse l'arc immense de cotes qui.

s'étend du Raz à la pointe de Penmarch. La mer bouillonne sans cesse sur
les récifs qui bordent cette pointe : le brui,

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îmerit des vagues se fait entendre à plusieurs lieues. Les aufrages et
les tempêtes ont rendu ces plages célèbres. De ombreuses maisons ruinées
attestent que Penmarch était nciennement très-peuplé. Douarnenez
rivalise avec Conirneau pour ses pêcheries ; sa population comprend
envi:)n 2000 marins.

L'arrondissement de Châteaulin ne renferme aucune ille de quelque
importance. Son chef-lieu, divisé en deux ar la rivière de l'Aulne,
n'est digne d'être mentionné que our les sites agrestes qui l'entourent,
et pour avoir vu aître le P. André, littérateur connu par un Traité de
homme et un Essai sur le beau, et le contre-amiral CosmaoLerjulien, mort
il y a peu d'années, illustré par plus d'un ombat. C'est sur son
territoire que se trouvent le bourg de luelgo è't, qu'enrichit une mine
de plomb argentifère, occuée par 280 ouvriers qui en retirent 3 7o,00e
kilogrammes de iinerais de plomb, fournissant 3oo kilogrammes d'argent,
t le village de Poullaouen, peuplé de 36oo habitans, presque ous
employés à l'exploitation d'une mine semblable, la plus onsidérable de
France et l'une des plus belles de l'Europe, îlle fournit annuellement
660,000 kilogrammes de mineais de plomb, et produit 400 kilogrammes
d'argent. Les nachines employées pour l'extraction, et les bâtimens
desLnés à la fonderie, méritent d'être visités. A onze lieues à est de
Châteaulin, près de la rive gauche de l'Hières r la letite et laide
ville de Carhaix, où l'on voit une jolie pronenade appelée le
Champ-de-Mars, s'enorgueillit d'avoir lonné le jour à l'un des plus
grands hommes du siècle derlier, au brave La Tour d'Auvergne, savant et
militaire, ligne descendant de Turenne, proclamé le premier grenalier de
France, et mort, en 1799, au combat de Neubourg.

jarhaix est, suivant ce guerrier antiquaire, le Vorgaruum m Vorgium des
anciens, et la cité des Orismii.

Le mouvement continuel et fatigant qui règne dans le

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port de Brest; les innombrables pavillons qui font briller dans les airs
les couleurs de toutes les nations du monde; l'aspect imposant des
batteries qui défendent la ville et de la forteresse qui domine la mer,
et que le peuple attribue à César; l'étendue de la rade, qui peut
contenir 5oo vaisseaux de ligne, et qui ne communique avec l'Océan que
par le détroit du Goulet; les beaux magasins de la marine, les
dimensions de l'arsenal, les casernes construites sur une longue
esplanade, les deux bâtimens des corderies qui s'étendent parallèlement
près des bassins de construction; le bagne, bâti presque au sommet d'une
colline, pour recevoir près de 4ooo condamnés, forment un tableau que
nous n'essaierons pas de décrire. La ville est située sur le penchant
d'un coteau, et se divise en haute et basse; les embellissemens qui s'y
succèdent font plus de progrès dans cette dernière, dû le quartier de
Recouvrance augmente le nombre de ses constructions modernes aux dépens
de ses maisons gothiques, et laisse entrevoir l'époque rapprochée qui le
mettra en parallèle avec le quartier voisin du port.

Dans les rues escarpées et tortueuses des quartiers supérieurs , les
changemens sont lents et difficiles : plusieurs maisons ont le cinquième
étage au niveau des jardins des autres maisons, et les communications
entre les deux villes ne se font que par des escaliers, qui ne sont
point sans danger pendant la saison des pluies et des neiges. Au pied
des tours et près de l'entrée du port, on remarque une belle machine à
mâter les vaisseaux. A l'aspect de ces quais magnifiques bordés de
vastes bâtimens construits en pierres de taille, couverts en ardoises et
surmontés de paratonnerres , il est difficile de ne pas rendre hommage
au génie de Richelieu, qui les fit commencer, et qui devina le degré
d'importance qu'une heureuse situation donnerait un jour à ce bourg,
qu'il élevait au rang de ville maritime. Il nous semble qu'on a exagéré
l'antiquité de Brest : la forteresse

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Imaine, qu'il conserve encore, ne prouve point l'existence î cette ville
au temps de César : d'ailleurs on sait qu'au Le siècle ce n'était qu'un
village, lorsque, le roi Coron ieriadec y fit construire un château.
Louis Choquet, poète i XVIe siècle, l'écrivain dramatique Rochon, les
célèbres arins Lamothe-Piquet et Kersaint naquirent dans ce chefïu
d'arrondissement.

De la côte de Brest on aperçoit l'île -d'Ouessant, dont la spulation,
répartie dans quelques hameaux, est de 1800 abitans. Notre route vers
les montagnes comprises dans irrondissement de Morlaix, nous permei de
voir Landereau, qui, malgré les assertions d'un spirituel académicien,
;t encore loin de pouvoir passer pour une jolie ville : elle est
'aversée par une rivière du même nom, dont l'embouchure ans la rade de
Brest forme son port et lui donne quelque nportance. Morlaix, en breton
Montroules, est moins de que la plupart des petites villes bretonnes. Sa
position, iir les flancs de deux collines, à deux lieues de la mer, au
tmfluent du Jaclot et de l'Ossen, qui se réunissent pour raverser son
port, défendu par un château; la beauté de es quais, garnis de maisons
bien bâties ; son commerce et on industrie ; ses promenades et quelques
élégans édifices,, n font une cité riche et agréable. Elle fut le
berceau d'Allert-Ie-Grand et du général Moreau, qu'un boulet français
L'aurait jamais dû atteindre dans les rangs ennemis. SaintJol-de-Léon,
chef-lieu -de sous-préfecture, jadis le siège ['un évêché, est bâtie sur
une colline, à peu de distance le la mer. On y remarque
l'hôtel-de-ville, l'ancienne cathéIrale construite en granité, et le
clocher de Creisker, haut le 170 pieds. Son territoire nourrit une race
de chevaux :stimés.

Le département des Côtes-du-Nord offre une étendue d'enriron 100 lieues
de côtes, plusieurs baies profondes, et des- ap5 importans, battus par
les flots de la Manche. Les monts.

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Menez, d'Arrée et de Ménébret, arides, rocailleux et rem plis de
défilés, hérissent sa superficie et donnent naissance à trois rivières
navigables : la Rance, le Trieux et le Gouet. â– 

Leurs pentes douces vont se perdre au nord et au sud dans des sables
stériles; mais à ces sables succèdent, surtout près des côtes, des
plaines d'une grande fertilité, qui produisent beaucoup de lin, de
chanvre et de fruits à cidre.

Sa richesse minérale consiste en mines de fer et de plomb, en carrières
de granité et d'ardoises, et en plusieurs sources dont les eaux ne sont
pas sans réputation. L'habitant s'adonne à l'agriculture, à la pêche, à
la fabrication de plusieurs produits, principalement de ces toiles dites
de Bretagne, qui occupent dans certaines localités un grand nombre de bras.

Au bas des pentes méridionales de la chaîne Armorique, s'étend
l'arrondissement le moins important, mais qui compte cependant 4000
métiers à tisser la toile ; Loudéac, peuplée de 7000 âmes, en est le
chef-lieu. Uzel, près des rives de l'Oust, est le principal marché
affecté à la vente de ces tissus de lin. Les deux rives du Léguer, petit
bras de mer que tous les ouvrages de géographie confondent avec la
rivière du Guer, sont entourées par la petite ville de Lannion, dont
elles favorisent le mouvement commercial. Deux ponts joignent cette
ville aux faubourgs, dont la population réunie est de 55oo individus. Le
port de Tréguier, par la rivière de ce nom, communique avec la Manche. A
Guingamp, sur le Trieux, on remarque une belle église, et des promenades
délicieuses autour de la ville. Tout le monde connaît les tissus qui
portent le nom de ce chef-lieu.

A Saillt-Brieuc, ou, si l'on veut, Saint-Brieux, où l'on compte à peine
10,000 âmes, on est étonné de voir une bibliothèque publique de 24,000
volumes, un musée de peinture, une salle de spectacle, un bel hôpital,
un beau 1

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>nt en granite sur la rivière du Gouet, et l'établissement jne course de
chevaux à laquelle concourent, chaque née, au commencement de juillet,
les départemens des Ites-du-Nord, du Finistère, du Morbihan, de la
Loireférieure et d'Ille-et-Vilaine. Ajoutons encore qu'il existe ns
cette petite préfecture, siège épiscopal, une école d'hyographie et une
société d'agriculture. Son port est au vil e de Legué-Saint-Brieuc.
Cette ville, qui se forma autour m monastère bâti dans le ve siècle, est
propre et bien pere; les antiquaires du pays regardent son église
paroissiale mme un ancien temple des druides. Au nord-ouest sur la te,
Paimpol, peuplée de 2000 âmes, est connue pour son Irt sur et commode,
où l'on arme pour la pêche de Terre?uve. A quatre lieues au sud-ouest de
Saint-Brieuc, uintin, sur le Gouet, est célèbre par ses fabriques de
toiles les; on y voit un château d'une singulière architecture, sur la
colline voisine deux peu Ivens ou pierres druidiques 25 pieds de
hauteur, dont l'une est encore debout.

A 4 lieues à l'est du chef-lieu, la jolie petite ville de imballe,
entourée de vieilles murailles, occupe probableent l'emplacement de la
cité des Ambiliates, dont parle fsar. « Ses maisons blanchies, ses
jardins, le joli clocher Saint-Jean, les belles prairies, les vergers
qui sont aux ntours, forment un paysage délicieux, au-dessus dulei
s'élève l'église de Notre-Dame avec sa tour carrée, la omenade du
château avec ses grands arbres, la mongne des Vignes avec sa chapelle
blanche (1). « Le château mt nous venons de parler est celui des ducs de
Penthièvre.

s puis 1774, cette ville de 4000 âmes, a une société de cture qui
possède une bibliothèque. Ses environs sont rtiles; mais les propriétés
y sont très-divisées : les fermes de )o à 600 francs y passent pour
fortes. Dans les environs

(0 Le Breton: mars 1827.

'mars i S y

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de Lamballe, et en général dans les campagnes autour de Saint-Brieuc ,
on remarque des coutumes particu-j lières qui remontent à une époque
très-reculée. « Le$ plus grandes fêtes sont le jour des Rois et le
Mardi-Gras : on ne travaille pas ces jours-là; on se visite les uns les
autres; on fait trêve aux crêpes et à la bouillie pour manger de la
viande. Pendant 1 été, il y a presque tous les dimanches des pardons, ou
assemblées près des chapelles dédiées à quelque saint. Les dimanches où
il n'y a pas de pardons, et pendant l'hiver, les jeunes paysans vont à
la flUerie, c'est-à-dire faire la cour aux filles. «

Le dernier arrondissement qui nous reste à visiter est celui de Dinan.
Cette ville est bâtie sur une montagne près de la rive gauche de la
Rance; elle a un port qu: communique pendant la marée haute avec celui
de Saint.

Malo. On y voit encore un château-fort, ancienne de meure des ducs de
Bretagne : ses murailles étonnent pa] leur élévation et leur épaisseur.
A l'exception de ses pro menades agréables et vastes, d'une salle de
concerts qu prouve que la ville compte un bon nombre de dilettanti elle
ne renferme rien de remarquable. Elle a produit de hommes célèbres; mais
il suffit de citer Duclos, qui fu secrétaire de l'Académie française, et
Mahé de La Boui donnaye qui, après avoir relevé l'éclat de nos armes dan
l'Inde, n'obtint pour toute récompense qu'un cachot à 1 Bastille. On
ignore l'époque de la fondation de Dinan Elle dut son origine aux
Celtes, et probablement ces elle que Ptolémée désigne sous le nom de
Dianlitæ. A pei de distance de ses murs on voit, dans le fond d'un
vallo; pittoresque, une source d'eau ferrugineuse qui jouit d'u: grand
crédit ; on n'y arrivait jadis que par un chemin im praticable, que les
états de Bretagne remplacèrent par un belle route, et maintenant une
charmante promenade sert d rendez-vous aux personnes qui viennent y
prendre les eau:

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L'Ille et la Vilaine arrosent le département qui nous ste à visiter pour
terminer l'ancienne province de Breyne. La première coule du nord au
sud, pour se réunir a seconde, qui se dirige de l'est à l'ouest, puis au
midi, qui sert, ainsi que le Cher et le Couesnon, au transport s
marchandises. Le territoire qu'elles parcourent est encoupé de collines
granitiques et schisteuses; l'arrondissent de Vitré renferme une mine de
fer, et celui de 'don une carrière d'ardoises; les sources minérales y
sont mmunes; quelques marais salans bordent les côtes. Des èts, des
landes et des bruyères couvrent près de la moitié sol; mais les bords
des rivières, garnis de pâturages, et fertiles marais de Dol, le Delta
de ce département, proisent des récoltes abondantes, qui cependant
suffisent à ine à la consommation locale. L'exploitation et l'affinage
fer, la fabrication de diverses espèces de toiles et les ns de
l'agriculture répandent l'aisance dans les camnes.

Vers le XIe siècle, la plupart des habitans de l'ancienne s d'Aletum,
aujourd'hui Saint-Servan , exposés sans cesse c attaques des pirates, se
retirèrent sur le rocher d'Aal, où ils fondèrent une petite ville, à
laquelle ils donnèit le nom de Saint-JJlalo, leur évêque. Ce rocher est
nt à la terre ferme par une chaussée; et du côté du rd il est hérissé de
récifs qui, à l'aide d'un grand nombre batteries, en rendent l'accès
difficile à l'ennemi. Le port me est environné d'écueils et situé au
fond d'un golfe oit dont l'entrée est d'autant plus dangereuse que la
mer engouffre avec rapidité, en s'élevant pendant les grandes rées à 45
pieds au-dessus de son niveau ordinaire. La e est bâtie en amphithéâtre,
et dominée par un châteaut, ouvrage de la duchesse Anne de Bretagne.
Quelques ties sont régulières, et ses remparts sont garnis de pronades,
d'où l'on jouit d'un coup d'œil magnifique. Elle

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a produit des hommes remarquables: le célèbre DuguayTrouin, Jacques
Cartier, qui découvrit le Canada; Maupertuis, physicien et géomètre; le
médecin La Mettrie, qui mourut dans l'exil pour avoir douté de
l'immortalité de lame, et l'abbé Trublet, compilateur infatigable. Une
école d'hydrographie forme, dans cette ville, de jeunes navigateurs dont
la plupart se livrent aux voyages de TerreNeuve ; 60 à 80 navires
sortent annuellement de son port pour la pêche de la morue; 40 à 5o
servent au grand cabotage, et 70 à 80 au petit cabotage.

Dans l'arrondissement de Saint-Malo la culture du tabac prendrait un
essor extraordinaire si le gouvernement n'en circonscrivait les limites.
On y cultive environ 10 mil.

lions de pieds de cette plante qui fournit 1,032,000 kilogrammes de
tabac en feuilles, dont le produit est évalué i 1,100,000 francs.
L'espace d'une demi-lieuc sépare Saint Malo et Saint-Servent, jolie
ville moderne qui possède deu: ports, l'un destiné au commerce et
l'autre à la marine mi litaire. Cancale, à trois lieues sur la côte, est
célèbre pa ses pêcheries d'huîtres. Dol, ville de 4000 âmes, renferm une
belle église.

La route de Saint-Malo à Paris traverse Fougères, qi doit aux incendies
dont elle fut victime dans le siècle de nier, l'avantage- d'être l'une
des villes les mieux bâties d département. Ses environs sont délicieux;
rien n'est pli agréable que sa promenade en terrasses, d'où la vue ploll
sur le riant vallon arrosé par le Nancon, sur des prairi, parsemées de
bouquets d'arbres et sur une belle forêt q renferme plusieurs monumens
druidiques et qui s'étei dait jadis au-delà du village de Landéan, où
l'on voit 1 fameux celliers construits au XIIe siècle par Raoul, se
gneur de Fougères, pour enfouir ses trésors à l'approcl de Henri II, roi
d'Angleterre, qui, plus actif que s< ennemi, s'empara du butin avant
qu'on ellt pu le mett

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l'abri. Fougères est connue pour ses teintures et surtout lour son
écarlate, qui doit sa vivacité à la qualité des eaux u Nancon. On compte
dans l'arrondissement de Fougères 8 papeteries et 3 verreries importantes.

Le cours sinueux de la Vilaine nous conduit à Rédon, )lie ville qui fait
un grand commerce avec Rennes, et ont le port reçoit des navires de 200
tonneaux. Ellellest le hef-lieu d'un arrondissement qui comprend le
bourg de enac, où l'on fabrique des fromages que l'on vend sous le om de
Gruyère, et la petite ville de Bain qui renferme lusieurs fabriques de
serge. Monftort-sui^-Meu, Tiennes t Vitré, chefs-lieux des trois
arrondissemens qui nous resînt à parcourir, offrent une petite
particularité géograhique : elles sont toutes trois sous le même
parallèle. La remière conserve encore quelques restes de ses anciennes
)rtifications. Paimpont, bourg de 4ooo âmes, à cinq lieues e celle-ci,
renferme les forges et les usines les plus conLdérables de la Bretagne;
Plélan-le- Grand a de belles i briques de fil. Ce bourg et ce village
sont trois fois plus euplés que le chef-lieu.

En arrivant à Rennes, les magnifiques promenades qui ordent la Vilaine
donnent de cette ville une haute idée ue justifie le beau quartier
appelé la ville haute, par oposition avec celui qui sur la gauche du
fleuve porte le nom e ville basse, et qui souvent a souffert de ses
débordemens.

Tn philosophe de nos jours aurait pu ajouter, à ce qu'il a it dans son
Traité des compensations, les embellissemens ue plusieurs villes n'ont
dus qu'aux ravages du feu. A Lennes, un incendie, qui dura sept jours,
consuma, au lois de décembre 1720, toute la ville haute, et c'est aux
onséquences de ce funeste événement que la ville doit le uartier dont
elle est fière, parce qu'il est bâti sur un plan egulier. Il est peu de
places en France aussi belles que elle du palais; les maisons qui
l'entourent, ornées de

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pilastres d'ordre -corinthien, s'accordent parfaitement avec
l'architecture d'ordre toscan du temple de Thémis, dont quelques salles
sont décorées de peintures de Jouvenet et d'élegans arabesques. La place
d'armes est moins magnifique, mais plus vaste. L'hôtel-de-ville, d'une
construction plus élégante que celle du palais, termine uné place
plantée de beaux tilleuls ; l'une des ailes est réservée aux tribunaux
civil et de commerce, et à la bibliothèque publique, composée de 25,ooo
volumes. Le musée de peinture contient des tableaux dus à des peintres
célèbres : l'un de ces tableaux est du roi René; le jardin botanique
forme une promenade charmante. A ces divers établissemens, Rennes joint
l'avantage de posséder une académie, un collège royal, une société des
sciences et des arts, une école secondaire de médecine, une ébole des
beaux-arts, une faculté de droit, et d'être le siège d'une cour royale
et d'un évêché.

Elle est même considérée comme place de guerre, quoiqu'elle soit sans
fortifications. Nous ne citerons, parmi lesl hommes célèbres qu'elle a
produits, que le maréchal de Retz, fameux par ses débauches et ses
forfaits, brûlé à Nantes en 1440; le maréchal dç Vauban; René de La
Blet-I terie, auteur d'une Histoire de Julien; le jésuite Tournemine,
connu pour sa vaste érudition; Caradeuc de La Chalotais, dont le nom
fameux se rattache à l'affaire de l'expulsion des jésuites et aux
principaux événemens qui précédèrent la révolution; Saint-Foix, auteur
des Essais sur Paris, et Lanjuinais, dont les principes ont toujours
été, depuis ses éloquens discours à la Convention, jusque sur les bancs
de la chambre des pairs, ceux d'un philosophe chrétien et d'un citoyen
zélé. Cette ancienne capitale deld Haute-Bretagne renferme une maison
centrale de détention destinée aux condamnés des quatre départemens qui
res-j sortissent de sa cour royale. Placée sur une rivière navi J gable,
et au centre de 12 grandes routes, elle pourrail

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devenir un entrepôt considérable; mais son industrie et son commerce
prendront une nouvelle extension lorsqu'on aura terminé le canal qui
doit la faire communiquer avec Saint-Malo. Nous n'avons pas besoin de
rappeler que Rennes fut le théâtre de quelques uns des principaux
événemens de notre histoire : son parlement a contribué aux difficultés
qui ont amené la convocation des états-généraux en 1789. Pendant la
ligue, elle prit successivement les armes pour et contre son roi. Au
XIVe siècle, les Anglais, sous le commandement de Lancastre, furent
forcés par Duguesclin d'en abandonner le siège; et si nous remontons
au-delà de l'établissement de notre monarchie, nous verrons qu'elle fut
une ville importante sous les Romains, ainsi que l'attestent plusieurs
-antiquités conservées dans ses murs; qu'ils lui donnèrent le nom de
Redones, parce qu'elle était la capitale de ce peuple, mais qu'elle
portait auparavant celui de Condate, mot celte qui signifie confluent,
probablement à cause de sa position près du point où l'Ille et la
Vilaine se réunissent. C'est sur la rive gauche de ce fleuve, à une
demilieue de la ville, que se trouve le hameau de La Prévalaye, dont les
environs fournissent pour Paris cet excellent beurre si recherché sur
nos tables.

Vitré, qui nous reste à voir, n'est ni propre ni bien bâti; on dirait
qu'on n'a fait de cette ville un chef-lieu de souspréfecture que par
condescendance pour l'importance dont elle jouissait avant la révolution
comme siège des états de Bretagne. L'une de ses plus belles maisons est
celle qu'occupait pendant leurs sessions lVIme de Sévigné ; habitation
qui passerait aujourd'hui pour fort modeste. On est tenté de regarder
cette vieille cité bretonne comme une des plus anciennes villes
armoricaines : quelques amateurs d'antiquités prétendent reconnaître
dans ses murailles des traces de constructions romaines, mais c'est une
erreur. Elle a vu naître Savary, auteur des Lettres sur l'Égypte. Il
faut visiter dans ses environs

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des promenades champêtres charmantes, une fontaine d'eau minérale assez
fréquentée, le domaine des Rochers et son châteai* flanqué de tourelles,
où l'on conserve avec soin les objets qui ont appartenu à la femme
célèbre dont la correspondance occupe une place distinguée dans notre
littérature.

Essayons de tracer en peu de mots les mœurs, le caractère et-le costume
du paysan breton. Brusque, et peu com- • municatif, sa franchise n'est
qu'une sorte de grossièreté jiaturelle; enclin à la mélancolie, il
manifeste rarement sa satisfaction ; dissimulé avec les citadins, il ne
se montre tel qu'il est qu'avec ses égaux. Naturellement avare, il ne
vit que de privations même au milieu de l'aisance; il est souple et
suppliant lorsqu'il demande., et soigneux de cacher ses facultés
pécuniaires, à moins .qu'un intérêt majeur ne lé porte à exagérer ses
ressources. Comme chez les Celtes ses ancêtres, le mari est maître
absolu chez lui. Une.

vertu commune chez les Armoricains est la fidélité avec laquelle ils
tiennent leurs engagemens. Quoique leur taille dépasse rarement 5 pieds,
ces Bretons sont en général robustes et durs à la fatigue. Malgré leur
lenteur habituelle, ils aiment la danse avec passion : ils font
quelquefois plus de deux lieues pour se rendre à l'aire neuve où l'on
entend la musette, qu'ils nomment biniou. Les fêtes patronales,
appeléespardons, attirent au pied des autels une foule empressée qui y
assiste avec beaucoup de recueillement et qui va ensuite remplir les
cabarets ou danser au son du biniou.

Dans l'Armorique, les costumes sont aussi variés que les dialectes : à
Rumingol, chapelle située près de la petite ville du Faou, dans le
Finistère, on en peut juger aux jours de fêtes. On y voit le montagnard
avec son habit de berlinge ; les demi-messieurs des environs de Brest
portant l'habit à poches ou la veste ronde du matelot; le paysan de
Plougastel avec sa culotte longue et son bonnet de laine ;

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celui de Landivisiau avec un énorme chapeau, une large redingote,
l'ample bragou-bras noué aux genoux, et de longues, guêtres de cuir;
celui d'Audierne vêtu de grosse toile et d'une espèce de capuchon de
camelot qui couvre son feutre et ses épaules. Le costume des femmes
n'est pas moins diversifié : l'habillement de la paysanne de Lambezellec
se rapproche de celui des riches artisans des villes, les femmes de
Pleyben, fraîches et sveltes, sont vêtues d'étoffes de coton rayées :
celles des environs de Douarnenez portent des jupons de diverses
couleurs étagées, dont les bords sont garnis d'un galon d'or ou
d'argent; celles de Morlaix ont une camisole ouverte et une guimpe d'une
blancheur éclatante ; enfin on remarque celles de Fouesnant qui passent
pour les plus jolies du Finistère, et celles de Morlaix dont la coiffure
enrichie de dentelles rehausse encore l'éclat (1).

Les progrès nés de notre première révolution, les lois de l'empire, sa
chute et deux restaurations ont tellement changé l'esprit du peuple de
l'ancienne Bretagne, et lui ont tellement inspiré des idées d'ordre et
de patriotisme, que, malgré l'état d'ignorance dans lequel il est resté,
comparativement au reste de la France, ce n'est plus ce peuple docile à
la voix de quelques chefs prêts à allumer la guerre civile. Un homme
d'esprit qui exerce des fonctions administratives dans le Finistère,
nous représente ce pays sous les couleurs les plus vraies. Il n'a rien
gagné aux deux restaurations : l'ambition de quelques hommes ne
parviendrait plus à le soulever. Ecoutons à ce sujet le magistrat que
nous venons de désigner (2). « Le gouvernement a pu concevoir des
craintes, j'ajouterai même qu'elles étaient fondées pour certains
cantons. Auray, la presqu'île de

(1) Le Breton : années 1826 et 1S27.

v) M. A. Romieu, sous-préfet à Quimperlé : Voyez les articles qu'il a.

insérés sur la Bretagne dans la Revue de Paris, tom. XXI et XXII. -

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Quiberon, Ploërmel, là dorment encore des souvenirs que le moindre bruit
éveillerait. Mais là même, une seule et simple mesure anéantirait tout :
l'impôt du sel est supprimé; écrivez ces mots sur une bannière, même
tricolore, faitesla porter par un seul homme dans cent
coftimunessoulevées; et le clergé de 1790, avec les ombres des vieux
chefs morts, restera sans force devant cette économique armée.

La Bretagne n'était pas, sous l'ancien régime, soumise à la gabelle. On
comprend quelle charge pèse aujourd'hui sur des malhéureux qui pouvaient
autrefois prendre du sel à la mer, et qui, habitant ses côtes , sont
forcés maintenant de payer 20 centimes la livre d'une denrée qu'ils
consomment en si grande abondance. Leur nourriture se compose
exclusivement d'alimens fades, de la bouillie, des farineux, des crêpes.
On calcule qu'il faut 12 livres de sel par an pour un individu seul. Une
famille de quinze personnes ( et il y en a beaucoup de semblables)
emploie donc 36 francs par année pour un simple assaisonnement de ses mets.

Qu'on juge de l'énormité de cette dépense, là où la pauvreté abaisse les
gages d'un ouvrier jusqu'à la somme de 24 fr. »Veut-on se faire une idée
de l'intérêt que le peuple breton d'aujourd'hui prend aux affaires
publiques, suivons M. Romieu dans ùn des marchés de la Basse-Bretagne.
tt Qui n'a pas vu un marché de la Basse-Bretagne ne saurait s'en figurer
le spectacle ; et qui le verrait pour la première fois pourrait se
croire jeté dans les tribus errantes du Canada, Des chevaux, des bœufs,
des hommes, pressés pèle-mêle; de grands chapeaux, de grands cheveux, de
grandes guêtres; de l'or et des. haillons, des femmes à figures
d'hommes; un bruit aigre et perpétuel de mots inconnus; des juremens et
des colères à faire craindre du sang; des personnages qui semblent se
battre et qui concluent simplement une affaire ; des signes de croix sur
la tête d'un

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veau; puis un notaire qui installe son étude volante dans.

un cabaret; puis des estropiés dé toute nature étalant leurs, plaies
hideuses auprès de fraîches denrées; des chapelets,, des images de mille
saints, trois perdrix qu'on achète et: dont il faut payer le prix total
par tiers successifs et séparés; ici un rebouteux ou charlatan de
campagne qui.

prononce des parores bizarres pour guérir une vache; plus loin un
aveugle qui chante. Je m'approchai ,de celui-là.- Un groupe nombreux
l'environnait : c'était sans, doute quelque complainte ; je le crus à
l'avidité qui accueillait ses chants, à l'empressement avec lequel on
s'arrachait ses petites feuilles. Je donnai aussi mes 2 sous, et je
parcourus de l'Å“il les 5o couplets qu'il vendait si cher. Je lis le
commencement (1). « Certes j'étais loin de m'attendre à ce que ces
lignes barbares signifiaient : « Ecoutez atten:» tivement, Bas-Bretons,
ce récit véritable; vous y verrez » en entier les détails de cette
révolution qui vient d'être » accomplie si rapidement par le courage de
la nation. »

» J'étais loin de m'attendre à retrouver dans les iglapissemens d'un
sauvage aveugle, au milieu de la cohue que j'ai décrite, les noms de la
charte, des chambres, de l'école polytechnique et de Louis-Philippe Ier.
J'ai cependant vu acheter plus de 1000 exemplaires de cette chanson, et
par des hommes qui, venant de trois lieues, avaient craint d'exiposer
leurs 2 sous à quelque utile emplette. J'ai rencontré depuis des
braconniers qui savaient les 5o couplets par cœur. »

Le département, traversé du nord au sud dans toute sa longueur par la
Mayenne, offre à peu près le même sol et les mêmes productions que celui
d'Ille-et-Vilaine. Borné à

1 (0 « Prcstit oll lioc'li attantion, Brctonct a Vrciz-Izcl » Da glêvet
ur récit guirion rcnqct en un urz firtel ; » Ennàn e vclot pcn-tla-ben
pcbes révolution » Zo Let achuct qer souden dre gourach an-nation. 1).

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l'ouest par un rameau de la chaîne armorique, il est généralement
composé de plaines ondulées. Les vallées y sont fertiles en seigle et en
orge; les pommiers et les poiriers, très-multipliés, y produisent
annuellement 600,000 hectolitres de cidre et de poiré ; la vigne n'y
occupe que 600 hectares de terrain; parmi les plantes légumineuses on
cultive le chou-cavalier dont la hauteur excède celle d'un homme.

Il est un des moins riches en forêts; les prairies y sont peu étendues,
mais les landes et les terres en jachères nourrissent un grand nombre de
bestiaux. Les bêtes à cornes, les porcs et les moutons y sont nombreux
et d'une race estimée; les abeilles s'y élèvent en grand, et la classe
industrieuse y fabrique des toiles de chanvre et de lin, et des tissus
de coton; enfin quelques mines de fer alimentent plusieurs usines.

On se tromperait grandement si l'on s'attendait à trouver dans Laval des
rues bien percées et des maisons dignes d'une ville industrieuse et
riche. Sa situation entre deux montagnes qui forment une belle vallée,
et sur le bord de la Mayenne, qui la sépare du plus grand de ses
faubourgs, est aussi agréable que son intérieur l'est peu. C'est bien là
cette ancienne baronnie, dont les murailles n'annoncent point une
origine antérieure au Xe siècle, qui fut acquise par une branche de la
maison de Montmorency en 1218 , et par Charles VII érigée en comté. Au
milieu de la ville, et sur le bord de la rivière, s'élève le vieux
château de ses ducs, transformé en maison d arrêt. Un autre château,
d'une construction moderne, est aujourd'hui le palais de justice.

L'église de la Trinité, bâtie sur l'emplacement d'un temple de Jupiter,
est remarquable par son architecture gothique mêlée de moderne. La halle
aux toiles, bâtiment vaste et d'une grande élévation , fut construite
par les ducs de La Trimouille, dont l'autorité succéda à celle des
Montmorency. La réputation des toiles de Laval date de plus

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le 5oo ans; cette branche d'industrie fut importée par an Gui VIII, l'un
de ses seigneurs, après son mariage rvee Béatrix de Flandre, doù il fit
venir d'habiles tisserands; et cependant cette particularité est peu
connue ians cette ville, qui aurait dû, par reconnaissance, élever un
monument au principal auteur de sa prospérité. Il s'y tient tous les
samedis un marché aux toiles où il se fait souvent pour plus de 5oo,ooo
francs d'affaires. Laval, qui possède une bibliothèque de 25,000
volumes, a produit plusieurs savans et littérateurs: mais elle a de plus
l'honneur de compter parmi ses enfans, Ambroise Paré, le père de la
chirurgie en France.

La Mayenne arrose successivement Mayenne, Laval et Château-Gonthier, les
trois chefs-lieux du département. La première et la troisième se
trouvent à six lieues au nord et au sud de Laval, disposition
mutuellement favorable à leurs relations commerciales. Château-
Gonthier, qui serait jolie si ses rues étaient alignées, est séparée de
son principal faubourg par la rivière ; sa promenade doit son plus grand
agrément à une vue délicieuse sur le bassin de la Mayenne, dont les
rives bordées de noyers, de vergers et de prairies, sont dominées par
des escarpemens qui produisent le plus bel effet. De tous les châteaux
situés aux environs de cette ville, le plus remarquable par l'élégance
de son architecture est celui de Saint-Ouen, bâti par Anne de Bretagne.
A quatre lieues à l'ouest, Craon, peuplée de 3ooo âmes, est la patrie du
célèbre Volney. En approchant de layenne, l'œil est également satisfait
de sa situation sur le penchant de deux coteaux , et de l'aspect qu'elle
offre malgré ses rues escarpées et mal percées. Sa propreté et ses deux
jolies places, dont l'une est ornée d'une belle fontaine, annoncent que
nous ne sommes plus dans l'ancienne province de Bretagne. Elle fut
érigée en duchépairie par Charles IX, en faveur de Charles de Lorraine,

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qui prit le titre de duc de Mayenne. Construit sur un rocher à la droite
de la rivière, l'ancien château de ce prince et de ses successeurs forme
un point de vue trèspittoresque. Les fabriques de toile de cette ville
occupent plus de 8000 ouvriers. Il existe dans ses environs des.

forges qui produisent par an plus de 600 millions de fer.

Le département qui confine à l'est avec celui de la Mayenne, est
traverse par la Sarthe, qui, du nord au-sud,- Àrrose des terrains
fertiles jusqu'à sa réunion avec l'Huysne.

Ici le sol change, et tout l'espace compris entre cette rivière et le
Loir est couvert de landes sablonneuses plus ou moins stériles."Des vins
médiocres, des céréales-en suffisance, d'importantes récoltes en trèfle,
un grand nombre de troupeaux, de volailles engraissées avec soin, et -de
ruches; des mines de fer et des houillères, constituent en un mot la
richesse territoriale du département de la Sarthe.

L'arrondissement de Mamers, le plus important après celui du chef-lieu,
est le premier que nous visiterons, parce qu'il est le plus
septentrional. Son sol est riche, et le siège de la sous-préfecture,
petite ville qui paraît avoir été fondée peu de temps après l'arrivée
des Francs dans les Gaules, qui fut fortifiée par les Normands, et s'est
embellie depuis plusieurs années par quelques promenades et des
constructions utiles. Elle consiste en une dizaine de rues qui
aboutissent à deux grandes places : sur la prejnière s'élève une double
et jolie halle neuve ; sur la seconde, celle du Grouas, on voit l'ancien
couvent de la Visitation, vaste et bel édifice, où sont réunis les
tribunaux, la sous-préfecture, la mairie , le collège, la bibliothèque,
la prison, la caserne de gen darmerie et la salle de spectacle. A quatre
lieues de Mamers, près du village de Champ fleur, on voit une chaussée
formée de blocs de grès arrondis et que l'on retrouve, à quelques lieues
plus loin,

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a bourg de Saint-Paterne ou Pater: on la regarde comme 5S restes d'une
voie romaine qui conduisait d'Alençon au Ians. A La Ferté-Bernard, ville
qui compte à peine 5oo -habitans, FHuysne et la Mène font mouvoir des
iQulins à blé et à foulons, et contribuent à la prospérité e plusieurs
belles fabriques de toiles, de piqués et dlétalines; elle prouve
l'itifluence de l'industrie sur les lumières ri entretenant une
bibliothèque publique.

Placée au centre du département, Le Mans est la ville i mieux située
pour le rang administratif qu'elle y occupe.

ept grandes routes y aboutissent, et les peupliers qui les iordent
ajoutent à la beauté de ses environs. Le quartier Ltué sur la rive
droite de la Sarthe annonce, par ses rues troites et tortueuses pavées
de cailloux et impraticables ux voitures, l'ancienneté de sa
construction. La ville taute est mieux bâtie, les habitations y sont
construites n pierres de taille et couvertes en ardoises; mais la plus
lelle partie de la ville est le quartier Neuf, résidence de outes les
sommités industrielles et financières : c'est là [ue se trouvent la
préfecture et la bibliothèque , à laquelle m .ne donne pas moins de
45,000 volumes et 700 manuicrits. La cathédrale, dont la construction,
souvent interrompue, a duré 600 ans, est un mélange d'architecture
omaine et d'architecture gothique fort intéressant pour :histoire de
l'art. Elle fut terminée pendant le XVIe siècle ; ta tour a 200 pieds de
hauteur. Des assises de pierres alterlent avec des rangs de briques;
dans l'intérieur, des arcades cintrées ; des ogives à l'extérieur,
forment au premier coup l'œil un singulier mélange qui se marie assez
bien aux relets éclatans de ses gothiques vitraux. On y remarque le-,
mausolée de Guillaume de Bellay, bon capitaine et dipio" mate habile,
qui fut vice-roi du Piémont sous le règne de François Ier. Près de cette
église existe encore l'habitation qu'occupait Scarron lorsqu'il venait
faire au Mans son seis

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vice de chanoine. La salle de spectacle est une des plus jolies de
France. La promenade des Jacobins, ombragée de tilleuls et bordée de
terrasses, est sur l'emplacement d'un amphithéâtre romain; car cette
ville, appelée Suindinum lorsqu'elle était la capitale des Cenomani, fut
sous Ja domination romaine la seconde cité de la troisième Lyonnaise.
Sous Charlemagne c était une des principales villes de France, aussi
fut-elle deux fois ravagée par les Normands. Elle fut plusieurs fois
prise et reprise par l'armée vendéenne et l'armée républicaine : le 13
décembre 1793, la grande place devint même un champ de bataille, où la
première, commandée par le prince de Talmont et La Rochejaquelein,
succomba, pendant les ténèbres d'une nuit de carnage et d'horreur, sous
les efforts de Westermann et de Marceau, contre lesquels elle s'était
défendue tout le jour (1). Cette ville est la patrie du sculpteur Pilon,
du comte de Tressan, de Denisot, peintre et poète, et des mathématiciens
Lamy et Marsenne.

Les bougies du Mans sont les plus estimées du royaume ; cependant cette
branche d'industrie n'est point établie dans cette seule ville: à Sllze,
peuplée de 1800 âmes, et située à l'extrémité des landes au bord de la
Sarthe, il en existe plusieurs manufactures, ainsi que dans les autres
arrondissemens.

Bordée de forêts et de plaines sablonneuses, l'Anille arrose un
chef-lieu qui porta le nom de cette rivière jusque vers le VIe siècle
qu'un saint Calais vint lui donner le sien en y fondant un monastère.
Une vieille église , une grande place et deux promenades forment la
série de ce qu'elle renferme de plus curieux. Elle joint à des fabriques
de toiles et d'étamines un bon commerce de graines de trèfle.

A trois lieues au sud , l'industrieux bourg de Bessé compte

(0 Voyez les Mémoires de La Rochejaquelein.

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usieurs belles manufactures de siamoises, de teintures, bougies et de
papier. Dans le même arrondissement, à xtrémité méridionale de la région
des landes, la nature J variée dans ses contrastes, s'est plue à
embellir la riche liée du Loir : des champs couverts de grains, de
légumes de fruits ; des coteaux tapissés de vignes qui donnent les Llls
vins estimés du département ; des vergers bien plantés de magnifiques
prairies, se marient agréablement aux es les plus agrestes ; ajoutez à
ce spectacle le singulier Pet que produisent au bord du Loir ces coteaux
crayeux illés en terrasses, où sont creusées des habitations à mbte
étage, dont les cheminées, percées au milieu des lamps, exhalent, à
l'approche du soir, des tourbillons fumée, et l'on pourra se faire une
idée de la vue dont L jouit du haut du plateau sur lequel s'élève
Château-duJir, où l'industrie et le commerce remplacent les masures r
des maisons propres et commodes, et renouvellent aduellement une ville
qui, à peine peuplée de 3ooo âmes, issède cependant un collège, un bel
hospice, un théâtre des bains.

Coulant toujours au milieu des mêmes sites, le Loir .sse au pied de la
jolie petite ville du Lude que domine i beau château flanqué d'énormes
tours, et voit plus loin lever sur sa rive droite La Flèche, cité riche,
à laquelle faudrait seulement un peu plus d'industrie : elle ne renrme
qu'une petite fabrique de voiles noirs pour les relieuses, deux de
colle-forte et quelques tanneries. Elle est sez bien bâtie; sa
bibliothèque publique contient 22,000 lumes. Ce qui donne le plus
d'importance à cette souséfecture, c'est le magnifique collége fondé par
Henri IV, ais changé depuis plusieurs années en une école où 600 ves,
dont 400 sont aux frais du gouvernement, reçoivent le éducation
militaire. C'est dans l'enceinte de cet établisment que furent élevés le
célèbre prince Eugène, l'illustre

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Descartes et l'abbé Picard, astronome, l'un des hommesj les plus
marquans de La Flèche. Au confluent de l'Erve et de la Sarthe n'oublions
point, en terminant notre excursion dans les départemens de la région
occidentale, Sable, petite ville industrieuse, où l'on remarque un beau
pontj construit en marbre noir tiré des carrières de ses environs.

--. - -

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IVRE CINQUANTE-CINQUIÈME.

[E de la Description de l'Europe. — Description du royaume de Yrance. -
Toisième section. - Région centrale.

.-

ES treize départemens qui forment la région centrale de France
comprennent huit provinces ou grands gouvermens de notre ancienne
monarchie : l'Orléanais, riche en réales et en vignes; la Touraine,
appelée le jardin de la 'an ce; le Berry, important pour ses bestiaux;
le Niveris, le Bourbonnais et la Marche, où le commerce est :puis
long-temps développé; le Limousin, dont l'habitant pplée par son
industrie à la maigreur des terres, et l'Aurgne, qui dans sa partie
supérieure comprend un sol grat, mais d'abondans pâturages, et dans sa
partie basse ÎS champs productifs. Cette région, presque sur la même pe
que la précédente, relativement à l'instruction et à la ,perficie, lui
est bien inférieure par la population, puisque s 4i65 lieues ne
comprennent que 3,789,000 individus, 1 910 par lieue carrée. Elle est
donc sous ce rapport aussous même de la région méridionale. Malgré la
défavolble idée que de tels résultats peuvent faire concevoir de ;tte
portion de la France, elle offre tant de ressources, es chances si
favorables au développement de ses lumières ; de son industrie, que
l'état arriéré dans lequel elle se 'ouve contribuera même à l'intérêt de
nos descriptions.

La Touraine, l'une des plus petites de nos anciennes pro-

inces, est presque entièrement comprise dans le département
'Indre-et-Loire, que traversent de l'est à l'ouest ces deux ivières,
ainsi que le Cher, la Claise et la Vienne. La doueur de son climat, la
fertilité de ses vallées, la beauté

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des bords de la Loire, dont on a peut-être trop vanté le sites, mais
dont il est difficile de peindre la richesse, on placé depuis long-temps
cette contrée au nombre des plu délicieuses de France. Cependant que de
réputations forti fiées par la répétition des mêmes éloges, qu'un exame
un peu sévère réduit à leur juste valeur! Quittez les bord * de ce
fleuve, dont le cours majestueux est bordé de coteaux couverts de
vignes, de vergers, de châteaux et de villages traversez les vallées
arrosées par les cours d'eau que nou i avons nommés; des landes incultes
fatigueront votre œil et vous ne serez point étonnés d'apprendre que ce
pays, s riche en apparence, ce pays que l'on a presque comparé à la
terre promise, ce pays qui approvisionne de ses pruneaux la France et
les pays étrangers, fournit à peine assez de céréales pour sa
consommation, et vous avouerez que les riches bords de la Loire sont
comme ces brillans encadrer mens qui trompent souvent sur le mérite d'un
tableau (J); Toutefois si les éloges exagérés que l'on a faits de c pays
doivent nous rendre circonspects dans l'appréciation de ses ressources,
nous ne devons point oublier qué prêt d'un sixième de sa superficie se
compose d'un sol improductif, et que sa richesse agricole est concentrée
dans lei vallées, sur les coteaux et sur les terres basses. Disons don(
que les 240,000 pièces de vin qu'on y récolte, et dont le!

trois quarts sont consommés par l'habitant, representeni

(1) On voit dans l'Essai statistique sur le département d'Indre-et-Loire
par M. Aug. Duvau, que sur une superficie de 612,679 hectares, ce dé
partement renferme :

8 2 5 i° Terres labourables. 311,825 2° Vignes. 37,944 3° Prés 43,46,4
40 Bois,..,.,. 80,160 5° Eaux courantes, étangs etmarais. 10,400 6°
Cours, jardins , constructions. 16,494 70 Chemins i4jï°^ 8° Bruyères,
landes, etc. 98,286

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ine valeur de 9 à 10 millions de francs ; que les 140,000 [uintaux de
chanvre que produit le seul arrondissement de hinon sont estimés à 5 ou
6 millions ; que la culture des Laricots fournit par l'exportation une
somme de 5oo,ooo fr. ;

[ue les pruniers de l'arrondissement de Chinon rapportent nnuellement
240,000 francs, et que les noyers produisent ncore davantage. Si ces
résultats sont de nature à faire pprécier la richesse de ce département,
nous devons dire [u'ils laissent encore à désirer de grandes
améliorations Lans la culture comme dans toutes les branches
d'industrie, lUisque sur les bords de la Loire on compte un indigent ur
37 habitans.

Dans un ouvrage imprimé en 1788 (1) on lit le passage uivant sur
laTouraine : « Cette province s'enrichissait autreois par ses
manufactures de draperies, de tanneries, de oieries et de rubanneries;
mais toutes ces manufactures ont tombées en décadence; celles de
draperies et de tarileries sont anéanties. La soierie occupait dansJe
XVIe siècle ilus de 8000 métiers, 700 moulins et plus de 40,000
peronnes; elle n'en occupe pas aujourd'hui 2000. Des 3ooo tiétiers de
rubannerie, IL en reste à peine 5o. » L'influence le la révocation de
l'édit de Nantes, et des entraves mises idis à son commerce avec
l'étranger, ont été si funestes à ette contrée, qu'elle n'a pu
participer aux immenses prorès que notre industrie a faits depuis plus
de vingt ans.

es manufactures de draperies grossières, de tapis de' pied, e soieries,
de cotonnades; ses filatures, ses papeteries, es tanneries, sont sans
doute supérieures en nombre et en n portance à celles qu'elle possédait
il y a 40 ans, mais ont loin d'avoir atteint le degré de prospérité
désirable.

Ces réflexions, que la vue du département fait naître dans esprit de
l'observateur, font place à l'admiration lorsqu'on

(0 Encyclopédie méthodique : le Dictionnaire géographique, ah mot
'r;urain£. -

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arrive à Toun par les bords de la Loire. L'entrée de cette ville est
magnifique : une place circulaire précède un pont que l'on pourrait
regarder comme un des plus beaux de l'Europe, si ses trottoirs étaient
proportionnés à sa largeur; il se termine par une autre place, sur
laquelle il est difficile de ne pas s'arrêter pour admirer la rue
Royale, l'une des plus belles qu'il soit possible de voir. Large, bien
alignée, garnie de trottoirs, bordée de beaux hôtels et de boutiques
élégantes, elle aboutit à la route de Poitiers, dont la longue rangée
d'arbres que termine une verte colline, surmontée d'une vieille
construction, forme la plus agréable perspective.

Si l'on porte ses regards en arrière, on voit s'élever, à partir du
pont, la Tranchee, belle route taillée à travers une autre colline, et
qui, bordée d'un talus en gazon et dhabitations, passe au pied d'un
télégraphe, qui donne à ce point de vue un genre de beauté tout
différent du précédent. La rue Royale traverse la ville dans sa largeur;
elle se croise avec plusieurs autres bien alignées et modernes, car les
vieux quartiers de Tours sont composés de rues étroites et tortueuses.
La cathédrale, dont la construction date de la fin du XIIe siècle , est
d'un beau style gothique; sa nef est vaste ; le buffet d'orgue est
remarquable par sa grandeur et ses ornemens, et les beaux vitraux du
chœur brillent des plus éclatantes couleurs. On y voit un monument
précieux de la renaissance de l'art : c'est le tombeau de Charles VIII
et d'Anne de Bretagne sa femme. La bibliothèque de la ville est l'une
des plus belles et des plus riches de France : elle renferme plus de
3o,ooo volumes, un grand nombre d'éditions rares, parmi lesquelles nous
citerons la fameuse Bible de Mayence de 1462, beaucoup de manuscrits,
dont les plus précieux sont : un livre d'évangiles, écrit en lettres
d'or, qui était conservé dans l'église de Saint-Martin, et sur lequel
les rois de France prêtaient serment en qualité d'abbés et de premiers
chanoines de cette église; les Heures de

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Charles V et celles de la reine Anne de Bretagne. Le musée le peinture,
transféré depuis peu dans un local convenable, ;e compose d'une
collection assez variée de tableaux, dont quelques uns sont dus aux
pinceaux des plus grands maîtres.

lours possède une société médicale et une d'agriculture, les sciences et
des arts, qui compte parmi ses membres p lusieurs hommes distingués. Au
nombre de ceux qu'elle a /us naître, nous citerons Destouches, auteur
dramatique; Dutens, connu par quelques écrits estimés sur la
numismaiquc, et le chanoine Grécourt, dont les poésies obscènes souvent
aujourd'hui peu de lecteurs. On ignore l'origine le cette ville;
Ptolémée la désigne sous le nom de Cæsal'oIUllum, qu'elle paraît devoir
au conquérant des Gaules; nais les Turones n'avaient-ils point de
capitale lorsque :::ésar parut au milieu d'eux? Faut-il lui attribuer la
fondation d'une ville qui, peu de temps après la conquête, y;cupait un
rang dans la Celtique, qui plus tard devint la capitale de la troisième
Lyonnaise, et dont le nom portait l'ailleurs la trace d'une origine
celtique? On sait que la terminaison dunum indique toujours une position
sur une hauteur; Tours, aujourd'hui sur la rive gauche, fut donc
primitivement sur la rive droite de la Loire, peut-être sur la pente
même de la tranchée que couronne son télégraphe.

A cinq lieues à l'est de Tours, Amboise dispute à celle-ci la
prééminence d'âge ; son ancien nom est Ambacia. Peuplée de 55oo âmes,
riche en souvenirs. des temps orageux le notre histoire, elle est encore
aussi mal bâtie qu'à l'époque où Louis XI institua dans son château
l'ordre de Saint-Michel. Ce vieil édifice , remarquable par une énorme
tour de 84 pieds de hauteur, où l'on monte par une pente en spirale
jusque sur la plate-forme d'où l'on découvre les beaux paysages qui
bordent la Loire et le Cher, a vu naître et mourir Charles VIII, échouer
la conspiration contre les Guises, dont les intrigues contribuèrent à faire

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de la population protestante et de la population catholique deux peuples
ennemis, et à rendre populaire l'épithète injurieuse de huguenots, par
laquelle on désigna les chrétiens réformés. Amboise possède la plus
importante fabrique de limes qui existe en France. Un beau pont, terminé
«n 1822, traverse le fleuve et conduit sur la route de iParis. La petite
ville de Bléré, sur le Cher, ne mériterait pas notre attention,
quoiqu'elle soit l'entrepôt des bois de.la forêt de Loches, si nous
n'avions à mentionner dans âes -environs le château de Chenonceaux, le
plus remarquable de-tous ceux qu'on admire dans ce département. Il est
célèbre par le séjour qu'y fit Diane de Poitiers, ainsi que i par les
embellissemens qu'elle y fit faire, et dans lesquels elle j fut encore
surpassée par Catherine de Médicis. - 1 • .En se dirigeant vers le nord,
on voit Château-Renault, divisée par la Brenne en haute et basse ville,
offrant l'aspect d'un grand village ; plus loin, vers l'est, le bourg de
Saùit- 1 Pflterne, peuplé de 2000 âmes, et comptant plus de vingt
fabriques d'étoffes de laine et de toiles. Prenant pour guide 1 J un de
ces petits cours d'eau qui descendent à la Loire, traversons rapidement
la petite ville, ou plutôt le bourg -de Luymes, ou de Roche-sur-Loire,
érigé -par Louis XIII en duché-pairie en faveur du connétable d'Albert.
On y ;Voit un bel hospice, on y compte plusieurs fabriques de
-passeJ,nentèl'ie.; on y remarque les singulières habitations,
semblables à celles, que nous .avons déjà vues dans un département
voisin, creusées au sein de la roche crayeuse que -couvtent de riches
vignobles. C'est au milieu de cette population que naquit Paul-Louis
Courier, l'un de nos publiâtes les plus spirituels, l'un de nos plus
savans hellénistes qui, en I8.i, prit, près: de son foyer natal, victime
d'un lâche assassinat, A quelques lieues de Luynes, la petite ville de
Langeais, dont les melons sont estimés, a des fabriques de

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oile et des tuileries; elle se compose d'une seule rue et ontient 2600
habitans. Le vieux château gothique auquel 'adossent quelques
habitations est très-bien conserve : il ut construit au Xe siècle et
rétabli pendant le XIIIe. C'est Lans une salle au rez-de-chaussée,
convertie en une écurie, [ue furent conclus la réunion de la Bretagne à
la France, !t le mariage de la duchesse Anne avec Charles YIII T - le
este de l'édifice sert de maison: d'arrêt. Cette ville dépend le
l'arrondissement de Chinon, dont elle est séparée par la joire, le Cher
et l'Indre; celle-ci, au< bord de la Vienne., ait un grand commerce en
vins, et surtout. en pruneaux.

jes murailles qui l'entourent sont les seuls restes, de ses ieilles
fortifications;. dans le château dont elle conserve es ruines, Henri II,
roi d'Angleterre, mourut en 1189, t Jeanne d'Arc vint offrir à Charles
VII de délivrer la 1'rance. du joug de Yétranger. Chinon fut le berceau
ducélèbre curé de Meudon. Richelieu, que le ministre de jouis XIII éleva
du rang de simple village à celui de ville, t qu'il embellit d'un-
château dont il ne reste plus de races, est bâti avec une belle régularité.

Sur les bords de la Creuse, La Haye, ville de 1200 âmes, L pris le
surnom de Descartes en mémoire du célèbre phiosophe qui reçut le jour
dans ses murs, et dont on conerve avec. soin la maison et le modeste
ameublement.

Loches, chef-lieu d'un arrondissement qui produit en abonlance les
excellens.pruneaux ditsde Tours, s'élève en amphihéâtre sur la gauche de
XIndre; il est dominé par un vieux :hâteau dans lequel Agnès Sorel usa
de l'empire de ses ■harmes pour inspirer l'amour de la gloire à son
royal imant, que Jeanne d'Arc vint y chercher pour le faire sa;rer à
Reims. Cette forteresse, d'où l'on jouit d'un air pur;t de points de vue
ravissans, fut convertie par Louis XI !n une prison d'État, où il tint
enfermé pendant onze ans, lans une cage de fer, le cardinal La Balue,.
l'un de ses.

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ingrats favoris. Le tombeau d'Agnès Sorel, que Louis XVI fit transporter
du chœur de l'église de Loches dans une autre partie de ce temple, se
voit maintenant à l'hôtel de la sous-préfecture : l'épitaphe porte
qu'elle fut piteuse envers tous, donnant largement de ses biens aux
églises et aux pauvres.

Blois, Vendôme et Romorantin, que nous allons visiter, sont les trois
chefs-lieux du département de Loir-et- Cher, pays plat dont la monotone
uniformité n'est interrompue que par des collines couvertes de vignobles
sur lesquels l'œil se repose agréablement. Les terres n'y jouissent pas
partout d'une égale fécondité : au nord de la Loire elles produisent
beaucoup plus qu'au midi de ce fleuve, où des marais, des landes et des
forêts couvrent les trois quarts du sol. Les bois seuls occupent la
dixième partie de son territoire ; on y cite six forêts considérables :
celles de Blois, de Russy, de Boulogne, de Marchenor, de Bruadan et de
Fretteval. Dans son ensemble, ce département produit des céréales
au-delà de ses besoins ; des fruits et des légumes de toute espèce, une
grande quantité de chanvre, des bois de construction, et quelques bons
vins. Les bêtes à laine et les volailles y abondent; les tourbières y
donnent un abondant combustible; le fer y est exploité, et les silex des
collines crayeuses sont presque une branche importante de commerce ; on
y fabrique cependant divers tissus, avec autant de succès que dans le
département que nous quittons.

Quelques restes d'antiquités font présumer que l'origine de Blois est
antérieure à la conquête des Romains ; ici, comme dans toutes les cités
anciennes, les plus vieilles constructions se trouvent sur une hauteur
et forment un quartier composé de rues étroites fortement inclinées ;
des habitations modernes en occupent la base en se mariant avec grâce au
quai superbe qui borde la rive droite

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e la Loire, au pont de onze arches, orné d'une haute yramide, et
communiquant avec un faubourg : cette porion de la ville en donne aux
voyageurs qui la traversent ans descendre de voiture une idée
avantageuse, que de ¡eaux points de vue servent à confirmer. L'ancienne
église es jésuites, construite d'après les plans de Mansard ; l'aueduc
romain creusé dans le roc; la bibliothèque pudique établie dans le local
de l'hôtel-de-ville; le dépôt l'étalons placé dans l'ancien couvent des
carmelites ; l'hôtel le la préfecture, bâti sur une grande place carrée;
le palais piscopal, bel édifice accompagné de jardins en terrasses et le
bosquets, d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur le arge bassin de la
Loire; la longue promenade, qui aboutit une vaste forêt, méritent un
coup d'ceil : mais l'intérêt [u'offrent ces divers objets est absorbé
par le château qui it naître le bon Louis XII, qui fut habité par
François Ier t Charles IX, et qui, pendant la dernière session des États
enus sous Henri III, fut le théâtre de l'assassinat du duc le Guise et
du cardinal son frère par ordre de ce roi, qu'un anatique devait
assassiner plus tard. Les prisons de Blois mt subi, depuis plusieurs
années, des améliorations imporantes dans leur régime intérieur. Cette
ville a vu naître Lprès Louis XII, le physicien Papin, et l'infortuné
Thomas llahi, marquis de Favras.

A quatre lieues à l'est de Blois, le village de Chambord ittire un grand
nombre de curieux empressés de voir son ; hâteau, construit d'après les
dessins du Primatice sous le ègne de François Ier, qui, pour le bâtir,
employa pendant louze ans 1800 ouvriers, et qui, continué sous ses
successeurs, ne fut cependant achevé que sous Louis XIV. Assemblage
irrégulier de tours et de tourelles, c'est un des édifices gothiques les
plus iinposans qu'on puisse voir. On y idmire un escalier à double
spirale, dans lequel deux personnes peuvent, l'une monter et l'autre
descendre sans se

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voir. Le parc qui en dépend est entouré d'une muraille de sept lieues de
tour. Ce beau domaine fut occupé par le roi Stanislas ; Louis XV le céda
ensuite au maréchal de Saxe, qui y mourut en 1750 ; Napoléon en fit don
au prince de Wagram; enfin, acheté par le moyen d'une souscription, il
devint l'apanage du duc de Bordeaux. Saint-Aignan, sur la rive gauche du
Cher, est important par ses manufactures de draps et par la vente des
pierres à feu qui s'exploitent en grand dans ses environs.

Une dizaine de fabriques donnent de l'importance à la petite ville de
Romorantin, qui s'embellit de constructions nouvelles. Située sur la
Saudre et la petite rivière du Morantin, qui lui donne son nom, la
stérilité de son territoire indique assez qu'elle était jadis la
capitale de la Sologne. Le célèbre théologien protestant Pajon et la
reine Claude, femme de François Ier, naquirent dans ses murs.

Elle occupe un rang dans notre histoire par l'édit que le chancelier de
L'Hospital y fit rendre, édit qui sauva la France de la honte de
l'inquisition.

A Vendôme, située au bas d'un coteau couvert de vignes, le Loir se
divise en plusieurs canaux. La ville est jolie ; son collège est l'un
des plus beaux de France ; le quartier de cavalerie est d'une belle
construction;, du haut des ruines de l'ancien château , la vue s'étend
sur un paysage magnifique. C'est à Vendôme que naquit le poète Ronsard.

Dans l'arrondissement dont elle est le chef-lieu, l'administration des
hospices de Paris entretient près de 700 enfanstrouvés, qui coûtent
annuellement environ 40,000 francs à la ville de Paris.

Un territoire uni, des vallées étroites et peu profondes, arrosées par
plusieurs petites rivières ; de grandes plaines couvertes d'une terre
fertile, placent au rang de nos départemens essentiellement agricoles,
celui Eure-et-Loir qui comprend la plus grande partie de l'ancienne
Beauce et

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i Perche. Des bois occupent la sixième partie de sa superbe.
Indépendamment de la quantité nécessaire à la conImmation de ses
habitans, il fournit, à celle de Paris et M départemens voisins, plus de
800,000 quintaux de blé; est-à-dire que la quantité qu'il récolte de
cette céréale est eque le triple de celle d'un département moyen de la
rance. L'influence de sa richesse agricole a pour résultat nourriture
facile d'un grand nombre de bestiaux : celui 3 ses chevaux dépasse aussi
la quantité moyenne de ces limaux dans les autres départemens, et celui
des bêtes à ine est tel, que le produit de leurs toisons est de plus du
ouble du produit d'un département moyen (1). Les tré)rs de son
agriculture pourraient le dispenser de se livrer d'autres genres
d'industrie, mais toutes sont liées entre les; l'une encourage l'autre;
il est donc naturel que l'exloitation de mines de fer y entretienne
plusieurs établisselens d'affineries, et qu'il renferme un grand nombre
de briques de bonneterie et d'étoffes drapées. Nous ne parrons point de
ses vignes : elles ne produisent que des ns médiocres, dont la quantité,
évaluée à 200,000 hec)litres , est à peu près égale à celle du cidre
qu'on y Lbrique.

Nogent-le-Rotrou, l'un des quatre chefs-lieux d'arronssement du
département d'Eure-et- Loir, est une longue etite cité assez bien bâtie,
au milieu d'une jolie vallée [rosée par l'Huysne, et par l'Arcise, qui
fait tourner plueurs moulins. Après avoir jeté un coup d'œil sur le
aâteau gothique qui domine la ville, et qui n'a d'autre térite que
d'avoir été la demeure de Sully, nous quittees cet arrondissement, et,
nous dirigeant vers le nord, ous traverserons le bourg de Senonches, qui
renferme un ablissement où l'on fabrique de belles machines hydrau(1)
Forces productives et commerciales de la France , par M. Ch. DupÙz, lm. I.

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liques, frlailleboÚ, qui possède des draperies, et nous arriverons à
Dreux, en côtoyant la Biaise.

Nous n'examinerons pas s'il est vrai que cette dernière ville tire son
nom des druides ou d'un Dryus, quatrième roi des Gaulois. On ne doute
pas qu'elle ne soit fort ancienne, et qu'avant l'arrivée des Romains on
ne l'appelât Durocasses, dont on a fait Drocæ, puis Dreux. Elle fait le
commerce des cuirs, des teintures, des bas de laine et des chapeaux
fabriqués dans son enceinte. Le poète Rotrou et le musicien Philidor,
célèbre joueur d'échecs, y reçurent le jour. La fameuse bataille dans
laquelle Louis de Bourbon, prince de Condé, fut fait prisonnier par les
troupes de Charles IX, se livra sous ses murs en 1562.

Les ruines qu'on voit sur le coteau qui la domine sont celles du château
des comtes de Dreux : elles ne méritent point d'être visitées. La
chapelle destinée à servir de sépulture aux princes de la maison
d'Orléans est seule digne de fixer l'attention. C'est au bourg d'Anet, à
trois lieues vers le nord, qu'il faut voir les débris de la belle
habitation que Henri II fit bâtir pour la célèbre Diane de Poitiers : ce
qui en reste peut faire juger de son antique magnificence et de la folle
passion de ce prince pour une femme qui ne lui fut pas toujours fidèle,
et qui causa tant de maux à la France.

Dans l'arrondissement de Chartres, Epernoll, petite ville de i5oo
habitans, est agréablement située dans un vallon. Maintenons patrie de
Collin d'Harleville, un peu plus peuplée, est plus jolie encore; on y
voit un beau château bâti au XVIe siècle, derrière lequel un parc,
arrosé par des eaux courantes et limpides, est traversé par les restes
du superbe aqueduc à la construction duquel Louis XIV employa pendant
plusieurs années plus de 60,000 hommes de troupes, indépendamment d'un
grand nombre d'ouvriers, et qui devait transporter les eaux de

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ure à Versailles. C'est dans la chapelle de ce château e le grand roi
eut la faiblesse de donner l'anneau contai à la veuve du poète Scarron,
qu'il décora du titre marquise de Maintenon. Derrière les murs du parc
tend une plaine couverte de monumens druidiques, que gens du pays
désignent sous le nom de pierres de irgantua. Depuis Maintenon jusqu'au
chef - lieu, on erçoit çà et là, dans la campagne, de chétifs villages
tis encore comme l'étaient ceux des Carnutes au temps César : ce sont
des chaumières construites en terre liée de paille hachée, et ne
recevant le jour que par la .rte; ces misérables cahutes sont cependant
habitées par :s paysans qui vivent dans l'aisance et le travail.

Du haut du plateau qui domine Maintenon, apparaisnt dans le lointain,
comme deux noirs obélisques, les achers de la cathédrale de Chartres.
Ils disparaissent en prochant de la ville, mais bientôt on arrive à
celle-ci 1 traversant un petit bois, seul reste de l'antique forêt
l'habitait le chef des druides. L'Eure, qui coule à ses eds, est I
'Autur des Celtes, 1 Autura des Latins, qui fit )nner le nom d'Autricum
à cette cité que les anciens.

>mmaient aussi Carnutum. La ville basse est bien bâtie renferme une
belle place appelée la place d'Armes; la lie haute est formée de rues
escarpées et sans régularité; sst dans celle-ci que se trouve, sur une
place étroite, i obélisque construit en mémoire du général Marceau ,
très-peu digne de la célébrité de ce jeune héros , dont tombe, élevée
sur un territoire étranger, fut saluée par s ennemis qu'il avait battus.
La plupart des maisons consultes en pans de bois, présentent le pignon
en saillie sur rue ; les plus modernes même sont bâties avec simplité.
L'hôtel de la préfecture est un bâtiment neuf entouré e jardins
délicieux. L'édifice le plus remarquable est la ithédrale bâtie au
sommet de la ville ; l'un de ses clochers *

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s élance dans les airs à la hauteur de 36o pieds : il est er outre
remarquable par la richesse et la délicatesse de se: ornemens; l'autre
l'est surtout par sa masse énorme, et s: forme pyramidale et bien
effilée. Ce temple majestueux dont l'architecture et la sculpture
méritent d'être examinée: jusques dans les plus petits détails, a 432
pieds de lon dans œuvre sur 106 sous voûte. On y remarque unE église
souterraine qui n'a pas moins d'étendue que l'églis< haute. On voit sur
le principal autel de celle-ci une belle Assomption de la Vierge,
exécutée en marbre blanc pa] Coustou, et dans une petite chapelle une
Vierge et l'en fan Jésus, dont la teinte noirâtre relève l'éclat des
atours qu les surchargent. Ce groupe, ainsi que les reliques de sain
Vast, sont l'objet des ferventes adorations du peuple. Li: fondation de
cette cathédrale remonte au XIe siècle. Elle rappelle plusieurs
événemens de notre histoire : ce fut dan: son enceinte que saint Bernard
prêcha la seconde croisade en 1304 Philippe-le-Bel y dépose son armure
en mémoire de la défaite des Flamands; en i523 le trésor de l'église
pai( la rançon des enfans de François Ier; en 1691 Henri III lu fait
hommage des armes prises sur les Italiens; enfin en 15gL Henri IV y
reçoit l'onction sacrée : à défaut de la fiole doni l'huile avait servi
à Reims au sacre de Clovis, on se servil de celle de Marmoutiers, qui,
selon la tradition, venait dE saint Martin. La ville possède un cabinet
d histoire naturelle, ainsi qu'une bibliothèque publique, où l'on compte
environ 3o,ooo volumes et 700 manuscrits. L'établissemeiil de
bienfaisance le plus remarquable est l'hôpital fondé récemment par M.
d'Aligre qui a consacré à sa construction et à son entretien une somme
de 2 millions. Il est destine à recevoir 100 hommes et 100 femmes
infirmes, ainsi que 100 enfans abandonnés.

Nous pourrions faire une liste nombreuse des hommes distingués que
Chartres a produits. On y verrait d abord

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nt Fulbert, son évêque, qui fit commencer la construction la cathédrale;
Philippe Desportes et Regnier son neveu, êtes célèbres au XVIe siècle ;
les deux Etienne d'Aligre, anceliers de France sous Louis XIII et sous
Louis XIV ; idré Félibien, dont les ouvrages sont estimés; le théolo;n
Thiers, savant critique ; Pierre Nicole, l'un des plus imables écrivains
de Port-Royal ; le littérateur Dusaulx, itrépide Marceau ; les
conventionnels Brissot de Warville, thion de Villeneuve; et
Chauveau-Lagarde, le vertueux fenseur de la plus infortunée des reines.

Suivons les vieux remparts de Chartres, transformés en lies promenades,
qui descendent en pente vers la ville sse; passons devant ces portes en
arcs de triomphe, nt Tune flanquée de tours porte encore la trace du
nt-levis qui s'abaissa devant Henri IV; sjiivons la route Bretagne, et
nous verrons à quatre lieues à l'ouest la tite cité de Courville, patrie
de Panard, le père du udeville, et dans ses environs, le château de
Villebon, ns lequel mourut Sully, et que l'on peut regarder mme l'un des
monumens gothiques du XVIe siècle les us beaux et les mieux conservés,
Les rives du Loir nous conduiront à Bonneval, bourg 1700 âmes, où des
fabriques de lainage, des filatures des tanneries répandent l'aisance,
attestée aussi par des es larges, propres et bien bâties. Plus bas, la
même rire arrose Châteaudun, qu'un incendie détruisit en 1723, qui peut
passer aujourd'hui pour l'une des plus jolies lies de France. On voit
avec plaisir, dans ce chef-lieu irorisé par une charmante situation, une
grande et belle ace: publique, un hôtel-de-ville et un collège bien
bâtis, le bonne bibliothèque publique, une jolie promelde, d'où la vue
se promène sur le cours tranquille 1 Loir, bordé de grottes transformées
en habitations.

IT le rocher qui la domine s'élève le vieux château des

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comtes de Dunois, l'un des plus beaux édifices du 3 siècle (1). Une
route assez belle, mais triste, conduit de Chàteai dun à Orléans,
chef-lieu d'un département qui doit so nom au Loiret, petite rivière de
trois lieues de cours d puis sa source jusqu'à son embouchure dans la
Loire navigable pendant plus d'une lieue, et qui ne gèle jama
entièrement : avantage qui la rend utile à plus d'un genrl d'industrie.
L'ancienne capitale de l'Orléanais portait origj nairement, suivant
Lancelot et d'Anville, le nom de Gêna hum. Strabon nous apprend que les
Carnutes y tenaier leur principal marché. Sous l'empereur Aurélien, qi
l'embellit, elle prit le nom d' Aurelianum; elle eut é détruite en 450
par Attila, sans le courage du géné romain Aétius, qui repoussa les Huns
jusque dans 1< plaines de la Champagne, où il les défit. Après la de
traction de la puissance romaine, elle tomba au pouvo j de Clovis, et
sous les successeurs de ce prince elle devi la capitale d'un des
royaumes que comprenait la France -Philippe de Valois l'érigea en duché
en faveur de son fil réuni au domaine de la couronne, par l'avènement à
Louis XII au trône, ce duché devint sous Louis XIII Yû panage de son
frère Gaston, puis celui de Philippe, frèl de Louis XIV; mais depuis le
régent, elle ne désigne ph qu'un titre sans -privilèges transmis à ses
descendans. O léans fut le berceau du roi Robert, prince lettré, qui
cori posa plusieurs hymnes que l'on chante encore dans- n

- (0 « Ce qu'il offre de plus frappant ià l'attention des voyageurs, 4
M. Vaysse de Villiers, c'est sa grosse tour, sur les murs de laquelle lu
Finscription suivante, qui nous apprend tout ce qu'il nous impor d'en
savoir : J'ai été construite par Thibaut le vieux ou le TYicheÀ omte de
Dunois au commencement du Xe siècle. Ma hauteur, jusqii Ventablement,
est de go pieds et en totale la fleur dç lis comprise, j t38. Mon
diamètre intérieur, pris par le bas, est de 27 pieds, et circonférence
intérieure de 85, extérieure de 167. » 1

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lises; d'Etienne Dolet, imprimeur et littérateur, brûlé mme athée, à
Paris, en i546; du jésuite Petau, l'un s plus savans critiques de son
siècle; d'Amelot de La lussaye, commentateur estimé,. et du célèbre
jurisnsulte Pothier. Elle est située à l'extrémité d'une plaine vée qui
se termine au bord de la Loire, que l'on trarse sur un beau pont lorsque
l'on suit la route de urges. Ce pont a 996 pieds de longueur et une
airche 100 pieds d'ouverture. A la suite est une jolie promede, qui
n'est cependant point à comparer à celle du lil. Le faubourg qui précède
la ville en venant de Paris nonce, par son étendue et ses maisons bien
bâties, aulence d'une grande cité ; les anciens remparts s'offrent suite
transformés en boulevards. Sur la grande place Martroy, la statue en
bronze de Jeanne d'Arc, rétablie i8o3, est un hommage rendu par la ville
à l'héroïne i contraignit les Anglais à en lever le siège en 1428. La IS
- belle rue d'Orléans est celle qui conduit de cette ice au pont de la
Loire. Si la cathédrale, qui, après avoir ; trois fois détruite, fut
réédifiée sous Henri IV et qui L point été continuée depuis Louis XVI,
était terminée, serait un chef-d'œuvre de l'art. L'église gothique de
Saintgnan mérite d'être citée : quelques uns de nos rois se nt gloire
d'en être les principaux chanoines ; Louis XII ime fut de ce nombre.

Comme ville universitaire, Orléans est digne d'intérêt ; société des
sciences et des arts publie chaque année de ns mémoires; le jardin
botanique et le musée de peinre ne sont point sans richesse, et la
bibliothèque publi,e comprend dans ses 26,000 volumes plusieurs ouvrages
choix. Sous le rapport commercial, elle tenait autrefois l rang plus
important qu'aujourd'hui; ses raffineries de cre jouissaient d'une plus
grande activité ; ses fabriques bonneterie orientale occupaient un plus
grand nombre

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d'ouvriers. Ses manufactures de couvertures de laine et d coton sont
encore considérables, ainsi que celles de drap fins et de flanelles.
Elle est une des premières qui dans se filatures ait remplacé la force
humaine par celle des ma chines à vapeur. D'autres cités françaises ont,
par leur ri valité dans ces genres d'industrie, diminué sa prépondé
rance manufacturière ; mais sa situation sur un gran j fleuve, et
l'exécution d'un chemin de fer qui, communi quant avec Paris, passerait
par Rambouillet et Versailles, pourraient l'aider à se replacer au rang
qu'elle a perdu, 9 qu'aucune ne peut lui disputer dans l'art de
transformer ei excellent vinaigre une partie du produit des vignobles qq
l'entourent. L'arrondissement d'Orléans renferme plusieurs villes 01
bourgs sur lesquels il est important de jeter un coup d'oeil Olivet, sur
le Loiret, était célèbre par une abbaye qu'a vait fondée Clovis.
François, duc de Guise , y fut assassin lorsqu'il se préparait à faire
le siège d'Orléans : la popu lation de ce bourg, qui jouit d'un bon
commerce de vi et de fromages renommés, est de 3ooo habitans. Meun et
une jolie ville de 5ooo âmes, qui possède des fabriques e des tanneries
importantes. C'est la patrie du poète Jean q Meun, surnommé Clopinel
parce qu'il boitait, et qui joui sait de quelque crédit à la cour de
Philippe-le-Bel. BeaTA gency, à peu près aussi peuplée, joint aux
richesses de s< vignobles plusieurs fabriques de chapeaux et de serge,
d< tanneries et des distilleries ; elle était sans doute plus ins
portante au XIIe siècle, puisqu'il s'y tint deux conciles : o y traverse
la Loire sur un vieux pont de 39 arches.

Nous n'aurions rien à dire de Pithiviers, si notre devo: n'était point
de rappeler que ce chef-lieu d'arrondissemenj situé sur le ruisseau de
l'OEuf, qui près de là prend : nom de l'Essone, est cher aux gastronomes
pour ses pàt d'alouettes et ses gâteaux d'amandes ; qu'il est le centre G

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commerce du safran recueilli sur son territoire, et regardé omme le
meilleur de l'Europe; et que le bourg de Maleserbes, dans ses environs,
eut pour seigneur et pour bienfa iteur le vertueux ministre qui défendit
Louis XVI. Mon, lar gis, mal bâti, mais qui plaît par sa situation près
d'une elle forêt, au point de jonction des canaux de Briare,.

l'Orléans et du Loing , renferme cependant une jolie salle le spectacle
et une église construite avec beaucoup de hardiesse. Cette ville a vu
naître le célèbre peintre Girolet-Trioson. Chatillon-sur- Loing, ville
de 2000 âmes, est a patrie de Coligny; enfin la principale ville du plus
setit arrondissement du Loiret, Gien, n'a d'autre monument qu'un beau
pont sur la Loire, et d'autre industrie qu'une manufacture de faïence
fine. Briare, à trois lieues m sud-est, est avantageusement située dans
une vallée Jrès de l'embouchure de son canal.

Depuis cette dernière ville jusqu'à Orléans, à droite et 1 gauche de la
Loire, on ne voit que des terres ingrates ît sablonneuses; mais au nord
de cette portion de la stérile Sologne, les coteaux se garnissent de
vignes qui proluisent 700,000 hectolitres de vin, les liabitans élèvent
des ibeilles, dont le miel est estimé, les prairies se peuplent le
bestiaux et de dindons qu'on engraisse, et les céréales, 1 l'approche
des moissons, couvrent les champs de leurs ;pis ondoyans et dorés, dont
la récolte surpasse les besoins lu pays.

Deux lieues de limites, qui leur sont communes, pernettent de passer du
département du Loiret dans celui de a Nièvre, en remontant la Loire. Ce
département, formé le l'ancienne province du Nivernais, comprend dans sa
partie orientale les montagnes granitiques du Morvan, couvertes de
belles forêts qui approvisionnent Paris de bois et le charbon, et de
riches prairies qui nourrissent ces )Å“ufs que l'on dirige vers la
capitale. L'Yonne, l'Aron,

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la Nièvre et la Loire compensent le nombre insuffisant des routes qui le
traversent, et dont la plupart sont d'ailleurs impraticables pendant une
partie de l'année. La première de ces rivières sert au flottage de ces
trains de bois, retenus avec art par des branches flexibles, qui tous
les ans descendent à Paris. Des plaines sablonneuses, mais fertiles,
s'étendent sur la droite de la Loire, qui forme la limite occidentale du
département, sur une étendue de seize lieues. Elles produisent des
récoltes suffisantes en céréales, en avoines et en vins. Du sein de la
terre on retire en abondance du fer et de la houille; mais c'est surtout
l'industrie manufacturière et le commerce qu'elle alimente, qui
procurent à l'habitant ses moyens de subsistance et sa richesse : le
seul travail des métaux occupe environ 1400 ouvriers, répartis dans
plusieurs établissemens importans dont les produits représentent une
valeur de près de neuf millions de francs.

L'arrondissement de Cosne est un de ceux qui possèdent le plus de
forges. La ville, bâtie en pente à la base .d'un plateau, est propre et
bien percée : elle est l'entrepôt des fers que l'on forge dans ses
environs ; elle fabrique de la coutellerie commune, et son commerce de
vins et de grains est important. Rien n'y rappelle son antiquité;
cependant c'est une des sept ou huit villes de la Gaule que nos ancêtres
nommaient Condate, mot qui probablement rappelait lidée d'un confluent,
comme nous l'avons vu pour Rennes, et omme nous le verrons encore
ailleurs. Le Nouain se jette à Cosne dans la Loire; ce fleuve est dominé
par la promenade, d'où la vue s'étend délicieusement sur ses rives, et
dans le lointain sur les collines du département du Cher. En sortant de
Cosne, la route traverse un large plateau, d'où l'œil ne cesse de
contempler le cours de la Loire et les îles qu'elle baigne ; la vue
devient plus belle encore au-dessus de la descente

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par laquelle on arrive à Pouilly, en traversant les beaux vignobles qui
produisent ses vins blancs estimés. Cette ville renferme 2600 habitans;
elle est à une égale distance de Cosne et de La Charité. Cette dernière,
à quatre lieues de Pouilly, occupe une belle position au bord de la
Loire : on y voit une église en ruine d'une assez belle architecture
gothique, ainsi qu'un beau pont qui conduit sur la route de Bourges.

Clamecy, au confluent du Beuvron et de l'Yonne, est le chef-lieu d'une
sous-préfecture et le point de réunion des adjudicataires des coupes de
bois du Morvan. Il s'y fait des affaires considérables ; on y fabrique
aussi de la faïence et des draps. La ville est riche, mais petite; le
faubourg de Bethléem a conservé ce nom pour avoir servi d'asile à
l'évêque de Bethléem., après l'expulsion des chrétiens de la Palestine.
Elle est la patrie du magistrat-littérateur Marchangy. A Corbigny, sur
la petite rivière d'Anguison, qui se jette dans l'Y onne, il existe un
dépôt royal d'étalons.

L'arrondissement de Château- Chinon doit son importance à ses forêts et
à ses prairies. Cette petite ville s'élève non loin des sources de
l'Yonne, sur une montagne dominée par d'autres montagnes boisées. Ses
capitalistes se livrent au commerce de bois, de charbon et de bestiaux
auxquels l'approvisionnement de Paris donne une grande importance. Une
route assez mal entretenue conduit de cette ville à Nevers, patrie
d'Adam Billaut, poètemenuisier que l'on surnomma de son temps le Virgile
au rabot. Cette ville, qui, avant l'arrivée de César, portait le nom de
Noviodunum, et qu'il place chez les JEdui (1), prit ensuite celui de
Novirum , puis enfin s'appela Nevirnum. Elle ne devint importante que
sous Clovis. Ce fut

(1) César, de Bell. Gall., lib. VII.

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vers le Xe siècle que Guillaume, l'un de ses gouverneurs, se rendit
indépendant sous le titre de comte de Nevers.

En 1790 elle renfermait à peine 7000 âmes; depuis ce temps sa population
a .plus que doublé : c'est par son industrie qu'elle a acquis de
l'importance et qu'elle peut en acquérir facilement encore. Sa
porcelaine et ses émaux sont renommés; elle fabrique en petites perles
de verre divers objets de mercerie dont on fait en France et à
l'étranger un grand commerce; -ses faïences, qui passent pour les
meilleures de France, et dont les plus anciennes, comme le fait
remarquer M. Ch. Dupin (1), comptent déjà huit siècles de prospérité,
sortent de dix manufactures qui font vivre 700 ouvriers, et qui
emploient annuellement 3 2,000 kilogrammes détain et i35,ooo de plomb;
Nevers, bâtie en amphithéâtre sur le penchant d'une colline, offre un
aspect agréable, vue de la route de Moulins ; ses anciennes murailles
sont presque entièrement détruites ; elle est construite avec
irrégularité ; ses rues sont étroites, et joignent à l'inconvénient
d'être escarpées celui d'être tortueuses et mal pavées. Il semble qu'on
n'y respire que sur, la grande .place Ducale et sur la promenade appelée
le Parc. La cathédrale, la préfecture, les casernes, l'arsenal, la porte
de Paris et le vieux château des ducs de Nevers sont les seuls édifices
remarquables.

L'Allier, fElarer des anciens,, qui se jette dans la Loire à une.lieue à
l'ouest de Nevers, traverse du sud au -nord le département qui confine
au sud avec celui de la Nièvre, et dont le territoire, formé de presque
tout be Bourbonnais, renferme des sources minérales célèbres, des
houillères, des mines de fer et des usines; engraisse des bestiaux,
élève des chevaux vigoureux; expédie à Paris les plus beaux poissons de
ses rivières et de ses étangs; livre à notre

C1) Forces productives et commerciales Je la France, tom, 1 ,.paiÍ 2.96.

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marine des bois de chêne propres aux constructions navales; cultive
quelques branches d'industrie, en utilisant son acier pour la
coutellerie, ses soies pour la fabrication des galons, ses grès pour les
meules, et ses terres pour la faïencerie ; mais, stationnaire dans
l'agriculture, il ne tire pas des terres grasses qui garnissent ses
vallées et du sol sablonneux qui couvre ses roches granitiques, tout le
parti désirable, bien qu'il récolte des grain& et des vins au-delà deses
besoins.

L'origine de Moulins ne remonte pas au-delà du XIVÇ.

siècle; elle doit son nom au grand nombre de moulins situés autour du
lieu où elle fut bâtie. Robert, fils de saint Louis, y fonda un hôpital,
et les princes de la maison de Bourbon, qui furent long-temps seigneurs
de la. province dont elle était la capitale7 se plurent à l'embellir.
Ses rues sont bien pavées; ses maisons, quoi qu'en briques et
bizarrement ornées de compartimens rouges et noirs, sont assez bien
bâties; elle renferme d'ailleurs plusieurs belles constructions en
pierres, telles que l'ancien couvent des filles de la Visitation,
aujourd'hui le collège, dont l'église possède le beau mausolée du
dernier connétable de Montmorency, décapité à Toulouse sous le ministère
de Richelieu;. le beau quartier de cavalerie, le nouveau palais de
justice, et l'hôtel de-ville, édifice qui depuis peu décore l'une des
places de la ville. Moulins est le siège d'un évêché; on y voit un musée
, un cabinet d'histoire naturelle, une bibliothèque de 20,000 volumes et
une salle de spectacle. Elle fut le berceau de Jean Lingendes, poète du
XVIIe siècle, dont les vers sont moins connus qu'ils ne méritent de
l'être; du sculpteur Regnaudin et du maréchal de Villars. Il ne reste de
l'ancien château qu'habitaient ses princes, qu'une tour carrée qui sert
de prison. On peut regarder le pont sur lequel on traversé l'Allier
comme un des plus beaux de France; il a 239 mètres de longueur, 14 de
largeur, et ses.

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dix arches ont 20 mètres d'ouverture. Ce chef-lieu de préfecture
comprend parmi ses branches d industrie, la coutellerie, la bonneterie,
la fabrication des tissus de soie, de laine et de coton, et la
préparation des cuirs. En général Moulins est plutôt une ville de
plaisirs que d'affaires : ses habitans aiment à jouir de l'agrément
qu'offrent ses sites enchanteurs.

A l'extrémité du pont de Moulins se prolongent deux belles routes
garnies de hauts peupliers : celle de gauche conduit à Clermont, et
celle de droite à Limoges; nous allons suivre d'abord cette dernière.
Elle traverse Souvigny, ville de 2700 habitans, dont l'église gothique
servait autrefois de sépulture aux princes de Bourbon. Des fabriques de
soude, deux verreries à bouteilles, et sa faible distance au chef-lieu,
donnent de l'importance à son commerce.

Dans ses environs se trouve la manufacture de glaces de Commentry, qui
occupe plus de 800 ouvriers. L'une des plus importantes usines de France
est celle du Troucais, dans le canton du Montet-aux-Moines : elle
emploie 5oo ouvriers, et produit annuellement 5oo,ooo kilogrammes de
fer. Bourbon-VArchambault, situé dans une belle et riche vallée, à trois
lieues sur la droite, attire, depuis le 15 mai jusqu'à la fin de
septembre, les personnes atteintes de rhumatismes et de paralysies, qui
viennent dans ses eaux thermales chercher quelque soulagement. Son
église est ornée des plus beaux vitraux; ses maisons mal construites
semblent ctre du temps où fut bâti, il y a près de cinq siècles, le
château des princes de Bourbon, dont il ne reste plus que trois tours
assez bien conservées. Elle est peuplée de 3ooo âmes. Au bourg de
Lurcy-Lévy, la population indigente et laborieuse trouve à s'occuper
dans une manufacture de porcelaine blanche, dans douze fabriques de
poterie commune, et dans les houillères de ses environs.

Dans la partie orientale du département, la petite vilh

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de La Palisse, sur la Bèbre, est le chef-lieu d'une souspréfecture : on
y voit les restes d'un vieux château. Au bord de l'Allier, Cusset,
entourée de murailles, ressemble à une place forte : une ^>elle
papeterie y occupe plus de 100 ouvriers. Vichy, près de cette ville de
4ooo âmes, est célèbre par ses sources minérales que fréquente chaque
année une société brillante et nombreuse, et par les sites pittoresques
qui offrent au botaniste, au minéralogiste et au dessinateur, des sujets
d'études aussi intéressans que variés.

Les promenades et les environs de Gannat ne suffiraient point pour nous
faire citer cette ville, si elle n'était la résidence d'un sous-préfet.
Saint-Pourçain, dans une riante vallée, présente le coup d'œil le plus
animé vers les derniers jours d'août, époque célèbre dans le pays par la
foire de bestiaux qui s'y tient. L'affluence des paysans qui se pressent
sur la place du marché ; les oisifs rassemblés pour entendre les lazzis
des batteleurs; les tentes dressées dans la plaine, les tables où l'on
boit les vins blancs estimés de La Chaise; ici des danses bruyantes;
plus loin les chevaux qu'on essaie, et les bœufs dont on n'estime la
vigueur que pour le service de la charrue; ces paysans coiffés de larges
chapeaux; ces jolies villageoises au teint frais, à la mine enjouée,
portant au bras un singulier chapeau de paille dont les bords se
relèvent en forme de nacelle; les cris des animaux et les voix confuses
des assistans, présentent un spectacle qui ne ressemble en rien à celui
des fêtes villageoises des environs de Paris. Saint-Pourçain doit son
nom à une ancienne abbaye de bénédictins.

C'est aux portes de Mont-Luçon, entouré de murailles flanquées de tours,
que Néris-les-Bains, qui, après avoir été saccagée sous Constant II, fut
restaurée par Julien, se peuple, comme au temps des Romains, de malades
atteints de rhumatismes ou d'affections cutanées. Plusieurs beaux

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débris antiques, un amphithéâtre et les restes d'un castrum prouvent que
Néris était une ville considérable lorsqu'elle fut dévastée par Clovis,
et plus tard par les Normands, Elle n'a pas de bâtiment thermal, mais
dans chaque auberge il existe des salles de huit à dix baignoires, et
les piscines, rétablies comme dans l'antiquité, sont réservées pour
l'hôpital où l'on reçoit gratuitement plus de cent trente malades.

Pauvre, produisant peu de blé, dépourvu de vin, qu'il compense à peine
par d'autres boissons fermentées, le département arrosé par la Creuse
envoie chaque année dans le reste de la France le dixième de sa
population en ouvriers, qui manquent rarement de retourner au pays pour
employer en acquisitions utiles le fruit de leurs "économies. Le sol est
aride et montueux,.mais le sentiment de la patrie le fait paraître moins
ingrat à ces habitans revenus dans leurs vallées et leurs montagnes, où
ils cultivent-a véc joi.., entourés de leur - famille, le champ dont
ils. sont devenus propriétaires. Sur ce territoire les métaux né sont
pas, comme dans les départemens voisins, l'aliment de l'industrie; mais
le bas prix de la main-d'oèuvre y a presque naturalisé l'art de tisser
la laine en tapisseries recherchées, celui dçjrarisformer le linge en
papiers estimés, enfin celui ae filer la-laine et le coton. Cependant on
pourrait diriger l'activité des habitans vers l'exploitation de
richesses minérales qui paraissent avoir été jusqu'ici trop négligées.
Ainsi on connaît des gîtes d'antimoine dans quatre localités; dont deux
seulement ont été faiblement exploitées ; ainsi les houillères situées
entre Ahun et Aubusson seraient susceptibles de donner des produits plus
considérables; ainsi des mines de fer se sont vainement montrées sur
différèns points : on n'en a pas encore tiré parti ; ainsi parmi les
grès il en est plusieurs qui paraissent susceptibles d'être débités en
meules à aiguiser; ainsi des

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granités et des porphyres pourraient être taillés pour les constructions
solides et les ornemens. C'est à l'esprit d'industrie qui anime les
habitans de la Creuse, et à l'insuffisance des moyens qu'ils ont de le
satisfaire qu'il faut attribuer le désir et le besoin qu'ils ont d'aller
chercher des salaires ailleurs. On évalue à environ 23 ou 24,000 le
nombre d'ouvriers qui, chaque année, quittent ce département pour aller
chercher de l'ouvrage dans d'autres parties de la France : ce sont des
paveurs, des maçons, des charpent iers, des tailleurs et des scieurs de
pierre, des couvreurs, des peintres en bâtiment et des peigneurs de
chanvre et de laine (1). Leur absence dure ordinairement neuf mois,
après lesquels ils rapportent dans leur pays près de 4 millions de francs.

Les quatre chefs-lieux du département de la Creuse sont d'une si faible
importance, et ce département renferme si

peu d'objets dignes de notre intérêt, qu'on nous pardonnera la rapidité
avec laquelle nous allons le parcourir.

Au milieu d'une contrée aride et inculte, dans une gorge formée de
rochers granitiques et nus, Aubusson, traversée par la Creuse, se
compose d'une seule rue assez bien bâtie.

C'est cette ville que Louis XIV céda au maréchal de La Feuillade, seul
rejeton de ses anciens vicomtes, en. échange de Saint-Cyr. Les tapis de
sa belle manufacture royale sont depuis long-temps célèbres dans les
fastes de notre industrie; quinze autres fabriques particulières de
semblables tissus répandent l'aisance parmi ses habitans. Les produits
qu'elles livrent au commerce sont évalués à près de 600,000 francs par
an. Les lieux de délassement que renferme cette

(') En 18:15 cette population émigrante se composait de t 3,4^7 maçons-,
1982 tailleurs de pierre, ig42 charpentiers, 1847 scieurs de long, 944
couvreurs , 8o3 peigneurs de chanvre et de laine , 802 tuiliers , 545
paveurs, go maréchaux, 63 plâtriers , et 45 mineurs : total22,488
individus.

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cité consistent en trois cafés, une salle de spectacle et un cercle
littéraire.

Felletin, petite ville de 3ooo âmes, à deux lieues d'Aubusson, rivalise
avec celle-ci dans le même genre de fabrication qui occupe 3oo personnes
et produit plus de 300,000 francs. Bourganeuf, qui renferme deux
manufactures de porcelaines et une fabrique de papiers, conserve une
tour d'un grand diamètre, bâtie, suivant la tradition, par Zizim, fils
de Mahomet II, qui se réfugia en France sous le règne de Charles VIII.
Entre Aubusson et Guéret, sur une montagne au pied de laquelle coule la
Creuse, on aperçoit Ahun, ville de 2000 habitans, plus intéressante par
le souvenir de son antique prospérité que par les fabriques de toiles
qu'elle possède. Les monumens qu'on y a découverts attestent son
antiquité : les anciens la nomment Acitodunum, nom qui, dans le moyen
âge, se changea «n Acidunum et en Agedunum. Sous nos rois de la première
race elle conservait encore un atelier monétaire.

Boson, comte de la Marche, y fonda, en 997, la célèbre abbaye de l'ordre
de Cluny appelée le Moutier d'Ahun : les Jbâtimens, les ja-rdins et les
dépendances qui en restent attestent son importance. L'église de ce
monastère est encore le but d'un pélerinage fameux qui a lieu le 16
août, fête de saint Roch. Il existe à cette réunion, comme à toutes
celles du même genre qui se sont conservées dans le département de la
Creuse, un usage que l'autorité civile et l'autorité ecclésiastique
devraient s'empresser de détruire.

A la porte de l'église , les femmes se font:couper les cheveux, pour
quelques aunes de grosse dentelle ou de calicot, par des hommes qui
s'adonnent à ce trafic, et qui les appellent d'une manière ridicule qui
blesse et les 'mœurs publiques et la sainteté du lieu où la foule se
rassemble eu ces jours de fêtes religieuses.

Guéret, chef-lieu de la préfecture, est bien bâti et ai-

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osé par des fontaines; son commerce est peu considé:able, et l'on est
étonné que, situé dans un pays où le combustible est à bas prix, aucune
fabrique ne s'y soit établie. Enfin Boussac, le moins peuplé de tous les
chefsieux de France, occupe un rocher presque inaccessible lUX.
voitures; environnée de murailles flanquées de tours, lominée par un
vieux château crénelé, d'où l'œil plane sur ine gorge formée de
montagnes d'un aspect aride et saunage, cette ville est le plus triste
séjour que l'on puisse imaginer.

Proportionnellement à sa superficie, il est peu de départemens aussi
boisés que celui du Cher : aussi est-il riche En forges et en usines.
L'uniformité de son sol, interrompue seulement par des collines, offre à
l'est, sur les bords dé la Loire, qui de ce côté forme sa limite, des
terrains de la plus grande richesse ; au sud et au sud-ouest, un grand
nombre d'étangs, et des terres d'une médiocre qualité; au nord et au
nord-ouest, des marais entourés de landes et de bruyères; au centre, des
terres fertiles bordent le cburs de l'Auron et du Cher. Des terres
ingrates et pourtant assez productives couvrent les deux tiers de toute
sa superficie; le reste est doué de la plus grande fertilité. Il tire sa
principale ressource du produit de ses forges, de ses bêtes à laine et à
cornes, et de vins blancs de son territoire que l'on vend à Paris sous
le nom de Chablis. Cependant, enracinée dans de vieilles routines, la
culture ne rend point au laboureur ce qu'il obtiendrait facilement des
meilleurs, procédés connus. La science agricole y fait peu de progrès,-
parce que les terres appartiennent à de grands propriétaires qui les
afferment à bail de courte durée. Aussi le système des jachères y est-il
encore généralement suivi.

A l'exception des mines de fer, les richesses naturelles de ce pays
restent presque sans emploi. Malgré les nombreux, moutons qui paissent
ses pâturages , ce département ne

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possède qu'un petit nombre de manufactures de tissus dJ laine ; malgré
la quantité de chanvre qu'on y récolte, il n'y existe aucune fabrique de
toile; malgré l'abondance de la cire que produisent les abeilles, la
fabrication de la bougie y est une branche d'industrie inconnue. Il faut
cependant espérer que l'ouverture du canal de Berry donnera quelque
activité au commerce de cette intéressante partie de la France.

L'une des villes les plus commerçantes du département est Saint-Amand ou
Saint - Amand - Mont - Rond , non loin des rives du Cher, dans une
agréable vallée. La vente des grains, des vins, des châtaignes, des bois
de construction et des bestiaux de son arrondissement, occupe ses
marchands et ses négocians. Elle fut fondée en 1410, sur les ruines du
bourg d'Orval que les Anglais avaient brûlé. Dans ses environs il existe
deux belles forges, deux foreries de canons et une manufacture de
porcelaine. Dun-le-Roi, sur la rive droite de l'Auron, était, au XVe
siècle,, l'une des villes les plus célèbres de l'Aquitaine. A Sancerre,
on fait un grand commerce de vins ; la ville est agréablement située sur
la colline la plus élevée du département, à une lieue de la rive gauche
de la Loire : on y jouit d'une vue magnifique. Au bourgd' Yvoyle-Pré
règne une grande activité, due à une verrerie à vitres et à bouteilles,
et surtout à une belle usine où l'on fond les différentes pièces qui
entrent dans la confection des machines à vapeur.

Heureux lorsque dans nos descriptions l'intérêt des souvenirs
historiques peut se mêler à celui qu'inspire une industrieuse activité,
nous ne citerons dans l'arrondissement de Sancerre qu'un petit nombre
d'autres lieux connus encore pour leurs fabriques, tels qu Aubigny, où
l'on fait des tissus grossiers de laine, Précy, bourg qui renferme des
forges et des hauts-fourneaux, et Benrichemont, qui pos*-

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ède des tanneries. Cette petite ville fut bâtie en 1597 par ully qui lui
donna le nom qu'elle porte en l'honneur de [enri IV. Elle dépendait
d'une principauté qui fut réunie la France en 1766.

Hâtons-nous de passer dans l'arrondissement de Bourges, ont plusieurs
villes offrent le double intérêt dont nous Rir lons. Bourges, nous
devons d'abord le dire, est dans pe position agréable sur la pente d'un
coteau baigné par A.uron , à l'endroit même où cette rivière reçoit
plusieurs litres cours d'eau. Elle conserve quelques restes d'une paisse
muraille antique et deux grosses tours qui tombent a ruines. Divisée en
ville nouvelle et ville ancienne, la union de ces deux quartiers forme
une superficie capable e contenir une plus forte population que celle
qu'on lui Dnne, et qui s'élève à 18,000 âmes, mais ne présente rien ans
son ensemble qui puisse faire oublier que c'est une es villes les plus
vieilles et les plus mal bâties de France.

our royale, archevêché, académie universitaire, collége )yal, riche
bibliothèque, cabinet de physique, société ivante, ou plutôt
d'agriculture, théâtre, établissemens e bienfaisance, tout cela se
trouve à Bourges au milieu p rues tortueuses et d'habitations trop
basses, dont les ignons offrent un aspect désagréable. Deux édifices
seuls mt dignes de fixer l'attention : la cathédrale et l'hôtel-deille.
La première doit être comptée au nombre des plus eaux monumens gothiques
de l'Europe : elle est surmontée e deux tours; sa façade est, malgré
l'irrégularité qui déare presque toutes les églises de la même époque,
remaruable par la délicatesse, le fini et la richesse des ornelens :
l'une des sculptures du portail représente le jugelent dernier. Sa belle
conservation n'est pas ce qui étonne moins : non seulement elle n'a
point éprouvé les mutiitions révolutionnaires, mais à la couleur près on
dirait u'elle vient d'être terminée. L'hôtel-de-ville est la maison

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du célèbre Jacques Cœur, l'un des plus riches n égocians du temps de
Charles VII. Il administra les finances de c prince, qui le traita comme
un favori jusqu'à ce qu'il e eut obtenu un prêt de 200,000 écus d'or.
Pour prix de ce service il le fit accuser de plusieurs crimes
imaginaires, que l'appareil des tortures lui fit même avouer ; il le
dépouilla de ses biens et le fit enfermer chez les cordelier de
Beaucaire ; mais Jacques CÅ“ur jouissait d'une si grand e estime que les
négocians de cette ville parvinrent à le faire évader, et partagèrent
leur fortune avec lui pour lui procurer les moyens d'aller sur une terre
étrangère oublier unE patrie qu'il avait trop aimée, et la perfide
ingratitude d'ut prince qu'il avait eu le malheur d'obliger. Sa maison
fui acquise par Colbert, qui la céda en 1679 au maire et au échevins de
Bourges. La construction en est magnifiquel les cheminées même sont de
la plus riche architecture : elle!

représentent des tours et des portes de villes gardées pa des guerriers
; sur les murs de l'édifice sont sculptés de coquilles et des cœurs.
Dans l'intérieur on voit un mauvai portrait de Bourdaloue peint par
lui-même. Ce céièbr jésuite et les PP. Deschamps, Sauciet et d'Orléans,
1 trésorier de Charles VII, et Louis XI, qui fonda en 1461 l'université
de Bourges, sont les principaux personnage que cette ville ait vus
naître. Un édifice qu'il ne faut ce pendant point passer sous silence
est le palais archiépis copal ; le jardin qui en dépend est une
promenade publi que : on y voit un obélisque élevé à la mémoire de
Béthun Charost.

Bourges, selon Tite-Live , est l'une des plus anciemu villes des Gaules.
Lorsque les Romains en firent la cof quête, elle était, sous le nom
d'Avaricum, la principal cité des Bituriges- Cubi. Elle prit ensuite
celui de Biturigei Auguste en fit la capitale de l'Aquitaine; les routes
c] Bordeaux et d'Autun la traversaient. On y construisit �

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mphithéâtre, qui, au VIIIe siècle, fut remplacé par un hâteau qui resta
debout près de neuf cents ans. Son capiole était sur l'emplacement de la
maison de Jacques CÅ“ur.

est un des sièges épiscopaux les plus anciens de France : 1 fut fondé
par saint Ursin en 252. Chilpéric s'en empara It là livra aux flammes;
mais Charlemagne et Philippeugtiste la restaurèrent. Les promenades qui
l'entourent, t qu'on appelle les boulevards Villeneuve, du nom du iréfet
qui les fit faire, sont un des principaux embellissenens qu'elle réclamait.

Au-dessous de Bourges, l'Evre baigne Mehun, et forme ntre les ponts de
cette ville de 3ooo âmes un large bassin itile à son commerce, qui
consiste en chanvre, en bois, in laines et en produits de ses fabriques
de tissus On y roit quelques vestiges du château dans lequel Charles
VII, (ans la crainte que son fils Louis XI ne l'empoisonnât, se hissa
mourir de faim en 1461. Au confluent de l'Evre et du îlher, qui coule
dans le canton le plus agréable et le plus brtile du département,
Vierzon, bien bâtie et dont les baisons sont couvertes en ardoises,
renferme 4500 habians, et possède des manufactures de porcelaine et de
aience, des tanneries, des papeteries, des fabriques de Iraps et de
serges, et des forges considérables.

Des bois et des forêts occupent plus de la septième partie de la
superficie du département de l Indre. Sur la 'ive droite de cette
rivière, le sol est couvert d'étangs et le marais qui répandent dans
l'air une humidité dangereuse ; mais c'est surtout entre l'Indre et la
route de Lilioges, territoire connu sous le nom de Brenne, que ces
grandes flaques d'eau sans profondeur, répandues sur une surface
considérable, produisent pendant les chaleurs de t'été des exhalaisons
pestilentielles dont les effets sont funestes pour les êtres animés.
Comment l'administration tl'a-t-elle pas cherché à faire dessécher ces
marais mal-

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faisans? conquête d'autant plus utile, qu'elle rendrait à l'agriculture
plus de 10,000 hectares de terre. Un sol gé néralement sablonneux occupe
le reste du département Le cultivateur y récolte des grains au-delà de
ses besoins et des vins médiocres dont la moitié est livrée au commerce.
L'agriculture tire un grand parti des bêtes à laine ainsi que des oies
et des dindons qu'on engraisse. L'indus trie utilise les minerais du
métal le plus utile : plus d 110,000 quintaux de fer sortent des forges
et des usines de ce département.

Chef-lieu d'arrondissement, Issoudun ne peut être passe sous silence;
cependant les seules observations que nous ayons à faire sur cette
ville, c'est qu'elle fut ruinée par des incendies en 1135, en 1504, en
i65i ; c'est qu'elle se compose de rues larges et de maisons assez
régulières j c'est qu'elle renferme quatre églises, deux hôpitaux, UI1
collége et une salle de spectacle; c'est qu'elle possède quatre
fabriques de draps, trois de toiles, une de faïence et sept tanneries;
c'est que son origine est peu connue et qu'il n'eq est fait mention
qu'au Xe siècle ; c'est enfin qu'elle a v naître le jésuite Berthier et
l'acteur Baron. A deux lieue de Vatan qui n'a que 25oo habitans, on
remarque un monument druidique, intact, de la classe des dolmens.

Des antiquaires ont mis en question si Levroux doit son nom à la
multitude de lépreux qu'on suppose avoir habite cette ville au XIIe
siècle, ou à une léproserie que l'on y aurait fondée à cette époque. Ces
questions soulevées à propos du nom Leprosum qu'elle porte dans quelques
Chartres , nous semblent d'un faible intérêt : il serait plus important
de rechercher quel était celui que lui donnaient les Romains , qui, au
Ier siècle de notre ère , y élevèrent un forteresse dont il reste une
tour appelée la Tour du Bon-An.

On suppose cependant qu'à cette époque elle s'appelait Gabatum. Sa
population n'est aujourd'hui que de 3oocj

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âmes, mais on ne peut douter que sous les Césars elle n'ait été une cité
considérable, puisqu'on y a trouvé des restes d'amphithéâtre et d'autres
antiquités (i). Elle est ceinte de murailles flanquées de tours et
entourées de fossés ; eUe renferme un ancien château remarquable par une
tour d'une énorme dimension.

Une route tracée au milieu des vignes et des bois conduit à Valençay,
dont le beau château, bâti par la famille d'Etampes et devenu plus
magnifique encore par les soins du prince de Talleyrand, acquit de la
célébrité dans les derniers événemens de notre histoire, pour avoir été
depuis j8o8 jusqu'en 1814 le séjour du roi d'Espagne, Ferdinand VIL La
ville, peuplée de 2700 habitans, pos-.

sède une fabrique de draps ; mais au village de Luçay-leMâle, se
trouvent les plus belles forges de ses environs.

Dans le canton de Buzançois, ville de 4000 âmes, qui fait un grand
commerce de laine, on compte aussi des usines importantes et plusieurs
moulins à farine.

Notre excursion dans l'arrondissement de Châteauroux nous amène dans
cette ville en remontant l'Indre; elle est sur la gauche de cette
rivière, qui coule au milieu d'une plaine basse, couverte d'immenses
prairies. Son nom lui vient de Raoul de Déols, qui la fonda au Xe
siècle, et qui construisit sur une colline à l'une de ses extrémités, un
château qui est aujourd'hui l'hôtel de la préfecture. Sa principale
industrie consiste en draperie; on y compte 35 fabricans de draps. A six
lieues au sud-ouest, la Creuse traverse Argenton, petite ville de 4ooo
âmes, qui dut être plus considérable sous la domination romaine, à en
juger par plusieurs médailles et sculptures qui y furent découvertes, et
par l'importance de l'antique forteresse que

(1) Au commencement du XVII" siècle on y découvrit une plaque de cuivre
portant cette inscription : Flavia Cuba} Firmiani iflia, eolozza fieo
Marti suo t hoc signum fecii Augusto.

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Louis XIV fit démolir, et dont il reste quelques ruines.

Elle portait le nom & Argentomagus, et séparait le territoire des
Bituriges de celui des Pictavi.

Deux arrondissemens peu importans nous restent à parcourir : l'un d'eux
a pour chef-lieu La Cllâtre, jolie petite ville qui s'élève en pente
douce sur la rive gauche de l'Indre, et que défendait jadis un
château-fort dont la seule tour qui reste sert de maison d'arrêt. Dans
la petite ville d' Aigurarule, à l'extrémité méridionale du département,
se trouve un ancien monument de forme octogone sur lequel les habitans
n'ont conservé aucune tradition, mais qui paraît avoir été destiné à des
sacrifices. Le chef-lieu de l'autre arrondissement est le Blanc, que la
Creuse divise en ville haute et ville basse. Entre cette rivière et
celle de l'Anglin, Saint-Benoît-du-Sault, qui passe pour une ville aux
yeux de ses habitans, quoiqu'elle n'en renferme pas plus de 1200, est
entouré des sites les plus pittoresques du département. Les rochers et
la cascade de Montgerno sont en effet ce qu'on peut voir de plus agreste.

Un territoire montagneux, riche en métaux, en roches susceptibles d'être
utilisées dans les arts, et en kanlin, employé dans un grand nombre de
manufactures de porcelaine ; un sol peu favorable à la culture de la
vigne et des céréales, mais des bois de châtaigniers occupant plus de
40,000 hectares, et produisant près de 5oo,ooo quintaux métriques de
châtaignes qui suppléent à l'insuffisance des grains; des forêts de
chênes occupant 22,000 hectares; des prairies abondantes en pâturages
qui nourrissent une grande quantité de chevaux estimés; une population
laborieuse qui envoie dans toute la France des maçons, des charpentiers,
des tuiliers et d'autres ouvriers; tels sont en peu de mots les
caractères qui distinguent le département de la Haute-Vienne.

L'arrondissement de Bellac, qui confine au nord avec

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le département de l'Indre, est le premier que nous visiterons. La ville
est bâtie sur la pente d'un coteau rapide, au-dessus de la petite
rivière du Vincon, qui n'est, pour mieux dire, qu'un ruisseau. Elle
possède plusieurs tanneries, une fonderie, quelques fabriques de papier,
de tissus de laine et de toile. Les vins de ses environs sont d'une
assez bonne qualité. A quelque distance de Bellac on remarque, près du
village de la Borderie, un beau monument du culte druidique. Le Dorat,
jolie ville de 3,ooo liabitans, où l'on fabrique des draps et des
cotonnades, des baromètres, des poids et des mesures métriques; Darnac,
village de 2000 âmes où l'on voit une importante verrerie à bouteilles
et une fabrique de poterie, peuvent donner une idée de l'industrie de ce
territoire. L'église du Dorat appartenait à une célèbre abbaye que
Clovis fonda, dit-on, en action de grâces de la bataille de Vouillé. ,.

Un peu au-dessus de Limoges, la Vienne arrose un vallon délicieux
tapissé de prairies artificielles et bordé de jolis coteaux. Sur l'un
des côtés de ce vallon, le chef-lieu de la Haute-Vienne s'élève en
amphithéâtre, ce qui donne à ses rues tortueuses l'inconvénient d'être
très-rapides ; mais aussi l'air vif et pur que l'on y respire , première
cause peut-être de la santé des habitans et de la fraîcheur des femmes,
entretient, à l'aide de ruisseaux limpides, la propreté de cette ville.
De belles promenades et plusieurs places publiques occupent la partie la
plus élevée : l'une de celles-ci, appelée la place d'Orsay, se trouve
sur l'emplacement d'un amphithéâtre romain. A l'exception de l'église de
Saint-Martial, dont le clocher est d'une grande hauteur et qui dépendait
d'une abbaye vénérée jadis dans la contrée ; de la cathédrale, édifice
gothique imposant, construit en granité; de l'église de Saint-Martin, la
plus ancienne des trois; d'une vaste caserne de cavalerie et d'un 1 beau
palais épiscopal, Limoges n'offre rien de remarquable.

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Elle se recommande à d'autres titres : on y trouve une académie
universitaire et un coltége royal; un muséum d'histoire naturelle et
d'antiquités, une bibliothèque publique, une pépinière royale, des
écoles gratuites de dessin et de géométrie appliquée aux arts; des cours
d'anar tomie, un bureau gratuit de consultations médicales, un hôtel des
monnaies, une société d'agriculture et des sciences, et, ce qui n'est
pas moins utile, une société pour le soulagement des prisonniers, et une
maison d'aliénés. Les prairies de la Vienne, qui sont le principal
ornement des environs de Limoges, nourrissent de beaux chevaux et de
magnifiques bœufs. Chaque année il s'y fait des courses de chevaux où
concourent ceux de la Haute- Vienne et ceux de neuf départemens voisins
(0 ; et l'on distribue des primes pour l'amélioration de la race bovine.
Les fabriques de laines filées et tissées y sont au nombre de 32, et
celles de porcelaine s'élèvent à n. Les hommes célèbres qu'elle a
produits sont le carme déchaussé Honoré de SainteMarie , auteur de 3
volumes in-4° sur les ordres militaires ; le poète Dorat., le chancelier
d'Aguesseau, l'éloquent Vergniaud, le maréchal Jourdan et le botaniste
Ventenat. -

La ville de Ratiatum dont parle Ptolémée paraît être Limoges. Les
Romains lui donnèrent le nom de Limopices, par lequel ils désignaient
aussi les ancêtres de nos Limousins. César (2) prouve l'importance de
cette cité lorsqu'il dit que son territoire fournissait 10,000 hommes à
la confédération des peuples gaulois. Au Ve siècle les Visigoths la
dévastèrent : en i36o les Anglais en prirent possession en vertu du
traité de Brétigny; mais en 1369 elle rentra sous le, , pouvoir du roi
de France. La plus importante ville de son territoire est Saint-Léonard
situé à sept lieues au-des-

(0 L'Allier, le Cher, la Creuse., la Corrèze, l'Indre., Indre-et-Loire,
la Nièvre, Saône-et-Loire, et la Vienne.

I-) Gésar, de Bell. Gall., lib. VII et VIII.

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sus, en remontant la Vienne; elle est entourée de belles promenades,
compte plusieurs fabriques et renferme 6000 habitans. Nous devons citer
aussi le bourg de PierreBuffière, qui prend le titre de ville quoique sa
population soit à peine de 800 âmes : on y voit les restes d'un vieux
castel; mais entre ce bourg et Limoges, de belles ruines attirent les
regards, ce sont celles du château de Chalusset.- A l'ouest de Limoges,
près de la forêt de la Vienne, dans une vallée fertile sur la droite de
la Vaires, Rochechouard est bâtie sur la pente d'un rocher qui semble
menacer de rouler dans le vallon, et dont la cime est couronnée par une
vieille forteresse qui sous le règne de Charles V fut vainement assiégée
par les Anglais. Son ancien nom de Rupes- Cavardi est l'origine de celui
de cette ville, chef-lieu d'un arrondissement qui compte plus de douze
communes dans lesquelles des usines et des forges importantes
entretiennent le travail et l'aisance. Plus peuplée que celle-ci, la
petite cité de Saint-Junien, entourée de boulevards et bâtie en
amphithéâtre sur un coteau, au confluent de la Vienne et de la Glane,
est renommée pour sa ganterie, a 12 fabriques de draps, 5 papeteries, 3
fabriques de chapeaux et des manufactures de couvertures, de porcelaine
et de poterie commune. Elle fait un commerce considérable en chevaux et
mulets.

Non moins industrieux que le précédent, l'arrondissement de Saint-
Yrieix abonde en kaolin, argile blanche formée par la décomposition du
feldspath contenu dans les granitès, et dont la découverte faite en 1770
par Villars, pharmacien de Bordeaux, a contribué à multiplier nos
fabriqués. de porcelaine et à fournir une nouvelle branche
d'exportation. On tire aussi des environs de Saint-Yrieix le feldspath
granulaire qui, sous le nom chi-.

cois de pétunzé, sert à faire l'émail de la porcelaine. A

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l'entrée même de la ville s'offrent deux carrières d'où l'on tire ces
deux substances, dont l'extraction se pousse quelquefois jusqu'à 100
pieds de profondeur. Saint-Yrieix, petite cité, riche, mais mal bâtie,
doit son origine à un monastère fondé vers le VIe siècle en l'honneur du
saint dont elle porte le nom.

Couvert de montagnes, dépourvu de bonnes routes et de rivières
navigables, le département dans lequel la Corrèze a sa source et son
embouchure trouve peu de ressources dans son commerce; cependant il
expédie pour Paris, au printemps, les milliers de bœufs qu'il engraisse
l'hiver; il fournit de porc salé les villes maritimes de Bayonne et de
Bordeaux, et approvisionne d'huile de noix plusieurs de nos départemens.
Ces produits annoncent l'importance de ses pâturages et l'abondance de
ses noyers. Son sol présente deux régions bien distinctes, partagées du
sud-est au nord-ouest par la route de Limoges : celle qui est située sur
la droite de cette route, en remontant la Corrèze, est la plus
montagneuse et comprend presque les deux tiers du département; les gens
du pays l'appellent la montagne : des bruyères stériles y dominent; la
seconde, appelée le pays bas, couverte de terrains en culture et de
vignobles abondans, ne peut toutefois qu'avec le secours du châtaignier
nourrir ses habitans.

Dans la première, la population est disséminée, mais la nature s'y
montre parée de ses atours sauvages; dans la seconde, la population est
concentrée : la terre est couverte des dons de la culture, et les cours
d'eau font mouvoir quelques usines. Cependant l'industrie de ce
département est encore dans l'enfance, et les habitans de la campagne
vivent misérablement.

« Dans son habitation, le campagnard de la Corrèze est misérable et
souverainement à plaindre; ses habitations présentent la triple image de
l'insalubrité, de la saleté et de ta

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misère. La plupart adossées à des terrains humides, situées sur des
plans inférieurs à celui du sol environnant, elles reçoivent l'humidité
qui ruisselle des murs et de la terre.

Exposées sans art, percées sans connaissance, elles attirent les
souffles froids et humides de l'hiver en concentrant les chaleurs
dévorantes de l'été. La fumée de leurs foyers, ne trouvant pas d'issue
par des cheminées vicieusement disposées, se condense dans
l'appartement; l'air, saturé de cette vapeur irritante, va affecter
péniblement I'oeil ; des ophthalmies chroniques rebelles s'ensuivent, et
la cécité ■souvent. Ajoutez à ce récit pénible le voisinage
très-immédiat et souvent la cohabitation d'un animal sale et dégoûtant,
le. cochon, et vous aurez une idée assez exacte du malheur de l'habitant
des campagnes retiré sous son toit (1). »

La route de Limoges passe au milieu de la jolie petite ville d'Uzerche,
où l'on ne compte que 2000 habitans. Elle est adossée à une colline, au
pied de laquelle coule la Vezère; quelques unes de ses maisons,
flanquées de tourelles et couvertes en ardoises, lui donnent une
physionomie particulière et attestent son ancienneté ainsi que l'aisance
de ses habitans : de là ce vieux proverbe du pays : Qui a maison à
Uzerche a château en Limousin. A la sortie de cette ville, la route
traverse un pays pittoresque couvert des derniers embranchemens de la
région montagneuse et coupé par des ravins et des précipices.

Ce n'est qu'à une demi-lieue de Tiille 9 que l'on aperçoit la cathédrale
de cette ville, monument du IXe siècle, qui n'a de remarquable que son
clocher pyramidal. Chétive cité dont les rues escarpées s'adossent à des
rochers, elle doit son origine à la fondation d'un monastère qui date du
VIIe siècle, et à la destruction d'une ville plus ancienne dont

(1) Extrait du discours prononcé en 1827 à la Société d'agriculture de
-Tulle, par le docteur Vidalin.

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quelques restes d'amphithéâtres et d'autres constructions situées à peu
de distance de ses murs, attestent l'antique splendeur. A l'avantage de
posséder une manufacture d'armes qui occupe 600 ouvriers, et
d'entretenir quelques fabriques de papiers et de tissus de laine, des
distilleries et des tanneries, elle joint le commerce d'huile de noix et
de chevaux estimés. Les hommes distingués dont elle fut le berceau sont
peu nombreux et d'une époque assez éloignée : celui qui eut le plus de
réputation est Etienne Baluze, à qui l'on doit un recueil des
capitulaires de nos rois, et une histoire généalogique de la maison
d'Auvergne qui lui valut l'honneur d'être exilé, pour y avoir soutenu
les prétentions du cardinal de Bouillon, qui se regardait comme
indépendant du roi, parce qu'il était né d'un prince de Sedan lorsque
cette ville n'appartenait point encore à la France.

Après avoir baigné Tulle, la Corrèze arrose Bribes-laGaillarde, patrie
du cardinal Dubois, du docteur Cabanis de l'ancien directeur Treilhard
et de l'infortuné maréchal Brune. Cette ville, au milieu de prairies et
de vergers, entre des coteaux de vignes >d'un côté et des collines
boisées de l'autre, entourée d'une belle allée d'ormes et de jolies
maisons en pierre, offre l'extérieur le plus agréable; mais il ne faut
pas y pénétrer, on n'y trouverait ni belles places ni belles rues. On y
remarque toutefois le bâtiment du collége et une jolie maison dans le
style gothique. C'est à une grande lieue de son enceinte que se trouve
Arnac-Pompadour, village célèbre par son haras et par son beau château,
bâti par- Guy de la Tour, en 1026, et donné par Louis XV à celle qu'il
décora du titre de marquise de Pompadour. A huit lieues au nord de
Brives, Lubersac-, peuplée de 35oo âmes, s'honore d'avoir vu naître le
général Souham. A trois lieues au sud du chef-lieu , Turenne, ancienne
vicomté qu'illustra l'un de nos plus grands guer-

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riers, est une ville de 1600 habitans, dont le château en ruine, situé
sur la cime d'un roc escarpé, est l'une des plus anciennes forteresses
de France : la plus importante de ses tours, haute d'environ 100 pieds,
porte le nom de Tour de César. Elle a probablement vu le siège que Pepin
et Louisle- Débonnaire firent de cette ville.

Dans la région montagneuse, où nous ne ferons qu'une courte excursion,
nous verrons Ussel, petit chef-lieu d'arrondissement, au milieu de
sommets arides et au bord de la Sarsonne, que l'on traverse sur un pont
construit avec autant d'élégance que de hardiesse. Des fouilles faites
dans un champ voisin de son enceinte ont fait découvrir divers objets
d'antiquité qui annoncent une ancienne cité, probablement celle dusellis
qui donna son nom à la ville moderne. A cinq lieues au sud-est de
celle-ci, Bort, dans une jolie situation, sur la rive droite de la
Dordogne, est la patrie du littérateur Marmontel. A une demi-lieue
audessous, la petite rivière de la Rue forme, en se faisant jour au
travers de roches décharnées, une belle chute appelée le Saut de la Saule.

Le groupe du Cantal couvre de ses ramifications le département qui porte
le nom de cette montagne, majestueux monument des convulsions
volcaniques dont le centre et le midi de la France furent le théâtre à
l'époque où la plus grande partie de son sol était encore couverte
d'eaux marines et fluviatiles. Ses flancs, formés de porphyre , de
basaltes, de laves, de scories et de pierres-ponces, sont fréquemment
battus par des vents impétueux, et conservent pendant près de huit- mois
de l'année les neiges amoncelées sur leurs cimes. Des eaux limpides se
font jour à travers ces roches qui sortirent liquides du sein de la
terre, et, réunies en ruisseaux, elles forment cà et là des cascades
dont les dispositions variées animent des paysages charmans, mais dont
le bruit monotone inspire

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le recueillement et la tristesse. Précipités au fond des vallées , ces
ruisseaux, dirigés en différens sens, se réunissent pour donner plus de
vigueur aux pâturages qu'ils arrosent, et pour former plusieurs
rivières. Les pentes septentrionales fournissent les principales eaux de
la Rue, affluent de la Dordogne ; la même rivière reçoit encore la
Maronne, et la Cère plus importante, qui descendent des vallées dirigées
vers l'occident. Les vallées orientales donnent naissance à la Truyère,
qui va se jeter dans le Lot y et à l'Alagnon, qui, prenant une direction
opposée, se joint à l'Arcueil avant de s'unir à l'Allier; celles du midi
ne sont arrosées que par de faibles cours d'eau qui vont grossir la
Truyère. D'autres eaux, employées par l'homme pour remédier à ses maux
physiques, sortent aussi des flancs de ces montagnes. Les vallées
arrosées par les principales rivières que nous venons d'énumérer, sont
garnies d'une terre fertile ; mais c'est dans la Planèze, petite plaine
arrosée par l'Alagnon et l'Arcueil, que l'on récolte la plupart des
grains consommés dans le département.

Dans les hautes vallées, sur les cimes les plus élevées, et jusqu'au
sommet du Plomb, la plus importante montagne de ce groupe, dont elle
occupe le point central, les pacages et les prairies sont couverts de
bestiaux; leurs vastes herbages nourrissent même ceux des départemens
voisins.

Les bœufs engraissés dans le Cantal sont expédiés sur tous les points de
la France ; les moutons sont dirigés vers les départemens méridionaux;
les peaux de chèvres et de chevreaux, objets de commerce entre le Cantal
et l'Aveyron, sont expédiées à Milhau, où on les convertit en
parchemins; les chevaux, d'une petite taille, mais vigoureux, sont
employés pour le service de la cavalerie légère. C'est dans les burons,
cabanes dispersées au milieu des pâturages, que le lait des troupeaux
est employé à faire le beurre et

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les fromages de trois qualités différentes. L'agriculteur :ultive le
seigle et le sarrasin, ses principaux alimens; e lin, qui par sa finesse
rivalise avec celui de Flandre; le chanvre, que l'on tisse en toiles
grossières employées dans iotre marine ou vendues aux Espagnols ; des
pommes de lerre, - des arbres fruitiers de diverses espèces, surtout les
châtaigniers dont le fruit est d'une grande ressource pour la nourriture
, et quelques vignes enfin, qui ne lonnent qu'un vin médiocre. La
fabrication des chaudrons ît des divers ustensiles en cuivre employés
dans les cuisines, celle de la dentelle et du papier, constituent
presque toute l'industrie de ce département; à l'exception de quelques
houillères, aucune mine n'y est exploitée, mais un grand nombre
d'habitans vont chaque année exercer en France, en Espagne et même en
Hollande, le métier de p haudronnier.

Dans la partie méridionale du département, près de la rive .droite de la
Rance, les i 5oo habitans de Maurs-élèvent beaucoup de porcs et font un
grand commerce de jambons. De cette petite ville, située à la base des
montagnes, nous allons nous élever jusque dans les hautes régions, d'où
nous apercevrons les lieux habités, et notre excursion deviendra plus
intéressante par le majestueux spectacle des restes d'antiques éruptions
volcaniques qui dominent des cités si peu dignes d'être examinées en
détail.

A l'extrémité de la vallée pittoresque arrosée par la Jordanne,
traversons d'abord les rues larges, mais irrégulières d'Aurillac. Sa
population est de 10,000 âmes : pour un chef-lieu de préfecture aussi
peu important, la salle de spectacle est assez jolie; la ville,
généralement bien bâtie, repose sur des laves, que de grands lacs ont
recouvertes d'épaisses couches de sédiment calcaire. Hors de ses murs un
hippodrome est destiné à des courses de chevaux qui se font tous les ans
du Ier au 15 mai. On croit qu'Aurillaç

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fut fondée vers la fin du VIIIe siècle. Gerbert, élu-pape, sous le nom
de Silvestre II, le maréchal de Noailles, Piganiol de La Force, auteur
d'une description de laFrance , ont reçu le jour dans ses murs; pourquoi
sommes nous obligés de placer à côté de ces noms celui de l'infâme
Carrier! A peine sorti de cette ville, on voit des laves: basaltiques
disposées en colonnades, et dans ses faubourgs existent deux sources
minérales ferrugineuses dont les médecins prescrivent l'usage.

A deux ou trois lieues d'Aurillac, le bourg de Cariat7 qui renferme un
millier d'habitans, attire l'attention des curieux par les ruines de son
vieux château, bâti sur la cime d'un rocher basaltique. C'était jadis la
principale for- teresse de l'Auvergne.

Avant de se hasarder dans les chemins difficiles et tortueux du Cantal,
il est indispensable de se confier à un guide intelligent. Dans l'espace
de trois lieues qui sépare Aurillac de Vic-en- Carladez, appelé aussi
Vic-sur- Cère, parce que la Cère traverse cette petite ville de 2600
âmes, qui possède un établissement d'eaux minérales très-fréquenté, on
est frappé de la fraîcheur, du teint .et de la grâce qui distinguent les
villageoises, et l'on peut dire, non comme ce voyageur qui, à propos de
l'humeur et des cheveux roux d'une hôtesse, qualifiait de rousses et
d'acariâtres toutes les femmes d'un canton, que dans celui dej Vie la
plupart des femmes ont les cheveux noirs et les yeux bleus. ,

En montant vers la cime du Plomb du Cantal, on reconnaît dans cette
montagne l'immense ruine d'un colosse, volcanique recouvrant une masse
granitique. Arrivé au-i dessus de la vallée qu'arrose le Dauzan, on voit
au sommet d'un mont basaltique de près de 3oo pieds d'élévation,
Saint-Flour, peuplé de 7000 âmes au plus, chef-lieu d'un arrondissement
composé de 82 communes. Elle est entière-

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lent construite en laves, et quoique siège d'un évêché, lie ne possède
aucun édifice dont la vue puisse dédommaer de la fatigue que l'on
éprouve pour y arriver : le poète ramatique Du Belloy naquit dans ses
murs. L'industrie e Saint-Flour ne consiste pas seulement dans la
fabriation des chaudrons, on y fait des draps communs, de 1 colle-forte
estimée, et l'on y prépare l'orseille pour la inture.

Au fond d'une gorge profonde où coule un des affluens le la Truyère,
Chaudes- Aiguës était connue des Romains MIS le nom de Calentes- A quæ.
Elle est peuplée de 2000 abitans. Ses eaux thermales, réputées dans le
pays, y mènent pendant la saison un nombre de malades égal à k
population. Ces eaux, qui se font jour au travers des Dches volcaniques,
varient de température entre 20 et 5 degrés; elles ne seraient point
utiles pour la santé u'elles le seraient sous d'autres rapports : elles
servent tremper la soupe, à faire la lessive, et à tous les usages
omestiques auxquels on emploie l'eau chaude, et, distriuées dans chaque
maison par des canaux souterrains, elles chauffent, l'hiver, les
chambres des rez-de-chaussée.

A la base du Plomb du Cantal et près du Puy-du-Péroux, Alagnon coule
dans une jolie vall ée. C'est sur sa rive proite qu'est situé Murat,
chef-lieu de sous-préfecture, où s hommes fabriquent des draps communs,
tandis que les smmes font de la dentelle qui rappelle le genre
d'industrie ue Colbert introduisit le premier dans la haute Auvergne.

i près avoir traversé le col de Cabre, on peut s'élever sur e pic
volcanique appelé le Puy-Mary, situé dans l'arronssement de Mauriac. On
aperçoit alors sur la rive droite s la Maronne, Salers, petite ville
bâtie sur une coulée volcanique qui couronne un plateau : elle donne son
nom lux montagnes d'alentour, où l'on nourrit les plus beaux •estiaux de
toute l'ancienne Auvergne. Les habitans de ces

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montagnes ont la réputation d'être mutins et querelleurs.

Sur les flancs d'une colline basaltique, située entre l Ouze et la
Dordogne, s'élève la petite ville de Mauriac, qui de sa promenade jouit
d'une vue magnifique. Sa position sur une plaine fort élevée la place
sous un climat très-froid. Un seul édifice, bâti depuis peu d'années, y
sert d'hôtel-de-ville et de sous-préfecture. Elle a vu naître l'abbé
Chappe d'Hauteroche, célèbre astronome. Dans ses environs se trouvent le
charmant vallon de Fontanges.

les cascades de Salins, et jusque sur les bords de la Rue.

des vallées profondes, des rochers abruptes, et tous ce; accidens de
terrain si variés dans les contrées volcanisées.

Le groupe du Mont-Dor n'est séparé de celui du Canta que par quelques
vallées arrosées par de petits ruisseaux le vaste labyrinthe qu'il forme
va donc nous servir i passer du département du Cantal dans celui du
Puy-deDôme.

Arrivé au-dessus de la région des sapins, des pâturage, couvrent les
flancs de tous ces Puys qui se groupent autoll de celui de Sancy ; leurs
bases forment un plateau inclin* vers le sud; des bestiaux paissent çà
et là ; quelques cabane dispersées animent ce triste paysage qui n'offre
qu'uni verdure uniforme, sans un seul arbre pour se mettre ; l'abri des
rayons du soleil. Une chapelle gothique, bâtif au XVIe siècle, sert de
point de réunion aux habitans dis persés dans la montagne; chaque année
il s'y fait un pele rinage célèbre dans la contrée, et chaque semaine,
le jou consacré au service divin y amène un grand concours dl
montagnards. Près de cette chapelle, une cabane, qn passe pour une
auberge, est le rendez-vous des prome neurs du Mont-Dor et des
Auvergnats qui, pour se rafraî chir, ne se contentent point d'une eau
limpide qui rou i à quelques pas de là d'une source consacrée à la "V
ierge On ne trouverait point un guide qui consentît a passe

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Vassiviere sans s'arrêter dans cette cabane. A l'approche e l'hiver, ces
habitations éparses sont abandonnées; la hapelle est fermée jusqu'au
printemps, et la neige ne Drme plus au loin qu'un vaste tapis qui cache
la trace des hemins. A quelque distance de la chapelle, les guides ous
conduisent au Trou-de-Soucy, excavation naturelle, reusée en forme
d'entonnoir, de 100 pieds de diamètre, srminée par un gouffre de 85
pieds de profondeur, dont étendue doit être considérable, si l'on en
juge par le bruit )ng-temps prolongé qu'y produit la détonation d'une
rme à feu. Ce que ce gouffre, qu'on aurait tort de prendre our un
cratère, offre de plus curieux, c'est qu'il est rempli isqu'à la hauteur
de six pieds d'une eau limpide dont la împérature est constamment
beaucoup plus basse que elle de la plupart des sources : phénomène que
l'on pourait expliquer par l'évaporation que lui fait éprouver la
orosité des laves qui tapissent l'excavation. Les gens du ays prétendent
qu'elle communique avec les eaux du lac 'avin, lac dont la forme
rappelle à la première vue l'idée un cratère. L'enceinte, parfaitement
circulaire de ce lac, 120 pieds de profondeur ; ses parois intérieures
sont boises tout autour, et la végétation qui les garnit doit toute à
vigueur à l'humidité qui s'exhale de ses eaux profondes.

.a lave qui a formé les bords élevés de ce lac a coulé des ancs d'un
volcan voisin appelé le Puy-de-JJJonchal L'obsrvateur ne peut voir sans
étonnement la masse aqueuse oirâtre du lac Pavin, que n'alimente aucune
source visile, s'épanchant continuellement par une échancrure, et Drmant
la petite rivière de la Couse qui entretient la fraîheur dans les
prairies voisines ; tandis qu'à peu de distance e ce lac, celui du mont
Sineyre, alimenté par un ruisseau nipide, n'offre au contraire aucune
issue visible aux eaux u'il recoit sans cesse.

On ne peut parcourir les Puys volcaniques qui entou-

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rent le Mont-Dor, sans céder au désir de gravir celui de Sancy, dont on
aperçoit la cime pyramidale de tous les lieux environnans. La roche dont
il se compose est empreinte de tous les caractères d'une origine ignée.
Le groupe du Mont-Dor, comme celui du Cantal, sortis incandescens des
entrailles de la terre, sont les antiques monumens de ces grandes
convulsions de la nature dont les volcans brûlans ne donnent qu'une idée
imparfaite. Ici point de cratère : la matière en fusion, soulevée d'une
immense profondeur, s'est fait jour à travers les granités, et n'a
peut-être présenté, après son refroidissement originaire, qu'une masse
énorme que l'action de l'atmosphère et le poids des siècles ont morcelée
dans tous les sens;: et qui n'offre plus aujourd'hui, au lieu d'une
masse qui dut à sa naissance être effrayante par sa hauteur, et im1
posante par son étendue, qu'un squelette dont les aspérités aiguës
menacent encore de leurs chutes successives les vallées qu'elles dominent.

Les pentes orientales du Puy-de-Sancy ont une inclinaison peu rapide :
parmi les personnes qui prennent lei bains dans la vallée, plusieurs
dames se font quelquefois transporter jusqu'à son sommet, en chaise à
porteur. Ses flancs sont couverts de plantes graminées, touffues, vigou
reuses, qui charment l'œil par leur teinte d'un beau vert Avant d'être
au terme de la course, une nappe d'eau formée de toutes les sources qui
descendent des pente supérieures, occupe une faible partie d'une
plate-forme sur laquelle on reprend haleine avant de gravir le pie
Souvent, après s'être mis en route au lever de l'aurore le Sancy, dégagé
de nuages, semble promettre de chai mer vos yeux par les points de vue
les plus agréables ej les plus imposans, mais arrivé à son sommet,
appuyé suj les débris d'une pyramide en roche vo lcanique, que sur
montait une croix de la même matière , débris qui al

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testent qu'aucune construction ne peut, sur cette cime, braver les
atteintes de la foudre, puisqu'elle a déjà plusieurs fois été
reconstruite, on se trouve environné d'une brume épaisse qui dérobe à
l'œil la trace même du sentier étroit que l'on a parcouru. L'inscription
gravée sur les quatre faces du monument renversé, annonce qu'on vient de
faire une ascension de 837 mètres; que la roche sur laquelle on se
repose est élevée de 32 mètres au-dessus du Plomb du Cantal, de 421
au-dessus du Puy-de-Dôme, et de 1888 au-dessus du niveau de la mer;
qu'enfin on est sur le point le plus élevé de la France centrale.
Cependant un rayon de l'astre du jour vient-il dissiper les vapeurs
humides : on voit se prolonger d'un côté la belle vallée du Mont-Dor,
au-delà de laquelle s'étend un horizon sans bornes, et l'on aperçoit à
sa gauche celle d'Enfer qui sffraie par sa profondeur et par les rochers
en obélisques dont elle est hérissée.

En quittant le pic du Sancy, on marche au milieu de prairies où l'or des
renoncules et des potentilles tranche ivec la verdure des autres plantes
; tandis que quelques touffes de végétaux chétifs sortent des déchirures
de la orge dEnfer et des escarpemens de celle de la Cour, et lue dans
les ravins creusés au-dessus de leurs affreux précipices on voit encore
la neige au mois d'août. En descendant péniblement les pentes glissantes
qui conduisent sur le côté occidental de la vallée, la vue plonge sur de
castes profondeurs au-dessus desquelles les bestiaux paissent
paisiblement, comme s'ils étaient suspendus aux herbages iur lesquels le
pied de l'homme ne se hasarde qu'en tremblant. Souvent on voit au-dessus
de ces abîmes des bergers nontagnards retenus par une corde fixée au sol
au moyen l'un épieu , promener la faux sur des herbes que le souffle les
vents les empêche quelquefois de recueillir.

La partie la plus élevée de la vallée du Mont-Dor est

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arrosée par la petite rivière de la Dor, formée des eaux qui, descendant
du Sancy, tombent en cascade au fond de la vallée, en se précipitant par
une déchirure verticale hérissée d'effrayantes aspérités. Les sapins
garnissent la base des montagnes : c'est à l'ombre de leur feuillage
triste, que sur la droite de la Dor serpente tantôt en se cachant au
milieu de touffes de cacalies aux larges feuilles, et de sonchus aux
fleurs bleues, tantôt en franchissant des débris volcaniques, un
ruisseau rapide appelé par les habitans la cascade du Serpent. Plus bas,
sur le flanc de la même vallée, tombent de go pieds de hauteur les eaux
de la Dogne, qui, confond ues bientôt avec celles de la Dor, forment la
rivière de la Dordogne ; enfin on aperçoit sur la rive opposée le
Capucin, rocher composé de laves porphyriques dont un des prismes
détaché de la masse ressemble de loin à un capucin coiffé de son capuchon.

C'est vis-à-vis de ce rocher qu'est situé le village des Bains. Une
petite promenade nouvellement plantée s'étend au bord de la Dordogne ,
que l'on traverse sur un pont en fil de fer. Depuis la construction des
nouveaux bains situés sur l'emplacement de ceux qu'avaient construits
les Romains, le village augmenté, embelli, est, depuis le commencement
de juin jusqu'à la moitié de septembre, fréquenté par un grand nombre de
baigneurs. Le bâtiment thermal, d'une architecture simple, mais à la
fois élégante et solide, est construit en roche volcanique grisâtre et
recouvert en dalles de la même matière. Il rappelle les constructions
romaines. Les pilastres et les arcades de sa façade se marient
parfaitement avec les colonnes encore deboul et les autres débris d'un
monument antique, appartenant peut-être à un temple élevé sur une partie
de la place que termine le nouvel édifice, par quelque illustre Romain,
er mémoire d'une guérison remarquable. Les sites aussi varie; que
pittoresques de la vallée et des environs du Mont-Doi

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contribuent, par l'attrait d'une promenade chaque jour différente, à
l'efficacité de ces sources thermales : il est peu de baigneurs qui
disent adieu à ces beaux paysages sans avoir visité le lac du Chambon
d'où sort la rivière de la Couse. Les beaux points de vue qui bordent ce
lac s'accordent si bien avec la description que Sidoine Apollinaire fait
de son Avitacum, qu'il est vraisemblable que c'est sur ses bords
qu'était placée la maison de campagne de ce célèbre évêque de Clermont,
qui florissait vers le milieu du Ve siècle. Cependant plusieurs auteurs
la placent sur les bords du lac d'Aydat (1), L'excursion que nous venons
de faire dans le Mont-Dor nous a fait voir la plus intéressante partie
de l'arrondissement d'Issoire. Continuons notre course vers l'orient, et
voyons les principaux lieux qui en dépendent. A SaintNectaire, où l'on
fait d'excellens fromages, il existe des restes de bains romains qui
prouvent l'antiquité de ce petit bourg : on y construit actuellement un
bâtiment thermal à peu près semblable à celui du Mont-Dor. Une des cinq
ou six rivières appelées Couse dans le département, traverse Issoire,
ville dont la fondation remonte au-delà de la conquête des Gaules. Son
nom latin est Iciodorum.

Elle a beaucoup souffert pendant les guerres civiles du XVIe siècle;
elle a soutenu deux sièges (en 1577 et 1590); elle fut prise deux fois
et livrée aux flammes. On y compte 6000 habitans. La construction de son
église paraît antérieure au style gothique : on y remarque, à
l'extérieur, des ornemens en mosaïque, et les 12 signes du zodiaque
incrustés tout autour dans la muraille : les noms latins de ces signes,
sculptés en caractères romains, indiquent une très-haute antiquité ; le
chœur repose sur une chapelle

0) Voyez la note qui termine l'ouvrage du docteur Bertrand, intitulé :
Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et nlÙlicÙzales des
eaux du Mont-Dor.

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souterraine. On remarque dans cette ville un marché couvert construit en
granité. Elle fut le berceau du fameux Antoine Duprat, chancelier de
France, qui, après la mort de sa femme, embrassa l'état ecclésiastique
et devint cardinal; qui abolit la pragmatique sanction, établit la
vénalité des charges, augmenta les impôts, et mourut chargé de la
malédiction publique. Sur la rive droite de l'Allier on exploite des
mines de fer et de houille dans les environs d'Auzat. Dans la même
commune, la verrerie de La Combelle fournit annuellement au commerce
plus d'un million de bouteilles; à Sciuxillanges, ville de 2000
habitans, on fabrique des étoffes de laine, de la poterie, des faux et
des scies.

Le cours de l'Allier, rivière large et peu profonde, serpente au milieu
de la Limagne, baignant sur sa gauche des rochers granitiques qui,
coupés à pic près du village de Saint- Yvoine, menacent à la fois de
leur chute le navigateur qui dirige sa barque et le voyageur qui suit la
route taillée dans le roc au bord de la rivière. Plus loin on aperçoit
sur la rive droite le bourg de Vic-le-Comte, où l'on peut voir les
restes d'une sainte chapelle qui était fort belle. Le naturaliste visite
le puy de Corent, élevé de 1900 pieds au-dessus du niveau de la mer, et
qui offre une grande variété de produits minéralogiques* Billom, en
latin Billomagus et Billomium, une des plus anciennes villes d'Auvergne,
est à deux lieues à l'est de l'Allier; elle compte un peu plus de 5ooo
habitans. Elle avait à une époque fort ancienne une école célèbre, et le
pape Eugène IV lui accorda) en i4i5 , une faculté de droit civil et
canonique; Guillaume Duprat, évêque de Clermont, y plaça des jésuites en
1555. C'est dans leur église que l'on trouva, à l'époque de leur
expulsion, le fameux tableau qui représentait la Religion sous l'emblème
d'un vaisseau dirigé par eux. Des jésuites ont obtenu la direction de ce
collège , sous le nom

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d'école secondaire ecclésiastique, de 1826 à 1828; et il est remarquable
qu'ils ont encore placé dans leur église un tableau qui contenait leur
fameux monogramme supportant la Religion sous l'emblème d'une femme qui
tient le globe sur sa main.

La route d'Issoire à Clermont passe au pied de la montagne calcaire et
volcanique de Gergovia. Ce nom est celui de la principale cité des
Arverni, dont César fit le siège et qu'il ne prit pas. Elle occupait le
long plateau de cette montagne, dont la hauteur absolue est de 23oo
pieds. On a souvent trouvé sur son emplacement classique, décrit avec
exactitude dans les Commentaires, des débris d'amphores, des médailles
romaines et des haches gauloises.

C'est de ce point qu'on peut juger de la richesse de la Limagne : de
tous côtés on ne voit que des villages qui se pressent sur le flanc des
montagnes rapprochées par la perspective, que des coteaux couverts de
vignes, que des vallées ombragées d'arbres fruitiers de toute espèce, et
dans le lointain la fertile plaine qui s'étend depuis les bords de
l'Allier jusqu'aux sommets volcaniques qui dominent Clermont, Volvic et
Riom. Elle est elle-même dominée çà et là par de vieux châteaux noircis,
arrosée par une multitude de ruisseaux et de canaux creusés par
l'agriculteur, au bord desquels s'étendent alternativement des prairies,
des champs de blé, des vergers et (les plantations de peupliers.
Pont-du- Château, peuplé de 3ooo habitans, est sur la lisière de cette
plaine, au bord de l'Allier, qui coule sous un pont nouvellement
construit et couvre ensuite une digue d'où il tombe en nappe blanchâtre.

Clermont est bâti sur un monticule de forme conique, élevé d'environ 5o
mètres au-dessus de sa base. Suivant les géologues, le noyau de ce
monticule est granitique et a été recouvert par alluvion lfuviatile de
différentes couches de sable , de scories ponceuses, d'argile, etc., qui

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sont tantôt horizontales et tantôt inclinées. Ce monticule est à
l'entrée d'un vallon semi-circulaire de près de six lieues de tour que
couronnent de riches coteaux. Derrière eux s'élèvent graduellement
plusieurs monts au-dessus desquels s'élance fièrement le Puy-de-Dôme à
la distance de deux lieues de la ville. Ce riant vallon semblable à une
baie s'ouvre à l'est et se confond avec la vaste plaine de la Limagne,
en sorte que du haut de la ville et de quelques unes de ses promenades,
la vue se porte sur la plus grande largeur de cette immense vallée, et
n'est bornée que par les montagnes orientales du département, à huit ou
neuf lieues de distance. Clermont est bâti en lave de Volvic, pierre
solide , mais dont l'aspect est sombre et triste. Presque toutes les
rues anciennes sont étroites, tortueuses et inclinées; ce n'est que
depuis environ cinquante ans qu'on a songé à les rendre plus régulières
et plus salubres. La cathédrale domine toute la ville; commencée en
1248, elle n'a jamais été achevée. Sa construction est élégante et
hardie; on admire les rosaces et les vitraux; la nef et le chœur sont
recouverts en plomb; au-dessus des bas-côtés règnent de vastes
terrasses, dont l'une surtout est remarquable par la perspective qu'elle
présente. L'église de Notre-Dame-duPort, primitivement bâtie en 56o, fut
saccagée par les Normands, et reconstruite en 866. Il y a lieu de croire
que plusieurs de ses parties appartiennent à la première construction.
Derrière le chœur est une crypte ou chapelle souterraine où l'on vénère
une Vierge à laquelle on attribue beaucoup de miracles. Parmi les
édifices civils on peut remarquer deux belles halles, l'une pour les
toiles, l'autre pour les blés, et un hôtel-de-ville, avec palais de
justice en construction. Le collège royal, qui réunit près de 5oo
élèves, est aussi un fort beau bâtiment. Dans la partie méridionale de
la ville, et à l'extrémité d'une des plus belles rues, s'élève un
obélisque consacré a la me-

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moire du général Desaix, un des enfans de l'Auvergne.

Près de là sont les établissement scientifiques de la ville : ils se
composent d'une bibliothèque publique où l'on compte 16,000 volumes
assez bien choisis; d'un cabinet de minéralogie fort riche,
particulièrement en objets du pays.; d'un jardin botanique spacieux et
bien entretenu : il y a des cours publics et gratuits de botanique, de
minéralogie, de géologie, d'arithmétique et de géométrie appli quées aux
arts, de calligraphie, de dessin linéaire, de musique et d'architecture.
L'académie des sciences, arts et belles-lettres de la ville y possède
aussi un local pour ses réunions. La bibliothèque est ornée du buste de
Delille , en marbre, par Flatters, et de la statue de Pascal, par Ramey
r on y conserve 180 manucrits., dont plusieurs offrent de l'intérêt.
Clermont a donné le jour à Pascal, à Domat, à Savaron, à Thomas, et
peut-être à Delille (1) et à Chamfort. Les principales places sont
vastes : celle de Jaude ou la place d'armes forme un parallélogramme de
262 mètres de long sur 83 de large; elle est environnée de maisons.
particulières presque toutes neuves et bien bâties. Celle de la Poterne,
dans la partie la plus élèvée de la ville, exposée au nord et plantée
d'arbres, offre ,aux promeneurs une perspective -des plus riches et des
plus variées ; de celle du Taureau, l'œil se promène agréablement, sur
le magnifique tableau que présente la Liniagné; la place Cfoampeix ou
Delille, vaste et irrégulière, est embellie par une superbe fontaine, de
style gothique; au nord 'et à l'est de la villb règne un boulevard,
planté d'arbres et formant une promenade agréable.

Dans l'un des faubourgs de Clermont coule la fontaine de Saint-Alyre,
que les habitans regardent comme l'une-deleurs principales curiosités,
et que des guides, empressés

(0 Delille a été baptisé dans l'église de N. -D. dn Port, suivant tes
registres déposés à l'Hôtel-de-Ville. La mère de Chamfort habitait
Clermont.

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offrent de faire voir à tous les étrangers. C'est une source
ferrugineuse abondamment chargée de carbonate de chaux, qui alimente des
bains dont l'usage est prescrit comme moyen hygiénique. Rien dans sa
transparence ne trahit les principes dont elle est formée; elle pourrait
disputer de limpidité avec le cristal le plus pur. Cependant dirigée
dans de petites cabanes, où son eau divisée tombe en pluie fine sur des
nids d'oiseaux, des oouquets de fleurs ou des branches de végétaux, des
grappes de raisins ou d'autres fruits, des animaux empaillés de diverses
espèces, depuis les plus petits jusqu'aux plus gros, elle les couvre
d'un sédiment calcaire tellement fin qu'il n'en altère point les formes,
en leur donnant l'apparence d'objets pétrifiés.

Ces incrustations, rassemblées dans une des salles de l'établissement,
s'y vendent sous le nom de pétrifications aux étrangers, qui, après
avoir vu de quelle manière l'eau se dépouille des molécules calcaires
qu'elle tient en suspension, croient avoir surpris la nature sur le
fait, dans une opération mécanique sans aucune analogie avec le
phénomène de la pétrification. La source de Saint-Alyre offre aux
curieux une chaussée calcaire dont une des extrémités est percée en
forme d arche irrégulière sous laquelle coule le ruisseau dans lequel
elle se jette. Ce pont naturel et la chaussée qui en fait partie sont
les résultats du sédiment que l'eau déposa jadis à l'aide des végétaux
qui, croissant sur sa route, la divisaient sans cesse. Le calcaire qui
s'est ainsi formé, occupe une longueur d'environ 230 pieds, et comme 1
un des rameaux de sa source construit encore un pont semblable au-dessus
du ruisseau qu'elle alimente, et que ce pont augmente de 4 pouces par an
, il est facile de se convaincre qu'elle a employé environ 700 ans à la
construction du pont et de la chaussée que l'on montre aujourd'hui.

Clermont n'est point une ville manufacturière : le nombre de ses
fabriques et de ses tanneries est peu considérable ;

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les cuirs, les toiles et les chanvres sont ses principaux objets de
commerce; ses pâtes de fruits, surtout celles d'abricots, sont
renommées. Elle est un entrepôt important pour les départemens vo même
pour Lyon, Bordeaux et Paris. r" L'origine de cette ville se perd dans
la nuit des temps.

Sous divers noms elle a toujours été la capitale du pays.

Quoiqu il soit vraisemblable qu'elle s'est accrue des ruines de
Gergovia, il ne faut pas la confondre avec cette place célèbre. Strabon,
environ vingt ans avant l'ère chrétienne , la nomme Nemossos ; sur une
colonne érigée en l'honneur de l'empereur Claude, l'an 45 de J.-C., elle
est appelée Augustonemetum; vers l'an 125, Ptolémée la désigne par ce
nom; vers 47° > Sidoine Apollinaire l'appelle urbs Arverna: un siècle
plus tard, Grégoire de Tours la désigne par ces mots : urbs Arverna,
Aivernum, urbs Atvernica ; dans le VIIIe siècle, un continuateur de
Grégoire de Tours lui donne ces mêmes dénominations, et appelle
Claremons le château qui la dominait, et qui fut détruit en 761 par Pépin.

C'est de ce château-fort que la ville, saccagée et rebâtie plusieurs
fois, a pris son nom moderne. Sa réunion avec Mont-Ferrand, opérée
depuis 1731 , lui a fait donner le nom de Clermont-Ferrand.
Mont-Ferrand, qui n'est considéré aujourd'hui que comme un faubourg de
Clermont, dont il est cependant séparé par une promenade d'une
demi-lieue, était autrefois une place-forte : c'est un monticule
couronné par des maisons bien noires et bien gothiques; de la place de
la Rodacle et du haut de la terrasse du clocher, on jouit dune des plus
belles perspectives du pays.

Du haut des boulevards de Clermont, le Puy-de-Crouël , Mont-Rognon, et
tant d'autres montagnes nées des conllagrations qui ont tourmenté le
sol, ne semblent que des collines; mais descendez dans la plaine : le
premier vous montrera sur une hauteur de près de 3oo pieds au-dessus

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de celle-ci, les traces du soulèvement qui l'a formé, attesté par
l'inclinaison vers son centre de ses couches alternativement calcaires
et volcaniques; le second, élevé de plus de 800 pieds au-dessus du sei.,
vous présentera son cône basaltique couronné comme tant d'autres par les
masures du vieux château des dauphins d Auvergne, construit en prismes
couchés; mais des objets d'un intérêt différent nous attirent dans une
autre direction.

Le bourg de Chamaillère renferme une église dont la construction
première remonte peut-être au VIe siècle, mais qui a été rebâtie au XIe.
Il est traversé par le ruisseau de Fontanat, qui met en mouvement des
moulins, des papeteries, différentes usines, et répand dans la riante
vallée qu'il arrose une délicieuse fraîcheur. De vieux noyers étalant
leur épais feuillage; des vignes suspendues au-dessus d'un chemin qui
suit les sinuosités d'un ruisseau limpide ; le lierre aux larges
feuilles entrelaçant les arbres ; des montagnes granitiques supportant
deux énormes coulées de laves et dè scories; des excavations exhalant
comme à Pouzzole l'acide carbonique; une source d'eaux minérales,
acidulés, chaudes et ferrugineuses, portant le nom de César; la grotte
de Royat, ou jaillit par sept issues et s'arrondit en cascades une
source qui se fait jour à travers la matière volcanique ; un bois
précédé par des massifs d'antiques châtaigniers : tout dans l'ensemble
de cette vallée rappelle également les plus beaux sites de l'Italie.
Audessus du village de Royat et de cette grotte qui, par un aqueduc,
alimente les fontaines de Clermont, s'élève le Puy - Châteix, ainsi
nommé d'un château que les ducs d Aquitaine y avaient fait bâtir. Le
minéralogiste peut rechercher dans les filons qui divisent les granites
de sa cime, de beaux cristaux de baryte sulfatée; le botaniste y
trouvera des lichens de la plus belle nuance rougeatre; mais celui que
des études préliminaires n'ont pas préparé a

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goûter le charme de ces recherches scientifiques se contentera de céder
à l'invitation d'un villageois empressé de faire voir aux étrangers les
greniers de César; c'est ainsi qu'on appelle un éboulement qui couvre
les flancs de la montagne, et dans lequel on trouve des grains de seigle
et de froment légèrement carbonisés, qui paraissent simplement devoir
leur origine à l'incendie qui consuma le château, lorsqu'il fut pris par
Pépin, en 761.

Qui croirait, à la vue du colosse qui domine tous les Puys volcaniques
des environs de Clermont, qu'un écrivain connu lui conteste le titre de
montagne (1), comme si ce n'était pas assez qu'il ait 4500 pieds de
hauteur absolue et 2200 au-dessus de sa base ! Ne serait-on pas tenté de
croire que ceux qui parlent du cratère du Puy-de-Dôme ne l'ont jamais
gravi (2) ? Le Puy-de-Dôme, en effet, n'offre aucune trace de cratère.
C'est une montagne conique dont le sommet présente seulement quelques
inégalités, et où l'on voit les débris d'une ancienne chapelle qui
existait encore lorsque Perrier fit, sur la pesanteur de l'air, les
expériences dont Pascal l'avait chargé. Célèbre depuis cette époque, le
Puy-de-Dôme a exercé souvent la sagacité des naturalistes; et, soit
qu'on admette qu'il est le résultat d'un soulèvement du sol, soit qu'on
veuille le rendre dépendant des grandes formations trachytiques du
Mont-Dor, il n'en est pas moins remarquable par son association avec une
montagne moins élevée qui de Clermont se voit à sa droite, et qu'on
appelle le petit Puy-de-Dôme. Tandis que le Puyde-Dôme est formé d'une
roche blanchâtre et légère à laquelle on a donné le nom de domite, dont
les fissures.

(l) C'est une des erreurs de M. Ad. Blanqui, dans sa Relation d'un
voyage au midi de la France. Il lui donne 5ooo pieds d'élévation.

(2) Outre l'ouvrage ci-dessus, voyez encore Y Ermite en province, t.
VIII, pag. 328, ou cette montagne est décrite de la manière la p]lI,
incomplète et la plus fausse; le narrateur y a vu un cratère.

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sont souvent tapissées de lames brillantes de fer oligiste, le petit
Puy-de-Dôme, au contraire, est un assemblage de scories tout-à-fait
semblables aux autres volcans modernes que l'on voit dans les environs.
Un joli cratère, appelé le Nid de la poule, se trouve placé entre ces
deux montagnes, et paraît avoir vomi une grande partie des scories dont
nous venons de parler. Une végétation brillante couvre les flancs du
Puy-de-Dôme et s'étend jusqu'à son sommet.

Un grand nombre de plantes alpines viennent émailler la pelouse qui
cache ses rochers; une foule de plantes médicinales croissent avec une
sorte de profusion sur une espèce de plateau voisin du sommet, et le
botaniste commence à trouver sur cette montagne la végétation du
MontDor. Quand on est au sommet, la vue embrasse un immense horizon. Au
sud le Cantal, à l'est les montagnes du Forez, au nord les plaines du
Bourbonnais, à l'ouest les coteaux de la Creuse et de la Corrèze, sont
les limites de la vaste étendue que l'on domine. Clermont paraît assez
rapproché, on distingue quelques rues et sa cathédrale imposante.
Au-delà, c'est la Limagne tout entière qui s'étend comme un large bassin
dont le fond est parsemé de villages, et dont les éminences sont
couvertes de vieux châteaux à demi ruinés. Des avenues de noyers
conduisent à chacune de ses villes, et l'Allier qui traverse cette belle
plaine paraît au loin comme un filet d'argent. Plus près du Puy-de-Dôme
se trouvent groupées un certain nombre de montagnes, parmi lesquelles on
remarque le Plly-de-CJme et sa large coulée qui s'est épanchée dans le
lit de la Sioule, près de Pont-Gibaud, à deux grandes lieues de son
point d'origine. Le Puy-de-Nadailhat , élevé de 2000 pieds au-dessus de
la plaine, dont les flancs ont vomi cette masse de laves, appelée la
Serre, qui sur une largeur considérable occupe une étendue de près de 3
lieues; ce magnifique Puy-dc-Pariou, même, qui, place près de la

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base du colosse, s'élève de 5oo pieds de plus que le précédent, et dont
le cratère, si bien conservé, si régulier, a 960 pieds de diamètre et
280 de profondeur, ne paraissent que des buttes faciles à gravir.

Si, dirigeant notre course vers le nord, nous cédons au désir de visiter
le grand Sarcouy et le Puy-Chopine, dont les sommets blanchâtres
indiquent une origine différente de celle des montagnes voisines, nous
reconnaîtrons dans le premier la même substance que celle qui constitue
le Puy-de-Dôme ; son nom indique l'usage auquel les anciens employaient
cette substance poreuse : on voit encore dans les cavernes qu'ils y ont
creusées, les ébauches des sarcophages qu'ils en tiraient, et qui
jouissaient de la propriété de dessécher promptement les cadavres en
absorbant leurs parties humides. Le second, attestant le soulèvement de
ces masses coniques et sans cratères, présente le mélange de diverses
espèces de domites, de roches granitiques et de basaltes. Au-delà de ces
monts on se trouve dans l'arrondissement de Riom; à droite, Pont-
Gibaud, qui prend le titre de ville avec 800 habitans, possède une belle
fontaine d'eaux minérales, un superbe moulin à farine et des ;cieries
hydrauliques; il y a aussi des mines de plomb argentifère très-riches en
exploitation depuis quelques années.

Le Puy-de-La-Nugère, dont la base se couvre d'un petit bois, ou le chêne
et les ronces disputent au noisetier la touche végétale formée de la
décomposition de ses scories, 1, de son cratère incliné, vomi deux
courans de laves qui, iprès avoir suivi, sur une étendue de 1800 toises,
deux routes opposées, se sont réunies au-dessous de Volvic. Ce" bourg
utilisait depuis long-temps, pour la construction, ::es déjections
volcaniques d'environ 25 pieds d'épaisseur moyenne, lorsque M. de
Chabrol eut, il y a quelques années, l'idée de donner plus de
développement à ce genre l'industrie. Une école de dessin et de
sculpture fut fondée,

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des modèles moulés sur l'antique y furent réunis ; la méthode
d'enseignement mutuel transforma bientôt de petits paysans en
dessinateurs et en sculpteurs intelligens; un tour mu par l'eau fut
installé ; le nombre de bras employés à l'extraction de la lave fut
triplé ; Paris devint un débouché pour les produits de cet
établissement, et aujourd'hui cette matière, qui ne se taillait qu'en
dalles et en moellons, prend sous le tour la forme de colonnes
élégantes, se transforme sous le ciseau en rosaces et en chapiteaux,
reproduit les chefs-d'œuvre de l'antiquité ou se dispose encippes et en
monuinens funéraires que leur teinte lugubre, que leur texture
inaltérable à l'air, que leur solidité rendent préférables au marbre, au
granite même. Que d'avantages le département pourrait retirer de ses
laves devenues un objet de luxe et d'utilité, si des canaux, faisant
communiquer l'Auvergne aux cours d'eau qui descendent vers la capitale,
permettaient d'y transporter facilement des produits qui, dans l'état
actuel des communications, quadruplent de prix par les seuls frais de
transport Riom ne doit son importance qu'à ses tribunaux et au penchant
processif de l'Auvergnat; l'industrie y est pei; active, et son commerce
ne consiste qu'en objets de pre.

mière nécessité. C'est dans cette ville assez bien bâtie arrosée par
plusieurs fontaines et placée sur une colliw au bord de l'Ambène, que
siége la cour royale qui devrai être à Clermont. Les faubourgs sont
séparés de la ville pa des boulevards bien plantés. Le palais, la
Sainte-Chapelle, e surtout la maison centrale de détention, vaste,
élevée sûre et bien aérée , sont ses principaux édifices. La pein ture
qui décore la voûte du chœur de l'église du peti séminaire mérite d'être
vue; l'église de Saint-Amable est re marquable par l'élégance de sa
coupole. Plusieurs homme distingués sont nés à Riom : le savant jésuite
Jacques Sir mond, et son frère, l'historiographe; le bénédictin Géné

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)rard, et l'académicien Danchet; cette ville est aussi le )erceau des
Arnauld et du prédicateur Soanen.

uéigueperse consiste en une seule rue sur la grande route le Clermont à
Paris; elle compte un peu plus de 3ooo habi:ans. Au nord de la ville on
voit une dépression du terrain )ù s'opère un dégagement considérable d
acide carbonique, lui asphyxie les oiseaux et les petits animaux assez
imprulens pour venir se désaltérer dans l'eau qui y séjourne
ordinairement. Près de là on remarque la butte de Montpensier, )ù l'on
exploite depuis long-temps une carrière de plâtre. A in quart de lieue à
l'ouest d'Aigueperse, on voit le château le La Roche, où le célèbre
chancelier de L'Hospital est né ;n 15o5. Aigueperse revendique l'honneur
d'avoir vu naître Delille.

On peut juger du degré d'activité que donneraient un ;anal et de bonnes
routes à l'industrie du Puy-de-Dôme 3ar celle qu'entretiennent le cours
de la Dore et de l'AIier, et la route de Lyon nouvellement rendue
praticable ians l'arrondissement de Thiers, Cette ville, de 12,000 âmes,
lue ses maisons singulièrement peintes, mais cependant élégantes, que sa
situation ravissante au milieu d'une jolie vallée, que ses environs
pittoresques et sauvages placent au rang de nos plus jolies villes, en
est aussi l'une des plus industrieuses. Depuis trois siècles elle est en
possession de la fabrication de la grosse coutellerie ; 600 ateliers de
couteaux et de ciseaux occupent dans son enceinte et dans les hameaux
environnans plus de 6000 personnes. Ses papeteries, au nombre de 22,
remontent à peu près à la même époque, et soutiennent par plusieurs
perfectionnemens leur ancienne réputation. Une dizaine de tanneries y
prospèrent également ; et cependant le principal moteur de tant
d'établissemens industriels est le ruisseau de la Durole dont les eaux,
resserrées dans une gorge étroite, roulent avec fracas, fières d'avoir
fait mouvoir un grand nombre

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d'usines. Saint-Remy participe de l'activité de Thiers; c'est un village
qui fabrique aussi de la coutellerie et qui compte près de 4000
habitans. Plus loin de Thiers, dans la direction du nord-ouest, les
sapins exploités dans les montagnes sont, par le moyen de scies
hydrauliques, divisés en planches au bourg de Puy- Guillaume, sur le
bord de la Dore. A Maringues, sur la Morge et près de l'Allier, on
fabrique de la chamoiserie estimée ; à Courpierre, ville de 3ooo âmes,
chef-lieu d'un canton agricole, il existe un moulin à moudre les os que
l'on emploie ensuite comme engrais (1).

L'arrondissement d' Arnbert, moins bien situé que le précédent, est
cependant intéressant sous le rapport de l'industrie. C'est dans cette
ville que l'on fabrique les meilleurs fromages de l'Auvergne. Le
ruisseau qui la traverse, et qui se jette dans la Dore, met en mouvement
plus de 124 moulins à papier. On compte en outre dans cette industrieuse
cité de 6000 âmes, 2400 ouvrières en dentelles, 20 métiers à étamines,
900 métiers à toiles et plus de 3oo métiers pour les rubans de fil, les
lacets et les jarretières de laine. Les ouvriers papetiers y forment une
nombreuse confrérie dont l'origine remonte au XVe siècle (2). La petite
ville d'Arlant, située plus haut, sur la

(0 Voici la valeur annuelle des principaux produits manufacturés d(
l'industrieux canton de Thiers :

Coutellerie 2,800,000 fr.

Papeterie. 1,400,000 Tannerie a5o,ooo Produit des autres fabrications et
des fileuses. 550,000 Total. 5,000,000

W On évalue de la manière suivante la valeur des produits annuel de ses
diverses branches d'industrie :

Dentelles. 100,000 fr Toiles 900,000 Rubans de fil et de laine 3o,ooo
1,123,000 kilogrammes de papiers 2,870,000 Total. , .., 3,900,000

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Dolore, dans une charmante vallée, fabrique des blondes et des rubans de
fil ; les bourgs de Marsac et de Viverols, le premier renfermant 3ooo
habitans, et le second i3oo, ont le même genre d'industrie; à
Saint-Amans-Roche-Savine, on exploite des mines de plomb argentifère;
enfin la petite ville d' Oliergues, peuplée de 2000 âmes, et le bourg de
Cunlhat, qui en a 3ooo, se livrent à la même fabrication qu'Ambert.

Il nous a suffi d'un coup d'œil dans ce département, pour concevoir une
idée favorable de l'extension que son commerce éprouverait s'il était
encouragé. Du sein de la terre sortiraient des richesses considérables,
à en juger par ses exploitations d'antimoine, de plomb et de houille.
Quel parti la culture tirerait du fertile sol de la Limagne, si
l'agriculteur ne restait point attaché à ses vieilles routines ! Que
d'avantages les riches prairies du Mont-Dor et les belles pelouses qui
couvrent partout les flancs de ses Puys volcaniques, offriraient à
l'agriculture dans la propagation des bestiaux, si l'on cherchait à y
renouveler les races ovines et bovines par les moutons d'Espagne et les
vaches de la Suisse! Veut-on se faire une idée de la civilisation
arriérée du peuple des campagnes? Que l'on parcoure les montagnes : on
verra partout l'Auvergnat traînant ses gros sabots, et armé d'un long
aiguillon, conduire lentement des bœufs attelés à des chariots en bois,
dont les roues sans ferrure font retentir les airs du cri aigre produit
par le frottement de l'essieu; qu'on le suive dans ses champs, où,
conservant l'antique araire, la charrue sans roues, il arrête ses bœufs
par ces mots qu'il a conservés de la langue de ses anciens maîtres, sta
bos, et qu'il prononce en ignorant leur antique origine; qu'on entre
dans son habitation, à peine éclairée par des vitraux, à peine garantie
du souffle des vents par des ais mal joints qui forment le plancher, on
le voit courbé sous le poids

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du travail et de la misère, se nourrir du fromage de ses vaches
chétives, amaigries par l'usage qu'il en fait en les employant à la
place du bœuf. Ce peuple, cependant, est susceptible de
perfectionnement; il aime le travail; et les paysannes, portant sur leur
tête les provisions qu'elles vont vendre à la ville, ne cheminent jamais
sans occuper leurs mains au tricot dont elles se chaussent, ou sans
faire mouvoir rapidement le fuseau. On est souvent étonné du soin que
prend l'Auvergnat de transporter sur des sommets à peine accessibles
quelques hottées de terre qu'il livre à la culture. Il est abruti par
les préjugés qui régnaient partout il y a trois siècles, et par
l'ignorance la plus profonde, non de ses devoirs, car il est probe, mais
de tout ce qui peut augmenter son aisance et son bien-être, et l'on peut
dire avec vérité que des lumières de plus et des superstitions de moins,
le mettraient à portée de jouir des avantages que lui promet sa
persévérance laborieuse.

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LIVRE CINQUANTE-SIXIÈME.

SCITE de la Description de l'Europe. - Description du royaume de
France.—Quatrième section. - Région orientale.

PLUS éclairée, plus riche que la région du centre, la région orientale,
composée du Lyonnais, de la Bourgogne, de la Franche-Comté et de l'
Alsace, la surpasse encore par sa population relative. Sur une
superficie de 2960 lieues, elle compte 4,192,000 habitans, ou 1416 par
lieue carrée. Du haut des monts Forez, qui séparent ces deux régions, on
se demande, en quittant la précédente, comment il se fait que, soumise
partout aux mêmes lois, à la même liberté, une contrée puisse présenter
ces nuances si prononcées d'ignorance ou d'instruction, de misère ou de
prospérité.

Une foule de causes contribuent à les établir : la plus efficace est la
facilité des communications. La région dans laquelle nous entrons en
possède plus qu'aucune de celles que nous avons parcourues : des routes
de différentes classes, des chemins communaux, des rivières
considérables, deux grands fleuves, plusieurs canaux, voilà quelles sont
les causes matérielles qui influent le plus puissamment sur l'industrie
d'un peuple, et qui préparent les améliorations de toute nature.

Depuis l'extrémité méridionale du département de la Loire jusqu'à son
extrémité septentrionale, ce fleuve traverse , entre deux chaînes
granitiques ou composées de grès et de calcaires anciens, des terrains
de sédiment qui offrent peu de plaines fertiles, ainsi que l'atteste
l'insuffisance des récoltes; mais des mines de fer et de plomb
considérables

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et les plus riches houillères (le France, des manufactures où les métaux
prennent les formes variées qui les rendent propres à tous les usages
domestiques, où le lin et le chanvre se tissent pour satisfaire le luxe
du riche et les besoins du pauvre, où la soie variée de mille nuances se
façonne en rubans que le caprice de la mode multiplie ù l'infini,
enrichissent l'habitant plus que ne pourrait le faire le sol le plus
fécond (1).

Des trois arrondissemens de la Loire, celui de SaintÉtienne est le plus
industrieux et le plus peuplé. Le canton de Pèlussin cultive en grand le
mûrier, et nourrit sans mélange depuis plus de 4o ans cette belle espèce
de bombyx importée de la Chine, et qui fournit une soie que sa blancheur
éclatante et sa fermeté font rechercher pour la fabrication des blondes.
Cette soie se prépare dans la petite ville de Bourg-Argeîitcil, où l'on
fabrique du crêpe et des lacets; au bourg du Chambon on exploite de la
houille, on fabrique des rubans, des clous, des limes et des couteaux;
celui de Finnini possède la même industrie; SaintChamond ou Saint-
Chaumont, ville de 6000 âmes, où' l'on voit une jolie promenade et des
bains publics, emploie les eaux du Ban et du Gier aux différens genres
de fabrication que nous venons d'indiquer : on y compte plus de trente
manufactures de rubans et de lacets; et dans le faubourg de
Saint-Julien, une forge à l'anglaise fournit par an plus de six millions
de livres de fer. A l'embranchement de trois vallées, à la naissance du
canal de Givors et sur la petite rivière de Gier, Rive-de-Gier, ville de
8000 âmes, doit son importance à ses belles houillères exploitées au
moyen de quarante machines à vapeur, à ses verreries et à ses usines. On
y remarque le beau bâtiment appelé la Maison du Canal, et le magnifique
bassin qui

(') La seule fabrication des rubans de soie fait sortir annuellement
îles montagnes de Saint-Étienne pour plus de 3o millions de produits.

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est en face. Aux portes de Saint-Etienne, le village de La Bérardière
est connu par ses fonderies considérables d'acier.

Que de pas l'industriecfrt'a-t-elle pas faits en France, et combien n'en
fera-t-elle point encore, encouragée par un gouvernement éclairé,
lorsqu'on voit les difficultés qu'il a fallu vaincre pour rapprocher
Saint-Etienne et Lyon par une route en fer, qui diminue de moitié le
temps que l'on emploie pour communiquer de l'une de ces villes à l'autre!

Sur un espace de 55,ooo mètres de longueur, des travaux commencés vers
la fin de 1827 ont changé l'aspect du pays : les monts et les vallées
ont été nivelés; 5oo,ooo mètres cubes de roches les plus dures ont été
arrachés au sol; 100,000 mètres cubes de terre en ont été enlevés, et
900,000 autres mètres ont servi à faire disparaître les inégalités du
terrain; sur toute la ligne cent douze ponceaux ont été construits ; et
près de Saint-Etienne une montagne a été percée dans toute sa longueur.
Bientôt sur cette route revêtue de fer, des machines à vapeur consumant
chacune par heure 70 kilogrammes de houille, évaporisant 35o kilogrammes
d'eau, parcourant deux lieues en soixante minutes, et traînant quinze
chariots portant ensemble un poids de 1200 milliers, remplaceront les
1800 voitures qui se pressent journellement entre les deux villes.

« Saint-Étienne, dit un de nos économistes les plus capables d'apprécier
les travaux industriels (1), est la ville des contrastes. Non loin du
bel hôtel-de-ville que les habitans ont élevé sur la place Neuve, on
aperçoit encore des masures enfumées, vraies demeures de cyclopes, sans
carreaux de vitres, surchargées plutôt que couvertes de tuiles à
gouttières. Les chemins sont remplis d'une poussière noirâtre qui
s'attache aux vêtemens, aux habitations, aux

- ') Helation d'un voyage au luidi de la France, pendant les mois d'août
fl de >eptcui!ie 1818 par /)/. Ad. B!itiif/ni.

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meubles, et leur imprime promptement le caractère de la vétusté. C'est
pourtant sur le bord de ces routes qu'on fabrique les gazes légères, les
tulles, les rubans éclatans, dont l'Europe entière est tributaire. Ici,
des armuriers; plus loin, des brodeuses; dans les champs le bruit des
forges, dans les rues celui des métiers. On rencontre souvent à cheval
des hommes tout couverts de fumée, qui semblent manquer de linge, et qui
possèdent des usines productives. Je n'ai pas pu faire accepter la
moindre gratification à des mineurs sans chemises, et l'on voit à Paris
des hommes qui mendient en jabots. J'ai trouvé au milieu de
Saint-Etienne des maisons que j'avais vues, il y a quelques années, à
ses portes. Sa population s'est élevée de 20,00a âmes à 40,000 en moins
de dix ans, tandis que celle de Montbrison , chef-lieu du département,
ville de rentiers et de gentilshommes, décroît incessamment, et devient
le rendez-vous de tous les mendians du Forez. »

Saint-Etienne renferme une manufacture royale d'armes à feu, 40
fabriques d'armes de toute espèce, 1 o de coutellerie , 45 de
quincaillerie, et 15o de rubans et de velours. Sa population, qui était
de 18,000 âmes en 1790, est aujourd'hui de plus de 3o,ooo dans ses murs,
et d'environ 5o,ooo avec celle de sa banlieue, qui se compose presque
entièrement d'ouvriers employés dans se< fabriques (1).

Montbrison ne deyrait-il pas rivaliser avec la précédente; la rivière de
Vizezy, qui la traverse, ne fournit-elle poin assez d'eau pour faire
mouvoir les plus importantes usines Au lieu de se livrer à l'industrie,
elle reste mal bâtie, ma percée, et peu peuplée. Il est vrai que des
eaux stagnante l'avoisinent et la rendent malsaine. Un seul édifice s

, (1) j\ous ne pouvons mieux faire , pour donner une idée exacte de 1
acli vité et de la richesse industrielle de Saint-Éticnne et de son
arrondisse

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fait remarquer par de nouveaux agrandissemens : c'est la maison du
collège. Le palais de justice, l'église SainteMarie et la halle au blé
sont, nous devons le dire, assez beaux; une salle de spectacle, et des
boulevards nouvellement plantés, contribuent à rendre son séjour
agréable; elle possède une petite bibliothèque publique et quelques
fabriques de linons et de toiles. On croit que cette ville fut fondée au
XIIe siècle par un nommé Brison, ce qui lui fit donner le nom latin de
Mons-Brisonis. Les eaux minérales de ses environs jouissaient, comme
aujourd'hui, d'une grande réputation chez les Romains, ainsi que
l'indiquent quelques restes d'antiquités. Le roc volcanique qui la
domine est celui du haut duquel le féroce baron des Adrets précipitait
les prisonniers qu'il faisait sur les catholiques.

Près de Saint- Galmier, petite ville où l'on fabrique des cierges et
située sur une éminence non loin de la Croize, il existe une fontaine
minérale dont les eaux ont un goût ment, que de présenter ici le relevé
du nombre moyen des ouvriers qui y sont employés, et de la valeur des
objets fabriqués annuellement.

Valeur Accroissement des matW rea de valeur Ouvriers. premières. par le
travail.

Extraction de la houille et transport. 3,000 » 7,000,000 Hauts-fourneaux
au coke. 800 950,000 540,000 Forges à la houille. 1,500 4,440,000
2,310,000 Aciéries. 100 3o2,400 292,600 Quincaillerie et coutcllerie.
3,800 1,200,000 3,000,000 Cloutcric. 3,000 1,800,000 2,200,000 Armes de
guerre et de chasse ,. 2,800 507,000 1,800,000 Verreries 1,800 3,200,000
1,800,000 Veri-cr i es

Apprêt de la soie 2,900 » 1,344,000 Rubannerie. 27,500 23,385,600
14,031,360 Lacets de soie, fil et coton. 250 900,000 -900,000 Produits
divers exportés. 3oo 200,000 5oo,ooo

Totaux. 47,750 36,885,000 35,717,960 Valeur des matières premières.
36,885,000 Valeur des produits fabriques. 72,602,960

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vineux très-prononcé. Feurs, sur la route de Thiers à Lyon, est le Forum
Segusianorum, ancienne capitale des Segusiara, qui donna son nom à notre
ancienne province du Forez.

Le ruisseau de Gand coule au pied de la petite ville de
Saint-Symphorien-de-Lay, importante par ses fabriques et son commerce.
Elle dépend de l'arrondissement de Roanne, ville antique appelée Rodumna
par Ptolémée, considérée comme un simple village au commencement du
XVIIIe siècle, aujourd'hui bien bâtie, industrieuse, peuplée de plus de
9000 âmes, et possédant un grand hôpital, une jolie salle de spectacle
et un beau collége communal.

Quelques restes de monumens romains y ont résisté aux vicissitudes
qu'elle a long-temps éprouvées.

.S'il est un département qui prouve la supériorité de l'industrie
manufacturière sur l'industrie agricole, c'est celui du Rhône. Son sol,
entrecoupé de montagnes et de vallées, est peu fertile; il ne récolte
pas en céréales et en bois la moitié de ce qui est nécessaire à sa
consommation ; il nest dédommagé de la pauvreté de ses champs et de ses
forêts que par la bonté de ses vins, dont les plus connus sont ceux de
Côte-RJtie et de Condrieux. Ses prairies artificielles nourrissent un
grand nombre de bêtes à cornes, de moutons et de chèvres; mais celui des
bœufs y diminue, tandis que celui des vaches s'est accru de plus d'un
tiers depuis 1812 : on en compte environ 44,000. Ce est point à la
négligence de l'agriculteur qu'il faut attribuer le peu d'importance des
récoltes en grains. Le cultivateur, au contraire, tire de ses terres
tout le profit qu'on doit en attendre. C'est donc au nombre seul de ses
fabriques que ce département doit l'avantage d'être, après celui du
Nord, celui qui renferme la population relative la plus considérable :
elle est de 2954 individus par lieue carrée.

Le cuivre et la houille, principales substances que recèlent

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ses montagnes, sont les matières premières qui alimentent ses usines.

Entrons dans ce département, nous admirerons à Tarare les prodiges du
mouvement industriel : cette ville compte à peine 7000 âmes, et
cependant elle renferme 65 fabriques de mousseline et 25 de broderies,
les plus anciennes qui aient été établies en France, et qui occupent au
loin plus de 5o,ooo ouvriers répandus dans divers cantons. La ville est
située au pied d'une montagne qui porte son nom, sur la rive gauche de
la Tardine, petite rivière qui fait acheter par le ravage de ses
inondations les avantages qu'elle procure au fabricant. Thizy et
Aniplepuis se partagent la fabrication des calicots et des cotonnades
appelées garras, ainsi que le filage du coton. C'est au village de
Cours, peuplé de plus de 2000 âmes et arrosé par la Trambouze, que se
font ces toiles mélangées de fil et de coton appelées beaujolaises.
Beaujeu, ville petite, mais jolie yar ses constructions et par sa
situation sur l'Ardière, au pied d'une montagne où l'on voit encore les
ruines du château-fort des sires de Beaujeu, joint à la fabrication du
papier un grand commerce de vins, de blé et de fer, ainsi que des tissus
de coton et de fil fabriqués dans ses environs. Belleville-sur-Saône
rivalise avec elle par ses entrepôts de vins et par ses toiles et ses
mousselines brochées. Chacune de ces deux villes a 3ooo habitans.
Ville-Franche est le chef-lieu de ce riche arrondissement : elle
consiste en une belle et large rue, longue d'une demi-lieue, près de
laquelle se groupent des maisons dont l'ensemble porte le nom de
faubourg. Les terres qui bordent la Saône et la rivière de Morgon sont
d'une grande fertilité; les coteaux environnans sont couverts de
vignobles. Des sites pittoresques embellis par la culture s'offrent à
chaque pas autour de cette ville qui compte aussi plusieurs fabriques
importantes de toiles et de basins.

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A trois lieues au sud et sur la rive gauche de l'Arbresle, Cllessy,
peuplé de 600 individus, est célèbre par ses mines de cuivre, les plus
riches de France.

Rien n'est comparable à la beauté de la situation de Lyon, au magnifique
coup d'œil que présentent les maisons de campagne qui l'environnent, à
l'ensemble de ses quatre faubourgs et des vingt quais bordant le cours
de la Saône et du Rhône. La lenteur de la première, la rapidité du
second forment un contraste frappant. La Saône offre l'emblème de la
paix, favorable aux arts, au commerce, à l'industrie; des bateaux la
descendent et la remontent sans cesse; dix-sept ports s'étendent sur ses
rives, qui présentent l'image du mouvement perpétuel. Le Rhône, emblème
de la guerre et des discordes civiles, est un torrent fougueux que ne
brave pas toujours impunément la témérité de l'homme; ses bords sont
déserts et silencieux, ses flots seuls retentissent. D'autres contrastes
se font remarquer dans cette ville : sur ses 56 places des masures
s'élèvent à côté de monumens somptueux; dans ses a45 rues mal pavées,
humectées par des pluies fréquentes, règne la malpropreté; les plus
modestes boutiques, les plus riches magasins, l'humble demeure de
l'ouvrier, l'habitation du négociant opulent, sont également empreints
de cette négligence qui laisse en vue la poussière et les immondices.

Cependant, c'est du fond des greniers sales et enfumés habités par les
canuts, ou les ouvriers en soieries; c'est de leurs mains noircies par
le travail, que sortent ces crêpes légers, ces brillans satins et ces
souples taffetas qui, variés des couleurs les plus vives et les plus
fraîches, vont subir à Paris les fécondes métamorphoses de la mode et
donner tant d'éclat au luxe de nos salons.

Sous le nom de Lugdun, qui signifie en langue celtique, selon les uns,
Montagne du corbeau, selon les autres, Montagne longue, et dont les
Romains firent Lugdunum, Lyon

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était l'une des principales cités des Segusiani, lorsque César fit la
conquête des Gaules. Quarante ans avant notre ère le dictateur Munatius
Plancu i-ecut ordre du sénat romain d'y réunir les habitans de Vienne
qui avaient été chassés de leur ville par les Allobroges. Elle devint
bientôt l'une des plus puissantes colonies de Rome ; Strabon dit qu'elle
ne le cédait en population qu'à Narbonne; son importance et sa belle
position en firent la résidence du gouverneur des Gaules. Dans
l'origine, elle s'élevait sur la pente du coteau qui s'étend sur la rive
droite de la Saône ; de magnifiques édifices l'embellissaient
lorsqu'elle fut détruite en une seule nuit par un incendie dont
l'histoire offre peu d'exemples, l'an 59 de l'ère chrétienne, sous le
règne de Néron qui la fit rebâtir. Les anciens connaissaient l'art de
profiter des inégalités du sol pour la construction de ces monumens qui
donnaient à leurs villes un air de majesté que l'on remarque si rarement
dans nos cités modernes.

Sur la montagne de Saint-Just s'élevait le palais des empereurs , dans
l'emplacement qu'occupe l'ancien monastère des Antiquailles transformé
aujourd'hui en hospice des Incurables. Le nonr de ce bâtiment lui vient
de la quantité de médailles et d'autres objets antiques que l'on y
trouva en fouillant le sol. Plus loin, sur la même montagne, on voyait
l'amphithéâtre dont il reste encore quelques débris dans l'enclos du
couvent des Minimes. Un aqueduc conduisait à la ville l'eau du Rhône et
de la petite rivière du Furaut : il avait deux lieues de long; il en
reste encore quelques traces dans plusieurs propriétés particulières.
C'est au confluent de la Saône et du Rhône que soixante nations
gauloises élevèrent à Auguste un autel dont les quatre colonnes ont été
employées dans la construction du maîtreautel de l'église de Saint-
Martin- d'Ainay. Depuis plus de cinquante ans la réunion de ces deux
grands cours d'eau ne s'opère plus à la même place : le sculpteur Perrache

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conçut le projet de détourner le fleuve; le confluent se trouve
maintenant plus bas, et sur son ancien lit desséché se prolonge une
charmante promenade. C'était à Lyon que passaient les quatre grandes
voies romaines tracées par Agrippa, dont l'une allait aux Pyrénées par
l'Auvergne et l'Aquitaine, l'autre au Rhin, une troisième à 1 Océan par
la Picardie, et la quatrième à la Méditerranée par la Gaule narbonnaise.
Pour la construction de ces routes il fit couper un rocher qui porte
encore le nom de Pierre-Scise, et sur lequel Burchard de Bourgogne, au
XIe siècle , construisit un château formidable qui fut depuis transformé
en prison d'Etat. D'autres noms rappellent dans Lyon des souvenirs
antiques. La place Bellecour s'appelait sous les Romains Bella Curia: le
préteur y rendait ses arrêts. Un farouche conventionnel en renversa les
beaux édifices, un guerrier les releva. Elle forme un carré long
régulier dont les deux extrémités présentent la façade de deux grands
bâtimens ornés de pilastres et surmontés d'une balustrade; de beaux
tilleuls en font une promenade. La montagne de Fourvière faisait partie
de l'enceinte originaire de la ville ; c'est là qu'était le Forum Velus,
et selon d'autres, le Forum Velleris, construit par Trajan. Ce Forum
donna son nom à la montagne : on y voit une antique chapelle qui fut
rendue au culte catholique par Pie VII, à son passage en i8o5. Un autel
fut érigé à Antonin-le-Pieux sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la
place de Saint-Jean. Des souvenirs d'une autre époque se présentent à
l'esprit en traversant la place des Terreaux: c'est ici que, par suite
d'un jugement que l'histoire a flétri, furent décapités Cinq-Mars poui
avoir conspiré la chute de l'orgueilleux et vindicatif ministre de Louis
XIII, et le vertueux président de Thou pour n avoit point été
l'accusateur de son ami.

Lyon figure au premier rang dans les événemens arrives

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sur le territoire français. Pertinax étant mort, Albin et Sévère se
disputèrent l'empire : cette ville se déclara pour le premier, lui
ouvrit ses portes après sa défaite, et fut ruinée de fond en comble par
le vainqueur; un siècle et demi sécoula avant qu'elle pût se relever de
ses ruines.

Au Ve siècle elle devint la capitale du royaume des Bourguignons; au
VIe, les rois Francs en acquirent la possession ; par le mariage d'une
sœur de Lothairell avec Conradle-Pacifique, elle resta dans la maison de
Bourgogne jusqu'à la mort de Rodolphe III fils de Conrad, d'où elle
passa sous la puissance temporelle de ses archevêques, et fut enlevée à
ces derniers par Gui, comte du Forez. Après bien des guerres entre les
descendans du comte et le clergé, celui-ci eut le dessus. Les citoyens
n'en furent pas plus heureux, car les chanoines de Lyon avaient le titre
de comtes, et la population épuisée eut à supporter en eux le double
fléau de cette époque : 1 arrogance de la noblesse et les exigences des
gens d'église. Louis-le-Gros venait d'établir dans son royaume le régime
municipal : c'était un coup mortel porté à la puissance de la mitre et à
celle de l'épée; l'effet s'en fit sentir dans cette ville, qui n'était
point encore du domaine de la couronne. Cependant un siècle s écoula
encore en violences exercées par l'archevêque et en fréquentes révoltes
de la part du peuple ; enfin saint Louis se déclara l'arbitre de ces
scandaleuses exactions et de ces résistances que légitimait le défaut de
garanties légales; ce prince fit pour jamais rentrer Lyon sous la
domination des rois de France. Dès cette époque, les citoyens eurent le
droit d'élire leurs magistrats, de contrôler les recettes et les
dépenses de la commune, de se garder eux-mêmes; la liberté individuelle
leur fut garantie; aucun Lyonnais ne put être cité en jugement hors de
l'enceinte de la ville. Ce fut au concile général tenu à O Lyon en 1245
pour renouveler les croisades, que le pape

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Innocent IV revêtit pour la première fois les cardinaux de la pourpre.
Mais de tous les événemens dont cette riche cité fut la victime, le plus
important, le plus déchirant pour un cœur français, est celui qui, en
1793, la détruisit après un siège de soixante-cinq jours par l'armée
révolutionnaire, parce qu'elle avait voulu secouer le joug de la
tyrannie populaire. Deux députés de la Convention, à la tête de 60,000
hommes, ne purent la forcer à capituler qu'après lui avoir fait éprouver
un bombardement terrible et toutes les horreurs de la famine. Ses
principaux édifices furent démolis, et son nom fut changé en celui de
Villeaffranchie. Cruelle naïveté, digne de cette époque : c'était en
détruisant que les anarchistes prétendaient affranchir!

La prospérité commerciale de Lyon remonte au XIVe siècle : vers cette
époque, des Italiens, fuyant les persécutions provoquées par les
querelles sanglantes entre les Guelphes et les Gibelins, vinrent y
chercher un refuge et y inventèrent, dit-on, l'usage des lettres de
change; sous les règnes de Louis XI et de François Ier son industrie se
développa; elle dut aux Génois ses manufactures de soieries.

En 1788, elle renfermait 180,000 âmes, elle employait 18,000 méti ers,
qui consommaient annuellement 12,000 quintaux de matière première. Après
le coup funeste que lui porta la Convention, sa population fut
considérablement réduite, et en 1802 on n'y comptait que 700 métiers;
mais lorsque la France, par un agrandissement colossal , étendait ses
frontières depuis l'embouchure du Tibre jusqu'à celle de l'Elbe, elle
s'était déjà replacée au rang de nos principales cités manufacturières.
Aujourd'hui la ville proprement dite comprend, avec la garnison, une
population de i5o,ooo âmes; avec les fau bourg de Vaize, de la
Croix-Rousse et de la Guillotière, les quartiers de Serin et de
Saint-Clair, elle en renferme 186,000. Il est important de faire
observer que la fabrication y a pris plus d'accrois-

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;ement que lorsque la mode avait rendu général l'usage de a soie. Elle
occupe, en y comprenant ses faubourgs, plus le 25,ooo métiers : 80,000
personnes environ prennent part, directement ou indirectement, à son
industrie; les procédés sont simplifiés, les produits de chaque ouvrier
sont plus considérables; ainsi elle fabrique plus qu'en 1788.

Sa population consomme aussi beaucoup plus, et ses revenus sont beaucoup
plus considérables : son budget les porte à 5,ooo,ooo de francs.

Les Lyonnais, obligés de convenir de la malpropreté de leur ville, ne
manquent pas de faire remarquer la beauté de quelques uns de ses
édifices : ici l'église Saint-Jean ou la cathédrale, dont on ignore
l'époque de la fondation, se fait remarquer par son imposante simplicité
intérieure et par la magnificence de son portail ; on y voit une vieille
horloge, aujourd'hui dérangée, étonnante par sa complication : elle
indiquait le cours du soleil, les phases de la lune, les années, les
mois, les jours, les heures et tous les saints du calendrier, etc. Plus
loin, c'est le palais de l'archevêché bâti sous Louis XIII, dont les
vastes appartemens servent à loger les princes et les rois. Dans le
quartier SaintClair, la Chaussée-d'Antin de Lyon, s'élèvent à peu de
distance les uns des autres, le grand théâtre, dont la construction
élégante est digne du talent du célèbre Soufflot ; l'hôtel-de-ville, qui
tient le second rang parmi tous ceux de l'Europe; et sur l'un des grands
côtés de la place des Terreaux, le palais du commerce et des arts,
renfermant la bourse et le musée de peinture et d'antiquités : alliance
qui peint d'un seul trait le caractère du Lyonnais, qui n'estime les
arts et les sciences qu'autant qu'ils peuvent être utiles au commerce et
à l'industrie. L'ancien couvent de la Trinité, aujourd'hui le collège
royal, contient la bibliothèque publique, la plus belle de nos
collections départementales du même genre : elle se compose de

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92,000 volumes et de 800 manuscrits en différentes langues. Cinq
sociétés scientifiques : celle d'agriculture et d'histoire naturelle,
celle de médecine, celle de pharmacie, la société linnéenne et
l'académie royale des sciences, arts et belles-lettres; plusieurs écoles
: celle d'économie rurale et vétérinaire, celle des arts et métiers ,
celle de dessin; des cours publics d'histoire naturelle, de physique, de
chimie et de géométrie; un beau jardin botanique , une pépinière royale
de naturalisation, attestent 1 intérêt qu'on prend à Lyon aux progrès de
l'esprit humain. L'Hôtel-Dieu, le plus bel établissement en ce genre que
possède la France, et qui remonte au règne de Childebert Ier; l'hôpital
de la Charité, qui reçoit annuellement 1400 enfans et qui pourvoit à la
subsistance et à l'éducation d'un nombre quatre fois plus considérable ;
une institution de sourds - muets ; une maison religieuse pour le
traitement les aliénés, une caisse d'épargnes et de prévoyance pour tout
le département, des sociétés de bienfaisance et de secours mutuels,
prouvent que la philanthropie n'est pas dans cette ville un mot vide de
sens.

La nomenclature des hommes marquans nés à Lyon depuis l'époque la plus
reculée, serait trop longue si nom voulions la faire complète :
Germanicus, Claude , MarcAurèle, Caracalla, Géta, l'évêque Sidoine
Apollinaire, le réformateur Pierre Valdo, l'architecte Philibert
Delorme, qui construisit le château des Tuileries, les célèbres
statuaires Coustou et Coysevox , le botaniste Antoine de Jussieu, les
voyageurs Poivre et Sonnerat, 1 économiste Morellet, l'agronome Rozier,
le naturaliste Patrin le ministre Fleuricu, le brave maréchal Suchet, le
législateur Camille Jordan et le littérateur Lemontey sont le1
principaux noms qui se présentent d'abord à la mémoire L'intérêt
qu'offre sous tant de rapports une ville tell que Lyon absorbe celui que
pourraient présenter diven

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lieux de son territoire, tels que Saint- Genis-Laval, où l'on fabrique à
la fois de l'huile, des couleurs, de beaux papiers peints, des tableaux
d'église et des bannières ; Saint-Symphorien-le- Château, où l'on
fabrique du fil et des clous, où l'on a conservé un ancien hôpital, et
près de laquelle on remarque les châteaux de Pluvy et de Clérimbert;
Arbresle, au confluent de la Brevanne et de la Tardine, petites rivières
dont les débordemens la détruisirent entièrement en 1715, mais qui,
promptement rétablie, se livra an commerce du chanvre.

Enveloppé à l'est et au sud, pendant plus de 40 lieues par le Rhône,
côtoyé à l'ouest pendant plus de 25 par la Saône, le département de VAin
est traversé du nord au midi par cette rivière qui le divise en deux
régions : l'occ identale, sur sa droite, est formée par un vaste plateau
ondulé, couvert de terrains argileux et marécageux ; l'orientale , sur
sa gauche, est hérissée de montagnes de 700 à 900 to ises d'élévation
qui se rattachent aux Alpes par le fura ; elle est sillonnée de vallées
profondes presque toutes dirigées du nord au sud, traversées par des
torrens rapides. Dans la première, l'agriculture, qui forme a principale
occupation des habitans, leur fournit des récoltes suffisantes pour leur
consommation ; le sol offre de la tourbe et quelques bancs de houille :
dans la seconde, on cultive des terres fertiles, on élève des bœufs, des
moutons et des chevaux, on exploite du fer et d'excellens matériaux pour
les constructions, et les meilleures pierres lithographiques de France.
Les carrières de Villebois occupent environ 5oo ouvriers, et
l'exploitation d'asphalte près Seyssel produit une valeur de 40,000 francs.

L'émigration de 6 à 7 mille montagnards produit annuellement 5 à 600,000
francs au département. L'ancienne presse, ou l'arrondissement de Bourg,
forme, avec le pays rie Dombes, un plateau de 3o lieues de longueur; la
pre-

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mière de ce& régions est saine et renferme des terres fertiles; la
seconde est froide, humide et remplie d'étangs insalubres. Les habitans
de la première sont robustes,.

sobres et laborieux ; ceux de la seconde sont au contraire faibles et
sans énergie. Ce département est en général sous un climat beaucoup plus
âpre que sa latitude ne l'indique, à cause de sa position au pied des
Alpes et de l'influence des vents du nord. Les pluies qui alternent avec
la sécheresse de l'été y donnent annuellement quarante-cinq pouces
d'eau, c'est-à-dire plus du double de ce qu'il en tombe à Paris.

Ce département ne renferme que des villes peu importantes : Trévoux,
bâti en amphithéâtre sur la rive gauche de la Saône, est le chef-lieu
d'un arrondissement dont nous nommerons les cités les plus
industrieuses; Montluel, peuplé de 38oo âmes, possède un bel hôpital et
une importante manufacture de draps qui occupe 200 ouvriers: la Sereine
s'y divise en plusieurs bras , et fait mouvoir des battoirs à chanvre et
des moulins à blé; Thoissey, patrie du célèbre médecin Bichat, fabrique
de la cire et de la bougie. Sur le bord de la Reyssouse, la jolie petite
ville de Pont-de- raux, qui communique par un canal avec la Saône, a
élevé à la mémoire du général Joubert, qu'elle a vu naître, une fontaine
en forme de pyramide. Bourg, surnommé en Bresse du nom de l'ancienne
province dont il était la capitale, es aujourd'hui la principale ville
du département. Elle exis tait vers la fin du IVe siècle et s'appelait
Tanus. Ornée d< quelques beaux édifices, arrosée par des fontaines, em
bellie par des promenades, agréablement située sur li Reyssouse et près
de la Veyle, elle jouirait d'un commerc, plus important si elle était à
portée de rivières navigables Le littérateur Vaugelas et l'astronome
Lalande sont le principaux auteurs qu'elle s'honore d'avoir vu naître.
Cett ville, ainsi que celle de Pont-de-Veyle, ont chacune un

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filature de coton. Le village de Meillonas a une faïencerie
très-importante.

Le territoire qui forme entre l'Ain et le Rhône les arrondissemens de
Belley et de Nantua, constituait autrefois le Bugr, pays riche en sites
pittoresques et en souvenirs antiques. Polybe considère cette petite
contrée comme le delta celtique, définition que justifie sa forme
triangulaire.

Belley, siège épiscopal, sa capitale, existait à l'époque où Brennus fit
son expédition sur Rome; elle fut même détruite par les peuples qui
fuyaient à l'approche du farouche Gaulois, et ne reprit son rang de
ville qu'après la conquête des Romains. Ses anciens noms sont Bellitium,
Belliciun et Bellica. Alaric la hrûla en 3go ; Wibert, son neveu, la
rebâtit en 412 j un incendie la détruisit en 1385; mais le comte de
Savoie, Amédée VII, s'empressa de la rétablir et l'entoura de murailles.
Elle fut le berceau du médecin Richerand. Resserrée entre deux hautes
montagnes du Jura, la petite cité de Saint-Rambert-de-Joux, centre d'une
grande fabrication de toiles, renferme une filature de duvet de
cachemire qui emploie plus de 200 ouvriers.

A Lagnieu, 1 5oo ouvriers sont occupés à la fabrication des chapeaux de
paille. Le petit village de Frebuge, près de Nantua, est le Forum
Sebusianum, principale cité des Sebusiani, que plusieurs auteurs
confondent à tort avec Bourg-en-Bresse.

Dans une gorge encaissée par des rocs escarpés, près d'un petit lac dont
les bords plantés d'arbres invitent à la promenade et dont les eaux
fournissent d'excellentes truites, paraît Nantua, qui dut son nom aux
anciens Nantuates.

Elle renferme des filatures , des fabriques de papier et de peignes de
corne; ou y confectionne aussi une grande quantité de souliers de
pacotille et des fromages estimés.

Plus loin, Oyonnax, bourg de i5oo âmes, est également renommé pour ses
peignes et sa tabletterie. Un auteur qui

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s'est occupé de recherches étymologiques sur le Bugey (1), prétend que
ce bourg fut fondé par des Rhodiens trois siècles avant notre ère. Le
village dizernore occupe l'emplacement d'une cité romaine : on y a
découvert des débris de bains et de temples.

Le peuple qui habitait le pays de Gex ayant favorisé l'invasion de ses
voisins les Helvetiidans la Gaule, César, après avoir exterminé les
débris de cette émigration helvétique, réunit le territoire de Gex à
celui des Sebusiani. La ville est mal bâtie et d'un accès difficile;
mais du haut d'une petite terrasse qui domine sa principale rue, on
oublie qu'elle ne renferme rien de curieux, et tout l'intérêt se porte
sur un point de vue magnifique formé par le lac de Genève et le bassin
qu'il occupe, et par les montagnes de la Savoie groupées autour du
majestueux Mont-Blanc. Les fromages de Gex rivaliseraient avec ceux de
Sassenage et de Roquefort s'ils étaient plus connus. On aperçoit dans un
joli vallon Fernex ou Ferney, qui n'était qu'un hameau de 5o habitans
lorsque Voltaire s'y établit, mais dont la population, devenue
industrielle par les soins de ce grand homme, s'accrut au point que ,
lorsqu'il mourut, on y comptait plus de 800 ouvriers en horlogerie ;
maintenant il en renferme 200 au plus.

A peine a-t-on traversé la Saône que tout annonce un sol riche en
vignobles et en divers produits agricoles, en houillères et en mines de
plomb, de fer et de manganèse; un pays traversé par des routes, des
canaux et des rivières navigables; un peuple agriculteur et
manufacturier. Mâcon, chef-lieu du département de Saône-et-Loire, est à
sa frontière , situé sur la rive droite de la Saône : position
avantageuse pour son commerce de vins, mais fort incommode pour les
affaires administratives. Cette ville, que César ap-

(0 M. P. Bacon : Recherches sur les origines celtiques du Bugey, t. I.

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pelle Matisco, qu'il fortifia, qu'il rendit importante par ses
approvisionnemens militaires, entretient encore un pont que l'on
attribue au général romain, et renferme plusieurs ruines antiques. Ses
rues sont aussi mal bâties qu'elles sont mal pavées; mais ses superbes
quais, au bas desquels s'étendent deux ports commodes, sont garnis
d'élégantes habitations. Elle eut, au XVIe siècle, son Carrier dans ce
Saint-Point, qui, pendant les troubles religieux, se fit un nom par les
atrocités que l'on appelait sauteiies de Mâcon.

Nos secousses révolutionnaires ont transformé en ruines sa belle
cathédrale, quoiqu'elles aient épargné l'ancien palais épiscopal. Les
édifices modernes qui embellissent cette ville sont l'hôpital, ouvrage
de Soufflot, sur la place d'armes, la nouvelle église de Saint-Vincent,
la salle de spectacle et les nouvelles prisons.

C'est dans les environs de Romanèche, beau village de 2000 habitans, que
l'on récolte les vins de Moulin-à- Vent et des Torrins, et que l'on
exploite la plus importante mine de manganèse de France. Cluny, ville de
4000 âmes, célèbre autrefois par sa magnifique abbaye de bénédictins,
est devenue riche et manufacturière. Son superbe couvent renferme un
collége et d'autres établissemens utiles : elle est la patrie du peintre
Prudhon. Greuze, artiste non moins estimé, est né à Tournus; le monument
que les habitans ont élevé à sa mémoire est la seule construction
remarquable de cette ville de 5ooo âmes, où l'on compte plusieurs
fabriques de chapeaux et de couvertures.

La petite ville de Charolles était autrefois la capitale de la petite
province du Charollais; c'est aujourd'hui le cheflieu d'un
arrondissement renfermant plusieurs manufactures et 5 à 6 forges
importantes. Bourbon-Lancy, peuplé de 25oo individus, jouit de quelque
réputation par ses eaux minérales et par ses bains, ouvrage des Romains.
Dans la Table théodosienne, cette ville est désignée sous le nom d'Aquæ,.

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Nisinei. Elle est dominée par un vieux château bâti sur un rocher escarpé.

Nous ne nous détournerons pas pour voir sur la rive gauche de la Seille
Louhans, qui renferme encore de vieilles maisons formant saillie sur la
rue ; arrivons à Challon ou Châlonssur-Saône, qui, par son commerce et
sa population, rivalise avec Mâcon. Le pont que l'on traverse rappelle
un des actes de cruauté de Lothaire Ier : ce prince, pour assouvir la
haine qu'il portait aux fils du comte de Toulouse, fit traîner par les
cheveux,sur ce pont, la belle et vertueuse Gerberge leur sœur, la fit
enfermer dans un tonneau et précipiter dans la Saône. La ville est bien
bâtie; sa promenade est ornée d'un grand obélisque; la rivière baigne un
beau quai d'où l'on jouit d'une vue fort étendue. Au temps de César,
Châlons était un poste militaire important : il l'appelle Cabillonum ;
mais d'Anville fait remarquer qu'il n'est point de lieux en France dont
le nom se trouve écrit par les anciens d'une manière plus variée (1).
Elle fut le berceau de Roberjot, plénipotentiaire de la France,
assassiné à Rastadt, et de l'antiquaire Denon.

A l'ouest du canal du Centre, on voit, sur une colline entre deux
montagnes, la petite ville de Montcenis, dont les environs possèdent des
houillères et des mines de fer considérables. C'est au bourg du
Crellzot, dans ses environs, que se trouvent des forges, des usines ,
des fonderies de boulets et de canons, et la célèbre manufacture royale
de cristaux. Il est peuplé de plus de 3ooo âmes. Il contribue à fournir,
avec quelques villages voisins, pour 1 extraction du charbon de terre,
600 ouvriers; pour l'exploitation des mines de fer, 100; pour les
ustensiles employés

(0 Ptolémée la nomme Caballinuin; Strabon , Cabylliuutn Anunien
Marcellin, Cabillo; dans l'Ilinéraire d'Julonin, on lit Cahellio; dan> b
notice de l'Empire, Caballodunum : et dans la table de Puttm^cr.

Cabilio.

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dans les divers travaux entrepri s sur son territoire, 1 5o ; dans les
forges, les fonderies et la briqueterie, 65o ; et dans la fabrication
des cristaux, 35o.

Autan y évêché, au confluent de l'Arroux et de la Creusevauy, est
l'ancienne Bibracte des Edui, qui, sous le règne d'Auguste, prit le nom
à' Augustodunum. Elle était alors beaucoup plus grande, et sans doute
plus peuplée qu'aujqurd'hui : c'est ce qu'attestent ses arcs de
triomphe, ses débris de temples et d'amphithéâtres, et l'étendue de ses
anciennes murailles. Elle est bâtie sur une hauteur, et de son
Champ-de-Mars planté de plusieurs rangs d'arbres, on jouit d'une vue
magnifique.

Par la nature de son sol, l'habitant du département de la Côte-d' Or est
entraîné vers deux genres de travaux différens ; ceux de la culture et
ceux des usines; mais ces travaux occupent moins de bras que ceux de
tant d'autres genres d'industrie ; c'est ce qui explique comment avec
plus de routes que la quantité moyenne des autres départemens, sa
population est moins considérable : à l'exception des terrains cultivés
en vignes, la terre n'y est point utilisée autant qu'elle devrait
l'être, puisqu'elle ne nourrit point assez de bestiaux et surtout de
brebis pour la consommation des habitans. Le cours de l'Ouche peut
servir à diviser le territoire en deux régions distinctes : celle du
midi, qui comprend la petite chaîne de la Côte-d'Or, est spécialement
favorisée par le dieu des vendanges; celle du nord, où s'élève une
partie du plateau de Langres , est la région du fer : Vulcain semble y
présider.

Pour se faire une idée du riche aspect qu'offre la région méridionale,
il suffit de suivre la route qui de Châlons-surSaône passe à Beaune et à
Dijon : aux environs de Beaune, le bourg de Nolay, patrie du général
Carnot, est entouré des vignobles de Mont-Rachet; ici s'élève Meuraault,
dont Les différens crûs rivalisent entre eux ; là Pomard et Volnay

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récoltent leurs vins fins et légers; plus loin, la jolie petite ville de
Nuits est environnée des vignes de Richebourg, de la Romanée et du Clos-
Vougeot. C'est au milieu de ces vignes célèbres que Beaune poursuit ses
embellissemens à la faveur d'un grand commerce. Le plus remarquable de
ses édifices est un magnifique hôpital, fondé en 1443 par Rollin,
chancelier de Philippe, duc de Bourgogne. C'est de ce chancelier que
Louis XI disait qu'il avait fait tant de pauvres par ses exactions qu'il
était bien juste qu'il leur bâtît une maison. Beaune a produit peu
d'hommes remarquables : qui ne sait la réputation que Piron chercha par
ses bons mots à lui établir ? Cependant c'est dans ses murs que naquit
Monge, savant illustre, l'un des fondateurs de l'École polytechnique.
Les vignobles du territoire de cette ville s'étendent sur la droite de
la Saône jusqu'à la petite cité de SaintJean-de-Losne, qui, peuplée de
1600 âmes, occupe une si belle place dans nos fastes militaires :
assiégée en 1636 par le grand-duc Galéas, à la tête de 60,000 hommes, et
n'ayant pour toute défense que 5o soldats, 8 pièces de canon, 400
habitans déterminés à mourir, et ses deux échevins, Pierre Desgranges et
Pierre Lapre, magistrats dont le courage admirable électrisait cette
poignée de citoyens, la ville soutint deux assauts, pendant lesquels les
femmes combattaient à côté de leurs frères et de leurs maris. Une pluie
de douze heures qui découragea les assiégeans, la ferme résolution où
étaient les assiégés de faire sauter leurs maisons et de périr sous
leurs décombres, eurent pour résultat, après neuf jours d'efforts inouïs
de la part de ces derniers, la levée du siège par l'armée impériale. Au
moment où celle-ci 'se mettait en marche , un corps de troupes
françaises arriva au secours de la ville.

Louis XIII voulut récompenser tant d'héroïsme par des lettres de
noblesse; mais les Losnois eurent assez de grancletir d'âme pour les
refuser. Depuis cette époque leur ville

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a reçu le nom de Belle-Défense. Elle est la patrie du.

P. Maftenne, savant bénédictin.

Près de Dijon se prolongent les vignes des environs de Beaune; les
divers clos de Brochon, celui du Roi à Chenove, et ceux de Bèze et
Chambertin, près de Gevray, sont assez connus pour faire juger de
l'importance de ces jolis villages et de celle que donnent leurs
produits à son commerce.

Cette ville, au milieu d'une plaine agréable et fertile, que terminent
descollines verdoyantes, est formée de rues larges et bien percées,
bordées de maisons élégantes et de beaux hôtels : elle est arrosée par
l'Ouche et la Suzon qui s'y réunissent , et entourée de remparts
ombragés de beaux arbres.

Un château gothique, flanqué d'énormes tours, bâti par Louis XI, est le
seul reste de ses antiques fortifications. La façade de l'ancien palais
des ducs de Bourgogne orne la place Royale, la plus belle de ses quinze
places. Cet édifice renferme une bibliothèque de 40,000 volumes, un beau
musée de peinture, de sculpture, d'antiquités et d'histoire naturelle;
la vieille tour qui le surmonte sert d'observatoire. La cathédrale est
un monument gothique dont on ne peut se dispenser d'admirer la hardiesse
: sa flèche a 280 pieds de hauteur ; le portail de Saint-Michel est d'un
travail précieux ; l'église des Orphelines-SainteAnne n'est pas moins
digne d'attention; la magnifique promenade du Parc, à laquelle on arrive
par un superbe cours formé par quatre rangées d'arbres, d'environ un
quart de lieue de longueur, complète la beauté de cette ville. Son
collège et sa faculté des sciences ; ses écoles de droit, de médecine et
des beaux-arts ; sa société d'agriculture et son académie des sciences
et des lettres ; enfin les noms de Bossuet, de Crébillon, de
Longepierre, de Piron, de Fréret, de Rameau, de Saumaise, de Daubenton
et de GuytonMorveàu rappellent que depuis long-temps les sciences et les
lettres y sont cultivées et honorées. Cette cité a vu

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naître aussi le duc de Bourgogne Philippe-le-Bon, JeanSans-Peur et
Boucicaut. Dijon, dont l'origine a précédé la domination romaine, porta
d'abord le nom de Dibio ou Divio ; Marc-Aurèle le premier l'entoura de
murailles et de 33 tours ; et Grégoire de Tours nous apprend que
l'empereur Aurélien y bâtit des temples et en fit une forteresse
considérable.

En sortant de Dijon, les forêts , les forges et les usines, qui
succèdent aux vignobles et aux pressoirs, donnent à plusieurs lieux une
grande importance. La ville d'Au:xonne, où l'on voit de belles rues, des
remparts servant de promenades, un beau pont sur la Saône, terminé par
une levée en maçonnerie, longue de 2400 pas, et construite en i5o5
contre les inondations de la rivière (1), renferme un arsenal de
construction et une fonderie royale. Fontaine-Française, bourg
considérable où l'on remarque un monument érigé en mémoire de la
bataille que gagna Henri IV contre le duc de Mayenne et les troupes
espagnoles, possède un haut-fourneau, dont la fonte est employée pour
les rouages des mécaniques.

A l'ouest du canal de Bourgogne on aperçoit Saulieu, ville de 3ooo âmes
et patrie du célèbre Vauban, où Ion fait un grand commerce de bois de
chauffage et de construction. L'Armançon coule ensuite au pied de la
jolie petite ville de Semur-en- Auxois, bâtie au sommet d'un rocher
granitique. Plus loin, sur le canal de Bourgogne, Montbard s'élève en
amphithéâtre, dominé p;lr l'anciell château qui vit naître Buffon; c'est
près de cette ville de 2000 âmes que se trouvent les superbes forges
établies par ce grand naturaliste. L'arrondissement de Semur renferme o
peu d'usines, mais on en compte plus de trente dans celui de
Châtillon-sur-Seine. Au XIIe siècle ce chef-lieu passait

(0 On la doit à Marguerite de Bavière, duchesse de Bourgogne

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pour une place de guerre formidable; il fut, en 1814, le théâtre des
négociations infructueuses entamées par les puissances étrangères avec
oléon. Ses rues sont belles, et son château renferme plusieurs
établissemens d'industrie.

Moins peuplé que le département que nous quittons, celui que traverse l'
Yonne produit beaucoup plus de froment et d'avoine qu'il n'en peut
consommer. Ses bois et ses forêts occupent une grande superficie, et ses
vignobles, qui jouissent d'une réputation méritée, produisent près de
deux fois plus de vin que les vignes de la Côte-d'Or; cependant il est à
craindre que par un amour du gain mal entendu, on n'y multiplie beaucoup
trop un raisin de grosse race appelé gainai, qui produit beaucoup de vin
mais de basse qualité. L'agriculture n'y est point portée au degré de
perfection nécessaire, puisqu'il nourrit proportionnellement à son
étendue moins de bestiaux et de moutons que le reste de la France. Sans
le nombre de routes et de cours d'eau navigables qui entretiennent son
commerce, il serait un des plus pauvres de nos départemens, malgré sa
fertilité.

Sur la droite de la grande route qui traverse les principales villes de
l'Yonne, s'étend un territoire qui joint aux sites que l'on admire en
Suisse, la richesse qui caractérise les vignobles de la Bourgogne :
c'est celui d'Avallon, ville ancienne dont il est question, sous le nom
d'Aballo, dans l'Itinéraire d'Antonin, et dont les capitulaires de nos
rois font mention comme d'une forteresse considérable. Toutefois on lit
dans ses annales qu'elle fut assiégée et prise en 931 par Emme , femme
du roi Raoul. Soixante-quatorze ans plus tard, le roi Robert, qui
convoitait la Bourgogne , s'en empara; mais Henri Ier, son fils, devenu
roi à son tour, se la vit enlever par Robert, son frère, qui la conserva
avec le titre de duc. Ses constructions sont jolies et sa position
charmante; sa promenade, appelée le Petit-Cours,

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doit son plus grand agrément à sa situation au-dessus des bords escarpés
du Cousin, petite rivière qui serpente au fond d'une vallée de 100 pieds
de profondeur, dont les pentes à pic sont garnies de rochers qui
s'élèvent en pointe entourés de bouquets de verdure. Des jardins se
tiennent comme en équilibre au-dessus de cette étroite vallée, qui se
termine par des champs fertiles et d'immenses forêts.

La petite ville de Vézelay, à trois grandes lieues d'Avallon, s'élève
près des bords de la Cure sur une colline entourée d'assez bons
vignobles. Elle ne compte que i5oo habitans; mais malgré sa faible
importance elle est peutêtre de toutes les villes du département de
l'Yonne celle qui offre le plus de souvenirs historiques. Les croisades
de 1145 et de 1180 y furent convoquées : pendant que cette dernière se
rassemblait, Philippe-Auguste qui en était le chef y fit son testament,
et eut une entrevue avec Richard Cœur-de-Lion. L'église de Vézelay est
un édifice remarquable : elle se compose de deux temples. On entre, par
trois portes, d'abord dans le premier appelé l'église des Catéclwmènes,
qui a 65 pieds de longueur ; puis, par trois autres portes, dans la
grande église, longue de 200 pieds : la porte du milieu est décorée de
riches sculptures au milieu desquelles on remarque un zodiaque; le
chœur, qui a 66 pieds d'élévation, est magnifique.

Avant d'arriver à Vermanton, ville de 3000 âmes, qui commerce en vins et
en bois, il faut voir, auprès d'Arcy-surCure, les belles grottes
ouvertes au-dessus de ce village ; elles étaient considérées autrefois
comme les plus belles curiosités naturelles de la province. Elles se
composent d'un grand nombre de salles qui communiquent entre elles par
des passages étroits et même si resserrés qu'on ne peut les franchir
qu'en se glissant à plat ventre; l'une d'elles ren ferme un petit lac
dont la profondeur est inconnue : mais toutes sont tapissées de
stalactites disposées en fes-

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tons, en cascades immobiles, en colonnades ou en tuyaux d'orgues qui,
frappés légèrement, produisent des sons que les échos intérieurs
prolongent longuement en variant leurs modulations. Au-delà du confluent
de la Cure et de l'Yonne s'élèvent à la gauche de cette rivière les
coteaux qui ont fait donner à Coulanges le surnom de la Vineuse ; sur la
droite et près du Seray, Chablis, ville de a5oo âmes, est renommée par
ses vins blancs : on y trouve les restes d'une voie romaine qui
conduisait de Langres à Auxerre.

Les vignobles de Ligny-le- Châtel, de Seignelay, de Toucy, et d'autres
lieux également réputés dans le pays, entourent l'ancienne capitale de
l'Auxerrois. On peut choisir, entre Altissiodorum, Aulissiodorum ou
Antisiodorum, le nom que les anciens lui donnaient, si l'on s'en
rapporte à quelques antiquaires ou à l'Itinéraire d'Antonin. Il paraît
certain au surplus que les Romains érigèrent Auxerre en chef-lieu d'un
Pagus, en la détachant de la cité des Senones. Quelques riches négocians
en vins de cette ville, amateurs d'antiquités, conservent des médailles
et des coins trouvés dans son enceinte, qui prouvent que l'on y battait
monnaie. Elle fut ravagée à diverses époques par les Huns, les Normands,
les Sarrasins, les Anglais, et troublée par les dissensions religieuses
du XVIe siècle; cependant elle dut à la courageuse résistance du
président Jeannin de n'être pas comprise dans les horribles assassinats
de la Saint-Barthélemi. Ce magistrat, qui devint l'un des plus dignes
ministres de Henri IV, pouvait-il oublier, au moment où l'on tramait
cette horrible proscription, le lieu de sa naissance, la ville qui
s'honorait d'avoir vu naître Amyot? Elle compte encore parmi ses hommes
célèbres Jean rDuval, habile antiquaire; Royer de Piles, auteur de la
Vie des peintres ; l'abbé Leboeuf, à qui l'on doit un grand nombre
d'écrits sur l'histoire des environs de Paris ; Sainte -Palaye , connu
par ses Mémoires

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sur la chevalerie ; Restif de la Bretonne, écrivain dont le style
trivial nous peint avec assez de fidélité les mœurs de la petite
bourgeoisie de son temps; enfin Sedaine, auteur dramatique , qui n'eut
d'autre talent que de bien entendre les effets de la scène. On compte à
Auxerre les maisons bien construites ; parmi ses édifices, l'ancienne
cathédrale, ornée d'un beau portail et de brillans vitraux, est le seul
qui attire l'attention. Depuis la prise de Cravant sur les Anglais, par
le maréchal de Chastelux, qui rendit ce bourg en 1423 au chapitre
d'Auxerre, l'aîné de cette maison y jouissait d'un canonicat. Il en
prenait possession, botté, éperonné, armé d'une épée et revêtu d'un
surplis, le bras gauche couvert de l'aumusse canoniale, le faucon au
poing et le chapeau à plumes à la main droite. Lorsque dans ce singulier
équipage l'un des descendans de cette famille se présenta, en i683 ,
dans la cathédrale d'Auxerre en présence de Louis XIV et de sa cour,
quelques jeunes seigneurs ne purent s'empêcher de rire : « Il n'est,
peut-être aucun de nous , leur dit le roi, qui n'ambitionnât au même
prix une semblable prérogative. »

Sur la pente d'un coteau au bord de TYonne s'élève en amphithéâtre
Joigny, entouré d'un vieux mur percé de six portes, et précédé de deux
petits faubourgs. On y remarque un beau château bâti par le cardinal de
Gondy. On croit que cette ville, dont le nom latin est Joviniacum, doit
sa fondation au consul Jovinus qui vivait dans le IVe siècle ; d'autres
prétendent au contraire qu'elle ne fut fondée que vers l'an iooo ; quoi
qu'il en soit, elle était au XIIIe siècle riche et florissante,
puisqu'elle put se faire affranchir par ses 'comtes, moyennant une forte
somme d'argent.

Des remparts, dont les fondations datent probablement de l'époque où
Julien soutint avec succès dans Senoves un siége contre les Germains, se
font remarquer de loin , sur la rive droite de l'Yonne. Sous Valens, la
ville de Scn.i

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levint la métropole de la IVe Lyonnaise; elle était alors ort
considérable ; aussi, sous le règne de Théodose-leirand, fut-elle érigée
en archevêché. Ses prélats prirent nême le titre de primats des Gaules
et de Germanie, uoique l'archevêque de Lyon revendiquât aussi la
pretiière partie de ce titre pompeux. Sa population, peu ndustrieuse,
était, en 1788, de 7000 habitans : auaurd'hui elle en renferme près de
9000. Il s'y tint plusieurs conciles, dont le plus célèbre est celui du
:ommencement de l'année 1140, dans lequel saint Berlard, ennemi
d'Abeilard , fit condamner ce célèbre octeur, qui, ne trouvant pas - sa
doctrine condamable, en appela au pape. La disposition de ses promenades
st agréable, et sa cathédrale, qui occupe le centre de la lus belle
place de la ville, est d'un bel effet: on y a réabli le mausolée de la
Dauphine et du Dauphin, père de iOuis XVI, de Louis XVIII et de Charles
X. Ce monument, dû au ciseau de Coustou, se compose d'un grand ombre de
figures allégoriques dont l'ensemble est impoant ; derrière le chœur un
bas-relief en stuc, exécuté avec leaucoup de talent, représente le
martyre de saint Savinien, il'emier évêque de Sens. Les vitraux de
l'église sont dignes lu beau talent de Jean Cousin, l'un de nos plus
anciens peinres, qui naquit à Soucy, petit village des environs. La
bibliohèque publique ne renferme £ frs 6000 volumes; autrefois >n y
voyait le fameux manuscrit de Xoffice des fous, tel [u'il se célébrait
jadis dans la cathédrale de Sens : il est naintenant à 1 hôtel-de-vills.
C'est un in-folio qui, outre es chants et les priées consacrés à ce
service bizarre, :ontient une prose rimée à la louange de l'âne , qu'on
fêait aussi dans quelques églises ; sa couverture est ornée de
iculptures en ivoire, Représentant divers sujets relatifs aux
)acchanales sacrées de cette époque d'ignorance et de cor'uption, qu'on
est convenu d'appeler le bon vieux temps.

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La fête des fous tenait le premier rang parmi ces cérémo-i nies où le
sacré et le profane se mêlaient aux obscénitésj Elle se célébrait au
commencement de janvier : dans certains lieux le jour de la Circoncision
; dans d'autres, le jour des Rois. Les prêtres, les diacres et les
enfans de chœui créaient un évêque ou un pape, et l'appelaient le pape
des fous; celui-ci, en habits pontificaux et la mitre en tête, donnait
la bénédiction aux assistans, et était suivi d'autres ecclésiastiques
vêtus en rois, en ducs et en princes. A cette troupe se joignaient
d'autres individus masqués et déguisés, les uns en divers animaux et les
autrei en femmes, ou représentant Bacchus , les satyres et diveri
personnages de la fable. Ils entraient dans l'église, dan saient au
milieu du chœur, conduisant un âne vêtu d'uni belle chape, chantaient la
prose de l'âne et des chanson obscènes, auxquelles les assistans
répondaient en se met tant tous à braire ; faisaient un festin sur le
bord de l'autel pendant l'office divin; s'enivraient, jouaient aux dés,
brû laient du vieux cuir dans les encensoirs et commettaien toutes
sortes d'impiétés. Les chants qui composaient 1 ^offic des fous sont
attribués à Pierre de Corbeil, mort au com mencement du XIIIe siècle,
archevêque de Sens. Cette fête que l'on célébrait encore dans cette
ville en i53o, n'étai pas la seule du même genre : d'autres semblables
avaier lieu les jours de saint E.,npe et de saint Jean l'Evai] géliste (i).

Suivons le canal de Bourgogne en remontant l'Armançou traversons sur
trois ponts les trois bras de cet affluent d l'Y onne, et arrivons à
Tonnerre, qyi remonte, dit-on, a temps des Romains. Elle est bien bâtie,
entourée de vign< bles estimés, dont elle expédie les vins dans toutes
les pai ties de l'Europe. On voit dans le faubourg de*Bourberea f

I) Voyez le Glossaire de Ducange et le Traité des jeux de Tliiers.

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une source appelée Fosse-Yonne, dont les eaux sont tellement abondantes
qu'à peu de distance du rocher d'où elles sortent elles font tourner
plusieurs moulins. Cette petite ville possède un collége et un cours de
géométrie appliquée aux arts; elle fut la patrie du chevalier d'Eon de
Beaumont, qui rendit plusieurs services à l'État comme ambassadeur et
comme homme de guerre, et dont le sexe fut un mystère jusqu'à l'époque
de sa mort.

Nous retournerons sur nos pas et traverserons la HauteSaône pour
parcourir les départemens frontières de la Franche-Comté et de l'Alsace
que nous avons laissés en arrière. On ne trouve dans ce département ni
l'aridité des pays montagneux, ni l'humidité que répandent les eaux
stagnantes. Le climat y est plus doux que dans les contrées voisines;
l'été et l'hiver y sont plus tempérés, l'automne y est ordinairement
beau; mais lorsque, pendant l'hiver, les montagnes se sont couvertes de
neige, la fusion de celle-ci cause au printemps de grandes variations de
température. Entre le cours de la Saône et celui de l'Oignon, des
montagnes et des vallées suivent la même direction que ces rivières;
plus près des bords de la seconde que de la première, des vignes, qui ne
prod uisent que des vins froids et médiocres, occupent la 40e partie de
toute la contrée; les bois et les forêts répartis sur tous les points en
forment environ le tiers, les terres labourables un peu moins de la
moitié, les prairies un dixième, et les terres en friche un quinzième.
Malgré les progrès que l'agriculture a faits dans ce département depuis
3o ans, la fertilité du sol, l'étendue et le nombre des routes font
espérer encore bien des perfectionnemens dans ce genre d'industrie. Il
exporte cependant de grandes quantités de céréales dans le midi; la
pomme de terre y est d'une importante ressource ; les bêtes à cornes y
sont en nombre assez considérable ; mais L les troupeaux de bêtes à
laine y sont tellement négligés

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que le nombre de ces animaux ne s'élève pas à 45,ooo, c'est-à-dire qu'il
y a au plus un mouton pour sept habitans.

Ses houillères, ses mines de fer, ses forges, ses usines, qui procurent
de l'ouvrage à près de 35oo individus, produisent , pour le salaire de
ceux-ci et pour les divers frais d'exploitation, une circulation de plus
de 16 millions de francs et un bénéfice net d'environ 2,700,000 francs ;
ses fabriques de quincaillerie, ses distilleries, ses filatures, sont
donc, avec l'agriculture, les principales sources de prospérité de ce
département.

A son extrémité occidentale, l'arrondissement de Lure est le plus
industrieux des trois qui le divisent. Le bourg d'Héricourt, où l'on
voit un vieux château, compte plusieurs fabriques de cotonnades;
Vy-les-Lure en renferme une de mousseline qui fait travailler près de
5oo ouvriers ; à Saint-Bresson se trouve l'une des plus belles
papeteries de France : sa fondation date de 1660; la plus grande partie
de son beau papier vélin est envoyée à Paris.

Fougerolles-V Eglise fournit dans certaines années à cette capitale pour
400,000 fr. de kirschwasser; Saint-Loup, bourg de 2000 âmes, sur la
Seymouse, fabrique des chapeaux de paille, des tissus de laine, des
étrilles et de la glu; le vil lage de Plancher-les-Mines, qui doit son
nom à une ancienne mine de plomb argentifère que l'on exploite encore,
se livre à la fabrication de divers objets de quincaillerie ; près du
village de Magnoncourt, une belle fabrique de ferblanc emploie
constamment plus de 25o ouvriers ; à Faucogney et à Champagney on
exploite des pierres à rasoirs ; à Mélisey, ainsi qu'à Château-Lambert,
où l'on fait d'excellens fromages, on pourrait utiliser de beaux bancs
de granité.

A l'extrémité d'une plaine longue et fertile, arrosée par les rapides et
poissonneuses rivières du Breuchin et de la Lanterne, au pied de
plusieurs collines couvertes de forêts

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l'ancienne et jolie ville de Luxeuil ou de Luxeu paraît devoir son nom
aux deux mots celtiques Lug-Swi, qui signifient Eau chaude; les Romains
l'appelaient Lixovium. Une inscription prouve que Labienus, par ordre de
César, fit réparer ses bains (1); ceux qui existent sont dignes de la
magnificence des anciens. A l'époque des eaux, les habitans n'épargnent
rien pour rendre le séjour de leur ville agréable aux étrangers.

Lure, qui passe aussi pour fort ancienne, était célèbre autrefois par
son abbaye que fonda saint Déicole sous le règne de Clotaire II. Le chef
de ce monastère, qui adopta depuis la règle de saint Benoît, prenait le
titre de prince du saint Empire; le bâtiment qu'il occupait est
aujourd'hui la demeure du sous-préfet. Cette ville de 3ooo âmes, qui ne
se compose que d'une longue et large rue, à laquelle aboutissent
d'autres petites rues, s'élève près de la rive droite de l'Oignon. Il
s'y tient huit foires par an.

Dans ses environs s'élève le ballon de Lure, la plus haute montagne du
département.

Si nous nous en rapportons aux savantes dissertations des antiquaires
qui exploitent la langue et les souvenirs celtiques pour trouver les
étymologies des noms de nos anciennes villes, celui de Vesoul viendrait
des mots vez, tombeau, houl, soleil ; et cette dénomination de tombeau
du soleil serait un vestige précieux du culte druidique.

Nous ne voyons pas cependant que les anciens aient connu cette ville,
qui, d'après une pareille origine, devrait remonter à la plus haute
antiquité. Il n'en est point question dans notre histoire avant le Xe
siècle. Les annales de la Franche-Comté ne renferment que deux faits
importans arrivés sous ses murs ou dans son enceinte. Vers le milieu

(') Cette inscription, trouvée le 23 juillet iy55, dans les ruines des
anciens t hermes, et conservée à l'hôtel-de-ville, porte : Lixovn THERM.

REPAR. LABIEMS Joss. C. JUL. CES. LMP.

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du XVIe siècle, une armée allemande, au retour d'une expédition sur la
Bresse, dépourvue de munitions et d'argent, prend la résolution de
mettre Vesoul au pillage; elle se prépare à escalader les murailles;
mais il avait plu pendant 24 heures : la plaine se couvre d'eau, et les
Allemands effrayés, attribuant cette inondation subite à des écluses que
les habitans avaient ouvertes pour leur défense, fuient, en abandonnant
leur artillerie et leurs bagages. Une cause toute naturelle avait sauvé
Vesoul, et la source appelée Frais-Puits en avait tout l'honneur. On
remarque à une lieue de la ville le lit d'un torrent, ordinairement à
sec : le ravin qu'il forme aboutit à un gouffre de 5o pieds de
profondeur sur 60 de diamètre; dans les temps ordinaires, il est
également à sec ; mais après des pluies abondantes, il vomit tout à
coup, en bouillonnant, une masse d'eau qui inonde les prairies
d'alentour jusqu'à la partie basse de la ville, et transforme en un
grand lac les terrains inclinés vers la Saône. Ce phénomène dure
quelquefois trois jours, après lesquels les eaux se retirent, le gouffre
se vide et le torrent cesse de couler (1). Le trait que nous venons de
rapporter fait peu d'honneur au baron de Polwillers, qui devait
respecter la neutralité du pays qu'il traversait; mais pourquoi faut-il
que le nom de Turenne figure dans un acte de trahison ou de mauvaise
foi? En 1644, ce héros se présente aux portes de la ville : elle
capitule. A peine les conditions sont-elles signées qu'elle est mise au
pillage ; que le couvent des Annonciades, où les habitans avaient cru
mettre en sûreté leurs femmes, leurs enfans et leurs effets précieux,
n'est plus un asile inviolable; que l'hôtel de-ville est démoli et ses
archives anéanties. On dit même qu'il fallut mettre en gage les vases
sacrés, et vendre les cloches pour payer les contributions et racheter
les otages.

(1) Voyez l'Annuaire du département de la Hante-Saône pour 1 aini<!e
1825; par MM. Baulmont et Suchaux.

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Cependant la Franche-Comté, réunie à la France en 1678 , vit chaque
année s'accroître son bonheur et sa tranquillité. Vesoul augmenta
d'étendue et s'embellit : l'église, dans laquelle on remarque un beau
maître-autel en marbre et un ancien sépulcre , fut achevée en 1745,
l'hôtel-de-ville en 1766, le palais de justice en 1770, la halle en
1772, la nouvelle promenade en 1774, les casernes en 1777, et l'hôtel de
la préfecture en 1822. Sa bibliothèque publique, placée dans un des
bâtimens du collège, renferme 21,000 volumes, et sa collection de
physique et d'histoire naturelle s'accroît chaque année.

Les environs de Vesoul comprennent plusieurs lieux intéressans : à ses
portes les grottes d Echenos-les-Molines f curieuses par leur étendue,
renferment une grande quantité d'ossemens d'animaux perdus : elles
portent le nom d'un village voisin ; près de Jussey, ville de 2600
habitans, on a trouvé des fondations de vastes édifices, des traces
d'anciens fossés, des restes de voies antiques qui justifient la
tradition que cette cité aurait été fondée au Ille siècle par- une
colonie romaine. Un misérable hameau s'élève sur l'emplacement d'une
cité gauloise que l'on croit être Didatium, autant qu'on en peut juger
par les statues, les bas-reliefs, et les médailles que plusieurs
fouilles y ont fait découvrir.

Gray, situé en amphithéâtre au bord de la Saône, comptait avant la
révolution huit couvens ; aujourd'hui il fait un grand commerce de
grains, de farine et de fers, et emploie annuellement au transport de
ses marchandises par terre et par eau 86,5oo chevaux. On y remarque
l'une des plus belles usines de l'Europe : elle fait mouvoir une
scierie, une huilerie, des moulins à tanner le cuir et à fouler le drap,
ainsi qu'un moulin à farine qui moud par an 70,000 hectolitres de
froment. La ville est composée de rues mal alignées et rapides ; elle
est dominée par un ancien château qui fut habité par Philippe le-

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Hardi, Jean-sans-Peur, Philippe-Ie-Bon et Catherine de Bourgogne, veuve
de Léopold d'Autriche.

Les hautes cimes du Jura font partie du territoire français et donnent
le nom de cette chaîne à l'un de nos départemens les plus industrieux,
les plus boisés, les plus riches en chevaux et en bêtes à cornes, et les
plus pauvres en cours d'eau navigables. Les montagnes qui régnent
principalement dans sa partie orientale forment trois plateaux, dont le
plus élevé, couvert de neige pendant six mois, confine avec la Suisse,
ne se compose que de terrains ingrats, mais nourrit une population
laborieuse; le second, couvert, comme le précédent, de sapins, de buis
et de genévriers r renferme des pâturages et quelques vallées fertiles ;
le troisième, moins élevé que les deux autres, est aussi moins aride. Au
pied de ces plateaux, où l'on exploite des mines de fer, des carrières
de marbre et des salines, des coteaux tapissés de vignes estimées
occupent une longueur de 20 lieues; enfin des plaines couvertes de
terres arables servent de base à cet amphithéâtre.

La partie septentrionale de la plaine s étend sur les deux rives du
Doubs, au bas de la forêt de Chaux, qui couvre plusieurs collines et une
superficie de 20,000 hectares. Dole est assise au bord de la rivière sur
un coteau planté do vignes. Cette vaste forêt, non loin de la ville; le
Doubs et le canal Monsieur, qui baignent ses murs et fertilisent ses
champs; la Loue, la Cuisance et la Glantine, qui serpentent au loin, le
rideau de montagnes ou ces trois dernières prennent leurs sources,
forment du haut de la promenade du Cours un riche tableau, dont le
lointain se termine par la double cime du Mont-Blanc. Si sas rues
étaient moins inégales, et ses maisons plus élégantes et plus régulières
; on pourrait, suivant l'expression poétique d'un écrivain élégant, dire
qu'elle a l'air d'une nymphe au milieu (Vunbocage; mais ce n'est pas
même une beauté surannée. Dole

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n'a jamais été belle; elle n'a même jamais été importante, et, malgré
les dissertations des antiquaires, quelques médailles, quelques restes
de pilastres, quelques traces de voies romaines et quelques vestiges
d'arènes trouvés jadis dans ses environs, ne prouvent point que cette
ville ait jamais occupé l'emplacement de Didatium, cité qui était peu
considérable, quoique Ptolémée en fasse mention. Son antiquité est
très-probable, mais il faut ajouter que jusqu'à présent on n'a pu
retrouver de traces de l'ancien nom qu'elle portait. Son territoire est,
d'ailleurs, un de ceux sur lesquels la sagacité des érudits peut
facilement s'exercer : il est peu de villages où l'on ne trouve, en
fouillant le sol, quelques débris antiques. De beaux établissemens de
bienfaisance, une prison à laquelle on ne peut reprocher qu'une trop
grande élégance, des promenades et des points de vue magnifiques, une
importante fabrique de produits chimiques, donnent en peu de mots une
idée de ses édifices, de sa position topographique et de son industrie.

Les savans franc-comtois qui, pour prouver l'antiquité de Poligny,
prétendent que cette ville s'appela jadis PolisSolis, cité du Soleil
(>), ont hasardé une opinion que nous sommes loin d'adopter : la notice
de l'Empire fait mention d'une résidence appelée Castrum- Olinul/l, dont
la position s'accorde assez bien avec celle de ce chef-lieu de
souspréfecture. Elle fut, sous les Romains, habitée par le duc de la
grande province Séquanaise, et sous les ducs de Bourgogne elle était la
résidence d'été de ces princes. Elle s'élevait alors sur la montagne qui
la domine aujourd'hui.

Bâtie avec assez de régularité, elle doit sa propreté aux eaux courantes
de plusieurs fontaines publiques; elle a donné naissance à quelques
hommes célèbres dans leur temps: nous ne citerons que le chanoine Jean
Molinet, qui

') cz l'Annuaire du Jura, par M. IJruul/ll.

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traduisit en prose le poème de la Rose; Jacques Coytier, qui fut le
médecin de Louis XI et premier président de la cour des comptes; et le
fameux Nicolas Rollin, chancelier de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne.
Les environs de cette ville sont riches en monumens antiques : deux
pierres druidiques sont encore en vénération chez les paysans, qui se
persuadent que chaque année, au moment de la messe de minuit, elles font
une révolution sur elles-mêmes; de vastes constructions romaines dont on
ignore la destination et que le peuple a surnommées les chambrettes,
parce qu'on y voit encore les traces d'un grand nombre de salles,
paraissent dignes de fixer l'attention et mériter qu'on y fasse des
fouilles, autant qu'on en peut juger par une mosaïque que le comte de
Caylus regardait comme un des plus beaux morceaux de ce genre, et qui
cependant se trouve aujourdhui cachée par quelques pieds de terre, dans
un champ cultivé.

Le territoire de Poligny tire de ses vins blancs sa principale richesse;
il est inutile de vanter les vignobles d'Arbois. Cette jolie ville,
patrie du général Pichegru, conserve aussi des débris de constructions
gauloises et romaines.

Les ruines de son ancien château sont imposantes : le peuple se plaît à
raconter les visites nocturnes qu'y font les esprits malins; suivant
lui, la plus grande et la plus haute de ses tours noirâtres est souvent
le séjour de la fée Mélusine. Ces antiques traditions auraient-elles
pour origine le cruel acte de bienfaisance de Mahaut d'Arbois, comtesse
de Bourgogne, qui, pendant une horrible famine, se trouvant dans
l'impossibilité de nourrir la multitude de pauvres qui s'étaient
réfugiés chez elle, les réunit dans une grange de son château, et les
fit tous brûler ?

A l'entrée d'une gorge étroite, arrosée par la petite rivière de la
Furieuse et dominée par les ruines de plusieurs vieux châteaux, Salins
dut son nom et sa prospérité à

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ses sources salées déjà célèbres au VIe siècle, lorsque saint Sigismond,
roi de Bourgogne, les céda aux moines de rabbaye de Saint-Maurice
d'Agaune. Ces religieux en exploitèrent le sel avec tant de zèle et
d'intelligence, qu'en peu d'années il s'éleva près de leur habitation un
bourg considérable. Telle fut l'origine de cette ville, qui produisit
plusieurs littérateurs distingués, au nombre desquels il faut mettre
Fenouillot de Falbaire, auteur de Y Honnête criminel et des Deux Avares,
et l'abbé d'Olivet, critique distingué. Elle a cependant la prétention
de remonter jusqu'à l'époque celtique, et d'avoir entretenu des
relations avec Rome dès le siècle d'Auguste.

Un horrible incendie, qui dura trois jours, la détruisit presque
entièrement au mois de juillet 1825 ; l'hôpital et l'établissement des
salines échappèrent seuls aux ravages des flammes: le premier, trop peu
considérable pour servir d'asile aux déplorables victimes de cet affreux
événement; le second, qui, malgré son importance, n'occupe qu'un petit
nombre d'ouvriers , eussent été les seules ressources d'une population
ruinée, qui, n'ayant plus d'habitation, demandait un asile et du pain,
si la France entière, touchée d'une si grande infortune, ne se fat
empressée de secourir ces malheureux incendiés. Les pertes en maisons et
en mobilier furent estimées à 7 millions de francs. Des souscriptions
ouvertes jusque dans les moindres hameaux produisirent une somme de plus
de 2,000,000 qui ont servi à la réédification de cette ville. Elle
offrit alors un spectacle qui peut faire préjuger de l'empressement avec
lequel les classes les plus infimes de la population française
recevraient les différens genres d'instruction qui leur conviennent , si
l'on se hâtait de les leur offrir : les ouvriers s'assemblaient tous les
soirs autour d'un ancien élève de l'Ecole polytechnique, heureux de
pouvoir leur enseigner, par la géométrie et la mécanique, les moyens les

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plus économiques et les plus faciles de rebâtir leurs demeures
(1).Aujourd'hui Salins est plus beau qu'avant son désastre.

Une grande rue, large de 14 mètres et bordée de trottoirs,, traverse
cette ville dans toute sa longueur ; les places publiques sont ornées de
fontaines simples, mais de bon goût, et les maisons sont bien bâties.
Elle possède un collége communal, une bibliothèque publique de 4 à 5000
volumes, un théâtre et une prison. Toutes ses constructions sont
renfermées dans une muraille ; elle est défendue à l'ouest par le fort
Saint-André, et à l'est par le fort Belin qui couronnent tous deux une
montagne élevée. En entrant dans la ville par le nord, on traverse le
faubourg des Carmes, et par le sud celui de Saint-Maurice, qui furent
tous deux épargnés par l'incendie de 182,5.

Trois sources que l'on nomme puits alimentent les salines de cette
ville, et l'eau salée qu'elles produisent porte le nom de muire. Ces
puits, situés dans la direction du sud au nord, sur la droite de la
Furieuse et au-dessous de son niveau, sont presque au centre de la
ville. Chacun d'eux offre plusieurs sources d'eau douce et d'eau salée
rapprochéès les unes des autres, mais dont on a soin d'éviter le
mélange.JLes eaux salées sont à 80 pieds de profondeur. La quantité de
sel que l'on en obtient annuellement par l'évaporation est évaluée à
40,000 quintaux.

Le territoire de Lons-le-Saulnier formait, au moyen âge, la plus grande
partie du Scoding ou Sco-d'In, c'est-à-dire de la contrée de VAin, dont
les habitans étaient connus, comme ils le sont encore, par leur
bravoure. Ceux de la partie montagneuse qui s'élève à l'est de la ville
passent principalement pour être actifs, industrieux; tandis que ceux de
la partie

(1) Voyez les Forces productives et commerciales de la France; ouvrage
dans lequel M. Charles Dupin rappelle le discours qu'il prononça à cette
occasion, en ouvrant son cours au Conservatoire royal des arts et métiers..

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occidentale ont la réputation d'être apathiques : ils préfèrent es
travaux de l'agriculture à ceux de l'industrie. Lons-leisaulnier, siège
de la préfecture, date du IVe siècle, et doit mssi son origine à ses
sources salées : son nom pourrait être traduit par mesure de sel (1). Il
est au confluent des trois petites rivières de la Seille, de la Vallière
et du Solman, dans une vallée agréable environnée de vignobles qui
produisent d'excellens vins. L'église qui décore la place d'armes, le
bel hospice où l'on soigne à la fois plus de i5o malades, et les
immenses bâtimens de graduation d'où sortent annuellement 20,000
quintaux de sel, méritent seuls l'attention de ceux qui visitent cette
ville, patrie du général Lecourbe, du poète lyrique Rouget de Lisle,
auteur de la Marseillaise, ('t de Roux de Rochelle, auteur du poème des
Trois Ages.

Dans ses environs, on voit sur le territoire de la commune de Révigny
des grottes curieuses, d'où l'on tire beaucoup de salpêtre. A deux
lieues vers le nord, près du village de Baume, les sources de la Seille
sortent des crevasses d'un rocher calcaire formant un affreux précipice.
Ces sources sont d'imposantes masses d'eau, qui, dans les beaux jours du
printemps, coulent encore au milieu des glaçons.

Dans les environs de Saint-Amour, ville de 3000 âmes, située près de la
frontière occidentale du département, les habitans conservent plusieurs
fêtes et cérémonies qui remontent à la plus haute antiquité : le soir du
premier dimanche de carême, les coteaux brillent de mille feux produits
par des torches allumées que portent de jeunes villageois qui parcourent
la campagne ; cette soirée s'appelle la soirée des Brandons: c'est un
reste des fêtes antiques célébrées en l'honneur de Cérès courant à la
recherche de sa fille. Lorsqu'un père de famille a terminé ses jours,
tous les parens du défunt se réunissent autour de son

(1) Selon Gollut, auteur qui s'est beaucoup occupé de l'histoire de la
Franche-Comté, le long est une mesure d'eau salée contenant 24 muids.

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cercueil, dans la principale salle de la maison ; on y place une table
chargée de mets; les femmes vont consoler la veuve, les hommes seuls
prennent part au festin, et c'est le verre en main que l'on prononce
l'oraison funèbre. Le bourg d'Arïnthod est bâti sur les ruines d'un
temple gaulois dédié à Mars Segomon, ainsi que le prouve la découverte
d'une inscription en l'honneur de cette divinité, à laquelle les
Segoves, l'un des peuples de la Bresse, dédiaient une partie des
dépouilles de leurs ennemis. Près de Condes, sur les bords de l'Ain, les
ruines de l'ancien château d'Oliferne couronnent une montagne presque
inaccessible, la seule du Jura sur laquelle on rencontre quelques ours;
il fut détruit au XVIe siècle par les Français, qui, irrités de sa
longue résistance, massacrèrent tous ceux qui s'y étaient retirés. Les
trois principales dames du château furent, dit-on, enfermées dans un
tonneau garni de pointes de clous, et précipitées du haut de la montagne
dans la rivière. Il est peu de paysans qui n'assurent les avoir
rencontrées la nuit, ainsi que le seigneur d Olifcrnc chassant avec sa
cour dans les bois environnans.

Si nous voulions décrire les villes et les villages de l'arrondissement
de Saint-Claude qui se font remarquer par leur industrie, nous
n'oublierions pas Septmoncel, où 1 on fabrique divers objets de
tabletterie et des fromages, ou plus de 1200 personnes sont occupées à
la fabrication et à la taille des pierres fausses. Ce village, de 3ooo
habitans, fut entièrement détruit par un incendie, en 1826; mais de tels
événeniens laissent peu de traces au milieu d'une population laborieuse.
Nous citerons Château-tles-Prés, où l'on confectionne des chaises, des
buffets, et divers autres meubles en sapin; le bourg de Morez, d'où sort
tous les ans une grande quantité d'horloges, de pendules et de
tournebroches, et Bois-d'Amont, qui façonne le buis en boîtes
d'horloges, en seaux, en caisses et en échalas. Mais

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H coup d'œil sur Saint-Claude complètera peut-être idée que nous
voudrions pouvoir donner de l'industrie irassienne.

Au commencement du IVe siècle, les deux frères Roiain et Lupicin, qui
figurent dans la légende, fondèrent ir le territoire de Saint-Claude une
abbaye dont les dolaines, accrus par les immenses donations des rois de
rance, des princes et de tous les fidèles, devinrent si nportans que les
abbés de ce monastère finirent par deenir seigneurs de tout le pays,
propriétaires de toutes les rres, et maîtres de la vie de tous les
habitans. Dans cette ontrée, inhospitalière depuis que la population
avait doné l'hospitalité à des moines qui venaient lui ravir jusqu'à i
liberté, tout individu domicilié pendant une année était- tiscrit au
nombre de leurs esclaves; en quelque lieu que es biens se trouvassent,
il était arraché à sa femme et ses enfans, et vendu au profit de
l'abbaye. Cette coutume nonstrueuse, contre laquelfe Voltaire s'était
élevé, ne fut nfin entièrement abolie que sous Louis XVI. Saint-Claude
appela d'abord Condat. Des ruines considérables trouvées [ans ses
environs portent à croire qu'au temps des Romains lie jouissait de
quelque importance : elle prit ensuite, l'un de ses abbés, le nom de
Saint-Oyant, puis celui (U'elle porte aujourd'hui, qu'elle quitta
pendant la révoution pour celui de Condat-Montagne. En 1799, un terible
incendie la détruisit complètement en deux heures, nais une somme de
y5o,ooo francs, accordée par le gourernement consulaire, et de
nombreuses collectes faites lans toute la France, contribuèrent à sa
reconstruction iur un plan plus régulier que celui qu'on y remarquait
srécédemment. Elle est cachée au fond d'une vallée, cironscrite d'un
côté par des montagnes couvertes de ,forêts, le l'autre par des cimes
arides. On y compte 12 manufactures d'ouvrages au tour qui occupent plus
de 500 ouvriers;

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des fabriques d'horlogerie, d'instrumens de musique, d lacets, de clous,
d'épingles, de tabatières, de chapelets et de jouets d'enfans; siége
épiscopal, on y remarque un bel hôpi tal, un vaste collége et plusieurs
autres établissemens utiles Le département du Doubs, comprenant la
continuation des montagnes qui couvrent une partie de celui du Jura se
divise comme celui-ci en trois régions : la supérieure la moyenne et
l'inférieure. La première est hérissée d rochers calcaires dont les
sommets, couverts de neige peu dant sept à huit mois de l'année, sont
presque dépourvu de végétation; mais leurs revers offrent au midi
d'excel lens pâturages et de belles vallées ombragées par de forêts de
sapins ; le blé n'y réussit pas plus que le seigle l'orge et l'avoine y
forment la base des cultures en céréales. Les habitations y sont
éparses, et la populatio y a conservé la pureté des mœurs et
l'hospitalité qui distinguent les montagnards. La région moyenne est
sous l'influence d'une température plus douce que celle de lai
précédente. Le froment commence à s'y montrer, et queli ques coteaux
sont assez favorablement situés pour se; couvrir de vignes. Les hauteurs
les plus considérables s':1 montrent couvertes de forêts de chênes et de
hêtres mélangés de sapins; mais, vers leurs bases, ceux-ci disparaissent
tout-à-fait. La région basse ou la plaine s'étend au pied de ces
montagnes, à 3oo mètres au-dessous de leurs sommets. C'est la partie la
plus fertile, la plus riche en céréales et en vins, et la plus peuplée
du département ; La plupart des plateaux des deux autres régions sont
.couverts de marais qui semblent être les réservoirs naturel des
principales rivières qui prennent leur source au piec; de ces montagnes.
Ces rivières sont : le Doubs, qui, avant de servir de limite entre la
France et la Suisse, s'élance de 80 pieds de hauteur, dans un abîme que
la sonde n't.

point encore pu mesurer ; la Loue, qui, dès sa naissance !

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et en mouvement plusieurs usines; le Dessoubre, rejmmé pour ses truites;
le Lison, qui, près d'arroser un Larinant vallon, s'échappe en une belle
cascade, d'un itre creusé dans le roc. Au pied de ces montagnes, des es
et des marais d'une grande étendue, de nombreuses mrbières exploitées,
des excavations que leurs sinuosités ansforment en labyrinthes
souterrains ; des grottes forant des glacières naturelles, une houillère
et quelques urces minérales, nous arrêteraient trop long-temps si )us
nous proposions de les examiner. Dans ce départeent, la culture est
encore soumise aux anciennes rouies qui laissent le tiers des terres en
jachères ; le système * 's prairies artificielles, en prenant de
l'extension, augenterait promptement le nombre des bestiaux. On y â–ºmpte
environ a5,ooo chevaux, 127,000 bœufs et vaches, [0,000 moutons, 800
ânes, i5o mulets, 29,000 porcs 12,000 chèvres (0.

Nous allons parcourir le département en commençant ir l'arrondissement
le plus méridional. La position de ontarlier, sur le Doubs, à peu de
distance d'un passage aturel qui communique de la France à la Suisse en
trarsant le Jura; passage connu des anciens, et que dé-

(1) La superficie du département se divise de la manière suivante :

Terres ensemencées annuellement 100,000 hectares.

Terres en jachères. 40,000 Vignes. 8,5oo Vergers et jardins. 5,800
Prairies naturelles 66,000 Prairies artificielles. 11,000 Parcours
communaux et pâtures sans culture. 81,000 Forêts royales. 6,5oo Bois
communaux. go,5oo Bois de particuliers. 23,goo Broussailles, marais,
étangs, rivières, canaux. 20,600 Routes, montagnes, carrières,
liabitations g3,56o Total. 547,36o

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fend un fort bâti sur le mont Joux, qui s appela probablement Jovis,
fait présumer que cette ville remonte à une époque très-reculée.
D'Anville voulait que ce fût l'ancienne Ariolica de l'Itinéraire
d'Antonin, et XAbiolica de la table théodosienne; mais Droz, écrivain
érudit à qui l'on doit une histoire de la Franche- Comté, sa patrie, a
prouvé que l'opinion du savant géographe était au moins hasardée.

Les titres les plus anciens lui donnent les noms de PontaI/a: et de
Pons-Aelii, de Pons-Arleti et de Poiis-Arioe. Incendiée: en 1656, 1675,
1680, 1736 et 1754, elle est aujourd'hui bâtie avec régularité ; on y
voit un beau corps de caserne pour la cavalerie. Entourée d'une vieille
muraille, elle n'est protégée que par le fort de Joux, sur la montagne
dm même nom, petite place de guerre qui a quelquefois servii de prison d
Etat : c'est dans ses murs que mourut le fameux Toussaint-Louverture. Le
commerce que Pontarlier faill avec la Suisse, et l'industrie de ses
habitans, ont, depuiîi quarante ans, doublé sa population. On y fabrique
allnuel.

lement environ 90,000 litres d'extrait d absinthe ; elle renferme une
belle forge de fer et d'acier, une fonderie de cuivre, et cinq
tanneries. L'un des hommes marquans néj: dans ses murs est le général
d'Arson qui, au siège de Gibraltar, imagina l'emploi des batteries
flottantes.

On compte dans l'arrondissement de Pontarlier dix..

neuf usines, trois fabriques de cotonnades, deux pape teries et une
verrerie. A Touillon et Loutelet, village ; quatre lieues de Pontarlier,
on remarque une source inter mittente appelée la Fontaine-Ronde. Le
canton de Lcvie a pour principale industrie la fabrication des fromages;
or voit près de ce bourg un abîme dont l'ouverture est pev étendue, mais
dont la cavité vaste et profonde paraît êtr une suite de grottes placées
à différens étages. Les habitam des environs ont l'habitude de jeter
dans cette cavité le animaux morts. En 1828, des bergers qui
s'approcherent dl

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ouverture entendirent les aboiemens d'un chien ; chaque ois qu'on y
jetait des pierreiemens recommenaient. Quelques jeunes gens munis de
flambeaux s'y firent lescendre à l'aide de cordes et de paniers;
parvenus à la irofondeur de 150 pieds, ils aperçurent deux gros chiens,
[ui, tombes dans cette grotte depuis long-temps, y avaient ait des
petits et se nourrissaient des animaux morts qu'on r jetait; une
ouverture les conduisit à une seconde grotte lont le sol est à 100 pieds
au-dessous de la première, et lans laquelle ils virent une sorte de
puits étroit, dont ils le purent trouver le fond à l'aide de la sonde.

Dans le canton de Mont-Benoît, qui fait partie de la haute montagne, on
voit, sur le flanc d'un rocher à pic, un antre qui sert d'église au
village de Remonnot, et auquel on ne parvient que par un escalier en
bois suspendu l. la montagne. Le village de Mont-Benoît est remarquable
par la belle architecture de son église gothique qui faisait autrefois
partie d'une importante abbaye.

Le territoire de Besançon, deux fois plus peuplé que le précédent, est
proportionnellement plus industrieux encore. Cette ville est l'ancienne
cité 4e Vesuntio, dont César fit une place d'armes dans son expédition
contre Arioviste : circonstance qui prouve qu'elle était déjà
considérable à l'époque de l'entrée de ce conquérant dans les Gaules.
Dévastée par les Bourguignons au Ve siècle , par les Hongrois au Xe,
elle fut toujours importante.

Charlemagne la considérait comme l'une de ses principales places fortes;
les ducs de Bourgogne y eurent leur cour de justice; au XIIe siècle,
l'empereur Frédéric l'éleva au rang de cité impériale, titre qu'elle
conserva jusqu'à 4'époque de la réunion de la Franche-Comté à la France.
Le Doubs la divise en deux parties inégales , dont la plus considérable
est la ville haute, qu'il entoure presque entièrement, en figurant au
pied de ses murailles,

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comme le dit César, la forme d'un fer à cheval. Une citadelle, bâtie sur
un roc inaccessible, domine la ville et ses environs: ce roc est le mont
Ccelius des Romains; les deux quartiers communiquent par un pont de
pierre dont les fondations sont romaines ; sa plus belle promenade,
tracée sur l'emplacement de l'antique Champ-de-Mars, se nomme encore le
Clwmars. L'un de ses plus beaux monumens est la Porte-Noire, arc de
triomphe qui paraît avoir été érigé en l'honneur de Crispus César, fils
de Constantin. Dans son enceinte, on voit aussi les restes d'un aqueduc,
et hors de ses murs les ruines d'un amphithéâtre. Enfin, après dix-huit
siècles, Besançon a conservé sa forme primitive : c'est une antique
habillée à la moderne. Elle est une des villes de France les mieux
bâties ; elle est une de celles aussi dont les musées et la bibliothèque
publique sont les plus riches : cette dernière renferme 80,000 volumes
et de précieux manuscrits. Le musée Paris, qui fut donné par
l'architecte Paris à sa ville natale, renferme des objets d'antiquité,
des tableaux, des dessins et divers autres morceaux rares. Le musée
d'histoire naturelle contient une collection riche et nombreuse.
L'église cathédrale de SaintJean est un bel édifice dont la construction
remonte au XIe siècle. On y remarque un beau tableau de la Résurrection
par Vanloo, un saint Sébastien de Fra Bartholomeo, le maître de Raphaël;
sur les côtés de l'autel principal deux Anges en marbre blanc exécutés à
Rome par Breton, statuaire distingué de Besançon, et, dans une cavité
au-dessous de l'orgue, le tombeau de Ferri-Carrondelet, monument
remarquable. On admire aussi le superbe vaisseau de l'église de
Sainte-Madeleine. Le palais de justice, construction du XVIe siècle, le
théâtre et la grande caserne, ne doivent pas être passés sous silence.
Besançon renferme a5,ooo âmes, et près de 29,000, en réunissant à la
population renfermée dans ses murs celle qui occupe la ban-

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lieue. Cependant on ne comprend pas dans ce nombre les étrangers, les
étudians et les militaires qui forment à peu près 7500 individus. Cette
ville tient en activité de nombreuses fabriques ; elle est le centre
d'une grande fabrication d'horlogerie, qui occupe plus de 1800 ouvriers,
et son commerce recevra un accroissement rapide lorsque le canal de
Monsieur la traversera. Citer Suard et Moncey parmi les hommes célèbres
auxquels elle a donné naissance, c'est prouver qu'elle a contribué à la
gloire littéraire et militaire de la patrie.

Aux environs de Besançon, Ornons, ville de 3ooo âmes, renferme sept
tanneries estimées, une papeterie, une fabrique d'absinthe, deux
fromageries qui fournissent au commerce pour 40,000 francs de fromage
dit de Gruyère, un bel hospice civil et une bibliothèque publique : elle
est la patrie de l'abbé Millot. Près de ses murs on voit les ruines d'un
vieux château-fort. Au portes de cette petite cité on cultive en grand
des cerisiers dont le fruit sert à fabriquer un excellent kirschwasser.
Le canton dont elle est le cheflieu est rempli d'objets intéressans : ce
sont les grottes de Baumarchais, de Bonnevaux, de Mouthier et de
Châteauvieux, le puits de la Brême, gouffre qui, lorsque les rivières
débordent, se remplit d'une eau limoneuse qui s'élance en bouillonnant
et inonde le vallon qui l'environne ; enfin les cascades de Mouthier,
dans la vallée d'Ornans, où elles sont formées par un ruisseau qui tombe
d'un rocher nommé le Syratu. Dans le canton de Boussière, la grotte d'
Osselle est célèbre par la longue suite de cavités qui la composent et
qui ont plus de 1000 mètres de développement, et par la grande quantité
d'ossemens fossiles qu'on y a découverts.

A quatre lieues de Besançon, Quingey, sur la Loue, ville de 900
habitans, possède près de ses forges quelques vestiges d'un château-fort
qui fut la résidence de Guillaumele-Grand, comte de Bourgogne, en 1080,
et le lieu de 37.

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naissance de Guy de Bourgogne, élu pape, à Cluny, en 1115 , sous le nom
de Calixte II.

En suivant les bords du Doubs pendant l'espace d'environ sept lieues, on
aperçoit sur sa rive droite cinq montagnes formant un groupe : c'est à
leurs pieds, c'est à l'extrémité d'une vaste prairie entourée par le
Doubs, c'est sur la ligne du canal de jonction que se trouve la petite
ville de Baume-les-Dames, que l'on regarde comme fort ancienne, et qui
dut son surnom à une abbaye de chanoinesses dont l'abbesse avait cinq
grands officiers gentilshommes. Les colonnes du maître-autel de l'église
de ce couvent ornent maintenant l'édifice du Panthéon à Paris.

C'est dans cette ville, chef-lieu de sous-préfecture, que naquit le
médecin Le Clerc, auteur d'une Histoire de Russie.

Au confluent du Doubs et du Dessoubre, on voit, à l'extrémité d'un
vallon formé par des coteaux tapissés de vignes, adossés à des montagnes
couvertes de forêts, la petite ville de Saint-Hippoïy te, dans laquelle
existe encore la chapelle où l'on conservait anciennement le
saint-suaire qui reçoit à Turin les baisers des fidèles. Saint-Hippolyte
possède quatre fromageries et une belle manufacture d'ohjets de
quincaillerie ; mais un grand nombre d'usines situées dans la vallée
attestent, par la fumée noire qui s'en élève jour et nuit, leur
importance et leur activité. Sur le territoire de cette commune il
existe une grotte curieuse appelée le Château de la Roche : elle a 80
pieds de hauteur, et perce horizontalement un rocher très-élevé coupé à
pic.

Le nom qu'elle porte lui vient d'un ancien château qui fut construit à
l'entrée et que les guerres du XVIe siècle détruisirent. Les ruines qui
en restent sont dignes d'exciter la curiosité par l'effet pittoresque
qu'elles présentent. Nous sommes dans l'arrondissement de Montbelliard,
ancienne capitale d'une principauté, mais qui n'a rien perdu de son

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importance en devenant une sous- préfecture. Elle est bien bâtie,
arrosée par plusieurs fontaines, et dominée par un château qui servait
de résidence à ses princes et qui sert aujourd'hui de caserne de
gendarmerie et de maison d'arrêt: une partie de l'édifice renferme les
archives de l'ancienne principauté, parmi lesquelles se trouvent
plusieurs chartes du XIIe siècle. Le bâtiment des halles et l'église de
SaintMartin, dont le plafond, long de 80 pieds et large de 5o , se
soutient sans colonnes, sont les seuls édifices remarquables de cette
ville, qui s'enrichit par son commerce avec la Suisse et par sa
fabrication d'horlogerie fine, sa belle filature de coton, et ses
nombreuses tanneries dont les produits réunis représentent une valeur
annuelle de 1,200,000 francs. Cet arrondissement, qui comprend une
partie de la plaine, ainsi que de la haute et de la moyenne montagne,
renferme des champs bien cultivés, des usines, des filatures et de
nombreuses fromageries. Audincourt est un village dont les 1000 habitans
doivent leur aisance aux forges, à la manufacture de fer-blanc, à la
filature de coton, et à la fabrique de percales qu'il renferme. Celui de
Mandeure occupe une partie de l'emplacement de la cité romaine d'
Epamanduorum : on y voit les restes d'un théâtre qui doit remonter au
IIIe siècle, et l'on y trouve d'antiques constructions et des médailles.

Quelques rameaux du Jura et des Vosges forment au midi et à l'occident
la région montagneuse du Haut-Rhin.

Les Vosges projettent d'assez hautes sommités que leur forme arrondie a
fait appeler ballons; de ces plus importantes cimes, on aperçoit le
ballon d Alsace et celui de Guebwiller qui a 1433 mètres de hauteur. La
partie orientale bornée par le fleuve, arrosée par l'Ill, la Birse,
quelques autres petites rivières ef. le canal de Monsieur, est une
longue plaine. Dans les deux régions se trouvent des forêts, des vignes
et des champs fertiles; dans les deux ré-

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gions l'agriculture est arrivée à un grand degré d'avancement. Partout
de superbes prairies artificielles offrent une nourriture abondante aux
bestiaux; partout de riches vergers produisent d'excellens fruits ;
partout enfin on cultive le merisier dont le fruit sert à fabriquer un
kirschwasser estimé. Le nombre de chevaux et de bêtes à cornes répond à
la richesse de la culture; cependant le territoire ne nourrit pas assez
de moutons et ne produit pas assez d'avoine et de blé pour la
consommation locale. C'est donc en grande partie aux usines
qu'alimentent ses mines de cuivre, de fer et de plomb , ses forêts et
ses houillères, et aux fabriques de tissus de laine et de coton, que le
département doit son importance et sa prospérité.

Un roc au pied des Vosges servit à l'époque du régime féodal de base à
un vieux château , que sa position a fait appeler Bel-Fort ; une petite
ville du même nom, mais que l'on prononce et que l'on écrit aussi
Béfort, s'éleva à la base de ce roc. La vieille forteresse subsiste
encore, mais le rocher qu'elle domine offre de si grands avantages comme
position militaire, que Vauban, en 1688, l'entoura de fortifications. La
ville est bien bâtie; quelques unes de ses rues sont larges et tirées au
cordeau ; ses casernes sont belles ; on y respire un air pur ; la
Savoureuse, qui coule au pied de ses murs, sert de moteur à de
nombreuses usines ; la situation de Béfort à la jonction de six grandes
routes y favorise les transactions commerciales.

Le même arrondissement comprend plusieurs localités industrieuses.
Massevaux ou Mas munster, ville de 3ooo habitans, renferme une
importante filature de coton. C enta ), qui compte 2000 âmes de plus,
possède aussi des filatUrcs, ainsi qae des fonderies et des manufactures
de toiles peintes.

La population et l'industrie <X Altkirch sont peu un; voilautes; nous
n'eu parlons que paire que cette vtM' <. ^t le

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chef-lieu 4'une sous-préfecture. Huningue, sur la rive gauche du Rhin,
était en 1814 une jolie place de guerre fortifiée par Vauban et peuplée
de 7700 habit ans ; aujourd'hui elle en renferme à peine 1000.
L'invasion de 1815 est la seule cause de sa ruine. Elle fut le théâtre
d'une de$ gloriejuses scènes de courage qui ont signalé cette
désastreuse époque de notre histoire. Bloquée par a5,000 Autrichiens, et
défendue par 140 hommes sous les prdres du général Barbanègre, ce ne fut
qu'après douze jours de tranchée, ce ne fut .qu'après avoir perdu la
moitié de sesdéfenseurs t qu'elle capitula, avec tous les honneurs de la
guerre. Quel fut * l'étonnement du vainqueur y lorsqu'il vit défiler
cette pQignée de braves, composée de 5o. hommes valides et d'une
trentaine de blessés! paître de la ville, il s'empressa d'en détruire
les fortifications, et n'épargna pas même le tombeau érigé, en i8o3 ?
par Marceau au général Abatucci, comme s'il eut voulu se venger sur les
morts de la noble résistance de quelques vivans.

Mulhausen ou Mulhouse est le centre de. la fabrication du Haut-P-hin
;-on y comptait, au commencement de 1828, i3 iflatures de coton et de
laine, II fabriques de draps j x7 de mousselines et de cotonnades, de
toiles peip,t<;.'t, des fabriques de maroquins, des tanneries et des
fonderies. Elle renferme i5,ooo âmes, indépendamment de 6 à 7000
ouvriers employés dans ses ateliers et qui habitent hors de son
enceinte. Elle se divise en vieille et en nouvelle ville : la première
est bâtie sur une île formée par la rivière de l'{ll et le canal de
INçuf-Brisach ; elle. se compose de rues irrégialières, mais larges,
bien pavées, propres, garnies de jolies maisons; elle est ornée de beaux
édifices, dont les plus .remarquables sont l'Jiôtel-de-ville et l'église
réformée. La seconde, au sud-est de la première, s'étend de la droite de
l'Ill au canal dç Monsieur; ses rues sont tirées au cordeau et bordées
de trottoirs ; une belle place,

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entourée de portiques et décorée du palais de l'industrie, en occupe le
centre. Mulhouse est la patrie du mathématicien Lambert dont on a donné
le nom à une petite place de la vieille ville, qui est décorée d'une
colonne érigée en son honneur.

Dans l'arrondissement de Colmar, nous pourrions citer 7 à 8 petites
villes importantes par leurs fabriques : K ai serberg, entourée de
murailles et bien bâtie, jadis ville impériale; Ribauvillé, où l'on voit
encore les ruines de l'ancien château de Ribeaupierre; Munster, qui fait
un bon commerce de toiles peintes et de kirschwasser; ROlifJach, dominée
par le château d'Isenbourg qu'habitèrent plusieurs de nos rois de la
première race; Soultz, qui fabrique spécialement des rubans de soie ;
Guebwiller, qui, outre des filatures et des fabriques de cotonnades,
possède une raffinerie de sucre et fabrique des clous et des étrilles ;
et Sainte-Marie-aux-Mines, entourée de gisemens métalliques dont un seul
est exploité. A l'exception de cette dernière qui renferme 9000
habitans, et Ribauvillé 6000 , toutes les villes que nous venons de
nommer n'ont que 3ooo à 4000 âmes. Neuf-Brisach, bâtie par Louis XIV et
fortifiée par Vauban, n'est importante que comme place de, guerre : sa
population est à peine de 2000 individus ; elle n'offre à l'extérieur
qu'un octogone régulier de bastions qui cache les maisons, parce que
celles-ci sont peu élevées et toutes de la même hauteur. Le même nombre
d'habitans se trouve à Ensisheitn, jolie ville entourée de murailles et
de fossés. Son principal édifice est l'ancien collége des jésuites
transformé en maison centrale de détention dans laquelle on entasse
jusqu'à 85o individus.

L'opinion la plus accréditée chez les antiquaires place la cité gauloise
d'Argentuaria, dont parle Ptolémée, à une demi-lieue de Colmar; elle
ajoute même que de ses ruines les Romains bâtirent la forteresse de (
olumbc&'td que dé-

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xuisit Attila. Un savant (i) a fixé l'emplacement d'Argen:uaria au
village d Harbourg où il a retrouvé l'enceinte l'un castrum. Mais rien,
dans Colmar même, ne rappelle .'époque de la domination romaine. Elle
n'était qu'un hameau sous le règne de Charlemagne ; ce n'est qu'en 1220
que l'empereur Frédéric II l'entoura de murailles et l'érigea en cité.
En 1552 seulement, elle reçut le titre d'impériale.

Bien que sa population n'ait jamais été plus considérable qu'elle ne
l'est aujourd'hui, elle tient depuis long-temps un rang important parmi
les villes les plus riches de l'ancienne Alsace. Il y a 4o ans, ses
revenus s'élevaient à plus de 100,000 livres; ils sont plus que doublés
aujourd'hui.

C'est le siège d'une cour royale; sa construction est aussi belle que sa
position est avantageuse et pittoresque. L'église des Dominicains est le
plus beau de ses anciens édifices, et sa bibliothèque publique est l'une
des plus importantes du royaume : elle renferme plus de 60,000 volumes.
Martin Schoen, le plus ancien graveur sur métaux, Rewbel, l'un des
membres du Directoire, et les deux frères Pfeffel, l'un historien et
l'autre poète , naquirent dans cette ville.

Borné, comme le précédent, à l'orient par le cours du Rhin, à l'occident
par une partie de la chaîne des Vosges, le département du Bas-Rhin est
couvert de coteaux, de forêts, de prairies et de terres de la plus
grande richesse.

Aux trésors de l'agriculture et de quelques mines, il joint ceux d'une
industrie variée, et met à profit les avantages que lui offrent un grand
nombre de routes et de cours d'eau navigables. En un mot, il possède
tant d'élémens de prospérité qu il est, de tous les départemens de
France, celui qui offre l'accroissement le plus rapide dans la population.

(') M. Ch. de Golbéry : Journal de la Société des scicm cs et arts du
Bas-Rhin NQ II, pig - u8. — 1828.

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La première ville que l'on traverse en quittant le territoire de Colmar
et en suivant le cours de l'Ill, est Schelestcit. Les Vosges, que l'on
voit sur la gauche, les vieux châteaux en ruines qui s'élèvent çà et là
sur quelques uns de leurs sommets; les vignobles qui dominent une
mrltitude de riches villages; les forêts qui s'étendent sur la droite de
la rivière ; les belles prairies qui bordent sa rive gauche, forment un
magnifique paysage. Ce cheflieu de sous-préfecture était jadis la
troisième des dix villes impériales de l'Alsace. Son antiquité est
incontestable : elle était sous les Romains l'une des plus importantes
cités des Tribocci, et portait le nom d'Elcebus, dont on retrouve la
trace dans le petit village d'2ï7/, que l'on voit à peu de distance de
ses murs. Sous les Carlovingiens elle était considérable, puisque
Charlemagne y célébra la fête de Noël en 776, et que Charles-le-Gros y
faisait quelquefois sa résidence. C'est du Xe siècle que date sa
décadence; au XIIIe elle se releva; mais elle eut encore beaucoup à
souffrir pendant la guerre de 3o ans, et jusqu'à la réunion de l'Alsace
à la France. Depuis cette époque elle n'a cessé de prospérer : en 1802,
sa population n'était que de 5ooo habitans, aujourd'hui elle est presque
doublée. Elle est généralement mal bâtie, et la po- j pulation y est
resserrée dans un trop petit espace. Du haut de ses fortifications, qui
forment un octogone presque régulier, on jouit d'une vue magnifique.
C'est à Schelestat 1 que fut inventée la manière de vernisser la
faïence, et I que naquit Martin Bucer, l'un des plus habiles théologiens
qui aient servi la cause du protestantisme.

Les villes les plus importantes du territoire de Schelestat

sont : Barr, bâtie avec régularité depuis le désastre qu'elle éprouva en
1794 par l'explosion de son arsenal, cité peu-

plée de 45oo habitans, et située dans un joli vallon en-

touré de vignobles; Ober-Fsay ou Obc/.En/teim, égale en

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e pulation à la précédente, au pied du mont Holenbourg , ilèbre
autrefois par le monastère de Sainte-Odile, dont ji aperçoit.de loin les
ruines majestuauses ; Rosheim, ville i 4000 âmes, qui ne consiste qu'en
une seule rue, et qui it jadis libre et impériale, Après ces cités
toutes indusieuses, nous devons mentionner Klingenthal, village
réablement situé au pied de collines couvertes de sapins y f important
par sa manufacture royale d'armes blanches, à l'on fabrique des dAmas
qui- rivalisent avec ceux de yrie.

Laissons sur notre gauche Mutzig et Molsheim ou Moltçn, deux petites
villes de 3ooo âmes, dont la première est pnnue par ses armes à feu, et
la seconde par son excellente uincaillel'ie, ses papeteries et ses
tisseranderies. Dirigeons-" ous, en a dmirant sa légèreté, vers la
flèche delà cathédrale le Strasbolrg, haute de 437 pieds.
Empressons-nous d'aller dmirer ce chef-d'Å“uvre d'architecture gothique,
et l'hor-t pge qui décore son intérieur, machine dont l'étonnante
omplication représente le mouvement de notre système planétaire et des
constellations. Strasbourg, dans laquelle tn entre par sept portes, est
entourée de fortifications et léfendue par une citadelle qui fut
construite par Vauban* Zlle est traversée par l'Ill, que l'on y passe
sur plusieurs ponts de bois. Après la cathédrale, le plus bel édifice
est e château royal, où réside l'évêque. Le palais de justice,
l'hôtel-de-ville, celui de la préfecture et la nouvelle salle le
spectacle ne sont pas indignes de cet important meflieu. L'église de
Saint-Thomas, bâtie au VIIe siècle, renferme plusieurs beaux mausolées,
dont le plus remarquable, sculpté pjjrPigalle, est celui du maréchal de
Saxe. L'arsenal, bâtiment d'une belle étendue, les casernes et les
fonderies, de canons sont tels qu'on s'attend à les voir dans- une place
de guerre de première classe. L'académie protestante est l'une des plus
célèbres de France, et peut rivaliser

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pour l'enseignement avec quelques unes des plus importantes de
l'Allemagne ; elle possède un beau cabinet d physique, une galerie
d'anatomie comparée, classée danj le meilleur ordre, un laboratoire de
chimie, un rich

musée d'histoire naturelle. Chacune des facultés de l'aca ; démie a sa
bibliothèque ; mais la ville en possède deu autres : celle de
l'Observatoire, qui renferme une coHec-i.

tion d'antiquités, et celle qui est ouverte au public et qui contient
55,000 volumes; l'épée de Kléber et le poignardi de son assassin sont
déposés dans cette dernière.

Les arts, les sciences et les lettres sont cultivés depuis si long-temps
à Strasbourg, qu'il n'est point étonnant que le nombre de savans et de
littérateurs distingués que cette ville a produits soit considérable.
Parmi les modernes qui se sont illustrés, la gloire militaire nous
montre Kléber et Kellermann; les sciences physiques, Ramond ; les arts
du dessin, Weyler, dont on a de belles peintures sur émail, et Manlich,
dont les tableaux de genre sont recherchés ; l'humanité reconnaissante,
le vertueux pasteur Oberlin. Si nous n'entrons dans aucun détail sur les
sociétés savantes de Strasbourg, ce n'est point qu'elles ne méritent des
éloges pour leur zèle et leurs lumières.

Quant aux établissemens de bienfaisance, ils sont tenus avec un soin
tout particulier; l'hospice civil surtout est remarquable sous ce
rapport : ses revenus s'élèvent à 55o,ooo fr., auxquels la ville ajoute
60,000 francs de subsides. La population moyenne de cet établissement
est de 5oo individus, auxquels il faut ajouter environ 540 pensionnaires.

La prison civile offre depuis long-temps une organisation qui déjà
devrait être imitée dans toute la France, surtout pour la réussite
complète que l'on obtient dans l'amélioration morale des prisonniers.

En sortant de la ville, dans la direction du nord-est, le premier objet
qui attire l'attention est l'île de Robertsau,

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tourée par 1111 et le llhin. On y remarque de charmantes tisons de
campagne, un joli village et plusieurs usines.

ns tous les environs on ne peut faire un pas sans aperceir des
établissemens industriels; mais ici l'agréable est Ini à l'utile; le
terrain présente l'aspect du plus beau din anglais. Près de la ville, et
sur le côté opposé, lève, au milieu de l'espace réservé aux manœuvres de
rtillerie , un obélisque en l'honneur de Kléber. Derrière citadelle, et
dans l'île située en face du village de Kehl, autre obélisque est
consacré à la mémoire de Desaix.

tte île est préférée par les Strasbourgeois à leurs plus lies promenades.

L'origine de Strasbourg est fort incertaine. Cependant nom
d'Argentoratum, par lequel Ptolémée la désigne premier, et dont la
racine est celtique, prouve qu'elle istait avant la conquête de César.
Drusus en fit une rteresse considérable; la notice de l'Empire nous
apend qu'elle était célèbre par ses manufactures d'armes.

l'époque de Julien, qui défit sous ses murs les Allemds, et fit
prisonnier leur roi Chrodomaire, elle devint l passage très-fréquenté
pour communiquer de la Gaule la Germanie : c'est ce qui lui valut, au Ve
siècle, le nom Strata-Burgus, originaire de celui qu'elle porte.

Ce n'est pas dans les villes que l'on peut juger le costume tional du
peuple, où il tend toujours à se rapprocher de lui de la bourgeoisie.
Dans les villages qui se succèdent squ'à Haguenau, les paysans et les
paysannes qui sortent dimanche de la messe ou du prêche, se montrent
dans ute leui élégante parure. L'habit noir carré et ouvert des )mmes
laisse voir une veste rouge à boutons dorés ; de andes bottes molles ou
de longues guêtres s'élèvent jusl'à la jarretière d'une culotte de
ratine noire ; un large lapeau complète cet habillement. Celui des
femmes est aucoup plus riche et plus gracieux : un grand chapeau

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de paille à forme basse couvre leur chevelure, dont les tresses
flottantes, terminées par des nœuds de ruban, sont un emblème de la
virginité; les femmes mariées n'ont pas le droit d'en porter. Au chapeau
souvent elles substituent de longues flèches d'or qui retiennent leurs
tresses relevées en forme de couronne. Une cravate de soie noire retombe
sur leur poitrine. Un corset dont le devant est charge d'ornemens en or
et de rubans; de larges manches d'une toile blanche et fine, retenues au
poignet, où elles se terminent par une manchette plissée, se rattachent
à une jupe de serge verte bordée d'un large ruban rouge, et -qui laisse
: voir à moitié une jambe fine chaussée d'un bas blanc biem tiré et un
pied maintenu par une boucle d'argent dans uni soulier à haut talon.

Haguenau, qui compte près de 10,000 habitans et plusieurs fabriques, fut
fondée par Frédéric Barberousse, et!

fut comprise parmi les villes impériales de l'Alsace. Les terres
sablonneuses de ses environs produisent une grande: quantité de garance
dont elle expédie chaque année poun la France et l'Angleterre plus de
deux millions de kilogrammes. Elle renferme des tanneries, des
brasseries, desi faïenceries; une savonnerie, quatre corderies, une
filature de coton, une fabrique de percale; deux de draps et ilfj
siamoise, deux de goudron, six moulins à huile et des moulins à garance.

Une courte excursion vers la base des Vosges nous fert voir, sur les
dernières pentes de cette chaîne, la petite villll de Scwerrw, assez
bien bâtie dans un pays fertile en vills; Elle est dominée, à l'ouest,
par la côte qui porte son nom et au sud-ouest, par les ruines du
Haut-Barr, château dt: XIIe siècle. Son origine romaine est
incontestable : elle un son nom de Tabernæ, réunion d'hôtelleries qui se
trn lii vaient sur l'emplacement qu'elle occupe et qui servaient d.,
lieu d'étapes entre Strasbourg et Metz. Bouxwiller, où 1 oif

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)Î t aussi un beau château gothique entouré de jolies romenades, est une
ville industrieuse, de 4000 âmes, tuée au pied des montagnes. On
exploite dans son voisiage des terrains riches en sulfate de fer.

L'arrondissement le plus septentrional du Bas-Rhin, ui termine la France
à la Bavière rhénane, renferme uelques lieux importans:
Soult-solls-Forèts, peuplé de 000 habitans, l'est par ses vins, estimés
les meilleurs du épartement, par ses terrains imprégnés de bitume et
célant des veines de houille, mais surtout par la source liée qu'on y
exploite. Seltz, ville un peu plus peuplée que 1 précédente, possède une
source minérale gazeuse bien onnue, dont tous les ans on expédie pour
Paris plus de 0,000 cruchons de grès. Niederbrun, ou mieux Niedermllfl,
est un bourg de 2600 âmes, connu pour ses étalissemens de bains et pour
ses usines où l'on fabrique des ss;eux en fer, ainsi que divers objets
pour le service de artillerie, différentes pièces de mécaniques et de la
poterie n fonte. IVeissembourg ou Wissembourg, sur la Lauter, l'a
d'importance que par sa situation sur notre frontière u nord et par son
rang de chef-lieu de sous-préfecture.

es lignes de fortifications sont célèbres dans les guerres [ui se sont
succédé depuis Louis XIV jusqu'en 1815. On ;i croit une des plus
anciennes cités des Sebusiani. Son ndustrie se réduit à des tanneries et
à des fabriques de oiles et de faïence ; cependant son commerce n'a
cessé de )rospérer depuis la réunion de F Alsace à la France, et sa
)opulation qui n'était que de 1700 habitans a presque [uadruplé.

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LIVRE CINQUANTE-SEPTIÈME.

SUITE de la Description de l'Etirope. - Description du royaume de
France. - Cinqtiième section. - Région septentrionale.

LA région que nous allons parcourir, comprenant vingt et un départemens
formés des anciennes provinces de la Lorraine, de la Champagne, de 1
Ile-de-Françe, de la Normandie, de la Picardie, de la Flandre et de
l'Artois, est i la plus riche, la plus éclairée et la plus populeuse :
elle compte près de 1640 habitans par lieue carrée. C'est la plus
importante par l'étendue de ses forêts, le nombre de ses chevaux,
l'industrie de ses habitans et la somme de ses revenus.

Le département de la Moselle confine, au nord, avec les possessions de
la Bavière, de la Prusse et des Pays-Bas. Il occupe, de l'est à l'ouest,
une longueur de 39 lieues : c'est juste trois fois sa plus grande
largeur du nord au sud. Son territoire, inégal et boisé, produit deux
fois plus de blé qu il n'en consomme ; il est riche en chevaux qui
seraient d'une grande ressource pour notre cavalerie légère, si leur
race était améliorée. Il nourrit beaucoup de bestiaux, quoiqu'ils, y
soient en nombre insuffisant : il est surtout pauvre en bêtes à laine.
L'abondance de ses bois, qui lui offrent les moyens d'entretenir un
grand nombre d'usines, et de tirer un bon parti de ses mines de fer;
l'étendue de ses routes, l'importance de ses voies navigables,
l'aptitude au travail que l'on remarque chez ses habitans de toutes les
classes, cultivateurs, manufacturiers ou commercans, sont ses
principales causes de prospérité. L'agriculture y est généralement plus
avancée que dans le reste de la France : le paysan

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nessin, aussi infatigable dans ses travaux qu'il est brave à a guerre,
abandonne volontiers les vieilles routines de la mlture ; il remplace
les jachères par les prairies artificielles; 1 obtient de son sol une
grande variété de produits ; il multiplie les pépinières; il soigne avec
intelligence les arbres Fruitiers, et si les vignes qu'il cultive,
particulièrement sur la rive gauche de la Moselle, produisent peu de
vins de bonne qualité, c'est que ce genre de culture est pour le pays
une branche de commerce dont l'exportation n'est pas favorisée, et qui
mérite peu que le petit propriétaire remplace les ceps de grosse race
lorraine par ceux des crus estimés de la Bourgogne.

A l'extrémité orientale du département, au bas du versant occidental des
Vosges, Bitche, ville de 2700 âmes, entoure une forteresse située sur la
cime d'un rocher de grès rouge, et à laquelle on monte par une pente
rapide: en 1793, les Prussiens tentèrent vainement de s'emparer par
surprise de cette forteresse, qui passe avec raison pour imprenable.
C'est un chef d'Å“uvre dans son ensemble comme dans ses parties ;
l'intérieur du rocher est entièrement voûté et casematé; elle est armée
de 80 canons de tous calibres : 1000 hommes suffisent pour la défendre.
On y voit un puits taillé dans le roc jusqu'à la profondeur de 80
mètres, à l'épreuve de la bombe. La ville a un hôpital, une petite
caserne et trois promenades. Elle est traversée par deux rues
principales, et entourée d'un mur crénelé, percé de trois portes.

L'arrondissement de Bitche comprend plusieurs établissemens d'industrie
que nous ne devons pas passer sous silence : les forges de Mouterhausen
occupent 400 ouvriers ; les deux verreries de Maisenthal et de
Goetzenbluck, situées dans f de charmantes vallées boisées, livrent
annuellement au commerce pour environ 200,000 francs de verres de
montres l et de pendules; celle de Saint-Louis, dans le hameau de

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Miinsthal, fabrique des cristaux pour une valeur trois fois plus
considérable.

Sarralbe, qui tire son nom de sa situation au confluent de l'Albe et de
la Sarre, et qui renferme 33oo habitans, a, dans ses environs, une
saline dont l'exploitation fournit annuellement au commerce 20,000
quintaux de sel. En remontant la Sarre, on voit, à la jonction de cette
rivière et de la Blise, Sarreguemines, dont l'ancien nom allemand,
gemullde, signifie embouclwre. En 1790, sa population n'était que des
deux tiers de ce qu'elle est aujourd'hui. Ses faïences rouges, d'un
usage très-répandu, les tabatières de pâte de carton fabriquées dans ses
environs, sont les principaux alimens de son commerce : la vente de ces
dernières forme un produit annuel de près de 800,000 francs. La ville,
assez bien bâtie, est traversée dans sa longueur par une large rue qui
aboutit au pont sur la Sarre. Cette route nous conduira vers Forbach,
bourg de 3ooo âmes, où campa Charles-Quint lorsqu'il se disposait, en
i552, à compromettre sa gloire militaire devant les remparts de Metz.
C'est dans ce bourg situé au bas d'une colline, dans une plaine
délicieuse, qu'est établi le premier bureau de douanes.

Bouzonville, peuplée de 2000 âmes, est le plus considérable de tous les
lieux industriels que l'on traverse ou que l'on aperçoive avant d
arriver aux portes de Thionville.

Cette jolie cité, dont l'origine ne paraît pas remonter au-delà du VIIIe
siècle ; cette place de guerre de troisième classe, dont une partie des
remparts fut construite par les Espagnols, sur lesquels Condé la prit
après avoir gagné la bataille de Rocroy, ne renferme aucun monument
remarquable, si ce n'est un beau manège couvert, dont on admire la
charpente; son pont de bois, que tous les ouvrages de géographie , tant
anciens que modernes, citent comme une merveille, n'a pour compenser sa
laideur que l'avantage de

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pouvoir être démonté promptement. En descendant la Moselle, on aperçoit
à deux lieues de Thionville, sur la rive gauche de la rivière, le
village de Cattenom, dont la foire aux bestiaux est la plus importante
du pays; à deux lieues plus loin on entre dans la petite ville de
Sierck, bâtie sur le bord de la Moselle, au pied d'un roc couronné par
un château-fort. Elle a plusieurs tanneries importantes; elle exploite
une roche de quarzite ferrugineux dont on fait pour Metz et pour Nancy
un excellent pavé; c'est l'entrepôt des quincailleries et des
passementeries du duché de Berg, des soieries de Crevelt, des aiguilles
d'Aix-la-Chapelle, des cuivres de Stolberg et des fontes du Rhin : les
recettes annuelles de ce bureau de douanes s'élèvent à un million
3oo,ooo francs.

A l'occident de Sierck, et comme celle-ci à une demilieue de la
frontière, Longwy, qui compte à peine 3ooo âmes, se divise en haute et
basse ville. La première, construite sur un roc, a été fortifiée par
Vauban. Dans la seconde on voyait jadis une forteresse sur l'emplacement
de laquelle on a souvent trouvé des médailles romaines.

La place publique est grande et régulière; 1 hôtel-de-ville et l'hôpital
sont ses principaux édifices. En 1815 un corps d'armée de 18,000
Prussiens ne put entrer dans cette place qu'après avoir perdu 3ooo
hommes, et lancé 3ooo projectiles : sa garnison n'était cependant que de
200 soldats.

On a lieu de croire que Longwy, qui dans le moyen âge portait le nom de
Longus-Vicus, occupe aujourd hui l'emplacement d'un camp romain. Cette
petite ville, connue par son lard et ses jambons, est beaucoup plus
importante que Briey, son chef-lieu, assemblage de rues étroites situées
sur le penchant d'un coteau rapide et dominant un joli vallon resserré
par des bois et arrosé par la petite rivière du Woigot.

Nous ne suivrons pas la route la plus fréquentée qui

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conduit de Briey à l'ancienne capitale du pays Messin.

Pour avoir une idée favorable de cette dernière, il faut descendre dans
son beau bassin par le chemin tracé en zigzag depuis le plus haut
plateau de ses environs jusqu'au joli village de Rozerieulles, qui se
cache dans une petite gorge décorée de vergers et de vignes. De
l'extrémité de cette côte on aperçoit la Moselle coulant au milieu de
belles prairies avant de se partager en plusieurs bras qui rendent plus
redoutables les imposantes fortifications de la place.

Un édifice d'une éclatante blancheur, et d'une architecture qui gagne
dans l'éloignement ce qu'elle perd à être vue de près, élève sa masse
quadrangulaire près des beaux arbres de l'esplanade : c'est le palais de
justice situé sur la plus belle promenade de la ville, et qui, par les
points de vue qui l'environnent, ne craint la comparaison avec aucune de
celles que nous avons justement vantées. A la gauche du spectateur, la
cathédrale, dont la teinte noire ressort sur la nuance générale des
autres constructions, élance, à 373 pieds dans les airs, sa flèche
légère et hardie, entourée d'autres flèches taillées à jour en forme
d'obélisques. Aperçue de loin, on ne se doute point du singulier
contraste de sa belle architecture gothique avec son lourd portail
moderne ; mais on conçoit par son élévation la beauté qui distingue sa
nef de 363 pieds de longueur sur 73 de largeur. Ce monument fut commencé
en 1064. Lorsque l'on sonne sa grosse cloche, appelée la Mutte, le
clocher, b grande et les petites flèches éprouvent un balancement sensible.

Près du village de Longeville, où les eaux de la Moselle , retenues par
une digue, tombent en une large cascade, on aperçoit au bas de la côte
que l'on vient de quitter, le joli village d'Ars-sur-Moselle, qui
renferme deux papeteries, une fabrique de velours , et une manufacture
de draps pom l'habillement des troupes. Son nom, dérivé du latin <irx,

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indique l'emplacement d'une forteresse romaine; mais un peu plus loin
les restes d'un aqueduc antique frappent les regards : les piliers qui
s'élèvent dans les vignes et qui forment des écueils au milieu de la
rivière se continuent sur la rive droite en majestueuses arcades , au
village de Jouy, dont les habitans donnent à cette construction le nom
de Pont-du-Diable. Cet aqueduc, attribué à Drusus, alimentait les bains
et la naumachie de Divodurum, cité des Mediomatriciy que la notice de
l'empire désigne sous le nom de Metis, origine de celui de Metz. Une
belle baignoire antique en porphyre rouge, beaucoup plus grande
qu'aucune de celles du musée du Louvre (1), se conserve dans la
cathédrale où elle sert de fonts baptismaux. Lorsque l'on construisit la
citadelle, on découvrit plusieurs tombeaux romains que l'on enfouit au
milieu du massif de ses épaisses murailles : dans ces dernières années,
en détruisant, pour agrandir la promenade, ce qui restait de cette
forteresse devenue inutile, on retrouva ces tombeaux, et, le
croira-t-on! l'autorité les laissa enfouir de nouveau. Plusieurs fûts de
colonnes en granite qui servent de bornes, sont les débris des somptueux
édifices que Metz a vu détruire par la main du temps et par les
révolutions. Ausone, dans des vers que l'on a gravés sous le péristyle
de son bel hôtel-de-ville, fait un éloge pompeux de cette ancienne cité.

Metz fut la capitale de l'Austrasie, dont Thierry fut le premier roi;
Louis-le-Débonnaire y mourut en 840, et l'église de Saint-Arnoult, alors
dans un faubourg et maintenant dans la ville, reçut les cendres de ce
malheureux prince; sous l'empereur Othon II, elle fut déclarée libre et.

impériale. Vers la fin du XIVe siècle, elle était dans sa plus grande
prospérité ; elle soutint contre divers souve-

(0 Elle est longue de 10 pieds ; large de 4 , et haute de 3 pieds et demi.

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rains des guerres longues et sanglantes, et plusieurs princes briguèrent
l'honneur d'y être admis aux droits de cité.

Tombée au pouvoir de Henri II, par les intrigues et l'adresse du
connétable de Montmorency, elle repoussa, sous le commandement du duc de
Guise, les attaques de Charles-Quint, à la tête d'une armée de plus de
100,000 hommes. Quoique bien peuplée pour son étendue, elle l'est bien
moins que lorsqu'elle était indépendante (1).

Les embellissemens qui s'opèrent à Metz depuis longtemps; le nombre des
rues larges et remarquables par leur pavage qui ont remplacé des rues
sales et tortueuses, le quartier Saint-Thiébaud, les belles casernes,
l'arsenal, le vaste hôpital militaire, l'hôtel-de-ville, la préfecture
et le collége royal; l'église de Saint- Vincent, dont le portail est
orné d'un triple rang de colonnes ; le nouveau marché couvert qui décore
la place de la cathédrale; sur le rempart de l'arsenal le beau bàtiment
destiné à l'école et à l'état-major de l'artillerie; enfin ses
promenades et quelques unes de ses places, peuvent faire comprendre Metz
parmi nos villes bien bâties. L'intérieur de sa salle de spectacle ne
répond pas à l'extérieur, quoiqu'on l'ait restaurée à grands frais
depuis peu d'années : elle est petite et coupée d'une manière incommode.
Sa bibliothèque composée de 36,000 volumes, dont l'une des salles
renferme une collection d'histoire naturelle bien classée et riche en
zoologie, en minéralogie et en géologie, tandis qu'une

(1) L'an 71 de notre ère elle rcnfermait. 8,000 habitans.

Vers la fin du XIVe siècle 60,000 En 1698., 32,000 En 1741. - 30,000 En
1789" 36,000 En 1800. 32,000 En 1802. 34,000 En 1814 4 • >000 En 1827.,.
45,000

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autre est réservée à une suite de divers modèles de machines; son
importante école spéciale d'artillerie et du génie, établie depuis
long-temps dans l'ancien couvent de Saint-Arnoult dont l'un des vieux
pans de murailles supporte un petit observatoire; son jardin botanique,
peu considérable, mais bien tenu; ses cours d'accouchemens; ses écoles
de commerce et de dessin; ses cours d'arithmétique , de géométrie
appliquée aux arts, de mécanique, de physique, de chimie, de grammaire,
et d'économie domestique, ouverts pour la classe ouvrière dans les
salles de l'hôtel-de-ville et suivis par plus de 3oo auditeurs; sa
société des sciences médicales, celle des sciences, des arts et des
lettres; les associations philanthropiques, telles que celle de la
charité maternelle, celle des arts et métiers pour les israélites, celle
de secours mutuels pour les ouvriers, prouvent que cette ville a fait
bien des progrès sous le rapport intellectuel depuis l'époque où
Voltaire s'étonnait, en la traversant, d'y avoir vu beaucoup de
pâtissiers et de confiseurs et un seul libraire.

Metz a prouvé son patriotisme en refusant le passage aux armées alliées
au moment où elles quittaient le sol de la France. Elle fit construire
sous ses remparts un pont sur lequel elles traversèrent la Moselle, afin
que son enceinte, qui ne vit jamais briller un panache étranger, n'eût
pas, même en temps de paix, à supporter un spectacle honteux.

On ne pouvait attendre moins de la patrie de Fabert, de Custines et de
Lasalle. On continue à augmenter ses fortifications ; ses ponts sur la
Moselle sont destinés à être défendus par des ponts-levis et d'autres
travaux qui assureraient sa sécurité, quand même le fort Belle-Croix qui
la défend au nord-est viendrait à tomber au pouvoir des assiégeans.

A trois lieues au sud-ouest de Metz, le bourg ou la petite ville de
Gorze mérite quelque attention : sa situation

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dans une étroite vallée est des plus pittoresques ; des sources y
alimentent plusieurs fontaines, un ruisseau limpide y est utilisé par
plusieurs tanneries. On y voit encore les conduits souterrains de
construction romaine qui transportaient les eaux de Gorze à l'aqueduc de
Jouy. Il ne reste plus de sa riche abbaye que les ruines d'un vieux mur
de 6 pieds d'épaisseur et que le château de l'abbé qui avait le rang de
prince. Ce château, presque abandonné, conserve quelques restes de ses
abondantes fontaines et quelques débris de mauvaises sculptures.

Le département qu'arrose la Meuse du sud-est au nordouest est entrecoupé
dans la même direction par de longues vallées fertiles et de hauts
plateaux où l'air est froid, mais sain. Son sol boisé abonde en
céréales, produit dans les environs de Bar des vins estimés, nourrit un
grand nombre de chevaux, mais ne possède point une quantité suffisante
d'autres animaux domestiques (1).

En nous élevant sur le plateau qui borde la rive droite de la Meuse, la
première ville que nous traverserons est Étain, cité assez jolie,
peuplée de 3ooo âmes, et située dans une plaine marécageuse au bord de
l'Ornes, où l'on

(') La superficie-du département est divisée do la manière suivante :

Terres labourables et propriétés bâties. 33<).,oj3 hectares Bois
appartenans à l'État. 43>900 --aux communes et aux établiss. publics.
89,700 -aux particuliers 49>4°° Prairies. 48,000 Vignes. i3,ooo Jardins,
vergers, chenevières 7,^00 Terres incultes. 8,3oo Étangs 2,200 Routes,
chemins, ruisseaux, rivières, etc. 8,007 Total. 608,080

Nombre des animaux domestiques existans en 1829 :

Chevaui. TVtcs à cornes. R'tpsàl nru 61,000 83,000 193,000

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pêche de belles écrevisses et d'excellens poissons. Bientôt on aperçoit
les remparts et la citadelle de Verdun, patrie de l'illustre Chevert et
siège d'un évêché. Ses environs sont remplis d'usines, de forges, de
verreries et de papeteries; son intérieur renferme un grand nombre de
confiseurs et de distillateurs. Dans certaines années, elle livre au
commerce 72,000 kilogrammes de dragées et 15,ooo hectolitres de
liqueurs. La ville, sise sur les deux rives de la Meuse, est assez bien
bâtie; mais ses rues, qui descendent rapidement vers la rivière, sont
pavées de cailloux pointus, aussi incommodes pour les chevaux que pour
les hommes. Le nouveau quartier de cavalerie, l'ancien palais épiscopal
et l'hôtel-de-ville sont, à défaut de monumens dignes de fixer
l'attention, les seules constructions que nous ayons à citer. Deux
collections utiles se font remarquer dans cette ville : l'une est la
bibliothèque publique, renfermant plus de 12,000 volumes, parmi les►
quels on trouve quelques chroniques des IXe, XIe, XIIe et XIIIe siècles;
l'autre est le musée de la société pliilomathique où l'on voit un
cabinet d'histoire naturelle et une suite de médailles antiques. Verdun
est mentionné dans l'Itinéraire d'Antonin, sous le nom de
rirodlllllllfl, dont l'origine celtique semble indiquer sa situation
primitive sur une montagne et près d'une rivière.

Une route qui borde le cours de la Meuse, traverse i Stenay, dont la
position est charmante ; c'est une ville de 3ooo âmes, qui fut autrefois
une place forte, et qui renferme de belles casernes. Sur sa droite,
ftfontmédy, moins peuplée, mal bâtie, mais plus importante comme
chef-lieu d'arrondissement et comme ville de guerre, située à une I
lieue de la frontière, est peu commerçante et sans in� dustrie. Elle est
divisée en haute et basse. En 1815, la ville l', défendue par des
douaniers, des gardes nationaux et une centaine de soldats, formant un
nombre total de 600

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hommes, réduisit aux deux tiers un corps de i5oo Prus- i siens qui
essaya de la surprendre. Près de cette ville , le 1 village d" AviotZi
possède une église bâtie au Xe siècle, qui t village d'Aiot!t possède
une église bâtie au xe siècle, qui; passe pour l'un des plus beaux
monumens gothiques de France.

Pour visiter le chef-lieu de la Meuse, nous retournerons sur nos pas et
nous arriverons sur les bords de l'Ornain , qui arrose celle de nos
trois villes de Bar que l'on appelait autrefois Bar-le-Duc, parce
qu'elle était la capitale d'un duché dont le territoire formait la
petite contrée du Barrois.

Cette ville fut fondée au Xe siècle par Frédéric, duc de Mosellane ou de
la Haute-Lorraine, et beau-frère de HuguesCapet. La rivière qui l'arrose
lui a fait donner aussi le nom de Bar-sur- Ornain. Il ne reste plus de
ses anciennes fortifications que des fragmens de murailles et la tour
dite de l'Horloge. L'église de Saint-Pierre renferme un morceau de
sculpture remarquable qui atteste le talent de LigierRichier; il
représente un cadavre en dissolution, d'une effrayante beauté. Sa
population excède 12,000 âmes. Ses confitures sont célèbres par leur
délicatesse : ses nombreuses filatures livrent chaque année au commerce
environ 5oo,ooo kilogrammes de coton ; cette branche d'industrie, le
chargement des fers des forges qui l'environnent, le flottage des
planches que l'on débite dans les forêts voisines et le transport de ses
vins, donnent beaucoup d'activité à son petit port.

Quatre lieues plus haut, l'Ornain coule au pied de la jolie petite ville
de Ligny, qui conserve encore une partie de ses anciennes murailles. On
remarque dans son église paroissiale le tombeau du maréchal de Luxembourg.

Nous terminerons notre excursion dans ce département par une course
charmante. Retournons dans la délicieuse vallée de la Meuse;
Saint-Mihiel, ville de 5ooo âmes, mérite d'être vue. Elle était
autrefois fortifiée; mais le danger

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ue courut Louis XIII lorsqu'il en fit le siège, le déterlina à faire
raser ses fortifications. Sa position pittoresque t'est pas le seul
motif qui nous y attire. Après avoir jeté un oup d'œil sur la façade de
l'ancienne abbaye qui décore i place Neuve, sur la riche et légère
colonnade de l'église laroissiale et autrefois abbatiale qui renferme
les cendres de rois princes de la maison de Lorraine et de huit comtes
de ar leurs successeurs, et sur les casernes de cavalerie , nous
risiterons dans la partie de la ville appelée le Bourg, l'église le
Saint-Etienne : on y voit un morceau de sculpture digne le l'admiration
des connaisseurs : c'est un Saint-Sépulcre ait d'un seul bloc de pierre
du grain et de la blancheur du narbre, dont les treize figures, par la
simplicité de leur lisposition, par le fini de leur exécution, annoncent
le ;alent d'un artiste exercé. Il est dû au ciseau de LigierRichier,
élève de Michel-Ange, que les uns font naître à Saint-Mihiel et d'autres
au village de Dagonville. A quatre lieues en remontant la Meuse, la
jolie ville de Commercy, arrosée par cette rivière et entourée d'une
belle forêt vers laquelle se dirige une de ses rues tirées au cordeau,
renferme un beau château que fit bâtir le cardinal de Retz, et que l'on
a transformé en un superbe quartier de cavalerie (1).

Les bords de la rivière nous conduisent enfin à Vaucouleurs, qui tire
son nom de la riche verdure et des prairies émaillées de fleurs dont se
pare sa charmante vallée. Cette ville de 2000 âmes est construite en
amphithéâtre; un petit canal, alimenté par la Meuse et par la fontaine
de Vaise, augmente l'activité de ses tanneries et de ses fabriques de
cotonnades. Elle a donné naissance à l'abbé Ladvocat, auteur pseudonyme
du Dictionnaire géographique de Vosgien, et à la célèbre Mme Dubarri.

(1) La fondation de Commercy remonte au IXe siècle. On prétend que son
nom vient de cum (en), marchia (limite), parce qu'elle se trouvait aux
confins des royaumes de France., de Bourgogne et d'Austrasie.

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Couvert par une partie des Vosges et par leurs ramifications, le
département qui porte le nom de cette chaîne de montagnes se divise
physiquement en deux parties distinctes : l'occidentale et l'orientale;
la plaine et la montagne. La première offre un sol assez productif: elle
em , brasse les arrondissemens de Neufchâteau, de Mirecourt, et la
portion septentrionale de celui d'Epinal; les récoltes y sont
abondantes, et quelques cantons produisent des vins estimés, mais que
l'on transporte difficilement hors du pays. La seconde, qui comprend les
arrondissemens de Saint-Dié, de Remiremont et la partie méridionale de
celui d'Epinal, abonde en excellens pâturages et se couvre d'immenses
forêts de sapins ; elle vend aux départemens voisins son beurre et ses
fromages dont les plus connus sont ceux de Gerardmer ou Géromé. Les plus
hautes montagnes du département sont le ballon d'Alsace, dans
l'arrondissement de Remiremont, et le Donon ou Donnon, dans celui de
Saint-Dié. Les cimes vosgiennes, couvertes de neige pendant une partie
de l'année, étendent leur influence sur les différentes parties de ce
territoire en raison de la distance qui les sépare de celles-ci. Du
ballon de Saint-Maurice ou d'Alsace, qui, au sud-est, forme la pointe du
département, part une longue croupe séparant celui des Vosges de ceux de
la Haute-Saône et du Haut-Rhin. La plupart de ces montagnes ne sont
boisées que jusqu'à une certaine hauteur; leurs sommets sont couverts de
grandes pelouses où l'on conduit pâturer pendant six mois de l'année des
troupeaux de vaches louées dans les villages pour ce temps ; les gens
qui se livrent à ce genre d'industrie descendent rarement dans la plaine
: ils habitent des châlets et confection nent des fromages qui
ressemblent à celui de Gruyère. Les Vosges, si dignes d'intéresser par
la variété des points de vue, par la disposition et la nature des roches
et par la richesse de la végétation, les dessinateurs, les gco^uosies

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t les botanistes, sont en général trop peu fréquentées par eux qui sont
en état de les apprécier sous ces divers raplorts. Les premiers y
trouveraient, loin des grandes routes, es paysages qui rivalisent avec
ceux des parties basses de i Suisse ; les seconds y pourraient résoudre
quelques proilèmes intéressans pour la science ; enfin, les botanistes y
ecueilleraient plusieurs plantes alpines.

Nous allons visiter le village qui vit naître lhéroïne du LVe siècle :
Domremy-la-Pucelle est dans une vallée emlellie par les sinuosités de la
Meuse. Ces vertes prairies, es coteaux un peu nus, mais couverts de
pâturages, ont té le théâtre des occupations champêtres de cette
villaeoise qui quitta la houlette pour l'épée des combats, qui bandonna
ses troupeaux pour conduire à la victoire les français découragés par
les revers. Près de l'église, la liaison ou elle reçut le jour est
facile à reconnaître par sa iorte gothique surmontée de trois écussons
fleurdelisés et l'une statue qui la représente couverte de son armure.

Un 1818, un comte prussien proposa au propriétaire de ette antique
habitation de lui vendre cette statue : sur son efus, il lui offrit 6000
fr. de sa maison; mais l'or de l'éranger ne séduisit point ce généreux
Français qui pour le iers de cette somme la céda au département. La
maison de eanne d'Arc devint une propriété nationale, et le patrioisme
de son propriétaire fut dignement récompensé par la lécoration de la
Légion-d'Honneur. Louis XVIII accorda à a commune 12,000 fr. pour ériger
un monument en l'honleur de Jeanne, 8000 fr. pour fonder une école
d'enseignenent mutuel destinée à l'instruction des jeunes filles de
)omremy et des communes environnantes, et 8000 fr. pour ine rente
affectée à l'entretien d'une sœur de charité qui defait desservir cette
école. La maison fut restaurée et rétablie ians son état primitif; un
beau tableau, donné par le gouvernement, en décore l'intérieur; la place
publique fut em-

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bellie par une plantation régulière de peupliers au milieu de laquelle
on a construit une fontaine dont la base quadran-i gulaire porte quatre
pilastres couronnés par un entablement et par un double fronton sous
lequel on voit le buste de 1 héroïne accordé également par la
munificence royale.

L'inscription de ce monument : A la mémoire de Jeanne (VArc, rappelle la
simplicité de celle qui en est l'objet (i). A trois lieues à l'ouest de
Domremy, le bourg de Grand, qui renferme cinq fabriques considérables de
clous, est bâti sur l'emplacement d'une ville antique : on y voit les
restes d'un bel amphithéâtre. Au confluent du Mouzon et de la Meuse, la
jolie petite ville de Neufchâteau, chef-lieu d'une sous-préfecture et
patrie d'un homme qui tient un rang distingué parmi nos littérateurs et
nos hommes d'état, est dominée de tous côtés par des montagnes. Mirecourt.

autre chef-lieu, arrosé par le Madon, s'appelait, dans le latin du moyen
âge , Mercurii Curtis; cependant on n'y a trouvé aucun vestige
d'antiquité. Il est généralement mal hâti, mais ses environs sont jolis
et bien cultivés. On j compte plusieurs fabriques de dentelles, et l'on
y confectionne une énorme quantité d'orgues, de serinettes et
d'instrumens à cordes. A Contrexeville, petit village entouré pai les
eaux du Vair qui se partagent en deux branches, i] existe une source
d'eaux minérales fréquentée par les personnes attaquées d'obstructions,
ou affectées de la gravelle , on en expédie chaque année près de 4°°°
bouteilles poui Paris.

Ramberviller ou Rambeivillers, centre d'une grande culture de houblon,
ville industrieuse et riche, peuplée d< 5ooo âmes, possédant une
bibliothèque publique de io,ooc volumes, et renfermant une papeterie qui
occupe 100 ou, vriers, est la dernière que nous citerons dans la régior

(0 Voyez l'ouvrage intitulé : Forces productives et commerciales de i;
France, par M. le baron Ch. Dupin, tom. I, pag. 202.

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asse du département des Vosges. Elle est la patrie du saant jésuite
Serarius. Vers l'an 1125, Etienne de Bar, vêque de Metz, entoura cette
ville d'une muraille dont existe encore quelques restes.

La région montagneuse s'offre à nous; elle développe, ans toute son
étendue, cette suite de sommets que leur )rme arrondie et leurs pentes
douces ont fait désigner )us le nom de ballons; mais elle ne présente
point l'asect qui la distingue du côté de l'Alsace. On n'y voit pas 2s
vieux châteaux qui reportent le voyageur aux difféîntes époques du moyen
âge ; leur beauté consiste en aysages constamment variés. Elles
renferment du fer, du nivre, et surtout du plomb, disséminés par nids
plus ou iQins abondans. Ces métaux entretiennent de nombreuses sines
mises en mouvement par les ruisseaux qui sortent e la base de presque
tous ces monts. Les deux régions )nt, chacune dans leur genre, également
productives : :s plaines et les basses vallées fournissent des récoltes
Iffisantes en céréales et un excédant de plus de 600,000 ectolitres
d'avoine sur la consommation du département.

nourrit cependant deux fois plus de chevaux que le ombre moyen des
autres circonscriptions départemendes, et une quantité d'autres bestiaux
beaucoup plus condérable encore , à l'exception toutefois des bêtes à
laine, ui y sont dix fois moins nombreuses que dans le reste de L France.

C'est au pied des Vosges que se trouve Epinal. De beaux tes l'entourent
et bordent les rives de la Moselle dont ; cours rapide montre une eau
peu profonde et claire omme le cristal, roulant sur de gros cailloux que
les )rrens ont entraînés des montagnes. Cette rivière divise la ille en
deux parties inégales dans lesquelles on remarque lusieurs rues bien
percées. L'hôtel de la préfecture est édifice le mieux bâti; l'église,
d'une architecture go-

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thique mêlée de parties du XVIe siècle, est située sur une place et
vis-à-vis du tribunal, dont la construction, est assez belle. A peu de
distance de là s'élève le théâtrej L'hôpital occupe une hauteur sur la
droite de la Mosellei Épinal était autrefois fortifié : ses remparts
sont détruits, et l'on n'y remarque plus que les ruines de son ancien
châ1 teau qui ornent une belle propriété particulière. Malgré sa faible
population, cette ville renferme plusieurs établissemens d'instruction
publique, un musée et une bibliothèque de 17,000 volumes. t Remiremont
est située plus haut qu'Epinal sur la rive gauche de la Moselle. Au
commencement du Xe siècle, cette petite cité était placée sur la rive
opposée ; mais son changement de position fut la conséquence des ravages
qu'elle éprouva par l'invasion des peuples sortis à cette époque de la
Hongrie. Le nom de Remiremont lui vient d'une montagne qui dominait son
ancien emplacement et sur laquelle un comte Romaric, favori disgracié de
la reine Brunehaut , possédait un château que l'on appela Romarimont.
Désabusé des grandeurs de ce monde, Ro..

marie, seigneur riche et puissant, y fonda, en 620, deux communautés de
l'un et de l'autre sexe, auxquelles il donna tous ses biens. Cette
conduite lui valut le titre de saint. La plus célèbre de ces deux
abbayes était celle des dames chanoinesses. Elles ne faisaient point de
vœux, mais elles faisaient preuve de la plus haute noblesse; leur
abbesse prenait le titre de princesse du saint Empire; dans les
cérémonies, elle était précédée de son sénéchal tenant la crosse: et
suivie de sa dame d'honneur portant son manteau ; les bourgeois sous les
armes étaient passés en revue par elle enfin, elle jouissait de toutes
les prérogatives attachées aq titre de prince souverain. Le bâtiment de
cette ancienne abbaye est le plus bel édifice de Remiremont. Aux
environs de cette ville, celle de Plombières, célèbre pour set I

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aux minérales, doit son hôpital et sa superbe église au roi Stanislas.
Les objets de quincaillerie qu'on y fabrique sont emarquables par leur
fini. Ses papeteries ont aussi de la éputation, quoiqu'elles viennent
après celle d'Archettes >ù l'on a fabriqué celui qui a servi à la
Description de 'Égypte. Le village de Bussang, situé près des sources de
la Moselle, n'est pas moins célèbre par ses sources minérales roides
dont on expédie annuellement plus de 20,000 bou,eilles dans toute la
France. A une égale distance d'Épinal et le Remiremont, on admire près
du village de Tendon la plus )elle cascade des Vosges : elle a 125 pieds
de hauteur.

La petite ville de Saint-Dié ou Saint-Diey, chef-lieu de ious-préfecture
et siège d'un évêché dont l'érection ne date lue d'une cinquantaine
d'années, n'offre rien d intéressant; elle est régulièrement bâtie sur
le bord de laMeurthe, ît entourée d'une vieille muraille : c'est dans
cet arrondissement que l'on fabrique le meilleur fromage des Vosges.

De tous les bourgs ou villages qui se livrent à ce genre d industrie,
Gérardmer ou Géromé est le plus considérable : il compte plus de 5ooo
habitans. Ses environs doivent être cités comme les plus pittoresques
des Vosges. On y remarque plusieurs lacs, tels que le Lac-Blanc, le
Lac-Noir, ceux de Longemer et de Betouimemer; mais le plus important est
celui de Gérard/ner : il a 36 hectares de superficie, et donne naissance
au ruisseau de la Vologne, petit affluent de la Moselle, dont les
environs sont charmans.

Le département de la Meurthe offre au premier coup d'œil le même sol que
celui des Vosges; ses extrémités occidentale et orientale sont
traversées du sud au nord par les mêmes montagnes , mais elles y sont
moins hautes. Cependant , sous le rapport des produits, il en diffère
essentiellement : si , comme celui des Vosges, il produit plus de
céréales qu'il n'en consomme, il est beaucoup plus riche en vins, en
chevaux et en bêtes à laine, mais il possède moins de

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bêtes à cornes -et de forêts. Ce qui donne une grande importance à ce
département, ce sont les masses de sel-gemme qu'il possède et ses
sources salées, les plus riches de France : celles-ci se trouvent dans
le bassin de la Seille, affluent de la Moselle. Nous verrons aussi que
l'industrie manufacturière yest très-développée.

Nous ne descendrons de la chaîne des Vosges qu'après avoir visité trois
lieux importans par leur industrie : le premier est le village de Cirey,
célèbre pour avoir été le séjour de la marquise du Châtelet et de
Voltaire; il possède sur la rive droite de la Vezouze une belle
nanufacture de glaces, de verreries et de cristaux; le second est
Saint-Quirin, où l'on voit un établissement semblable appartenant à la
même compagnie : ce village, de 1600 habitans, est situé au milieu de
vastes forêts, entre la Sarre-Blanche et la RougeEau ; le troisième est
Phalsbourg, petite ville forte, peuplée de 3ooo âmes, bâtie sur une
montagne et renommée pour ses liqueurs fines. Cette place est importante
par sa situation à l'entrée du défilé des Vosges. Pour y remédier à la
rareté de l'eau, on y a construit une fontaine qui passe pour un
chef-d'œuvre d hydraulique. Ses casernes et surtout son liôtel-de-ville
et ses halles, sont ses principales constructions. Son nom allemand,
Pfalsburg (Bourg-palatin), lui vient de ce qu'elle fut fondée en 1570
par Georges-Jcall, comte palatin du Rhin. Ces différens lieux
appartiennent à l'arrondissement de Sarrebourg, ancienne cité de la
Gaule appelée Poiis Saravi, parce qu'elle est située sur les bords de la
Sarre : on y fabrique ces ornemens en pâte employés dans les intérieurs,
et ces pendules de la même matière qui imitent parfaitement le bronze doré.

La Seille doit probablement son nom aux terrains sali fères qu'elle
traverse : à sa sortie de l'étang de l'Indre, que l'on pourrait
considérer comme un lac, elle arrose Dicuzc, ville de 4ooo âmes,
importante par la saline qu'on y ex-

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ploite depuis 800 ans, cité considérable sous les Romains qui
l'appelaient Decem-Pagi; on y a récemment ouvert un nouveau puits sur le
banc de sel de Vie qui s'étend à 10 lieues au sud-ouest. Marsal,
autrefois place forte respectable, n'est plus, depuis le désastreux
bombardement qu'elle éprouva en 1815, qu'un poste militaire bastionné
qui renferme à peine 1000 habitans. Située dans une plaine marécageuse,
elle est bâtie sur une assise en briques ouvrage des Romains qui y
avaient un camp. Moyenvic, démantelé par Louis XIV, subsiste par ses
belles sources salées qui produisent annuellement 120,000 quintaux de sel.

Sa population est de i5oo âmes. Vie, deux fois plus peuplée, semblait
devoir s'accroître par l'exploitation de son important banc de sel ;
mais, un étang souterrain ayant inondé les galeries, l'exploitation en a
été abandonnée.

Dieuze a profité de cet événement par l'ouverture de son nouveau puits.
A quelques lieues au nord de Vie, ChâteauSalins, dans une charmante
vallée sur le bord de la Petite-Seille , possède aussi des sources
salifères.

Près de la petite ville de B lamont, sur la Vezouze, ancienne résidence
des princes de Salm-Salm, la fontaine minérale de Lombrigny jouit de
quelque réputation ; Badorwillers, arrosée par la Blette, possède une
belle manufacture de poinçons et d'alênes qui rivalisent avec celles de
l'Allemagne; Baccarat, au pied d'une colline escarpée, sur le bord de la
Meurthe et près d'une vaste forêt, tient une place honorable dans les
annales de l'industrie française par sa fabrique de cristaux qui occupe
plus de 700 ouvriers. A peine est-on sorti de cette petite ville de 2000
âmes, pour se diriger vers Lunéville, qu'en jetant ses regards en
arrière, on aperçoit les premières montagnes des Vosges qui bordent
l'horizon. Celle de Raon, la plus rapprochée, étend sa longue façade
noire couverte de sapins.

*' Enfin, au milieu d'une belle plaine, la Vezouze traverse

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Lunéville, célèbre par le traité de 1801 entre la France et l'Autriche.
Elle fut le berceau de Bouflers, de Monvel, et de Girardin qui fit
retentir la tribune de ses énergiques accens. Vers le milieu du XVIIe
siècle c'était une petite place forte; le duc Léopold la rendit jolie et
régulière. Le château, qui servait de résidence aux ducs de Lorraine et
à la cour du roi Stanislas, est depuis long-temps converti en un
quartier de cavalerie. Une construction toute nouvelle est la caserne de
l'orangerie, qui doit servir de modèle pour tous les édifices de ce
genre : l'architecture en est simple, l'intérieur est commodément
distribué et parfaitement en rapport avec les précautions sanitaires
réclamées dans ces sortes d établissemens. Le grand manège couvert est
un des plus beaux qui existe : il a 3oo pieds de long sur 80 de large
sans supports intérieurs : sa charpente surtout est remarquable.
L'église offre un portail surchargé de figures et d'ornemens, surmonté
de deux tours dont l'une porte la statue de saint Michel terrassant le
démon , et l'autre celle de saint Pierre. Tous les dictionnaires
géographiques, tous les itinéraires, toutes les descriptions de la
France, répètent, depuis quarante ans, qu'il existe sur la place Neuve
de Lunéville une superbe fontaine en pierre à 8 jets d'eau : depuis 1796
ce beau monument n'existe plus. Cette ville renferme trois manufactures
de faïence renommées et d'importantes fabriques de gants.

La route de Lunéville à Nancy longe la forêt de vi trimont qui borde la
rive droite de la Meurthe; sur la rive opposée l'on aperçoit la petite
ville de Rosière-aux-Salines, dont les sources salées sont abandonnées
depuis 1760 : le gouvernement y entretient un des plus beaux haras de
France; on traverse Saint-Nicolas-du-Port, où la rivière commence à
devenir navigable. On remarque dans cette petite ville de 3ooo habitans,
une belle église gothique, l'hôtel-de-ville et l'abattoir public
nouvellement construit.

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Elle renferme six tanneries, des filatures hydrauliques de coton et de
laine; on y fait toutes sortes de broderies.

Nancy se présente ensuite avec ses rues larges, alignées et presque
désertes. Ses édifices sont de la plus grande beauté ; ses places
publiques sont vastes et ornées de belles fontaines, la place Royale est
la plus remarquable; l'hôtelde-ville, l'un des plus beaux de France,
vaste édifice qui renferme une galerie de tableaux, en occupe l'un des
huit côtés; en face s'élève un bel arc de triomphe, érigé par le roi de
Pologne Stanislas à Louis XV; l'évêché se trouve vis-à-vis le théâtre;
les autres parties sont parfaitement en ra pport avec ces belles
constructions. On communique de la place Royale à la promenade de la
Pépinière, la plus belle de toutes celles de cette ville. Du centre de
cette place, arrosée par quatre fontaines en bronze, qui en garnissent
les quatre petits côtés, l'œil mesure l'étendue do deux longues rues
tirées au cordeau qui aboutissent à deux des sept portes de la ville,
bâties en arcs de triomphe.

La place Carrière, voisine de la précédente, est décorée d'une colonnade
qui aboutit à l'ancien hôtel de l'intendance, aujourd'hui la préfecture.
Les casernes et l'hôpital sont magnifiques, mais les temples ne
répondent pas à ce luxe d'architecture. La cathédrale n'a rien de
remarquable qu'un portail à triple rang de colonnes et qu'un
maître-autel qui produit un bel effet lorsqu'un rayon de lumière passe
derrière la statue de la Vierge placée à l'extrémité du chœur.

La petite église de Bon-Secours, dans le faubourg SaintPierre , renferme
un chef-d'œuvre de Girardon : c'est le mausolée de Stanislas, à qui
cette ville doit ses cmbcllissemens; il s'élève vis-à-vis celui de
Catherine Opalinska son épouse. Cette église, construite aussi par
Stanislas, a remplacé celle de Notre-Dame-de-Bon-Secours, que le duc de
Lorraine René II fit bâtir sur le champ de bataille même où l'armée de
Charles-le-Téméraire fut battue.

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Il faut voir dans la Vieille-Ville, qui conserve encore quelques restes
d'anciennes murailles, le château gothique des ducs de Lorraine,
aujourd'hui l'hôtel de la gendarmerie , et, tout près de cet édifice, la
Chapelle ronde, aujourd'hui la Chapelle ducale, restaurée en 1822 aux
frais de la France et de l'Autriche. On entre d'abord dans une petite
église gothique où l'on voit à droite et à gauche les tombeaux de
plusieurs princes de la maison de Lorraine, entre autres celui de René
II qui, le 5 janvier i477? remporta la victoire sur le duo de
Bourgogne', Charles-le- Téméraire, dont le corps fut trouvé près de
Nancy, derrière l'étang de Saint-Jean, sur la place même où s'élève une
croix rustique en pierre. Près du chœur de l'église est la chapelle
restaurée. Elle est ronde, surmontée d'une coupole éclairée par des
croisées en vitraux de couleur, et décorée de sept mausolées en marbre
noir érigés en mémoire des ducs de Lorraine et des différens membres de
leur famille, de huit génies portant diverses pièces d'armures, de
trophées et de colonnes, enfin d'un autel en marbre blanc, dont le
devant représente le Christ sur son linceul, et dont le dessus porte une
Vierge entre deux Anges adorateurs. Les cendres de plusieurs de ces
princes reposent dans le caveau de la chapelle. Le quartier appelé la
Vieille-Ville est encore tel qu'on le voyait à l'époque où le vertueux
Stanislas, avec un revenu de moins de deux millions, entreprit de bâtir
une cité nouvelle, qui, avec les constructions qu'il fit faire à
Lunéville et les sommes qu'il employa pour fonder un grand nombre
d'écoles et d'autres établissemens utiles, prouva ce que peut faire une
administration sage, éclairée et économe. C'est à ce prince que Nancy
doit son académie des sciences et des lettres, un musée considérable,
une superbe bibliothèque publique de 26,000 volumes, et un jardin
botanique dans lequel on compte plus de /jooo plantes.

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Nancy, fière de sa beauté, ressemble encore un peu à la noblesse du
temps passé, qui craignait de déroger en se livrant aux occupations
industrielles; depuis une dizaine d'années elle a commencé à secouer ce
préjugé qui ne sied point à une ville qui n'a plus rien de royal que sa
triste magnificence et ses anciens souvenirs. A ses boules vulnéraires
toujours renommées, elle joint maintenant la broderie wr les étoffes les
plus légères, la fabrication des draps, et l'art de filer le coton pour
lequel elle possède deux grands stablissemens. L'impulsion est donnée,
et le canal de Paris lu Rhin l'élèvera sans doute au rang de nos
principales villes manufacturières. Ses habitans se distingueront par
leur amour pour les arts et les lettres; ils. n'oublieront point que
Callot,. qui prouva que son patriotisme égalait son talent; que Claude
Gelée, dit le Lorrain, que Charles François inventeur de la gravure en
dessin, que le bénédictin dom Calmet, que Mme de Graffigny, que
Palissot, que SaintLambert, que d'autres personnages vivans non moins
célèbres sont nés à Nancy.

A deux lieues au-dessous de cette ville de 3o,ooo âmes, la Meurthe
s'unit à la Moselle, et cette dernière traverse Pont-à- Mousson peuplée
de 7000 habitans, et située au pied d'une montagne, dans un vallon
entouré de coteaux fertiles. Divisée en deux parties qui communiquent
par un pont, pavée de cailloux arrondis, mais incommodes, elle renferme
quelques jolies maisons et quelques rues alignées.

Sur sa grande place entourée d'arcades, on remarque l'hôtel-de-ville, et
sur la rive droite de la Moselle la principale église dont les deux
tours ressemblent à deux couronnes, et celle du séminaire, dont le
portail est surchargé d'ornemens de mauvais goût. L'industrie de cette
ville consiste en fabrique de poteries communes et de sucre de
betteraves. Sur la montagne qui lui donne son nom, on a trouvé jadis des
restes d'antiquités qui prouvent

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que sous la domination romaine elle était couronnée par un temple dédié
à Jupiter.Tout est du petit nombre de villes dont le nom s'est à peine
altéré depuis dix-huit siècles : elle s'appelait Till/wn, lorsque sous
César elle était la capitale des Leuci. La Moselle baigne ses murs; ses
monumens sont peu dignes de fixer l'attention; sa principale église,
autrefois siège d'un évêché, est bâtie dans le style gothique, mais sans
ornemens et sans majesté : le portail seul en est estimé : elle est
ornée de deux tours dans le genre de celles de Pont-à-Mousson,
c'est-à-dire tronquées et couronnées de festons. Cette ville, dont les
fortifications ont été réparées en 1826, est peu peuplée et peu
industrieuse; elle ne possède qu'une faïencerie, deux fabriques de
broderies et quelques tanneries ; elle est la seule de son
arrondissement qui mérite de tenir une place dans notre excursion au
sein de la France.

Le département de la Haute-Marne est important par son industrie, ses
champs, ses vignes et ses bois. Son sol inégal et montueux est, en mines
de fer, l'un des plus riches du royaume; il est un des plus fertiles en
céréales et en avoine, et l'un de ceux qui nourrissent le plus de
chevaux et de bestiaux; s'il possédait plus de moyens de communication,
l'activité de ses habitans le placerait au rang des plus productifs et
des plus peuplés.

Sur le versant oriental du plateau de Langres, BOllrbonneles-Bains est
bâti en pente, au confluent du ruisseau de la Borne et de la petite
rivière de l'Apance. La ville est laide et ne compte que 35oo habitans;
mais ce qui lui donne de l'intérêt et la rend importante, c'est son
magnifique établissement d'eaux minérales, c'est son vaste hôpital
militaire contenant plus de 5oo lits. La température de ses sources
varie entre 3o et 48 degrés : on ne peut y tenir le doigt, et cependant
on les boit sans se brûler. Ces eaux,

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lui conviennent aux maladies nerveuses, et qui sont un pécifique
souverain contre la paralysie et les blessures l'armes à feu, étaient
estimées des Romains : l'établissement Iu'ils y avaient formé portait le
nom d'Aquæ Boivonis.

C'est dans une vallée située à quatre lieues à l'est de cette fille, que
la Meuse prend sa source. Deux autres petites vallées au sud de celle-ci
sont arrosées par deux ruisseaux lont la réunion forme la Marne, qui
traverse le département du sud au nord. Non loin des lieux qui la voient
naître, Langres s'élève sur un des plateaux les plus élevés ie la
France. La qualité de sa coutellerie, dont elle fait des expéditions
considérables dans toute l'Europe ; l'importance le son commerce de
pelleterie avec la Suisse , donnent lieu de croire que sans ces deux
branches d'industrie elle aurait de la peine à subsister, puisque depuis
une dizaine d'années sa population, loin d'augmenter, diminue d'une
manière sensible : elle est entourée de vieilles murailles flanquées de
tours. Sa cathédrale est un beau monument du moyen âge; sa bibliothèque
publique est considérable : elle se compose de 3o,ooo volumes. Elle
possèd e une salle de spectacle et une jolie promenade ; mais ses
édifices publics, ses lieux de réunion, ses cours de géométrie et de
mécanique appliqués aux arts, et ses autres établissemens, ne font que
mieux ressortir la tristesse de ses rues désertes et mal bâties. Elle
est bien loin d'avoir l'importance dont elle jouissait sous les
empereurs romains; antique cité des Gaules, son nom primitif était
Andomatunum ; les Romains lui donnèrent celui de Lingones, par lequel
ils désignaient le peuple de son territoire; elle eut ses sénateurs, son
capitole, des temples, des théâtres, et fit ériger à ses maîtres des
statues et des arcs de triomphe. Des inscriptions trouvées dans son
enceinte ont éclairci plusieurs points d histoire et diverses questions
d'antiquité. On y voit les restes de deux arcs de triomphe élevés 1 un à
Probus, et l'autre à

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Constance Chlore. Tacite et Plutarque citent cette ville dans leurs
écrits. Ils se sont plus à nous tracer l'histoire de Sabinus, l'un de
ses citoyens, célèbre par sa révolte contre Vespasien, par sa défaite et
par le stratagème qu'il imagina pour se soustraire au supplice qui
l'attendait, en brûlant sa maison et en se faisant passer pour mort. Il
se tint caché dans un souterrain, ne se confiant qu'à la discrétion d'un
esclave fidèle et aux tendres soins d'Eponine sa femme; mais les
fréquentes absences de celle-ci, la naissance de deux enfans trahirent
un secret conservé pendant neuf ans.

Conduits à Rome, les longues souffrances de Sabinus, l'amour héroïque
d'Eponine, et le spectacle de deux enfans qui joignaient leurs prières
aux larmes de leur mère, n'ayant pu fléchir Vespasien, celle-ci demanda
à partager le sort d'un époux avec lequel elle avait si long-temps vécu
dans un tombeau. L'esquisse de cette histoire si connue place Eponine et
Sabinus en tête des principaux personnages qui naquirent à Langres;
cependant nous ne pouvons nous dispenser de rappeler que Diderot y reçut
le jour.

Nogent-le-Roi, bourg de 2000 âmes, partage avec Langres la fabrication
de la coutellerie; la petite ville de Bourmont, livrée à la même
industrie, ne renferme que 1200 habitans et possède cependant une
bibliothèque publique. Nous sommes dans l'arrondissement de Chaumont,
jolie cité bâtie sur le penchant d'une colline au bord de la Marne.
C'était autrefois la capitale du pays de Bassigny; Louis XII la
fortifia; en 1814, la Russie, l'Autriche et la Prusse y conclurent un
traité d'alliance contre Napoléon, depuis 1821 ses anciennes murailles
ont été réparées : elle est maintenant rangée parmi nos places de
guerre. Cheflieu de préfecture, elle possède des établissemens de
bienfaisance et d'instruction pour ainsi dire indispensables. L it
édifice remarquable par l'élégance est son hôtel-de-ville ; le portail
de l'église de son collège, el 1 hôpital, sont digues

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le fixer l'attention ; ses hommes célèbres sont le sculpteur Bonooardon
et le jésuite Lemoine.

Les sinuosités de la Marne nous conduisent à Joinville, )ù,l'on voit
encore le château dans lequel naquirent l'historien et le compagnon de
saint Louis, et le fameux cardinal ie Lorraine. Cette petite ville
renferme 4000 âmes. A quelques lieues de la Marne, Vassy ou Wassy
rappelle le crime dont se souillèrent en 1561 les gens du duc de Guise,
en massacrant des protestans réunis dans leur temple : événement qui fut
le signal des guerres civiles. Ses environs sont couverts - de forges et
d'usines. A l'extrémité septentrionale du département, Saint-Dizier,
ville agréablement située, bien bâtie, entourée de promenades, est
importante par son industrie et son commerce. On y voit un joli
hôtelde-ville nouvellement bâti, sur une place où s'élève un marché
couvert soutenu par des colonnes en pierre. Elle -est peuplée de 6000
individus : deux fois, dans l'espace de deux mois, en 1814, les armées
coalisées furent battues .sous ses murs par les Français.

Le département de VAube compense par l'étendue de ses routes et par
l'importance de ses voies navigables, la pauvreté de son sol. La Seine
et l'Aube l'arrosent du sudest au nord-ouest; les grandes routes de
Dijon, de Béfort, de Sens, de Châlons-sur-Marne et de Paris le traversent.

La surface du terrain, formée par de grands plateaux de craie légèrement
ondulés, se partage en deux régions. Celle du nord-ouest, composée de
plaines et de collines, couvertes d'une légère couche de terre
alluviale, est peu productive : l'avoine, le seigle et le sarrasin sont
les seuls végétaux qui y réussissent; encore y sont-ils chétifs, et
n'engagent-ils pas le cultivateur à défricher de grands espaces pour les
consacrer à ce genre de culture. Cette région, dépouillée d'arbres,
mérite sous tous les rapports le nom de Champagne pouilleuse :
l'habitant y est aussi

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pauvre que le sol. La région du sud-est est, sous le point de vue
géologique, à peu près de la même nature que la précédente; mais la
craie y est partout revêtue d'un épais dépôt d'alluvions terreuses doué
d'une grande fertilité, qui exige, dans certains cantons, douze chevaux
pour y traîner la charrue. La richesse de ces terrains fait une heureuse
diversion à la stérilité des autres : on y élève des bestiaux, des
volailles et des abeilles; cependant la Champagne pouilleuse pourrait,
nous en sommes convaincus, être productive si l'on avait soin d'y
multiplier les arbres verts et résineux qui ne demandent point une
grande épaisseur de terre. La population de ce département est
au-dessous du terme moyen de la France; mais sa richesse en céréales est
trois fois plus considérable; la quantité de pommes de terre que l'on y
récolte est surtout énorme. Il produit d'excellens vins dont il exporte
les deux tiers; il est abondant en chevaux, mais pauvre en bêtes à
cornes et à laine. Ses manufactures et son commerce ne sont pas sans
importance : la craie, exploitée et façonnée sous le nom de blanc
d'Espagne, la fabrication du coton et des draps, diverses espèces de
charcuteries renommées, sont les branches d'industrie qu'on y exploite
avec le plus de succès.

Le bourg de Clairvaux, sur la rive gauche de l'Aube, était célèbre
autrefois par l'une des plus belles et des plus riches abbayes de
France, fondée en III5 par Hugues, comte de Troyes, et Etienne, abbé de
Cîteaux. On y voyait la cuve de saint Bernard qui en fut le premier
abbé, et dont la contenance était de 800 tonneaux. Les bâtimens de ce
couvent ont été convertis en une maison centrale de détention, dans
laquelle on fabrique des draps, des couvertures, des percales et des
cotons filés. Bar-sur-Aube, petite ville près de laquelle un combat
sanglant se livra en 1814 entre les Français et les années coalisées, a
dans

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es débris de ses épaisses murailles les témoins des ravages m y
produisirent les hordes d'Attila. A peu de distance de a rive droite de
l'Aube, Brienne se divise en deux parties séparées par un espace de 1000
pas: l'une est Brienue-laVille ou la Vieille, et l'autre Brienne-le-
Château. La prenière est au bord de la rivière, et la seconde sur la
pente l'une éminence artificielle que domine un beau château construit
par les soins du ministre Loménie de Brienne jour une école militaire.
Cette école a compté parmi ses lèves Napoléon Bonaparte. La ville, qui
fut prise et reprise în janvier 1814 par les étrangers et par les
Français, a beaucoup souffert : sa population s'élève à peine à 3ooo imes.

Bar-sur-Seine, moins peuplée que Bar-sur-Aube et mieux bâtie, possède de
jolies promenades et un beau pont en pierre. La ville des Ricey s,
renfermant 6000 âmes, est formée de la réunion de trois bourgs appelés
Ricey haut, Ricey bas et Ricey haute rive, fondés par une ancienne
peuplade de Boii au temps de Jules César; son territoire fournit
innuellement 10,000 pièces d'excellens vins recherchés en Belgique et
dans d'autres contrées du Nord.

Au milieu d'une plaine vaste et médiocrement fertile, Troyes, l'ancienne
capitale de la Champagne, est précédée par de longs faubourgs et arrosée
par la Seine qui l'entoure en partie et qui s'y divise en plusieurs
bras, au moyen de canaux construits au XIIe siècle par le comte Thibaud
IV, à qui elle dut son industrie et les institutions qui en assurent la
prospérité. Les palais de ce prince et de quelques uns de ses
successeurs ont depuis long-temps disparu, mais le souvenir de leur sage
administration subsiste encore dans le pays. Le 21 mai 1420, Troyes vit
célébrer le mariage de Henri V, roi d'Angleterre, avec Catherine de
France, fille de Charles VI, qui n'eut pas honte de signer un traité par
lequel il consentait à soumettre la France au sceptre

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de son gendre; neuf ans plus tard, Charles VII, assisté de Jeanne d'Arc,
en chassa les Anglais. En remontant au-delà du moyen âge, nous verrons
cette ville appelée alors Ti-ecoe, entourée de faibles remparts. A
l'époque où les Huns ravageaient les Gaules, saint Loup, son évêque,
envoie à Attila une députation composée de sept clercs et d'un diacre :
le farouche conquérant les reçoit; mais le cheval d'un de ses généraux,
effrayé des rayons lumineux que réfléchissent les ornemens sacrés portés
en grande pompe, renverse et tue son cavalier. Attila, furieux, crie à
la magie et fait mettre à mort les pauvres envoyés. Cependant il ménage
Troyes ; mais, forcé par le général romain Aétius d'évacuer les Gatiles,
il repasse par cette ville, et pour servir de sauvegarde à son armée, il
engage saint Loup à l'accompagner jusqu'au Rhin. Troyes était importante
lorsque Julien chassa les Allemands qui menaçaient d'en faire le siège.
Sous Auguste, elle reçut de ce prince avec le droit de cité le nom
d'Augustobona. Quelques rues larges, mais mal alignées, un grand nombre
de maisons en bois font classer Troyes parmi nos villes mal bâties ;
cependant plusieurs de ses édifices sont remarquables : sa vaste
cathédrale mérite d'être citée pour la beauté de son architecture
gothique, pour la richesse de son portail et la hardiesse de ses voûtes;
elle fut fondée en 872, ruinée par les Normands en 898, rebâtie dans le
siècle suivant, consumée en 1188 par un incendie qui détruisit toute la
ville, reconstruite an commencement du XIIIe siècle et terminée
seulement ail XVIe. De ses cinq autres églises, celle de Saint-Urbain
est un modèle d'élégance et de légèreté, et celle de la Madeleine est
citée pour la beauté du jubé : la façade de l'hôtel de-ville fait
honneur à Mansard; la bibliothèque publique, qui renferme 45,000 volumes
et 4000 manuscrits, doit être comptée au nombre des plus riches de
France. Une belle promenade, appelée le Mail, entoure la ville. Parmi les

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lommes célèbres nés à Troyes, le pape Urbain IV, fils d'un avetier, et
instituteur de la fête du Saint-Sacrement; le ittérateur Passerat, l'un
des auteurs de la satire Ménippée ; 'historien Juvénal des Ursins, le
sculpteur Girardon et le )eintre Mignard sont en première ligne. De
nombreuses ilatures de laine et de coton ; de belles blanchisseries de
)as et de toiles; des huileries et des tanneries sont ses principaux
établissemens d'industrie. L'un des lieux les plus ntéressans de ses
environs est le bourg de Piney ou PineyLuxembourg, qui occupe plus de
120 ouvriers à la fabrica:ion des cordes en tilleul pour les puits.

Arcis-sur-Aube, par ses filatures, a réparé les désastres lue lui fit
éprouver en 1814 l'invasion étrangère. A deux lieues au-dessus du
confluent de l'Aube et de la Seine, le bourg de Romilly, où l'on
fabrique des aiguilles et de la bonneterie, occupe, sur la rive gauche
du fleuve, la longueur d'une lieue; autrefois, dans ses environs, on
voyait l'abbaye de Sellière où le corps de Voltaire fut inhumé en 1778.
La jolie petite ville de Nogent-sur-Seine, où l'on reconnaît encore les
traces de l'invasion de 1814 , se présente agréablement sur ce fleuve,
qu'elle garnit de jardins et de maisons gracieuses. A peu de distance de
ce chef-lieu d'arrondissement, on conserve quelques restes du monastère
fondé par Abeilard sous le nom de Paraclet.

Au nord du département de l'Aube, celui de la Marne offre un sol
analogue, mais plus riche : les deux tiers de sa superficie se composent
de vastes plateaux de craie supportant une couche terreuse et
quelquefois sablonneuse dont les produits en céréales sont
considérables, et dont les récoltes en vins fins sont de la plus haute
importance. On distingue ceux-ci en deux grandes classes : les vins de
rivière et les vins de montagne, selon que les vignobles qui les
produisent sont situés sur les bords de la Marne ou à quelque distance
dans les terres. La quantité de vins que l'on

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y récolte chaque année est évaluée à 422,000 hectolitres.

Le nombre de ses bêtes à laine surpasse celui de la plupart de nos
départemens agricoles, et entretient ses importantes manufactures de
tissus. Le cours de la Marne et seize grandes routes royales et
départementales y favorisent l'industrie commerciale.

Sur la rivière de l'Orne, l'ancienne ville de Vitryt aujourd'hui le
village de Vitiy-le-Brùlé, doit son surnom à un: acte de cruauté de
Louis-le-Jeune. Ce prince étant en guerre; contre Thibaud, comte de
Champagne, s'empara de Vitry,, en fit égorger les habitans, et comme,
par une sorte de: scrupule difficile à définir, il ne voulait point
souiller de: sang l'église dans laquelle i3oo personnes s'étaient
réfugiées, il y fit mettre le feu, assista au supplice de ces
malheureuses victimes, écouta leurs cris sans frémir, vit d'uni œil sec
la flamme étendre ses ravages, et ne quitta la place qu'après que la
fumée silencieuse qui s'élevait lugubrement: du sein de ces ruines, eut
attesté que sa vengeance était: complète. Au XVIe siècle, de nouveaux
désastres confirmèrent le triste surnom que cette ville avait acquis :
elle fut incendiée par les troupes de Jean de Luxembourg, et enfin
ruinée complètement par Charles-Quint. Ce fut alors que François Ier
conçut le projet de la rebâtir. Pour la rendre; florissante, il
l'établit sur le bord de la Marne et lui donnai son nom, ce qui prouve
qu'on doit l'appeler Vitry-leFrançois, et non pas le Français (1), à
moins qu'on ne: préfère le nom de Vitry-sur-Marne. Dans l'origine, elle
était: destinée à être fortifiée, mais elle est seulement entourée: d'un
rempart de terre et d'un fossé. C'est une jolie ville: bâtie en bois,
dont les maisons sont élégantes et les rues larges et alignées.

La route de Vitry à Sézanne traverse des grandes plai-

(1) En latin Victoriacum Francisci.

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nés d'une triste monotonie qui n'offrent quelque intérêt que par les
souvenirs de la lutte inégale des armées françaises et étrangères en
1814 : la petite ville de FèreChampenoise est une de celles qui eurent
le plus à souffrir. Sézanne, jadis très-forte et plus considérable
qu'auiourd'hui, compte environ 4000 âmes. Prise d'assaut par le comte de
Salisbury; détruite par les protestans sous Charles IX; consumée en 1632
par un incendie dont les ravages furent estimés à plus de 6,000,000 de
livres, elle doit son principal commerce aux produits de l'agriculture.

Montmirail ou Montmireil est sur l'une des deux routes de Paris à
Châlons. Patrie du cardinal de Retz, ville de 2000 âmes, située sur une
petite éminence, elle est célèbre par la victoire que Napoléon y
remporta le 17 février 1814, sur les armées russe et prussienne.

En passant à Epernay, bâti dans un petit vallon sur la rive gauche de la
Marne, on remarque près de la promenade une porte formée de deux
tourelles, seuls restes des fortifications qui la défendaient lorsque
Henri IV s'en rendit maître après avoir vu enlever par un boulet le duc
de Biron sur lequel il était appuyé. La ville est jolie et possède une
petite salle de spectacle; une bibliothèque de 10,000 volumes et une
église nouvellement construite, qui remplace 1 ancienne du XVIe siècle
dont on n'a conservé que la porte. C'est dans le faubourg que l'on
traverse en remontant la Marne, que se trouvent les fameuses caves si
vastes et si profondes, taillées en labyrinthe dans la craie.

Epernay fait un grand commerce de poterie à l'épreuve du feu, connue
sous le nom de terre de Champagne, que l'on fabrique dans ses environs :
il s en exporte 5oo,ooo kilogrammes par an. Elle s'enrichit
principalement par la vente de ses vins blancs et rouges. Ces derniers
se récoltent sur la rive gauche de la Marne, dans les environs de la
petite et ancienne ville des Vertus ; le village de Pierry et le bourg

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A Avizc fournissent des vins blancs mousseux; niais c'est sur la rive
opposée que se trouvent les coteaux les plus es timés : c'est là que
l'on voit s'élever en amphithéâtre Ai, bourg de 25oo habitans, si
célèbre par ses vignes; Marcuil , dont les vins blancs rivalisent avec
ceux du précédent ; SUl la gauche, Curnières et Halltvillers, dont les
noms sont moins classiques chez les gourmets. On ne peut se lasser
d'admirer cette suite de villages si peuplés, et ces riches coteaux
couronnés dans toute leur étendue par la forêt de Reims.

La route qui borde la rive gauche de la Marne est embellie par les sites
variés qui se succèdent sur la rive opposée , depuis Epernay jusqu'à
Châlons-sur-Marne. Ce nom , que l'on écrivait autrefois Chaalons, dérive
de celui de Catnlaunum que portait cette ville du temps d'Ammien
Marcellin qui en fait l'éloge : c'était la cité des Catalauni; dans
l'Itinéraire d'Antonin elle est appelée Duro Catalauni. Elle est bâtie
au milieu de prairies entre deux plaines : c'est dans la plus
considérable que l'empereur Aurélien défit Tetricus qui s'était fait
proclamer empereur dans les Gaules.

Le cours de la Marne et l'importance des six routes qui traversent la
ville, rendent sa position avantageuse pour le commerce. Elle est
entourée de murailles et de fossés; la plupart de ses maisons sont en
bois; mais, comme ses priii cipales rues sont propres et droites, elle
offre un coup d œil assez agréable. L'hôtel-de-ville présente une jolie
façade, formée d'un péristyle de quatre colonnes garni de deux lions de
chaque côté; l'école des arts et métiers et l'hôtel de la préfecture
sont construits avec une élégante simplicité; la cathédrale, dont les
deux tours en pyramides à jour sont d'un style un peu rustique, n'est
cependant pas sans mérite. Ce qui la dépare, c'est son portail
d'architecture grecque qui date du XVIe siècle. Elle a un jardin
botanique renfermant i5,ooo plantes, un cabinet d histoire

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[laturelle et une assez belle bibliothèque de 20,000 volumes. Le célèbre
astronome Lacaille, l'architecte David Blendel et le littérateur Perrot
d'Ablancourt ont reçu le jour dans cette ville. A sa sortie par la route
de Strasbourg, pn peut juger de la beauté de sa promenade du Jard
justement vantée : les allées en sont magnifiques.

A deux lieues plus loin sur cette route, on admire l'élégante
architecture gothique de l'église du village de lEpine ou de
Notre-Dame-de-fEpine, bâtie pour l'accomplissement d'un vœu de Louis
XII, et l'on regrette que, dans un but d'utilité publique, on ait cru
nécessaire de raser une de ses tours pour y mettre un télégraphe.
Bientôt on aperçoit sur la droite le long village de Courtisols ou
Courtisou qui compte deux lieues de l'une à l'autre de ses extrémités.
Il est formé de deux rues parallèles composées d'habitations séparées
par des plantations ; trois paroisses le divisent : celle de
Saint-Julien, celle de SaintMammie et celle de Saint-Martin. Sa
population est de 2000 âmes. Ce que ce village offre de particulier,
c'est que les habitans se servent entre eux d'un langage inconnu aux
villages voisins, et pratiquent des cérémonies inusitées dans les
environs, mais empreintes d'un caractère antique, et qu'ils ont porté si
loin les connaissances de l'agriculture que leurs terres sont les mieux
cultivées et les plus productives de la contrée. De ces faits on a tiré
la conséquence que les Courtisiens étaient les restes d'un des peuples
barbares distribués dans les Gaules par les successeurs de Constantin;
d'autres ont voulu voir en eux une colonie helvétique i1) ; ce qu'il y a
de certain, c'est que leur langage est simplement un patois français, et
que le nom de leur village signifie habitations isolées; quant à leur
origine, nous ne voyons pas pourquoi il faudrait aller la

(1) Voyelles Mémoires de la Société royale des antiquaires de France,
tom. V.

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chercher dans le Valais ; elle pourrait être celtiqùe : n'est-il pas
naturel de penser en effet que les Gourtisiens sont d'anciens Gaulois
qui ont conservé les mœurs et le langage de leurs ancêtres? Sur la
gauche de ce village on trouve les restes d'une route romaine et des
traces de l'enceinte où campa l'armée d'Attila.

Bientôt passent sous nos yeux le fameux camp de la Lune et le village de
Valmy, où le roi de Prusse, le 20 septembre 1792, fut défait par une
armée de volontaires sous les ordres de Kellermann. Le duc de Chartres,
aujourd'hui Louis-Philippe Ier, contribua au gain de la bataille par sa
belle défense du moulin de Valmy. Le maréchal Kellermann, en mourant,
voulut que son cœur reposât sar ce théâtre de nos premières victoires de
la révolution. Un monument atteste que ses vœux ont été exaucés. Enfin
nous arrivons à Sainte-Mertehould, ville bâtie en pierres et en briques
avec beaucoup de régularité.

Son hôtel-de-ville est d'une construction élégante; entourée par la
rivière de l'Aisne, elle était jadis fortifiée. C'est la première place
dont Louis XIV ait fait le siège : il y fit son entrée par la brèche.
C'est en la traversant que Louis XVI fuyant avec sa famille fut reconnu,
ce qui causa leur arrestation à rarennes.

Une ville importante par sa population et son indus trie, intéressante
par son antiquité, ses souvenirs historiques et ses monumens, nous reste
encore à visiter : c'est celle de Reims, que l'on écrivait autrefois
Rheims. Les Remi, dont elle était la capitale , l'appelaient Durocortum,
et les géographes anciens Durocortorum et Durocortora, jusqu'à ce
qu'elle eut pris le nom de Remi. Au temps d'Adrien, elle était célèbre
par ses écoles; elle renfermait des monumens dont il reste encore des
ruines ou des traditions. La porte de Dieu-Lumière, celle de Cérès et
celle de Bacchus indiquent des temples placés hors de son enceinte;
celle de

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Mars est un arc de triomphe attribué à Julien ; Napoléon la fit
restaurer en partie, mais elle est encore engagée dans la muraille qui
la tenait autrefois cachée. Non loin de cette porte, on voit dans les
champs un lieu appelé les Arènesr où l'on reconnaît la forme d'un cirque
romain. Dans la cathédrale, on conserve le tombeau de Jovinus, citoyen
de Reims, qui devint consul de Rome en 36S. Ce monument > en marbre
blanc et d'une belle exécution, représente une chasse au lion. La
plupart des rues de Reims sont celles et bien aligpées; la place Royale
est ornée d'une statue, de Louis- XV en bronze,, rétablie en 181.9. Près
de cette place, on voit un bel hôtel-dieu et la cathédrale, édifice
gothique du petit nombre fie ceux qui ont été achevés. Il a 45o pieds de
longueur sur go de largeur et 110 de hauteur. Ses deux tours ont 250
pieds .d'élévation. On évalue à plus de 4000 le nombre de figures
sculptées a l'extérieur de cet édifice. Son portail, surchargé de. plus
de 5oo figures, est remarquable par sa forme pyramidale, et son
intérieur majestueux est orné dèjnagninques vitraux. Sa fonda- • tion
remonte à l'an 1211, mais son achèvement n'eut lieu que vers la fin du
XVe siècle. C'était dans son enceinte que l'on sacrait les rois.
L'église de Saint-Remy, beaucoup .plus ancienne, est célèbre par le
tombeau de cet évêque, l'un des bienfaiteurs de Reims. Ce monument a
plusieurs fois été remplacé : dans l'origine il fut fondé, au IXe
siècle, par l'archevêque Hincmar; au XIIe il fut reconstruit ; en i53 1
on lui en substitua un nouveau : en 1793 il fut compris dans la
destruction à laquelle furent exposés tous les monumens religieux ; mais
en 18o3, on en rassembla les différentes parties, et sa restauration fut
complète; il est surmonté d'un groupe représentant le baptême de Clovis.

Par un anachronisme assez fréquent dans les monumens.

du moyen âge, ce roi y est représenté avec les douze pairs de France.
C'est dans cette église que l'on conserve la

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sainte ampoule, ou du moins la fiole qui la remplaça après sa
destruction publique en 1793, et qui contient, dit-on encore quelques
gouttes de l'huile dont saint Remy oignit Clovis. L'hôtel-de-ville
mérite également d'être cité : on a rétabli au-dessus de son portique la
statue équestre de Louis XIII; son intérieur renferme une belle
bibliothèque, composée de 25,ooo volumes et de 1000 manuscrits. Le
fameux pilier branlant de l'église Saint-Nicaise n'existe plus depuis
long-temps. Reims est entourée de fossés et d'une muraille flanquée de
vieilles tours, et ombragée par une allée d'arbres intérieure, tandis
qu'une belle promenade extérieure borde les fossés, excepté près des
bords marécageux de la Vêle qui la baigne au sud. Privée d'eau potable
par la nature de son sol, elle doit au zèle philanthropique du chanoine
Godinot une machine qu'il fit construire à ses frais et qui distribue
l'eau de la petite rivière dans tous les quartiers: Après ce respectable
citoyen, nous citerons parmi ses hommes célèbres Colbert, l'abbé Pluche
et le littérateur Linguet. Reims ne s'enrichit pas seulement par le
commerce des vins que l'on récolte dans ses environs : elle fabrique
toutes sortes d'étoffes de laine, depuis les châles, qui rivalisent avec
les plus beaux tissus de l'Orient, jusqu'aux flanelles et aux camelots.
On estime que i5,ooo ouvriers, payés par 180 fabricans, y emploient
annuellement 1,200,000 kilogrammes de laine, dont la valeur est
d'environ 4 millions de francs, et qui, sortis de leurs mains, en
représentent une de 25 à 3o millions.

Une région entièrement couverte de forêts, alors que les besoins de
l'homme civilisé n'y avaient point encore porté la hache; une région que
les Celtes nommaient Arcl, parce qu'elle offrait, comme aujourd'hui, une
chaîne de montagnes qui semblent d'autant plus élevées que leurs crêtes
sont décharnées et leurs pentes assez rapides, forme

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en grande partie le territoire du département des Ardeitnes. On croit
cependant que cette contrée dut son nom à une déesse Ardeiana, la Diane
des anciens Belges, à laquelle elle était consacrée. On peut choisir
entre ces deux étymologies ou les admettre l'une et l'autre. Les Romains
l'appelaient Arduenci-SUva, mais aujourd'hui l'antique forêt des
Ardennes n'occupe plus en France qu'une étendue d'environ 156,ooo
hectares. Le département auquel elle appartient est cependant l'un des
plus boisés ; l'exportation des bois est l'un des principaux moyens
d'échange qu'il emploie pour s'approvisionner d'avoine, dont il ne*
produit qu'une très-faible quantité-, et de vin dont il est presque
entièrement dépourvu; le reste de ses bois alimente des usines.

Les roches dont se composent ses montagnes et ses plaines sont
principalement calcaires et sc histeuses ; on y exploite beaucoup de
fer, quelques filons de plomb, et surtout une grande quantité,
d'ardoises. Les terrains y sont assez variés.

dans leur nature- géologique-, pour qu'on y trouve la plupart- des
roches depuis le granite jusqu'à la craie. La Meuse et l'Aisne sont ses
principales rivières ; il possède une moins grande étendue de routes que
les autres régions de la France, et tout porte à croire que si ses
moyens de communication étaient plus multipliés, sa population indiiSr
trieuse serait plus considérable.

Nous ne nous arrêterons point k .Kouziers, petit cheflieu de
sous-préfecture, où rien ne peut attirer notre attention; il est situé
sur la rive gauche de l'Aisne qui arrose ensuite Attigny. Cette dernière
ville, peuplée de 15oo habitans, était affectionnée par nos rois, de la
première et de la. seconde race qui en avaient fait leur résidence
d'été. La même rivière coule au pied de Rethel, qui occupe sur une
montagne l'emplacement d'un fort que les Romains appelaient Castrum
Retectum. Cette ville, dont les rues généralement en pente rapide sont
assez larges et

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régulières, mais garnies de maisons en bois, fabrique desflanelles, des
draps et des cachemires. C'est à ChâteauPortien que l'Aisne commence à
devenir navigable.

Couvert de villages industrieux, le territoire de Sedanse console du peu
de fertilité de son sol par le nombre de ses manufactures. L'origine de
cette ville paraît être, comme celle de Rethel, un château-fort.
Charles-le-Chauve s'en empara en 880, Elle avait acquis de l'importance
lorsque érigée en principauté elle appartint aux archevêques de Reims.
Elle passa ensuite dans la maison de La Marck, puis dans celle de La
Tour d'Auvergne, qui la céda, en 164a, à Louis XIII, contre les duchés
d'Albret et de Château-Thierry , et le comté d'Evreux. Elle était déjà
connue pour ses tissus de ;aine, mais en devenant française elle perdit
avec la franchise de sa commune une partie de son industrie ; cependant
Colbert releva ses fabriques en y faisant confectionner, en grande
quantité, un drap léger que Louis XIV affecta de trouver joli, et qui,
devenu à la mode, obtint la plus grande vogue et procura aux fabricans
des bénéfices considérables. Aujourd'hui, c'est principalement dans les
draps noirs qu'elle excelle. Environnée de prairies, c*e champs et de
potagers bien cultivés, elle est bien bâtie, renferme des rues larges et
alignées, des maisons d'une belle apparence, couvertes en ardoises,
plusieurs places publiques, un beau pont sur la Meuse, et un arsenal où
l'on conserve les armures de plusieurs chevaliers célèbres. C'est dans
son ancien château que Turenne reçut le jour. De ses trois casernes la
plus belle et la plus spacieuse est celle de cavalerie placée au nord
-ouest de la ville, sur la rive gauche de la Meuse et sur le canal de
navigation. Au pied du château-fort sont de vastes édifices où se
trouvent les magasins, les écuries, le logement du commandant et des
officiers du génie. L'hôpital militaire, bâti sur des remparts élevés de
125 pieds au-dessus du

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niveau de la Meuse, domine r la ville de toutes parts. Il possède de
vastes jardins et peut contenir 5oo malades. Ce point bien fortifié est
le plus important de la place. On y monte par un chemin tournant
très-rapide. Sedan est rangée parmi nos places fortes de 3 e classe.
Doncherj, que l'on voit sur la droite de la Meuse, était une ville
importante avant la réunion de Sedan à la France : elle ne renferme
aujourd'hui que 1800 âmes.

La Meuse, dont le cours forme de nombreuses sinuosités, en se repliant
deux fois sur elle-même, arrose Mézières, plus importante par ses
fortifications, et surtout par sa citadelle, que par le nombre de ses
habitans. Sa population est de 4ooo âmes. Elle doit à sa position
militaire le rang qu'elle occupe comme chef-lieu de préfecture : elle
n'a jamais été prise, et quoiqu'elle soit mal bâtie, on ne peut la
traverser sans un sefitiment d'intérêt en se rappelant que
Charles-Quint, à la tête d'une armée nombreuse, échoua sous ses murs que
défendait le chevalier Bayard- Charleville n'en est séparée que par le
fleuve qui s'y replie encore en formant une petite péninsule. Beaucoup
phis considérable que Mézières, elle compte près de 8000 habitans. Ce
n'est pas seulement sous ce rapport qu'elle offre un contraste frappant
avec celle-ci 1 ses rues sont tirées au cordeau, et sa régularité fait
mieux ressortir la construction défectueuse de sa voisine. Ses quatre
principales rues viennent aboutir à une grande place entourée d'arcades
et décorée d'une belle fontaine en marbre.

Sa salle de spectacle est fort jolie ; sa bibliothèque publique est
considérable, et son cabinet d'histoire naturelle et d'antiquités
contient plusieurs objets curieux. Plus industrieuse que- Mézières, on y
fabrique annuellement environ 4,000,000 kilogrammes de clous, de la
ferronnerie et des armes de luxe ; le gouvernement y entretient une
manufacture d'armes à feu; enfin son port est commode et

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son commerce très-actif. Elle fut fondée au XVIIe siècle par Charles de
Gonzague, duc de Nevers et de Mantoue; mais elle tomba, en 1686, au
pouvoir de la France, qui fit raser ses fortifications. On voyait
autrefois sur un rocher situé près de la ville, et décoré, on ne sait
pourquoi, du nom de mont Olympe, un château. Le duc de Nevers et de
Mantoue, en perdant la ville, resta propriétaire de la montagne, mais le
roi de France était maître des portes et des murailles du château : ce
qui fit dire que le duc avait là une plaisante souveraineté.

Avant de quitter la France pour arroser le territoire des Pays-Bas, la
Meuse, au-dessous de Charleville, traverse une langue de terre qui
comprend une grande partie de la forêt des Ardennes. Elle coule au pied
de Fumay, ville de 1600 habitans, dont les carrières taillées dans le
schiste peuvent fournir annuellement 40 millions d'ardoises. Près de la
frontière, elle sépare Givet-Notre-Dame de GivetSaint-Hilaire et de
Charlemont; les deux dernières sont situées sur sa rive gauche, mais ces
trois villes réunies par leurs fortifications n'en forment réellement
qu'une qui a le, rang de place de guerre de ire classe. Charlemont est,
ainsi que l'indique son nom, situé sur une montagne ; les deux Givet,
placés sur la pente de celle-ci et sur celle d'un plateau opposé, sont
bâtis avec régularité, ornés de belles places publiques, et
s'enrichissent par un commerce que favorise un bon port et que rendrait
encore plus actif la diminution de quelques droits de douanes qui
mettent trop d'entraves à nos relations avec la Belgique. C'est à Givet
que naquit notre célèbre compositeur Méhul. Cette double ville doit son
origine à deux villages qui existaient, dit-on, du temps de César ; ses
fortifications ont été tracées par Vauban. On y est frappé de la beauté
des habitans, et surtout de celle des femmes. Charlemont doit sa
fondation à Charles-Quint; il appartient à la France depuis le traité.

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de Nimègue conclu en 1678. Dans une belle plaine entourée par la forêt
des Ardennes, s'élève la petite place forte de Rocroy, célèbre par la
victoire que remporta sur les Espagnols le grand Condé, à peine âgé de
vingt-deux ans.

Nous ne pouvons suivre le cours de l'Oise depuis la frontière des
Ardennes, sans traverser, du nord-est au sudouest, le département de r
Aisne, que cette dernière partage de l'est à l'ouest dans toute sa
largeur. Ces deux rivières coulent d'abord au milieu de terrains
crayeux, puis entre les roches calcaires qui recouvrent ceux-ci. La
superficie de ce territoire présente des hauteurs au midi, des plaines
basses vers le nord. La Somme, l'Escaut et la Sambre y prennent
naissance ; la température y est très-variable, les gelées du printemps
nuisent souvent aux récoltes; depuis trente ans le climat paraît s'y
refroidir : il faut peut-être en attribuer la cause à l'augmentation de
la grande végétation, puisque, dans ce laps de temps, le nombre des
arbres, loin de diminuer, a plutôt augmenté.

L'étendue des forêts y est considérable : le seul fruit du hêtre, la
faîne, produit dans certaines années pour plus de 200,000 fr. d'huile
que l'on consomme dans le pays. L'agriculture y est fort avancée : les
prairies naturelles occupent 40,000 hectares (1). La vigne produit,
année commune , 220,000 hectolitres de vins; les pommiers, 180,000
hectolitres de cidre, et le houblon, 96,000 hectolitres de bière : ces
différentes boissons, consommées par l'habitant,

(0 Les 753,136 hectares qui composent la superficie de ce département se
divisent de la manière suivante :

Terres labourables (exploitées par 3740 fermes). 5a3,8o3 Jardins,
vergers, pépinières, habitationschemins, rivières, etc. 49,222 Prés,
marais, pâturages, etc. 55,757 Bois taillis et futaies ! 14,3g8 Bois
taillis et futaies. 114,398 Vignc! , 9;956

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représentent une valeur de plus de 7 millions de francs. Le département
exporte environ le tiers de ses récoltes en céréales, nourrit beaucoup
plus de bêtes à laine et de chevaux que la plupart des autres
circonscriptions départementales : le nombre des premières est d'environ
700,000. Nous pourrions aussi fournir la preuve que la population,
l'industrie «t l'instruction y sont en rapport avec l'étendue des moyens
de communication : il possède plus de routes et surtout de voies
navigables que la France moyenne. Sa population paraît augmenter d'un
dixième tous les six ans ; on évalue à i3o,ooo le nombre des ouvriers et
à 9000 ceux qui sont employés dans les seules filatures de coton. t Au
bourg d'Hirson, où l'Oise n'est encore qu'un ruisseau, plusieurs genres
d'industrie sont exploités : ses 2400 habitans fabriquent du fil à
dentelles, des réchauds, des clous et du fer en barres. Celui de
Nouvion-en- Thié- * rache, qui renferme 3400 individus, possède une
belle verrerie. Ses gras pâturages entretiennent une fabrication
considérable de fromages semblables à celui de Marolles.

La forêt voisine alimente une grande fabrication de bois- sellerie, de
formes de bottes et de bois de chaises, qui oc- cupe près de 3oo
ouvriers. La petite ville de Guise, au- trefois place de guerre, érigée
en duché-pairie par François Ier, en faveur de Claude de Lorraine ,
compte aujour- d'hui 35oo habitans, et possède deux filatures et deux
fabriques de tissus de coton; elle est défendue par un château et par
une enceinte flanquée de tours et de bas- 1 tions. Fervins, moins
peuplé, bâti en amphithéâtre, au bord du Velpion , est célèbre par le
traité de paix conclu en 1598, entre Henri IV et Philippe II. On y
fabrique des toiles, des linons et de la bonneterie grossière en laine.

L'arrondissement de Saint-Quentin est rempli de villages, dè bourgs et
de petites villes, où l'on tisse du linon , de la l' gaze et des châles
façon de cachemire. Saint- Quentin

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éunit ces différens genres de fabrication ; aussi cette ville, entourée
de trois faubourgs, a-t-elle doublé de population lepuis 1790. Elle est
bien bâtie; ses remparts, aujourd'hui plantes d'arbres, forment de
belles promenades ; sa grande place est décorée par l'hôtel-de-ville,
bel édifice gothique ; l'église principale, construite dans le même
style, est remarjuable par sa hardiesse et sa hauteur. Elle est
essentiellement manufacturière : la fabrication de la batiste y occupe i
à 5ooo fileuses et 4 à 5oo tisseurs; on y compte vingt-neuf filatures de
coton, et trois fabriques de savon vert. Enfin un canal, qui traverse
sous terre une étendue de près de deux lieues, favorise encore son
commerce. La situation de Saint-Quentin, au bord de la Somme, à quelques
lieues de la source de ce petit fleuve, répond fort bien à la position
d'Augusta Veromanduorum sur la Samara, qui était la capitale des
Veromandui. Saccagée par les barbares au commencement du VIe siècle,
elle fut rétablie soüs le nom qu'elle porte aujourd'hui, en mémoire de
saint Quentin dont saint Eloi prétendit avoir retrouvé le corps 36o ans
après son martyre. Elle a vu naître le savant bénédictin Luc Dachery, le
jésuite Charlevoix, le célèbre orateur Pierre Ramus, le peintre sur
verre Bléville, le sculpteur Allard et le publiciste Babœuf.

Un peu au-dessous de son confluent avec la Serre ?

l'Oise baigne une grande île dont l'extrémité méridionale est occupée
par La Fère, ville de 25oo âmes, petite place forte qui renferme une
école d'artillerie et un arsenal de construction. On y remarque une
belle galerie souterraine longue de 160 pieds, dont les arcades en ont
60 de hauteur, et que par sa construction élégante on attribue à Jean
Goujon. Le 26 février 1814, un corps de l'armée prussienne s'étant
présenté devant cette place, qui n'était défendue que par 400 hommes, la
força de capituler; l'ennemi s'empara de tout ce qui était dans l'arsenal

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et dans la bibliothèque de l'école ; en 1815, les Prussiens, I sachant
que les établissemens qu'elle renfermait avaient été réparés et
approvisionnés, essayèrent de s'en emparer.

Elle n'était gardée que par une faible garnison; mais les troupes, les
gardes nationaux, les femmes même, montrèrent tant de constance et
d'opiniâtreté, qu'après les plus dures privations, pendant un blocus de
près de cinq mois, ils virent les ennemis décidés à se retirer. Ceux-ci
avaient mis pour condition qu'ils traverseraient la ville ; les citoyens
ne consentirent sous aucun prétexte à ouvrir ses portes, et le général
prussien leva le blocus après avoir adressé aux autorités une lettre de
félicitation sur le courage des habitans et de la garnison. Près de
cette ville on voit le bourg de Saint- Gohain, peuplé de 25oo individus,
remarquable par une usine où l'on coule des glaces de io pieds de
hauteur sur 5 de largeur. Cette manufacture royale, établie depuis 1691,
dans un château qui appartenait au fameux Coucy, occupe environ 3ooo
ouvriers dont 1600 dans le département. Les glaces en sortent brutes
pour être polies à Chauny, ville de 4ooo âmes qui possède une machine
hydraulique pour cet usage. Au village de Folembray on fabrique
annuellement i5o,ooo cloches de verre et 3,000,000 bouteilles. Une autre
verrerie, plus importante encore, est celle de Prémontré : on y occupe
400 ouvriers. Elle est établie dans le seul bâtiment qui reste de
l'abbaye de l'ordre des prémontrés, qui a donné son nom à ce village. -,
A cinq lieues au sud-est de La Fère, Laon couronne une montagne isolée
au milieu d'une grande plaine. Une seule 1 rue un peu large la traverse;
une vieille muraille flanquée de tourelles l'entoure, des boulevards en
terrasse y forment une promenade, et cinq faubourgs s'étendent à ses
pieds. La rapidité des flancs de la montagne lui donne quelque
importance militaire. Elle doit son origine à une

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ortcresse gauloise qui, au Ve siècle, portait encore le nom le Laudunum
; Clovis y fit construire quelques maisons, et, tous les rois de la
seconde race, elle était une résidence 'oyale. Lothaire et Louis V y
reçurent le jour. On y renarque l'ancienne cathédrale, bel édifice
gothique bâti en [ 115, et, sur la place de la Hure, la tour de Louis
d'Outreer, que l'on essaya vainement d'abattre en 1794* L'hôtel le la
préfecture n'a rien qui fixe l'attention; mais la bibliohèquc publique
est intéressante par l'ordre qui y règne lle renferme 18,000 volumes,
plus de 5oo manuscrits, les chartes ou diplômes de nos rois, qui
remontent jusqu'à a seconde race, et une collection de 3 à 4000
autographes.

A trois lieues au nord-est de Laon, le bourg de NotreDame-de-Liens,
appelé depuis long-temps Notre-Dame-deLiesse, fut bâti à l'époque des
croisades ; il est célèbre par ine image de la Vierge, dont l'histoire
rappelle la transation de la maison de Lorette : on prétendait jadis
qu'elle y avait été apportée du Caire en une nuit par la fille du Soudan
d'Egypte. Cette image attire encore de nombreux pèlerinages qui
contribuent à faire vendre les croix et les bagues d'argent que fabrique
ce bourg.

Chef-lieu d'arrondissement et siège d'un évêché, Soistons, ville propre
et bien bâtie, est d'une origine fort ancienne ; elle porta le nom de
Loviodunum avant que la munificence d'Auguste l'engageât à prendre celui
à AugustaSuessionum. Elle occupe une position agréable dans un vallon
fertile arrosé par l'Aisne; elle eut ses rois particuliers avant la
conquête des Gaules : elle eut encore ses rois après l'invasion des
Francs. C'est dans ses environs que Clovis acheva d'anéantir les restes
de la puissance romaine.

Elle doit son enceinte actuelle au duc de Mayenne, qui en avait fait une
de ses principales places d'armes. En 1815, de faibles travaux de
défense la mirent en état de résister long-temps aux efforts des armées
coalisées.

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Près de la forêt de Villers-Cotterets, la petite ville de La
Ferté-Milon, bâtie en amphithéâtre sur un joli coteau baigné par la
rivière He l'Ourcq, est entourée de murailles et conserve les ruines
d'un vieux château-fort. Digne patrie de l'immortel Racine, la statue du
poète orne la place de l'hôtel-de-ville, et son buste décore sa
bibliothèque publique, qui renferme 17,000 volumes. Ses trois églises et
son hôpital sont d'une belle construction et bien tenus. L'énumération
de ces édifices ferait peut-être croire que cette ville est importante;
hâtons-nous de dire que sa population dépasse à peine 2000 âmes : c'est
le plus bel éloge que nous puissions faire du bon esprit et des lumières
de ses habitans.

En descendant vers les bords de la Marne, on arrive à Château-Thierry,
dont la promenade borde la rive droite de la rivière, et qu'un beau pont
sépare de l'un de ses faubourgs. La ville est assez bien bâtie et
s'élève en amphithéâtre. Vue de la rive gauche de la Marne, elle
présente un aspect riant que font ressortir les ruines du château -qui
lui donna son nom. L'origine de cet édifice date de4 l'an 720 : Charles
Martel le fit construire pour servir de] résidence au jeune roi Thierry
IV, qu'il voulait tenir dansl sa dépendance en lui offrant un séjour
agréable pendant, qu'il régnerait en son nom. Habité par ce prince, par
lesl comtés de Vermandois et par ceux de Champagne, parj Henri II et par
le duc d'Alençon qui y mourut, par Louis XIII et par les ducs de
Bouillon, une ville s'établit à ses pieds. C'est elle qui fut le berceau
de notre célèbre!

fabuliste dont on conserve la maison, et dont la statue ,en marbre blanc
s'élève près du pont à l'entrée du bou-.

levard. ;

Nous entrerons dans le département de Seine-et-Marne r que traversent la
première de ces rivières au sud, et la seconde au nord, par la petite
ville de La Ferté-sous-Jouarre9

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Elle est arrosée par la Marne, et située dans une vallée tussi jolie que
fertile. La propreté qui y règne, l'élégante (implicite des habitations,
le mouvement même de son port, annoncent une cité industrieuse : sa
population est l'environ 4000 âmes. Deux fabriques de cardes qui
emploient annuellement 40,000 kilogrammes de cuir et de fer ; de grandes
exploitations de pierres meulières que l'on Façonne en meules qui
nécessitent pour leurs cercles 5o,ooo kilogrammes de fer, et que l'on
expédie en grande quantité dans les pays étrangers; un commerce
considérable de bois et de charbon pour l'approvisionnement de Paris,
répandent dans cette ville l'aisance qu'il est facile d'y remarquer. Une
petite excursion nous fera voir au nord de la Marne le joli bourg de
Dammartin, bâti en amphithéâtre sur une montagne isolée, d'où l'on jouit
d'une vue qui s'étend à plus de 15 lieues. On y fabrique de la dentelle,
et te us les ans il s'y tient, au commencement de décembre, une foire
considérable de bestiaux. Après avoir traversé luilly, célèbre par son
collège, nous verrons le bourg de Chelles, où Chilpéric fut assassiné en
584. Le bâtiment qui s'offre à nos regards est tout ce qui reste de
cette riche abbaye, que fonda, au VIIe siècle, Batilde, femme de Clovis II.

En remontant la Marne nous arriverons à Meaux, souspréfecture et siège
d'un évêché. C'est l'ancienne cité de Jatinum, capitale des Meldi, qui
prit ensuite le nom de meldoe. Elle était importante sous les rois de la
première race; ce fut une de celles qui embrassèrent avec le plus
.d'empressement la réformation; ce fut une de celles aussi .qui
souffrirent le plus des guerres religieuses du XVIe siècle.

La Marne la divise en deux parties inégales, et le canal de l'Ourcq
coule au pied de ses anciens remparts transformés en promenades
agréables. Elle est assez bien bâtie, mais mal percée. Son seul édifice
remarquable est sa cathédrale,

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d'une belle construction gothique, qui renferme les cendres de Bossuet,
dont la voix éloquente a rendu-célèbre la chaire de Meaux. Cette ville
est le centre d'un grand commerce d'avoine et de céréales pour Paris :
on y fabrique des tissusde coton et des fromages qui portent toujours le
nom de son ancienne province. Elle en expédie annuellement plus de
3,200,000 kilogrammes. Elle fut le berceau de l'auteur dramatique Delanoue.

A Brie- Comte-Roberty où l'on prépare des plumes à écrire, l'église est
élégamment bâtie : les arcades gothiques de son intérieur sont d'une
grande légèreté; sa tour est d'une hauteur considérable. On voit encore
dans cette petite ville de 3ooo âmes quelques restes de l'ancien château
des j comtes de Brie. Meluny la patrie de Jacques Amyot, l'an- tique
cité de Melodunum, est divisée en plusieurs parties par le cours de la
Seine. Sa position au pied d'une colline lui donne un aspect agréable,
mais elle n'est ni bien bâtieni bien percée et ne renferme aucun
monument remarquable. Cependant on y voit une place assez vaste et
régulière , et l'on ne peut se dispenser de jeter un coup d'œil sur les
beaux vitraux de l'église Saint-Aspaïs. Elle conserve dans l'île que
forme la Seine les ruines d'un château que la reine Blanche et plusieurs
de nos rois ont habité.

A quatre lieues au sud de ce chef-lieu de préfecture 7 Fontainebleau,
régulièrement bâtie au milieu d'une vaste forêt, que la richesse de sa
végétation, que ses vieux chênes, que ses belles et larges allées, que
son sol inégal, formé de terrains sablonneux couverts çà et là de
monceaux de grès bizarrement bouleversés, que la beauté de ses sitesy en
un mot, ont rendue célèbre, est remarquable par son château royal, dont
la construction fut confiée au Primatice par François Ier, et que depuis
celui-ci cinq rois se sont plus à embellir. Que de souvenirs s'y
pressent depuis Henri III qui naquit dans l'enceinte de ce palais, jusqu'au

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pape Pie VII qui l'habita pendant dix-huit mois; depuis l'acte de
cruauté de Christine de Suède, jusqu'à l'abdication de Napoléon! La
ville doit son origine aux habitations qui se groupèrent autour d'un
château que fit bâtir Louisle-Jeune en 1169. On a dit que son nom
primitif est Fontaine-Belle-Eau ; mais celui de Fons Bliaudi, qu'elle
porte dans les titres du temps, accrédite l'opinion que la découverte
d'une source par un des chiens de Louis VII, appelé Bliaud, que l'on y
trouva se désaltérant, donna à ce prince l'idée de choisir cet
emplacement pour en faire un rendez-vous de chasse. Avant sa
construction, la forêt s'appelait forêt de Bièvre. Au nombre des princes
dont cette ville fut le berceau, on doit citer Philippe-le-Bel, et parmi
les hommes de lettres qui y reçurent le jour, Dancourt et Poinsinet.

A la sortie de la forêt de Fontainebleau, la jolie ville de Nemours
s'est élevée au pied d'un château appelé Nemlls, parce qu'il était au
milieu des bois ; de là le nom qu'elle porte. Ses seigneurs prenaient le
titre de chevaliers; mais au XIVe siècle elle fut érigée en
duché-pairie. Celui de ses ducs qui fut tué à la bataille de Cerignole,
était le seul rejeton de la famille d'Armagnac. Réuni à la couronne, ce
duché fut aliéné par François Ier en faveur des princes de Savoie qui le
conservèrent jusqu'en 1666. Depuis Louis XIV il s'est perpétué dans la
maison d'Orléans. Nemours, percée de rues larges, possède une
bibliothèque riche, pour une ville de 3700 âmes, un hôpital dont on
admire le portail , un ancien château flanqué de quatre tours et entouré
de fossés, un beau pont sur le Loing. Elle est traversée par un canal et
fait un bon commerce.

Le Loing, avant de se jeter dans la Seine, arrose l'ancienne et agréable
ville de Jtlorel, où coule le canal qui descend de Nemours. Cette petite
ville de 2000 âmes est entourée de murailles délabrées et possède un
vieux châ-

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teau en ruines qui a appartenu à Sully. A deux lieues audessus /l'Yonne
se jette dans la Seine à Montereau-FaultYonne. Le confluent de ces deux
cours d'eau lui fit donner chez les Gaulois le nom de Condate; après
l'établissement du christianisme dans nos contrées, elle prit celui de
Monasteriolum" d'où s'est formée sa dénomination moderne.

Le pont de cette ville rappelle deux événemens importans dans l'histoire
: Charles VII, alors dauphin, y eut, en 1419, une entrevue avec
Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, et l'y fit assassiner d'un coup de
hache; la tête de ce dernier fut conservée long-temps dans la Chartreuse
de Dijon. Un jour qu'on la montrait à François Ier, ce prince témoignait
sa surprise de la grandeur de l'entaille : « Sire, lui répondit un
chartreux, ne vousen étonnez pas, c'est le trou par où les Anglais sont
entrés en France. » Le même pont, restauré depuis 1814, a vu la victoire
complète que rempprta, le 18 février de cette année , l'armée française
sur les troupes coalisées. Montereau , avantageusement situé pour son
commerce, possède des fabriques de faïence estimées. Sa population est
de 4000 âmes.

De la petite ville de Bray-sur-Seine, qui n'a pour elle qu'une situation
agréable, on peut remonter jusqu'à Provins par la vallée qu'arrose la
Vouzie ; les chroniques du VIIIe siècle le désignent sous le nom de
Castrum Provinum; mais cette cité déchue, entourée de vieilles murailles
et de boulevards , existait probablement du temps des Romains : quelques
auteurs prétendent qu'à cette époque elle portait le nom d' Agendicum ;
question qui est loin d'être résolue.

D'après cette opinion, Sens qui revendique le nom d'Agendicum, n'aurait
jamais porté que celui de Senonœ ou Senones. Du reste, c'est à tort que
l'on attribue aux Romains la .construction de la grosse tour flanquée de
quatre tourelles qui domine la ville et porte le nom de Tour de César.

Rien dans cet édifice ne paraît être antérieur au moyen

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âge; rien n'est antique dans les vieux remparts flanqués de tours,
alternativement rondes et carrées, qui entourentla ville, ni dans les
anciennes cons-tructions que renferme son enceinte. Dans les deux
quartiers, plusieurs monumens d'architecture gothique se font remarquer
; les plus importans sont dans la ville haute : c'est là qu'on peut voir
la jolie église de Saint-Quiriace, construite en 1160 par
Thibaudle-Libéral, et qui n'a jamais été terminée ; près de là le
collège qui occupe les restes du palais des comtes de Champagne, et dans
les différentes parties de la ville haute les galeries souterraines et
les caveaux dont il est difficile de deviner l'origine et le but, tant
leur architecture gothique offre d'élégance et de solidité. Ce sont de
longs corridors communiquant à de grandes salles carrées hautes
d'environ 15 pieds, dont les voûtes sont soutenues par de nombreuses
colonnes qui leur donnent presque l'apparence de temples.

Ces constructions ont été faites avec trop de luxe pour avoir pu
contribuer à la défense de la ville; monumens du moyen âge, rien
n'indique qu'elles aient pu servir au culte.

Auraient-elles servi d'ateliers aux nombreux fahricans de draps qui,
suivant les historiens du temps, occupaient 3ooo métiers, autant de
foulons et de cardeurs, sans y comprendre les autres ouvriers
nécessaires à la disposition des laines et des draps, alors que Provins
avec ses faubourgs renfermait 80,000 habitans, c'est-à-dire, sous le
règne de Thibaud IV? Ce qui prouve, en effet, que sa population, qui ne
s'élève qu'à environ 5ooo âmes, était considérable à l'époque de sa
prospérité, c'est que, dans son enceinte aujourd'hui trop vaste, on
trouve des vignes, des vergers et des champs en culture. Sur l'une de
ses promenades, hors de ses murs, il existe une source ferrugineuse qui
est très-fréquentée pendant la belle saison, surtout depuis qu'on y a
construit un petit bâtiment simple et commode.

, Si nous suivons la route de Paris, nous traverserons la

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petite ville de Nangis dans une plaine vaste et fertile ; à quelques
lieues au nord de celle-ci, Rozay, sur la petite rivière d'Yères, est
entourée de remparts plantés de beaux arbres, et renferme une belle
église gothique ; au hameau de Courtalin, dans les environs, il existe
une des papeteries les plus renommées de France, dans laquelle l'eau est
fournie par un puits artésien d'où elle monte de 160 pieds; enfin
Coulommiers, petit chef-lieu de sous-préfecture, fait un commerce
considérable de céréales et de fromages, et renferme d'importantes
tanneries.

Avant de quitter le département de Seine-et-Marne, nous ferons remarquer
qu'il abonde en froment, qu'on y cultive une grande quantité de vignes
qui donnent un vin médiocre, qu'il renferme de belles forêts et
d'excellens pâturages, qu'il possède de nombreux moyens de
communication, et que l'éducation des bêtes à laine y est portée plus
loin que dans la plupart de nos départemens.

Celui de l'Oise est plus peuplé, presque aussi productif en céréales,
cinq fois moins riche en vignes, et possède plus de bêtes à laine que
n'en exige sa consommation. On évalue à près de 3a millions les produits
nets de l'agriculture dans ce département (1). La surface du sol y est
ondulée : sur la gauche de l'Oise ce sont des plaines sillonnées par
quelques ruisseaux; sur la droite de la même rivière, des plateaux et
des collines. La nature géognostique des terrains y ttffi'e une grande
variété de dépôts : ce sont les grès coquillers et les calcaires
supérieurs à la craie,

(0 La superficie de son sol , composée de 470,304 hectares, est divisée
di; la manière suivante :

Terres labourées. , , , 309,051 Jardins et veqcrs. , , , , , , , 15, 7
00 Vignes.,. 3,721 BraipMs. ~2,<))5 Forêts 88,3'jo Terres en friches. ,
, , , , , .îo,ji7

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et toute la sérié de couches inférieures à celle-ci, jusqu'aux argiles
qui, sur les côtes de la Normandie et de l'Angleterre , renferment un
calcaire lumachelle ou marbre qui prend un agréable poli. Il ne faut
point chercher dans cesformations géologiques des couches de houille qui
appalr, tiennent à des dépôts beaucoup plus inférieurs; mais si le bois
y était moins cher, on pourrait y exploiter de riches minerais que
recèlent les grès ferrugineux. Les marais de Bresle, de Chaumont et des
environs de Compiègne fournissent une tourbe qu'on emploie comme
combustible, et d'autres localités ont des dépôts de végétaux d'où l'on
tire du sulfate de fer. Comme tous ceux qui environnent Paris, ce
département est traversé par un grand nombre de routes; on en compte
plus de vingt.

Crépy ou Crespy, dans une position charmante au milieu d'une vallée
arrosée par deux ruisseaux qui baignent son enceinte, était jadis
considérable. Elle était défendue par un château qui n'offre plus que
des ruines; ses murailles, flanquées de tours, ne renferment plus que
2000 habitans.

Elle communique par une belle route avec Senlis, où l'on voit encore les
restes de l'enceinte que les Romains construisirent. Ils appelèrent
cette ville Augustomagus ; dans la suite elle prit le nom de
Silvanectes, probablement à cause des forêts qui l'entourent. Elle est
située sur le penchant d'une colline au pied de laquelle coule la
Nonette ; la plupart de ses rues sont étroites et tortueuses; mais son
ancienne cathédrale est remarquable par la-légèreté de son architecture
gothique et la hauteur de son clocher. Les eaux de sa petite rivière
passent pour avoir une qualité particulière et propre au lavage des
laines, aussi les lavoirs de Senlis occupent-ils un grand nombre de
bras. Ses autres branches d'industrie sont le tissage et le filage du
coton, qui emploient 250 ouvriers; les travaux d'imprimerie, qui
procurent de l'ouvrage à plus de 20C personnes, et la fabri-

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cation de la fécule de pommes de terre, a près de i5a.

Dans ses environs s'étendent les forêts de Hallate, d'Ermenonville, de
Pontarmé et de Chantilly; le beau parc de Mortefontaine, où l'abondance
des eaux donne tant de charmes à des sites agrestes; celui
d'Ennenonville, où tout rappelle le philosophe de Genève, et celui de
Chantilly, qu'illustre le souvenir du grand Condé. La révolution a
détruit le magnifique château de ce héros. En démolissant sa chapelle on
y retrouva les restes de Coligny, qui, des fourches de Montfaucon,
avaient été transportés secrètement dans ce domaine, appartenant alors à
la maison de Montmorency.

Il reste encore de cette vaste propriété le petit château et le
.bâtiment des grandes écuries, chef-d'œuvre d'architecture.

Chantilly, que l'on peut appeler une ville, existait déjà comme village
avec un château, vers l'an 900. Son hospice, qu'il doit à la
bienfaisance de la maison de Condé, est un modèle dans son genre. Cette
ville fabrique de la porcelaine, des blondes et des dentelles.

Creil, sur le bord de l'Oise, qui y forme une île où l'on voit encore
les restes d'une tour du vieux château royal dans lequel Charles VI fut
enfermé pendant sa démence, était au rang des villes dès le IXe siècle.
Elle occupe une place importante dans les annales de notre industrie,
par sa belle manufacture de faïence anglaise qui emploie 900 ouvriers.

Le bourg de Mello ou Merlou, dans une jolie vallée, sur le Thérain, au
pied d'une colline escarpée que domine un château à tourelles qui existe
depuis l'an 800 et d'où l'on jouit d'une belle vue, est bien bâti et
renferme plusieurs fabriques. Montataire, dans, la même vallée et sur la
même rivière, qui fait mouvoir les cylindres d'une importante fabrique
de tôle, est un ancien village où séjourna Massillon, et dont l'église
bâtie sur une hauteur a retenti des prédications de Pierre l'Ermite
excitant à la croisade. Près de l'église est un château qui menace ruine
et dont la reconstruction date

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de 1400. Dans la vallée de la Bresche, Nogent-les-Kierges doit son
surnom à deux saintes princesses écossaises, Maure et Brigide, qui
furent martyrisées dans les environs, vers le Ve siècle, et dont les
reliques sont déposées dans son église; il offre cet aspect d'aisance et
d'activité qui est propre aux lieux où l'industrie prospère. Entre ce
bourg situé sur la route de Paris à Amiens et lOise, règne un vaste
marais dans lequel on a découvert les restes de la voie romaine qui
conduisait de Beauvais à Senlis. Précy-sur-Oise présente l'aspect d'une
ville, par son étendue, la construction de ses maisons et la largeur de
ses rues. Saiiit-Leii -d'Esserent est remarquable par son église. Dans
les communes de Blaincourt, de Gouvieux, de Creil, de Montataire et de
Saint-Maximin, on remarque une centaine d'habitations placées dans des
carrières; elles s'annoncent de loin par des cheminées posées à ras de
terre, qui excitent un mouvement de curiosité, mais qui inspirent
ensuite un sentiment pénible par l'idée que ces demeures souterraines
sont humides et malsaines.

Le canton de Creil est tellement industrieux que, dans une étendue de
quatre lieues de long sur deux de large, il renferme 179 manufactures et
8000 ouvriers dont les produits annuels sont estimés à 16 millions. On a
calculé que si la France était partout animée par une industrie
analogue, elle fournirait de l'ouvrage à 24 millions d'individus et se
procurerait une richesse de près de 48 milliards. Nous quitterons
l'arrondissement de Senlis en traversant la jolie petite ville de
Pont-Sainte-Maxence, où l'on remarque sur l'Oise un beau pont construit
par le célèbre architecte Perronnet, à qui l'on doit celui de Neuilly :
il est soutenu par des colonnes détachées, et orné aux quatre coins par
des obélisques.

t On prétend que Compiègne existait au temps des llof mains, et que son
nom latin de Compcndium lui fut donné I

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parce qu'elle renfermait des approvisionnemens militaires considérables.
Une voie romaine, improprement appelée chaussée de Brunehault, traverse
sa belle forêt et semble attester l'antique origine de cette ville, qui
n'acquit toutefois de l'importance que sous Charles-le-Gliauve : ce
prince la rebâtit et la nomma Catiopolis. Louis-le-Bel et
Louis-leFainéant ont été inhumés dans l'église de Saint-Corneille, à
laquelle Pepin-le-Bref donna le premier orgue qu'on ait vu en France, et
qu'il avait reçu de Constantin Copronyme.

Il s'y tint plusieurs conciles, dont le plus mémorable est celui dans
lequel l'empereur Louis-le-Débonnaire fut déclaré incapable de régner.
Le château royal est un des plus remarquables par son étendue , la
distribution et la richesse des appartemens, et par l'ordonnance de ses
jardins. Il fut rebâti par Louis XV, terminé par Louis XVI et restauré
dans le goût moderne par Napoléon. La ville renferme plusieurs belles
maisons, mais ses rues sont mal percées. Elle était autrefois entourée
de murailles, les Anglais en firent le siège en 143o; et c'est dans une
sortie que Jeanne d'Arc fut faite prisonnière. En 1624, le cardinal de
Richelieu y conclut un traité d'alliance avec la Hollande.

Noyon est incontestablement antérieur à Compiègne : son nom celtique fut
latinisé par les Romains en celui de Noviomagus. Sous Charlemagne, qui
s'y fit couronner, c'était le siège d'un évêché; il y termina la
cathédrale qu'avait fait construire Pepin-le-Bref. On y remarque les
bâtimens de l'ancien palais épiscopal, un hôpital, de jolies promenades
et des manufactures de toiles fines et de tulles.

Quoique ancienne, la ville est bien bâtie. C'est la patrie du
réformateur Cal vin, de Sarrazin, célèbre sculpteur du XVIe siècle, du
général Dumouriez, du ministre Roland et du consul Lebrun.

La singulière construction du château de Clcrmont, au commet d'une
montagne dont la ville occupe la base, -i

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fait croire qu'il avait été bâti par les Romains, et que ce petit
chef-lieu remontait à la plus haute antiquité : cet ancien édifice ne
nous paraît pas porter le caractère des constructions romaines. La
beauté et l'étendue des points de vue qu'on y découvre sont
principalement dignes d'attention. Cette ville a vu naître
Philippe-le-Bel, et prétend être la patrie de notre ; célèbre Cassini.
Elle était, au XIII6 siècle, la capitale d'un comté que saint Louis
donna à son fils Robert, tige de la maison de Bourbon.

Il s'y faisait autrefois, au mois de mai, une espèce de pélerinage en
l'honneur de saint Jengou, patron des bons maris. Cette dévotion a cessé
: peut-être faut-il en attribuer la cause au grand nombre de bons
ménages. On sait que la moralité des habitans du pays s'est sensiblement
améliorée par les progrès de l'industrie que le duc de Liancourt, dont
la mémoire est vénérée à juste titre, a contribué à faire naître dans
tout l'arrondissement, en la favorisant spécialement dans sa terre
située à une lieue et demie de Clermont. Par ses soins, le pauvre
village de Liancourt, qui renfermait à peine 800 habitans, en compte
aujourd'hui près de i3oo. Les environs sont maintenant couverts de
petites fabriques qui offrent un moyen d'exislence à la population
laborieuse.

L'ancienne capitale du Beauvoisis, petit pays habité jadis; par les
Bellovacij portait, à ce que l'on croit, le nom de Bel[opacum, avant
qu'elle reçût celui de Cœsaromagus. Beauvais est mal bâti, ses rues sont
généralement assez larges, mais le grand nombre de maisons en bois
présentant sur la rue leurs pignons irréguliers lui donnent un aspect
désagréable..

Sa grande place est décorée à l'une de ses extrémités par
l'hôtel-de-ville dont la façade à l'italienne est ornée depilastres
d'ordre ionique. Sa cathédrale, qui n'a pas étéachevée et qui manque de
nef, est célèbre par la beautédu chœur dont les vitraux bleus et chargés
de riches peiIl

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tures, qui pour la plupart remontent au temp s de saint Louis, répandent
sur l'intérieur de ce temple une lueur romantique. La hardiesse de ses
voûtes le rend surtout j remarquable. Terminé en i564, le clocher fut
renversé par un violent ouragan en 1573, ce qui empêcha de continuer
cette église. Celle de Saint-Etienne, beaucoup plus ancienne, offre le
passage des arcades cintrées aux ogives. Ses vitraux, et surtout ceux
des chapelles qui entourent le chœur, sont de la plus belle exécution :
ils portent les dates de i5oo à 15^5; sa tour qui présente les traces de
plusieurs époques de construction, a été ajoutée à l'ancienne église ;
elle devait en élargir la nef, mais ce changement n'a point été
continué. Une jolie salle de spectacle ainsi qu'un grand et bel hôpital,
construits tous les deux depuis peu, se font remarquer dans cette ville.
Le vieux bâtiment gothique de l'évêché est destiné à recevoir la
préfecture. Ses anciens remparts sont convertis en promenades ; mais
quelques vieilles tours rondes et les restes d'une muraille en briques
baignés par le Thérain sont tout ce qui retrace le souvenir de deux
époques glorieuses pour Beauvais. Les Anglais l'assiégèrent inutilement
en 1443: ils furent re-poussés par l'héroïque dévouement de Jean
Lignière ; Charles-le- Téméraire, duc de Bourgogne, ne fut pas plus
heureux en 1472. Ce siège est fameux par les forces qu'y déploya ce
prince et par la belle résistance des habitans. Ceux-ci, loin de
s'effrayer des attaques d'une armée forte de 80,000 hommes, montrèrent
tant d'énergie que les femmes briguèrent l'honneur de défendre la
brèche; conduites par Jeanne Fouquet ou Lainé, surnommée Hachette, elles
combattirent même avec plus d'intrépidité que les hommes. Celle-ci
s'empara d'un drapeau qu'un ennemi qu'elle renversa plantait sur la
muraille. Cette action héroïque est représentée dans un tableau qui
décore l'hôtel-de-ville; et ce fut en mémoire de la levée du siège,

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tjue tous les ans, au mois de juillet, on faisait une procession qui a
cessé depuis la révolution, et dans laquelle les femmes avaient le pas
sur les hommes. Beauvais, dont le commerce est considérable et qui
possède des fabriques de drap, dont une occupe 150 ouvriers, des
filatures de coton, des blanchisseries, et une manufacture royale de
tapisseries de haute-lice, employant 80 ouvriers, a donné naissance à
plusieurs hommes célèbres, tels que Philippe de Villiers, de nie-Adam,
grand-maître de l'ordre de Malte, Restaut le grammairien,
Lenglet-Dufresnoy, Mesenguy , l'abbé Dubos, littérateur, Hermann et
Vaillant, célèbres antiquaires.

Aux environs et dans tout l'arrondissement de Beauvais, on remarque une
industrie aussi active que dans les autres parties du département. Non
loin de cette ville, on fait de grandes exploitations de tourbe qui
emploient plus de 1100 ouvriers : celle de Bresle en occupe seule près
de 3oo et produit à la commune un revenu de 4o,ooo francs. Près de ce
bourg, dont l'église est assez belle et qui possède trois pompes à
incendie, le Mont- César porte encore les traces de l'enceinte d'un
vaste camp romain. A Scivignies, village qui n'est peuplé que de
potiers, on fabrique des cruches, des terrines et des tuyaux, pour la
valeur de plus de 260,0000 francs. Le long village d Hanvoile fabrique
une grande quantité de serges connues sous le nom d'hanvoiles.

Il est vrai que la petite ville de Chaumont- Oise, sur la Troène où elle
présente un aspect pittoresque qu'elle doit surtout à la position de
l'église qui la domine, n'offre, malgré sa situation manufacturière,
qu'une tannerie, une mégisserie, trois moulins à eau et deux fours à
chaux; mais au village d'Auneuil on fabrique des blondes, et l'on compte
dans ce canton près de 800 ouvrières en dentelles, et dans celui de
Nivellers, 440 fileuses de chanvre, 280 fileuses de laine, 12 fabricans
de bas et 5o peigneuses de laine.

1

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L'Oise entre dans le département de Seine-et- Oise près de Beaulllont,
qu'elle baigne. Cette ville, de 2000 âmes, dont la promenade est placée
au sommet d'un plateau crayeux, a pour point de vue la plaine qui
s'étend sur la droite de la rivière. A lIle* Adam, bourg où l'on
remarque un très-beau château qui appartenait à la maison de Conti, il
existe une manufacture de porcelaine. A une lieue de Luzarches, petite
ville agréable par sa position, l'abbaye de Royaumont, que fonda saint
Louis, a été convertie en une importante filature de coton, et des
débris de son église on a construit un joli village. Le bourg d'Ecouen
est bâti sur une colline et dominé par un château qui fut construit sous
le règne de François Ier par Anne de Montmorency, et qui renferma
long-temps une maison d'éducation pour 3oo filles d'officiers de la
Légion-d'Honneur. A Louvres, sur la route de Senlis, on remarque une
ancienne église et un bâtiment gothique dans lequel la reine Blanche
fonda un hôpital qui subsiste encore des dons de cette princesse.
Gonesse, qui vit naître PhilippeAuguste, et qui depuis long-temps a la
réputation de faire de bon pain, possède un important commerce de
grains, de farine et de fourrages. Enfin, Montmorency, dont la forêt est
le rendez-vous des promeneurs de Paris, €st une petite ville aux rues
escarpées, dont un grand nombre de maisons jouissent d'une vue
délicieuse. Près de la forêt on voit l'agréable séjour que J.-J.
Rousseau appelait son Ermitage, et dans lequel Grétry mourut en 1813. Au
bas de Montmorency, l'étang de Saint-Gratien ajoute à l'agrément de la
position du nouveau village d'Enghien, réunion d élégantes maisons de
campagne groupées autour de deux beaux établissemens de bains d'eaux
sulfureuses, achevés depuis 1822.

Pontoise s'élève en amphithéâtre au confluent de l'Oise et de la Viorne,
petit cours d'eau qui y fait tourner vingt-

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mx moulins. Ses rues sont étroites, escarpées et toreuses, mais on y
voit de jolies habitations. Les anennes murailles qui l'entouserffen
partie sont celles que irmée de Charles VII escalada lorsque cette ville
fut envée aux Anglais en 1442. Les états-généraux y furent semblés en
1561, et le parlement de Paris transféré en 552, en 1720 et en 1755. En
1767, il se détacha de la auteur sur laquelle est construite une partie
de la ville, n immense banc de roc qui détruisit plusieurs maisons. La
vière qui la baigne portait chez les Celtes le nom d'Isar, 3 qui valut à
cette ville celui de Brivisara, qui signifie 1ont-sur-l Isar. Au VIIe
siècle, l'Oise s'appela Inisa, et la ille Pons Inisæ; enfin Inisa se
changea en JEsia : Pontoise 1t alors appelée Pons Æsiæ, puis Pontæsia.
Elle était traersée par une voie romaine qui conduisait de Paris à Louen
: il en reste encore quelques traces dans les envions. C est la patrie
de Philippe de Bourgogne, quatrième .ls du roi Jean, et du général
Leclerc, mort à Saint)omingue.

La petite ville de Mantes, surnommée la jolie, parce [u elle est bien
bâtie et que sa position sur la rive gauche le la Seine offre des points
de vue charmans, fut, suivant [uelques auteurs, fondée au temps où les
druides n'araient point encore perdu leur autorité. Son nom latin
Petro-Mantalum, le gui de chêne qui figure dans ses mciennes armoiries,
prouvent que nos ancêtres vénéraient ians l'emplacement qu'elle occupe
les pierres sacrées et les autres emblèmes du culte druidique. L'église
de NotreDame, nouvellement restaurée, est un monument de la munificence
de Blanche de Castille et de Marguerite de Provence, l'une mère et
l'autre femme de saint Louis.

L'architecture en est très-hardie : sa voûte a go pieds de hauteur, et
l'une de ses tours 200 pieds. Celle de SaintMaclou est le seul reste
d'une autre église qui devait être

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remarquable par sa beauté. Le palais de justice est probablement du
XIIIe s iècle, et l'hôtel-de-ville, du XVIe.

Cette ville , administrée avec économie, a su, jusqu'à présent , faire
face à ses dépenses communales sans soumettre la consommation de ses
habitans à des droits d'octroi.

Limay, que l'on peut considérer comme un faubourg de Mantes, dont il
n'est séparé que par la Seine, a dans son voisinage l'ermitage de
Saint-Sauveur, dont la chapelle et l'habitation sont taillées dans la
craie. Il s'y fait encore chaque année deux pélerinages qui attirent un
grand concours de monde.

A une lieue au - dessous de Mantes, la Seine baigne les murs du château
de Rosny, où naquit Sully, et dont le parc servit par ses soins à
naturaliser le mûrier. La duchesse de Berry a considérablement agrandi
ce château, et dans l'enceinte du parc elle a fait élever à la mémoire
de son malheureux époux une chapelle et un hospice.

Les importans embellissemens faits à cette belle propriété ont changé le
misérable village de Rosny en une réunion de maisons propres et assez
bien bâties.

Le bourg de La Roche- Guy on, agréablement situé sur la droite de la
Seine, nous offre un autre château beaucoup plus remarquable que celui
de Rosny. Une partie de ses dépendances est taillée dans la craie qui
constitue la colline à laquelle il est adossé. Sa façade est un mélange
de gothique et de moderne qui lui donne une physionomie toute
particulière de sévérité , de grandeur et d'antiquité. Ce qui ajoute
encore à ces caractères, c'est la grosse tour ronde qui le domine et
dont on ignore l'origine, On croit qu'elle existait l'an 260 de notre
ère; avant la révolution, elle avait 80 pieds de hauteur; on essaya de
la détruire, mais tout ce que l'on put faire fut de la diminuer de 3o
pieds. Au-dessous de cette tour, mais au-dessus du château , on a creusé
dans la masse crayeuse un bassin carre de 10

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ieds de profondeur contenant 2200 muids d'eau. La source lui l'alimente
vient de Cllérence, village situé à une lieue de La Roche-Guyon. Dans la
petite église de ce bourg, on voit !e tombeau restauré de François de
Sully, duc de LaRoohejuyon. Près de ce même bourg se trouve Autisle,
dont le site a inspiré à Boileau sa belle épître sur les douceurs de la
vie champêtre.

A trois lieues au nord-est la petite ville de IJiagllY, patrie du
peintre Santerre, nous offre une large rue garnie de quelques belles
maisons et une jolie église du XVIe siècle , dans laquelle on remarque
de beaux fonts baptismaux, un tombeau élevé en 1784 à l'un de ses plus
dignes curés, dont l'épitaphe est de Condorcet, et les beaux restes du
mausolée de la famille de Villeroy dont les cendres reposent dans cette
église.

En retournant sur nos pas, Meulan, bâti en amphithéâtre sur la rive
droite de la Seine, indique par son ancien nom de Mellentum, une origine
celtique. Cette petite ville de 2000 âmes offre encore quelques restes
des fortifications qui la firent résister avec opiniâtreté aux inutiles
attaques du duc de Mayenne. Nous traverserons ensuite Poissy, la patrie
de saint Louis, peuplée de 2600 habitans. Elle était autrefois la
capitale d'un petit pays qu'on appelait le Pincerais, de son nom latin
Pagus Pinciacensis; Charles-le-Chauve y tint un parlement ; elle était
du domaine de la couronne, et les reines y faisaient leurs couches.
Blanche de Castille y répéta plusieurs fois à son fils ces paroles
remarquables : « J'aimerais mieux vous voir périr à mes yeux que de vous
voir perdre l'innocence de votre baptême ; souvenez-vous que ce qui est
onéreux au peuple ne peut jamais être glorieux au prince. »

Il se tient toutes les semaines à Poissy un marché considérable de
bestiaux dont la vente produit à la ville de Paris un droit annuel de
1400 mille francs. L'ancien couvent

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des Ursulines a été transformé en un dépôt de mendicité assez vaste pour
contenir 750 condamnés, que l'on y occupe à différens genres
d'industrie, pour lesquels on leur tient compte d'un salaire dont un
tiers leur est remis, un tiers reste à l'établissement, et le dernier
tiers leur forme une masse. Il ne reste de l'ancienne abbaye de Poissy
qu'une porte dont la construction n'a rien de gothique ; c'est dans ce
monastère que se tint sous Charles IX, entre les ministres réformés et
les docteurs catholiques, le fameux colloque de Poissy, qui dura deux
mois et demi, et qui n'eut d'autres résultats que la guerre civile.
L'église, dont le chœur et le clocher sont nouvellement restaurés,
paraît appartenir au style anglo-saxon : au lieu d'ogives, ce sont des
arcades à plein cintre, les vitraux sont du XIIe siècle; l'hospice
civil, qui renferme 16 lits, a ses revenus particuliers : il n'est point
à charge à la ville. Sur la place du marché s'élève un marché couvert.
Telles sont les seules constructions de Poissy.

La forêt qui commence à peu de distance de Poissy et finit à Saint-
Germain, est une partie de celle que l'on appela la Laye jusqu'au XIe
siècle, époque de la fondation de cette ville dont elle prit le nom ;
elle est entourée de murs et occupe une superficie de plus de 85oo
arpens. La beauté de sa végétation, les larges avenues dont elle est
percée, en font une promenade magnifique pour la ville, qui jouit aussi,
du haut d'une terrasse de 1200 toises de longueur sur 15 de largeur,
d'un des plus beaux points de vue des environs de Paris : c'est sur
cette terrasse même qu'est bâti le château. Commencé sous le règne de
François Ier, et augmenté par Henri IV et Louis XIV, il servit sous la
restauration de quartier à une compagnie de gardesdu-corps. Dans cet
édifice naquirent Marguerite de France fille de François Ier, Henri II,
Charles IX et Louis XIV, Vis-à-vis l'entrée de ce vieux bâtiment où
domine la teinte rouge de la brique, s'élève une nouvelle église dont la

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façade pèche un peu par le goût, mais dont le péristyle formé d'une
double colonnade est décoré d'un fronton qui porte un beau bas-relief.
L'intérieur manque de cette majesté sévère qui convient aux temples
chrétiens. En faisant les fouilles pour les fondations de cetédifice, on
découvrit en 1826 les restes de Jacques Stuart. Saint-Germain est bien
bâti, possède un vaste marché et plusieurs beaux quartiers de cavalerie.

La route de cette ville à Paris borde la Seine et passe à PortMarly,
dont l'église est d'une architecture remarquable pour une église de
village; un peu plus haut se trouve un bel abreuvoir adossé à une partie
du mur de l'ancien parc royal de Marly-le-Roi ou la Machine: on y voit
encore la place des piédestaux sur lesquels étaient les beaux chevaux
qui décorent à Paris l'entrée des Champs-Elysées et celle du jardin des
Tuileries (I). Le bourg de Marly-le-Roi s'élève sur la hauteur à la
gauche de l'ancien domaine royal. Entre PortMarly et le petit village de
La Chaussée on remarque les restes de la célèbre machine construite sous
Louis XIV pour alimenter un aqueduc, long de 1980 pieds, dont les plus
hautes des 36 arcades s'élèvent à 75 pieds; monument qui produit un
effet magnifique au sommet de la colline de Louveciennes, d'où ses eaux
se dirigent par des canaux à Versailles.

Cette vieille machine est remplacée par une pompe à feu de la plus belle
exécution, qui élève les eaux à 5oo pieds, mais n'en fournit pas une
assez grande quantité. Plus loin est le beau parc de la Malmaison, qui
vit Napoléon dans tout l'éclat de sa gloire et dans ces jours désastreux
qui suivirent ses revers. Le joli bourg de Rueil ou Ruel, peuplé de 3ooo
âmes, se montre au pied d'une colline plantée de vignes. On y remarque
le château qui fut le théâtre des plaisirs et des ven-

(0 L'emplacement primitif de ces deux chevaux ailés est attesté par une
vue de Marly du temps de Louis XIV, qui décore la grande salle de
l'hôtclde-ville de Versailles : les quatre chevaux ornaient donc
originairement ce château.

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geances particulières de Richelieu : c'est là que le cardinal, n'ayant
pour confident que le bourreau, recevait en petit comité et avec des
démonstrations d'amitié ceux dont il voulait se défaire secrètement.
L'église renferme le mausolée de l'impératrice Joséphine. Sur la rive
droite de la Seine on aperçoit Argenteuil, bourg de 4600 habitans, dont
les vignobles produisent année moyenne plus de 100,000 hectol. de vin;
quelques pans de murailles y indiquent l'emplacement d'un monastère
fondé au VIIe siècle, et célèbre par la retraite d'Héloïse qui en devint
la supérieure. La fameuse robe sans couture de Jésus-Christ, que
l'impératrice Irène envoya, diton , à Charlemagne, a passé de ce couvent
à l'église d'Argenteuil, où elle occupe dans une châsse le milieu du
maître-autel.

Sur la rive gauche de la Seine nous traverserons SaintCloud, appelé
Nogent jusqu'à la mort de Clodoald, fils de Clodomir, roi d'Orléans, qui
s'y retira dans un ermitage pour éviter la mort dont il était menacé par
Clotaire son oncle, assassin de ses frères. Le château appartenait à
Jérôme de Gondy lorsque Henri III y fut assassiné par le moine Jacques
Clément. Le cœur du malheureux prince fut déposé dans l'église du
village, avec cette inscription : Passant, plains le sort des rois.
Louis XIV acheta ce domaine et le donna au duc d'Orléans son frère, qui
y fit construire le château actuel, devenu royal et beaucoup plus vaste
après l'acquisition qu'en fit la reine Marie-Antoinette. Bonaparte, à
son retour d'Egypte, y fit assembler, le 9 novembre 1799, le conseil des
Cinq-Cents, dont la dissolution à main armée a rendu célèbre cette
journée connue sous le nom de 18 brumaire dans les fastes de notre
révolution. C'était la résidence qu'il affectionnait le plus : il la fit
restaurer et meubler avec un luxe vraiment royal ; et, pour embellir la
vue qui de l'appartement principal donne sur le parc, on construisit
l'obélisque que couronne une copie en terre cuite du joli monument
qu'éleva à Athènes le sculpteur

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Lysicrate, et que les antiquaires ont surnommé la lanterne de
Démosthènes. Le chemin qui borde la rivière et conduit à Sèvres, nous
permet d'apercevoir le village de Meudon, qui dut sa réputation à
Rabelais, avant que le cardinal de Lorraine y fit construire le château
dont Louis XIV fit l'acquisition pour le dauphin. Au pied de la montagne
que couronne ce château, on voit la célèbre verrerie établie autrefois à
Sèvres. Ce bourg, qui, réuni à une partie du village de Chaville,
s'étend sur une longueur considérable, renferme plus de 4ooo habitans.
On y remarque la belle manufacture royale de porcelaine dont les
produits surpassent ce que l'on fait de plus beau dans ce genre en Europe.

L'entrée de Versailles par la route de Paris répondrait à l'idée qu'on
se fait d'une ville royale, si cette large avenue à quatre rangs
d'arbres qui conduit à la place d'Armes était bordée de constructions
régulières. Elle offrirait alors avec la vue du château en perspective
l'ensemble le plus majestueux. De jolies maisons présentent d'abord
leurs façades : ici, c'est une vaste prison dont la triple entrée laisse
voir les guichets et les verrous ; là, une belle caserne fait face à
l'ancien hôtel des Menus-Plaisirs, où se tinrent les fameuses assemblées
des états-généraux; plus loin le tribunal civil, celui de commerce et
les bàtimens qui, avant la révolution de i83o, servaient au logement de
tout ce qui composait la vénerie, et qui sont consacrés à l'Ecole
normale primaire de l'académie de Paris, s'élèvent vis-à-vis de l'hôtel
de la mairie, et l'avenue se termine à droite et à gauche par les
grandes et les petites écuries.

Les belles façades de ces deux constructions, vues de l'entrée du
château ; la grande allée qui les sépare, les deux autres qui bordent
leurs flancs, les bois qui dominent tout autour la ville, font un effet
magnifique. Mais en jetant un coup d'ceil sur ce palais où deux
portiques d'ordre corinthien s'avancent de chaque côté d'un bâtiment en
briques,

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on ne peut excuser le disparate qu'il présente qu'en se rappelant le
sentiment de vénération avec lequel Louis XIV conserva le vieux
rendez-vous de chasse de son père. C'est du côté du jardin que la
magnificence du grand roi semble renaître dans tout ce qui retrace son
souvenir; cependant, malgré son imposante façade, ce palais n'est pas
sans défauts : on s'accorde à reconnaître que le corps du milieu
s'avance outre mesure et que les deux ailes ont trop de développement.
La critique se laisse désarmer à l'aspect de ces bronzes, de ces
statues, de ces vases, multipliés avec profusion ; de ce large canal qui
paraît se prolonger presque jusqu'à l'horizon; de ces bosquets décorés
avec une élégante recherche, de ces bassins au milieu desquels, à
certains jours de fête, l'eau s'élève en gerbes, en faisceaux ou en jets
qui surpassent en hauteur les plus grands arbres; de cette magnifique
orangerie où l'on conserve des arbres de quatre siècles d'existence; de
ces deux châteaux de Trianon, dont le plus grand, revêtu de marbre,
entouré de belles plantations, réalise les brillantes fictions du Tasse
dans la description du palais d'Armide; tandis que l'autre s offre sous
la modeste apparence d'un simple pavillon. Ces deux édifices peignent le
caractère des deux rois qui les ont construits ; dans le premier, où
l'on retrouve encore un air de faste et de grandeur, Louis XIV se
délassait de la magnificence du château de Versailles; dans le second,
Louis XV, fatigué de l'éclat de la couronne et de l'ennuyeuse étiquette
de la cour, oubliait les embarras qui signalèrent son règne. Sous Louis
XVI, le charmant jardin de cette maison de plaisance fut encore embelli
par Marie-Antoinette : l'art y est partout caché sous le voile de la
nature.

Le luxe, l'élégance et la noblesse qui régnent dans les constructions
royales de Versailles, ont accrédité l'opinion que Louis XIV, regrettant
les dépenses qu'elles avaient entraînées, en avait dérobé la
connaissance a la postente en

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jetant au feu les mémoires de Mansard; et cependant Mirabeau, Volney et
d'autres encore se sont crus assez instruits pour en publier les
résultats (1). D'après un relevé de dépenses attribué à Mansard et des
documens conservés dans les archives de la couronne, on arrive à cette
conclusion, que tout ce qui a été dépensé depuis 1664 jusqu'en 1702 pour
la construction des bâtimens royaux et leur ameublement, l'ornement et
l'entretien des jardins, la bâtisse même des deux principales églises de
Versailles, s'élève à environ 95,800,000 livres, qui, d'après le taux
moyen de la valeur de l'argent pendant 38 ans, feraient aujourd'hui
172,400,000 francs (2).

Après quarante ans d'une révolution qui a changé l'aspect, l'esprit et
les institutions de la France, Versailles est encore une ville de cour :
l'ancienne noblesse y est nombreuse, et le peuple y est misérable et
paresseux. Aussi l'industrie y compte-t-elle peu d'établissemens, ce
qu'il faut attribuer encore à sa situation loin de cours d'eaux
naturels. Sa population, trois fois moins considérable qu'en 17,90,
éprouve cependant depuis la restauration une augmentation annuelle assez
sensible; mais la plupart de ses rues silencieuses doivent en partie
leur tristesse à leur largeur et à leur régularité. Elle renferme
toutefois plusieurs établissemens d'instruction et de bienfaisance : une
belle bibliothèque de 35,ooo volumes, un grand nombre d'écoles
universitaires , l'école normale primaire de l'académie de Paris,

(0 Ces résultats sont aussi erronés qu'ils sont différens : dans sa ige
lettre à ses commettans, Mirabeau porte le montant de ces dépenses a
1200 millions; Volney, dans ses Leçons sur l'histoire, l'estime à 1400
millions de livres tournois , qu'il évalue à 4*600,000,000 de francs.

f M Consultez le Tableau descriptif, historique et pittoresque de la
ville, du château et du parc de Versailles, compris les deux Tranons,
par M. Vaysse de Villiers, 1827; et l'ouvrage intitulé : Faits, calculs
et observations sur la dépense d'une des grandes administrations de
l'Etat à toutes les époques, depuis le règne de Louis XIV et
inclusivement jusqu'en 1825, par le comte d* llauterive, 1828.

1

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des institutions préparatoires pour les écoles militaires, un magnifique
collège, des cours publics de géométrie et de mécanique, de dessin et de
musique, un hospice royal fort bien tenu dans lequel on reçoit chaque
année plus de 2000 individus. Versailles est la patrie de Louis XVI et
de ses frères, de l'abbé de l'Epée, de Ducis, du général Hoche et du
maréchal Berthier.

Ce qui contribue surtout à entretenir dans cette ville un commerce de
consommation assez considérable pour faire verser chaque année, dans la
caisse de son octroi, une somme de près de 600,000 francs, c'est la
facilité qu'offrent aux promeneurs et aux étrangers ses fréquens moyens
de transport : plus de 600 voitures publiques communiquent du
département de Seine-et-Oise avec la capitale, et la plus grande partie
passe par Versailles (1). Ainsi que nous avons eu occasion de le prouver
ailleurs : cc Peu de personnes se font l'idée du mouvement que produit
dans Versailles le nombre de curieux attirés dans ses murs pour admirer
ce palais restauré à grands frais, cette magnifique orangerie que les
étrangers nous envient, ces jardins entretenus avec tant de soins, ces
eaux jaillissantes qui rappellent sans cesse le mérite de la difficulté
vaincue. Pendant les sept mois de belle saison, les chàteaux de
Versailles et des deux Trianons sont visités par plus de 400 personnes
chaque jour de la semaine etpar 1600 à 2000 les dimanches et fêtes.
Pendant les cinq mois de mauvaise saison, le nombre des curieux dépasse
encore 150 dans les jours ordinaires; l'annonce des grandes eaux
n'attire pas moins de 12 à 15 mille personnes dont le transport
quintuple le nombre des voitures à heure fixe et amène encore 12 à 13
cents voitures de différentes espèces. Qu'on juge d'après ces résultats
de l'influence que

(0 Consultez l'Aperçu topographique, physique, géologique, historique et
statistique du département, par M. J.-J.-N. Huot, placé en tète de
l'Annuaire de Seine-et-Oise pour 1829.

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les palais de Versailles et des deux Trianons exercent sur le commerce
de la ville, commerce uniquement de consommation (i). »

61 Les environs de Versailles offrent des promenades délicieuses, des
sites enchanteurs , des villages qui doivent leur importance à des
établissemens industriels ou d'enseignement : Villepreux fabrique des
châles; Grignon, depuis long-temps célèbre chez les géologues par un
banc calcaire riche en coquilles fossiles, est devenu intéressant pour
les agriculteurs, depuis qu'une belle terre, achetée par le
gouvernement, a été gratuitement affectée à une école agronomique;
Saint- Cyr renferme une école spéciale militaire établie dans les vastes
bâtimens de l'abbaye royale fondée par Mme de Maintenon ; enfin Jouy,
situé dans une charmante vallée traversée près de Bue par un superbe
aqueduc, dut l'aisance qu'on y remarque à une manufacture de toiles
peintes, qui, sous le régime impérial, compta jusqu'à 1600 ouvriers,
mais qui aujourd'hui n'en occupe plus que 3oo.

(1) Ces calculs sont extrait d'un travail que nous avons été chargés de
rédiger, intitulé : Exposé de la nécessité de conserver au domaine royal
le château de Versailles et ses dépendances, dans l'intérêt de la
France, de la couronne, et de cette ville; présenté au nom du conseil
municipal de Versailles, le ai janvier 1831, à la commission de la
Chambre des Députés, chargée de l'examen du projet de loi sur la liste
civile. Ces évaluations sur le mouvement journalier de curieux qu'attire
Versailles sont encore au-dessous de la vérité, parce que nous n'avons
voulu les établir que sur des données positives dont nous devons
indiquer la source.

Avant la révolution de juilletles étrangers qui allaient visiter
l'intérieur du château, n'étaient introduits par les garçons de salle
que sur la présentation de billets délivrés par le concierge, et qui
portaient le nombre des personnes composant chaque société. Il nous a
donc été facile d'établir le chiffre que nous rapportons, lequel ne
comprend pas les étrangers qui, connaissant déjà les appartemens,
n'entrent pas dans le château et ne viennent à Versailles que pour se
promener dans les jardins et visiter les Trianons. Les grandes eaux
jouent quatre fois par an; quant aux petites eaux qui jouent le premier
dimanche de chaque mois, pendant la belle saison, elles attirent chaque
fois à Versailles plusieurs milliers d'individus que nous ne comprenons
pas non plus dans nos calculs.

I

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Près de la forêt de Saint-Léger, la jolie petite ville de
Montfort-VAmaury est bâtie sur la pente et au pied d'une montagne
couronnée par les ruines d'un ancien château dont il reste encore une
petite tour en ruine, ornée de jolies sculptures gothiques et quelques
débris de murailles que l'on a rendues plus pittoresques par des
plantations qui ont transformé en une jolie promenade l'emplacement
qu'occupent ces antiques ruines. A trois lieues à l'ouest de cette
petite cité, nous verrons celle d'Houdan, où l'on fait un grand commerce
de grains, de veaux, de volaille et de laine. Plusieurs de ses maisons
sont bâties en bois et datent du XVe siècle. Son église a été fondée
vers la fin du Xe siècle par le roi Robert, surnommé le Dévot; une haute
tour flanquée de quatre ou cinq autres est tout ce qui reste de ses
anciennes fortifications. C'est la patrie du fameux Simon, comte de
Montfort, qui se signala par ses cruautés dans la croisade contre les
Albigeois au commencement du XIIIe siècle.

Après avoir traversé la forêt de Saint-Léger, qui prend ensuite le nom
de Rambouillet, on arrive à cette petite ville, qui, sous l'empire, dut
à son château le rang de chef-lieu de sous-préfecture. Cet édifice, qui
n'a rien de royal, porte dans son ensemble le caractère des
constructions du XVIe siècle. Il est flanqué de tours, dont une est
crénelée et paraît être plus ancienne que les autres. C'est dans une des
chambres de celle-ci que mourut François Ier, en 1547.

Le parc, dessiné à l'anglaise, est remarquable par ses points de vue et
par ses eaux limpides. On y voit une laiterie dont l'intérieur revêtu en
marbre, arrosé par des jets d'eau, est orné d'un rocher représentant une
grotte au milieu de laquelle se baigne une nymphe. L'eau qui jaillit de
tous côtés répand dans cette magnifique laiterie la plus agréable
fraîcheur. La célèbre ferme royale construite sous Louis XVI, dans le
but d'encourager la naturalisation des mérinos en

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'rance, est située hors de la première enceinte du parc.

fous ne dirons rien de la ville, si ce n'est qu'elle est assez tien
bâtie et que sur sa grande place 1 hôtel-de-ville offre me jolie façade.

Passons à Dourdan, qui donne également son nom à me forêt située près de
ses murs. C'était autrefois une ilace forte : on voit encore au milieu
de ses constructions III château bâti au VIe siècle par Gontran, roi de
Bourgogne. Cette petite cité de 25oo habitans, recommandable )ar son
industrie, l'est à juste titre comme patrie de La 3ruyère.

Etampes occupe une étendue assez considérable dans jne vallée fertile
arrosée par une petite rivière qui ne gèle amais et fait mouvoir un
grand nombre de moulins. Cette petite ville est la patrie du naturaliste
Guettard. Elle est fort ancienne : il en est question dans des titres
qui remontent au VIe siècle; quelques vieilles constructions l'attestent
aussi. Pour se faire une idée de l'activité commerciale de la route sur
laquelle elle est située, il suffit de savoir qu'il en sort chaque jour
par la barrière dite de Saint-Michel, 3,600,000 kilogrammes de
marchandise pour Paris, qui sont transportées par 1780 voitures, savoir
: 930 à un cheval, 140 à deux, 160 à trois, 38o à quatre et 170 à cinq
chevaux. A deux lieues de ses murs le village de Saclas est beaucoup
plus ancien encore : il occupe une partie de l'emplacement de la cité de
Salioclita, mentionnée dans l'Itinéraire d Antonin. Dans une agréable
vallée arrosée par la Juine, le bourg de Mé-révillc, chef-lieu de
canton, possède une très-belle halle où se tiennent les plus importans
marchés du département de Seine-et-Oise pour les denrées dont on
approvisionne Paris. Sa population est de 1700 habitans. On y voit une
propriété connue sous le nom (le (lont le vaste château et les
magnifiques jardins égalent ee qu'il y a de plus beau

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dans ce genre en France. lJfilly, autre chef-lieu de canton , sur la
rive droite de l Ecole, offre aux amateurs de vieux monumens un château
gothique, qui, sous Charles VII, soutint plusieurs sièges contre les
Anglais.

La rivière d'Essonne arrose la petite ville du même nom où l'on fabrique
des cotonnades et du pain d'épice; sa poudrière, dont plusieurs accidens
ont fait redouter le voisinage, a été transférée au Bouchet, près du
confluent de la Juine et de l'Essonne. Chef-lieu d'arrondissement,
COlbetl, à un quart de lieue d Essonne, possède une bibliothèque , une
salle de spectacle, une halle au blé, une manufacture de toiles peintes,
une raffinerie, une filature de coton , une fabrique de tuyaux de
chanvre sans couture, et sur l'Essonne plus de 40 moulins à farine. Il
s'y tient un des plus importans marchés pour l'approvisionnement de
Paris en grains et en farines. Au confluent de l'Orge et de la Remarde
s'étend la petite ville d' Arpajon qui portait autrefois le nom de
Châtres; elle renferme un peu plus de 2000 âmes. Le bourg de Longjumeau,
presque aussi peuplé, a des tanneries considérables et un grand
établissement pour l'apprêt des laines.

Nous terminerons ce département en faisant remarquer qu'il est un des
plus riches en céréales, en vignobles et en bêtes à laine (1). Les
substances minérales que son sol recèle ne sont pas précieuses, mais
utiles; ce sont la craie, la pierre à bâtir, et le gypse qui fournit
l'énorme quantité de plâtre que l'on consomme à Paris. L'industrie s'y
ressent du mouvement produit par le voisinage d'une

(1) Il produit en céréales 2,700,000 hectolitres en avoine 2,000,000 en
vins 4^0,000 La pousse annuelle de ses bois fournit environ. 300,000
stères.

L'excédant de sa consommation est en céréales de 1,200,000 hectolitres
en avoine de. i, 100,000 en vins de. 3oo,ooo

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ande capitale. On y compte environ 3o forges et fouraux, i4o fabriques
en différens genres, plus de 700 oulins et de 1000 autres constructions
industrielles.

Nous venons de faire le tour du département de Seine-Oise, celui de la
Seine y est enclavé, et Paris occupe à m près le centre de ce dernier.
Lorsque cinquante-cinq îs avant l'ère chrétienne, les Romains, sous la
conduite ; César, arrivèrent dans cette ville, chétive et unique té de
la petite nation des Parisii, qui l'appelaient Luthluez)', et que leurs
vainqueurs nommèrent Lutetia, ils > virent dans ses habitations bâties
en terre et en paille achée, au milieu de l'île qui renferme aujourd'hui
la ité, qu'une position avantageuse dans un pays misérable.

[ais les Parisii étaient braves, bons navigateurs et susptibles de
civilisation; Lutetia prit successivement de l'acroissement, s'embellit,
devint le siège d'une préfecture , ! séjour passager de. quelques
empereurs, et mérita que îlien l'appelât sa chère Lutetia. La seule
construction qui ippelle cette époque est l'édifice des Thermes qui
faisait aw-tie du palais de ce prince. A l'approche des Francs, les
omains pouvaient sentir leur position critique, mais ils e purent
prévoir que ces barbares feraient de la cité des )arisii leur capitale,
et que cette ville deviendrait quatorze iècles plus tard la métropole
d'un empire aussi puissant uil fut peu durable, et dont Rome même ne
devait être [u'un chef-lieu de préfecture.

Clovis, en choisissant Paris pour résidence, contribua :ncore à son
agrandissement. Pillée plusieurs fois par les Normands, pendant le règne
des faibles successeurs de jharlemagne, cette ville s'entoura de
fortifications ; ce ne ut que sous les rois de la troisième race
qu'augmentée au lord et au sud , elle se divisa en quatre parties ou
quartiers, întourées d'une muraille qui renferma, sur une superficie le
739 arpens, plusieurs villages bâtis hors de l'enceinte

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tracée sous les Carlovingiens. Ces villages ou bourgs, dont certains
noms de rues retracent le souvenir, étaient le Bourg-l'Abbé, le
Beau-Bourg et le Bourg- Tiboud qui donna son nom à la rue Bourtibourg.
Deux forts, qui depuis la conquête des Romains ont' plusieurs fois été
rebâtis, défendaient les approches de la Cité : c'était le grand
Châtelet, sur la rive droite de la Seine, à l'entrée du Pontau-Change;
et sur la rive gauche, le petit Châtelet, à la tête du petit Pont.
Quatre grosses tours terminaient plus haut et plus bas, sur le bord du
fleuve, l'enceinte de la ville : sur sa rive gauche, l'une, appelée la
Tournelle , était à l'entrée d'un pont de bois, qui, construit en
pierre, n'a pas changé de nom ; l'autre, placée en face sur la rive
opposée, à l'entrée de la Vieille rue du Temple, servait de porte; elle
était désignée sous le nom de porte Barbelle, que l'on appela ensuite
Barbette. Vis-à-vis des deux entrées actuelles du pont des Arts, on
w>yait d'un côté , à la place du pavillon de la bibliothèque Mazarine ,
la tour et la porte de Nesle, appelée alors porte de Philippe Halliei/II
; et au côté opposé, devant le vieux château du Louvre, qui venait
d'être rebâti par Philippe-Auguste, et qui s'élevait hors de la ville,
une grosse tour défendait la rive droite de la Seine.

Charles VI étendit cette enceinte au nord, et Paris, divisé en seize
quartiers, occupa une surface de 1284 arpens. Sous le règne de François
Ier la capitale ne s'agrandit que dans sa partie septentrionale : ses
murs suivaient les contours d'une ligne tracée depuis la place du
Palais-Royal, en passant par les rues des Fossés-Montmartre et
Neuve-Saint-Eustache, jusqu'à la porte SaintDenis, et de cette porte à
la Bastille. L'espace qu'ils renfermaient était d'environ 14oo arpens.
Sous Henri IV, de nouveaux accroisseinens le portèrent à 1660 arpens.
Louis XIII fit augmenter cette enceinte vers le nord, et l'on peut la

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livre encore depuis le pont Louis XVI, par la rue Royale : les
boulevards, jusqu'au pont d'Austerlitz. Au sud, la mite précédente
n'était pas changée. Ainsi, sur la rive roite de la Seine on voyait dans
Paris l'abbaye Saint-Martin, Temple et les bâtimens de la place Royale,
le Louvre, le dais et le jardin des Tuileries, ainsi que l'hôtel
Richeeu, que l'on appelait aussi le Palais Cardinal, et qui, gué à Louis
XIII par son ministre, devint la résidence Anne d'Autriche et du prince
son fils, et prit alors le om de Palais Royal, nom qu'il conserva après
que ouis XIV l'eut cédé à son frère le duc d'Orléans. La artie
méridionale de Paris comprenait, outre l'île Saintouis et la Cité, où
l'on voyait, encombrés de constructions ui en masquaient les façades, la
cathédrale et le palais e justice, trois autres édifices importans : la
Sorbonne, mdée par Robert de Sorbon, chapelain de saint Louis, t rebâtie
par Richelieu; le collége de Cluny, construit au [IIIe siècle , et
l'église de Sainte-Geneviève, où la bergère e Nanterre et le roi Clovis
furent inhumés, et que l'on construisit en 1175. Hors de l'enceinte au
nord s'élevaient lusieurs couvens et quelques établissemens de
bienfaimce : tels que la léproserie de Saint-Lazare, fondée au LP
siècle; l'hôpital Saint-Louis, bâti en 1607, et l'abbaye aint-Antoine ,
transformée depuis en hôpital. Autour des lurs au midi on voyait
l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, ont la fondation date de Childebert Ier
; l'église de Saintilllpice, qui, bâtie au XIIe siècle, fut reconstruite
sous jouis XIV et terminée sous le règne suivant; le palais du
Luxembourg, dont Marie de Médicis fit jeter les fondemens in i6i5;
l'abbaye du Val-de-Grâce, dont la première )ierre fut posée en I645 ; le
Jardin des plantes, comnencé en 1635, et l'hospice de la Salpêtrière ?
bâti în 1656.

r Louis XIV fit agrandir aussi Paris: l'hôtel des Invalides 1

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fut compris dans son enceinte. Sous son règne les anciens fossés furent
comblés, les remparts démolis, les portes abattues : celles de
Saint-Denis et de Saint-Martin remplacées par deux arcs de triomphe;
enfin à l'avènement de Louis XV au trône, la capitale comprenait une
superficie de 3228 arpens. Quelques années plus tard le village du Roule
fut renfermé dans de nouvelles limites que l'on fixa en 1728, et qui
donnaient à la ville une superficie de 3919 arpens. Les lanternes qui
avaient commencé à éclairer Paris en 1666, sont remplacées, en 1766, par
les réverbères actuels ; ce n'est qu'en 1783 que l'on voit paraître une
loi concernant l'alignement des rues; et cinq ans après, une nouvelle
muraille, qui n'a reçu depuis qu'une faible augmentation, donne à la
capitale une étendue de 10,060 arpens (1). Sa plus grande longueur est
de 8400 mètres ou de près de deux lieues, depuis l'arc de triomphe de la
barrière de l'Etoile jusqu'à la barrière de Picpus; et sa plus grande
largeur de 6000 mètres, ou une lieue et demie, de la barrière de la
Villette à celle d'Enfer.

Nous venons de suivre les divers accroissemens de Paris : jetons un
regard sur les monumens qui, depuis le commencement du règne de Louis
XIV jusqu'à ce jour, ont contribué à l'embellir. Sous ce monarque on vit
s'élever successivement le collége Mazarin, aujourd'hui le palais de
l'Institut (2); la colonnade du Louvre (3), la manufacture des Gobelins
(4), les fondations de l'Observatoire (5), l'hospice des Enfans trouvés
(6), l'hôtel des Invalides (7) , la porte Saint-Denis (8), la porte
Saint-Martin (9), le Pont-Royal (ic , et les édifices de la place
Vendôme (n).

Sous Louis XV on construisit le palais Bourbon, aujour-

(1) En mesures métriques 343g hectares 68 ares.

(2) Commencé en 1662. - (3) En i665. — ('») En 1666. - (5) Ell d¡;;

— (fi) En 166(1. —(7) Commencé en 1671, terminé en 1706. — (H) En 1(172.

— (y) En 1674--(10) En 1684. — (")De IG85 à 1701.

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d'hui celui de la Chambre des députés (i); le portail de l'église de
Saint-Roch (2), la massive fontaine de Grenelle (3), l'Ecole militaire
(4), la nouvelle église de SainteGeneviève (5), qui reçut en i yg3 le
nom de Panthéon, qu'elle a repris depuis la révolution de juillet 183o,
la halle au blé (6), la statue équestre et les bâtimens de la place
Louis XV (7), le marché Saint-Martin (8) et l'hôtel des monnaies (9).

Louis XVI, malgré l'embarras des finances, fit faire plusieurs
constructions utiles et belles : le Collége de France fut terminé,
l'Ecole de médecine commencée (10), le palais de justice embelli d'une
nouvelle façade (u), l'Odéon construit pour la comédie française (I2),
et le théâtre des Italiens bâti pour l'opéra-comique (rô), avec une
façade grande et noble qui aurait décoré le boulevard le plus fréquenté
si, par un préjugé assez singulier, on n'avait pas craint, en la
tournant de ce côté, de l'assimiler aux petits théâtres des boulevards.
Quelques années plus tard, le duc d'Orléans fit bâtir les galeries de
pierre du Palais-Royal (14) ; le beau pont Louis XVI fut construit;
l'élégante fontaine des Innocens, monument de la renaissance de l'art,
fut restaurée (15); le Théâtre-Français s'éleva rue de Richelieu (16);
55 barrières entreprises avec autant de luxe que de mauvais goût, et
dont quelques unes seulement annoncent dignement l'entrée d'une
capitale, fixèrent les limites de Paris (17); enfin le théâtre de la rue
Feydeau, aujourd'hui détruit (18), fut destiné à recevoir la troupe
installée précédemment sur le boulevard des Italiens.

- Bonaparte, en s'emparant du pouvoir, sembla prendre

(1) Commencé en 1722..

-(») En i736.

— Q) En 1730.

— (4) Commencée

en 1752.-

— (5) Les fondations en furent faites en 1737, et la cérémonie

pour la pose de la première pierre n'eut lieu qu'en 1764.-

_(6) Bâtie de

ij63 à 1767.

— (7) 1763 et années suivantes.

- (8) En 1765.

— (9) En

1771.

— (10) En 1774.

- (11) En 1776.

— (12) En 1781.

— (l3) En 1782.

-(14) En 1786. _(15) De 1787 à 1701.

— (l6) De 1787 à 1700.

-(17) De

1786 à 1780.

— (l8) En 1700.

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à tâche de dédommager la nation de la perte de sa liberté, par tout ce
qui pouvait attester sa grandeur et sa puissance.

Les embellissemens qu'il fit faire à la capitale dans l'espace de douze
ans égalent ceux des trois règnes précédens. Les belles rues de la Paix,
de Rivoli, du Mont-Thabor, de Castiglione et d'autres dont l'énumération
serait aussi longue que fastidieuse s'alignent; les quais d Orsai, de
Billy, Desaix, Morland, Catinat, Bignon, du Louvre, des Invalides, de la
Cité, de la Conférence et de la Tournelle sont construits; les ponts de
la Cité, des Arts (1) , d'Austerlitz (2) et d'Iéna (3), sont
successivement livrés à la circulation; le canal de l'Ourcq et le beau
bassin de la Villette favorisent le commerce de Paris (4) ; les rues
sont assainies au moyen de 65 bornes jetant de l'eau, et de 24 nouvelles
fontaines, parmi lesquelles on ne peut se dispenser de remarquer celles
de la place du Châtelet, de la rue de Vaugirard, du marché
Saint-Germain, de l'Ecole de médecine, du boulevard Saint-Martin ; que
n'a-t-il pu de même faire exécuter la plus gigantesque de toutes, celle
de l'Éléphant, dont le modèle excite l'étonnement! Huit marchés couverts
s'élèvent sur des places où de sales parapluies en toile cirée mettaient
à peine à l'abri des intempéries de l'air, les marchands et les
marchandises; de nouveaux égouts facilitent l'écoulement des ruisseaux;
5 abattoirs vastes et d'une architecture élégante et rustique commencent
à s'élever aux extrémités de la capitale, pour faire cesser le dégoûtant
spectacle des animaux tués chez les bouchers (5) ; 4 cimetières
spacieux, situés hors de son enceinte, sont destinés à remplacer ceux
qui existaient dans ses murs (6) ; d'immenses greniers de réserve
s'étendent sur l'emplacement d'une partie de l'an-

(0 En 1804.

- () En 1806.

- (3) En 1813.

— (î) En 180g.

— (5) Leur

construction date de 1810, mais ils ne furent termines tous que depuis
la restauration. Le nombre des bouchers de Paris est de 36-, fournissant

ensemble 736,000 francs de cautionnement.

— (6) Ce c hangement eut lieu

en \erlu d'un décret de iSo{.

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cien arsenal (1), et la magnifique halle aux vins est commencée (2). Au
milieu de constructions utiles, l'achèvement ou la fondation de
plusieurs monumens signalent encore cette époque de despotisme et de
gloire : la magnifique colonnade du Louvre est embellie et terminée ;
une galerie commence à compléter la réunion de ce palais avec les
Tuileries (3) ; un arc de triomphe, imité de celui de SeptimeSévère à
Rome, s'élève, surchargé d'ornemens, sur la place du Carrousel, en
mémoire de la campagne de i8o5 en Autriche (4) ; un monument semblable,
mais remarquable par ses dimensions colossales, couronne la plate-forme
qui termine l'avenue des Champs-Elysées (5); l'église de la Madeleine,
modifiée dans.sa construction, reçoit le titre de temple de la Gloire
(6j ; un péristyle servant d'arrière-façade au palais de la Chambre des
députés, est construit pour concorder avec celui de ce temple (7) ; une
colonne sur le modèle de celle d'Antonin à Rome, revêtue de bas-reliefs
en bronze et surmontée de la statue colossale de son fondateur, décore
la place Vendôme (8) ; enfin le plus somptueux des édifices de Paris, un
temple au commerce et à la fortune, le palais de la Bourse est commencé
sur un terrain couvert de vieilles constructions (9).

La chute de l'homme extraordinaire qui entreprit ces immenses travaux,
l'épuisement des finances après deux années d'invasions et de désastres,
des plaies profondes à cicatriser ralentirent, mais n'interrompirent pas
la série des embellissemens de Paris. Les bienfaits d'une paix longtemps
désirée donnèrent une telle impulsion aux entreprises particulières, que
les constructions qu'elles nécessitèrent employèrent un plus grand
nombre d'ouvriers que Napoléon même n'en avait occupé. Des quartiers
nouveaux se for-

(0 Commencés en 1807.

_(1) La première pierre en fut posée en 1811.

— (3) En 1808.

- 0) De 1806 à IS09'

— (5) De 1806 à 1814 ; seize ans de

restauration n'ont pas suffi pour le terminer.

- (6) De 1807 à 1814.—

â–  V En 1807.

—.") Terminée en 1810.

-(9) De 1808 à IS14,

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nièrent dans l'enceinte de la capitale là ou il n'y avait que des champs
et des jardins ; à ses portes de nouveaux villages furent fondés; la
manie de bâtir fut même une maladie qui s'empara des capitalistes et de
ceux qui aspiraient à le devenir : la ruine de plusieurs d'entre eux
arrêta cet élan démesuré, et des quartiers entiers à peine terminés
attestent par leur solitude une folie qui était devenue générale. On vit
se continuer avec lenteur des travaux depuis long-temps projetés ou
commencés : aux Tuileries, une grille élégante et simple a remplacé le
mur de la terrasse des Feuillans; quelques arcades du Louvre ont été
bâties; les greniers de réserve, les abattoirs, la halle aux vins, les
marchés Saint-Martin et Saint-Germain, les canaux de Saint-Denis et de
Saint-Martin, les quais Bignon et des Invalides se sont terminés, la
statue de Henri IV et celle de Louis XIV se sont relevées sur le
Pont-Neuf et sur la place des Victoires ; les vastes bâtimens du
ministère des finances ont ajouté à la belle régularité de la rue de
Rivoli ; le palais de la Bourse et le temple de la Gloire, redevenu
l'église de la Madeleine, ont été achevés ; une nouvelle salle pour
l'Opéra-Comique a été construite; le piédestal d'un monument en mémoire
de Louis XVI s'éleva sur la magnifique place qui porta d'abord le nom de
Louis XV, puis ceux de la Révolution et de la Concorde, et que la ville
est chargée d'embellir à ses frais. Enfin, d'après le système de la
restauration, la statue de Louis XIII a été rétablie sur la place Royale
: non par admiration pour ce prince, mais parce qu'elle y était jadis.
Il en eût été de même de celle de Louis XV, si les jésuites et leurs
amis, par rancune contre la mémoire d'un prince sous le règne duquel ils
avaient été expulsés de France, n'eussent préféré enlever son nom à la
plus belle place de Paris, pour y substituer celui d'une noble victime,
quelque impolitique qu'il fût de rappeler sans cesse un des plus grands
crimes de notre première

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révolution. Le nom de Louis XVI fut alors substitué sur cette place à
celui de Louis XV, dont la statue devait orner le rond-point des
Champs-Elysées où commençait à s'élever son piédestal, lorsque la
révolution de i83o a prouvé pour la seconde fois avec quelle facilité le
pouvoir arbitraire vient se briser devant la force populaire justement
irritée.

Les agrandissemens successifs de Paris ont tous été nécessités par un
accroissement de population : cependant on ne possède aucun
renseignement sur le nombre de ses habitans avant le XIVe siècle; il est
même probable qu'à cette époque et antérieurement les gouvernans
s'inquiétaient fort peu d'une question qui nous paraît aujourd'hui d'une
grande importance. Quoi qu'il en soit, nous ne partageons pas l'opinion
d'un écrivain distingué (1) qui n'estime la population de la capitale,
sous le règne de Philippe-leBel, qu'à environ 49,000 âmes. Quelle que
soit l'exagération des chroniqueurs du temps, en évaluant à 5o,ooo le
nombre des individus en état de porter les armes, ce qui indiquerait une
population de plus de 120,000 âmes, on doit admettre, selon nous, qu'une
ville qui renfermait alors 34 paroisses devait comprendre environ la
quantité d habitans que nous venons d'énoncer, car il fallait bien que
chaque paroisse comptât au moins 3ooo individus, pour que toutes se
soutinssent avec le grand nombre de prêtres qui les desservaient. Ce qui
confirmerait cette assertion, c'est qu'en i336 Paris possédait plus de
16 colléges (2), et que huit ans plus tard une maladie pestilentielle,
qui dura plusieurs mois, y fit mourir jusqu'à 5oo personnes par

(1) M. J,-A. Dulaure, Histoire civile, physique et morale de Paris, tom.
III, pag. 281, 3e édition in-12.

(2) Ceux de la Sorbonne, de Boissy, de Huban, de Mignon, de Chauac, de
Boncourt, de Bourgogne, des Lombards, des Allemands, de Tours, de
Lizieux, d'Autun, de Cambray, d'Auhusson, de Tournay et de Justin.

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jour. Le nombre des habitans devint beaucoup plus considérable un siècle
plus tard, puisqu'en 1418 une sorte de peste enleva en trois mois
100,000 individus, e que Louis XI, en 1467, passa en revue les hommes de
16 à 60 ans, qui, s'élevant au nombre de 60 à 80,000, feraient supposer
une population de plus de 180,000 âmes, et sans doute il faudrait la
porter à plus de 200,000, si l'on considère qu'à cette époque on
comptait à Paris 25,000 étudians envoyés des différens points de la
France. Sous Henri II, la ville comprenait 12,000 maisons, ce qui
indiquerait environ 240,000 habitans; sans les faubourgs, elle
renfermait, lorsque Henri IV en faisait le siège, époque de disette et
de souffrance, plus de 200,000 individus; vers la fin du règne de Louis
XIV, elle comptait 492,000 âmes, et depuis ce temps sa population a
toujours été progressive (1).

Avant la révolution, Paris renfermait 160 édifices consacrés au culte
catholique, savoir: 5o paroisses, 10 églises

(0 Depuis l'avènement de Louis XV au trône, on peut suivre avec assez de
confiance les registres de l'état civil, et constater l'accroissement
progressif et les fluctuations de la population de Paris. Voici quels en
sont les résultats :

En 171g. 5og,ooo En 1762. 576,000 En 1776. 658,000 En 1785. 685,ooo En
1791. 666,000 En 1798. 640,000 En 1802. 672,000 En I8I5. 714,000 En
1827. 890,000

Dans cette série de population calculée d'après les naissances auquelles
nous avons joint le nombre des enfans illégitimes, en ayant soin d'en
retrancher un tiers pour ceux qui, bien que nés à Paris, n'appartiennent
réellement pas à cette ville, on voit que les troubles révolutionnaires
ont produit une dépopulation considérable depuis 1791 jusqu'en 1802;
mais que les bienfaits de la paix ont fait reprendre à la population sa
marche progressive. On peut évaluer à plus d'un dixième le nombre des
étrangers qui se renouvellent continuellement dans cette capitale.
D'après les relevés faits à la préfecture de police, ce nombre ne
s'élèverait qu'à 70,000 : ainsi on y délivre annuellement 32,000 permis
de séjour aux nationaux et 17,000 aux étrangers, et l'on y renouvelle
21,000 cartes de sûreté.

Mais on sait que la plupart de ceux qui pour leurs affaires arrivent
chaque jour à Paris ne s'astreignent point à l'obligation de faire viser
leurs passeports : ce ne serait donc pas exagérer que de porter à
100,000 les individus qui n'appartiennent pas à la population sédentaire
de la capitale.

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jouissant des mêmes droits, 20 églises collégiales et 80 succursales;
plus, 3 abbayes d'hommes, 8 de filles, 53 communautés d'hommes et 46 de
filles. Aujourd'hui il ne compte que 41 églises, savoir : 2 basiliques,
12 paroisses et 27 succursales; 35 communautés de femmes, 4
congrégations d'hommes et i séminaires. Cinq temples sont réservés aux
cultes non catholiques : 2 pour la communion réformée, 1 pour la
confession d'Augsbourg, 1 pour le rite grec et 1 pour la religion
hébraïque.

Pour satisfaire le goût de l'instruction qui est un des plus impérieux
besoins de l'époque actuelle, et l'éducation qui en est un des premiers
devoirs, cette capitale, principale métropole de la civilisation,
possède 17 bibliothèques importantes dont les cinq plus considérables
sont publiques ('); des collections pour toutes les sciences et tous les

(') Ces bibliothèques présentent un total de plus de 1,267,000 volumes
et de y5,ooo manuscrits. Voici le détail des richesses qui y sont
renfermées : Bibliothèques publiques.

Bibliothèque dite du Roi 5x0,000 volumes.

80,000 manuscrits.

1,600,000 estampes.

100,000 médailles.

Bibliothèque de l'Arsenal 180,000 volumes.

5,000 manuscrits.

Bibliothèque de Sainte-Geneviève. , 112,000 volumes.

2,000 manuscritb.

Bibliothèque Mazarine ( au palais des Beaux-Arts ). 90,000 volumes.

----de la Ville ~5,ooo Id.

--- du Muséum d'histoire naturelle (au Jardin du Roi). i5,000 volumes ?

Bibliothèques non publiques.

Bibliothèque de l'Institut 70,000 volumes.

———————~ de la Chambre des députés. 35,000 ld.

---- des Invalides.,.,.,. 20,000 ld.

---- des Archives du royaume. 14,000 ld.

------ de l'Ecole polytechnique 26,000 ici.

---- de la Faculté de médecine.,. 26,000 iri.

---.- du collège Louis-le-Grand,.,., , 30,000 ld.

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arts; de célèbres écoles de droit et de médecine(i); des cours publics
dans toutes les branches des connaissances humaines (2); 7 écoles
spéciales pour les ponts et chaussées, les mines, les
ingénieurs-géographes, les officiers d'étatmajor, la musique, les
beaux-arts, enfin l'importante école polytechnique, dont le plan et le
mode d'instruction ont été imités dans plusieurs pays étrangers.
L'instruction du second degré occupe à Paris 6 collèges royaux (3), 3.7
institutions, 56 pensionnats, intrn muros, 21 extrà muros, et 7700
élèves. Les maisons d'éducation pour les jeunes personnes sont au nombre
de 329 et comprennent environ 10,000 élèves. L'instruction primaire s'y
donne à 25,600 en fans au moyen de 120 écoles gratuites et de 290 non
gratuites.

Bibliothèque du Dépôt de la guerre 19,000 volumes.

8,000 manuscrits--- de la Cour de cassation. , 36,000 volumes.

*——————— du Tribunal de première instance.. 25,000 Id.

du Dépôt de la marine. 14,000 Id.

(1) Ces deux écoles sont fréauentées chacune par environ 2500 étudians.

(a) L'université donne dans l'ancien édifice de la Sorbonne un
enseignement gratuit : 3400 auditeurs y suivent les cours de la faculté
des sciences, 2000 ceux de la faculté des lettres, et environ 5o ceux de
la faculté de théologie. Au collége de France, d'autres cours publics
sont ouverts pour les sciences exactes et naturelles, la médecine, le
droit public, l'histoire, la philosophie, la littérature, les langues
anciennes et les langues orientales. A l'école des mines, les diflérens
cours de minéralogie, de géologie et de docimasie. Au Muséum d'histoire
naturelle, ceux d'anatomie comparée, de chimie, d'horticulture,
d'agriculture, de botanique, et de toutes les branches d'histoire
naturelle. A l'Observatoire , un cours d'astronomie. A la Bibliothèque
du Roi, des cours d'archéologie et de langues orientales. Au
Conservatoire des arts et métiers, des cours de mécanique, de chimie et
de géométrie appliquées aux arts, des cours d'économie industrielle,
d'arithmétique, de dessin et d'architecture. A l'école des beaux-arts,
des cours de dessin, de peinture, d'architecture, de gravure, de
sculpture, d'anatomie, de perspective et de mathématiques; enfin des
cours de dessin pour les ouvriers et les jeunes filles : tels sont les
principaux objets d'enseignement offerts gratuitement à toute la
jeunesse studieuse dans la capitale des sciences , des lettres et des arts.

(3) Savoir : ceux de Louis-le-Grand, de Henri IV, de Saint-Louis, de
Charlemagnc, de Bourbon, et de Stanislas.

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Paris renferme 33 sociétés académiques ou savantes, à la tête desquelles
se place l'Institut de France divisé en académies française, des
sciences, des inscriptions et belleslettres, et des beaux-arts. Pour les
sciences exactes et économiques, on remarque le bureau des longitudes,
les sociétés philomathique, linnéenne, d'histoire naturelle, géologique
de France, et la société centrale d'agriculture, d'horticulture et
d'agronomie-pratique; pour les sciences médicales: l'académie, la
société et l'athénée de médecine, le cercle médical, les sociétés
médicale d'émulation, de médecine-pratique, médico-philanthropique,
anatomique, de chimie médicale, de pharmacie et de magnétisme animal;
pour les sciences morales : les sociétés des bonnes-lettres, de la
morale chrétienne, biblique protestante, néosophique, et des traités
religieux; pour les sciences géographiques : deux sociétés de
statistique et celle de géographie; pour les sciences historiques et
archéologiques : la société asiatique et celle des antiquaires de
France; pour l'ensei..

gnement : les sociétés grammaticale, des méthodes d'enseignement
élémentaire, et académique d'écriture; pour l'industrie, les arts et les
sciences: l'athénée des arts, la société philotechnique , celles des
enfans d'Apollon, des amis des arts, d'encouragement pour l'industrie
nationale, et celle pour la propagation des connaissances scientifiques
et industrielles. La plupart de ces sociétés publient des mémoires ou le
résumé de leurs travaux : ce qui contribue à porter à environ i5o le
nombre de recueils périodiques et de journaux quotidiens que l'on publie
à Paris. On y compte encore 16 sociétés philanthropiques, au nombre
desquelles on remarque celle de la Providence, celle pour l'amélioration
des prisons, celle pour le soulagement et la délivrance des prisonniers;
la société maternelle, l'association des jeunes filles délaissées et des
orphelines de mères, celle des orphelines de la Croix , celle pour les
mariages des

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pauvres de Paris, celle pour l'œuvre des Missions-Étrangères, celle pour
l'instruction des jeunes savoyards, la société philanthropique (i), la
société helvétique de bienfaisance et la société protestante de
prévoyance et de secours national.

Enfin il existe environ 180 sociétés de secours mutuels entre les
ouvriers, ainsi qu'un grand nombre d'établissemens de bienfaisance,
intra et extra muros, savoir: 12 hôpitaux civils dont le plus important
et le plus considérable est l'Hôtel-Dieu; 13 hospices parmi lesquels
nous citerons celui des Quinze-Vingts où 3oo aveugles sont entretenus;
et 5 hôpitaux militaires dont le plus considérable est celui des
Invalides qui sert d'asile à plus de 6000 militaires. Les hôpitaux et
hospices civils renferment plus de i5,ooo lits.

Leurs revenus s'élèvent à 11,600,000 francs; chaque année, 56,000
indigens sont secourus dans les hôpitaux et 20,000 dans les hospices.
Ajoutons que les 12 bureaux de charité établis dans les 12
arrondissemens de Paris distribuent des secours à domicile dont les
dépenses s'élèvent annuellement à environ i,5oo,ooo francs (2). Enfin
les maisons de refuge et de travail de la rue de l'Oursine et la
filature de l'impasse des Hospitalières sont deux maisons de secours
importantes : cette dernière occupe 3ooo femmes et plus de 100 tisserands.

(0 Cette société distribue annuellement 3oo à 400,000 soupes économiques.

(:\) Les secours distribués en argent par les douze bureaux de charité
s'élèvent à 1,500,000 francs, sur lesquels 100,000 francs sont prélevés
pour les frais de bureau. Ils délivrent en nature 750,000 pains de 4
livres, 370,000 livres de viande, 19, ooo aunes de toile, 7000 paires de
sabots, i5oo couvertures, etc. ; 65,000 indigens participent à ces
distributions.

Outre ces secours, la population indigente reçoit des curés environ
3,3oo,ooo francs en secours qui leur sont remis par un grand nombre de
personnes pieuses qui les chargent d'en faire la répartition. Les
secours accordés en argent ou en nature aux convalescens à leur sortie
des hôpitaux, sur les fonds légués à cet effet par M. de Monthyon,
selèvenl annuellement à plus de 160,000 francs.

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Ces enceintes ouvertes pour répandre les lumières et les sciences, ces
nobles alimens de l'esprit, ces touchantes associations qui érigent en
vertu le devoir si doux de soulager l'indigence et le malheur, ne sont
point à Paris des institutions fondées par ostentation et négligées par
insouciance : les écoles, les bibliothèques, les collections, les
sociétés savantes, les réunions formées pour remédier aux maux de
l'humanité, sont fréquentées avec un zèle qui place cette ville au
premier rang parmi les cités éclairées , et qui atteste l'amélioration
croissante de la génération, que de nos jours quelques esprits étroits
et rétrogrades ont vainement essayé de calomnier.

Les grandes villes offrent en raison de leur importance des germes de
corruption : tous les genres de séduction, tous les déréglemens s'y
trouvent concentrés. Paris en présente une foule d'exemples : nous n'en
citerons que quelques preuves. Sur 28,000 enfans qui y naissent, année
commune, on en compte 10,000 d'illégitimes C1) ; le nombre moyen annuel
des individus détenus dans les diverses prisons du département de la
Seine, est d'environ 26,500 {'->■) ; l'argent que le délire des joueurs
va porter dans

(') Le nombre moyen des naissances est de 28,3y6, dont 14,/127 du sexe
masculin , et 13'969 du sexe féminin. (Consultez les Recherches sur la
statistique de Paris en 1829. )

0) Ce nombre est réparti de la manière suivante :

Hommes. Femrnf's. Total.

Prisons de la Préfecture de police. 8,220 6,100 14,320 Mai son de
Justice 830 230 1,060 Prison des Madelonnettes » 940 940 Idem. Femmes
détenues pour dettes.. » 20 20 Prison de Saint-Lazare » 160 160 Prison
de la Petite-Force.,. » 2,700 2,700 Prison de Sainte-Pélagie 1,110 »
1,110 r delll. Détenus pour dettes » 38o 380 Prison de la Grande-Force
2,7-0 » 2>77° PrisondcHicêtrc.,.,.,..,. 1,150 » i^too Maison de
répression de Saint-Denis.. 810 510 1,3*20 Maison d'arrêt civile 450 120
5;o *" 15,400 ii,i60 26,5oo

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les maisons de jeu s'élève annuellement à 11,000,000 de francs, et celui
qu'absorbe la funeste roue de la loterie est de 8,000,000.

On a dit depuis long-temps que les impôts prélevés sur les habitans de
Paris formeraient le revenu d'un État important ; il suffira, pour
justifier cette opinion, de dire que cette ville paie annuellement près
de 110,000,000 : ce qui se conçoit lorsqu'on ajoute qu'il s'y dépense
environ 894,000,000 de francs (1); que le loyer de toutes les maisons y
est évalué à 80,000,000, évaluation qui n'est rien moins qu'exagérée ;
que l'entretien de ces maisons est estimé à 20,000,000, et que le
mobilier qui les garnit représente une valeur de 60,000,000. Les
recettes versées à la caisse municipale, ou les revenus de la ville,
s'élèvent à plus de 51,700,000.

Paris n'est pas seulement une ville de consommation. Sans mettre en
ligne de compte la manufacture des glaces, celle de mosaïque et celles
de tapisserie des Gobelins et de la Savonnerie , ainsi que la
manufacture des tabacs, qui appartiennent au gouvernement, l'importance
de sa fabrication et la qualité de ses produits la placent au rang de
nos principales villes manufacturières. Elle fabrique annuellement pour
plus de 50,000,000 de marchandises. Son commerce d'exportation avec les
pays étrangers, commerce qui se compose de tout ce qui sort de ses
fabriques et de tout ce qui y arrive des départemens voisins, s'élève,
d'après les seules déclarations faites au bureau de la douane, à plus de
40,000,000. Enfin ses opérations de banque sont si considérables, que la
valeur moyenne des effets de commerce reçus à l'escompte par la Banque
de France, dont l'action ne s'étend cependant paru-delà de l'enceinte de
Paris, s'élève à 1,200,000,000, et que les bénéfices annuels de cet
établissement montent a. plus de 7,000,000.

(3) Voyez le tableau de la dépense de Pari s à la fin de ce volume

J

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Mais comme pour faire ombre au tableau de la prospérité de cette grande
ville, plaçons à côté des résultats du mouvement industriel qui y règne
les tristes indices de la gêne et même de la misère chez la classe la
plus nombreuse. L'établissement du Mont-de-Piété nous en fournit la
preuve. Sous l'apparence trompeuse d'une institution philanthropique,
comment ne pas voir qu'il a été fondé dans la vue d'abuser de la
position nécessiteuse de ceux qui sont forcés d'y avoir recours? En vain
dira-t-on que ses produits sont affectés à l'entretien de quelques
fondations utiles : est-ce dans la poche du pauvre que l'on doit aller
prendre les secours que l'on ira lui offrir ensuite avec une pitié
dédaigneuse ? Nos lois poursuivent l'usure comme un délit punissable,
et, par une inconséquence inexplicable, le gouvernement place sous son
égide protectrice une institution usuraire qui prête à un intérêt de
plus de 12 pour cent par an! Les sommes prêtées par le Mont-de-Piété
s'élèvent annuellement à 19,600,000 francs, et ce qui prouve l'énorme
quantité d'objets qui y sqnt engagés, c'est que 13)000,000 y sont
fournis sur des bijoux et des pièces d'argenterie dont la valeur moyenne
est estimée à 40 f. 60 c.

par l'établissement; 3,600,000 francs sur des meubles et des
marchandises évaluées à 9 fr. 3o, et 2,900,000 sur des hardes et des
effets de petite valeur, estimés à 6, 89.

Nous venons de tracer rapidement l'histoire des agrandissemens et des
embellissemens de Paris et de présenter un tableau de ses établissemens
religieux, scientifiques, littéraires et philanthropiques. Essayons de
donner sous d'autres rapports une esquisse de l'ensemble qu'offre cette
vaste capitale. C'est de l'extrémité orientale de l'île qui renferme la
Cité et qui contenait l'antique Lutèce que nous allons jeter un coup
d'œil sur les principaux édifices de la moderne Athènes. L'église
métropolitaine de Notre-Dame qui frappe nos regards va pour un moment
devenir le

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point de centre de nos observations. Ce temple est le plus | grand de
tous ceux que renferme Paris. Commencé en 522, sous Childebert Ier, et
terminé en n85 ou 1223, il offre une masse imposante, dont la façade
présente trois portes en ogives profondément enfoncées dans l'épaisseur
des murs, et deux rangs de galeries surmontées par deux tours carrées.
L'intérieur a 390 pieds de longueur sur 144 de largeur et 104 de
hauteur; les deux tours ont 204 pieds d'élévation.

C'est du sommet de l'une d'elles que nous pouvons embrasser dans toute
son étendue le panorama de Paris. Cet immense amas de maisons dont le
nombre s'élève à 29,000, forme 11 42 rues, 127 ruelles, 125 impasses ou
culs-de-sac, 129 passages et 74 places publiques; on y compte 12,800
boutiques, 700 hôtels garnis, 12 palais, 56o hôtels particuliers, 11
halles, 22 marchés, 86 fontaines et 124 bornesfontaines ; parmi les
édifices qui s'élèvent çà et là du milieu des habitations, on remarque
24 théâtres, 9 prisons et 38 casernes. Sur les boulevards neufs, qui
forment l'enceinte extérieure de Paris, on aperçoit 58 barrières toutes
sur un modèle différent, mais presque toutes massives et construites
sans goût. Dans 1 intérieur règne depuis l'ancien fossé de la Bastille
jusqu'au temple de la Madeleine une suite de 12 boulevards qui, par leur
largeur et l'élégance des habitations qui les bordent, font l'admiration
des étrangers. Le fleuve qui traversant la ville de l'orient à
l'occident la partage en deux portions inégales est bordé par 34 quais
et 18 ports, et traversé par 19 ponts dont les plus remarquables sont le
pont d'Austerlitz, formé de cinq arches en fer reposant sur des piles et
des culées en pierre de taille; le pont de la Grève construit en chaînes
de fer et sus- pendu au moyen d'une arcade en pierre que supporte une
pile, élevée au milieu de la Seine : depuis le 29 juillet i83o, il porte
le nom d'Arcole, en commémoration du noble dévouement d'un jeune homme
de ce nom, qui, affrontant

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le feu des Suisses, périt en plaçant sur ce pont le drapeau national; le
pont au Change, le plus large des ponts de Paris: il a plus de 100 pieds
de largeur; le Pont-Neuf, sur lequel on remarque la statue équestre en
bronze de Henri IV ; l'élégant pont des Arts dont les 9 arches en barres
de fer supportent un plancher réservé aux piétons ; le pont Louis XVI ou
de la Concorde dont les piles en forme de colonnes supportent cinq
arches surbaissées, surmontées de piédestaux sur lesquels s'élèvent 12
statues colossales en marbre représentant d'anciens guerriers et
ministres français ; le pont des Invalides en chaînes de fer et suspendu
au moyen de deux piles surmontées de deux arcades; enfin le pont d'Iéna,
remarquable par l'élégance de ses cinq arches surbaissées et dont les
extrémités sont ornées de quatre piédestaux destinés à recevoir autant
de statues équestres.

L'étranger qui arrive à Paris en prend une idée plus ou moins favorable
selon le côté par lequel il se présente. Si l'on y entre par la barrière
de Neuilly, la magnifique avenue qui traverse les Champs-Elysées jusqu'à
la place de la Concorde , les beaux édifices du Garde-Meuble et de la
Marine qui garnissent le côté septentrional de cette place, la vue du
jardin des Tuileries, celle de la belle rue Royale d'un côté et du pont
Louis XVI de l'autre , la première laissant voir le portail de l'église
de la Madeleine et lautre le fronton du palais de la Chambre des
Députés; la magnifique rue de Rivoli que l'on traverse ; celle de
Castiglione et de la Paix devant laquelle on passe; la perspective
qu'offre la place Vendôme au milieu de laquelle s'élève la colonne de la
Grande-Armée; tout, dans cette traversée qui conduit jusqu'à la belle
rue de Richelieu, donne la plus haute idée de la capitale de la France.
Si l'on y arrive par la barrière de la Villette, la belle rotonde qui
fait partie de cette barrière, le large bassin qui reçoit les eaux du

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canal de l'Ourcq, la largeur du faubourg Saint-Martin que l'on traverse
dans toute sa longueur jusqu'au boulevard où il se termine par l'arc de
triomphe de la Porte-SaintMartin, tout y annonce encore une belle cité ;
il en est de même lorsque l'on entre par la barrière de Yincennes ; les
deux grandes colonnes qui ornent cette barrière, la vaste place du
Trône, la place Saint-Antoine à laquelle aboutit le faubourg, le canal
qui se jette dans le fossé de la Bastille, les boulevards qui se
prolongent à droite et à gauche, et le modèle du monument qui doit être
élevé en mémoire du 14 juillet 1789 et des 27, 28 et 29 juillet i83o,
sont des objets qui s'accordent avec l'idée qu'on doit se faire de cette
noble cité; mais la plupart des entrées qui regardent le sud-est
n'offrent que des rues étroites, sales et tortueuses. C'est par la
barrière d'Arcueil, près celle d'Enfer, que l'on peut traverser Paris
dans toute sa largeur en ligne droite, par les rues du
Faubourg-Saint-Jacques, Saint-Jacques, du Petit-Pont, du Marché-Palu, de
la Juiverie, des Arcis, Saint-Martin et celle du faubourg du même nom.

Les maisons de Paris sont en général fort élevées, plusieurs ont jusqu'à
huit étages, excepté dans les quartiers nouvellement construits. La
plupart des rues ne sont pas régulièrement alignées; mais chaque jour la
police municipale veille à leur redressement et à la construction de
trottoirs en laves d'Auvergne dans celles qui sont susceptibles de
recevoir ce genre d'embellissement si utile pour favoriser la
circulation : déjà plus de 28,000 mètres de trottoirs la plupart en
dalles sont achevés. On a calculé que le développement de toutes les
rues de Paris forme une longueur de plus de go lieues, et leur
superficie 2700 kilom. ; on évalue à i5oo mille le nombre de pavés
employés chaque année pour entretenir la voie publique, et à 800,000
francs la dépense que cet entretien exige. Elles sont éclairées par

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46oo réverbères et i3,ooo becs de lumière. Le système de numérotage
auquel les maisons sont soumises est fort ingénieux : toutes les rues
qui conduisent à la Seine sont numérotées en noir ; toutes celles qui
sont parallèles ou à peu près parallèles au fleuve ont des numéros
rouges. C'est à partir de la Seine que commence sur les deux rives la
série des numéros dans les rues transversales, et c'est en suivant son
cours qu'ils se succèdent dans les rues longitudinales: les numéros
pairs sont sur le côté droit et les impairs sur le côté gauche.

Paris peut rivaliser avec les autres capitales de l'Europe par la
magnificence de ses palais. Celui de l'Archevêché, contigu à l'église
métropolitaine, était naguère remarquable; mais il n'offre plus que des
ruines depuis le 13 février 1831, que le peuple irrité par la
célébration d'un service expiatoire en mémoire de la mort du duc de
Berry, dévasta l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois où cette cérémonie
se passait, et se porta sur le palais archiépiscopal, qu'il ravagea
complètement en quelques heures. Vers l'extrémité occidentale de l'île
de la Cité, nous apercevons le Palais-de-Justice, que décore une belle
grille en fer et dans lequel on remarque la salle des Pas-Perdus, longue
de 222 pieds et large de 84. Ce majestueux édifice occupe l'emplacement
d'un palais qu'habitèrent les préfets des Gaules, les rois de la
première race et les comtes de Paris; la Sainte-Chapelle est du règne de
saint Louis ; la tour de l'Horloge renfermait une cloche qui donna le
signal des massacres de la Saint-Barthélemy, et qui fut détruite pendant
la révolution. Sur notre gauche, nous voyons le palais du Luxembourg,
dont la principale façade donne sur le beau jardin de ce palais : il se
termine à une grande avenue qui conduit à l'Observatoire, édifice
massif, à la construction duquel le bois n'a pas été employé. Près du
Pont-Neuf, sur la rive gauche de la Seine, s'étend la noire façade de
l'Hôtel. des- Monnaies dont

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l'architecture est noble et sévère; un peu plus loin, 1 ancien palais
Mazarin consacré aux sciences et aux beaux- 1 arts , avance ses trois
pavillons vis-à-vis l'une des portes du Louvre. L'œil suit les quais
Malaquais, Voltaire et d' Orsay, bordés de beaux hôtels, et au-delà de
l'élégant palais de la Légion-d'Honneur, on aperçoit celui de la
Chambre-des-Députés. Plus loin encore s'élève comme un immense palais
l'Hôtel-des-Invalides, chef-d'œuvre de l'architecture française : devant
sa noble façade, de 612 pieds de largeur, s'étend une esplanade plantée
d'arbres qui occupe une superficie d'environ 12 hectares; le majestueux
dôme doré de son église est surmonté d'une lanterne sur laquelle s'élève
une flèche dont la pointe est à io5 mètres au-dessus du sol. Dans
l'intérieur on remarque le tombeau de Turenne et le mausolée de Vauban.
Non loin de cet asile de nos guerriers mutilés dans les combats, on peut
voir le bel édifice de l'Ecole-Militaire qui depuis long-temps sert de
caserne, et devant lequel s'étend jusqu'à l'entrée du pont d'Iéna la
magnifique plaine du Champ-de-Mars, qui forme un parallélogramme de 950
mètres de longueur sur 4oo de largeur.

Sur la rive droite de la Seine s'élèvent d'autres palais plus
remarquables encore : l'Elysée-Bourbon est une superbe maison de
plaisance dont le jardin touche aux Champs. Elysées et dont l'entrée est
rue du faubourg Saint-Honoré. Bâti en 1718 par le comte d'Evreux, occupé
successivement par la marquise de Pompadour, le banquier Beaujon, la
duchesse de Bourbon, Joachim Murât, Napoléon, l'empereur Alexandre, le
duc et la duchesse de Berry : que de souvenirs il offrirait à celui qui
saurait les interroger! Portons nos regards sur la demeure de nos rois :
le palais des Tuileries fut commencé en i564 par Catherine de Médicis
sur l'emplacement qu'occupait un petit château appartenant à la duchesse
d'Angoulême mère de François Ier, et qu'avait

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occupé précédemment une tuilerie, d'où il a pris son nom. Philibert
Delorme fut le principal architecte du pavillon central et des deux
ailes contiguës; Henri IV et Louis XIII firent bàtir les autres
pavillons, à l'exception de celui du nord qui fut construit sous Louis
XIV. Aussi cet édifice présente-t-il les caractères de ces diverses
époques et un mélange des trois principaux ordres d'architecture.

Le jardin, chef-d'œuvre de Le Nôtre, est un modèle de noblesse et de
grandeur; sa superficie est d'environ 24 hectares; une belle grille le
sépare de la rue de Rivoli; une longue terrasse règne tout autour et
domine d'un côté la place Louis XV et de l'autre le bord de la Seine. A
l'opposé du jardin, le palais est séparé de la belle place du Carrousel
par une vaste cour fermée d'une grille. Vis-à-vis le pavillon central
s'élève un arc de triomphe érigé en 1806 à la gloire des armées
françaises et remarquable par la richesse desornemens : depuis la
journée du 13 février 1831, on y a replacé les bas-reliefs qui
rappellent les principaux faits d armes de la première campagne
d'Autriche sous l'empire et qui avaient fait place à ceux de la campagne
d'Espagne sous la restauration. Le palais des Tuileries tient à celui du
Louvre par une immense galerie; ils formeraient le plus magnifique
ensemble qui existe au monde si la galerie opposée était terminée. Le
Louvre présente des parties qui appartiennent aux règnes de Henri II, de
Charles IX, de Henri III, de Henri IV, de Louis XIV, de Napoléon, et
même de Louis XVIII. L'étage supérieur de la grande galerie est occupé
par une des plus riches galeries de tableaux qui existe; les parties du
palais qui entourent la grande cour renferment le riche musée des
antiques, les deux musées égyptien et étrusque, les belles salles du
Conseil-d'Etat et celles qui sont réservées à l'exposition des produits
de l'industrie nationale. A peu de distance et au nord du Louvre s'étend
le Palais Royal, propriété parti-

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culière de la famille d'Orléans aujourd'hui régnante. Bâti par le
cardinal de Richelieu, sur l'emplacement des hôtels de Rambouillet et de
Mercœur, on le nomma le Palais Cardinal, ainsi que nous l'avons déjà
dit. Considérablement embelli dans ces dernières années , on ne peut
s'empêcher de remarquer la belle galerie d'Orléans qui remplace les
anciennes galeries de bois et qui forme un des plus magnifiques passages
que l'on puisse voir. Les deux tiers de ce palais sont occupés par des
boutiques qui en font un bazar perpétuel. Au milieu règne un jardin de
700 pieds de long sur 3oo de large. Enfin l'un des plus beaux monumens
que l'on puisse voir est le palais de la Bourse et du tribunal de
commerce, situé au milieu d'une place à l'extrémité de la belle rue V
ivienne. Il représente un temple de forme carrée, long de 69 mètres et
large de 41, entouré d'un péristyle composé de 66 colonnes d'ordre
corinthien. Vis-à-vis de ce majestueux édifice s'élève la façade du
petit théâtre des Nouveautés.

D'autres constructions attirent encore nos regards. A l'est du Palais
Royal, la Halle-au-blé est une vaste rotonde de 100 pieds de hauteur,
surmontée d'une admirable coupole en fer de 377 pieds de circonférence.
Sur le boulevard Bourdon, le long du fossé de la Bastille, le grenier
d'abondance se développe sur une longueur de 1077 pieds. Visà-vis l'île
Louviers, entre le pont d'Austerlitz et celui de la Tournelle, la
Halle-aux-vins occupe une superficie de 134,000 mètres carrés. Les cinq
abattoirs dans lesquels sont tués et dépecés les animaux que les
bouchers livrent à la consommation s'élèvent dans l'intérieur et près de
l'enceinte de Paris, à une égale distance les uns des autres ; leur
construction rustique en pierre meulière et pierre de taille se fait
remarquer par la noblesse et la grandeur. Sur la droite de la Seine on
voit ceux de Popincourt, de Montmartre et du Roule ; sur la rive opposée
ceux de Grenelle et de Villejuif.

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Nous avons déjà cité les arcs de triomphe appelés Porte Saint-Denis et
Porte Saint-Martin et celui que l'on admire sur la place du Carrousel;
un autre qui doit surpasser en grandeur non seulement ceux-ci, mais les
plus beaux monumens de ce genre que nous ont laissés les anciens, est
celui que nous apercevons dans le lointain au-dessus des arbres des
Champs-Elysées. Il s'élève sur la place circulaire qui s'étend en dehors
de la barrière de l'Etoile; lorsqu'il sera terminé, il présentera une
hauteur de 133 pieds sur i38 de largeur et 68 d'épaisseur; il offre deux
arcades qui se croisent : la plus grande a 87 pieds de hauteur et 45 de
largeur.

La seule énumération de toutes les constructions remarquables de Paris
nous entraînerait trop loin. Parmi les églises, nous citerons
Saiut-Sulpice avec son superbe portique d'ordre ionique et dorique,
chef-d'Å“uvre de Servandoni; Saint-Roch, remarquable par son portail
élevé et la distribution de son intérieur; Saint-Etienne-du-Mont, qui
présente toutes les formes délicates et élégantes de l'architecture du
XVIe siècle; Saint-Eustache, dont on admire la hardiesse et la légèreté;
Saint-Gervais, remarquable par son portail pyramidal; la Madeleine,
entourée de 52 colonnes corinthiennes; la Sorbonne, dont le portail
n'est pas sans élégance; le Val-de-Grâce, avec sa coupole peinte à
fresque par Mignard, et l'église de Saint-Germain-des-Prés, qui passe
pour la plus ancienne de Paris. Parmi les fontaines, nous ne manquerons
pas de placer au premier rang celle du marché des Innocens. Terminons
donc par les édifices qu'il est impossible de passer sous silence.
L'Hôtel-de-Ville, siège de la préfecture de la Seine, forme le principal
côté de la place de Grève. Sa façade n'a rien d'imposant; mais son
architecture n'est pas sans intérêt sous le rapport de l'histoire de
l'art : il fut commencé en i533 et terminé en 1606; au-dessus de la
porte d'entrée, un grand bas-relief en bronze-

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représente Henri IV à cheval. La façade de l'Ecole de médecine offre une
belle colonnade d'ordre dorique de près de 200 pieds de longueur.
Arrêtons-nous enfin à l'aspect de ce bel édifice qui, placé sur un des
points les plus élevés de la capitale, domine tous les autres. Consacré
d'abord à sainte Geneviève, patronne de Paris, il fut, en 1791, destiné
à recevoir les cendres des grands hommes qui avaient bien mérité de la
patrie ; sous la restauration, il fut dédié de nouveau à la vierge de
Nanterre. Une belle peinture de l'un de nos plus célèbres artistes,
représentant l'apothéose de cette sainte villageoise, orne sa haute
coupole ; mais la révolution de juillet a rendu ce temple à la
destination que lui avait assignée l'assemblée constituante. Il doit
désormais servir à acquitter par une honorable distinction les dettes de
la patrie : déjà les noms des héros des trois jours y sont inscrits sur
des tables de marbre.

La capitale a donné le jour à un si grand nombre de personnages
célèbres, que nous n essaierons pas de les nommer tous. Dans les
sciences nous citerons dAlembert, rillfortuné Bailly, Lavoisier, victime
non moins illustre de la tourmente révolutionnaire; les géographes
d'Anville, Buaclie, Nicolle de la Croix, Edme Mentelle, et Robert de
Vaugondy; les voyageurs Chardin, La Condamine, et LouisAntoine de
Bougainville ; les littérateurs Bachaumont, Beaumarchais, Caylus, Dorât,
La Harpe, Legouvé, Lemaistre de Sacy, Lemierre, Mercier, Picard,
Quinault, Regnard, J.-B. Rousseau, Santeuil, auteur de toutes les
inscriptions latines gravées sur les fontaines de Paris, et 1 inimitable
Molière; les érudits Fréret, Robert et Henri Etienne; les hommes d'état
et jurisconsultes Achille de Harlay, Hérault de Séchelles, Le Pelletier,
Richelieu, Pierre Séguier, Jacques de Thou, et Turgot; les guerriers
Catinat, Conde, d'Estaing, d'Estrées et le prince Eugène de Savoie; le>
artistes Samuel Bernard, Chaudet, Coypel, David, Jcal

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Goujon, Lesueur, Le Nôtre, Mansard, Claude Perrault, Le Kain et Talma;
enfin parmi les femmes célèbres à différens titres nous citerons Mlle
Cheron, Mme Deshoulières, Ninon de Lenclos et l'infortunée l\'Ime. Roland.

Paris forme un seul arrondissement, et son administration municipale est
confiée à douze maires; ses environs appartiennent à deux
sous-préfectures : celle de Saint-Denis et celle de Sceaux. La petite
ville de Saint- Denis était célèbre autrefois par son antique abbaye de
bénédictins.

L'église, qui fut commencée au VIIe siècle et achevée en 1181, est un
édifice- gothique de la plus grande légèreté.

La chapelle sépulcrale de Dagobert, le premier prince qui y fut inhumé,
se fait remarquer de chaque côté de la porte intérieure ; en rendant à
l'église son ancienne splendeur , en y élevant à la mémoire de nos rois
des monumens destinés à réparer les outrages que leurs dépouilles y
reçurent pendant la tourmente révolutionnaire, on a, par line singulière
inconséquence, divisé en deux ce mausolée, que saint Louis fit
construire. Les bâtimens de l'ancienne abbaye sont occupés par le bel
établissement royal destiné à l'éducation des orphelines de la
Légion-d'Honneur. Le commerce de Saint-Denis, dont l'activité est
augmentée par le canal qui passe à l'extrémité de la ville et qui va
rejoindre celui de l'Ourcq, près du village de la Villettey doit son
importance aux foires qui s'y tiennent quatre fois par an ; on a calculé
qu'il s'y vend, terme moyen, pour i,5oo,ooo francs de draps, 3oo,ooo de
toiles, oo,ooo de lainages et 800,000 de rouenneries : à celle du
Landit, plus.

de go,ooo bêtes à laine sont vendues.

En remontant la rive droite de la Seine, nous passerons devant le
village de Saint- Ouen, où l'on remarque un beau bassin servant de port
alimenté par deux puits artésiens, et qui communique avec le fleuve par
une écluse de £ 0 mètres de longueur construite pour en permettre l'entrée

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aux bateaux de la plus grande dimension. C'est à SaintOuen que le 2 mai
1814, Louis XVIII donna la célèbre déclaration qui reconnaissait les
droits que devait garantir la charte constitutionnelle. Plus haut,
Clichy-la- Garenne renferme plusieurs établissemens industriels, un
vaste et beau lavoir couvert, et une église reconstruite par Vincent de
Paul, qui en était le curé. Traversé par la magnifique avenue qui
conduit à la barrière de l'Etoile, Neuilly, bourg de 3ooo âmes, nous
fait voir son pont, regardé comme un chef-d'œuvre d'élégance et de
hardiesse : il a y5o pieds de longueur, et ses 5 arches en ont 120
d'ouverture. C'est dans ce bourg que se trouve le beau château,
propriété particulière du roi. Le territoire de la commune comprend le
joli village de Sablonville et le hameau des Ternes, vis-àvis desquels
s'étend le bois de 'Boulogne, rendez-vous des promeneurs de Paris, et
qui se termine au village de ce nom, peuplé de 3400 individus. Près de
ce bois s'étend le parc de Bagatelle, petit château que Charles X fit
bâtir dans, sa jeunesse. Si nous nous dirigeons vers Test nous
traverserons Auteuil, qui fut le séjour d'hommes célèbres; on y voit
encore les maisons de Molière, de Boileau, et les tombeaux d'Helvétius
et de d'Aguesseau. Aux portes de Paris le bourg de Passy s'étend jusque
sur le bord de la Seine, et doit son importance à ses entrepots de
marchandises et à son pont qui conduit à la plaine de Grenelle ; son
agrément à ses nombreuses maisons de campagne, et une sorte de célébrité
à ses deux établissemens d'eaux minérales.

Nous entrerons dans l'arrondissement de Sceaux par le bourg de
Faugirard, où l'on fabrique des produits chimiques. Le joli village de
Fontenay-aux-Roses doit son nom au privilége dont il jouissait autrefois
de fournir de roses la cour et le parlement. Au mois de mai, dans une
assemblée solennelle, chaque pair et chaque magistrat recevait suivant
son rang un bouquet de roses ; mais des contestations sur

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la préséance firent abolir cette antique coutume. Cependant Fontenay est
toujours le lieu des environs de Paris où l'on cultive le plus de
rosiers. Le bourg de Sceaux, situé sur la petite rivière de Bièvre,
prend le titre de ville et conserve comme promenade publique une partie
des dépendances de la belle propriété qu'y entretenait à grands frais la
maison de Penthièvre, et que la révolution a détruite.

Entre cette petite ville et le Bourg-la-Reine se tient tous les lundis
un marché de bestiaux qui partage avec Poissy l'avantage de fournir à la
consommation de la capitale. Le luxe de Paris exerce une telle influence
jusque dans les campagnes environnantes, que les jeunes filles dans leur
parure n'ont plus rien qui rappelle le costume villageois: elles ont
pris celui des élégantes grisettes parisiennes, et se mêlent aux dames
de la ville dans les bals champêtres, qui, les jours de fête, attirent à
Sceaux une société nombreuse.

Arcueil est connu par son superbe aqueduc bâti sur les ruines de celui
qu'y fit construire l'empereur Julien, et dont on voit encore des restes
imposans. Dans la commune de Gentillj, village qui servit de résidence
aux rois de la ire et de la 2e race, celui que n'attriste pas le tableau
de la misère et de la dégradation de l'espèce humaine, peut visiter le
vaste établissement de Bicêtre, qui fut fondé en 1290 par un évêque de
Paris pour servir d'hôpital, qui sous Louis XIV fut transformé en
hospice d'indigens, d'infirmes et d'aliénés, et qui aujourd'hui est en
partie employé comme prison pour les vagabonds, les condamnés aux
galères jusqu'au moment de leur départ pour les bagnes, et les condamnés
à la peine de mort jusqu'au moment de leur exécution. A une lieue et
demie au sud-est le bourg de Choisy-le-Roi, ainsi appelé parce que Louis
XV y possédait un château, est renommé par ses faïences et ses produits
chimiques. Sur la rive droite du fleuve une route

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conduit à Aflort, hameau célèbre par l'école royale vétérinaire qui y
fut établie en 1766. Un peu plus loin s'étend sur la rive droite de .la
Marne Charellton-IJPont, où l'on voit un pavillon en briques qui fut
habité par Gabrielle d'Estrées : ce bourg est contigu au village de
Charenton- ] Saint-Maurice, qui renferme une maison royale de santé j où
l'on traite environ 400 aliénés. Un canal de 1150 mètres de longueur,
dont plus de la moitié voûtée, traverse une colline, abrège d'environ 3
lieues la navigation de la Marne, .et' porte le nom du village de
Saint-Maur, près duquel aboutit une de ses extrémités.

Traversons le bois de Vincennes, et arrivons à ce bourg.

Vincennes est remarquable par son donjon.. Ses vieilles tours, qui
servirent long-temps de prison d'Etat, occupent l'emplacement du manoir
royal de Philippe-Auguste; elles furent commencées par Philippe de
Valois, et terminées parCharles V. Le premier de ces rois changea le
bois en parc en l'entourant d'une muraille; et c'est sous un vieux chêne
qui existait encore au XVIe siècle, que saint Louis rendait la justice.
La jolie chapelle gothique de ce château fut construite par Henri II.
Nous jetterons un voile sur l'attentat du 21 mars 1804, dont une colonne
en granite et un saule pleureur placés dans un fossé retracent le
souvenir; mais nous rappellerons que ce fut au château de Vincennes que
moururent Louis X, Charles IV, Charles V, Charles IX et le cardinal
Mazarin qui en avait été nommé gouverneur. On y remarque une salle
d'armes dans laquelle les armes à feu et les armes blanches sont
disposées avec tant d'art et de goût qu'elles offrent un magnifique
spectacle. Sur le bord de la Seine, le village de Bercy est le principal
entrepôt de vins, d'eaux-de-vie et d'huiles pour la consommation de Paris.

Le département de la Seine, attendu sa faible superficie, ne mérite
notre attention sous le rapport de l'agriculture

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(ue parce qu'il en est peu dont les terres soient aussi productives,
tant les engrais et les soins y sont multipliés.

ftuivant les renseignemens les plus officiels , sur (1) 40,000 irpens
livrés à la culture, 16,400 sont consacrés au blé et au seigle, 11,000 à
l'avoine, et 3ooo aux pommes de terre. Le reste est réservé à d'autres
cultures moins importantes. Le blé et le seigle rapportent environ six
fois la semence et l'avoine sept fois. Dans l'enceinte de Paris, 1200
arpens sont cultivés par des jardiniers, en potagers, appelés marais,
qui fournissent une grande partie des légumes et surtout des primeurs
que l'on consomme dans la capitale. Ces marais sont cultivés avec tant
de soins, qu'ils donnent annuellement quatre, cinq, et jusqu'à six
récoltes différentes. Sous le rapport industriel, ce département doit à
la capitale presque toute son importance. Ce grand foyer de consommation
entretient dans la banlieue et dans les deux arrondissemens ruraux de
Sceaux et de Saint-Denis, un grand nombre de manufactures. Celui des
ouvrier, dans tout le département, s'élève à 35o,ooo; et la valeur dés
produits, à la somme de 430;000,000 de francs (2K

(1) Recherches statistiques sur la ville de Paris, 1824.

(2) Voici quelques détails leur l'industrie du département de la Seine.

DESIGNATION NOMBRE D'OUVRIERS VALEUR BA dans hors départe- dps -CEHBE
D'INDUSTRIE. Paris. Paris. ment. moauiis.

fr.

Tabacs. 1,054 » 1,054 20,000,000 Eventails., 1,000 » 1,000 1,000,000
Papiers peints. ? ? 4,116 14,000,000 Ravage des laines .)} 660 660
7,000,00a Tanneries et mégisseries. » ? 400 4,600,00a Couvertures. i,o5o
m 1,050 3,300,000.

Bijouterie et joaillerie 3,150 « 3, i5o 36,800,000 Affinage d'or et
d'argent et orfèvrerie ? » ? 1 i3o,3oo,ooo Fonderies et forges de fer ?
? 85o 6,300,000 Affinage de plomb, cuivre, etc. 24 » 24 260,00a
Fabrication du plomb ouvré. » 5o 50 3,400,oon

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Nous commencerons notre excursion dans l'ancienne 1 province de
Normandie par le département de l'Eure qui confine à l'est avec celui de
Seine-et-Oise. L'agriculture y est parvenue au plus haut degré de
perfection. Ses pâturages et surtout ses prairies artificielles
nourrissent, un grand nombre de chevaux, et les plus beaux bœufs que l'on

DÉSIGNATION NOMBRE D'OUVRIERS VALEUR dans hors dcparte- ^e5 GENRE
D'INDUSTRIE. Paris. Paris, ment.. JPROJJXJ I T-«.

fi*.

Horlogerie., 2,500 » :!,500 20,000,000 Quincaillerie et coutellerie. ? ?
? 6,000,000 Bronzes dorés et argentés 85o » 850 5,260, oco Instrumens de
musique ? ? ? 2,000,000 Ebénisterie ? ? ? 17,000,000 Porcelaine ? ? ?
1,000,000 Marbrerie. g5o ? 950 3,200,000 Taillé des cristaux. 750 » 750
^000,000 Lithographie. » 420 2,000,000 Imprimerie (avecl'impr. roy. ).
3,38o » 3,38o 17,000,000 Librairie ? ? ? 16,400,000 Raffinerie de sucre.
450- 150 600 33,000,000 Gaz hydrogène. 5o » 50 11,280^00 Soieries et
châles de tissus. 4,800 » 4,800 i5,000,000 Filature de coton. io,55o »
io,55o S,000,000.

Bonneterie. ? ? ? 4*600,000 Tissus de coton. ? ? ? 13,600,000
Chapellerie ? ? ? 12,000,000 Amidonneries ? ? ? 3,000,000 Distilleries
de pommes de terre. ? ? ? 2,400,000 Vernis ? ? ? 4,000,000 Brasserie..-.
5oo » Soo 3,0007x100 Salpêtre,. 200 « 200 900,000. 1 Couleurs, encre,
borax, sel, etc. 60 » 60 1,400,000.

Iode, potasse, eau de Javelle, chlorure de chaux, sublimé 1 corrosif,
chlorure de potasse,

sulfate de linine., acides pyroligneux, nitrique, sulfurique,
hydrocjhlorique, gtc ? 180 180 200,00o

Epuration d'huile de graines. 40 » 4° 3,250,000 Huile de pied de bœuf,
colle

forte, suif d'os, cordes à boyau, noir animal, sel am-

moniac, cirage ? 65o 65o '2,650,000 Ouvriers en bâtimens. 20,000 ?
20,000 « Ouvriers et journaliers divers.. 291,000 ? 291,000 »
à49,8341440, 000, ooa

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remarque aux marchés de Sceaux et de Poissy; il exporte une quantité
considérable de céréales; d'importantes usines, îles manufactures de
drap et des filatures de coton prouvent l'activité de son industrie.
Ainsi la fabrication des draps et Kutres tissus de laine occupe environ
85oo ouvriers; la filature de coton 2000; les toiles peintes et blanches
25oo; les fabriques de rubans de fil 6000; les tanneries 1000; les
usines de fer et de cuivre, les clouteries et les tréfileries 6000 ;
enfin la bonneterie et la fabrication du verre et du papier 2000
ouvriers. On peut donc, en y comprenant un grand nombre d'établissemens
d'une faible importance, porter à plus de 3o,ooo le nombre d'individus
qui peuplent les ateliers de ce département, et qui confectionnent pour
26,000,000 de produits. Plusieurs lieux de son territoire rappellent des
faits historiques d'un grand intérêt : c'est entre Evreux et Vernon,
près du village de Cocherel, que Duguesclin défit, en 1364, les troupes
du roi de Navarre, Charles-le-Mauvais ; près de Verneuil, soixante ans
plus tard, l'armée de Charles VII fut battue par les Anglais, et en 1590
les plaines d'Ivry furent le théâtre de la victoire de Henri IV sur le
duc de Mayenne.

Sur la rive gauche de la Seine, Vernon est séparé d'un de ses faubourgs
par ce fleuve que l'on traverse sur un pont de 22 arches; une tour, où
l'on conserve les archives publiques, est tout ce qui reste de ses
anciennes fortifications. Dans une fertile et jolie vallée, voisine
d'une belle forêt, l'industrieuse ville d'Évreux, bâtie en bois, est
arrosée par l'Iton; elle est fort ancienne, et l'on ne peut douter
qu'elle ne remplace une ville gauloise dont le nom primitif était
Mediolanum, qui fut surnommée Aulercorum, et qui sous les Romains prit
celui de Mediolanum Eburovicum. Ces deux surnoms rappellent les deux
noms de l'ancien peuple de son territoire : on les appelait Aulercl;
Eburovices. Quelques fouilles ont fait découvrir à une grande

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lieue de son enceinte, dans la commune du Vieil Epreux, les ruines de la
ville antique. Parmi les édifices du moderne Evreux , on doit distinguer
la cathédrale : elle est construite avec assez d'art et de solidité pour
mériter d'être mise au nombre des belles églises de France. Entre la nef
et le chœur s'élève un dôme en forme de lanterne, surmonté d'une flèche
dont la pointe est à 81 mètres au-dessus du sol. Ce dôme a été construit
en 1466 par les soins du favori de Louis XI, le cardinal Balue, alors
évêque d'Evreux. La tour dite du Gros horloge, bâtie par les Anglais,
est remarquable par son architecture hardie. L'hôtel de la préfecture
est établi dans les beaux bâtimens de l'ancien hospice; le nouveau local
de l'hospice général est réellement magnifique. Patrie du républicain
Buzot, cette ville possède un vaste collège, un beau jardin botanique et
une bibliothèque publique nombreuse. Dans cette ville 800 ouvriers sont
occupés à la fabrication des toiles, et près de 3oo à la bonneterie. A
une demi-lieue d Evreux on voit le château de Navarre, où résida
l'impératrice Joséphine. A Conciles, on voit une forge importante où les
arceaux en fer du pont des Arts et du pont d'Austerlitz ont été fondus.
On y a coulé la flèche de la cathédrale de Rouen, qui pèse 900,000
kilogrammes. Au bourg de Rugles, dans le même arrondissement, une usine
où l'on fabrique des épingles, des clous, des agrafes et divers objets
de quincaillerie, emploie 7000 ouvriers.

Parcourons le territoire situé au nord de la Seine, nous verrons
l'ancien et joli Gisors, peuplé de 3ooo habitans ; il possède une
filature de coton qui occupe plus de 800 ouvriers, une fabrique
d'indiennes et une blanchisserie de calicots. Les ornemens de son église
ont été sculptés par Jean Goujon : on y remarque de superbes vitraux et
de magnifiques bas-reliefs. La vieille tour que l'on voit sui une
éminence est le reste d'un château que fit bâtir en 1097

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Guillawne-Ie-Roux, roi d'Angleterre et duc de Normandie, qu'habita la
reine Blanche, et dans lequel Philippe-Auguste le réfugia en 1189, après
avoir perdu une bataille contre Richard. La tour la plus ancienne
portait le nom de tour Saint- Thomas, parce qu'une chapelle avait été
élevée au pied de cette tour et dédiée à l'archevêque Thomas de
Cantorbéry, qui se retira à Gisors pour fuir les persécutions de Henri
II. Une seconde tour moins ancienne est appelée tour de la Passion,
parce que du temps de François Ier un prisonnier y sculpta avec un clou
plusieurs scènes -le la passion, bas-reliefs qui se voient encore.

A la sortie de Gisors on traverse un long plateau, en laissant sur la
gauche le Grand et le Petit Andelys, deux petites villes qui sont
censées n'en faire qu'une aujourd'hui.

Une fabrique de draps y occupe 3oo ouvriers. Le célèbre peintre Nicolas
Poussin naquit dans un hameau des environs , ainsi que le poète Chaulieu
: un monument élevé à la mémoire du premier se fait remarquer au Petit
Andelj.

Le célèbre aéronaute Blanchard, qui fit en ballon la traversée de France
en Angleterre, naquit aussi dans cette ville; Thomas Corneille y est
inhumé. On aperçoit près de là les ruines du Château- Gaillard,
forteresse bâtie par Richard Cœur-de-Lion, pour défendre le passage de
la Seine, et qui, après avoir été redoutable aux Français, le devint
également aux Anglais lorsque Philippe-Auguste s'en fut rendu maître en
1 ao3.

La route de Rouen descend dans la çharmante vallée de l'Andelle dont le
village de Fleury occupe le centre. Le cours sinueux de la petite
rivière, des fabriques de distance en distance, Charleval d'un côté, la
montagne des DeuxAmans de l'autre, les pentes des collines couvertes de
prairies, des bois qui couronnent leurs cimes, rendent cette vallée une
des plus délicieuses que l'on puisse voir. Charleval porta le nom de
Nogeon-sur-Andelle jusqu'à l'époque

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où Charles IX y posa la première pierre d'une maison de plaisance qui ne
fut point achevéemais où l'on voit encore une salle des gardes et des
chambres dorées qui servent de demeure à des paysans. Près de
l'embouchure de l'Andelle dans la Seine, la fonderie de Romilly est le
principal établissement industriel que ses eaux font mouvoir; 3oo
ouvriers y. sont occupés à faire des chaudières, des planches de cuivre
jaune et rouge et du fil de laiton; il en sort chaque année 900,000
kilogrammes de produits. Si l'on se 4 place sur les hauteurs qui
dominent Romilly, on aperçoit, sur la droite de l'Eure, Louviers,
célèbre par ses nombreuses et riches fabriques de draps, qui
n'occupaient, il y a 4o ans, que 2000 ouvriers, et qui dans ces
dernières années en employaient plus de 6000. C'est à sa richesse et à
son industrie que cette ville jadis fortifiée doit ses belles
constructions, sa salle de spectacle et ses. jolies promenades. Plus
bas, sur la rive droite de la Seine, Pont-de-l Arche, bâti par
Charles-le-Chauve, et peuplé de 1700 âmes, voit la marée se faire sentir
jusque sous son vieux pont de 22 arches. Cette petite ville que
défendait jadis un vieux château flanqué de tours, qui s'élève encore
sur une des îles que forme la Seine, fut la première à reconnaître
l'autorité de Henri IV. Le bourg de Pitres, dans ses environs, occupe
les ruines de l'antique Pistoe. Celui de Gaillon, à 3 lieues de
Louviers, possède une maison centrale de détention renfermant environ
1400 détenus, établie dans un ancien château des archevêques de Rouen.
Un autre bourg appelé Neubourg, à 5 lieues au nord-ouest d'Evreux,
conserve les vestiges d'un vaste château-fort dans lequel fut célébré le
mariage du fils aîné de Henri II, roi d'Angleterre, avec Marguerite de
France, fille de Louis VII. Ce bourg de 2000 âmes fut le berceau du
grand opéra en France. Sous la minorité de Louis XIV, le marquis de

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Soudiac de Rieux y fit les premiers essais de ce genre de spectacle : il
y fit représenter un opéra de P. Corneille, intitulé la Toison (VOr,
dans lequel on se servit de machines grossières qui firent l'admiration
des spectateurs.

A l'embouchure de la Seine, la petite ville de Quillebœrif porte dans
les vieux titres les noms de Chilbœ et de Kilebou; elle était devenue,
par les soins de Henri IV, une place forte considérable, ce qui lui
valut le nom d'Henriqueville, mais Louis XIII fit raser ses remparts ;
aujourd'hui elle ne renferme que i5oo habitans; cependant son port est
important pour le commerce, parce que les dangers qu'offrent à la
navigation les sables mouvans que la Seine accumule, forcent les gros
navires qui ne peuvent remonter jusqu'à Rouen à y décharger leurs
marchandises. C'est à Quillebœuf que la barre se fait sentir avec le
plus de violence. On y entretient un magasin de sauvetage, 99 pilotes
lamancurs et 12 aspirans.

Eloignons-nous de ces rives dangereuses, traversons une contrée fertile
où les villages ne sont composés que de maisons entourées de vergers et
de prairies, et jetons un coup d'Å“il sur un chef- lieu d'arrondissement,
la jolie ville de Pont-Audemer, située dans une agréable vallée. La date
de sa fondation est incertaine; on croit qu'elle remplace le Breviodurum
des anciens, mais elle doit son nom moderne à un seigneur français nommé
Aldemar ou Audomer, qui, au XIIIe siècle, y fit bâtir un pont sur la
Rille qui l'arrose. Elle est ceinte dé murailles et de fossés qui se
remplissent d'eau à volonté; ses maisons sont bâties en briques avec une
sorte d'élégance; ses rues sont belles, et ses quatre places publiques
régulières. Ses nombreuses tanneries jouissent d'une réputation méritée.
Bernay, que son titre de sous-préfecture nous fait un devoir de citer,
est au sud de la précédente; la petite rivière de la Charentonne baigne
ses murs. Il s'y tient tous les ans une des plus con-

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sidérables foires de France, qui, pour la vente des chevaux, y attire
plus de 4.0,000 personnes. Cette ville renferme une fabrique de draps
qui occupe 120 ouvriers, et une de toiles qui en emploie 600.

Le département de l'Orne, que traversent 17 grandes routes, est varié
dans sa constitution physique et dans son industrie. Des calcaires
crayeux, d'autres plus anciens, et des roches granitiques qui forment
des collines élevées et des vallées étroites, sont couverts de pâturages
et de terres propres à la culture. L'agriculture n'y a pas atteint le
degré d'avancement désirable; les prairies artificielles s'y multiplient
avec lenteur, mais la dixième partie du département est occupée par des
prairies naturelles qui fournissent d'excellens pâturages, surtout dans
les vallées arrosées par les deux petites rivières de la Toucques et de
la Vie.

D'autres rivières plus importantes l'arrosent, telles que la Sarthe, la
Mayenne et celle qui lui donne son nom.

On y compte 269 étangs qui couvrent une superficie de i3oo hectares; 5oo
hectares de marais pourraient être desséchés et livrés à l'agriculture.

On y récolte peu de céréales, mais on y élève beaucoup de chevaux; on y
engraisse un grand nombre de bêtes à cornes ; on y entretient des
filatures de coton et d'importantes usines, au nombre desquelles se
trouvent 21 hautsfourneaux. La fabrication de la toile de cretonne est
aussi une de ses branches d'industrie; c'est elle qui répand l'aisance
sur les 4000 habitans de famoutiers, qu'arrose la petite rivière de la
Vie, et qui occupe dans ses environs plus dg 20,PPO ouvriers des deux
sexes. Sur les bords de l'Orne Argentan élèye les ruines d'un
château-fort, seuls restes de ses anciennes fortifications, et ses
remparts transformés en promenades. On y fabrique cette dentelle célp'(
autrefois sous le nom de point-d'Alençon. Dans ses environs se trouve le
superbe haras du Pin, où les étrangers.

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ne dédaignaient pas autrefois de se fournir de chevaux de luxe. A
quelques lieues à l'ouest, un village, appelé SainteHonorine-la-
Guillaume, est devenu important par l'exploitation de ses granités : il
compte 2000 habitans. Près d'une belle forêt qui borde le département de
l'Eure, la petite rivière de la Rille coule au milieu des murs de la
jolie ville de r Aigle, célèbre par ses épingles et ses aiguilles: une
seule fabrique contient les machines nécessaires à la confection de
200,000 aiguilles par jour. Sur la pente orientale d'une colline,
Mortagne, chef-lieu d'arrondissement, étend ses rues droites et bien
bâties ; elle est le centre d'une fabrication considérable de toiles
fortes et de toiles légères dont nos colonies s'approvisionnent. On
vante sa charcuterie et les moutons de ses environs. Au sud de celle-ci,
Bellesme, sur une éminence, domine unè plaine et la forêt qui porte son
nom; elle est bâtie avec assez d'élégance, et fabrique des toiles
communes et des cotonnades.

En faisant le tableau des provinces romaines de la Gaule, nous avons
parlé des anciens Saii. L'Orne arrose encore leur cité de Saïum,
aujourd'hui Séez, qui existait avant là conquête de César. Vers le IXe
siècle, lorsque les Normands la détruisirent, elle était plus
considérable qu'aujourd'hui.

Au XIIe elle fut brûlée par Louis-le-Jeune, et au XIVe par les Anglais,
qui en rasèrent les fortifications. Elle renferme 5ooô habitans. Sa
cathédrale est un bel édifice gothique qui ne fut achevé qu'en 1126 :
saint Latinien en fut le premier évêque au commencement du Ve siècle.
C'est dans les environs de Séez que naquit la célèbre Charlotte- Corday.
On compte cinq lieues de cette ville à Alcnçon. 11 est difficile de ne
pas remarquer, en parcourant cette dernière, l'architecture simple et
noble de l'hôtel de la préfecture, la construction de l'édifice
circulaire de la halle aux blés, et l'hôtel-de-ville dont les deux tours
sont les restes du château des ducs d'Alençon. Du reste, malgré quelques
rues larges,

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propres et bien pavées, la ville est d'un aspect triste : elle doit cet
inconvénient à la couleur grisâtre du granite dont ses maisons sont
construites. C'est à peu de distance d'un de ses cinq faubourgs que
naquit le maréchal de Matignon , qui refusa d'y faire exécuter les
horribles massacres de la Saint-Barthélemy; mais c'est dans ses murs que
l'historien Mézeray et le conventionnel Valazé reçurent le jour. Quoique
moins importante qu'elle ne l'était jadis, la fabrication de la dentelle
est encore considérable à Alençon; plus de 2000 personnes y sont
occupées à fabriquer et à broder de la mousseline.

Dans l'arrondissement de Domfront et à quatre lieues de cette ville,
Bagnoles est renommé pour ses eaux thermales.

Ce n'est ni un bourg ni un village, c'est un simple hameau composé de
sept à huit maisons formant l'établissement des bains. Il est situé près
de la forêt d'Andennes, dans une jolie vallée entourée de collines de
grès feldspathique couvertes de chênes, de frênes et de bouleaux, et
arrosée par la petite rivière de la Vée, qui prend sa source dans un
étang dont les eaux ont même en été une température supérieure à celle
de l'atmosphère. Outre les maisons pour les baigneurs aisés, il y a un
hôpital pour les artisans et les militaires qui y sont traitée aux frais
du département et de l'État.

Vers l'extrémité occidentale du département, Domfront n'est qu'une
petite ville sans importance et mal bâtie, remarquable seulement par sa
situation au sommet d'un roc escarpé, coupé verticalement par une
fissure de plus de 200 pieds de profondeur, au fond de laquelle coule la
petite rivière de Varennes. Son industrie consiste principalement à
fabriquer de grosses toiles et divers tissus ; mais elle est le
chef-lieu d'un arrondissement où les plus petits villages renferment des
manufactures. Quelques uns, auxquels on donne la qualification de
bourgs, sont, par leur

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population de 3 à 4000 âmes, dignes d'être considérés comme des villes;
nous n'en citerons que quatre: Atltis, renommé par ses reps et ses
casimirs ; La Ferté-Macé, par ses toiles de coton, ses rubans de fil et
ses tabatières de buis ; Flers, par ses outils et ses cotonnades
croisées ; enfin, Tinchebray, par ses forges et ses papeteries.

Baigné par la Manche, ainsi que l'indique son nom, le long département
que nous allons visiter comprend une grande étendue de côtes; des terres
fertiles, principalement en céréales; peu de forêts; de vastes prairies,
où l'on nourrit des chevaux estimés et des vaches qui donnent du beurre
excellent; de petites montagnes qui fournissent, outre des bancs de
houille, quelques métaux et des argiles propres à la porcelaine, des
ardoises et des granites(I).

Cette courte énumération fait préjuger sa richesse : aussi aurait-on
lieu de s'étonner que, privé de moyens suffisans de communication, il
pût être un des plus peuplés de France, si l'on ne savait que ses
habitans sont laborieux et s'adonnent avec succès à la pêche, à
l'agriculture, au commerce et à l'industrie. manufacturière. On y
comptait en 1831 environ 70 papeteries.

Mortain, petite sous-préfecture qui se présente d'abord dans la partie
la plus méridionale de ce territoire, est située sur la Canche, entre
des rochers granitiques; elle fabrique des toiles, des dentelles et des
poteries de grès estimées. A l'ouest de cette ville , Avranches, sur un
coteau à peu de distance de la mer, est une de nos cités armoriques les
plus anciennes: son nom celtique est Ingena, qu'elle changea contre
celui d'Abl'Ùlcatæ, qui devint en-

(1) 252,500 hectares de terres labourables fournissent annuellement'
1,000,000 d'hectolitres de froment, 71,000 de méteil, 82,000 de seigle ,
J93,000 d'orge, 689,000 de sarrasin , 460,000 d'avoine, 70,000 de légumcs.

secs, et 514,000 de pommes de terre. La récolte de pommes sert .1 faire
plus d'un million d'hectolitres de cidre.

I

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suite Abrinca ou Avrinca. Les peuples auxquels elle appartenait étaient
les Abrincatæ ou Av"¡/lcatæ, dont le territoire s'appelait encore
autrefois XAvranchin; elle fut le siège d'un évêché. Il ne reste plus de
sa cathédrale bâtie au XIe siècle, pillée au XVIe pendant les guerres de
religion et dégradée dans les premiers temps de la révolution, qu'un des
piliers, et la pierre sur laquelle Henri II, roi d'Angleterre et duc de
Normandie, fit amende honorable en 1172 en présence de deux légats du
pape, pour expier le meurtre dont il s'était souillé par l'assassinat de
Thomas Becquet, archevêque de Cantorbéry. Avranches était jadis une
place d'armes importante. Elle possède un bon collège , une bibliothèque
renfermant 25,000 volumes et 204 manuscrits, ainsi qu'un jardin botanique.

Granville, qui se défendit avec tant de courage et de succès lorsque les
Anglais l'attaquèrent et la bombardèrent en 1783, s'avance sur un rocher
battu par l'Océan.

Elle est ma l bâtie, entourée de murailles et peuplée de

8000 âmes. Le cabotage, la pêche des huîtres, et surtout

celle de la morue, lui procurent un commerce actif, et lui offrent les
moyens de former des sujets pour la marine : 3ooo marins y trouvent de
l'occup ition. Cette ville paraît

être sur l'emplacement de l'antique cité de Grallllonum;

place de guerre et ville maritime; elle est divisée par la nature en
trois parties distinctes : la ville haute, le faubourg et le port. La
première est la résidence des auto- j rités civiles et militaires; bâtie
sur la croupe du rocher, resserrée dans ses limites, celle-ci se compose
de deux grandes rues parallèles auxquelles aboutissent plusieurs 1
ruelles; mais ces rues sont irrégu lières, sales et pavées de cailloux.
Un double rempart la sépare du faubourg, Celui-ci, plus considérable que
la ville haute, descend de la partie méridionale du rocher jusque dans
un vallon que traverse la petite rivière du Boscq qui, dans sa couEse

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tranquille, fait mouvoir une vingtaine de moulins, arrose plusieurs
prairies, fertilise quelques jardins, et divise en deux parties égales
ce quartier de Granville où l'on remarque plusieurs rues, entre autres
celle des Juifs, qui, près de la ville, est embellie pat une allée de
tilleuls.

C'est dans le faubourg que se trouvent les établissement d'utilité
publique. Le port,'qui date de Charles VII, et qui fut construit par les
Anglais, est petit, irrégulier, et n'a qu'une étroite entrée.

A quatre lieues (VAvranches, la petite ville de Saint-J ames est bâtie
sur un plateau entouré de vallées et de sites pittoresques et variés.
Elle possède plusieurs fabriques, et dans ses neuf foires annuelles on
vend une assez grande quantité de fils, d& toiles et d'étoffes de laine.
Son origine est incertaine ; mais l'étendue de ses murs, et le nombre de
voûtes souterraines que l'on y voit encore, font croire qu'elle est fort
ancierme et qu'elle fut importante : aujourd'hui, elle ne ren ferme que
3ooo habitans. Depuis le Xe jusqu'au XVe siècle, elle fut plusieurs fois
prise et ruinée, surtout péndant les guerres contre les Anglais.

En 1121, Henri Ier donna à l'hôpital de Jérusalem une terre située sur
le territoire d'Avranches: quelques maisons s'y élevèrent et formèrent
bientôt un village qui prit le nom de Theopolis, en français Villedieu.
Les habitans de ce village sont habiles à travailler le cuivre en
casseroles, en chaudrons et en divers autres ustensiles, en casques, en
montures de sabres pour l'armée. Pendant que les hommes façonnent un
utile métal et préparent le cuir pour différens usages, les femmes se
livrent à la fabrication de la dentelle. Ce village industrieux offre
l'aspect d'une grande manufacture.

Coutances est probablement de la même époque qu'Avranches : son premier
nom fut CosedÙr; dans la Notice de PEmpire elle porte celui de
COllstantia Castra; son terri-

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toire était appelé autrefois le Cotentin, dénomination encore en usage
en Normandie. Sur le bord du Bulzard, qui coule à ses pieds , on voit au
milieu des prairies les imposantes ruines d'un aqueduc bâti par les
Romains et attribué à Constance Chlore. Elle est le siège d'un évêché;
sa cathédrale est un des plus beaux édifices gothiques de France.

Des travaux immenses commencés sous Louis XVI, continués sous le régime
impérial, et presque interrompus depuis 1813 , donnent à Cherbourg une
importance incontestable comme place de guerre, port militaire et ville
de commerce. Huit redoutes en défendent l'entrée, tandis que trois forts
et une grande batterie sont disposés de manière à défendre celle de la
rade. La profondeur des eaux de celle-ci est de 40 pieds pendant les
plus basses marées. Elle est fermée par une digue longue de ig33 toises,
large de 40 à sa base et de 15 à son sommet. Bien que cette digue ait
été commencée sous Louis XVI, elle n'est point encore entièrement
terminée. Sa construction a présenté tant de difficultés qu'on peut la
regarder comme une entreprise gigantesque : on y a d'abord employé des
cônes en charpente de 69 pieds de hauteur, de 60 de diamètre à leur
sommet et de 140 à leur base. Ces cônes remplis de pierres ont été
coulés à fond, et les intervalles comblés en pierres perdues; les
efforts de la mer les ont renversés, et c'est à force de pierres
accumulées qu'ils ont pu résister à la fureur des tempêtes. 5oo,ooo
toises cubes de pierres perdues et de blocs énormes de granité et de
grès composent cette masse. Elle préserve de la lame les vaisseaux
mouillés dans la rade. Il n'y avait à Cherbourg qu'un port destiné au
commerce lorsque l'on fit creuser un port militaire, qui peut contenir
5o vaisseaux de ligne toujours à flot dans les plus basses marées. Il
est entouré de magasins et de chantiers propres à la construction de
navires du premier rang. La ville est irrégulièrement bâtie : le seul
monument

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qu'on y remarque est celui qu'on a élevé en granite sur la place
d'Armes, en mémoire du débarquement du duc de Berry en 1814 : nous
devons cependant citer l'hôpital de la marine. La température de
Cherbourg est très-douce relativement à sa latitude ; en hiver le
thermomètre y est toujours de 5 degrés plus élevé qu'à Paris : ce qui
confirme ce que nous avons dit de l'influence du voisinage de la mer.

Sa proximité du cap de la Hogue rend sa position identique avec celle de
l'antique Coriallum. Au Xe siècle Cherbourg s'appelait Carusbur; il
était fortifié et commerçant.

Compris dans l'apanage de Charles-le-Mauvais, celui-ci le livra au roi
d'Angleterre, et ce fut la dernière conquête que fit Charles VII; en
1758, les Anglais le pillèrent et détruisirent son port et ses
fortifications; en 1815, les Prussiens tentèrent vainement d'y entrer. A
six lieues au nord-ouest de la rade, le cap de la Hogue, de la Hague ou
de la Hougue, appelé Caput Oga par les anciens, est célèbre par le
combat naval de 1692, dans lequel le maréchal de Tourville, après avoir
combattu un jour entier avec 46 vaisseaux contre une flotte anglaise de
go voiles, fut complètement défait, malgré des prodiges de science et de
courage que les ennemis même admirèrent.

C'est à cinq lieues au sud -est de Cherbourg que la jolie ville de
Valognes, patrie de Letourneur et du célèbre médecin Vicq-d'Azyr, occupe
un agréable vallon arrosé par le Merdéret, à peu de distance des ruines
de l'antique cité d'Alauna. Elle a perdu les manufactures de draps qui
lui donnaient jadis de l'importance. On y fabrique seulement des feutres
pour la campagne, et des dentelles estimées. Nous ne ferons que
traverser Carentan, peuplée de 3ooo âmes, protégée par un château-fort,
entourée de fortifications en ruines, et située au milieu de marais
malsains.

Saint-Lô, chef-lieu de la préfecture, nous arrêtera un instant. On croit
que cette ville s'appelait originairement

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Briovera, nom qui signifie Pont sur la Fère, ou, si l'on veut, sur la
Vire, qui la traverse. Le nom qu'elle porte aujourd'hui vient de saint
Laudo, qui y naquit sous Clovis, et qui fut évêque de Coutances.
L'église Notre-Dame est d'une élégance et d'une légèreté remarquables;
celle de Sainte-Croix est regardée comme le mieux conservé de tous les
monumens français d'architecture saxonne. L'hôtel de la préfecture est
le principal des édifices modernes.

Avant la conquête de la Normandie par Edouard III, cette ville était
l'une des plus importantes de la province par son industrie ;
aujourd'hui elle renferme de nombreuses fabriques de tissus de laine, et
sa coutellerie est estimée. Dans les environs de Saint-Lô, plusieurs
villages tels que Remilly, le Menil- Vigot et le Menil-Eury, font un
grand commerce d'ouvrages en osier : cette industrie produit un bénéfice
de plus de 100,000 francs.

Une chaîne de rochers qui occupe de l'est à l'ouest une longueur de six
lieues, entre l'embouchure de la Vire et celle de l'Orne, dut la
dénomination de Calvados au naufrage d'un vaisseau de ce nom, qui
faisait partie de l'escadre que Philippe II envoya en Angleterre en
i588. Dans les fortes marées ces rochers ne présentent au-dessus des
eaux qu'une surface plate de quelques centaines de mètres de longueur
sur une trentaine de largeur; quelquefois même ils disparaissent
entièrement sous la surface de l'Océan. Ce sont eux qui ont servi à
désigner ce département maritime, circonscrit sur le continent par ceux
de la Manche, de l'Orne et de l'Eure : département important par- ses
ré- coites, ses bestiaux, ses houillères, ses marbres, ses gra- 1 nites
et son industrie. L'Orne, la Dive et la Touques sont 1 les principales
rivières qui l'arrosent du sud au nord. Cette j dernière, qui passe à
Lizieux et à Pont-1 Evêque, coule dans une vallée connue anciennement
sous le nom de vallée d'Auge, et qui, creusée au milieu de calcaires
recouverts

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l'argiles, est renommée par ses excellens pâturages, dans esquels on
engraisse les bœufs qui se font remarquer aux marchés de Sceaux et de
Poissy ; animaux que l'on achète lans les départemens de la Sarthe, de
la Mayenne, des tes-du-Nord, du Finistère et de la Vendée. Cette vallée
2t quelques autres qui l'avoisinent forment l'ancien pays i' Auge. Entre
la Vire et l'Orne s'étend un autre joli pays appelé le Bocage, dont Vire
était autrefois la capitale.

Enfin, entre ces deux petits pays se trouve la plaine de Caen. Ces trois
divisions forment autant de régions naturelles qui offrent quelques
caractères assez tranchés.

Les habitans du Bocage, ainsi que l'a fait remarquer un observateur
judicieux (i), se distinguent par une taille moins élevée que celle des
habitans de la plaine de Caen et du pays d'Auge; ils ont le teint pâle,
le regard vif, un profond aitachement pour leur sol et un grand amour du
travail. Les femmes y partagent avec les hommes les rudes travaux de
l'agriculture : elles sont en général maigres, robustes et fécondes. Les
progrès de la civilisation se font peu sentir dans cette région; le
costume des hommes et des femmes y a peu changé depuis des siècles.

Les hommes de la plaine d« Caen ont la taille élevée : ils sont
remarquables par leurs belles proportions, leurs * muscles bien
prononcés et leur teint coloré. Les femmes n'y travaillent point à la
terre : aussi conservent-elles l'avantage de leurs formes et de leur
taille. Cette population reçoit plus facilement que celle du Bocage
l'influence des villes; elle est plus soumise à l'empire de la mode; le
costume y a changé plusieurs fois depuis trente ans, mais le goût ne
préside pas toujours au choix qu'elle en fait : cependant il faut avouer
que les hauts bonnets des femmes,, quoique surchargés de dentelles, se
marient assez bieit avec la coupe de leur visage.

C1) M. le docteur Trouvé : Journal de Caen, du 15 mai 1828.

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La population du pays d'Auge a des -caractères moins locaux que celle du
Bocage, et se distingue moins nettement de celle de la plaine de Caen.
Les hommes y sont d'une assez haute stature, mais plus disposés à
l'obésité leurs mouvemens sont plus lents et leur intelligence moins
vive : les femmes ne s'occupent que des soins du ménage; elles ont de la
finesse dans les traits et de la fraîcheur.

Il est encore à remarquer un fait assez singulier, c'est que les causes
qui, dans le Bocage, influent sur la taille des habitans, ont la même
action sur les animaux. Les vaches, les moutons, les chevaux y sont
d'une petitesse qui contraste avec les belles et grandes proportions des
animaux de la plaine de Caen et du pays d'Auge. Ces différences
s'étendent même à quelques animaux sauvages : le lièvre, le lapin, la
perdrix sont très-petits, comparés aux animaux de la même espèce qui
habitent la plaine. Les poules du pays d'Auge, de la grande espèce,
transportées dans la plaine et le Bocage, y pondent moins et finissent
par dégénérer.

Au fond de la baie où la Vire, au milieu de sables mouvans, se jette
dans la Manche, Isigny possède un petit port et fait un commerce
considérable des produits de son territoire, renommé par la bonté de son
cidre et l'excel..- lente qualité de son beurre dont il expédie plus de
1,600,000 kilogrammes par an : sa population n'est que de 2000 âmes; Il
est peu de spectacle aussi riche que celui que présentent les pâturages,
les champs et les vergers qui, sur un espace de sept lieues, séparent
Isigny de Bayeux : cette dernière ville est la cité & Arœgenus ou de
Baïocasses, qui, du temps de César, possédait au milieu des forêts une
célèbre école dirigée par les druides. Une seule grande et belle rue la
traverse dans sa longueur; les autres sont, en général, maL bâties. Sa
cathédrale, d'un beau style gothique, est décorée d'un magnifique
portail, surmonté de trois clochers d'une

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ardiesse surprenante. Son extérieur seul n'est pas ce qui oit fixer
l'attention : elle possède un trésor dont l'une des rincipales
curiosités est la tapisserie de la reine Mathilde, présentant les
exploits de Guillaume-le-Conquérant. Les eux plus importantes branches
d'industrie de cette ville >nt les dentelles et la porcelaine. Elle a vu
naître Alain hartier, le père de l'éloquence française, et Olivier
Basselin, ui Il est pas moins célèbre pour avoir inventé le Vau-de7re,
chanson piquante qui, dans l'origine, n'eut des échos ne sur les bords
de la Vire, et qui, devenue à la mode au î in de la capitale, prit le
nom de vaudeville. Vire, ainsi apelée de la rivière qui la baigne, est
une jolie ville qui, )us Philippe-Auguste, n'était qu'un château.
Condé-surToireau, dans une vallée profonde au confluent de la rouance et
du Noireau, renferme 5ooo âmes et un rand nombre de filatures de coton
et de fabriques de ivers tissus.

Au milieu d'un territoire couvert de bois, de pâturages ; d'arbres
fruitiers, une colline s'élève au bord de la petite vière de l'Anté ;
une longue ville est bâtie sur cette colline : est Falaise, cité
d'origine normande. Elle est entourée ar trois faubourgs. L'un d'eux,
celui de Guibray, suffirait Dur la rendre célèbre ; il s'y tient
annuellement deux des lus considérables foires de l'Europe : l'une, du
10 au 25 3lit, est renommée pour les chevaux de luxe ; l'autre, qui ;
tient pendant huit jours depuis le 8 septembre, est desnée à la vente
des bestiaux et de diverses autres marchanises. On remarque dans ce
faubourg un château-fort dont reste une tour bien conservée : c'est là
que naquit uillaume-le-Conquérant. Une route assez belle conduit e cette
ville au chef-lieu du département.

Nous ne chercherons point à fixer l'époque de la fondaon de Caen : elle
ne paraît pas être antérieure au Xe siècle.

lans les actes de cette époque on lui donne les noms de Cadon, Cadum, Cathini, Cahon et Cahen. Elle était autrefois entourée de
murailles et flanquée de 20 tours, dont une qui existe encore est
appelée la tour Guillauine-le-Roy ; plusieurs de ses rues sont larges et
garnies de belles maisons ; ses édifices publics ont beaucoup
d'apparence; l'excellente qualité de la pierre à bâtir que l'on exploite
à ses portes, contribuera facilement à en faire une de nos plus belles
villes. Sa place Royale, de forme carrée, est vaste et régulière ;
lhotel-de-ville, édifice d'une élégante simplicité r en occupe
l'extrémité; le centre, qui sert de promenade, est orné d'une statue en
bronze représentant Louis XIV.

Quelques unes de ses neuf églises sont remarquables; celle du château
est la plus ancienne, à en juger par les arches cintrées de sa porte et
de ses fenêtres ; la tour de celle de Saint-Pierre est un modèle de
légèreté ; l'église de l'abbaye de Saint-Etienne renferme le tombeau de
Guillaume-leConquérant, qui la fonda. Ce monument, qui fut mutile par
les protestans en i56a , et par les anarchistes en 1793, fut chaque fois
rétabli, et en dernier lieu en 1800: L ancien château - fort, qui fit
partie des fortification bâties par Guillaume, le bel établissement de
l'Hôtel Dieu, transféré dans l'abbaye aux Dames, l'établissement
philanthropique du Bon-Sauveur, et le palais de justice, orné d'une
belle colonnade, méritent aussi d'être visités (I) La ville est surtout
importante par son université, son jardin botanique, sa bibliothèque
publique qui renferme 40,000 volumes, son musée, où l'on remarque des
tableaux du Pérugin, du Poussin, de Rubens, de Vien et d Philippe de
Champagne; son cabinet d'histoire naturelle établi à l'hôtel-de-ville,
et digne d'éloges pour sa richesse et sa belle tenue ; enfin ses
sociétés savantes : l'académie des sciences et belles-lettres, la
société linnéenne, celle les antiquaires et celle d'agriculture, qui publient chaque année des
mémoires qui prouvent que leurs divers mem>res s'occupent avec ardeur de
toutes les connaissances itiles. Le savant Lamouroux (1), enlevé trop
tôt aux iciences qu'il chérissait, occupait, il y a peu d'années, a
chaire d'histoire naturelle de cette université, qui compte plusieurs
autres professeurs recommandables : à aen on apprécie le mérite des
savans et des littérateurs.

jette ville s'enorgueillit d'être la patrie de Malherbe, de Segrais, de
Malfilâtre et de Huet, évêque d'Avranches, etc.

n quittant les murs de cette savante cité, qui, par son ndustrie autant
que par ses lumières, exerce une heureuse influence en Normandie, nous
ferons remarquer la beauté du vallon qu'elle occupe au confluent de l
Odon il de l'Orne, l'activité de son petit port et la charmante
promenade appelée le Cours, tracée au milieu d'une verte prairie qui
borde la rivière.

Celui qui vient de visiter Caen dans ses détails ne peut voir qu'avec un
faible intérêt les trois dernières villes qui restent encore à examiner
dans le Calvados : aux yeux du voyageur superficiel, Lizieux n'est
qu'une ville assez jolie entourée de fossés et de vieilles murailles;
mais l'habitant instruit lui fera remarquer l'ancienne cathédrale, lui
rappellera que Litarde en fut le premier évêque au VIe siècle, et que
Jean Hennuyer occupa ce siège ; que dans le palais épiscopal un escalier
mérite d'être vu; que chez nos ancêtres cette ville portait le nom de
Noviomagus, remplacé plus tard par celui de Leocovium, et le négociant
ajoutera à ces détails qu'elle est le centre d'une grande fabrication de
toiles, de couvertures et de rubans, qui occupe plus de 3ooo ouvriers.
Pont-f Evêque n'offre pas le même intérêt; on y fabrique toutefois
beaucoup de toiles; on y fait un grand commerce de beurre et de fromage ; mais cette ville est peu
peuplée et mal bâtie.

En allant de Pont-Audemer à Honfleur, on ne peut se lasser d'admirer le
beau point de vue qui s'offre à l'extrémité du haut plateau qui le
domine : on est entouré de bois; mais, par une échappée qui fait mieux
ressortir la richesse du paysage, on aperçoit l'embouchure de la Seine,
la mer qui se prolonge à l'horizon et les maisons de Honfleur adossées à
la côte de Grâce dont le sommet, ombragé d'arbres, porte une chapelle en
vénération chez les marins.

La ville est irrégulière et sale; l'église la plus fréquentée est
construite en bois; mais le port, qui ne peut contenir que 3o navires,
et que deux phares font reconnaître la nuit au navigateur, offre un
mouvement continuel par ses relations avec le Havre, par son commerce et
par la pêche du hareng, du merlan et du maquereau. Autrefois ce port
était plus florissant : il a fourni de bons marins à la France.

Ce fut de son enceinte que Binot-Paulmier de Gonneville partit, en 15o3,
pour découvrir des terres australes. Ce commerçant navigateur, après
avoir doublé le cap de BonneEspérance, fut poussé sur une plage inconnue
que l'on croit être l'île de Madagascar. Un roi de ce pays lui confia
son fils sous la condition qu'il le lui ramènerait vingt lunes après.
Mais de retour en France, ses associés s'étant refusés à lui laisser
entreprendre un second voyage, Gonneville, pour assurer une existence
honorable à celui qu'il avait involontairement privé de sa patrie et de
sa j famille, le fit son légataire universel, en l'autorisant à por- ter
son nom et ses armes. Les anciennes chartes désignent ; Honfleur sous le
nom d'Honnefleu, dont la racine signifie dans les langues du nord :
hameau sur un petit gofle. Cette étymologie paraît assez naturelle (i).

(1) De liant, hameau et Jleat, petit golfe. Voyez la Notice des Gaules)
par Valois.

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L'heure de la haute mer approche ; les navires couchés dans le port se
relèvent lentement sur leurs quilles; les sables mouvans qui rendent
l'embouchure de la Seine si dangereuse, disparaissent sous les flots; la
cloche du bateau à vapeur avertit le voyageur qui veut faire la
traversée du Havre que l'heure du départ est arrivée , et en moins d'une
heure l'espace de trois lieues est franchi, et l'on arrive au chef-lieu
de la Seine-Inférieure, le plus important après Rouen : on évalue sa
population à plus de 3o,ooo individus , en y comprenant les étrangers.
Ce qui frappe d'abord les regards en entrant dans le port du Havre,
c'est la tour de François Ier, vieille construction qui rappelle les
fortifications dont ce prince entoura la ville ; elle sert maintenant à
signaler les bâtimens qui se présentent en mer. Trois bassins
communiquent avec le port que défend la citadelle, et des bastions
entourent toute la ville. On distingue dans celle-ci le vieux .quartier,
dont les rues sont assez régulières, mais mal bâties; et le nouveau, qui
borde le bassin d'Ingouville, et dont les belles constructions et la
régularité sont dignes de l'importance commerciale dont ce port jouit
depuis la paix. C'est surtout vis-à-vis des forges de la marine et des
ateliers de la mâture, que l'intérieur du Havre est imposant : une belle
place plantée d'arbres et formant une promenade intérieure ; un beau
quai ; une grande rue qui traverse la ville depuis la porte d'Ingouville
jusqu'au port; la façade de la nouvelle salle de spectacle; des cafés et
de belles maisons se présentent dans tout leur avantage. Les édifices
publics ne répondent point à la richesse de la ville : le bâtiment de la
douane est vaste, mais l'hôtel-de-ville, la sous-préfecture, la bourse,
le tribunal et les deux églises sont sans importance par leur
construction. La bibliothèque publique ne possède pas plus de i5,ooo
volumes.

En quittant les remparts du Havre, nous donnerons une

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idée favorable de son commerce par le relevé des sommes que perçoit
chaque année la douane de cette ville : cette somme est d environ 24 à
25 millions sur les importations, et de 32 à 33 millions sur les
exportations. Il entre chaque année dans le port plus de 3ooo navires de
toute grandeur et de toutes nations. Nous rappellerons aussi que le
Havre est la patrie de Mmrs de Scudéry et de La Fayette, du sculpteur
Beauvarlet, de Bernardin de SaintPierre et de Casimir Delavigne.

Traversons le faubourg d'Ingouville, qui renferme de charmantes maisons
de campagne et 5ooo habitans; et, après avoir gravi la côte sur laquelle
il s'appuie, remarquons les deux phares construits à l'extrémité du
plateau qui forme le cap de la Hève, et qui s'élève de i5o mètres
au-dessus du niveau de la mer. L'architecture en est belle : ils sont
destinés à indiquer pendant la nuit les dangers de cette côte. Dans une
charmante vallée qui divise le plateau et qu'arrose la Lézarde, la
petite ville de Montivilliers, peu industrieuse, mais peuplée d'un grand
nombre d'étrangers attirés par l'agrément de sa situation, nous offre
une belle église gothique, un temple protestant, un collége commu nal,
un hospice et une petite salle de spectacle.

A l'extrémité septentrionale du plateau, une jolie vallée descend à la
mer et se termine par le port de Fécamp, ville de 8000 âmes, qui jouit
du double avantage que lui offrent ses fabriques de cotonnades et ses
armemens pour la pêche de la inorue. Au sud de celle-ci, une autre
vallée, l'une des plus pittoresques que l'on puisse voir, renferme la
jolie ville de Bolbec peuplée de 7000 âmes, arrosée par une rivière du
même nom et enrichie par ses filatures et ses indiennes. Avant de se
jeter dans la Seine, ce ruisseau passe à Lillebonne, bourg qui remplace
l'ancienne ville de JulioBona, dont l'importance est attestée par les
restes de trois voies romaines et par des fouilles récentes qui ont fait
dé-

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couvrir les restes d'un théâtre, des statues et d'autres objets
d'antiquité.

Si la beauté des sites, la fertilité du sol, l'abondance des arbres
fruitiers, l'embonpoint des bestiaux et le soin que l'on prend des
volailles, ne nous annonçaient que nous sommes dans le charmant petit
pays de Caux, la physionomie des femmes, la fraîcheur de leur teint,
leurs grâces sans recherche, leur haute stature, l'élégance de leur
habillement et de leur coiffure pyramidale, suffiraient pour nous le
rappeler. Caudebec était autrefois la capitale de cette petite contrée
où l'agriculture est portée à un point de perfection pour ainsi dire
admirable; où chaque habitation, entourée d'arbres de diverses espèces,
contribue tellement à varier le paysage, que depuis le Havre jusqu'à
Rouen, les rives de la Seine sont plus dignes d'admiration que les bords
tant vantés de la Loire. Il est donc inutile de peindre la jolie
situation de Caudebec, au pied d'une montagne boisée que baigne la Seine
: dans ce pays les beaux sites sont trop fréquens pour que nous prenions
à tâche de les indiquer. Avant la révocation de l'édit de Nantes, cette
ville était très-florissante : aujourd'hui, réduite à 3ooo âmes, elle
tire encore de grands avantages de la position de son port. Elle
appartient à l'arrondissement d' Yvetot, jolie cité dont les seigneurs,
avant le règne de Louis XI, se laissaient donner le titre de roi par
leurs heureux vassaux.

Soit que l'on arrive à Rouen par la route d'Yvetot ou par celle de
Paris, sa position sur un terrain en pente dans un magnifique vallon
formé par des montagnes de craie couvertes de prés et de champs en
culture; le large cours de la Seine qui baigne plusieurs îles et coule
au milieu de riantes prairies; ces boulevards qui, dans la ville,
bordent le fleuve; ces larges quais; ce port couvert de navires de
toutes les nations ; ce beau pont en pierres qui conduit au faubourg
Saint-Sever; les vastes casernes qui laissent un

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large espace entre ce faubourg et la rive gauche de la Seine; le
mouvement qui règne dans cette riche et industrieuse cité, en donnent
l'idée la plus favorable. Cependant, à l'exception de quelques rues
garnies de constructions nouvelles , la plupart sont déparées par des
maisons en bois, et presque toutes sont mal alignées. Si Rouen ne brille
pas par ses édifices modernes, plusieurs monumens du moyen âge y
attirent les regards. Nous ne parlerons pas de quelques fontaines de
cette époque, mais nous citerons l'ancienne église de Saint-Ouen, aussi
remarquable par son architecture que par ses magnifiques vitraux; la
cathédrale, dont on a restauré la flèche détruite depuis peu d'années
par le feu ; la halle aux toiles, vieille construction d'une belle
étendue, et le palais de justice dont l'architecture gothique est
élégante. L'Hôtel-Dieu est l'un des plus vastes établissemens de
bienfaisance que l'on puisse voir. La ville, tout industrielle qu'elle
est, possède un musée riche en excellens tableaux, une bibliothèque de
40,000 volumes, un beau jardin botanique, un collége royal, deux
théâtres, une académie des sciences, belles-lettres et arts, une société
centrale d'agriculture, une société libre d'émulation, une de médecine,
une de pharmacie, une autre destinée à concourir aux progrès du commerce
et de l'industrie; enfin une commission chargée de la recherche et de la
description des antiquités. C'est la patrie de Basnage, de Jouvenet, de
Brumoy, de Fontenelle , et des deux Corneille dont on 1 voit encore la
modeste maison rue de la Pie. On n'est pas d'accord sur l'origine du nom
primitif de l'ancienne capi- tale de la Normandie : vient-il d'une
petite rivière de 1 Robec appelée en latin Rotobecum? ou bien vient-il
de 1 l'idole Rotho qu'adoraient, dit-on, les Veliocasses P vientil.
enfin du nom de son fondateur, qui se serait appelé Rou ou Rahoul, et du
mot ham, village, ou peuplade,.

dloù serait venu le nom de Roullam, peuplade de Rou? Ce

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qui indiquerait qu'à une époque inconnue, mais antérieure à César, des
peuples du Nord seraient venus se fixer sur les bords de la basse Seine.
Quoi qu'il en soit, Rothomagus était fort peu important du temps de
César, puisqu'il n'en parle pas, et que Ptolémée est le premier
géographe qui en fasse mention. On sait qu'il tomba au pouvoir des
Anglais en 1419; qu'ils le conservèrent pendant vingt ans, et que ce fut
en 1431 que, sous l'influence des étrangers, plusieurs prélats, rebelles
à leur roi légitime et sourds à la voix de la patrie, assassinèrent
juridiquement l'héroïne qui avait sauvé la France. Une mauvaise statue,
élevée sur la ptace du Marché, atteste que l'a mémoire de Jeanne d'Arc a
été réhabilitée.

A quatre lieues au sud de Rouen, Elbeuf, dans un joli' vallon sur la
rive gauche de la Seine, est importante par ses manufactures de draps,
qui, sur une population de 10,000 âmes, occupent près de 8000 ouvriers.
Sur ta limite orientale du département, Gournay, surnommé en Bray, parce
qu'il est dans le petit pays de Bray que nous avons vu s'étendre en
partie dans le département de l'Oise,- fait un grand commerce de beurre
avec Paris. Cette ville, qui s'élève sur les bords charmans de l'Epte,
compte 35oo

habitans; renferme une bibliothèque publique, un joli hôtel-de-ville; un
hospice, un beau marché couvert, une caserne de gendarmerie et une belle
église gothique dans laquelle fut déposé le cœur de la reine Blanche.
Tous ses édifices sont bâtis en briques. C'est une des plus anciennes
villes du département. Elle possède des sources minérales ferrugineuses
estimées, dont une porte le nom de fontaine de Jouvence.

Au nord de cette ville, Aumale, dont l'ancien nom est Albemarle, est mal
bâtie au milieu d'une vaste prairie arrosée par la Bresle, que l'on
traverse sur un pont à l'extrémité duquel deux colonnes indiquent la
place ou

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Henri IV fut blessé d'un coup d arquebuse dans le combat qu'il livra aux
ligueurs sous les murs de la ville. Nous laissons sur la droite la
sous-préfecture de Neufchâtel, qui nest célèbre que par ses excellens
fromages; et nous arrivons à Dieppe, ville régulièrement bâtie, où l'on
compte six places publiques et 68 fontaines alimentées par un aqueduc en
briques de plus d'une lieue de longueur. Son port est sûr, mais son
étroite entrée est encombrée par les galets que la mer y accumule,
malgré le soin que l'on prend de les balayer en lâchant les écluses d'un
bassin réservé pour cet usage. La vogue que la duchesse de Berry a
donnée à ses bains de mer, attire dans cette ville un grand nombre
d'étrangers. C'est auprès de Dieppe que se livra la bataille d'Arques,
dans laquelle Henri IV défit le duc de Mayenne, et c'est de Dieppe aussi
que sortirent les premiers navigateurs qui découvrirent le Canada, et
les premiers Français qui établirent des stations de commerce sur les
côtes d'Afrique.

Le département de la Seine-Inférieure est un de ceux.

dont le mouvement commercial a le plus d importance ; la pêche y produit
environ 5 millions de francs, le filage du coton 35, et la fabrication
des rouenneries 70 millions de francs. L'agriculture y est depuis long -
temps fort avancée, et l'usage des jachères y diminue tellement de jour
en jour qu'elles ne sont encore en usage que dans la seizième partie de
toutes les terres en culture (1).

Les plaines crayeuses arrosées par la Somme et ses affluens sont
couvertes de terres fertiles où le pommier remplace.la vigne, où l'on
cultive des céréales, du lin et du chanvre, où l'on nourrit un grand
nombre de bestiaux et surtout des bêtes à laine, branche d'industrie
trop négligée en France; les forêts y occupent à peine le dixième de la
superficie, mais les vallées abondent en tourbières

0) Voyez l'Annuaire statistique de la Seine-Inférieure.

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dont l'exploitation compense le déficit des autres combustibles. Ce
département, auquel ce petit fleuve donne son nom, exporte près d'un
million d'hectolitres de céréales dans les' départemens voisins et
récolte environ 5 millions de kilogrammes de chanvre et plus de 600,000
kilogrammes 4e lin (i).

Un terrain plat et fertile qui s'étend sur une longueur d'environ cinq
lieues et une largeur de trois entre la mer, la Somme et l'Authie, offre
l'aspect le plus agréable et le plus pittoresque. Au nord on voit
s'élever les collines des environs de Boulogne ; dans une direction
presque opposée les falaises qui bordent la Manche forment un rideau
blanchâtre ; à l'orient on aperçoit une épaisse et immense forêt qui se
termine près du bourg de Crécy, célèbre par la funeste journée du 26
août 1346, dans laquelle les troupes de Philippe de Valois furent
défaites par celles d'Edouard III, roi d'Angleterre; au couchant, des
dunes.

arides s'élèvent au bord de la mer. Au IXe siècle les flots.

couvraient encore cette plaine immense: ils se retirèrent insensiblement
et ne laissèrent au centre qu'une grande lagune ou mare qui fit donner
au pays le nom de Marc-enTerre, qu'il conserve encore, mais que l'on
écrit Marquenterre. Depuis long-temps les habitans, encouragés par le
gouvernement, ont mis à profit la fécondité de ce terrain , et en ont
fait l'un des plus riches de la Picardie. Au-dessus de ce sol abandonné
par l'Océan s élèvent lès tours de la petite ville de Rue et les ruines
de celle du Crotoy. La première, aujourd'hui à une grande lieue de la
côte, était autrefois un port de mer : on n'y voit plus couler qu'un
faible ruisseau; la seconde, jadis plus considérable, située à
l'embouchure de la Somme, offre encore un excellent mouillage aux
navires qui remontent ce petit fleuve, et entretient une

(1) Voyez Forces productives et commerciales de la France, par M. Ch.

Dupin.

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pêche fort active. Ces deux villes ont chacune 1000 à 1200 habitans. Sur
un coteau qui borde la rive opposée à celle du Crotoy, Saint-Valéry
recevait autrefois les vaisseaux de toutes les parties du monde ; c'est
de ceportque Guillaumele-Conquérant partit avec 1100 voiles et 100,000
hommes pour la conquête de l'Angleterre. Les sables de la mer eussent
arrêté le cours de la prospérité de cette ville si le canal d'Abbeville
n'eut rétabli ses communications avec les autres cités du département;
il entre encore chaque année 3 à 400 navires dans son port.

Quatre lieues plus haut, le fleuve traverse Abbeville, ancienne capitale
du comté de Ponthieu, place de guerre de quatrième classe, qui fut
fortifiée pour la première fois par Charlemagne. Elle est bâtie en
briques et renferme quelques anciens édifices, dont l'un, l'église de
Saint-Yulfran, est d'une belle architecture gothique. Les Abbevillois se
glorifient d'avoir eu pour compatriote le poète Millevoie, et quelques
uns d'entre eux se rappellent encore avec hor- , reur la sentence rendue
en 1766, par le tribunal de leur ville,, qui condamna à avoir la main
droite coupée, la langue arrachée, la tête tranchée, et enfin à être
livré aux flammes, le jeune chevalier de La Barre, pour avoir chanté des
couplets licencieux et pour ne s'être pas découvert devant une procession.

Remontons encore l'espace de neuf lieues et nous verrons Amiens, dont le
nom antique, Samarobriva, signifie pont sur la Somme. C'était la
capitale des Ambiani et l'une des villes de la Gaule où l'on fabriquait
les meilleures armes (1). Elle était sous Clodion la principale ville du

(1) Nous suivons ici l'opinion généralement admise d'après Samson, de
Thou, Belley, Wastelain, d'Anville, M. d'Allonville et d'autres, sur
l'idebtiLé--d'Amiens (Amhiallum) et Samarobriva, quoique de savans
antiquaires aient cherché à établir que sous ce nom Jules César désigne
la ville de Cambrai, et que dans deux savantes dissertations,M.
MangonDelalande ( 1825 - 1827 ) ait accumulé en faveur de Saint-Quentin
des.

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royaume des Francs; elle est aujourd'hui place de guerre de troisième
classe, estimée des commerçans pour ses filatures, ses piqués, ses
velours, ses teintures,. et des gourmands pour ses pâtés de canards (1).
Sa cathédrale est un chef-d'œuvre d'architecture gothique ; la nef a 366
pieds de longueur sur 132 de hauteur, et sa bibliothèque ne le cède
point à celle de Rouen. Ses hommes célèbres sont nombreux ; les
principaux sont Pierre l'Ermite, qui prêcha la première croisade;
Voiture, Ducange, Gresset, et le célèbre astronome Delambre. Réunie à la
France sous le règne de Louis XI, les Espagnols s'en emparèrent sous
celui de Henri IV par un singulier stratagème : des soldats déguisés en
paysans y entrèrent en conduisant un chariot chargé de paille et de noix
; à peine avaient-ils franchi les portes que, par une maladresse
combinée, la terre fut jonchée de noix ; pendant que les bourgeois qui
gardaient l'entrée s'empressent de les ramasser, les soldats déguisés
les massacrent et livrent la ville au corps d'armée qui les suivait. Ce
n'est plus ainsi que l'on prend les places fortes. Six mois étaient à
peine écoulés qu'Amiens était retombé au pouvoir des Français.

Péronne, fière de son titre de pucelle, ne se laissa jamais

preuves d'un grand poids. Selon lui, César s'étant vu obligé de répartir
ses légions chez plusieurs nations qui environnaient le territoire de
Samarobriva, il les plaça, d'après ses Commentaires, dans un rayon de
cent mille pas, ou de 33 à 34 lieues. En conséquence M. Mangon Delalande
établit la légion de Fabius à Caslellum Morinorum (Cassel) , distant de
24 lieues d'A miens et de 34 de Saint-Quentin ; celle de Cicéron à
Kaster (Castres ), 55 lieues d'Amiens et 33 de Saint-Quentin; celle de
Labiénus à Maquenoise, où l'on voit encore les traces d'un camp romain;
celle de Crassus, à Contraginum (Condren7 village qui ne fait qu'un avec
Chauny); celle de Munati us Plancus au Vieux-Laon, entre Laon et
Neufchàtel, où l'on reconnaît parfaitement la position d'antiques
retranchcmens; Ces stations s'accordent en effet avec la distance
moyenne indiquée par le conquérant romain.

C1) On y compte environ 7 fabriques de camelot, 16 filatures de coton et
de laine, et 36 fabriques de velours.

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surprendre; elle repoussa en i536 une armée nombreuse et aguerrie
commandée par Henri de Nassau. Ses remparts, construits en briques, sont
maintenant plantés d'arbres et changés en agréables promenades que le
cours de la Somme embellit. Située sur un monticule, elle serait une des
plus fortes places de France si elle n'était dominée par des hauteurs.
Elle est divisée en haute et basse ville et précédée de deux faubourgs.
On y fabrique différens tissus de fil et de coton. C'est la patrie du
savant orientaliste Langlès. A quelques lieues au-dessus, la Somme
arrose la petite ville de Ham, dominée par un vieux château-fort qui
renferme une tour de 100 pieds de hauteur sur 100 de diamètre et 36
d'épaisseur. Des travaux modernes rendent cette forteresse importante.
Prison des derniers ministres de Charles X, elle est devenue célèbre
depuis la révolution de juillet. Ham est à quatre lieues de Péronne, de
SaintQuentin, de La Fère et de Noyon. Peu importante, elle a la gloire
d'avoir été le berceau du général Foy, l'un de nos plus intrépides
guerriers, l'un de nos plus ardèns défenseurs des libertés publiques,
l'éloquent député dont la France en deuil adopta les enfans.

Nous citerons Montdidier, bâti au sommet d'une colline au-dessus de la
petite rivière du Dam, non parce que cette ville fut pendant le XIIe
siècle la résidence de plusieurs de nos rois, mais parce qu'elle est le
siège d'une sous-préfecture et la patrie du célèbre Parmentier. Doulens,
sur la rive gauche de l'Authie, n'est pas plus considérable, mais elle
est le centre du commerce des toiles d'emballage que l'on fabrique sur
son territoire. On y voit une belle filature de coton, une fabrique
d'huile, et une double citadelle qui en fait une bonne place forte.

Le Boulonnais, l'Artois et une portion de la Picardie sont compris dans
la circonscription départementale dont la dénomination est due au canal
formant la partie la plus

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étroite du bras de mer qui sépare l'Angleterre de la France ; son sol
est divisé par une chaîne de collines en deux régions, l'une méridionale
et l'autre septentrionale : la première , légèrement sillonnée par de
petites vallées, s'abaisse faiblement vers les rives de l'Authie, qui la
sépare du département de la Somme; la seconde incline sensiblement vers
le nord. Dans l'une et dans l'autre les terrains sont productifs, et les
bords de la mer sont couverts de collines sablonneuses ou de dunes, sur
lesquelles l'agriculture fait chaque jour des conquêtes. La constitution
géognostique du département du Pas-de- Calais présente des terrains
crayeux et d'autres qui leur sont inférieurs. On y exploite des silex,
des grès, des marbres d'une teinte agréable, plusieurs houillères, et de
la tourbe qui ne le cède point à celle de la Somme.

Nous traverserons rapidement Montreuil-sur-Mer, bâti en briques sur une
colline au bord de la Canche, et fondéau IXe siècle par un seigneur qui
porta le premier le titre de comte de Ponthieu. Elle est défendue par
une citadelle et des remparts. Une muraille établit la séparation entre
la ville basse et la ville haute. En remontant la Canche nous verrions
la jolie petite ville d'Hesdin, peuplée de 4ooo âmes, environnée de
fossés et de remparts, et patrie de l'abbé Prévost; mais
Boulogne-sur-Mer est plus digne de fixer notre attention. Son antiquité
n'est pas contestée r en 1823 on y découvrit des armures et d'autres
objets évidemment romains ; c'était le port de Gesariacum, appartenant
aux Morini, que Virgile désigne comme le peuple le plus reculé de
l'Europe. Les flottes romaines partaient de ce port pour la
Grande-Bretagne. Sous Constantin, il prit le nom de Bononia; mais alors
la mer s'élevait jusqu'àla ville haute, ce que prouve la découverte
qu'on fit, il y a quarante ans, d'un anneau à retenir les câbles, fixé
dans.

une roche qui formait le fond d'une cave. Cette partie de

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la ville se ressent de son ancienneté : les rues en sont étroites et
irrégulières. La ville basse, au contraire, qui ne fut d'abord qu'un
petit faubourg, est bâtie avec beaucoup.

de régularité : c'est le quartier le plus commerçant et te plus peuplé.
Le port, malgré les agrandissemens que Napoléon y a fait faire, est d'un
accès difficile : à la marée basse les vaisseaux y restent couchés sur
la vase; ils se relèvent au flux, qui y ramène 14 pieds d'eau. Ce qui
contribue à lui donner de l'activité, ce sont ses armemens pour la pêche
de la morue sur le banc de Terre-Neuve et celle du hareng et du
maquereau sur les côtes de la Manche; enfin sa proximité des côtes de
l'Angleterre dont la traversée se fait ordinairement en trois heures et
demie, par le moyen d'un paquebot qui part tous les jours. En 1804 et
1805 on construisit le château et les forts qui couronnent la ville, et
qui, avec ceux qui défendent l'entrée du port, en font une place de
deuxième classe. Pendant que Napoléon menaçait l'Angleterre d'une
invasion, l'armée rassemblée sur la côte érigea à son chef une colonne
en marbre qui fut terminée seulement sous la restauration, qui la
destina à perpétuer le souvenir de la rentrée des Bourbons en France. Ce
monument est le seul qui mérite quelque attention. Il vient de reprendre
son premier nom de colonne de la grande armée.

Un bel établissement est celui des bains de mer, où vingt voitures
élégantes servent à conduire les baigneurs au milieu des eaux, et dans
lequel ils trouvent de beaux salons de réunion. Nous devons cependant
citer encore la bibliothèque publique, renfermant 25,000 volumes de
choix et 150 manuscrits précieux; le Museum, comprenant environ 20,000
objets de curiosité et d'antiquité, dont la plupart parmi ces derniers
ont été découverts dans le département ; enfin l'hôpital, où l'on
entretient 80 vieillards infirmes et 5oo enfans-trouvés ou orphelins.

A l'extrémité septentrionale du département, Calais

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jouit de l'avantage d'être une place de guerre de première classe,
d'avoir un port commode, quoique petit et peu profond; d'être entouré de
remparts formant de belles promenades, et d'être composé de rues larges,
alignées, bordées d'élégantes habitations en briques. Mais elle offre
plusieurs inconvéniens, au nombre desquels il faut signaler celui
qu'offre son port en s'encombrant journellement de sable, et celui que
présente la ville, qui n'a pas d'autre eau que celle qu'elle rassemble
dans des citernes. Sur la place d'armes et près de son bel
hôtel-de-ville s'élève une tour d'architecture délicate servant de
beffroi, et sur le port une colonne en l'honneur de l'arrivée de Louis
XVIII en 1814. De la jetée on aperçoit les côtes de l'Angleterre, et
quand le ciel est serein le château même de Douvres. Ces deux ports ne
sont séparés que par un espace de huit lieues.

Calais, aujourd'hui si fréquenté par les étrangers, et peuplé d'environ
gooo âmes, n'était qu'un village au XIIIe siècle; mais il fut si bien
fortifié par Philippe de France, comte de Boulogne, que le roi
d'Angleterre, Edouard III, ne put s'en rendre maître que par famine
après un siége de treize mois. Ce fut pour sauver la ville que six
habitans se dévouant à la mort s'offrirent alors au vainqueur irrité.

C'est dans une contrée marécageuse qui s'étend au sud de Calais, entre
Guines, jadis fortifiée, près de laquelle on exploite de la houille, et
la petite ville (X Ardres, aujourd'hui sur un canal auquel elle donne
son nom, qu'eut lieu en 1520 l'entrevue de François Ier et de Henri
VIII, sur un emplacement décoré avec tant de magnificence qu'il conserva
le nom de Champ du Drap d or. Près de Saint- Orner, les marais de l'Aa
se couvrent encore de petites îles flottantes; cette ville est en partie
adossée à une colline et bâtie dans une plaine basse où l'Aa devient
navigable, quoiqu'elle se divise en un grand nombre de bras, dont les
deux plus

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importans sont la grande et la haute Meldick. Saint-Omer est une place
forte de première classe, entourée d'une bonne enceinte d'environ une
lieue de circonférence et de fossés que l'on peut remplir d'eau, même
dans la haute ville. Ce qui ajoute à ses moyens de défense, ce sont
quatre forts, des retranchemens, des marais, et la facilité avec
laquelle on peut inonder ses environs. Sa place d'armes est assez belle.
Elle était autrefois le siège d'un évêché; son ancienne cathédrale est
d'un beau style gothique : on y admire une descente de croix de Rubens,
et l'on y montre le tombeau de saint Omer. L'abbaye de Saint-Bertin,
dont il ne reste que des ruines, a servi de retraite et de tombeau à
Childéric III, le dernier de nos rois mérovingiens. Son origine date du
vue siècle ; Suger, abbé de Saint-Denis et ministre de Louis-le-Jeune, y
reçut le jour ainsi que le sculpteur Flamen.

Le canal de Neuf- Fossé, long de quatre lieues, nous conduit à la jolie
et forte ville d'Aire, peuplée de 9000 âmes et patrie de Malebranche.
Béthune est bâtie sur un roc et défendue par des fortifications que
Vauban construisit. On ne peut s'empêcher de remarquer la bizarre
construction du beffroi qui s'élève sur la place publique. La petite ville

de Lens, autrefoi s fortifiée, rappelle la victoire de Gondé, qui, en
1648, termina la guerre de la France avec l'Autriche.

Que pouvons-nous dire de Saint-Pol, situé au fond d'une vallée, si ce
n'est qu'il possède des eaux minérales estimées, qu'il est le' chef-lieu
d'une sous-préfecture, que probablement fort ancien, il portait, dit-on,
le nom de Tervanne, à l'époque des invasions des Normands; mais qu'un de
ses comtes le nomma Saint-Pol parce qu'il supposa que cette ville devait
à l'intercession de ce saint de n'avoir pas été envahie par les
conquérans du Nord P Dans une plaine entourée de collines et traversée
par la Scarpe et le Crinchon, Arras, place de guerre de troisième

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classe, s'appuie sur un terrain en pente et se divise en quatre parties
: la haute, la basse ville, la cité et la citadelle. De -' belles
maisons en pierre de taille, de grandes places environnées d'arcades,
une cathédrale gothique d'une architecture hardie, un vaste
hôtel-de-ville dans le même goût, et des casernes spacieuses, rangent
Arras parmi nos belles villes; quelques filatures, quelques fabriques de
dentelles et de sucre de betterave ; une vingtaine d'huileries ne lui
donnent pas une grande importance industrielle ; mais une bibliothèque
publique de 34,000 volumes, une collection de tableaux et de divers
objets d'art, un jardin botanique et deux sociétés littéraires,
attestent les lumières de ses habitans. Elle a produit des. hommes
célèbres à des titres bien opposés : tels sont, d'un côté, l'historien
Baudouin, le médecin Lécluse, le botaniste Palisot; et de l'autre, le
fanatique Damiens, les deux Robespierre, et Joseph Lebon.

Arras était, sous le nom de Nemetacum et de Nemetocena, la capitale des
Atrebates dont César s'empara ; Ptolémée la nomme Origiacum. En 1492
l'archiduc Maximilien d'Autriche la prit par trahison : elle portait
alors dans ses armoiries ce qu'on appelle, en termes de blason, trois
rats de sable, ce qui donna aux Espagnols l'idée de faire mettre sur une
de ses portes l'inscription suivante : « Quand les Français prendront
Arras, les rats mangeront les chats. »

Un des Français qui s'emparèrent de cette ville en 1640, lisant dans
l'avenir, retrancha le P de cette inscription.

Les traités assurèrent en effet cette conquête.

Nous allons terminer notre course en France par le plus riche et le plus
peuplé de nos départemens, en exceptant celui qui comprend la capitale.
Si la population était répartie dans tout le royaume comme elle l'est
dans le départe- ment du Nord, on compterait sur le territoire français
plus de 85 millions d'habitans. Il est couvert de champs qui produisent
à proportion deux fois plus que dans le reste

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de la France (1); il est divisé par deux fois plus de routes et quatre
fois plus de canaux (2) ; c'est le plus important en

(l) Sa superficie est partagée de la manière suivante :

Terres ensemencées. 287,773 hectares Prairies artificielles 28,247
Prairies naturelles. 116,773 Jardins potagers et parcs. 9,259 Terres en
jachères. 36,192 Terres incultes. 7,880 Forêts. 49,145 Terrains occupés
par les habitations, les routes et les canaux, etc. 46,155

Total de la superficie du département. 581,424

PRODUIT ET EMPLOI MOYENS DES RÉCOLTES EN HECTOLITRES.

NOURRITURE Distilleries, Total Céréales. Semences. brasseries,

des habitans. des animaux. manufaet. employ",

Froment. 1,925,400 10,000 214,000 835,000 2,984,400 Méteil 192,500 5,000
28,800 8,5oo 234,800 Seigle. 192,500 5,ooo 23,500 Si ,000 278,000 Orge »
38,600 28,800 643,000 710,400 Sarrasin. » 3,600 300 1,200 5,100 Avoine.
» 1,356,800 106,400 24,000 1,487,200 Légumes secs.. 96,300 367,700
69,000 7,000 540,000 Autres menus gr. » 81,300 12,000 JI 93,300 Pommes
de terre. 1,010,800 795,000 118,700 100,0002,024,500 Tabac » « » 400,000
400,000 Totaux. 3,417,5002,663,000* 601,5oo 2,075,700 8,757,700

(2) Voici un aperçu des moyens de communication que possède ce
département :

Les routes royales, au nombre de i5, forment une longueur de. 56okilom.

Les routes départementales , au nombre de 7, font une longueur de 140
Dix-neuf canaux y occupent une étendue de., 261 Sept cours d'eau
navigables y forment une longueur de 2 58

* Le nombre de tetes d'animaux domestiques est d'environ 551,7°0, savoir
: btle' a o

.>14,100; bêtes à laine, 193,700; boucs, chevron et chencaux, 5/aoo;
porcs, 79>4,k° "!,o,vaux, 54*700; ânes, 4,600.

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houillères et en mines de fer (1); on y exploite aussi de la tourbe, du
grès, des marbres et des ardoises; c'est celui qui comprend le plus de
villes populeuses, et le plus de places fortes importantes (2) ; c'est
celui qui produit au trésor public le revenu le plus considérable; c'est
celui dont la population est à la fois la plus éclairée, la plus
laborieuse et la mieux disposée à recevoir l'instruction (3); c'est un
de ceux où la presse est le plus occupée : on y publie 15 journaux, dont
4 à Lille, 3 à Dunkerque, 1 à Hazebrouck, 2 à Cambrai, 1 à Avesnes, 2 à
Douai, et 2 à Valenciennes; ajoutons qu'outre ces feuilles périodiques
on y imprime annuellement près de 25o ouvrages de sciences, de morale et
de littérature. Ce département est (1) Deux mines de fer occupent plus
de 20 kilomètres carrés dans les communes de Trélon, d'Ohaim et de
Féron, et entretiennent 3 hautsfourneaux, 7 fours d'affinage et 28 feux
d'affinerie. Les houillères s'étendent sur une superficie de plus de 414
kilomètres carrés, et occupent environ Erjoo ouvriers, qui en extraient
annuellement plus de 4 millions d'hectolitres de houille.

(2) On y compte quinze villes dont les revenus excèdent 30,000 francs;
savoir :

Armenticres.

Bailleul.

Bergues.

Cambrai.

Condé.

Douai.

Dunkerque.

Gravelines.

Hazebrouck.

Lille.

w Maubcuge.

Roubaix.

Tourcoing.

Valenciennes.

Wazemmes.

(3) Ce que nous disons ici n'est que relatif; car bien que ce
département soit un de ceux où l'instruction est le plus répandue, il
laisse encore beaucoup à désirer sous ce rapport, ainsi que le prouvent
le nombre des établissemens d'instruction, et celui des écoliers, en 1829.

1 Collége royal. Nombre d'élèves. 290 15 Collèges communaux Idem. 1,520
4 Institutions particulières Idem 220 21 Pensionnats de garçons Idem.
630 53 Idem de demoiselles Idem. 3,010 14 Ecoles de frères de la
doctrine Idem. 3,220 12 Ecoles d'enseignement mutuel Idem. 1,210 1,117
Ecoles primaires. Idem. 62,000 1,237 72,100

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encore un de ceux qui possèdent le plus de sociétés savantes ; plusieurs
villes y forment autant de centres de lumières : ainsi Lille a sa
société royale des sciences; Douai sa société royale et centrale
d'agriculture, sciences et arts, celle des amis de l'industrie, celle
des amis des arts et celle de médecine, de chirurgie et de pharmacie; et
Cambrai, sa société d'émulation. Il est en première ligne sous le
rapport des établissemens de bienfaisance, puisqu'il possède 46 hospices
dont les revenus et les allocations s'élèvent à 1,350,000 francs, et
dans lesquels on entretient 900 malad es, 2800 vieillards et i4oo
orphelins; tandis que le budget départemental affecte une somme de
273,000 francs pour l'entretien d'environ 35oo enfans trouvés, et que
les communes réservent 976,000 francs à 613 bureaux de bienfaisance qui
distribuent des secours à près de i5o,ooo individus. Enfin la
consommation locale et le commerce y entretiennent une industrieuse
activité : on y brasse annuellement 1,100,000 hectolitres de bière; on y
compte 1135 moulins à farine : 5oo moulins à huile en livrent plus de
465,ooo hectolitres; on y confectionne 6,900,000 kilogr.

de beurre, et 1,450,000 de fromage; on y fabrique environ 7,000,000 de
kilogrammes de lin, 5,600,000 de coton filé, 1,600,000 de laine peignée,
et 45000>000 de mètres de toiles et de batistes.

L'Escaut, en arrosant Cambrai, n'est encore qu'un faible cours d'eau;
mais le canal de Saint-Quentin, qui traverse cette ville, est d'un grand
avantage pour son industrie.

Personne n'ignore que le linon et la batiste sont ses plus importantes
branches de commerce. Elle s'attribue même l'honneur de leur première
fabrication. Comme place de guerre, elle n'est que de deuxième classe,
mais elle est le centre d'une sous-préfecture. On ne lui conteste pas
son antiquité; la Table théodosienne et l'Itinéraire d'Antonin la
désignent sous le nom de Cameracum. Elle possède de

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beaux édifices; on admire la délicatesse du clocher de sa cathédrale,
dans l'intérieur de laquelle un beau monument a été élevé en l'honneur
de Fénelon, qui fut à la fois l'enfant et le père de Cambrai ; sa place
d'armes est assez vaste pour que toute la garnison puisse s'y ranger en
bataille; ses rues enfin sont bien percées, mais le grand nombre de
maisons anciennes qui présentent leurs pignons au lieu de leurs façades,
déparent ses constructions modernes. Sa bibliothèque publique, composée
de 27,000 volumes, est belle et bien tenue.

Landrecy, ou Landrecies, s'élève au milieu d'une plaine couverte de
prairies ; la Sambre y est navigable et la divise en deux parties. A la
vue de ses fortifications on se rappelle que, malgré son peu
d'importance, puisqu'elle renferme à peine 4000 âmes, Charles - Quint
rassembla vainement ,)o,(ioo hommes sous ses murs ; après six mois
d'attaque il fut obligé d'en lever le siège. Avesnes, autre petite ville
forte, résidence d'un sous-préfet, est arrosée par l'Helpe majeure; on
exploite sur son territoire une grande quantité de marbres , d'ardoises
et de houille ; et l'on fabrique à Marolles, village de 25oo habitans,
des fromages dont on fait un rand commerce. En descendant vers le nord,
on remarque sur la Sambre Maubeuge, peuplée de 6000 âmes et place de
guerre de troisième classe; à l'ouest de celle-ci, Bavay n'offre de
l'intérêt que par ses antiquités : son nom latin est Bagacum; elle était
considérable sous Auguste, qui l'embellit par un cirque, un aqueduc et
d'autres édifices. Il y lit construire trois grandes routes qui
partaient du centre de la place publique, ainsi que le prouve une
pyramide antique que l'on y voit encore.

Valeneiennes, autrefois la capitale du Hainaut, a passé pour avoir été
fondée par l'empereur Valens; la similitude de ces deux noms a seule pu
faire supposer cette origine, tandis qu'il est certain que sous nos
premiers rois, qui y

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possédèrent un palais, lle n'était qu'une bourgade. Sa position , au
confluent de la Ronelle et de l'Escaut, en y multipliant les écluses, a
contribué à la rendre une - des plus importantes places du royaume. Elle
est mal bâtie, mais sa place publique est très-belle. La manière dont
elle tomba au pouvoir de Louis XIV est un de ces faits d'armes qui
prouvent que dans les combats une imprudente bravoure a quelquefois des
résultats plus avantageux que les combinaisons d'une prudente sagesse.
Des patrouilles ennemies sortent de la ville, quelques mousquetaires les
poursuivent; entraînés par la fougue de la jeunesse, ils y entrent avec
les fuyards; l'armée, instruite de cette audace inattendue, s'avance, et
la place qui pouvait arrêter Louis XIV pendant plusieurs mois, est prise
en moins de deux heures. Val enciennes est la patrie de Jean Froissard,
qui fut prêtre, historien et poète, -et du peintre Antoine Watteau,
célèbre pour la grâce et la légèreté de sa touche. Elle entretient une
académie de peinture et de sculpture, un musée dans lequel on remarque
quelques bons tableaux des écoles flamande et française; elle possède
une bibliothèque assez intéressante quoique peu nombreuse. La
fabrication des batistes, des toiles et des percales la place au rang de
nos plus industrieuses cités.

Aux portes de Valenciennes, le bourg d'Anzin doit l'importance de sa
population, qui dépasse 3ooo âmes, non seulement à ses verreries et à
ses usines, mais à ses houillères, les plus considérables de France. On
les exploite à l'aide de machines à vapeur et de seize grands puits de
deux à trois cents mètres de profondeur. Le nombre des ouvriers qui s'y
relaient jour et nuit est de 3ooo, et les_produits araïuels sont de 4
millions de quintaux. Un lieu devenu célèbre dans ses environs depuis
1824, est le village de Falkurs, dont le nom latin est Fanum MartiS. On
a fait beaucoup jde dissertations sur la forteresse romaine dont

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on y voit les traces; des fouilles entreprises avec méthode y ont mis à
découvert plusieurs monumens qui contenaient un si grand nombre
d'antiquités, telles que des statues, des vases, des médailles, des
armes et divers ustensiles en bronze, que le territoire de ce village
est devenu un objet de spéculation. Non loin de ses habitations était
situé Le camp fortifié qui servit à la défense de Valenciennes en 1793.

Denairiy à une lieue à l'ouest de cette dernière ville, mérite une
mention par la mémorable victoire que le maréchal de Villars y remporta
en 1712 sur les Impériaux et les Hollandais. Le Quesnoy, entre la
rivière de l'Ecaillon et de la Ronelle, est une petite place forte dont
les casernes peuvent contenir 5ooo hommes. On y remarque un bel
hôtel-deville et un vaste hôpital militaire fondé par Louis XIV.

Emfin, Condé, qui, pendant la révolution, porta le nom de Nord-Libre,
ville de 6000 âmes, dont le port sur l'F,scaut est très-fréquenté, a le
rang de place de guerre de première classe. A trois lieues à l'ouest de
cette dernière, la Scarpe passe à Saint-Amand, ville de 9000 âmes,
importante par la quantité de lin qu'on cultive dans ses environs, par
ses trois sources et ses boues minérales, qui n'ont acquis de la
célébrité que sous le règne de Louis XIV, et qui cependant étaient
très-fréquentées du temps des Romains.

Les routes, si nécessaires à la population laborieuse de ce département,
y sont tracées et entretenues avec une sorte de luxe ; leur largeur est
même un défaut qu'on peut leur reprocher, ainsi qulà la plupart des
chaussées de France.

Celle qui conduit de Cambrai à Douai est magnifique. Cette ville, que
César désigne comme une des principales cités des Caluaci, est dans une
position avantageuse pour le commerce ; la Scarpe, qui L'arrose,
communique avec l'Escaut par le canal de la Sensée, et la met en rapport
avec les principalesplaces du département et de la Belgique. Son
enceinte, composée de vieilles murailles flanquées de tours,

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est vaste et renferme presque autant de jardins que d habitations. Ses
rues sont bien percées, sa place publique est belle, et ses principaux
édifices sont l'hôtel-de-ville, l'église de Saint-Pierre, et l'arsenal,
qui passe pour l'un des plusconsidérables de France. Sa bibliothèque
publique se compose de 3o,ooo volumes et de 600 manuscrits ; son musée
renferme une galerie de tableaux, la plupart flamands, des collections
de zoologie, de minéralogie, de botanique, de médailles, et de divers
objets d'antiquité et de curiosité.

Son jardin botanique et son jardin d'horticulture sont fort bien
entretenus. C'est la patrie de Jean de Bologne, célèbre sculpteur à qui
Paris dut l'ancienne statue de Henri IV.

A quatre lieues au nord de son enceinte, Orchies, ville de 34oo âmes,
paraît être sur l'emplacement dune ancienne cité appelée Orchesium. Près
de celle-ci Marchienncs, un peu moins peuplée, fait un grand commerce
d'arbres fruitiers et de griffes d'asperges. C'est la patrie du général
Corbineau.

La vallée de la Scarpe qui s'étend depuis Douai jusqu au village de
Mortagne, où cette rivière se jette dans l'Escaut, se divise dans sa
largeur en deux portions, dont la supérieure appartient à
l'arrondissement de Douai et l'inférieure à celui de Valenciennes.
Marchiennes est dans la première, et Saint-Amand dans la seconde. Elle
présente un développement de 48,000 mètres, et une superficie de 12,260
hectares. Cette riche vallée est depuis long-temps exposée à des
inondations qui détruisent les espérances du cultivateur, et font naître
des miasmes dangereux. Les causes de ces désastres affligeans sont d'une
part le mauvais état des écluses et des digues, et la quantité de vase
qui encombre le lit de la rivière; et de l'autre, l'excessive hauteur à
laquelle ses eaux et celles de l'Escaut sont tenues en Belgique à
l'écluse d'Authoin. Déjà les habitans de cette vallée ont adressé leurs
justes réclamations au gouverne-

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ment pour obtenir qu'il fasse cesser un état de choses aussi alarmant,
-et qui, s'il -continuait, causerait rapidement la dépopulation 1ine des
plus fertilès -contrées du département.

» Lille est située dans une plaine couverte de champs en culture et de
la plus belle fertilité; elle est arrosée par .deux canaux : celui de;1
a Haute DeuW s'y divise en plusieurs petits bras et en sort sous ie nom
de Basse-DeuJe; l'autre, nommé Moyenne-Deule, navigable pour les gros
bateaux qui jIle peuvent traverser la ville, a été établi près de
l'esplanade, set communique de la Haute à la Basse- Deule. Il est bordé
par une jolie, promenade, et traversé par l'élégant PontZoyai. Cette
ville fut fondée dans les premières années du XIe siècle, par le comte
de Flandre, Baudouin IV. Elle .est environnée de six faubourgs : ceux de
Paris, Béthune, la Barre, Fives, Saint-Maurice et Saint-André. On y
entre par sept belles portes ornées de sculptures: ce sont, au nord,
celle d'Ypres ou de Saint-André, au sud celle de Paris, au sud-ouest
celle de Béthune, à l'est celles - de -Gand, de Roubaix et de Tournai,
et à l'ouest celle de la Barre ou de Dunkerque. Elle est défendue par
une .enceinte bastionnée garnie de fossés et par une importante
forte-rèsse, qui fut, dit-on, le coup d'essai de Vauban., et qui, est
sans contredit son chef-d'Å“uvre. Ses .rues sont larges, -ses maisons
bien bâties, ses places grandes et régulières, -et ses édifices publics
construits dans le meilleur goi\t.: les plus remarquables sont
Uhôtel-de-ville, l'hôpital général .et le .grand magasin aux blés. Elle
possède une bibliothèque de 1 5,000 volumes, un musée de peinture
l'enfermant plusieurs morceaux de grand prix, un musée d'histoire
naturelle riche surtout en oiseaux, en poissons, en insectes et en
minéraux, un beau jardin botanique où l'on fait des cours, un cabinet
public de physique et un amphithéâtre de chimie dans le bâtiment appelé
le Lombard, où sont

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aussi renfermées les riches archives du département. Les caves de Lille
sont peu profondes et servent dans certains quartiers à loger une
quantité prodigieuse d'individus de la classe pauvre. L'activité de son
industrie, l'étendue de son commerce, que des routes et des canaux
contribuent à faire fleurir, lui donnent un aspect que présentent
rarement les villes de guerre, et font oublier les sept sièges qu'elle a
soutenus à diverses époques et sous des maîtres différens, ainsi que les
idées de destruction que font naître dans l'esprit ces forteresses et
ces remparts que l'ambition et la cruauté des hommes ont élevés pour se
détruire. Près de 150 filatures de coton ont remplacé une partie des
fabriques de dentelle qu'elle possédait autrefois ; on y compte environ
80 manufactures de toiles blanches et peintes; 20 fabriques de tulle, 60
de fil retors, i5 de dentelle; plusieurs manufactures de tissus de
laine, de passementerie, de bonneterie, de velours, de papiers, de
savon, d'acides; une manufacture royale de tabacs, 2 faïenceries, 6
tanneries, 121 forges, etc. Il s'y fait tous les deux ans une exposition
des produits de son industrie. Il y existe plus de 100 associations de
bienfaisance entre les ouvriers employés dans ces différens
établissemens. Cette ville a vu naître l'érudit Baudius, le botaniste
Mathias de Lobel, les peintres Vander-Meer et Monnoyer, et le savant
Gossellin.

Aux portes de Lille nous apercevons Loos ou Los, village rempli de
fabriques, dont l'ancienne abbaye a été transformée en une maison
centrale de détention, où l'on compte plus de 15oo détenus des deux
sexes, et Wiremmes que l'on peut considérer comme une ville, puisqu'il
renferme plus de 7000 individus. Le village de Bouvines est célèbre par
la victoire que Philippe-Auguste remporta en 121 4 sur l'empereur Othon.

La Bassée, sur un canal auquel elle donne son nom, est petite,
industrieuse et commerçante. Un petit port,

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sur la rive droite de la Lys, favorise l'industrie de la jolie ville
d'Armentières, peuplée de 7700 habitans adonnés au tissage et à la
filature du lin, du chanvre et du coton. Le bourg du Quesnoy-sur-Deule,
qui renferme plusieurs usines; la petite ville de Commines, où l'on
fabrique des rubans de fil, sont peuplés de 4 à 5 mille âmes. Cette
dernière a donné naissance à Philippe de Commines. Roubaix, ville
essentiellement manufacturière, occupant des filatures de coton, des
fabriques de teintures, de mécaniques et de peignes en acier, et
Tourcoing, gros bourg enrichi par ses tissus de laine et de coton,
renferment l'un et l'autre 14 à 16 mille habitans.

Toutes ces localités, intéressantes par leur industrie, se succèdent
autour de Lille, dans un rayon de trois à quatre lieues.

Dirigeons-nous maintenant vers l'est et visitons la jolie ville
d'Hazebrouck, chef-lieu d'un arrondissement. Elle est située dans une
des plus fertiles contrées de l'ancienne Flandre française. Peuplée à
peine de 8000 âmes, elle renferme deux salles de spectacle; un
hôtel-de-ville décoré de portiques orne sa grande place. Autour de ce
chef-lieu, quelques villes et bourgs se font encore remarquer par leur
industrie: la petite cité de Bailleul, bien bâtie sur une hauteur,
fabrique du fil, de la dentelle, des rubans, des toiles et des fromages
estimés; Cassel, patrie du général Vandamme, autrefois ville forte, sur
une montagne d'où l'on voit trente-deux villes et une partie de l'Océan,
rivalise avec la précédente. Son nom rappelle son antiquité : quand
César vint dans les Gaules ; elle était la principale forteresse des
Morini, les Romains l'appelèrent Castellum Morinoruin. Merville ou
Merghem, sur un sol marécageux, et Estcdres qui occupe l'emplacement du
Minariacum des anciens, sont deux villages que leur population de 6000
âmes et leurs fabriques de toiles et de linge de table devraient placer
au rang de ces villes.

Dans l'arrondissement maritime du département du

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Nord, nous verrons Horultschoote ou Hondscoote, bourg de 4000 âmes,
célèbre dans nos annales par la victoire que les Français y remportèrent
sur les Anglais en 1793. La petite ville de Bergues, importante par son
marché de céréales, est dans une contrée marécageuse, assainie depuis
peu par des travaux hydrauliques (1) : les canaux de Dunkerque, de la
haute et de la basse Colme, se joignent au pied de la montagne qu'elle
occupe; ses maisons, toutes bàties en briques, sont régulières. C'est
une place de guerre de troisième classe, dont la possession a toujours
été regardée comme tellement importante, que depuis dix siècles elle fut
huit fois prise et reprise, sept fois saccagée, et trois fois délivrée
de sesennemis: sa population est d'environ 6000 âmes.

Peuplée de 3ooo habitans, fondée en 1160 , par Henri, comte de Flandre,
Gravelines, composée de rues belles et bien percées, est entourée de
marais près de l'embouchure de l'Aa dans le Pas-de-Calais. Elle doit son
origine et son nom à Thierry, seizième comte de Flandre, qui la fonda, y
établit un port et y amena les eaux de l'Aa, ce qui la fit appeler
Gvaveling - hen, c'est-àdire, Canal du Comte; elle doit à Charles-Quint
ses premières fortifications, et au chevalier Deville, ainsi qu'au
maréchal de Vauban, la plupart des travaux qui la défendent. Malgré la
petitesse de son port, elle fait un commerce considérable et des
arniemens actifs pour la pêche de la morue, du hareng et du maquereau.
Les marais qui l'environnent portent le nom de Watteringucs ; ils
comprennent une vaste plaine qui s'étend jusqu'en Belgique, et qui, en
France, a sept lieues de long sur quatre de

(0 Cette contrée marécageuse se compose de deux grandes plaines appelées
AIoéi-es, qui formaient autrefois deux lacs immenses situés au-dessous
de la marée basse. Là où les eaux séjournaient se trouvent aujourd'hui
')< > champs fertiles et de riches habitations. Cet heureux résultat ct
dil a M. de Buyser, maire de la petite commune des ftfoàcs, dont il est
ei quelque sorte le créateur.

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large. Tfmt ce terrain est d'un niveau inférieur à celui dé la haute
mer, et n'est préservé de l'invasion des eaux vives que par les digues
de sable appelées dunes. Une population de 60,000 individus y prospère
et entretient les travaux de dessèchement, à l'aide de contributions
locales. En temps de guerre, le gouvernement fait inonder ces plaines
basses pour préserver le pays de toute attaque de ce côté, ce qui coûte
à l'arrondissement «ne dépense de plus de 10 millions de francs. Il en
coûterait beaucoup moins pour armer la population et la mettre-en état
de se défendre elle-même (1): De Gravelines au port de Dunkerque, la
route borde les collines de dunes qui s'élèvent sur le rivage. Cette
dernière ville, d'une population et d'une étendue considérables, d'une
construction régulière , d'un commerce depuis longtemps important, doit
son origine à une chapelle bâtie par saint Éloi au milieu des dunes (2),
son ancienne prospérité à sa position entre deux mers et à sa proximité
de l'Angleterre et des Pays-Bas, et sa richesse actuelle à la pêche de
la morue. Ses marins ont toujours été connus par leur intrépidité;
plusieurs se sont fait un nom : tels sont Jean-Bart, Delille, Royer et
Yanstable ; la statue du premier décore sa place Dauphine. Lorsqu'elle
eut pris le rang de cité, à la faveur des priviléges que lui accorda au
Xe siècle Baudouin-le-Jeune; comte de Flandre, elle excita la convoitise
et la jalousie de plusieurs puissances. En i388, elle fut brûlée par les
Anglais; bâtie de nouveau,'elle tomba successivement au pouvoir de la
Flandre, de l'Espagne et de la France. Enlevée aux Espagnols par les
Anglais, ceux-ci se la voient arracher-

(1) Consultez la Relation historique, pittoresque et statistique d.

voyage de Charles X dans le département clu Nord, par MM. Adam"
Bonington, Deroy, Sabatier, etc. In-folio, Paris, 1827; XAnnuaire
sta■>tistique du département du Nord, par MM. Demeunynk et Devaux.

In-So, Lille, 182g.

(2) En lfamand, kerk signifie église. Dunkerque peut donc se traduirepar
église des dunes.

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par les Français. Le traité de Cateau-Cambresis en assure la possession
à l'Espagne; cependant, en 1646, Condé la reprend. Les Espagnols y
rentrent de nouveau ; Turenne, vainqueur à la bataille des Dunes, s'en
empare en 1658.

Un traité la cède aux Anglais; mais Louis XIV l'achète 5 millions à
Charles II, rend sa position inexpugnable, et, par une clause honteuse
du traité d'Utrecht, il s'oblige à combler son port et à détruire ses
fortifications. Enfin, sous Louis XV, de nouveaux travaux lui rendent
son importance. En 1793, assiégée par le duc d'York, elle vit ce prince
obligé d'abandonner son artillerie aux Français.

Les derniers traités ne lui furent pas favorables ; cependant la
franchise accordée à son port en 1816, et la belle écluse exécutée pour
le débarrasser des bancs de sable qui en obstruaient l'entrée, lui ont
rendu presque toute son ancienne prospérité. Depuis dix ans il y est
entré, année commune, plus de 940 navires. Elle est séparée de la mer
par une bande de dunes, au pied de laquelle est XEstran, rivage
sablonneux, de 5oo pieds de largeur, que la marée basse laisse à sec. Au
sud, des marais et des canaux l'environnent. Elle a le rang de place de
guerre de troisième classe : des remparts entourés de fossés, une
citadelle et le Fort-Louis la défendent. Le bassin du port est grand et
commode; mais son entrée est traversée par un banc dangereux. La ville
est grande, surtout pour une population de 25,000 âmes. Elle renferme
des fonderies, • des corderies, des tanneries, des savonneries et des
distilleries , des établissemens de bienfaisance, une maison d'ar- rêt,
un théâtre et une bibliothèque qui ne contient que 4ooo volumes.

APRÈS avoir parcouru la France dans tous les sens; après j - l'avoir
présentée sous le rapport physique; après l'avoir complètement décrite
en conservant rigoureusement les lignes

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de démarcations administratives, nous devons l'examiner sous le point de
vue moral, dire quelques mots sur la forme de son gouvernement, et sur
le degré d'instruction de ses habitans, présenter quelques réflexions
sur l'ensemble de ses colonies, et jeter un coup d'Å“il rapide sur son
industrie, son commerce, ses routes, ses canaux, ses finances, et ses
ressources comme puissance militaire et maritime.

Une révolution imprudemment provoquée , une révolution qui, après une
lutte de trois jours au sein de la capitale , eut pour résultat la
déchéance de la branche aînée des Bourbons et l'appel de la branche
cadette au trône devenu vacant, dut apporter de notables modifications
dans l'organisation de l'ordre social en France. La charte de i83o
déclare tous les Français égaux devant la loi, la liberté individuelle
et la liberté des cultes garanties (1), la censure des écrits à jamais
abolie. La puissance législative est exercée collectivement par le roi,
la chambre des pairs et celle des députés : la proposition des lois
appartient à chacune de ces trois branches du pouvoir législatif. La
personne du roi est inviolable; ses ministres sont responsables; à lui
seul appartient le pouvoir exécutif; il commande la force militaire,
fait les traités de paix et d'alliance , nomme à tous les emplois, fait
les réglemens et les ordonnances nécessaires pour l'exécution des lois,
promulgue celles-ci, mais ne peut jamais suspendre leur exécution , ni
admettre des troupes étrangères au service de l'État, qu'en vertu d'une
loi.

L'organisation judiciaire se compose d'une cour de cassation, qui
prononce sur les demandes en cassation contre les jugemens rendus par
les autres cours du royaume; d'une cour des comptes, qui vérifie la
gestion de tous les comptables des deniers publics; de vingt-six cours
royales, qui prononcent sur les appels des causes

(') Voyez ci-après le Tableau de la population par cultes en France.

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jugées par les autres tribunaux; d'une cour dassises par département,
composée des juges du tribunal du chef-lieu, présidée par un conseiller
de la cour royale dont le département ressortit, et assistée de 12 jurés
pris dans la classe des citoyens : elle s'assemble à diverses époques et
juge les délits graves et les crimes ; d'un tribunal de première
instance par arrondissement, qui juge les délits en police
correctionnelle et les procès civils; d'une justice de paix par canton,
chargée de juger les matières de contravention et de terminer les
contestations qui peuvent s'élever entre les particuliers; enfin, de
tribunaux de commerce, établis dans les principales villes commerçantes
du royaume. Un conseil â État, composé de conseillers, de maîtres des
requêtes et d'auditeurs, examine les projets de lois et les réglemens
préparés dans chaque ministère.

La France est le pays de l'Europe dont les habitans sont le plus opposés
aux priviléges et le plus jaloux de posséder les institutions propres à
assurer les libertés publiques. Cette disposition , que l'on remarque
dans toutes les classes, a mérité à la nation française la première
place parmi les nations les plus éclairées. Cependant l'instruction est
beaucoup moins répandue en France que dans quelques autres états, tels
que l'Angleterre, l'Autriche, la Belgique, la Prusse, et surtout la
Suisse. Elle ne compte qu'un écolier sur 23 habitans, c'est-à-dire que
le quart seul des enfans y reçoit l'instruction primaire (1). Les
classes élevées et secondaires y sont plus instruites que dans la
plupart des autres contrées de l'Europe; mais les classes les moins
aisées, et surtout le peuple des campagnes, sont dans un état
d'ignorance qui fait honte aux gouvernemens qui se sont succédé jusqu'à
présent, et qui mérite toute la sollicitude d'une administration sage et
paternelle.

(') Voyez le Tableau des cours royales et des académies, indiII""lll le
rapport des écoliers avec la population.

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Ce qui prouve combien le peuple français est digne de recevoir les
bienfaits de l instruction, c'est l'amour de l'ordre qui règne jusque
dans la classe la plus populeuse : la révolution de juillet, qui s'est
accomplie sans qu'aucun excès l'ait souillée, même au plus fort de la
lutte et dans la ville qui, renfermant le plus d'élémens de corruption,
renferme la lie de la société, en serait une preuve convaincante pour
tout esprit non prévenu; mais nous ea trouverons une preuve irrécusable
dans la statistique criminelle de la France, en 1839, tirée du compte
rendu par le ministre de la justice (0. Si l'on comparait le résultat de
ce rapport avec celui que présente la statistique criminelle de
l'Angleterre et de la plupart des états de l'Europe, on verrait que les
dispositions morales du peuple français sont bien supérieures à celles
des autres peuples.

En 1829, 7373 individus ont été traduits devant les cours d'assises; ce
qui donne 1 accusé sur 4321 habitans ; on 1828, il y avait 1 accusé sur
4307 habitans: il y a donc eu amélioration d'une année sur l'autre dans
la moralité des classes inférieures. Le ministre fait observer que 61
départemens sont restés au-dessous de ce terme moyen (2).

Parmi ceux qui offrent, dit-il, le moins de crimes, on remarque le
département de l'Ain, qui n'a eu qu'un accusé sur i5,r>29 habitans;
celui de la Creuse, 1 sur 14,052; celui de la Haute-Loire, 1 sur 10,988;
et celui de la Loire, 1 sur 10,437. Ce sont toujours, ajoute-t-il, ceux
de la Seine et de la Corse qui présentent le plus grand nombre
d'accusés, ,relativement à leur population relative. Le premier a eu 1
accusé sur 1116 habitans; le second 1 sur 1402.

Sur les 7373 accusés, on compte 5931 hommes et i443

(0 Voyez le Tableau des cours royales et des académies, indiquant le
rapport des criminels avec la population.

f ») Consultez le Rapport du 2{ déc. 1830, fait au roi par M. Dupont [de
l'Eure).

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femmes; ce qui donne pour les femmes le rapport de 20 sur 100 accusés.
Il y avait en 1828, i43 accusés de moins de seize ans, et 1278 de seize
à vingt-un ans; en 1829, le nombre des premiers n'est que de 117, et
celui des seconds de 1226.

Il résulte du relevé fait avec le plus grand soin, pour 1829, dit encore
le ministre, que sur les 7373 accusés présens, 4523 ne savaient ni lire
ni écrire; 1947 savaient lire ou écrire imparfaitement ; 170 avaient
reçu une instruction supérieure à ce premier degré. Quatre accusés
seulement, dont l'état intellectuel n'a pu être constaté, ne figurent
dans aucune classe. On voit par cet exposé que, sur 100 accusés, 39
avaient acquis une instruction plus ou moins étendue, tandis que 61
étaient restés dans l'ignorance la plus complète. Nouvelle preuve que
l'éducation, quelque bornée qu'elle soit, présente à la société des
garanties, et aux individus une sauvegarde contre le penchant au crime.

Le degré d'instruction ne paraît pas non plus sans influence sur le sort
des accusés. Parmi ceux qui ne savaient ni lire ni écrire, le nombre des
acquittés est de 37 sur 100 ; il est de 40 pour les accusés qui savaient
lire ou écrire imparfaitement; de 45 pour ceux qui possédaient bien ces
connaissances, et de 52 pour ceux qui avaient reçu une instruction
supérieure. Ce nombre était en 1828, de 37 pour la première classe, de
38 pour la seconde, de 44 pour la troisième, et de 65 pour la quatrième.

Les tribunaux correctionnels ont jugé en 1829, 117,859 affaires, dans
lesquelles 176,257 prévenus étaient impliqués; résultat qui présente
i4oo affaires et 3927 prévenus de plus qu'en 1828 ; mais il faut faire
remarquer que cette augmentation porte en grande partie sur les affaires
forestières.

Ainsi donc, d'après cet aperçu authentique et ceux qui concernent les
années antérieures, les crimes diminuent en

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France dans une proportion sensible; les délits seuls ont éprouvé une
augmentation qui ne saurait démentir l'état d'amélioration croissante
que présente la société : on ne doit point comparer les délits causés
par l'extrême pauvreté, et les infractions à des réglemens de police, à
des actes criminels qui supposent une profonde perversité. Ce qui
atteste aussi un progrès moral chez les classes moyennes ou supérieures,
c'est la diminution dans le nombre des duels. Ainsi que le fait
remarquer un de nos plus célèbres publicistes, avec 16 millions de
population et une armée de 3o,ooo hommes, Henri IV dut accorder 8000
lettres (Vabolition pour cause de duel: en 1829, avec 32 millions
d'habitans et une armée de 3oo,ooo hommes, la France ne compte que 54
duels.

Passons de l'état moral du royaume à ses ressources matérielles.

Depuis la conquête d'Alger, la population des colonies françaises forme
plus de 2,000,000 d'individus (1). Cependant, sans comprendre les frais
d'occupation, dans cette ancienne régence, d'une armée qui peut être
encore long-temps entretenue sur un pied respectable, les autres
colonies coûtent à la France en frais d entretien et de défense , 5 à 6
millions de plus qu'elles ne produisent en impositions. On prétendrait à
tort qu'il vaudrait peut-être mieux ne point conserver des possessions
aussi onéreuses à la métropole; mais il faut considérer que dans l'état
actuel de la civilisation et de la balance politique, les dépenses
coloniales sont une charge nécessaire pour la France, qui trouve dans
ses colonies le moyen d'entretenir en temps de paix une marine
indispensable à sa défense en temps de guerre et à la prépondérance
qu'elle doit exercer parmi les autres puissances. Depuis 1826, la
Martinique, la Guadeloupe et Bourbon pourvoient, sur leurs propres
ressources, aux dépenses de leur administration, les autres colonies re-

(1) Voyez ci-après le Tableau des colonies et de leur population.

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doivent une allocation sur la rente de 1,000,000 de francs, i constituée
par la Compagnie anglaise des Indes, au profit de la France , en échange
de divers priviléges dont celle-ci jouissait autrefois sur la vente du
sel et de l'opium. Depuis jrjue la France a perdu Saint-Domingue,
Tahago, SainteLucie, l'île de France et la prépondérance qu'elle
possédait dans l'Inde, son commerce colonial est diminué de plus des
deux tiers. En 1788, ses exportations pour les colonies s'élevaient à
119 millions; aujourd'hui, elles s'élèvent à environ 3oà35 millions.
Leurs produits, qu'elle exportait autrefois dans plusieurs parties de
l'Europe, sont aujourd'hui loin de suffire à sa propre consommation.
Cependant les perfectionnemens qu'elle a introduits dans la fabrication
du sucre et dans la culture font espérer quelques résultats avantageux.
Ainsi, à Bourbon, on a remplacé les anciens plants de caféiers par des
caféiers de Moka; le même arbuste a été renouvelé à Cayenne par celui de
Marie-Galande; la culture de l'indigo a été essayée avec succès au
Sénégal; le poivrier et le cacaotier paraissent devoir devenir une
nouvelle branche de richesse pour l'île Bourbon; enfin, dans cette
dernière ainsi qu'au Sénégal, à Cayenne et dans l'Inde, nos colons ont
introduit avec succès l'éducation de la cochenille.

L'impulsion que le génie de Napoléon sut donner aux progrès de
l'industrie française porte depuis long-temps ses fruits.

En 1812, elle employait dans ses diverses fabriques de tissus, 3 5
millions de kilogrammes de laines indigènes ; dans ces dernières années,
elle en a mis annuellement en œuvre jusqu'à 46 millions, dont 4 millions
de laines étrangères. Elle a imité et surpassé même en beauté les
précieux tapis de la Perse et de la Turquie, et maintenant nos
commerçans vont porter dans ces contrées plus <le tapis que nous n'en
tirions jadis.

En 1812, la France employait dans ses filatures 10 millions de
kilogrammes de coton ; aujourd hui cette quantité a plus que triplé.
Aucune nation ne rivalise avec la nôtre

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pour la beauté des soieries. Jadis la France ignorait l'art de fabriquer
les toiles damassées dont la Saxe et la Silésie fournissaient l'Europe;
aujourd'hui Saint-Quentin rivalise sous ce rapport avec les villes les
plus industrieuses de ces deux pays de l'Allemagne. Les perfectionnemens
que nous avons introduits dans la typographie, la lithographie et la
gravure, en ont amené de plus importans encore dans la fabrication de
nos papiers : c'est en France que l'on a employé jusqu'à présent les
papiers de la plus grande dimension ; c'est en France que l'on est
parvenu à en faire d'une longueur indéfinie; c'est en France, enfin, que
l'on a su trouver le moyen de coller le papier à la cuve. Si nos
faïences n'atteignent pas encore en solidité celles des Anglais , elles
les surpassent dans l'élégance des formes et des ornemens; sous le même
rapport, nos porcelaines sont supérieures à toutes celles de l'Europe.
Nos cristaux même rivalisent avec ceux de l'Angleterre pour le fini, et
les surpassent pour la modicité du prix. L'emploi des divers métaux a
fait également en France des progrès incontestables : nos aciers égalent
en finesse et en beauté ceux des Anglais, nos ferblancs atteignent
presque les leurs en qualité; nous laminons et tréfilons le fer, le
cuivre et le laiton avec autant de perfection; le platine et le
palladium, épurés par des procédés nouveaux, sont devenus d'un emploi
plus utile; mais nos fers, généralement inférieurs à ceux de la Suède et
de la Russie, ne se soutiennent qu'à la faveur de droits prohibitifs.
L'horlogerie française commence à rivaliser avec celle de la Suisse ;
mais pour la précision et la justesse, le talent des Breguet n'a pu être
égalé dans aucune partie de l'Europe. La même précision que nous avons
acquise dans la fabrication des instrumens de mathématiques, de physique
et d'astronomie commence à les faire rechercher par l'étranger. Notre
bijouterie et notre orfèvrerie sont depuis long-temps estimées. Les
perfectionnemens que nous

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avons su donner aux arts chimiques ont eu une heureuse influence sur
notre industrie : ainsi, nous avons fait des progrès remarquables dans
l'art de colorer nos fils et nos tissus; pour donner à moins de frais à
la soie la plus belle nuance d'azur, nous avons remplacé l'indigo par le
bleu de Prusse, et d'habiles chimistes ont su obtenir dans lemploi de la
teinture rouge , extraite de la garance, une fixité qui a procuré à
l'Etat, pour l'habillement de nos troupes, une économie considérable en
substituant au drap bleu les draps teints en garance. Enfin, nos modes
changeantes et capricieuses, mais toujours sous l'influence des règles
du gout, rendent le luxe des nations civilisées tributaire de notre
industrie.

La diminution d'impôts que nos vins ont éprouvée depuis l'année i83o sur
la consommation intérieure est un heureux pas fait dans l'intérêt de la
culture de la vigne et du commerce de nos vins; des traités commerciaux
avec les nations étrangères en favoriseraient les exportations déjà si
importantes ; enfin, un système de douanes qui accorderait plus de
liberté aux transactions commerciales, donnerait sans doute plus
d'activité à notre industrie. Les tarifs prohibitifs nuisent au
commerce, en diminuant la consommation : c'est ainsi que par l'élévation
successive des droits sur l'importation des laines étrangères, la
France, qui ne possède pas assez de bêtes à laine pour alimenter son
industrie , ne pouvant plus à l'étranger soutenir la concurrence dans
les prix de ses tissus , a vu, depuis 1820 jusqu'en 1829, ses
exportations de draps diminuer, de 5o à 26 millions (1). Quoi qu'il en
soit, la France consomme pour 6,5oo,ooo,ooo de francs de produits et en
exporte pour plus de 600,000,000. Les importations dépassent la somme

(0 Voyez le Rapport sur la (!lw"tioil de l'imporfatiou de., laine-, ei
France, fait au nom d'une commission formée au sein de la Société <
nitrate d'agriculture et des arts de Seine-ef-Oise, par M. Huot.
Jieeueil Je la Société. —Année 182»).

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de 800,000,000, et emploient plus de 85,000 navires étrangers ou nationaux.

Personne n'ignore l'influence qu'exercent sur l'agriculture, le
commerce, l'industrie et les lumières d'un pays, le nombre des routes et
des canaux. Semblables aux êtres animés, dans lesquels on admire avec
quel ordre les fonctions vitales se ramifient à raide de vaisseaux et
d'organes destinés à répandre le mouvement dans toutes les parties de
l'individu, les états doivent leur prospérité aux moyens de
communication : c'est par ceux-ci que la vie circule aussi dans toutes
leurs parties. A l'exception de quelques unes qui sont entretenues avec
assez de soin , les grandes routes de France exigeraient, d'après 1
estimation des plus habiles ingénieurs, près de 67 millions de francs,
pour éviter la dégradation, complète dont elles sont mena.., cées (b).
Elles occupent, avec les parties qui restent à terminer, une longueur de
8383 lieues; et comme 16 mille lieues carrées en sont dépourvues, c'est
dire que les besoins du commerce exigeraient que le nombre en fut.

doublé, et que celles qui ne sont point terminées ne peuvent coûter
moins de 44 millions : il faudrait donc pour les réparer et les finir
une somme de 111 millions. Loin de pouvoir en augmenter le nombre, quand
pourra-t-on les mettre toutes en état de construction complète,
puisqu'on n'y emploie chaque année qu'une vingtaine de millions C2) i'

(1) Voyez l'ouvrage de M. Cordier, inspecteur divisionnaire des ponts et
chaussées, intitulé : Essais sur la construction des routes et des
canaux, et la législation des travaux publics. Paris, 1828, tom. 11.
Voyez aussi la Statistique des routes royales en France, par M. Becquey.
1824.

(3) Etendue des parties do routes royales Metx*. L'eues.

ouvertes 32^077,061 ou 8,OI) Etendue des parties de routes royales à
ouvrir. 1,458,316 ou 364 Etendue des routes royales. 33,535,077 ou 8,383
Etendue des routes royales f'utretenues. 14,289,010 ou 3,572 F,,ten( I
tie des rotites ro y'a l es 1 t r é parvi :2 Etendue des routes royales
à réparer. 14,348,764 ou 3,587 Etendue des routes royales à terminer.
3,40^,^87 ou 85()

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Les 97 routes départementales, c'est-à-dire à la charge des départemens,
forment une étendue presque aussi considérable que les précédentes. On
porte cette étendue à 735o lieues (1). Ainsi toutes les routes de
France, non compris les chemins vicinaux, présentent un développement
total de 15,733 lieues.

Environ 120,000 chevaux de roulage parcourent ces routes sans cesse; 257
courriers, conducteurs de mallespostes emploient près de 8000 chevaux
chaque jour, parcourant par an 1,544,228 lieues sur les vingt-deux
routes principales, pour le transport de la correspondance, tandis que
le service des nombreuses routes transversales est confié à des
entrepreneurs particuliers qui ont à y parcourir annuellement 5,5oo,ooo
lieues; enfin, 5ooo piétons distribuent chaque jour les lettres dans un
parcours de 25,000 lieues. La célérité des malles, voitures légères à
quatre roues, qui peuvent transporter chacune quatre voyageurs, est
devenue telle, qu'un trajet de cent lieues, qui exigeait autrefois
soixante heures, se franchit aujourd'hui en moins de quarante. Pour
parcourir les 77 postes qui séparent Bordeaux de Paris, il fallait,
avant l'établissement de ces malles, plus de quatre-vingt-six heures,
quarantecinq heures suffisent aujourd'hui ; il en fallait
quatre-vingtsept pour aller à Brest, il n'en faut maintenant que
soixante-deux; enfin, Toulouse était à cent dix heures de la capitale,
elle n'en est plus qu'à soixante-douze heures.

Les routes ouvertes sont celles qui sont livrées à la circulation; elles
peuvent conséquemment n'être pas terminées.

Les routes royales sont divisées en trois classes :

La ire comprend celles de 42 pieds de lar- Kilom. Lieues de loug.

geur et ae 5,592 ou de I,258 La 2e comprend celles de 36 pieds de
largeur et de. 3,190 ou de 717 La 3e comprend celles d'une largeur moins
grande, mais de.,. 23,ay5 ou de 5,248 (,') De 4°oo mètres, c'esl-à-dirc
29,400,000 mètres,

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Si nous ajoutons à ces moyens de communication ceux qu'offrent les
chemins de fer terminés et ceux que présenteront les chemins de fer qui
sont en construction ou qui ont' été récemment adjugés, on trouvera à
ajouter aux routes par terre, sept chemins de fer, parcourant une
longueurde plus de 115 lieues (1). Espérons que ces chemins, qui sont
moins coûteux que les canaux et qui joignent la célébrité dans les
transports à une grande économie dans l'exécution , se multiplieront.

On compte en France 86 canaux terminés ou en construction , formant une
longueur de 946 lieues (2) : ce n'est pas le quart de ce qu'il faudrait
à la Frafice pour qu'elle pût jouir des avantages d'un système de
canalisation comparable à celui de l'Angleterre; aussi ceux qui sont en
projets occuperont - ils une longueur de plus de 2809 lieues (3). Les
canaux terminés et en construction offrent pour le flottage une longueur
de 1473 lieues, et pour la navigation une longueur de 926 lieues. On a
calculé que leur exécution complète devait coûter 1,113,000,000 de
francs. Le commerce intérieur jouit en outre des moyens tle transport
que lui présentent 96 fleuves et rivières. Leur cours flottable forme
une étendue de 452 lieues, et leur cours navigable est de 1877 lieues.

L'accomplissement des énormes travaux que nécessite un

Longoeuten maires.

(1) Ces chemins sont : 1° Celui de Saint-Etienne à la Loire ( ter:rniné
) 21,285 2° Celui de Saint- Etienne à Lyon par Rive-dc-Gier,
SaintChamond et Givors (en construction). 65,865 30 Celui d'Andrezieux.
à Roanne (Idem'). 68,000 40 Celui de Roanne à Digoin (adjugé). 48,000 5"
Celui de Toulouse au Tarn par Montauban (Idem). Su,000 6" Celui de Paris
à Pontoise ( Idem )■ 28,oo©ï 70 Celui de Paris à Orléans par Versailles
et Rambouillet ( rdem ) 145,00a 8° Celui d'Epinal à Chagny. 35,000
Longueur totale des chemins de fer. X63, 150

{-) De 4ooo mètres ou-3,886,8q4 mètres.

(3) Voyez le Tableau des canaux de lit France.

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bon système de communication n'est point impossible à un pays qui
possède autant de ressources que la France, si elle est administrée avec
une sage économie, et si elle voit diminuer surtout la funeste influence
de la centralisation qui remet sans cesse à l'examen et à la décision
des principaux agens du gouvernement les questions même d'intérêt local,
et jusqu'aux moyens d'exécution. Les produits de ses impôts peuvent être
estimés au terme moyen de 980 millions de francs, c'est-à-dire à plus de
trois fois ceux de tout l'empire d'Autriche, la seule puissance dont la
population égale la sienne, et à plus de deux fois et demie ceux de la
Russie, dont la population est presque du double.

L'état de ses finances est même beaucoup plus prospère que celui de
l'Angleterre, sa rivale en richesse, puisqu'il ne lui faudrait
qu'environ quatre années et demie de ses produits pour combler sa dette,
tandis qu'il en faudrait plus de treize à l'Angleterre.

Le numéraire est un signe de richesse, parce qu'il est ordinairement
proportionné au mouvement industriel : dans les pays les plus favorisés
la quantité d'argent monnayé nécessaire à la circulation des valeurs de
toute nature doit être égale au cinquième ou tout au plus au quart des
produits. En France, ceux du sol et de l'industrie représentent environ
8 à 9 milliards de francs : son numéraire ne devrait pas atteindre 2
milliards, et cependant il dépasse de beaucoup cette somme, ainsi que le
prouve évidemment l énorme quantité de pièces d'or, d'argent, de cuivre
et de billon qui existait avant i8o3 et qui ont été frappées depuis
cette époque dans les treize hôtels des monnaies du royaume. Cette masse
de numéraire s'élevait au ier novembre 1831 à plus de 4,095,500,000
francs (I).

(1) Les matières versées dans les hôtels des monnaies et converties en
espèces décimales depuis i8o3 jusqu'au Jcr novembre J831, ainsi que les
monnaies de billon et de cuivre en circulation, oflrent les résultats sui-

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En 1801 ,un de nossavans les plus distingués, M. Chaptal, alors ministre
de l'intérieur, évaluait à plus de 37 milliards vans, dont tout ce qui
concerne la fabrication nous a été fourni par la commission des monnaies.
la valeur du capital agricole de la France : cette valeur s'est sans
doute considérablement accrue depuis trente ans : en effet, on sait que
les produits de l'agriculture s'élèvent à 5,3oo,ooo,ooo de francs; si
donc on estime que ces produits soient le 10e du capital, celui-ci doit
être estimé à plus de 53 milliards. Les produits de l'industrie
s'élèvent à plus de 3 milliards, on pourrait donc évaluer à environ 15
milliards le capital industriel. Un recensement général des portes et
fenêtres, fait en 1822 et recommencé en 1826, a prouvé qu'il existait à
cette époque en France 6,396,008 maisons, non compris les établissemens
réservés à l'industrie. Les loyers de ces habitations ont été estimés à
384,008,125 francs, dont 211,806,483 francs pour les villes, et
172,201,642 francs pour les campagnes. Cette évaluation est certainement
fort au-dessous de la vérité, puisqu'elle ne donne pour terme moyen que
32 francs par maison. Cependant, en la prenant pour base de leur valeur
réelle, elle porterait l'estimation de celles-ci à plus de 4 milliards.
Le capital que possède la France s'élèverait donc au-delà de 72
milliards. Nous devons faire remarquer ici que ce qui distingue la
France des autres états de l'Europe , c'est la division des propriétés,
et conséquemment le petit nombre de grands propriétaires (1).

Terminons par l'exposé de quelques faits tirés des lois de la population en France. Ainsi que nous l'avons dit précédemment (1),
elle est un des états dans lequel le doublement de la population exige
le plus de temps : nous avons assigné io5 ans pour ce résultat dans les
circonstances les plus favorables, tandis que les puissances qui
l'entourent n'en exigent que moitié, et que la Prusse sa voisine n'a
besoin que de vingt-six années. Mais l'avantage qu'elle a sur les
autres, c'est de former de ses 32 millions d'habitans un tout homogène,
animé du même esprit et guidé par des intérêts communs. On y compte un
mariage par 131 habitans, 4 enfans légitimes par mariage; 967,766
naissances annuelles, un enfant naturel pour 13 légitimes, 10 naissances
sur 315 habitans, et 10 décès sur 391. Elle peut entretenir 400,000
hommes sur pied; chaque année elle peut assurer son indépendance en
appelant sous les drapeaux 260,000 soldats de vingt à vingtun ans, en
laissant sur les 3,3oo,ooo hommes de vingtun à trente-cinq ans, 5oo,ooo
voler à la défense de la patrie, et en confiant le maintien de l'ordre
et des libertés publiques à 2 millions de gardes nationaux sédentaires.

Disons-le donc avec confiance : une nation qui possède de si importantes
ressources et de si grands moyens de développemens reprendra, quand elle
le voudra, le rang que la force des choses l'appelle à occuper au sein
de l'Europe civilisée.